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HISTOIRE
DES
RELATIONS DE LA CHINE
AVBC
LES PUISSANCES OCCIDENTALES
1860-1902
A LA MEME LIBRAIRIE
CORDIER (H.), professeur à FÉcole des langues orientales vivantes. —
Histoire des relations de la Chine avec les puissances occi-
dentales (1860-1903) :
Tome I (1861-75), i vol. in-8 avec carte 10 fr.
ToMB II (1875-1887), 1 vol. in-8 a> ce cartes 10 fr.
Tome III (1888-1902), i vol. in-8 avec caries et index. ... 10 fr.
CHARTRES. — IMPRIMERIE DURAND, RUE FULBERT.
HISTOIRE
DES
RELATIONS DE LA CHINE
AVEC
LES PUISSANCES OCCIDENTALES
1860- 1902
L'EMPEREUR KOUANG-SIU
DEUXIÈME PARTIE : iSSS-IQOS
PAR
Henri CORDIER
Professeur à TËcole des langues orientales vivantes,
Vice-Président de la Société de Géographie
PARIS
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET O
108, BOULEVARD S A I ?( T > G KR H A 1 ?(, I08
1903
Tous droits réservés
1 -
214204
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LES RELATIONS DE LA CHINE
AVEC LES PUISSANCES OCCIDENTALES
1860- 1901
CHAPITRE I
MORT DE SIR HARRT PAREES. — OCCUPATION DE PORT
HAMILTON. - SIR ROBERT HART, MINISTRE D'ANGLE-
TERRE. - CONSULS DE FRANCE A CANTON. — OPIUM. —
COMMISSION DE DÉLIMITATION DU T0N6-KIN6. — ÉDIT
EN FAVEUR DES CHRÉTIENS. — MINISTÈRE CHINOIS DE
LA MARINE.
MOKT DE SIII IIAUHY S. PARKES, 22 MARS l885
Sir Harry Parkes, ministre d'Angleterre, mourut à Pc-
King, le dimanche matin, 22 mars i885: la disparition de
cet* agent expérimenté laissait une place difficile h remplir.
Parkes représentait une tradition ancienne et glorieuse de
l'Angleterre en Chine et Albion comptait encore, peut-être à
tort dans les circonstances nouvelles, sur ce fils énergique.
Quel serait le successeur* d'un diplomate qui laissait derrière
lui de si grands regrets ? M. llugh Fraser? L'Hon. T.G.Gros-
venor? Ce dernier, secrétaire de l'ambassade anglaise à Saint-
Pétersbourg, où il mourut le 8 octobre 1886, avait été chargé
d'affaires à Pé-King en 1882 et i883, avant l'arrivée de Sir
Harry Parkes, et il avait laissé de bons souvenirs de sa
gérance. On parlait môme du D"" Halliday Macartncy, mais
celui-ci n'avait aucune chance, depuis les résultats funestes
I. M. O'Conor fut chargé d'aflPaircs à la mort do Parkes; il préluda à
ses erreurs comme ministre, par quelques bourdes, notamment au sujet
de la cour mixte de Chang-Haï et le déplacement de Tasscsscur anglais,
H. -A. Giles.
CORDIER. 111. — I
2 i/anmck i885
do SCS conseils au marquis TsVng. Le cabinet île SainI- James
fit choix trini représentant non moins au courant des alVaires
de Chine (|ue Parkes, et lors(|uc Sir Hohert Ilart fulnonmié,
le 2 mai i885, envo\é extraordinaire et ministre plénipolen-
tiairc en Chine et en Corée, après un moment de surprise \
les colonies anglaises de rKxlreme-Orienl furent obligées de
reconnaître que Ton ne pouvait faire un meilleur choix, tout
en pensant que le passé chinois de Tlnspecteur général des
Douanes pourrait parfois gêner le nouveau représentant de la
Grande-Bretagne à Pé-King. Mais uneautn» ditliculté surgis-
sait. Si Ton avait eu quelque j)einc a trouver un successeur à
Sir Ihury Parkes, laU\che de doimerun héritier a Sir Hobert
Hart était autrement ardue. Li lloung Ichang patronnait le
juge américain Denny, (pii lut écarté par le Tsoung li
^amen, et le conmiissaire des Douanes, Delring. Le candidat
du Yamenélait le D** américain AVilliam A. P. Martin', pré-
sident du1\)ungA\ en kouan. On parlait aussi de AL W.Carl-
Avright \ des Douanes, el Ton suggérait uïéme <pie Sir Thomas
\\ ade pourrai! rexenir en Chine pour occuper le posie dTfis-
p(HMeur général ! On indi(piail également le marquis Ts'éng
comme un chef possible des Douanes. De tous ces noms, celui
du D*" Martin élait celui qui avait le plus de chances délre
accepté par les Ministres de l*é-king. Mais on conq>lait sans
Sir l{obert, qui avait son propre candidat, lequel n'était autre
que son propre frère, James IL Ilart, lui-même conmiissaire*,
dont |)ersonne ne voulait, et qui lui aurait servi d'homnuî de
paille pour administrer les Douanes sous son nom. I^a situa-
tion pouvait rester incertaine, puisque Sir Robert nVnvoyail
I. Tout d'almnl, on avait cru, à (^linrig-IIaï. quo Sir UoIktI «'lait
nomnio ininislrc <lc C/tine, ù Londres, ù la place «le IVt^ng.
M. Tinf^ \\'oi-lian}*y en chinois.
3. Entré dans les Douanes cbinoises en nov. i803; Chinesc Secrelary
(inl<T|»rèle) ; commissaire en janvier 1873.
!\. Drjuiis oclol)n* 1872; entré dans les Douanes en août 18G7
OCCUPATION DE POHT IIAMILTON
])as sa démission d'Insperlonr; enfin le iT) anAl, il adressait
une leUre d'adieu aux fonctionnaires des Douanes et leur
recommandait de servir son successeur connue ils Favaient
fait |)Our lui-même; mais, coup de théâtre, le :>() août, il
donnait sa démission de minisire d'Angleterre, et frardait sa
place d'Ins])ectcur général des Douanes. >i\'ïYant pu faire
prévaloir ses vues, il préférait rester à son ])Ostc plutôt (pic de
rabandoimer à un successeur qu'il n'aurait pas désigné.
OCCIPATION DE POIIT HAMILTON
Le 12 mai i885, le vice-amiral Sir \V. Dowell avait
occupé Port Hamillon (Tcliii Wén), au N.-E. de Quelpaerl,
sur lac<*»te de Corée', sous |)réle\te de répondre à unc^ len-
lativc des Russes sur Port Laziirev : celait avant notre aban-
don des îles Pescadores, mais après la signalure des prélimi-
naires de paix, en sorte que nous aurions pu tirer prélexle
de Toccupation de Port llamilton pour garder ces îles. On
prétendait que Port Hamillon avait élé cédé a MM. Jardine,
Matlieson et C'° par les Chinois en paiementdessonmies avan-
cc»cs par eux pendant la guerre du Tong king et que cette
maison anglaise l'avait rétrocédé au gouvernement brilanniquc.
En réalité, les Chinois avaient protesté contre l'occupation de
Port-Hamilton, mais le marquis Ts'éng avait fait écarter la pro-
testation. Dès le mois de mai, Port Hamillon fut relié par cable
télég^raphique aux « Saddle Islands ». La [)ose de ce c«\ble
avait été effectuée pour le comi)te du Gouvernement britan-
nique par la Compagnie anglaise de YE(uiern Extension Tcle-
fjraph avec l'assistance du (jouvernement chinois en secret.
La création de ce nouveau réseau constiluait une violation
des engagements contractés en i(S83 vis-à-vis de la Conq)a-
I. Par 34® lat. N., ot 125' long. E. Les principales îles du groupe
auquel appartient Port llamilton, sont Ivio-nioun to el Kou-tjouk lo.
/i l'année i885
gnie danoise, la Great IS'orlhern Co., qui inlordisaiont an
Gouvernement chinois, ])endant une période de vingt ans, de
s'adresser à aucune autre Compagnie étrangère ])our réta-
blissement de lignes télégraphiques sur son territoire. Le
3i octobre 1886, le Tsoung-li Yamen invita l'Angleterre à
terminer son occupation qui ne devait être rpie tem[)oraire,
les Russes s'étant eng«agés à ne pas occuper Port Ilamilton,
ni d'autres points de la cote de Corée ; en conséquence de ces
assurances, le 2 décembre 188C, Sir John Walsham annonça
que l'occupation allait cesser.
Les Anglais évacuèrent Port Hamilton le 27 février 1887.
Il est probable que le port ayant été reconnu comme peu
si^r, particulièrement jî Tépoque des typhons, on se décida
facilement à l'abandonner'.
\u mois d'août i885, la Hcpuhliqnc française publiait la
nouvelle cpie les bases d'une alliance olîensive et éventuelle
entre l'Angleterre et la Chine avaient été réglées à Pé-King
par Sir Robert llart en même temps (pie se signait à Tien-
Tsin le traité de paix du <) juin entre la France et le Céleste
Empire.
SIR ROBERT IIART, Ml^ilSTRE d' ANGLETERRE
La lettre suivante nous donne la clef de ces événements :
Sir Robert Ilnrt*, écrit un diplomat(» de Pé-King, le ."^i «loùt
188;"), aurait réussi £i |K»rsuader à la Chine que, menacée au
Nord par la Russie et au Sud jmr la France, elle n'avait
chance d'échapjM'r à de nouveaux empiétements qu'en s'assuraiit
le concours de l'Angleterre, concours qui ne pouvait devenir
efficace qu'autant que les flottes britaimiques disposeraient d'un
I. China, n» 1 (1887). — Correspondence respectin^ the tempo-
rary occupation of Port Hamilton by iler Majesly's Gos'crnmont.
Prescntod .. Mardi 1887. London. in-fol. [C — 4991].
a. Le rôve de rAiiglcterrc était une coalition avec la(4hinc, icSiainet.
si pos*iihle, aM>c le Jap<^n. contre la France et la Itussie.
CONSULS DE FRANCK A CANTO.N O
point de ravitaillement du côte de la (lOrée. L'occupation de
Port Ilamilton aurait élé présentée par suite comme le plus sûr
moven de déjouer les projets d'annexion que la Russie |)eut
entretenir dans cc»s parages. La nomination de Sir Robert Hart
comme Ministre d'Angleterre à Pé-King devait être le couronne-
ment de cette négociation... En acceptant le [)Osle de Représen-
tant de la Reine à Pé-Ring, Sir Robert Hart s'était llatté de
faire passer la direction des Douanes entre les mains de son frère
ou tout au moins d'une de ses créatures, ce (pii lui eut permis
de conserver une sorte de contrôle sur l'administration cpi'il
avait si longtemps présida. Cette prétention n'était pas sans éveil-
ler les défiances du Tsoung-li Yameii. Elle fut dès Ic^ début com-
battue énergiquement p«ir Li Iloung-tcliang... Le Tsoung-li
Yamen. usant d'une tactique qui lui est familière, traîna les
cliosc»s en longueur et ne prit aucune détermination. A ceux qui
s'étonnaient de ne pas lui voir prendre possession de son nouveau
|)oste, l'Inspecteur Général des Douanes répondait qu'il attendait
ses lettres de créance. Les lettres en question arrivèrent au com-
mencement de ce mois. Vers la même époque. Sir Robert Hart
\int visiter la Légation d'Angleterre et annonça au Cbargé d'Af-
faires qu'il procéderait sous [)eu à son installation. Quinze jours
se passèrent encore sans amener aucun cbangement dans la
situation. Pressé de désigner le successeur de Sir Robert Hart. le
Tsoung-li Yamen qui avait songé tout d'al)ord à mettre un (Illi-
nois à la tétc de ce .service, paraissait s'être délinitivemeiit rallié
à la candidature du Docteur Martin, ex-missionnaire américain,
qui dirige depuis près de ao ans le Collège de Pé-King. Sir
Robert s'étanl convaincu de l'impuissance où il était d'amener le
Gouvernement Cliinois à ses vues, lit savoir tout-à-coup qu'il
renonçait au poste de Ministre d'Angleterre « ]>our ne pas dést^r-
ganiserle service des Douanes ».
CO^ISULS DE FRANCE A CANTON
l lie de nos grandes difficultés après le traité de paix du 9
juin i885, fut le rétablissement de nos relations avec les
aiitoritcs de Canton. Notre consul, M. Scberzcr, avait été
obligé de retarder son retour a Canton, et de rester près de
deux mois ù Hong-Kong, après la signature du traité. Li
G i/.\nm;k i885
avait on effet exprimé le désir que nos a^^enls de Canton et
de Fou-lchéon ne rejoignent leurs postes (|u\n[prés ce délai.
La cliose élait facile pour Fou Icliéou, ou il y avait un vice-
consul russe, mais il n'y avait ])as d'agent russe à (lanlon,
et, cependant, il élait import^inl, à cause de nos négociations
et de nos missionnaires, rpie notre consul y retournât promp-
temenl. M. Palenotre, dès son arrivée à Pé-king, avisa le
Tsoung-li Yamen,qui lui répondit oITiciellement, le k'^ juillet,
que des ordres avaient été expédiés au vice-roi des Deux
Kouang, Tchang Tchi-loung. Six semaines après son retour
?i Canton, M. Scherzer n'avait pu obtenir une audience de
Tchang, qui témoignait de son aversion pour tous les étran-
gers. A Canton, les affaires sans gra\ité étaient traitées depuis
1881 parles consuls avec le Conuuissaire des (irains pour
alléger la tache du vice-roi. Kn i88r>, le Commissaire des
Sels fut désigné par le Tsoung li ^amen, ])our régler les
affaires a>ec les consuls. Cette mesure avait pour but de hàler
le règlement des affaires, mais le vice-roi ])ouvail la consi-
dérer conmie lui donnant le prétexte de ne jiunais recevoir
les consuls; aussi, le /| août, M. l*alenolre adressait-il la note
suivante au Yanien :
M. PATt:>'OTKr AIX MI.MSTRES Or YAMKV
lV*-King, le 1/4 août i885.
M{)>SEi(;NKru, Kx(:f.ij.k>ci:s,
Vous m'avez fait l'honruMir de m'écrire, à la date du 8 jnillcl.
pour m'annoncer (pi Vu vrrtu d'un Décret Impérial rendu snr la
pro|M)sirK)n du \ ice-Hoi des Deux Kouang, le Coniniissaire i\vs
Sels à Canton \enait d'élre dési«^né pour régler, de concert awc
les Consnis étrangers, toutes les questions internai ionalos de
(pielcpie iinporlîuirc (jui |)onrraient se présenter dans ce porl.
V. A. et \ \ . VA']. ine[MMineltront de leur demander à cet éi'jud
certains éclaircissenuMits (pii me paraisscMit indispensables pour
éviter dans l'avenir de fâcheux malentendus.
M. PATENOTHK \V\ MIMSIHKS f)! YAMKN "J
Lorsqu'on 1881, mon prédrcessLMn*, M. BouriV, fui avis('^ que
If Coniniissaire des (irains serait désormais charge de Texpédilion
des alTaires secondaires, le Tsoung-li Yamen voulut bien lui
renouveler l'assurance (jue ce mode de procéder ru* porterait
aucune alleinle au droit (ju'oiit toujours eu les Consuls étran-
gers de s'adresser direclernent à la plus haute autorité de la
province, (^ette prérogative — vous n(^ l'ignorez pas, — nVullc
en elï'et, de l'article Vde notre traité de i8;")8. Elh^ se trouve, de
plus, confirmée de la iaçon la plus explicite dans le Mémo-
randum transmis par le Tsoung-li Yamen aux Légations étran-
gères, le 10 décembre 1880.
L'innovation projiosée par le Vice-Boi des Deux Kounng me
fait craindre cpie ce Haut fonctionnaire n'ait un peu perdu de
>ne les stipulations auxquelles je >iens de faire allusion. Je serais
heureux que V. \. et W. KK. voulussent bien dissi|)er sur ce
point mes appréhensions en m'assurant (pie rien ne sera changé
aux usages existants et que notre (ionsulà (Canton restera, comme
par le passé, maitn; de rwourir directement au Gouverneur-
Général, toutes les fois qu'il le jugera opportun.
Signé : Patknotue.
Le 3 scj)tcnibro 188;"), Tcliang Tclii toung écrivait à
M. Schorzer une lettre plus qu'impertinente, lorscpie celui ci
lui demanda l'expulsion des individus qui occupaient indù-
inont la c^illiédrale et les balinierils de la nïission. Notre
consul, nomme membre de la commission de délimitation
4I11 Tong-king, quitta Canton sans être reçu : il fut remplacé
par M. Frandin. Tcbang ne se bornait pas a des imperti-
nences. Au mois de février i88(), quatre na\ires de gu(*rreet
six bateauv h voile appartenant a la provinces de Canton
furent envoyés aux îles Ciowtow dépendant de la préfecture
long kinoise de Tien-Yen et les officiers et soldats en prirent
])osscssi(m. Le Tsoung-li Yamen télégraphia immédiatement
à Tchang Tcbi lonng de rappeler ses navires et ses hommes.
Le 3 février, Tchang exposa dans un mémoire la nécessité de
recourir aux mélbodes étrangères dans Tapplication de la
vapeur, des télégraphes, etc. Il compare les qualités des
8 i/annkk i885
canons et des fusils et annonce que ses préférences sont pour
Krupp. Il déclare enfin que la Chine ne doit prendre comme
instructeurs que des Danois, des Allemands et des Améri-
cains (pour les torpilles), les autres ciani vantards^ indociles
et traîtres.
M. Frandin, pas plus que son prédécesseur, malgré une
réclamation de M. Cogordan au Tsoung li Yamen, le 1 9 décem-
bre i885,nefutre(:uparleYice-lloi. Envoyéàllan-Kéou, ilfut
remplacé à Canton, le G avril 188G, par M.deBezaure. Après
de nouvelles et longues négociations, le Tsoung-li Yamen dé-
clara ( i*"" octobre 1 886) à M. Constans que le Yice-Roi de Can-
ton recevrait M. de Bezaure, dès que celui-ci en exprimerait
le désir. La réception de notre consul eut enfin lieu le 9 oc
lobre; elle fut courtoise.
Toutefois, malgré la réception de M. de Bezaure, Tchang
Tchi-toung, toujours hostile, interdit à la garde placée
depuis vingt ans au consulat de France, d'escorter le consul
h l'avenir ; la position de notre agent devenait difficile, car
les fonctionnaires subalternes imit^iient rexemple de leurs
chefs.
AHTICLE RELATIF A l/oiMlM, l8 JllLLKT l885
Le 18 juillet i885, lord Salisbury et le marquis Ts'riig
signèrent à Londres un article additionnel à la Convention
de Telle- fou de 187G pour établir un règlement elTectif du
commerce de Topium *.
COMMISSION DE DÉIJMITATIO.N Dl' T0>'G-K1>(;
Le 18 août i885, le Ministère télégraphiait à M. Patenotre
la composition de la commission de délimitation du Ton
ir .
I. China, n" 3 (188O)... [C. — 4735).
COMMISSION DK DKMMITVTION Dl TO.>ifi-KI>G f)
King, nommée le i4 par décret du Présideiildela Ilépiihliqne
en conformité de Tarlicle 3 du traite signé le 9 juin précédent
entre la France et la Chine. La liste des membres delà com-
mission C(jmmuniquée au Tsoung-li \amen par notre repré-
sentant dans sa lettre du '2'2 août, comprenait les noms sui-
vants : M. Bourcler Saint-dhaffray, ancien sous directeur au
ministère des Affaires étrangères, président; M. l\ Srlu'r:cr,
consul de France à (lanton; M. Paul Aci.sv, connu par ses
voyages en Annam ; le connnandant Tlsscyrc; le capitaine
d'infanterie de marine Ihuinuis : M. Pallu de la Ikirricrc,
membre suppléant. Les délégués français devaient être ren-
dus le 9 novembre a Hanoï, où ils se tiendraient à la dispo-
sition des délégués chinois.
De leur coté, les Chinois désignaient leurs conunissaires
dans la dépêche suivante :
Le 3 r jour de la 7*^ lune de la 11" année *
Kouang-Siu (3o août 1885).
(hmmnmcalum ofjicielle :
Nous avons re<;u, le i3*jonr de la 7'* lune de la i 1' année
Kouang-Siu (le 33 août i885), la Dépêche dans lîujuelle V . Iv\e.
nous a envové la liste des (iOnnnissaires désignés par NOlre hono-
rable Pays [Miur la délimitation des frontières. ^ ous nous deman-
diez, en même temps, de \ous faire connaître les noms des délé-
gués chinois.
Notre \anien a présiMilé, le 20 de la 7' lune (:<<) août i885),
un Rapport spécial au Tronc sur ce sujet, et le ujêine jour, le
Décret impérial suivant a été rendu :
« Nous ordonnons à Tclieou To-joun\ Docleiu* au (îrand
StKTclariat d'Klat, de se rendre sans délai, par la route postale,
dans le Yun-Nan, pour y régler, de concert a\ec Ts\'n ) if-Yunj^
I. Dcpéctie des Membres du Tsounp li Vaincu, prince K'ing. Yen, Si,
Fou, Hiu, Soiicn, Siu, Leao, Clicii, Siuct Tcnp, à M. I*alonolrc, iiiiiiistrc
de France en Cliine.
3. Etait meinl)rc du Tsoung-li Vanicn en i8S.\.
3. Vice-Roi du Yun-Man.
et Tcliatuj Kni-sonij^ les (|ii<\stion.s rclalivos à la iléiimitntioii t\o
la froiiliorc entre la Chine et TAnnani.
Nous ordonnons. (mi même leinps, à Tamj luiuj-soiuj'^, Direc-
leur lionoraire du 5" ranij; d'une ilos Cinq Cours seconilaires à
Pé-Kinj; el Secrétaire auxiliaire de !i" classe au Ministère de l'In-
Icrieur, ainsi qu'à Yc Timj KiminK Tao-l'aï sla-^iaire d(î la Pro-
vince du Krianf^-Sou. d'assisler Tchcou Tn-jnnn dans sa mission.
Qu'ils partent, par la roule; postale a\ec les attachés cpii doivent
accompagner ce dernier ».
Ifespcct () ceci !
l'n autre Décret lui également rendu. Kn voici la lenenr ;
« Nous ordonnons à Trmj TcfCcmj Sicou*, Directeur de» la
Cour dn (Cérémonial d'Klat, dv sv rendre sans délai par la roule
postale, dans le Kouan«j:-Si, pourv ré«;ler, de concert a>ec Trhuiuj
TcWi-knmtj-\ Si UV/i-va*"* et IJ Pimj-hciuj', les questions
relatives à la délimitation de; la Iront ière (Mitre la Chine et
l'Annam.
Nous ordonnons en même temps à WniKj Tclie-lcliimen^, tat)-
Taï des forains dans la prov^ice d(> Canton, et à Li Uinij-jimri'\
tao-l'aï en expectative dv la province du Tché-li, d'assister Tcinj
Tch* eiuj-sicon diuis sa mission.
Qu'ils partent, par la route postale, avec les attachés cpii doi-
vent acconq)agner cv. dernier.
Respect a ceci !
Nous avons l'honneur de dormer à N . Kxc. conununiialiou drs
1. Convcrncur du Yuii-.Nan.
2. Miuularin civil cpii coininanrlail un corps de imnpos au sir^'r do
Tuy«n-Qiiaiig. llécoinjMîiisé par dicrct iiiqiérial pour laits mililairi's au
Tong-King.
3. Reçu cil audience iin[)énalo le même jour. L'n décret iiisrré «lans
la Gnzctie ordonne au Grand Conseil de TEnqjire de preiidre noie de
son nom.
4. Cantonnais ; mend)re du Tsoung-li Yanieii ; l'un des signataires du
traité franco-rliinois du 9 juin i885.
5. Viccdioi des deu\ Kouang.
<). (louvcrneur du kouang-Toung.
7. (iouverneur du Kouang-Si ([wr intérim).
8. (iliargé des nipprtrli» avec les (ilonsuls étrangers à CanU»n. p.^ur les
afTaires d'importance secondaire.
9. \ été Uirecteur de TArsonal de Chang-llaï (i883-3).
COMMISSION DE DKLIMIT VTIO.N I>î: TONC-KING 1!
Décrets ci-dossus, afin (ju'ellc cripiTimc connais-saiicc c*t les Iraiis-
nielte à qui fie droit*.
La mission roiîfi«*e à M. Saiiit-CliaiTrav rraNail aucun
raractère politique; elle avait pour <»hjet des constatations
d'un caractère i>lus [)articulièreiucnl technique, dont les
résultâtes demeuraient exclusivement réservés à rai>précialion
des deux gouvernements intéressés. Kn conséquence, le pré-
sident de la Commission et ses collaborateurs, bien qu'il leur
eut été naturellement recommandé de tenir le plus grand
compte des avis utiles à leurs travaux qui pourraient émaner
soit du général de Courcy, soit de M. Cogordan", devaient
être considérés comme ne relevant pas j)lus de la Résidence
générale de Ilué que de la Légation de France à Pé-King.
M. Sa int-Cbaiïrav devait donc s'en tendre directement avec ses
collègues chinois '.
Suivant le ministère de la guerre, la réunion delà commis-
sion à Hanoï était impossible; il l'allait qu'elle partit d'un
point du territoire chinois ; on télégraphia le 'iG octobre à
M. Cogordan de transférer le lieu de rendez vous des commis-
saires à Pakhoï au lieu de Hanoï, mais le changement était
trop tiirdif; les commissaires chinois ét^iient déjà j)artis pour
Loung-tchéou etMong-tseu ; les nôtres devaient aller à Lang-
so'n et Lcio- kay. Malgré les dillicultés soulevées par le géné-
ral de Courcy qui prétendait que la route n'était pas sure,
^L Saint-CihalTray se mit en route par terre pour le Kouang-
Si et il arriva à Lang so'n à la lin de décembre.
Le commissaire Tcheou était arrivé le ii? de la lo*" lune
(i8 novembre) au délilé P'o-ngai du ^ un-Nan et se propo-
sât de partir de suite pour Mong-tseu ; l'autre commissaire.
I. Pour Irad. coiiforino (sip.) : A. Vissikiik.
•«. M. Palonnirc f|iiiltii (iliang-llnï, le i(i oclol»rc iS85, M (lop^orrlan
V était arrive le l 'i.
3. M. <lc Freycincl, f) octobre i885, à M. Coçordau.
12 i.'\>m':k \SK)
Ton«r, avait qiiiMc [^^Kin^^ le 15 scplcnibre ; il élail arrive»
le '21 (le la lo'' Iniio Ç'.i-j novembre) à Lrning-tchéoii, trou il
s'avan(:a jusqu'à Don^jf Daiiff, a» devant de M. Saint (Ihaf
fVav.
Kn janvier i88(), les commissaires chinois domandont
(|iron leur cède la partie du territoire com[>rise dans une
ligne passant au Sud de I^ang-so'n et au Sud Ouest du pa\s
de Ciao hang, |)our remonter jnscprà la limite du Yun Nan ;
])uis Teng ahandomie Lani: so'n, mais réclame Thaï ké et
Cao Hang; Laug so'n et That ké, ra|)|)elons le, sont les
ciels du Tong King; Teng cIhm'cIic à se l'aire pardonner
d'avoir signé le traité du () jnin. Devant Tattitude menaçante
de la France, Teng est invité par décret (lévrier icSiSO) à
reconnaître la frontière actuelle aNant de songer à des recti
fications. Mais devant la mainaise volonté et les prétentions
des (lhin(»is, NI. Saint-CilialVrav remet la déclaration de sn>
pension des travaux aux connnissaires (IcNrier iSSC)). deux
ci (mars i(SS6) en>oienl à Pé-King « un rap|)ort ex|)osant
Tétat grave de leur santé et sollicitent un congé » (pii lem*
est refusé par la (lour ; ils sont en même tem[)s hiamés et
in>ités h nou>eau à reconnaîtn* la frontière. Knlin, rendr/;
vous est |>ris pour le •>.') mars à la porte de NanK(uan a lin de
se rendre à la ri\ière de (axo Bang cl d'y connnencer
une reconnaissance partielle. \i»uveau contre temp> le
mois suiNanl (avril i8S()) :1e Iravail commencé nKMiaccdétre
entraxe par la présence des brigands entre la rixièredeCao Bang
elle Song-Ki Kong, et par la mauvaise volonté du gouverneur
du Kouang Si, soutenu par le Tsoung li Yam(»n, (|ui interdit
aux commissaires français de |>énétrer sur le sol chinois.
M. Charles Dillon ', résident supérieur à llué (3i janvier
I. Dillon, Charlrs, no lo i[\ jiiillol i8'i3; rlcvc-inlor|»n'tri pour la
langue cliiiioiso. i* rléc*. iS(m, à IWKiii^; drUcliô à (]liai)|^'ll»ï, roninic
élève cniisiil. au coinnicncenionl »!«• iSl).*). jus(|u'au a(» février iN7o:a^ent
vice consul ù Mucuo, et chargé de la gérance du con>ulat de Hong-Kong
COMMISSION DE DÉLIMITATION Di: TONG-KING \[\
i88C), remplaça le 3 1 juillet, M. Saint ChalTray comme pré-
sidenl de la (.lélégalion française i\ la c(mimission de délimi-
tation; il devait rencontrer les plus vi>es dillicullés dans sa
tAche. Les Chinois avaient constmit des forts et s'étaient
étiîblis militairement daps les parties du territoire annamite
avoisinant le cap Pak-loung. Notre malheureux agent à Mon-
kay, M. IIaïtcc\ fut massacré le 27 novembre 188G, malgré
une défense héroïcpie; il avait été supprimé |K>ur retarder les
travaux de délimit4ition et empêcher ses protestations. A
l'exception d'un légionnaire, tous l(\s légionnaires et tirailleurs
du poste (18 hommes en tout) avaient été massacrés et tor-
turés avec Ilaïtcc. «M. Ilaïlce tomba à peu prés mort entre
les mains des Cliinois, qui le traînèrent dans la maison d'un
boucher de Monkay. On m'a allirmé (pill s'était passé une
horrible scène de cannibalisme et que ces forcenés avaient
mangé le cœur et le foie de notre infortuné compatriote*. »
M. Dillon éprou\a également des dillicultés à Lao-Kay
Qanvier 1887); les commissaires impériaux, après avoir
insisté pour que la délégation reprit au plus tôt ses séances,
n^arrivèrent au rendez vous (pi'après de longs retards et
employèrent tous leurs efTorts à faire échouer leurs négocia-
lions. Plus tard, les membres français, ou leurs escortes,
furent attaqués, tant, dans leurs reconnaissances, que dans
le 2O frvricr 1870; ctiargé du consulat i\o Ticn-Tsiii \o 1*3 jaiivi(?r iS-ji ;
coiiMi! (Je 3 «* classe au même |m»sIo, 20 frv. 1873; consul do i""* classe,
25 f€'\. 1880; consul à Melbourne, i»*"" mai i88'i ; consul f^éiiéral, (]
juillet l885; résident supérieur à IIu»'», Hi janvier i88(); ministre plé-
iii|>olentiaire de j'" classe, 3o juin i88() ; de i"*^' classe, 3o janvier 1881) ;
-{- à Neuilly, le 29 avril 1889.
!•• llaïtce, Jcan-Sé\'rrint né le 11 février iS."»). à Biilaclie (Hasses-
I*\ rénées); diplômé de rKcolc des Langues ofi(>ntales. 8 janvier 1881.
a. La région du Tonkin limitrophe de la (^liine. /iull. Soc. fiCOf;.
commerciale, XI, n» .'4, p. 598. — Lieul.-col. Bouinais. — De Uanoï\v
Pékin, Paris, 1892, in-12. — Après la morl de Ilaïlce, le colonel Du-
gcnnc commanda à Mon-Kav; cet oflicii'r, coiniu par Tailaire de Bac-Lé,
Cîit morl au Tong-King, 2 déc. 1887.
i/i i/ax^ke i885
leur voy«igc de retour, h rinsligalion, sans aucun doule, du
viceroi du^un-Nan.
Les procès- verbaux de clôture des travaux de la Conuuis
sion de déliniilation furent signés a Mon-kay le iC mars
1887, et trois mois plus tard une convention de délimitation
de la frontière entre le Tong-King et la Chine était signée à
Pé-King par M. Const<ins'; dès le 25 ncnembre 1887,
M. Dillon était d'avis d'entreprendre dès Tliivcr Tahorne-
ment des frontières du Tong-king, en commençant sinuil
lanément les opérations par les régions comprises : 1° entre
Lang-so'n et Mon-kay ; 2" entre le Fleuve Rouge et la
rivière Noire. Nous verrons (pie cet ahornement ne fut t<n'
miné rpTen 1897.
l':i)IT EN FAVEIU DES CIIRÉTIE.NS
A la suite d'une lettre du i5 septembre 1 885, adressée |>ar
M. Patenotre au Vamen, celui-ci répondait à neutre minisire
(ii^jour, 8' lune, 11'' année Kouaug Siu = 19 septembre
i885):
Le but des missions catholiques est de faire le bien. La reli-
gion chrétienne est suivie par tous les Occidentaux; ujais, >ula
dilTéreuce des mœurs, les (Chinois sont partagés, à son é^ard,
entre la croyance et le doute. De plus, il existe entre les Chré-
tiens des bons et des méchants; il est beaucoup d'entre eux ([ui
ne font |)as leur devoir et (pii molestent les bonnettes gens ; les
missionnaires, trompés, écoutent leurs paroles, parfois même leur
prêtent leur protection et les haines s'accunmlenl cha(pu» jour
dans le peuple contre eux.
L'année dernière, le conflit qui a éclaté entre nos deux pays a
produit parmi la popidation une vive eirervescence, (pi'il a été
impossible de contenir. Un Décret Impérial fut heureusement
rendu, qui prescrivit de protéger uniformément (tous les Chré-
tiens). A cette é|)0(|ue, au moment où la haine de la foule était
1. Noir II, p. 5(*Mj.
DÉCHET DE S. M. l/l\IPÉHATniCE DOUAIRIKHE l5
docliaîn(T, les niilorités locales, en faisanl lous leurs efforts pour
les sauvegarder, onl eu une tache très dillicile. Dans les régions
éloignées, où le peuple a des inceurs violenl<*s, des troubles se
sont produits inopinément, (pi'il était impossible de prévenir et
dVmpécber. Nous ne doutons pas cpieV. E. ne soit parfaitement
au courant de cet état de choses.
Aujourd'hui, la paix et ramitic étant rétablies entre nous, le
calme revient peu à peu dans les esprits. Puisqu'un Décret a été
promulgué, l'année dernière, pour assurer la |)roleclion (des
Chrétiens), il devra naturellement être obser\é à jamais. Notre
Conseil se pro|>ose d'en\oyer de nouveau des Dé|MVhes dans toutes
les pro\inces |>our exposer nettement (les stipulaiions du) Décret
lm|M''rial du afiaoùt i884 et pour que des proclamations soient
lancées dans toutes les localités où des missions sont établies,
afm de l'aire savoir au peiq)le « (|ue l(»s Missions Catholitpiesont
|>our but d'exhorter les hommes à faire le bien et ne se mêlent
|)as d'autre chose; que les gens (jui professent celte religion n'en
r<»stent pas moins des (chinois, et (pie les uns et les autres doivent
faire tranquillement leur devoir, sans conserver enlre eux de
défiances ou de baines ; que. si des procès s'élèvent, ils devront
élre jugés et réglés par les autorités locales, conforméujent a la
justice, en ne distinguant qu'entre ceux ([ui ont raison et ceux
qui ont tort et non pas entre les Chrétiens et les non Chréliens:
qu'une pronqite solution devra élre donnée à ces affaires; que
>i, sans motifs, des xexations sont connnis4»s, les auteurs en seront
immédiatement saisis et rigoureusement punis, pour prévenir le
retour de faits analogues ».
Lors<pic des proclamations auront été nettement rédigées et
]>romulgué»es dans ce sens, nouscrovons (pie la bonne intelligence
jKiurra ré'gner et qu'il ne s'élèvera plus de (h'sordn^s '.
MINISTÈRE DE LA MARINE (il \I-I»()i:), 12 OCTOBIlE l885
1^0 résultat le plus appn'ciahie d'un vovage que fit Li
Iloung tcliangà Pc King' fut la nvalion cFune Amirauté ou
«Tun ministère de la Marine, If aï- Pou, h la li**le du(piel fut
1. Pour Iracl. conforme (sig.) : A. Vissii.KK,
2. II, ]». 555.
iG i/axm':k i885
planWomnio uno sorlc de grand amiral, Trirouen, le sep
lienie jiriiKv, père de T Empereur, qui devait reee\oir le
roncours du prince K'ing et de I.i Ilounfi: l(lian|<, assistés de
Clian-K'ing et du marquis Ts'èng.
DÉCHET DE S. M. l/iMPÉUATRICE DOUAIRIERE*
En raison de la grand*» ini))orlan(*e qui s'allaclie à toules les
(piestions relatives au perrectioimcnienl de notre s\stènie de
défense des cotes. Nous a\ons précédiMuinent ord(»nné aux surin-
tendants des ports du Nord et du Sud et à d'autres ronctiouniun's
d'étudier res questions et de uous l'aire connaîtn^ leur a\is. (les
hauts dignitaires nous ont |)résenté sucoessivrnient iloii. Rapports
dans les(pi(»ls ils nous ont dé>eloppé leurs >ues. Depuis lors, Nous
a\onsenjointau\ Mend)res du Grand (lonseil de J'Enq)ire, ainsi
(|u*au Princes et au\ Ministres eoinposant not re Conseil des A tï'a ires
Etraui^ères de se concerter a\c»c Li ]|()un^-tclian<; et de nous
adr<»sser un nou\eau rajiport sur ce sujet. Nous commandions
en même temps à \i-liouan, l*rince Tcirouen, de prendre j)art à
ces délibérations.
Ce ra|)|M)rt contient le passage suivant : « Envisageant la
question dans .son ensemble, nous axons pris la résolution de
prier Nos Majestés de procéder en premier lieu |)ar Torganisation
sérieuse d'une des (li\isions de notre marine, celle des ports du
Nord (/V-ya/ir/), puis dv continuer ct»lte (euvre graduellenuMit,
et d'année en année, en ce (pii concerne les autres dixisions. »
Cette |)roposition répond partailement aux liesoinsdela situation.
Nous chargeons, en consécjuence, Yi-houan, prince Tch'ouen,
de la Direction générale de nos armées de mer. C'est à lui cpi'il
appartiendra désormais de conunander à nos forces navales sur
tout le littoral de rEnq)ire et d'en diriger les mou>ements. Nous
dé'signt)ns connue devant agir de concert a\ec lui, \i-k'ouang,
prince K'ing^ et Li lîoung-tchang. (irand Secrétaire d'Etat et
\\cv Hoi du Tché-li. Ils s<Monl assistés de Chan-K'ing, conunan-
dant le contingent chinois de la Bannière rouge unie et deTs'éng
ki-t.*ieu^, \ice-président de droite au Ministère dv la guerre.
I. Gazette de Pé-Kin}iy u octobre i8î<5.
a. Prt'RÎdent du 'JVuiiij^-li Vaineii.
3. Nom du iiian|ui!» Ts'êiig.
DÉCRET DE S. M. L*IMPÉRATRICE DOUAIRIÈRE I7
Devant procéder d'abord à rorganisalion de l'armée navale des
ports du Mord, nous chargeons Li Iloung-lchang de s*en occuper
seul.
Quant aux créations qu'il y aura lieu de faire et aux diverses
propositions qui devront nous être soumises, elh^s feront l'objet
d'une élude délailléc et attentive de la part des Princes et des
hauts dignitaires mentionnés ci-dessus, (pii auront à nous pré-
senter un projet de Règlement en vue de la poursuite graduelle
de cette couvre .
Resp<»cl h ceci ' î
1. Pour trad. coiiformo, sig. : A. Vissière.
COBDUH. III. — 2
CHAPITRE II
ANNEXION DE LA BIRMANIE. — CONVENTION ANGLO-CHI-
NOISE. — VOYAGE DU SEPTIÈME PRINCE. — BANQUET
DIPLOMATIQUE. — TROUBLES A TCHOUNG-KING. - MA-
JORITÉ DE L'EMPEREUR. — M. LEMAIRE. — TRAITÉ
PORTUGAIS.
ANNEXION DE L\ BIRMANIE A lVnGLETERRE, I**" JANVIER 1886
Le i®** décembre i885, le conilc de Duflerin, vice-roi de
rinde, qui avait remplacé en 188/4 lo marquis de Ripon,
adressait d'Agra an très honorable lord Randolpli Cliurchill,
secrétaire d'Ktal de Tlnde, une lettre dans laquelle il man-
dait que Tattitude hostile du roi Thibau lui faisait donner
Tordre au commissaire anglais en Rirmanie, C. Rernard,
de transmettre les trois demandes suivantes : i** qu'un en-
voyé du vice roi et gouverneur général fut reçu convenable-
ment à Mandalay et que les dillicultés présentes fussent
réglées par son intermédiaire; 2° c(ue tout procès contre la
Compagnie de commerce fut arrêté jusqu'à l'arrivée de l'en-
voyé; 3" qu'à l'avenir, un agent diplomatique du vice-roi
eut la permission de résider à Mandalay, avec des garanties
sullisantes i)our sa sécurité et que le gouvernement birman
le IrailAt suivant son rang.
Les réponses du roi furent considérées comme insuffisan-
tes ; en conséquence, le major général Sir Ilarry Prender-
gast reçut les instructions nécessaires pour franchir la fron-
tière birmane et marcher sur Mandalay. Cette campagne,
CONVENTION RELATIVE AU TIBET ET A LA BIRMANIE IQ
commencée en novembre i885, élait terminée en quelques
semaines. Mandalay était pris le 28 novembre, le roi Thi-
bau, fait prisonnier, était envoyé aux Indes. Le i"** janvier
i88(), lord Duflerin lançait la proclamation suivante que
je traduis littéralement: « Par commandement de Tlmpéra-
Iricivlleine, il est donné notice par la présenle, que les ter
riloires jadis gouvernés par le roi Tbibau ne seront j)lus
désormais gouvernés sous son autorité, mais sont devenus
|>ortion des [jossessions de Sa Majesté; et seront suivant le
bon plaisir de Sa Majesté, administrés j)ar les olliciers rpie le
vice roi et gou\rrneur général de l'Inde pourra nc^nmier de
lenqis en temps. »
Il n'v avait plus de Birmanie indépendante'.
Les (Illinois protestèrent conire l'occupation d(» la Birma-
nie, mais n'allèrent j)as plus loin; les Anglais promirent de
ne pjrler aucune atteinte aux droits de suzeraineté de la
Chine, mais ce qui était en contradiction a>ec celte assu-
rance, ils expédièrent le roi Tbibau à Calcutta.
CONVENTION RELATIVE AL TIBET ET A LA BIRMANIE
2/4 JUILLET l88G^
Le 2^1 juillet 1886 (23* jour. G** lune, 12° année Kouang-
Siu), M. N. U. O'Conor pour la Grande Bretagne, le prince
K'ing, président du 'rsoung-li Vamen, et Souen Yii-wen,
Tun des ministres, pour la Chine, signèrent une convention
relative à la Birmanie et au Tibet, en cinq articles ^ :
Article premier. — Alleiuiii qu'il a été d'usage de la part de
la Birmanie dVnvoyer des missions (lécenindes pour préscMiter
des articles de la production locale, rAugletern» convient (arjrecs)
1. Henri Cordicr, /listoriqup des Relations de la (ira nde- Bre-
tagne avec la Birmanie.
2. China, n» 5 (1886) fC. — /|8Gi].
3. Traduction.
30 U:S ANMCKS 188G-1887
que la plus hanle anlorilo de Hinnanio enverra les missions
décennales habilu(?lles; les membres des missions seront de race
birmane.
AuT. a. — La (^bine convient que, dans toutes les questions,
quelles qu'elles soient, se rattacbant à l'autorilé et au gouver-
nement ([ue r.Vn^delerre exerce acluellement en Birmanie, TAn-
gielerresera libre de l'aire (oui ce qu'elle jugera bon et convenable.
AuT. 3. — La l'ronlière enlre la Birmanie et la (îbinc sera
tracée par une commission de délimitation, et les conditions du
connnerce sur la frontière s<Mont réglées par une commission de
connnerce d(; frontière, les deux pavs convenant de protéger et
encourager le connnerce entre la (Ibine et la Birmanie.
AitT. f\. — Attendu qu'ime cMupiète faite à ce sujet par le
g()u>ernemeiil cbinois a démontré cpi'il existe de nombreux
obstacles à IVinoi d'une mission dans le Tbibet prévu dans un
article séparé delà cornenlion de Tcbé-fou, l'Angleterre consent
à cont remander la mission.
Uelati\emenl au désir du gouvernement britannique d'étu-
dier des arraiigen»ents pour le connnerce de frontière entre
l'Inde et le Tbibet. ce sera le devoir du gouvernement cbinois.
après une» encpiète attentive au sujet dc*s faits, d'adopter des
nu^sures pour eviiorter et encourager la population dans le but
de fa>oris(»r et dé\eloj)j>er le commerce. Si la cbose se trouve être
[)raticable, le gouxerncMuent cbinois s'occupera alors d'étudier
soigneusement l'établissement de règlements connnerciaux ; mais
si on recomiait l'existence d'obstacles insurmontables, le gouver-
nement britanni([ue n'insistera pas indûment à ce sujet.
AiiT. f). - - La présente conxention S(»ra ratiliée, et les ratifi-
cations seront écbangées à Londres aussitôt que possible, après
la date de» la signature de ce document.
Force (les li(Mis de suzcTaineté de la Chine avec les états
\()i>ins, nous verrons, en décend)re 1887, apporter le Iribiit
il Pé King, inie and)assa(le du Népaul I Kl ce pays a été con-
(piis en 181G [)ar TAngleterre î
VOYAGE T\\ SEI'TiKMK PRINCE
A la suite de la nomination du septième prince comme
chef de rAmirauté, il était nécessaire que le père de l'Empe-
VOYAGK DU SEPTIEME PRINCE 21
reur fît son a pprcn lissage et \isili\t quolqnos ports de mer.
Le i/| mai 188G, Tclfoucn qnillail Pc Kin^' cl arrivait à
Tion-Tsin le 16. Le lenclomain de son arrivée dans cette
ville, le prince Tclfonen recevait M. von Hrandt, ministre
d'Allemagne, qui devait lui présenter le syndical allemand;
M. Rislelhueber fut également reçu en qualité de doyen du
corps consulaire de Tien-Tsin. Le prince se rendit ensuite
à Port- Vrthur, à \N ei Haï wei et arriva à Tclié fou le 2'2 mai
dans Taprès-midi '. l/amiral Ili(umier, conmiandant Tes-
cadre française, lui rendit visite dans ce |)ort le même jour a
5 heures du soir, à bord du vapeur de la (Compagnie chinoise
Ilaean, accompagné des étals major du cuirassé Turcnne,
vaisseau amiral, des cnûseurs llobind et Priniautjurt, et des
canonnières la Vipère et le StKjiUnirc. Le |)rince Tclrouen
était debout, ayant à sa droite le grand maréchal tarlarc
Chan-R'ing, et à gauche Li lloung tchang, jXMlant tous les
trois la jaquette jaune, M. Dclring et Lo Foung lo ser>aient
d'interprètes.
Le prince dit à Tamiral :
« Puisque j'ai de>anl Uïoi le plus haut représcnlaiil de la
France, je le prie de lélégra|>lucr au Présidciil de la U('>|)nl)li(pie
Française» les ><piix que je fais pour sa personne et de l'assurer
que les relations des deux nations seront toujours amicales. »
Il ajouta :
a J'aurais désiré nous faire tous |)hotoi;ra|)l)i(T. en souxcMiir
de O'tte visite, connue je lai fait à Porl-Arthur. (pianci j'ai reçu
l'aniiral anglais. Je rci^rcll(î hcancoup cjne les cireonslanet^s vi
le temps ne s'y prêtent j)as (il était (i lienn's du soir), mais je
\ous prie de vouloir bien me donner voire jiliolograpliie. »
I. M. \ issièro a tlonnô en iqoo, <lan«i le T'oitn^ Pan, mw cxcelloiilc
traiiudioii des imjtrcssions du prince Tcirmien. au cours de ses |»érégri-
nations : L'odyssée d un Prince chinois, llang h.ii >iii Is'ao. Ilssnis
poétiques sur un K'ornge en mer, par le Sc[>liènie i^rince, père de
l'Empereur Kouaiig-Siu.
a a LES ANNÉES I 886-1 887
Le lendemain, Li Houng-lchang el le maréchal tartare
rendirent la visite du prince aux deux vaisseaux amiraux sur
rade, VAudacious et le Turenne.
CORPS niPLOMATIQlE
Sir John Walsham avait été nommé, le 2^ novembre i885,
ministre d'Angleterre à Pé King à la place de Sir Robert
Ilart; il venait de Paris; le i5 octobre 1873, il avait été
nommé secrétaire de la légation de Pé King, mais ne s'él^iit
pas rendu à son poste. Il arriva avec sa famille à Chang Haï
le 19 mai et à Pé-King le i3 juin 188G; il fut re(;u pour la
première fois au Yamen le vendredi 18 juin i88().
M. Cogordan (piilla (ihang-IIaï le 19 juin; la veille, il
remit le service de la légation de France à M. Kraetzer*,
consul général à Chang-llaï, qui confia la gérance de son
jK)sle à M. E. Thiébaut^. M. Constans, nommé ministre à
Pé-King, devait quitter la France en juillet.
Enfin, M. Coumani', ministre de Russie, successeur de
M. S. Popov, arriva à Chang-llaï le '1 novembre i88(>.
1. Kracizor, /ùuile-fJésirc, nv à Paris le 3o juillet i83(j; mort clans
celte ville le; 23 oct. 1887; commis de chancellerie à Saint-Pélcrsl)ourp,
3u mars 1861 ; chancelier à Ki(?l, 28 mars 1868, à Hambourg (/>. 1.) le
i/i juillet i8G(); chancelier de 3^' classe, le n'i déc. 1869; chef interprète
de la llolle du Nord le aS juillet 1870; chancelier à Yokohama, 28 mars
187a; chancelier de 2« classe le 2 aoiU 1873; g:<^rant du consulat de
Yokohama, 20 février 1875 jusqu'au 3i mars 1877, chancelier do
!«•" classe, 12 déc. 1877; consul de 3*^ classe chargé du vice-consulat de
St-Jean de Terre-Neuve, le 9 nov. 1878; consul à Livournele 2^ oct. 1881 ;
sous directeur du Nord à la direction des afTaires commerciales, 29 déc.
1881 ; consul de i^^ classe à Païenne, i.'i fcv. i88t; consul-général à
Calcutta, G nov. i883; à Chang-llaï, 20 juin i885.
2. Thiéhaut, Napoléon-Eugcne-Lmilct né le 3i mars i85G; il était
chargé des fonctions de consul suppléant à (^hang-Haï, depuis le 5 aoiH
i885 ; il fut nonuné vic<^-consul à Charleston, le 3i décembre 1887.
3. Deuxième secrétaire à Athènes, 18G1; à Constantinoplc, i8G2-G3 ;
premier secrétaire à (Constantinoplc, i8G^-G9 ; consul général à Paris,
187G ; à Marseille, i883; ministre à Pé-King, 188G.
BAT^QUET DIPLOMATIQUE 2 3
Le marquis Ts'cng rcnlra d'Europe à Chang-IIaï le i8
novembre 1886 et, après une visite à son oncle, le vieux
TsVng Kouo-ts'iuan, à \an King, il remonta à Pé-King,
fui re<:u en audience le i3 décembre 188C et nommé mem-
bre du Tsoung-li Yamen.
ba>qi:et diplomatique
Comme corollaire aux visites faites au prince Tcli'ouen
par les fonctionnaires étrangers, un grand dîner, chose sans
précédent, réunit au ïsoung li Yamen, le 4 «oùt 1886, tout
le corps diplomaticpie étranger :
Mo.NSIElU LE MlMSTUE*,
Lo Prince Tch'oucn, |H»re de rEm|>eroiir, avant été chargé, il
V a d<Hix. mois, par im décret de l'Impératrice, d'inspecter les
ports lut amené sous l'inspiration de S. E. Li Iloung-tchang, à
r(»cevoir les Consuls à Ticn-Tsin et les amiraux français et an-
glais à Port-Arlhur et à ïché-fou.
M. de Brandt, Ministre d'Allemagne et Doyen du Corps di-
plomaticpie, lit alors des démarches poiu* être reçu par le
Prince; mais ces démarches échouèrent. Il lit alors ime demande
plus régulière, hien qu'il la lit sans prendre conseil de ses collè-
gues et demanda à ce que le corps diploniati(pie fut reçu à Pé-
King par le Prince comme il avait reçu le corps considaire à
lien-lsui.
S. E. Li lioung-tchang appuva sérieusement cette demande,
y \oyanl é\idemment une occasion unique pour lui de se couvrir
vis-à-vis de ses ennemis et du peiq)le chinois en général. En
elTet, si le père de rEnq)ereur consentait à voir le corps diplo-
matique élranger, il devenait inq)ossil)le de l'accuser, lui. de
pictiser a>ec les Barbares ol de miner sa situation pour ce motif;
car, en l'attaquant, on attaquait désormais le père de rEnq)c-
reur lui-même. Il fut donc décidé que h» Tsoung-li Yamen don-
nerait un dîner au Corps diplomatique, aucpiel assisterait le
prince ïch'ouen.
I. [-.dire <le M. Kraelzor U M. de Frcvciiict, miiiislrc des alTaîrcs
étrangères, Pc- King, 4 août 1886.
Est.
S.A. I.le Prince
Tch'ouen.
U
O
Allemagne. S. E. M. de
Brandi.
États-Unis. S. E. le col.
Dcnbj.
Japon. S. E. M. Shioda
Sabouro.
Grande- Bretagne. S. E.
Sir J. WaUham.
Belgique. S. E. jM. Vor-
hapghc do Napyrr.
Russie. M. Ladvgcn»kv.
France. M. KracUcr.
Pays-Bas. M. Rhcin.
M. Tci.
M. Koixoumi.
M. Slronge.
M. liaiier.
111
5
M. Paderin.
4 6
LcH placei» laiHM*cs
vides
seront occupées
par
les Socrélaires du
Yainen.
t
«
u
S. \. le Prince K'ing.
Fou Tchoung-t^ang.
Chi Chcn.
8iu King-chèn.
licao (ihen-heng.
8<)un Yu-wcn.
Siti Young-i.
Siu Tch'ang.
Chcn Ping-tch*ang.
t, «t,
** u
u *•
o a
a- ,4»
n
M. Col lin de
Planc^.
M.Kojijauia.
M. Mijosakv. 3
5
6
4
IV
M.Nakashima.
M. Dcnbjf.
1
I
5
6
3
M. Cheshire.
h
M. Iluart.
II
M. le Prince
Ijobanov de
l\o(ttuv.
3
I
M. '»on Ket-
tcler.
M. Arendl.
5
3
1
ai
e
Ouest.
TROUBLES A TCHOUNG-KINr. 25
A ce moment, j'étais à Chang-llaï et le Prince voulut bien
relarder l'époque de Tenlrevue, alin de me permettre d'v assis-
ter. \ mon passage à Tien-Tsin, S. E. Li insista beaucoup auprès
de moi pour (pie je ne fisse aucime objection à cette enln^vue
que Sir John Walsham semblait vouloir faire échouer.
Dans une réunion que nous eùmc^s chez \v Doyen. Sir John
abandonna st»s objections, dont le vrai niotil" était la manière
d'agir irrégulière de M. de Brandt et le dnier fut fixé junir le
/i août. Il a eu lieu aujourd'hui à deux heures et j'ai l'hoiuïeur
de \ous envoyer ci-joint le plan de la salle, avec les places attri-
buées à chacun selon son grade et son ancienneté. Li*s alhxMi-
tion du Doyen et du l^rince ont été d'une banalité typique. Le
Prince a eu ensuite l'idée de demander à chacun de nous (pielle
était noire idiV sur la meilleure manière de servir notre pa>s...
Enfin, à 4 heures, le Prince Tch'ouen, <pii était un invité,
s't»st retiré...
TROIIU.KS A TCIIOLXi-KIX;
Le i*^*" juillet 1886 (3o de la 5'' lune), des troubles écla-
tèrent à Tchoung King, dans le Se tch'ouen. Des étudiants
militaires incendièrent la mission américaine, et rémeuto
grandissant, les autres missions, proteslanles et catholi(pies,
furent attaquées à leur tour ainsi que les chrétiens imligènes.
Après quelques jours de désordres et de pillage, le 7 la tran-
quillité était rétiiblie et un millier de soldats furent envoyés
sur les lieux.
Un arrangement, en 16 articles, fut signé a Ilan kéou le
20 décembre 188G devant notre vice-consul, M. Fraiulin,
par M*"" Coupât \ vicaire apostolique du Se IchOurn oriental
et d'autres missionnaires, par Kiaclié, ancien lao-laï de
I. Goii|»at, /'/ïM/-^//^'tv*r, IIP le 8 juin i8'i2,h K^'lis(j-\o!ivc-ilc;s-Liîinls
(Puy-dc-Dùmc) ; entré, le 3o aoiU i8()'i, au scminairo des Missions «Hran-
gères; parti j)our la Chinp, en 1867 ; évoque de Tajrasle et coadjuleur
de Mf?' Desflèches (qui s'embarqua à (Ihang-llaï pour l'Europe le 3ojuin
1878), i5 septembre i88a ; vie. ap. du Se-lch'ouen oriental, 20 février
i883 ; mort a5 janvier 1890.
36 LES ANNÉES 1 886-1 887
ïchouan Tong-lao, le préfet de Ïchoung-King, etc. L'in-
demnité due pour les donnniages causés à la mission fut fixée à
220000 taels, dont 60000 furent versés, en janvier 1887, ^^
vice-consulat de Ilan kéou; le reste, soit 160000 taels, devait
être versé en quatre annuités (1887-1890) de 4oooo tacls.
MAJORITÉ DE l'eMPERELR
Le 11 juillet 1886, la Gazette fie Pé Kiwj renfermait un
décret de Tlmpéralriceau sujet de la majorilé de TEmpereur.
M'étant entendue aujourd'hui a>ec le Prince Tch'ouen et le
Prince Li, Membre du Conseil Privé, j'ordonne qu'à partir du
Grand Sacrifice au (liel qui a lieu au solstice d'hiver. l'Knqjcreur
ira désormais accomplir dans les tenq)les les cérémonies usuelles
et je charfçe rOhservaloire iui[)érial de faire choix d'im jour heu-
reux et propice |K)ur que, l'année prochaine, l'Empereur com-
mence à régner par lui-même.
Un autre décret du i5 juillet marque que, sur les ins-
tances des princes Tcirouen, Li et P()\ rimpératrice, quand
TEmpereur régnera par lui même « lui donnera son aide
suivant que les circonstances Texigeronl, et lui rappellera ce
qu'il a appris à mesure que les afl'aires se présenteront ». En
conformité avec le rapport de TObservatoire impérial, le
régne conmiencera le i5' jour du i*^"" mois de Tannée pro-
cliaine (7 février 1887). Enfin, par un troisième décret paru
dans la (]a:ette, 19 juillet 1886, rinq)ératrice, cédant faci-
lement à une douce violence, accepte d'être conseillère de
TEmpereur pendant plusieurs années.
M. LEMAIRE
M. Constans^ quitta Pé-King au commencement du mois
1. Fils de Sc^ng-ko•lin-sin.
2. Conslans, Jean-Anloine-Ernest^ né le 4 roai i833 ; avocat, docteur
M. LRMAIRR 37
d'août et arriva à Tien-Tsin le i3 cl à Cliang-Ilaï, le 'jS,
d'où il s'embarqua le 26, pour le Japon ; au rei^u d'un lélc-
grannnie du ministère des Affaires étrangères, M. Souharl*,
secrétaire d'ambassade à Pé-King, prit le service de la léga-
tion le 23 août. M. Gabriel Lemaire* avait élé nonuué envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Pé King le 10
juillet 1887. En passant h Hong- Kong, il ne vit pas M. Cons-
tans, qui était au Tong-King. M. Souhart remit le service
de la légation à M. Lemaire le i/i novembre 1887, arrivé la
veille dans la capitale.
M. Lemaire, en arrivant à Pé King, demanda au Tsoung-
cn droit; professeur agrégé des Facultés de droit (i8t)7) à Douai cl à
Toulouse (iî<7o); député de Toulouse, 1875-1891 ; sous-secrétaire d'Klat
au ministère de l'intérieur et des cultes, 28 janvier 1879; ro""^lrc de
rintéricur et des cultes, 16 mai i88o-fé\rier i88a ; envové exlraordi-
nairc et ministre plénipotentiaire en Cliine, 10 juin i886-i'i juillet 1887 ;
gouvcnieur générai de l'Indo-Cliine, octobre 1887 ; depuis andmssadeur
à Constantinoplo.
I. Souhart, Fernand-Arthur, ne le 18 janvier 185/4; licencié en
droit ; élève diplômé de l'Ecole des ScicMices poliliipies ; attaché à la di-
rection des consulats, 39 juillet i87(» ; élève consul, 9 juin 1878 ; à Yoko-
hama, 1^ août 1878; commis principal à la direction des affaires com-
merciales, i**"" février 1881); secrétaire de seconde classe à Téhéran,
i5 février 1883 ; secrétaire de première classe à Pé-King, 30 juin 188G;
secrétaire à Belgrade, ao mars 1889.
3. Lemaire, VicLor-Gabrlel, né le 3 jan\ier 1889; chargé des fonc-
tions d'interprète à (ihang-llaï, i^"" janvier i855; nonuné interprèle à
cette résidence le ^ novembre 1867 ♦ interprète à Canton, t février 1809;
a rempli les fonctions d'interprète auprès du général commandant en chef
de l'expédition française en Chine, 1860; premier interprèle à Pé-King,
le 8 mars i865; consul de seconde classe à Fou-tchéou, 3t) août 1873;
à Canton, 19 février 1878; chargé de la gestion intérimaire du consulat
général à Chang-Haï, 35 janvier 1878 ; consul de première classe, 1 1 fé-
vrier 1879; ^ Hong-Kong, i'-"" avril 1881 ; consul général à Çalciitla,
H» mars 1883 ; à Chang-Haï, G novembre i883 ; ministre plénipoten-
tiaire de seconde classe, résident général à Hué, r"" sc^plembre i88/| ;
chargé de travaux particuliers, i3 février 1886; délégué du gouverne-
ineiit français à la commission de délimitation des Elats du Sultan de
Zanzibar, i*-'»" avril 1886; en disponibilité, r'"* janvier 1887; envové
extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Pé-King, 10 juillet 1887.
38 LES ANNEES I 886-1 887
li Yamen (i5 novembre 1887), ayant pris la direction de
la légation le i/i, de lui faire connaître le jour où l'Empe-
reur voudrait bien le recevoir pour la remise des leltrcs de
créance qui Taccrédilaient à la Cour impériale et des lettres
de rappel de M. Constans dont il faisait parvenir les copies
au prince K'ing et à ses collègues; la majorité de TEmpe-
reur avait été proclamée le 7 février précédent, mais Tlmpé-
ratrice-douairière continuait à exercer le pouvoir; ce fait
pouvait servir d'excuse pour ne pas recevoir M. Lemaire,
mais le Yamen préféra en invoquer une autre :
Le f\^ jour de la 10* hiiic de la i3^ aunéo, année
Konang-Siu 18 novembre 1887.
Réponse- onicicllc.
Le i**" de la 10** lune de la i3® année Kouanfj;-Siu (i3 no-
vembre 1887), nous avons reçu la dépécbc dans laquelle V. E.
nous dit qu*EIIe est arrivée h Pé-King et qu'EIlc a pris le service
h la date du i^ novembre. Vous nous parlez aussi de la cordia-
lité qui régnera dans les rapports que nous aurons à entretenir
avec V. E. au sujet des relations de nos deux Pays, afin d'assu-
rer un résultat satisfaisant, et vous ajoutez ([ue vous êtes porteur
de Lettres de créance destinées à être remises jxîrsonnellcment
en Audience Impériale.
Nous avons tous pris connaissance de celle communication et
notre vif désir est (pie nos rapports avec V. E. soient inspirés
par im esprit conciliant et par ime aide réciprocpie, (pie les af-
fain»s (pie nousaur(ms à traiter le soient conformément à récjuité
et que nous affermissions à jamais nos relations de concorde. En
ce (pii concerne la ([uestion, dont vous nous parliez, de la remise
de vos lettres de créance entre les mains de S. M., nous devons
vous faire remarquer que les Représentants actuels d(»s autres
Puissances n'ont pas demandé, h leur arrivée à Pé-Kini^:, à être
reçus en Audience Impériale. De plus, lorsque S. E. M. (Cons-
tans, R(»présentanl de la France, est arrivé ici, l'année dernitTc.
il a aussi remis personnellement à notre Yamen les Lettres de
créance» dont il était porteur, [K)urque nous adr(»ssionsà sa place
im Rapport au Trône à ce sujet. 11 convient donc naturellement
d'agir de m(*Mne *.
I. Pour trad. conforme (sig.) : A. Vissiere.
M. LR\fAinE a()
M. Lcmairc (19 novembre) put farilcinenl n'iorqnor au
Yamcn :
Les circonstances acliieHes sont 1res difTéreiiles de celles aux-
(iiielles V. A. cl VV. EE. lonl allusion. Les I\e|)résenlanls
Llranjjers, acluelleinenl h Pé-Kirif:, v sont arrivés en eiïel à nnc
éjKKpie on S. \L l'Eniperenr iravail pas encore assnnié person-
nellement la direction des alTaires, et les contnnies traditionnelles
d;» la (]hine lenr ont paru un obstacle snilisnnt pour enipiVlier
leur admission au Palais en présence de S. M. l'Impératrice
Régente.
M. (lonstans est arrivé, Tamiée dernière, en Chine dans des
conditions pnicisémenl les mêmes, et il a pu lui |)araitre conve-
nable de remettre au Tsoinïg-li ^amen. non |kis le texte orij^inal
de st»s Lettres de créance, comme \ . A. et VN . KK. sendjlent le
croire, mais seulement la copie de ces Lettres.
Le cas dans leipiel je me trouve, ne laisse pas cpie d'être tout-
ii-fait o|)|)OS('' il ces précétlenls.
Ln Décret a annoncé, en elTet, à tout l'Empire (pie S. M.
l'Empereur régnerait elleclivement à dater du 7 février de cette
année. Je me trouve donc dans la situation où se lrou>aient, en
187/1, MM. Hutzov et Serru\s (pii, arrivés à Pé-King pendant le
règne de rEm|M»reur T'oung-Tclié, ont été admis sé|)aréni(»nt à
lui présenter les lettres par lescpielles leurs gouvernements les
accréditaient près la Cour de Chine.
Le \ainen répondit (22 novcndjre 1887) :
Vous nous priez de vous l'aire savoir quel autre motif peut
s'o|)|)oser à ce (pic Vous soy(?z rc^ti, jK)ur le moment, par S. M.
rEm|)ercur. Or, notre (Conseil vous fera remanpier cpie bien
(pie nous so\ons actuellement en temps de rc'gne elVectif de
S. M. rEin|X'reur, cependant S. M. rim|)ératrice Douairière
continue de a donner » ses inslrwtutns pour le (louvcrnemcnl.
Cet étal de choses est difTérent de celui qui existait en 187^1. Il
convient donc de dilTérer provisoirement ré|)0([ue de l'Audience
Impériale. Quant aux Icttnrs de enfance dont vous ét(»s porteur,
M. le Ministre, c'est encore notre Yamen qui pn'sentera, pour
vous, au Trône, un rapport à leur sujet'.
1. Trad. d*A. Vissikre.
3o LES ANNÉES I 886-1 887
M. Lemairc répliqua :
Lo motif invoqué par V. A. et VV. EE. me semble participer
dans une certaine mesure des considérations qui ont inspiré les
Représentants Etrangers actuellement h Pé-Ring, et M. Cons-
tans, lorsqu'ils ont rcîsolu de ne pas insister auprès de vous pour
présenter personnellement leurs Lettres de créance à S. M. l'Em-
pereur de Chine. Je crois donc pouvoir admettre qu'il y ait lieu
j)Our moi, quant h présent, d'agir de môme, et je vous serai
obligé d'informer Votre Auguste Souverain, par un rapjwrt spé-
cial, de la remise que je vous ai faite de la copie de mes Lettres
de créance... La résolution prise |)ar moi aujourd'hui est donc
toule t<Mn[)oraire, et je me réserve de renouveler auprès de vous
ma demande d'Audience aussitôt que la situation transitoire
existant actuellement aura pris lin...
TRAITÉ POHTLGAIS, l'*'' DÉCEMBRE 1887
A la suite d'un protocole préparé à Lisbonne, le 27 mars
1887, par M. J.-D. Campbell, le i*"" décembre 1887, M. Tho-
mas de Souza Roza\ pour le Portugal, le prince K'ing et
Souen, président et membre du Tsoung-li Yamcn, signèrent "*
le traité en suspens depuis la non-ratification de celui de
1862^ Il fut ratifié par M. de Souza Roza et Li Houng-
Icliang, à Tien-Tsin, le 28 avril 1888.
Le traité portugais se compose de 5.^i articles ; beaucoup
de ces articles sont identiques à ceux du traité non ratifie
du i3 août 1862. Je note les articles relatifs a Macao, dont
les Chinois reconnaissent la possession au Portugal :
AuT. 3. — La Chine donne de nouveau son adhésion à l'art. 2
de la (Convention Préliminaire de Lisbonne portant que le Por-
tugal occupera et administrera délinilivement Macao. Toutefois,
il est dès à présent convenu et arrêté que les deux Pays noinme-
1. Il arriva à Cliang-liaï, sur le ;!/«/«•«, 3 juillet 1887.
2. En six exemplaires dont deux dans chaque langue : chinoise, por-
tugaise et anglaise.
3. L p. i4i'
M. LEMAinE 3l
ronl des doh^gurs pour dcHerminor oxaclomonl ol d'un conimun
accord les limites du territoire et que cet accord fera Tohjet
d'une Convention spéciale; mais, tant que cette délimitation
n'aura pas été cITectuée, l'état actuel sera maintenu sans chan-
gement; il n'y aura lieu pour aucune des parties d'y apporter
aucune modification, agrandissement ou diminution.
Aut. 3. — Le Portugal donne de nouveau son adhésion h
l'art. 3 de la Convention de Lisbonne portant que le Portugal
s'engage à ne jamais céder Macao à une autre Puissance sans
avoir obtenu, au préalable, l'assentiment de la (^liine.
\rt. f\. — Le Portugal s'engage formellement à prêter son
concours à la Chine pour percevoir les droits de douane et de
likin sur l'opium exporté de Macao \ers im port de Chine, (^e
concours, quant à la manière de le prêter, et quant à sa durée,
sera le môme que le concours donné par l'Angleterre à la CJiine
|X)ur percevoir les droits de douane et de likin sur l'opium ex-
porté de Hong-Kong vers un point de Chine. In règlement,
fixant dans ses grandes lignes la façon dont ce concours sera
prêté par le l^orlugal, fait, dès maintenant, l'objet d'une Con-
vention s[>éciale annexée au présent traité et ayant la même
valeur que le traité lui-même.
Art. 5. — S. M. le Roi de Portugal [X)urra envoyer à Pé-
king, pour y résider, un Ministre et des Agents diplomaticjues
de tout rang. Os agents, ainsi que les personnes de leur suite
et de leurs familles, |K)urronl, soit résider à demeure fixe, soit
se rendre éNentuellement à Pé-King, ainsi que dans toute autre
localité où les Ministres des autres Puissances seraient autorisés
à résider : ils se conformeront, sous ce rapport, aux ordres du
gouvernement.
La Chine pourra de même envoyer un Ministre résider à Lis-
bonne; il sera loisible à cet agent de ne s'y rendre qu'évenluel -
lenïent : sous ce rapport, il se conformera aux ordres de son
Gouvernement.
La rédaction de rarticle suivant est presque identi(|ue à
celle de l'article 8 du traité anglais de i85S, mais elle ne
concerne que les catholiques :
Art. 02. — Le but de la religion catholique étant d'exhorter
les hommes à faire le bien, ceux qui l'enseigneront ou la prati-
Sa LES ANNÉES 1 886-1 887
qucront obtiendront toute protection et les autorités chinoises
ne pourront infliger aucun mauvais traitement ou empêchement
aux catholiques qui se conduisent paisiblement et ne seront
coupables d'aucune faute.
Il n'est pas question de protectorat.
La convention spéciale comprend trois articles :
A HTicLE PREMIER. — Lc Gouvemement portugais s'engage à
promulguer une loi prescrivant aux marchands d'opium de Ma-
cao de se conformer aux règlemenls suivants :
r» H sera interdit d'introduire à Macao l'opium étranger par
petiles (piantités et autrement qu'(»n caisses pleines.
2** Le Portugal enverra à Macao un fonctionnaire qui sera
chargé de surveiller l'opium étranger inqxirté ou exporté et d'en
elTectuer la confiscation, s'il y a lieu. Tout l'opium étranger im-
porté à Macao devra aussitôt faire l'objet d'une déclaration à
l'administration de ce fonctionnaire ou « Directeur »,
3** Toutes les fois que l'opium étranger sera importé à Macao
et que cet opium devra être transbordé d'un bateau dans un
autre, ou être débarqué, ou être trans[)orté dans un magasin,
ou transféré d'im magasin dans un autre, ou réexporté, un |)€r-
mis devra préalablement être obtenu de l'Administration du
« Directeur », autorisant le transport.
/i® Les commerçants de Macao qui exporteront ou importeront
de l'opium étranger devront tenir un registre dont le modèle
leur sera fourni par l'autorité. Ils seront tenus de se conformer
au modèle délivré par l'Administration et de mentionner, d'une
façon sincère et détaillée, sur leur registre, la quantité de caisses
d'opium in'q>ortées à Macao, vendues par eux, les noms des ache-
teurs, le lieu de destination, et la quantité de caisses restant en
magasin.
5" Personne, sauf les Conunerçants d'opium reconnus de
Macao et ceux qui auraient obtenu une patente pour vendre
l'opium au détail, ne |W)urra recevoir, ni garder l'opium étran-
ger en une (|uantité insuilisante pour remplir une caisse.
()•* Après la promulgation de la loi, il sera fait un règlement
minutieux au([uel tous les habitants de Macao devront se con-
former. Ce règlement devra être semblable à celui régissant la
matière en vigueur à Hong-Kong.
M. LEMAIRE 33
Art. 2. — Pour exporter de l'opium de Macao (»t FonvoYor
dans un des porls de Chine, un cerlificiil devra ôlre obtenu de la
Direction de l'opium. Le Direcleur donnera immédiatement avis
de la délivrance de ce permis d'ex |X)rlat ion au commissaire de la
Douane (chinoise) de Kong-Pei |X)ur cpi'il fasse le nécessaire.
Art. 3. — Si l'ime ou l'autre des deux parties coni raclantes
désire, dans la suit(\ ap|)orler des modifications à la présente
Convention, il sera né^cessaire qu'il y ait de part et d'autre accord
après négociations, a\ant d'y iaire des changements ou des sup-
pressions.
Le soir même, i" décembre 1887, de la signature du
traité, M. de Souza Uoza quittait Pé King.
COBDIBS. IIL — 3
CHAPITRE m
AUDIENCE DE M. LEMAIRE. — MARIAGE DE L'EMPEREUR. —
CHEMIN DE FER CENTRAL. — SIÉ F0U-TCH'EN6. - SYN-
DICAT FRANÇAIS.
AUDIENCE DE M. LEMAIRE
M. Lcmairc, en uniforme et accompagné du personnel de
la légation, remit le i5 mars 1888, au Yamen, la lettre par
laquelle M. Carnot notifiait à Tempereur de Chine son acx^es-
sion au pouvoir; le Yamen ne la remit au souverain que le
i5 mai. Lieon, minisire à Paris, fut chargé de remettre Fac-
cusé de réception de son gouvernement*.
Sur une demande de M. Lemaire sur la cause du retard
apporté à la remise de la lettre de M. Carnot, le Yamen ré-
pondit (25 juin 1888):
Toutes les fois que des nations étrang^^cs font parvenir à la
Chine des lettres de leurs souverains ou chefs d*États, il est
nécessaire, tout d'ahord, que notre Yamen recherche les précé-
dents dans ses archives, puis qu'il nnlige un projet de réponse,
qu'il en avise ofTiciellement, en même temps, le Grand Conseil de
l'Empire (A7M/i-Ai-/c/t*ou) et adresse une dépêche au Ministère
des Travaux puhlics, afin que celui-ci lui procure le papier
Impérial jaune. Lorsque tout est préparé, nous présentons à
Sa Majesté, la Lettre reçue et la Réponse et nous attendons res-
pectueusement ses ordres. Aussitôt après, le texte définitif est
I. Voir, II, p. i43.
CORPS DIPLOMATIQUE 35
transcrit cl un jour est Cixé pour faire demander, par le Palais,
l'apposition du Sceau Impérial, qui est frappé sur le document
par un fonctionnaire désigné à cet effet. Celui-ci le ferme» et le
transmet. — Ainsi sont assurés le soin et l'importance dus en
pareil cas.
Telles sont les formalités iLsitéçs jusqu'à ce jour. Elles ne
sauraient manquer de nécessiter un certain temps. C'est ainsi
que, lorscjue M Cogordan. ministre de France, nous eut remis
le 31 de la 2* lune de la la*" année Rouang-Siu (aO mars 188G),
une Lettre Présidentielle, notre Yamen demanda au Trône qu'une
Réponse fut faite et celle-ci ne fut expédiée que pendant la
7* lune (août), à notre ministre Siu, pour qu'il en fil la
remise * .
DÉMISSION DÉMENTIE DE SIR ROBERT IIART
On annonça que sir Robert Hart avait donné sa démis-
sion le 27 avril 1888, probablement par suite de dilTicultés
avec le Tsoung-li Yamen, suscitées par le vice-roi de Canton,
à propos des taxes sur Topium qui avaient été transportées
Tannée précédente des douanes indigènes aux douanes mari-
times. On parlait du marquis Ts'éng, assisté de deux étran-
gers, comme son successeur.
CORPS DIPLOMATIQUE
Le 2 mai 1888, M. Lemaire adressait à Paris un long
rapport sur la position délicate ou se trouvait le corps diplo-
matique à Pé-King et sur l'utilité qu'il y aurait à ce que les
gouvernements qui y sont représentés se concertassent pour
exercer une pression sur le Céleste Empire en vue de remé-
dier à cet état de choses. Copie de ce rapport fut envoyé par
le gouvernement à nos ambassadeurs avec la copie des ins-
tructions envoyées à notre représentant en Chine, l'invitant
I. Trad. d'A. Vissière.
36 LES ANNÉES 1 888-1 889
à s'abstenir de toute initicitive qui serait de ns^ture à nous
attirer les rancunes du Gouvernement impérial. M. Goblet,
ministre des Affaires étrangères, prescrivait h M. Lemaire
de se borner h s'associer aux mesures tendant à amener la
Chine à accorder au corps diplomatique de Pé-King les pré-
rogatives que le droit des gens lui assure en Europe et en
Amérique.
MARIAGE DE l/ EMPEREUR *
Deux décrets annoncèrent que la participation de l'Im-
pératrice Douairière aux affaires cesserait aussitôt après le
mariage de TEnipereur (ixé au mois de février.
I
DÉCRET IMPÉRI \L
Do])uis répocpie où, 1res joiino, iNoiis avons été appelé à suc-
céder au Trùne, Sa Majesté rinipératrice Douairière, Ts'eu-hi
Touan->oou K'anf;-\i Tcliao-Mi Tcliouang-tchVng, nous a fait
la frrAco, cachée d(»rrière lui rideau, de prendre part au Gouver-
nement (en (pialité de Régente). Son zèle et son ardeur dans
ces travaux ont été iniinenses, de nature à effacer le passé |X)ur
ne nous laisser voir que l'éclat du présent. Jour et nuit appli-
cpiée aux alfaires. Elle a vu passiT conuiK» un s<'ul jour plusieurs
dizaines (rannées.
IViulant la G" hine de la 12' année de notre règne (juil-
let 1880). Elle nous avait commandé de prendre personnelle-
ment en main le Gouvernement de l'Etat ; mais, par un nouvel
elFet d(» son affectueusi» honte envers nous, Elle consentit encore
à agréer la prière que nous Lui adressAmes de continuer à guider
de ses conseils notre Gouvernement. C'est ainsi que, |)endant ces
deux dernières années, les affaires publiques ont été l'objet de
ses soins. Nous venons actuellement de recevoir ses Bienveillants
Commandements décidant qu'ElIe nous remettra le pouvoir
I. Gazette de Pê-King. 27 juillet 1888, 19^' jour. (>•■ lune, i^" année
Kouang-Siu.
.«j
MARIAGR I>K l'kMPEREI R 87
pendant la 2* lune de l'an prochain (Mars 1889). Nous inspi-
rant avec respect de la |Xînsée première de notre clonienle Mère.
— pensée de déférence, de sollicitude, de nio<lestie et de rete-
nue ; — prenant, en outre, révérencieiiseinent en considération
ce fait que, durant trente années, notre Au«çusle Mère s'est
infligé, dans l'intérêt du Monde de l'Empire, soucis et peines au
[)oint de s'en rendre presque malade, et de n'avoir, pour ainsi
dire pas un quart d'heure qu'Elle put consacrer au repos. Nous
avons interrogé notre cœur et fait un examen de nous-mème.
La ri»con naissance et la crainte nous possèdent également. De
nouveau. Elle nous adresse maintenant de douces paroles, par
lesquelles Elle nous réitère ses ordres précédents. Os<m' ions-no us,
par suite, ne pas nous conformer avec respect à s(»s instructions
maternelles? Nous appliquerons tout notre esprit, avec une
crainte et un soin constants, à la direction des grav(»s alTaires de
l'État, notre p<însée étant de reconnaître ainsi les grands hienfaits
de l'Auguste Mère qui nous a élevé et instruit avec une bonté
qui s'est accrue de jour en jour.
Les affaires, sont, au tenq)s présent, graves et dillicile^ : Notre
charge n'en sera désormais (pic plus pesante. Vous, fonction-
naires grands et petits, tant à Pé-K.ing que dans les provinces,
devrez d'autant plus vous inspirer du sentiment sincère de r(^s-
pcclucuse appréhension qui nous anime jour et nuit. Que
chacun proie le sermcînt de lidélilé puhlicpie et apporte son con-
cours au Gouvernement de l'État : telle est notre >ive et réelle
espérance.
Quant aux actes et formalités auxquels il v aura lieu de pro-
céder, lorstpie sera veim le moment de notre prise de possession
du pou\oir. Nous enjoignons aux ditférentes administrations
compétentes d'en délibérer avec le soin et le respect dûs, et de
nous présenter leurs rapports à ce sujet ».
Respect à ceci !
U
Décret ou Biesveuxants Commandements de S. M. l'Impéra-
trice Douairière ïs'eu-hiïouan-veou K'ani^-vi Tchao-vuTchouan;^-
tch'eng.
J^récédemment. — l'Empereur venant à peine d'assumer la
direction |Xîrsonnellc du gou\ernenient, — lorsqu'il s'est agi de
prendre une décision ou de trouver la solution d'une alfeire.
38 I.KS ANNÉES l888-l88f)
Nous n'avons pu nous dispenser de lui donner nos conseils; c'est
pourquoi nous nous sommes imposé d'acquiescer à la demande
de nos l'onclionnaires, (»l, pendant plusieurs années de guider le
GouAcrnenienl de nos avis. Depuis deux ans, l'EmpiTeur a con-
sacré à l'élude tous les moments de loisir que lui ont laissés les
aflaires. et il a fait des progrès d'autant plus remarquables. Il a
su, le cas échéant, prendre des délerminalions dans hîs questions
militaires de tout ordre intéressant l'Empire, et les dis|X)sitions
aux(pielles il s'est arrêté ont été ce qu'elles devaient être. Notre
salislaclion est grande.
11 con>iendra donc que, l'année prochaine, lorsque la célébra-
lion de son mariage, fixé à la première lune, sera accomplie, il
prenne personnellement la direction du Gouvernement, alm de
ré|M)ii(lre aux es|)érances de nos Ministres et de notre j>euple.
INous ordonnons au Bureau Aslronomi<pie de faire avec soin
et respect, choix d'un jour heureux, pendant la deuxième lune
de l'année prochaine (Mars i88()) pour la transmission du pou-
Aoir, et de nous présenter un rapport.
Respect à ceci ! '
La Gazette du 3o juillet contenait un nouveau décret de
rinipératrice fixant, sur le rapport du Bureau Astronomique,
la date de la remise du jmuvoir entre les mains de TEmpe-
reur au S'^jour de la 2° lune, c'est-à-dire au 4 mars 1889.
FL'Tl nE IMPÉRATIUCE ET CO>'(:i"BINES*
BiK.NVFU.LANTs (loMM vxDKMKNTs (Ic Sa Majcsté l'ImpératHce
Douairière Ts'eu-hi Touan-M*ou K'ang-vi Tch'ao-vu Tchouang-
Ich'eng :
« Depuis son accession au TrcNne, l'Empereur est parvenu
graduellement à la force de l'âge, aussi convient-il que \ous
fassions choix d'une personne sage pour lui servir de conq)agne,
l'aider dans l'adminislration intérieure du Palais, remplir auprès
de Lui les devoirs dévolus à la femme el l'assister dans ses
bienfaits de souverain. Nous choisissons, en conséquence, la
1. Pour Irad. conforme (sig.) : A. Vissikre.
a. Gazette de Pè-King^ 8 novembre 1888.
CHEMIN DE FER CENTRAL 3f^
fille du Heiilenanl-goiioral larlarc Rouei-siang * , apparlonant à
la famille Yc-ho-na-la, d'un caracItTe droit, réserve et sage,
autant que belle et intelligente. Nous ordonnons qu'elle soit
Impératrice. »
« Ordre spécial ».
Bienveillants Comm\ndements de S. M. l'Impératrice Douai-
rière Ts'eu-lii, etc., etc. :
a Nous ordonnons que la fille de Tch'ang-Siu (ancien >ic(î-
président de Ministère) âgée de ({uin/e ans, de la famille T'a-
T'a-la, n»çoive l'investiture de Kin fiin ou Première Concidnne
Impériale (litt. : (loncubin(»-pierre-l)rillaute).
Nous ordonnons, en outre, que la fille de Tch'ang-Siu, âgée
de treize ans, de la famille T'n-Ca-la, revoive l'investiture de
Tchen-p'in ou Deuxième (ioncubine Impériale (lit. : Concubine-
perle) ».
Respect à ceci ^ !
CHEMIN DE FER CENTRAL
A la suite d'un décret de rimpéralricc régente du i \ fé-
vrier 1889, Tchang Tchi-toung fit un rapport par lequel il
demandait que Ton difTénU la construction du chemin de fer
entre Ticn-Tsin et T'oung-tcliéou et qu'on établît une
voie principale dans les provinces du centre. La Gazette do
Pé-King, du 8 août 1889, renfermait un décret impérial
nommant Tchang Tchi-toung, vice roi du IIou-Kouang
Cette décision du gouvernement chinois se ratUichait à la
création du chemin de fer reliant Pé-King à llan-kéoUydont
Tchang s'était montré partisan dans un rapport spécial
adresse au tronc. Le cinquième prince, Toun, s'éUiit mis à
la tète d'un mouvement [)our contraindre l'Impératrice à dif-
férer Texécution du chemin de fer projeté entre Tien-Tsin
I. La future impératrice était la nièce de la régente ; son pi^TC était un
frère cadet de Ts'eu-Uietde la propre mère de rem|)urcur. Le mariage
eut lieu le 26 février 1889.
3. Trad. d'A. Vissière,
/lO LES ANNKRS 1 888-1 889
el T\)ung Ichéou ; il mourut d'apoplexie dans la nuil du
18 février 1889.
A roccasiou dv. ri'tablissemcnt du chemin de fer * décrélc
entre Pé-King et Ilaii-Kéou, la Cour s'est fait présenter par les
six Minisires un état des ressourc(*s, que le |)aienient des împols
et taxées uiet à sa disposition, déduction faite des sommes qui
sonl, d'après les règles établies, préleviVs sur les revenus pour
être employées par ïvs autorités locales dans les 18 provinces.
Voici le compte des sonunes (pii ont été transmises Tannée
dernière au Trésor impérial de Pé-King :
TAKLS
l*roduit des douaues maritimes 1 5 800 000
Revenu de l'opium 7900000
Douanes intérieures /l 600 000
Pé-King (taxes extraordinaires) laSîVoooo
Sel 12880000
Impôt foncier. . . 10760000
Taxe sur le thé 1 800000
Taxe sur les hiens des fermiers du sel i 3ooooo
Monts de piété 734000
Droits divers 1 5 800 000
Suppression de certaines pensions 5a8ooo
Total. 84 9«^2 000
Soit en francs, au change de 6 l'r. 35 cent., 552 o58ooo francs.
maiua(;e uk i/emi>eheik
Le 126 février 1889, 1 Kmpcreur épousait Yc-ho na la-chc,
fille de Kouei-siang, el nièce de Tlmpératrice douairière. On
ne peut dire que ce fût un mariage d'inclination ; les deux
cunjoinisse délestaient c<»rdialement el leur union fut Tanivrc
de ri mpéralrice désireuse de ronserNer son influence et son
pouvoir. « Des [irésages fâcheux sont >enus elVrayer la
Cour et la ville : une des principales portes du Palais, sous
I. M. Loiiiairc au Ministre des afTaircs clrangèrcs. Pc-King, |8 no-
vembre iSSij.
ft*
*i*
I>KPI%(:ilK DU TSOU.NC;-LI Y\MK> A M. LKMVIKK /| I
laquelle devait [>asscr la nouvelle Inipéralrire la nuit du nia-
rtage, monument remarquable de la dynastie des Ming, a
été détniile par un incendie* ».
Cinq jours auparavant, Sir Hobert llart et les mend)res du
corps diplomatique avaient été Tobjel de marques de distinc-
tion de la part de la (Hour; la récompense de Sir Hobert,
anoblissement de trois générations de ses ancêtres, est inté-
ressante :
Dkcret de S. M. rinipératrice DonairitMc TsVu-lii Touan-
ycou K*ang-vi Tchao-yu Tclionang-lcirciig- :
Le Commissiiire (-- lns|K'cUMir général) des Douanes, décoré
du tx>uton de premier rang et de la plume de paon, llart, diri^'c
depuis longlenjps lu Douane maritime avec habileté et sûreté,
montrant dans toutes les aflaires un soin extrême. L(*s rec(>ttes
ont été en augmentant animellement, depuis plusieurs années,
ce qui témoigne avec certitude de ses brillants services.
L'époque de la remis*^ du |)ouvoir entre les mains de l'Kmpe-
reur étant prochaine, il convient que nous donnions (à llart)
une marque spéciale de notre satisfaction, connue encoura^'cinent
à des mérites consommés. Nous ordonnons que llart soit, par
suite, récompensé en coniéranl à ses ancêtres des tmis i^énéra-
tions qui Tout précédé les titres honoriii([ues des ionctioiuiaires
du i*^*" rang, i''- classe ».
Kcspecl à c(*ci ^ !
DÉPÊCHE DU TSOING-LI YAME.N A M. LKMAIRK, l'X FKVUIEU I ^^Sc)
3 S*" jour, i'*' lune, lo" année Kouani;-Siu (aa février 1889).
Communication oJJîvieUe.
Le 32 de la i''*' lune de la i3" année Kouang-Siu (31 Février
i8S()), a été reçu avec respect le Décret suivant de S. M.
l'hupératricc Douairière ïs*eu-hi Touan-yeou R'ang->i Tciuio-
yu Tchouang-lch'enf; :
1. y\. Lcmaire, 27 février 1889.
2. Cazetle de Pé-King (vd. maiiuscrilc). 21 f<'\rior i8S() (22'^' jour,
!•'• lune, lô' aniicû Kouan^'-Siii).
3. l^our trad. cuiiformc, sig. : A. \ issilkk.
/|a LES ANNÉES 1 888-1 889
« IViidaiil la !'*" lune do cette année doit être célébrée la
cérémonie du Mariage de rKni|KM*eur, et, pendant la a*" liin(s
doit avoir lieu la remise solennelle du pouvoir entre ses mains.
L*univers entier applaudit et danse en témoignage de sa joie.
Pendant (pie, lorscpie l'Empire a un semblable sujet de grande
félicité, celle-ci est partagée par la Chine et par TEtranger ; que,
depuis la conclusion des traités et rétablissement de relations
d'amitié avec les diirérents |>ays. les rapports de confiance et de
concorde n'oiil l'ail «jue se manifesler davantage avec le temps;
([ue les Minislr(»s, (»nvovés île ces dilTérents états, en résidence k
IV)-King, ont tous su montrer leur inlelligence profonde des
intérêts généraux et s'appli(pier à alTermir les liens internatio-
naux : — aujourd'hui ([u'ils se trouvent être témoins de Tac-
complisseiiient de ces actes solennels. Nous estimons qu'il
convient de leur faire sentir aussi les elfets de notre félicité.
En ce qui concerne ceux d'entre eux qui sont actuellement à
IV-Riii":, Brandt, Denhy. Shioda Sabouro, Walsham, Koumanv,
Hodriguez. Lemaire. et Verbaegbe, Nous commandons à Yi-
K'ouang, prince du second rang fCimj, et autres composant
notre conseil des AITaires Etrangères, de faire choix d'un jour de
la '2" lune, de pré|)arer. dans leur Yamen,un bampiet pour les
V traiter, et de leur transmettre, en outre, comme dons Imix'»-
riaux, des sceptres de congratulation, des pièces de satin et
d'autres objets.
Quant à Luca et Eerguson, qui ne sont pas présentement à
Pé-Kiug. ïious ordomions que les mêmes dons Im|)ériaux leur
soient également adressés.
Nous voulons moïilrer ainsi la volonté suprême de la (iOur,
en accomplissant ces actes de félicité, de témoigner, en même
temps, de sa concorde \is-ji-vis de nos voisins.
Que le dit Yamen mette aussitôt Nos ortlres à exécution.
Uespect à ceci ! »
Nous crovons devoir porter le Décret ci-dessus respectueuse-
ment copié par Nous, à la connaissance de Notre Excellence*.
HANQIET, 7 M vus 1 889
Le 7 mars 1889, à midi, suivant Tordre do rimpéralricc
I. Pour Irad, conforme, sig. : A. Yissn'.RE.
REMISK DU POUVOm A i/eMPEKKUU /jS
douairière, le prince K'ing convia le corps diplomalifuic a un
banquet, qui eut lieu dans un pavillon de larges dimensions
qui avait ctc élevé dans la plus vaste cour du Tsoung li
Yamen et très convenablement décoré.
« La salle dans laquelle le Prince lv*ing reçoit ordinairement
les Ministres étrangers, lorsrpi'ils se présentent en corps dans los
occasions telles (juc la Nisile du premier de Fan, avait été dis[)o-
sée [)Our l'exposition des présents que le Prince nous a olFcrts de
la part de S. M. 1. Le Prince K*ing nous a fait l'accueil le plus
aimable ; il était entouré de tous les Membres ri fonctionnaires
du Yamen revêtus comme lui de leurs habits de cour : les mi-
nistres étrangers étaient en uniforme. .\près une première station
dans la salle où étaient exposés les présents ([ui nous étaient
destinés, le Prince nous a introduits dans la salle du baïupiet.
Trois grandes tables y étaient dis|X)sées. A la première se sont
assis le Prince, les Ministres étrangers et leurs inter[)rètes, ainsi
que \vs Membres du Yamen ; à la seconde, les secrétaires des
Légations et les Directeurs chinois; à la troisième, les autres
fonctionnaires des Légations et les Sons-Directeurs dn Yamen.
Les convives étaient au nombre de quatre-\ingts environ. Le
repas a été ser\i à la chinoise, avec la seule exception que des
couverts européens accompagnaient les bâtonnets d'ivoire dont
peu d'Européens savent se servir a\ec une dextérité sudisanle'.
Le prince K'ing prononça une allocution à laquelle ré-
pondit M. von Brandt, doyen du corps diplomatique.
REMISE I>i; POtVOIR A i/eMPERELR, ^ MARS lSS()
Le Tsoung-li Yamen h M. Lemairc.
1*' jour, a** lune, i5'' année Rouang-Siu (a mars i88()).
Communication officielle :
Le 19*^ jour de la 6'' lune de la iV année Kouang-Siu
(37 juillet 1888) a été reçu respectivement le Décret suivant de
S. M. l'Impératrice Douairière Ts'eu-hi Touan->eou K*ang-yi
Tcbao-yu Tchouang-tch'eng :
I . M . Lemairc au Ministre des alTaircs clrangcres, Pc- King, q raars 1 88(j.
4'l i.Ks anm^:ks 1 888-1 889
« IVécédeniinoiil, l'Ein|K»rciir venant à peine d'assumer la
direction |K»rs()nnelle du Gouvernenienl, lorsqu'il s'est agi de
prendre une décision ou de trouver la solution d'une afîaire,
INous n'avons pu Nous dis[)enser de lui donner nos conseils, c'est
poiu*(pioi Nous Nous sommes alors im[)osé d'acquiescer à la
demande de nos fonclioimaires el. |)endant plusieurs amuVs de
guider le Gouvernement à l'aide de Nos avis. Depuis deux ans,
l'Kmpereur a consacré à l'élude tous les moments de loisir que
lui ont laissés les alTaires et il a l'ait des profi;rès d*autant plus
remarquables. Il a su, le cas échéant, prendre îles détermina-
tions dîuis les questions militaires, plus ou moins im[>ortantes,
intéressant rKnq)ire, et l(*s dispositions auxipielles il s*(»st arrêté
ont été ce (pi'elles devaient être. Notre satisfaction en est grande.
11 conviendra donc <pie, l'année prochaine, lors<]ue la célébra-
tion de son mariage, fixé à la i''' lune, sera accomplie, il prenne
personnel lem(»nl la dir(>ctiondu gouvernement, alin de réjwndrc
aux espérances de nos ministres et de notre peuple. »
« Nousonlomionsau liureau Astronomique de faire, avec un
soin respectueux, choix d'un jour heureux, pendant la 3'" lune
tie l'année prochaine (mars i88<)) pour la remise du |K)uvoir, et
de nous présenter un Uapport ».
U(»spect à ceci ! »
Kn outre, le aa de la ()"' lune (3o juillet 1888) a été res[K*c-
tueu.semcnt reçu le Décret >uivaiit de S. M. rinijKTatrice
Douairière :
« Le Bureau d'Astronomie Nous a présenté un Rapport pour
Nous faire Navoir cpie. conformément à Notre précédent Décret,
il a fait choix d'un jour heureux et attend respectueusement
Notre décision. »
« Nous ordonnons que la remise du pouvoir aura lieu le 3
de la 'i*^ lune de l'année |)rochaine (^1 mars i88(j).
hes[)ecl il ceci I »
Nous avons cru devoir copier respectueusement les Décrets
qui précèch'nt pour les porter à la coimaissance de \ . K. '.
SIK For TClfF.NG, Ml.MSTUE A l'AiUS
M. Lcmairo annonce le 9 juin 1889, au ministre des
I. l*onr Irad. conforme, sig. : A. \ issilke.
SIÉ FOU-TCirENG, MINISTRE A PARIS ^f)
Affaires étrangères, la nomination de Sié Fou-tclfeng comme
ministre à Paris :
Le Gouvernement chinois avait fait dernièrement * choix du
juge provincial et ancien secrétaire du Tsoung-li Yanien, Tcircn
K'in-ming. pour succéder h S. E. Licou comme Minislr<» de
Chine h Paris, à Londres, à Bruxelles et à Home. Le nouveau
titulaire se trouvait en congé dans sa province natale *, pour
cause de maladie, lorsque fut rendu le Décret le concernant^, et
son état de santé e.'^t assez grave pour (ju'il ait aussitôt prié la
Cour de rapporter cette décision et de le relever de toutes ses
fonctions. A la suite de cette démarche, le Tsounî»;-li Yamen m'a
annoncé olïiciellemenl, le 24 du mois dernier, (pie S. K. Tcirén
venait d'être à son tour, aux termes d'un décret spécial, rem-
placé par un « fonctionnaire décoré du houtondu second rang,
directeur du troisième rang en expectative d'une des cours secon-
daires de la capitale », nommé Sié Fou-tch'eng.
Le nouveau Ministre a exercé |K*ndant plusieurs années la
charge de Tao-taï de la douane de ^ing-Po. Il s'est donc trouvé
déjà en rapports d'aflaires avec les étrangers... S. E. Sié doit
aller passer deux mois de congé dans sa ville natale, — AA ou-Si,
près de Chang-flaï, — avant de s'emharcpicr |X)ur Marseille, où
il ne compte arriver qu'en octohre.
Sié Fou-tcireng était originaire de Wou-si ; sa famille se
composait de quatre frères dont Taîné, mort à lV»-King où il
s'était marié dans une famille tarlare, était médecin de Tim-
péralrice douairière. Sié Fou-lcireng, Fun des cadets, avait
deux fils, dont Fun, Sié Nan-bing, i\gé de trente ans, Iclié-
hien dans le Ilou-Pé, lors des troubles de liSgi, lit alficber
dans la nuit du 8 au 9 juin, à Wou-si, un violent placard
contre les étrangers; le 11 juin, il lit avec ostentation un
promenade à cheval autour des ruines de la mission catholique.
I. Par décret du 3i mars,
a. Fou-Kicn.
3. A la m^me éjwqiic (avril 1889), Ts'ouoi Kouo-yin est accrédité aux
États-Unis, Ës|iagnc et Pérou.
46 LES AINNÉES 1 888-1 889
SYNDICAT FRANÇAIS
On peut dire que la période de trois ans qui s'étend de
1886 à 1889 est celle des syndicats. En juillet 1886, M. von
Brandi avait fait des démarches près de Li, auquel il pré-
senta un niomoranduni sur les chemins de fer, en faveur du
syndicat allemand. En octobre 1887, les Chinois avaient
rompu avec le syndicat américain dirigé par le comte polonais
Mitkiewicz. Un syndical de la Mission de Tlndustrie française
en Chine, sous la direction du Comptoir d'Escompte de
Paris, dont le siège social était à Paris, i4, rue Bergère, et
comprenant les intérêts des maisons ou compagnies : Marcel
frères, Eives-Lille, Anciens Etablissements Cail, Forges et
Chantiers de la Médilerrannée, Aciéries de la marine el des
chemins de fer à Sainl-Chamond, Ateliers el Chantiers de la
Loire, Chantiers de la BuireaLyon, — futcréé en 1886, avec
M. Parran, ingénieur en chef des mines, comme président,
el M. Thévenel, ingénieur en chef des ponts el chaussées,
comme chef, qui arriva à Chang-IIaï, le 12 mars 1886.
M. Thévenel exécuta de la manière la plus satisfaisante les
grands travaux de Port-Arthur. Au commencement de no-
vembre 1890, Li Houng-tchang désigna le grand juge de la
province de Tché-li, Tcheou-fou, et le lao-taï des douanes,
pour i)rendre livraison des travaux de Port-Arthur, heureu-
sement achevés malgré des dillicultés de toute sorte et
relTondrenienl du Com[)loir crEscompte. M. Thévenel rentra
en France en 1889, laissant M. Griffon, ingénieur, à sa
place. /V la place du syndical, en aoiil 1889, on poursuivit la
constitution d'un groupe financier el industriel pour répon-
dre aux demandes éventuelles de la Chine. Le Comptoir
d'Escompte el le Creuzot déclinaient toute initiative dans
cet ordre d'affaires. MM. Demachy el Seillière, après avoir
MORT DU CHARGÉ d'aFFAIRES D*KSPAGNE ^7
coopéré avec la Banque de Paris, acceptèrent d'examiner les
projets attribués au gouvernement chinois.
Toutefois, le syndicat français ne put survivre à la crise
du Comptoir d'Escompte; des difficultés s'élevèrent entre
l'ancien et le nouveau Comptoir d'Escompte et l'ancien et
nouveau syndicat représenté par M. F. Gardissal, avocat. La
Banque de Paris et des Pays-Bas renonça (déc. 1890) à
fonder une agence à Tien-Tsin, et dans les locaux mêmes
du Comptoir d'Escompte, la Deutsche Asiatisclir Bank ins-
talla ses bureaux.
MORT DU CHARGÉ d' AFFAIRES d'eSPAGNE
Le chargé d'affaires d'Espagne, le chevalier Luis Carlos
de Onis, mourut fort âgé à Pé-King, le 17 octobre 1889, et
un service religieux fut célébré pour lui au Toung-Ï'ang ;
le secrétaire de l'ambassade, le comte de LIorente, prit
charge de la Légation d'Espagne, par ordre de son gou-
vernement. M. de Onis avait remplacé le ministre, M. Hodri-
guez y Muîioz," parti de Pé-King le 8 avril 1889.
CHAPITRE ÏV
MORT DE M^^ TÂ6LIÂBUE, DU MARQUIS TSENG, etc. —
CONVENTION DU SIKKIM. — CORPS DIPLOMATIQUE. -
AUDIENCE IMPÉRIALE. - ÉMEUTES. — LE COMTE CASSINI.
— TCH'EN KI-T'ONG.
MORT DE M^' TAGLIABUE, DU MARQUIS TS'ê^îG,
DU PRIXCE TCh'oUEN
L'année 1890 fut marquée par la mort de personnages
importants. L'évêque de Pé-King, M^*" Tagliabuc, mourut
le i3 mars, recommandant M. Favier pour son successeur ;
M. Lemaire, toutes considérations gardées, croyait, à cette
époque, coite nomination désirable, mais on n'avait pas oublié
à Paris Tattitude de M. Favier lors du transfert du Pé-T'ang.
Pour la nomination des évêques, le supérieur général de la
Congrégation présente une liste de trois noms à la Propa-
gande. Le supérieur des Missions étrangères a l'habitude de
consulter au préalable les chefs des missions voisines.
M. Favier ne figura pas sur la liste présentée par M. Fiat,
supérieur général des l^azaristes, à la Propagande. On trans-
féra du Pé Tché-li occidental au Pé Tché-li septentrional
(Pé-King), M^*" Jean-Baptiste-IIippolyte Sartiiou, évêque de
Miriophyte.
Le marquis Ts'éng mourut de la fièvre typhoïde le 12 avril
1890 ; notre ancien adversaire, depuis son retour à Pé-King,
avait noué des relations amicales, presque intimes, avec la
Légation de France, dont le médecin, le D"" Mirabel, le soi-
gna dans la maladie qui devait l'emporter; M. Frandin,
COriVCNTION ANGLO-CHINOISE DU SIRKIM ^Q
auquel il était attache par les liens d'une sincère amitié,
assistait à ses derniers moments. Ts'ông Ki-tseu laissait deux
fils, Ts'êng Kouang-louan etTs'ông Koiinng-ts'iuan, ce der-
nier adopté. Un décret en riionneur du marquis Ts'éng parut
dans la Gazette de Pé-Kimj, du i/| avril 1890. L'oncle du
marquis Ts'ong, le vieux Ts'rng Kouo-ls'iuan, vice-roi de
Nan-King, frère 'du grand Ts'éng Kouo-fan, survécut peu de
temps à son neveu ; il mourut le i3 novend)re 1890, ne lais-
santque des petits-enfants ; ses deux fils étant m')rts avant lui.
Le Septième Prince, père de Tempereur, fut frapjïé de
paralysie du côté droit au mois d'aoûl 1890; il i)erdit
Tusage de la vue et de la parole et, après avoir langui quel-
que lemps, il mourut le i'^'' janvier 189 1. En vue de cette
fin prochaine, en septcndjre 1890, on avait fail des ouver-
tures au prince Koung qui mit dix conditions stne qua non
pour sortir de sa retraite et reprendre le pouvoir; on songea,
en cas de Ijesoin, à se rabattre soit sur le Po-wang, fils de
Sèng-ko-lin-sin, soit sur le prince K'ing.
COJiVFNTION AlSGrO-CIlINOISE DU SIKKIM
Le 17 mars 1890, une convention en 8 articles fut signée
à Calcutta, par laquelle la Chine reconnaissait lei)rotectorat
(le l'Angleterre sur le Sikkim et fixait les frontières entre
ce pays et le Tibet : Taréle de la chaîne de montagnes
séparant les eaux coulant dans la Tisia du Sikkim et ses
affluents, des eaux coulant dans le M*ichp tibétain et vers le
Nord dans les autres rivières du Tibet ; la ligne commence
au mont Gipmochi sur la frontière du Bhutan et suit l'arête
montagneuse indiquée ci-dessus jusqu'au point où elle ren-
contre le territoire du Népal.
Cette convention fut complétée par des règlements' signés
I. Hertslet, p. 96.
G0RDIE&. 111. — 4
5o LES ANNÉES 189O-189I
à Darjecling Ifi 5 décembre 1898 (28* jour, 10® lune, 19"
année Kouang Siu) par A. W . Paul, commissaire britanni-
que et IIo Chang-jung et James H. Hart, commissaires chi-
nois, par lesquels Yatung, situé sur la frontière, sur terri-
toire tibétain, serait ouvert à partir du i**" mai 1894.
Le Uan-lin Siu King-lch'eng, qui n'avait pu se rendre
quelques années auparavant en France où iV avait été nommé
ministre, a cause de la mort de sa m'cre, fut, par décret du
9 septembre 1890, nommé ministre en Russie, Allemagne,
Autriche et Hollande. Li King-fang \ fds adoptif de Li-
lloung-tchang, lao laï honoraire, ancien secrétaire de la léga-
tion de Chine à Londres, fut nommé ministre au Japon par
le même décret.
Le 4 octobre 1890, le ministre de France, M. Lemaire,
remit le service de la légation h M. Ristelhueber, consul
général à Tien-Tsin et le G, il quittait Pé-King pour prendre
un congé en France. Le 9 septembre, M. Frandin, consul et
commissaire du gouvernement à Séoul, était nommé prési-
dent de la commission de délimitation du Tong-King.
Le capitaine Lang, qui avait accepté, en 1882, les fonc-
tions d'amiral et de commandant en chef de la marine chi-
ni/ise, donna sa clémissi<^)n en 1890, dégoûté des avanies
qu'il était obligé de subir; on lui faisait sentir qu'il n'était
qu'un conseiller technique et que le véritable amiral était le
chinois Ting ; le capitaine Rodgers qui dirigeait Tarsenal de
torpilleurs de Port Arthur, suivit Tamiral Lang dans sa
retraite.
Au grand étonnement du corps diplomatique, le i4 dé-
cembre 1890, les légations reçurent du Tsoung-li Yamen
d'une manière imprévue le décret suivant. Etait-ce la venue
I. Son pbro c^'lait lo sixième frère do Li tloung-lchang ; sa mèro mou-
rut le 19 juillet i8()i, (iaiis le Ngan-lioiici, et il fut remplacé pendant sa
période de deuil par Wan Foung-lsao, Han-lin, ancien premier secrétaire
do la légation âc Berlin.
AUDIENCE IMPÉRIALE 5l
prochaine du tsarévitch qui aurait déterminé Li Houng-
tchang à agir sur Tesprit de l'impéralrice douairière? La
promesse de réceptions annuelles donnait une grande impor-
tance au décret.
AUDIENCE IMPÉRIALE
Décret Impérial.
Kouang-Siu, iG* année, ii* lune, i" jour. — 13 Décembre
1890».
Depuis (jue les difTércntes nations ont conclu avec nous dei>
traités, des lettres révolues du sceau de l'Étal ont été échangées
d'une façon ininlerronipuc pour s'enquérir les uns des autres, et
les sentiinenls de concorde et d'amitié n'ont cessé de s'aflermir
davantage, avec le cours du tenq>s. Les Knvoyés des dilTérenls
Pays résidant à Pé-King ont tous su montrer leur sincérité dans
leurs discours, cultiver avec nous la bonne intelligence, et entre-
tenir les bonnes relations internationales: ce qui est bien digne
de Votre satisfaction et de Nos louanges.
L'année dernière, pendant la i""" et la 3* lunes, des fêtes
Impériales ayant eu lieu, à plusieurs reprises. Nous avons reçu
avec respect les Bienveillants (iiommandements de S. M. l'Impé-
ratrice Douairière, prescrivant au Tsoung-li Yamen de prépareV
un festin et d'y traiter (les Représentants Étrangers). La
communauté de sentiments régnant, en celle occasion, entre les
diverses nations du monde, en a fait une véritable solennité.
Nous avons pris personnellement la direction Souveraine du
Gouvernement depuis deux ans. Les bons rap|)orls existants
veulent que nous recevions en Audience Impériale les Envoyés
des Pays Étrangers présents à Pé-Ring. il convient certainement
d'imiter le précédent créé pendant la 13'- année T'oung-
Tcbé (iSyS), et aussi de lixer des époques pour des audiences
annuelles, en témoignage de la courtoisie toute particulière que
Nous voulons montrer. Nous ordonnons que, pendant la i'''-lune
de Pan prochain, le Tsoung-Ii Yamen nous prie, par un rapport,
de fixer la date à laquelle Nous recevrons en audience les Uepré-
I. Gazette de Pé-King.
5a LES ANNÉES iSqO-iSqI
tanls (les dilToronlspavs résidant à Pc-king, Ministres ou Charges
crAITaires, et de les traiter, le lendemain, daiis nn feslin pré|wré
dans les locaux audit Yamen.
Dans la suite, on agira de môme pendant la première lune de
chaque année ; les Envoyés qui viendront successivement après,
seront reçus h l'audience Impériale de chaque année.
Quant aux grandes fêtes impériales qui seront j>onr la Chine
et rKtranger des occ<isions de réjouissance, Nous ordonnons aussi
au Yamen précité de nous adresser, en temps utile, une demande,
pour que des festins soient donnés, afin de montrer le désir '
extrême de la Cour d'entretenir l'amitié et de s'accorder avec ses
voisins d'une façon sans cesse plus accentuée.
Quant au Cérémonial qui devra être suivi, nous ordonnons
audit Yamen de Nous adresser d'a\ance un rapport h ce sujet.
Hespecl à ceci ' !
Dans une réunion de tons les interprètes tenue le 17 dé-
cembre 1890 à la légation d'Allemagne, la salle Tai-ho
Tien, ou, à son défaut, le palais A"/Vn-/.vVm/ Kontj, fut désigne
comnio le lieu convenable où les représentants devaient être
reçus ; si la salle T'ai bo Tien était adoptre, on passerait par
la poric Ta tsim/ mon, sinon parla porte Tomj-tcli*anf/-ngan
mcn ; dans le cas où TaudiencT aurait lieu dans le K'icn-
tsiiKj Kon;/^ on passerait par les portes Tong hoiia men et
Kinff-yun-nicn.
L'audience eut lieu, après ch* nond)reu\ pourparlers, le
jeudi 5 mars iScji, dans le Tac Kuiuiinj Ko où les ministres
étrangers avaient été reçus en 1870 par T'oung Tcbé; c'était
une véritable reculade due au doyen du corps diplonnali-
que, qui avait sacrifié les intérêts généraux \\ ceux de son
pays, \oici (juel(pi(\s détails sur cette audience, d'après le
correspondant du Tcmps^ :
Si la salle reste la même, l'audience actuelle a différé, néan-
1. Pour traduction conforme, sig. A. Vissikue.
2. Pé-King, 7 mars; Le Temps, 28 avril 1891.
AUDIKNCE IMPÉRIALE 53
moins, sur quelques poiiils imporlanls, decelle de 1873, comme
aussi des audiences individuelles qui furent accordées en iSy^t
avant la mort de S. M. Ïoung-Tché, à plusieurs ministres étran-
gers nouvellement arrivés à Péking. En 1873, les ministres
présents, au nombre de six. n'étaient accompa'^nés que d'un
seul interprète, et les chargés d'affaires qui n'avaient pas de
lettres de créance à remettre n'assistaient pas à l'audience. Celte
fois, au contraire, les chargés d'alTaires ont été reçus aussi bien
que les ministres, et les uns et les autres étaient accompagnés du
personnel de leurs légations: secrétaires, attachés et interprètes.
De plus, chacun des ministres a été admis à présenter indivi-
duellement ses lettres de créance et à adresser un discours k
l'empereur, ce qui n'avait pas eu lieu non plus en 1873.
Le Yamen a admis, en outre, que des audiences j)ourraient
être accordées aux ministres fi leur arrivée et h leur départ,
comme aussi pour la notification du décès ou de l'avènement
d'un souverain.
Somme toute, les concessions du Tsoung-li- Yamen ont été
beaucoup plus apparentes (pie réelles ; elles ont porté sur des
questions de forme, sur des points secondaires pour lesquels on
a sacrifié le point principal qu'il s'agissait d'obtenir : l'admission
dans le palais.
L'événement avait été annoncé la veille, dans le journal oiïiciel
de l'empire (\q Kituj-Pao, plus connu sous le nom de (iazellc de
Péking) en ces termes laconiques: a Demain, à midi, l'empereur
ira au Tse-Konang-Koy où il a appelé en audience (sic) les dilTé-
rcnts pays. » Pour les sinologues: Tchao-Kien-Ko-Kouo.
Les chefs des diverses légations accompagnés de leur personnel
et conduits par de petits mandarins de la garde s(î sont rendus,
chacun de leur côté, au petit pavillon désigné connue lieu de
réunion, qui se trouve à une petite distance de la salle d'audience.
Tout le inonde (il y avait en tout trente et une persoimes) était
en chaise verte, ce qui a singulièrement étonné les (^.hinois, la
chaise verte et même la chaise bleue étant réservée aux très hauts
dignitaires, princes, présidents de nunistères, etc., les autres
fonctionnaires se servant en toute occasion de la charrette. Il
eut été plus correct et d'un meilleur elVet sur le public de
réserver la chaise verte pour les ministres et chargés d'alTaires, la
chaise bleue pour les pnMuiers secrétaires, et de mettre en
charrette le reste du personnel. Je ne sais qui est responsable de
cette absurde violation de l'cticpictte. et je ne veux blâmer pcr-
54 LES ANNÉES 189O-189I
sonne ; mais vous ne pouvez vous figurer reflet fâcheux qu'elle a
produit.
Quoi qu'il en soit, les minisires et leurs suites sont descendus
de chaise à Tcntrce des jardins et se sont rendus à pied au petit
pa>'illon que j'ai déjà mentionné, où les attendaient quelques
mandarins, et une collation a été servie qui a duré environ une
heure. Les représentants et leur suite furent conduits ensuite
dans trois tentes élevées tout près du Tse-Kouang-Ko, Tune pour
les ministres et chargés d'aflaires, une autre pour les secrétaires
et attachés et la troisième pour les interprètes. Là, on a du attendre
une demi -heure l'arrivée de l'empereur.
Lorsque le souverain fut entré au Tse-Kouang-Ko, le doyen du
corps diplomatique, M. de Brandt. ministre d'Allemagne, accom-
pagné de son interprète, le haron von der Goltz, fut admis le
premier en sa présence et remit ses lettres de créance avec les
compliments d'usage. Les autres ministres furent admis de
même, par tour d'ancienneté.
La remise des lettres de créance terminée, les chargés d'aflaires.
accompagnés de leur pcrsoimel, furent reçus à leur tour. Les
ministres étaient également présents avec leur [Xîrsonnel. M. de
Brandt, après avoir présenté personnellement les chargés d'aflaires
(au nomhre de quatre : France, Russie, F]spagne et Belgique),
prononça en anglais — il y a beau temps <|ue le doyen a sup-
primé ici le français comme langue diplomatique — un court
discours, qui fut traduit en chinois [>ar M. Pojkjv. doyen des
interprètes, el rap|)orté à rem|)ereur en mandchou |)ar le prince
K'ing, à genoux pour la circonstance. L'empereur ré|)ondit quel-
ques mots (|ui parvinrent aux représentants par le même canal
compliqué et les envoyés et leur suite, marchant à reculons et
saluant trois fois, connue ils ra> aient fait eu entrant, quittèrent
la salle d'audience.
L'empereur qui, de l'avis de tous, parait fort intelligent, et
dont les traits beaux et sympathiques indiquent un mélange
d'énergie et de douceur, était vctu d'une robe bleu sombre, à
cause (lu <lemi-deuil qu'il |)orte encore pour son [xtc. 11 était
assis sur un trône élevé de quelques marches seulement, et une
table étail placée devant lui. Deux hauts fonctionnaires, le Pao-
Wang el le Ko-Wang, se tenaient debout derrière lui, et à sa
gauche se trouvait le prince K iiig. Les ministres n'étaient guère
éloignés de lui que de cinq à six mètres. Ils étaient placés sur
une ligne avec les chargés d'aflaires ; sur un autre rang derrière
ATTAQUES CONTRE LES MISSIONS CllIlÉTIENNES 55
eux, les secrétaires et allacliés, et sur un troisième, les inter-
prètes.
La salle n*est pas très grande ; elle est décorée de peintures
représentant des batailles de Tempereur Rien-Loung et sufli-
samnieni bien ornée. Devant le trône se trouvaient des brûle-
parfums en cloisonnés anciens cjui ont fait l'admiration des
ministres étrangers, tous plus ou moins collectionneurs. La
décoration ne répondait nullement, pourtant, paraît-il, aux idées
de splendeur orientale que Ton associe volontiers en Europe à
une réception du Fils du (]iel.
Le lendemain de l'audience a eu lieu au Tsoung-li-Yamcn un
banquet oiîert aux représentants, qui a été très brillant.
ATTAQUES CONTRE LES MISSIONS CHRETIENNES
Au mois de mai 1891, des attaques contre les diverses
missions du Kiang-Nan furent dirigées à Tinstigation des
sociétés secrètes désireuses de causer des dilTîcultés au gou-
vernement iiïifiérial, ainsi que de satisfaire leur hainecontre les
missionnaires et les étrangers. La mission des jésuites de Wou-
Hou, dans le Ngan houei, fut particulièrement éprouvée ; les
biiliments importants de cette mission florissante furent incen-
diés le i3 mai et les pères Henri Havret et Debrix étaient
obligés de fuir. Des placards incendiaires avaient été aflichés
partout ; Tun d'eux, représentant un cochon portant le nom
de Ye-sou (Jésus) en croix, était adoré par une foule à
genoux ; au-dessous étaient représentés des couples d'Kuro-
péens et de Chinoises amoureusement enlacos ; une autre
afliche a pour illustration la destruction de livres européens
dans un brasier, tandis que les assistants se bouchent le nez
pour ne pas respirer des vapeurs inqiures. L'alTairedeW ou-
Hou aurait pu être é>itée, si le tao-taï avait montré plus
d'activité, de prévoyance et d'énergie ; on se loua au con-
traire du tché-hien (sous-préfet), qui, avec le commandant des
troupes, avait pris position devant la porte principale de la
maison des missionnaires ; les émeutiers pénétrèrent dans
56 LES ANNÉES 189O-189I
rétablissement par une porte latérale. Les troubles s'étendi-
rent dans la vallée du Kiang jusqu'au Hou-Pé; Touverture
de Ïchoung-King au commerce étranger et l'essai d'intro-
duction de la navigation à vapeur sur le haut Yang-tseu ne
furent pas étrangers à ces émeutes.
OUVERTURE DE TCHOUNG-KING
•
Un article additionnel à la convention de Tché-fou de 1876,
dont il devait être considéré comme faisant partie intégrale,
avait été signé en six paragraphes à Pé-king par sir John
Walsham, le 3i mars 1890 (11" jour, 2° lune, i6* année
Kouang Siu). Par Tartidc I, il élait décidé que « ïchoung-
king serait immédiatement déclaré ouvert au commerce dans
les mêmes conditions que les autres ports à traité ». Les
ratifications de cette convonlion supplémentaire furent échan-
gées à Pé-king le 18 janvier 189 1.
ïchoung-king, dans le Se-tch'ouen, au confluent du Kia-
lingetdu Yang-tseu, ne vit commencer son commerce étranger
que le 18 juin 1891, quoique son port ail été déclaré ouvert
le 2 mars ; les bureaux des douanes maritimes furent ouverts
en novembre 1890.
RECLAMATIONS
Le 20 mai 189 1, une note collective fut remise auTsoung-
li Yamen par tout le corps diplomatique* à Pé-king, pour
protester contre la distribution et ralïichage des placards
hostiles, les attaques contre les étrangers, etc. Une nouvelle
note collective fut remise le 8 juin, et le i3 parut un décret
impérial en fa>eurdes missions.
I. M. V. Brandt (Xlleinaf^'iic), Ch. Donhy CEtals-Unis), Sir J. Wals-
ham ((jraR{ic-Brclaf:iic), k. Olori (Japon), l'ansa (Italie). I^'crguson
(Pays-Bas), IJribarri (Kspagne), Rlciincnov (llussic), P. Uistelhucber
(France).
DÉCBET IMPÉRIAL b']
Le colonel Denby sVtait d'abord abstenu, mais ayant reçu
de nouvelles instructions de son pouvcrneinent, il se joignit
h ses collègues dans leurs déinarcbes ; la pièce suivante jette
un jour intéressant sur la diplomatie américaine.
Le ministre de Cbine aux Etais Unis, TsVniei Kouo yin,
adressa à la fin de 1891 une requête^ à l'empereur dans
lacpielle nous relevons le passage suivant : « Depuis la sep-
tième jusqu'à la onzième lune, j'eus cinq entrevues avec le
ministre des aflaires étrangères au sujet de cette alTaire. Le
ministre des alTaires étrangères me dit alors qu'il n'entrerait
pas dans la coalition ; en outre il m'informa qu'il avait télé-
grapbié à M. Denby, ministre des Ktats-Unis en Cbine, jK)ur
qu'il ne se joignît point aux alliés ; de plus il me dit qu'il
avait envoyé [)ar écrit h M. Denby des ordres répétés pour
qu'il ne fît pas cause commune a\ec l'Angleterre et la France
pour créer des difficultés à la Cbine. Tout cela fut du a l'ins-
piration donnée par le Tsoung-li Yamen ; c'est ainsi que
l'union fut rompue et qu'on einpccba les enqûètements. »
DÉCHET IMPÉRIAL, l3 Jl IN 1 89 1
Notre Conseil des AlTaires étrangères Nois a [)réscnté un
rapport dans lequel il Nols expose que dos alfairc^ concernant
les missions religieuses se sont produitos, d'une façon ré[)élée,
dans les dilTérentes provinces, et il Nous prie de donner des
ordres formels aux vice-rois et gouverneurs pour (pi'ils a\isent
proiiiplenicntàla solution qu'il convient de donner à ces alTaires.
Il est dit, dans ce rapjK)rl, que, pendant la cpialrième lune de
cette année (mai-juin 1891), la mission religieuse de Wou-bou,
dans le Ngan-liouei, a été incendiée par des malfaiteurs, (pic
celle de Tan-yang-hien, dans le Kiang-Sou, et de Wou-hiue-
tclien, dans le Ilou-Pé, ont aussi été successivement détruites et
qu'il importe absolument de rechercher et d'arrêter les coiqiahlcs
et de prendre rapidement des mesures pré\entivcs sérieuses.
1. Publiée dans le llou-Pao^ du 3 septembre i8(ja.
58 LES ANNÉES 189O-189I
La propagation des religions étrangères est stipulée dans les
Traités et des Décrets ont été rendus, ordonnant aux gouverne-
ments provinciaux, d*assurcr, à cet égard, la protection, en toute
occasion. Bien des années se sont woulées et la paix a régne
entre la Chine et les étrangers. Gomment se fait-il donc que des
afTaires d'incendie et de destruction de missions se soient
récemment produites en même temps ? Ce fait est bien digne de
Notre étonnement. 11 existe là, manirestemcnt. des chefs de mal-
faiteurs qui, après avoir comploté en secret, ont formé des
aiïiliations pour fomenter des troubles, puis ont semé de fausses
rumeurs et jeté la défiance dans les esprits, avec l'intention de
profiter des circonstances pour commettre des actes de pillage. Il
est même arrivé que des gens honnêtes, faisant tranquillement
leur devoir, ont été trompés ou contraints par eux. De cette agi-
tation sont résultées de graves affaires. Si des punitions sévères
n'étaient pas infligées, comment maintiendrait-on la rigueur
des lois et comment tran<|uilliserait-on le pays?
•Nous ordonnons aux vice-rois des Deux Kiang et du Ilou-
Kouang et aux gouverneurs du Riang-Sou, du Xgan-houei et
du Hou-Pé de donner, sans délai, aux fonctionnaires ci\ ils et aux
oflicicrs militaires comp<Hents, l'ordre de rechercher et de saisir
les principaux coupables, de les juger et de les décapiter sur-le-
champ, afin de servir de leçon pour l'avenir.
Quant aux religions de l'Occident, leur but est d'exhorter les
hommes à faire le bien. Ceux qui suiveut ces religions n'en
demeurent pas moins des enfants et des sujets de la Chine et
restent soumis à la juridiction des autorités locales. Le peuple et
les chrétiens peuvent donc vivre en bonne intelligence. C'est
toujours parce que des misérables inventent des récits sans fon-
dement, |K)ur proliter des occasions, que des désordres se pro-
duisent. De semblables traîtres existent en bien des endroits.
Nous enjoignons aux maréchaux lartares, vice-rois et gouverneurs,
dans toutes les provinces, de publier des proclamations pour faire
savoir aux habitants qu'ils doivent se garder strictement d'écouler
à la légère ces rumeurs et de causer, mal h propos, des affaires.
Si, à l'aide de placards anonymes, on répand de faux bruits,
pour semer la suspicion parmi les masses, les auteurs en seront
aussitôt activement recherchés, saisis et sévèrement punis.
En ce qui concerne les conunerçants et les missionnaires éJran-
gers, les autorités locales doivent nécessairement prendre, en
toute occasion, des mesures pour proléger leurs perso
"*^es et
TÉLÉGRAMME DU T90UNG-LI YAMEN 69
leurs familles, sans tolérer que des scélérats les molestent. Si les
mesures de précaution ne sont pas sérieuses et s'il en résulte
des affaires. Nous ordonnons que des dénonciations rigoureuses
Nous soient aussitôt adressées, conformément à la vérité.
Pour les ancien nés a (Ta ires demeurées sans conclusions dans les
différentes provinces. Nous enjoignons, en même temps, aux
maréchaux tarlares, vice-rois et gouverneurs de les terminer
promptemcnt, sans qu'il leur soit permis de laisser leurs subor-
donnés les faire traîner en longueur ou les mellre de côté, par
crainte des difficultés : cela, en vue de tirer au clair les dossiers
accumulés.
Que ce qui précède soit, par un ordre général, porté à la
connaissance de tous.
Respect h ceci * !
Cet édit ne fut pour ainsi dire pas exécuté. De nouvelles
notes collectives furent remises au Yamcn le 6 et le 12 août;
enfin un protocole fut signé le 9 septembre.
Les deux documents suivants marquent les compensations
qui furent enfin accordées à la France.
TÉLÉGIt\MME REÇU DU TSOU?<G-IJ WMEN I»AH LA LEGATION DE
CIUNE A PARIS, LE 17 SEPTEMBRE 189I
I** Pour l'affaire de Wou-hiué^, on a arrêté dix coupables dont
deux ont été décapités et huit déportés ou condamnés à des peines
corporelles. On propose de donner, connue indenmité, une
somme de 65ooo piastres.
3° Pour l'affaire de King-kouei, il a été conveim par écrit avec
les missionnaires intéressés, de leur doimer comme indemnité,
une somme de 6G000 piastres.
3" Pour l'affaire de Yang-hou, il a été convenu par écrit avec
les missionnaires, de leur donner, comme indemnité, une somme
de I 4oo piastres.
4** I^our l'affaire de Tan-yaiig, il a été convenu par écrit avec
I. Pour traduction conforme, sig. A. Vissn'iKE.
3. Au-dessus de Kicou-Kiang.
6o LES ANNÉES iScJO-iSqI
les missionnaires, de leur donner, comme indemnité, une somme
de 8400 laëls.
5° Pour rafl'aire de Jon-kao, on propose de donner aux mis-
sionnaires, couime indemnité, une somme de 9000 piastres.
7^ Pour l'allaire de /*o«<//t, on propose de donner aux mission-
naires, comme indemnité, une somme de 5oo taëls.
8** Pour l'aiTaire de Moa-s/', on propose de donner aux mis-
sionnaires, comme indemnité, une sonunede 7000 piastres.
9® Pour l'alTaire de Won-hau, on a décapité deux coupables et
on reclierclie leurs complices. Connue indemnité, on est convenu
de donner aux missionnaires une sonune de 1 1 1 000 piastres.
Les prêtres demandent à être mis en possession de deux terrains
situés en dehors de l'église, on leur a promis de les leur accorder,
par un arrangement spécial.
10° indépendamment des réparations précitées, le Gouverneur
Général des deux Iviaiig a fait révoipier cin([ (bnclionnaires (pii
ont mancpïé à leurs dcNoirs. Leur ré\ocalion a été demandée à
l'Empereur par un rapport spécial. De plus, on a condaumé
3 1 coupables, soit à la déportation, soit à des |K»ines corporelles.
1 1** Quant à la nouvelle alTaire (jui vient d'a\oir lieu à
l-tchang, on est prêt à poursuivre les coupables et à donner une
indemnité.
Kn prenant les mi^sures de réparations sus-inditpiées, le (iou-
vernement chinois croit avoir doimé aux Puissances une preuve
de son bon vouloir à h'ur éi^ard. Veuillez bien en donner coin-
numicalion au (iou>ernemenl auprès du(pu*l vous êtes accrédité
et en provoquer une réponse.
Pé-King. le 1 G septembre 1891.
AI. Leniaire rentrait de congé et arrivait à Pé Ring, le
10 octobre 1891 et le lendemain, M. Uisteihueberlui remct-
liiit le service.
UÉSl \IK DES niVEIlSES CONVENTIONS l»\SSÉES ENTHE LES VC.ENTS I)i:
C;Ol VEUNEMENT CHINOIS ET LES I)ÉLÉf;i ÉS DES DIFFÉIŒNTES
MISSIONS CATIIOEIQl.ES Ql I ONT ÉTÉ MIU I.ÉES OU PILLÉES.
WoU'hou. — Le ao oct. 1891, il a été convenu entre
I, I^rcs du graii-l lac, Ta lion, oin irons de Chaiig-liai.
RÉSUMK DES DIVCUSKS CONVENTIONS Cl
M. AVagiKT, Consul trrncral do Franco à Cliaiig-IIaï cl Jo ïao-
taï de celto ville, délègue du Vice-Uoi de Nan-King el du Gou-
verneur du Nf,Mn-liouei : i" qu'une somme de cent vingt-trois
mille six cent cinquanle-quatre laëJs (Cliang-llaï laëls 123 654*)
sera |)avée h M^"" (jarnier, aussiltM que la Con>enlion aura reçu
l'approbation du \ico-roi de Nau-king et du (iouverneur de la
Province.
2" Qu'un terrain formant une éminence et connu sous le nom
de Pa-Kif>-ting, situé au Nord-Ouest dos propriétés de la Mission
catholique, sera entouré d'une nniraille solide de 12 pieds chi-
nois de hauteur ; mais il est également entendu qu'on ne pourra
élever aucune conslruclion dans cet enclos et i\uv personne n'aura
le droit d'y pénétrer. Le |)ériinètre de la surface de ce lieu fermé
sera ultérieurement fixé d'un commun accord par les autorités
chinoises et les missionnaires.
3" Les autorités chinoises s'engagent à donner aux mission-
naires h partir de la signature de cette convention, toute facilité
et assistance suivant les traités, pour l'achat des terrains qui leur
seront nécessaires au nord et à l'est de leur propriété actuelle.
JoM-Avïo. — Le 9 octobre dernier, leTsoung-li Yanien a en>oyé
à cette Légation copie de l'acte constalant l'arrangement inler-
>enu entre le sous-préfet de Jou-kao et un délégué des mission-
naires catholiques établis (hms celte sous-préfecture. Il résulte
de ce document: 1" cpi'en dehors de la poursuite et de la puni-
tion des coupables, le (jouvernement (Ihinois s'engage à payer
<piatre mille taëls qui devront servir à la reconstruction des bâti-
ments détruits par les émeuliers el à l'achat des divers objets tpii
ont été perdus ou volés pendant l'incendie.
2" Cetic somme de A 000 taëls devra servir h couvrir toutes les
dé[x*nses nécessaires à la reconstruction de la mission, reconslruc-
tion (|ui se fera sur l'enq^lacement de l'ancienne.
3'* Les biUimenIs attenant à la mission el appartenant actuel-
lement-h des familles chinoises, seront conformément à la loueur
des passeports, achetés par des gens du peuple et revendus aux
missionnaires à tilre perpétuel. La limilc et la dimension de ces
terrains seront spécifiés sur l'acte d'achat. La grande roule (pii
borde cet établissement devra être changée par mesure d'utilité
publique et élargie de dix pieds.
I. Tadl do Chang-Haï = 5 fr. 5o,
6a LES ANNÉES 189O-189I
4° Los bàtlinonls de la Sainte-Enfance ayant été épargnes, les
missionnaires n'auront pas à demander d'indemnité pour les
objets qu'ils pourraient considérer comme perdus.
5*^ Tous les établissements religieux ou maisons habitées par
des Chrétiens devront être enregistrés conformément à la loi et
devront payer la taxe spéciale, comme s'il s'agissait d'achat de
propriété pour des membres quelconque de la |X)pulation.
Ynncj-hou. — Le commissaire impérial des ports du Sud, le
sous-préfet de Yang-hou et un délégué des missionnaires de
Tch'ang-tcheou fou ont signé le i5 août dernier, un arrange-
ment aux termes duquel une somme totale dei49i dollars
(monnaie étrangère) sera versée par le Gouvernement Chinois
entre les mainsdes missionnaires de la façon suivante : 491 dollars
le jour de la signature du contrat et deux billets de 5oo dollars
payables le i3 septembre et le i3 octobre. Cet argent devra
servir à la reconstruction de l'église catholique de T'ong-pei et
des bâtiments de la mission qui ont été brûlés ou détruits, ainsi
qu'au rachat des différents objets mobiliers ou autres qui se
trouvaient dans ces différents lieux et qui ont disparu.
Kiiuj-kouei. — Dans des conditions identiques à ce qui s'est
passé dans les missions dont il vient d'être fait mention, un
arrangement a été signé qui permet aux missionnaires de rentrer
dans la valeur tout au moins de ce qu'ils possédaient. A cet
effet, une somme; de 60 000 piastres sera payée, dont 16000 à la
fin du mois de s<»pteinbre et 10 000 h la lin des cinq mois qui
aui\ront celui-ci. En même temps, le tao-taï s'engage à publier
des proclamations au peuple et à envoyer des instructions aux
sous-préfets de façon h assurer la protection des chrétiens. Tout
ce qui a été détruit h San-li-R'iao, à Houng-clian. à Chi-sin-
K'iao et h R'iao-tcbouang-kin, sera relevé par les soins des mis-
sionnaires avec cet argent.
n'oH-si. — L'acte passé le lO avril dernier entre les délégués
du (jouvernement cbinois et les délégués des missionnaires con-
clut au versement d'une somme de 7000 piastres (|ui sera payée
par |K)rtions et mensuellement les a 4 août, 22 septembre et
22 octobre. Elle servira à relever les écoles de Si-tcbang, de
Yu-k'iao et de \ang-kiang et au rétablissement des sépultures
de Iloung-chan.
Kiang-yin. — Le Gouvernement cbinois a consenti à payer ici
aux missionnaires une somme de 9 000 piastres; 3 000, le 17 août,
3ooo, le 17 septembre et 3 000, le 20 octobre.
AFFAIRE M A SON
63
Tan-yang. — La Convcnlion signée le 3i aoûl, porle qu'il
sera payé aux missionnaires une somme de Sl\oo laëls, payables
a^oo le a/i avril ; 3ooo, le aa septembre ; 3ooo, le aa octobre
et cpii serviront à couvrir les missionnaires des dé[Xînses qu'ils
vont (>tre dans l'obligation de faire pour relever l'orphelinat de
Tan-yang et les dilïérentes chapelles des environs qui ont été
brûlées et pillées. Dans un article particulier, il est dit que si
parmi les propriétés collectives de la mission, dans les villes ou
dans les campagnes, il s'en trouve dont les titres n'aient pas
encore été enregistrés, on veuille bien les rechercher et les ras-
sembler pour ùtre, conformément à la loi, envoyés à la sous-
préfecture et y recevoir le sceau, contre paiement des droits
d'enregisi remont, en vue d'assurer h tous ces établissements le
bénéfice de la même proleclion.
Du mois de juin 1891 au mois de septembre 1892, le
gouvernement chinois nous a payé à titre d'indemnités aux
différentes missions de la vallée du Yang-tseu relevant de
notre protectorat :
Affaire de Tanyang(Kiang-Sou). . . Tacl:
— de Kiang yin —
— de VVou si —
— de King-kouei(Ngan liouei).
— de Yanghou —
— de Jou kao —
— de Wou hou —
— de I- tchang (Hou-Pé).
— de Ta Tsou (Sc-tcirouen). .
Total
à 5 fr. par taël = 2 o/JS /|00 fr. 5o.
Il restait encore à régler l'indemnité de Kien-kiang
(Kiang-si).
AFFAIRE MASON
Que Ton ait été en présence d'un complot organisé par les
sociétés secrètes et surtout par la Ko-lao hoaei, il n'y a
^ 8 /|oo
9000
7 000
G G 000
I l\^\
!\ 000
12G000
1 00 000
5() 000
Taels 871891
64 LES ANNÉES 1 8901 891
aucun doute ; en septembre 1891, on découvrit à la douane
de Chang-IIaï, trente-sept caisses de fusils envoyés en contre-
bande de Hongkong à destination de Tcben-kiang. Le 26 sep-
tembre, on arrêta, comme complice, à Cbang-IIaï, au Cen-
tral Hôtel, un employé des douanes deTchen Kiang, Mason^,
qui «Hait détenteur de cinq à dix livres de dynamite. Mason,
traduit devant la Cour suprême britannique à Cbang-IIaï,
fut condamné à neuf mois de prison.
Le Tsoung-li Yamen trouva trop légère cetle peine, et le
12 février 1892% le ministre Sic protesta à Londres dans des
termes dont l'exagération et Tinexactitude enlevaient la
force :
Le gouvcrnomont cliinois csptNro vivement que la Cour an-
glaise punira Masoii d'une manière adéquateà son crime, afin qu'en
le voyant les autres hommes sachent ce qu'ils ont à craindre. Le
Gouvernement chinois sait que, parmi les hommes qu'il paie
[)our le ser\ice des douanes maritimes, parmi les adfninistrations
consulaires qui sont dans les ports ouverts et parmi les gens de rien
(les maisions de commerce européennes, il y a un grand nombre
de meinhros des sociétés secrètes qui s'y trouvent; il n'est pas
nécessaire que j'en parle plus longuement. Le Gouvernement
chinois espère qu'on traitera sévèrement l'afTaire Mason.
\ la suite des émeutes, il est regrettable que M. Tabbé
Favier ait cru devoir faire parvenir au vice-roi Li Iloung-
tcliang, par l'intermédiaire de M. Detring, un long mémoire
sur les troubles actuels et le moyen de les arrêter. Il est
plus regrettable encore (jue dans un projet de règlement pro-
hibitif en dix articles c(mcernant les missions religieuses, il
se trouve le paragraphe suivant^ :
1. Mason, ('htirtes-Ifrnry-.'iUrn-U'eich.
2. La drpf^chc fie Sic' à l^ord Salishury au sujet de i'AlTaire \fasona
(lat^c (lu 13" jour, i»"'- hinc, iS*^" année Kouang-Siu (12 février 189a),
paru dans le Chen Pao du /| août 1892.
3. 11 est juste de dire que M. Favier a nié avoir remis un mémoire à
Li et avoir pris part à la rédaction du projet de règlement.
LES COUPABLES 65
Art. IX. — Les deuxévêques (stc) Favier et Anzer ont précé-
demment chargé le Commissaire des Douanes, M. Detring. de
remettre au Commissaire Impérial des ports du Nord, un mé-
morandum dans lequel il était dit que la Chine serait, au point
de vue de la propagation de la religion, divisée en six archidio-
cèses, dirigés par des Archevêques, que l'on se proposait de
demander que ces Archevêques fussent d'ahord désignés par le
Pape, pour exercer leurs fonctions, et que, si des aiTaires se pro-
duisaient, il leur fut permis de s'entendre, pour les régler avec
les autorités locales ; que par la suite, le pape enverrait en outre
un représentant en résidence à Pé-king, et qu'il ne serait plus
nécessaire que la France prit soin de ces questions.
S'il pouvait être donné suite à cette proposition, on y trouve-
rait avantage *,
Les relevés des douanes pour le quatrième trimestre de
1891 accusent une diminution notable dans le mouvement
des affaires, déficit qu'il faut attribuer pour une large part
à Tagitation qui s'était manifestée dans la vallée du Yang-tseu.
LES COUPABLES
Le Rév. D*" Grifiîth John* découvrit qu'un certain Tcheou
Han, tao-taï en expectative, dans le Hou-Nan, et deux li-
braires de Ïchang-Cha, capitale de celte province, avaient,
Tun écrit, les autres publié bon nombre de ces pamphlets.
M. von Brandt, comme doyen du corps diplomatique,
adressa une réclamation écrite au Tsoung-li Yamen : les
deux libraires furent condamnés à trois mois de cangue et
quatre-vingts coups de bambou et leurs magasins furent
fermés à perpétuité. Tcheou Ilan, considéré comme aliéné,
fut dégradé.
I. Traduction.
a. Missionnaire de la London Missionary Society ; arrivé à ChangHaï
le a4 septembre i855 ; établi à Han-K'eou depuis septembre 1861.
CORDIBR. liï. — 5
66 Lr.s ANKÉEs 1890-1 891
La Grande Chancellerie a reçu le décret suivant * :
Tchang Tchi-toung et autres Nous ayant adressé un rapport
sur les pamphlets publiés et les pièces ofÔcielles contrefaites dans
la province du IIou-Nan, Nous avons ordonné au Tsoung-li
Yamcn de délibérer à ce sujet. Ce Conseil, dans le rapport qu'il
nous présente, propose de se conformer aux proposkions de
Tchang Tchi-toung.
L'intendant do cercle, Tcheou Han, n'a pas, à la vérité, fait
graver et publié des pamplels, ni contrefait des pièces officielles :
mais, étant fonctionnaire, il a tenu un langage déréglé et s'est
conduit comme un insensé, de sorte que des misérables ont fait
sous son nom, courir des calomnies et ont excité des soupçons
parmi le peuple : il ne saurait se disculper de ce crime.
Nous ordonnons que Tcheou Han, Intendant de Cercle en
expectali\e du Chan-Si, soit immédiatement dégradé ; qu'on le
recherche et qu'on le conduise dans sa localité d'origine-,
où il sera soumis à une surveillance sévère de la part des auto-
rités locales, afin qu'il ne puisse s'éloigner et faire naître des diffi-
cultés.
Pour les autres points, que le Ministère compétent se con-
forme aux projK)silions du Tsoung-li Yamcn.
Respect à cela ^ î
LE COMTE CASSINl
Le nouveau ministre de Russie, comte Cassini*, arriva à
Chang-IIaï, le 17 septembre 1891, avec M. Lemaire, et h
Pé-Kingau comnicncement d'octobre. Il venait de Ham-
bourg, excellent posle d'observation, où, comme ministre, il
s'était préparé à la lAclic importante et difficile de représenter
I. Décret impérial, 21 mai 189a, Kouang-Siu, xvirie année, /|* lune,
1 5» jour.
3. Ning hiang hien (llou-Nan).
3. Pour traduction conforme, rinlcrprèto : Maurice Courant.
4. Lo comte Cassini, Arthur, deuiièmc secrétaire à la Chancellcrio
ministérielle, 1861 ; premier secrétaire, i86j65; premier secrétaire k
Dreftde, 1866-72 : à Copenhague, 1873-77 ; ministre et consul général à
Hambourg, 1878-1891.
MORT DE PAO-YUN ET DU PO-WANG 67
le tsar à Pé-King. Sous ses prédécesseurs, la légation de
Russie dans la capitale du Céleste Empire avait vu dimi-
nuer singulièrement son influence : M. Serge Popov était
trop âgé, M. Koumany se livrait à des études de philologie,
M. Kleimenov, chargé d'alTaires, n'était qu'un reflet de ses
collègues du corps diplomatique. M. Cassini comprit que
])our regagner le prestige perdu et pour rélahhr une situa-
tion amoindrie, sinon compromise, il était nécessaire que le
ministre de Russie fiU traité à Pé-king selon le rang qui lui
appartenait et que, par consécpicnt, de ses premières démar-
ches dépendrait le succès de sa gérance ; il vit que sous
l'apparence d'une aiïaire de simple forme, la question de
l'audience était la pierre d'acliopp:}nK?nl de tous les diplo-
mates en Chine et qu'il fallait la résoudre si Ton voulait
briser cette nouvelle muraille qui s'élevait entre TEmpereur
et les ministres étrangers, par suite entre la routine sécu-
laire d'un vieil empire et le progrès apporté par les nations
occidentales. Nous verrons que le comte Cassini mit trois
ans à renverser l'obstacle.
MOBT DE PAO-YUN ET DV 1»0-WA>G
L'ex-grand secrétaire, Pao-Yun, qui avait été disgracié
en 188.4 en même temps que le prince Koung*, et vivait
dans la retraite entouré de la considération générale, mourut
à Pé-King en septembre 1891. A la fin de celte même
année, le prince du premier rang, le Po-VV^ang (Po yen-na-
mo-hou), fils de Séng-ko-lin-sin, le fameux général mongol,
succomba d'une façon imprévue. La Gazette de Pé-King, dix
3 décembre 1891, renfermait un décret en son honneur; son
petit-fils, A-mou-eul-ling-kouei, succéda à son titre de
prince; un de ses fils, Wen-tou-sou eut le litre de bei-lé;
I. Il, p. 4)3.
LT"-»J_
68 LES ANNÉES 1890-189!
Taulre, Po-ti-soii, fut créé duc. Enrogislrons encore la mort
en 189T du général musulman Ma Jou-loung *, qui, après
avoir commandé en chef les troupes du Yun-Nan, avait été
transféré au Hou-Nan ; il avait pris sa retraite en 1878.
DISGRACE DE TCh'eN KT-t'^ONG
Un décret du 9 août 1891 dégrada Tch'en Ki-t'ong qui
occupait depuis 1876 une si grande place dans la société
parisienne. Le général ^ titre sous lequel on le désignait en
Europe, a été diversement jugé. C'était un Chinois du Fou-
Kien, qui avait fait ses études à l'arsenal de Fou-tchéou et que
Prosper Giquel avait attaché à sa personne ; il vint en France,
après une première et courte visite, en 1876, avecLi Foung-
pao et Giquel comme secrétaire de leur mission et pour
achever son éducation ; il ne connaissait donc de son pajs
que ce qu'il avait vu h Fou tchéou et dans les environs, car
il n'avait jamais visité Pé King'et le Nord de la Chine ou les
porls du Yang tseu. Il était remarquablement intelligent, de
manières agréables, fort obhgeant et parlait et écrivait le fran-
çais avec infiniment d'esprit; M. Foucault de Mondion' a
revendiqué la paternité des livres qui ont paru sous le nom
de TclTcn ; celui ci, que j'ai beaucoup connu, était cepen-
dant fort capable de les écrire. Après les affaires du Tong-
king, il fut nommé attaché mifilaireà la Légation de Chine à
Paris sur la demande du gouvernement français ; il n'occu-
pait pas en Chine une situation équivalente à celle qui lui
I. î, p. 2^0.
a. Il avait (Ué fait Tson^-ping (général de brigade) en i884, par
décret impérial.
3. Foucault de Mondion. — Quand j'étais mandarin, Paris, A.
Savine, 1890, in-ia.
M. Adalbcrt F'oucault de Mondion est mort à Paris le 16 juin 189^ ;
il était né à Pons.
DISGRACE DE TCh'eN KI-t'oNG 69
avait ctc faite en Europe, oii à plusieurs reprises il remplit
les fonctions de chargé d'affaires. Ses appointements n'étaient
peut-être pas en rapport avec le poste élevé qu'il occupait ;
il fit au nom de sa Légation des emprunts considérables que
la Chine refusa de reconnaître*. A l'arrivée du ministre Sié
à Paris (janvier 1891), Tch'en fut obligé de quitter la
France et de retourner dans son pays rendre compte de ses
actes.
Le Ministère des Affaires étrangères saisit le Tsoung-li
Yamen des réclamations faites contre Tch'en Ki-t'ong, par
l'intermédiaire de la Légation de France à Pé-King, et le
25 novembre 1891, M. Lemaire se mettait en rapport avec
le prince K'ing.
Au mois de juillet 1892, les trois principaux créanciers
français de Tch'en furent désintéressés à Paris, par un
agent de Li Houng-tchang. Li, ennemi du ministre Sié,
couvrait Tch'en qu'il fit réintégrer peu après dans son
grade de général de brigade et qu'il essaya même de faire
rentrer dans le corps diplomatique en Europe par la voie
détournée de directeur d'une mission d'instruction en Bel-
giquel Le vice-roi avait trop compté sur la faiblesse des Occi-
dentaux. Aujourd'hui, Tch'en traîne une vie misérable à
Chang-Haï.
La fin de Tch'en Ki-t'ong fut regrettable pour les intérêts
français, car, malgré ses torts, assurément inexcusables, il
nous avait rendu des services qu'il aurait sans doute pucon-
I. Il a prétendu que chargé do négocier un emprunt d*État discute
depuis le printemps de 1889, « les dettes contractées par lui avaient été
employées à préparer les futures négociations. » North- China Herald^
janvier i5, 189a, p. 53. — Il annonçait la publication d'un ouvrage
intitulé : L'Histoire d'un Emprunt. Le ministre Sié, dans une lettre
adressée de Paris, 6 janvier 189a, au Matin^ donne le détail des sommes
empruntées par Tch'en qui n*avaient pas été remboursées. Tch*en quitta
Paris, le 17 avril 1891. Celui-ci répondit dans le N.-C, Herald^ 35 mars
1892. p. 396.
70 LES ANNÉES 189O-189I
linuer. Je n'ai jamais \u un Chinois adopter les manières
européennes d'une façon aussi complète ; il est vrai qu'il les
connaissait mieux que les coutumçs de son pays.
L'affaire de Tch'en Ki-t'ong eut pour résultat l'envoi aux
ministres étrangers accrédités à Pé-King, par le Tsoung-li
Yamen de la circulaire suivante :
Kouang-Siu, xvni* année, 1 1* lune, 4* jour (4 décembre 1891).
Communication oflicielle.
Précédemment, lorsque les Vice-Rois ou Gouverneurs des pro-
vinces avaient. |>ar suite des besoins du service, à contracter des
emprunts auprès des étrangers, ils devaient toujours présenter
au Trône un rapport à ce sujet et demander qu'un décret lïit
rendu, avant de donner suite à leur projet. D'autre part, le
Tsoung-li Yamen en avisait par Dépêche le ministre étranger
résidant à Pé-King, à titre de confirmation. Mais, depuis peu,
beaucoup de fonctionnaires chinois, ont, de leur autorité privée
et sans en avoir donné avis au Trône, emprunté directement k
des négociants étrangers ; ce qui est très incorrect. Aussi, le Mi-
nistère des Finances vient-il, de concert avec notre Yamen,
d'adresser à Sa Majesté un rapport pour que, désormais, si des
fonctionnaires chinois grands ou j>etils, font des emprunts d'ar-
gent à des commerçants étrangers, ils en fassent informer d'abord
le Ministre étranger résidant à Pé-King, par le commerçant in-
téressé, aGn (pie le Ministre s'enquièrc, auprès du Tsoung-li
Yamen. si le projet a déjà été soumis au Trône et si les archives
le constatent, seules conditions auxquelles le prêt puisse cire
effectué. Dans le cas où des sonuTies seraient prêtées privément,
sans qu'il existât des pièces constatant que l'affaire a été soumise
au Trône et approuvée, et si des diflicullés venaient à se pro-
duire, la Cour ne saurait jamais y intervenir, ni s'occuper de
poursuivre le remboursement, que le contrat ait été, d'ailleurs,
ou non revêtu d'un sceau officiel. Le 34 de la 10* lune de la
17* année Kouang-Siu (a5 novembre i8()i), notre rapport reçut
l'apostille hnpériale suivante en vermillon :
« Nous donnons Notre consentement à cette proposition ».
Respect a ceci !
Cette mesure a été prise en vue d'imposer certaines précautions
dans les emprunts d'argent et |>our éviter que les négociant3
DISGRACE DE TCU EN EI-T ONG 7 I
«''IrangtTS no subissent dos projiidicos. Nous avons le bes<jin d'en
informer officiellemenl V. E. par la présente l)ép6che. afin
qu'EHe donne aux fonctionnaires el commerçants de son hono-
rable pays les instructions nécessaires pour qu'ils s'y conforment
toujours *.
Le 7 décembre 1891, le Tsoung-11 Yanien communiquait
le décret impérial du aS novembre à ses agents à Tétranger
j)oiir qu'à leur tour ils en lissent part aux gouvernements
auprès desquels ils étaient accrédités.
Sic écrivit à lord Salisburv le 23 et à M. Hibot, le 26 février
1892 ; sa lettre a été insérée dans la LonJon Gazelle du
4 mars 1892.
I. Pour traduction conforme, le i'*" inlcrprt'lc, signé : A Viksière.
CHAPITRE V
LE PROTECTORAT ALLEMAND DES MISSIONS
Pendant longtemps, l'Allemagne chercha à asseoir en
Chine son influence sur des bases plus étendues que celles
que lui ofi'rait son commerce, pourtant fort important ;
l'exemple de la France qui jouait un rôle considérable en
Chine, presque exclusivement par le protectorat qu'elle
exerçait sur toutes les missions catholiques, était bien fait
pour exciter la jalousie d'une nation ardente, formant de
grandioses projets d'avenir, d'accord dans ses sentiments avec
ses souverains avides de gloire. Une occasion s'offrit à l'Al-
lemagne d'entrer enfin dans les affaires religieuses de l'Extrême-
Orient.
MISSION DE STEYL
Un prêtre du diocèse de Munster, par conséquent de
Westphalie, M. Arnold Janssen, aumônier des Ursulines à
Kempen (Prusse rhénane), eut l'idée — blâmable en aucune
façon en principe — d'imiter l'exemple de la France et de
l'Italie, et de créer pour les gens de langue allemande un
séminaire de missions étrangères.
Le choix de Steyl sur la Meuse, près de Tegelen et Venloo,
sur le chemin de fer de Maestricht à Nimègue, dans le Lim-
hourg hollandais, diocèse de Ruremonde, c'est-à-dire à
proximité de Crefeld et de Diisscldorf, faisait donc du nouvel
MISSION DK STEYL 73
élablissement, malgré son domicile néerlandais, un établisse-
ment purement allemand. M. Janssen, qui était directeur
du Kleiner Ilcrz Jesu-Bote (Petit Messager du Sacré-Cœur de
Jésus), commença son œuvre en 187;"), sur le conseil de
M^' Timoléon Raimondi, des missions étrangères de Milan,
vicaire apostolique de Hong-Kong, Tun des hommes les
plus hostiles au protectorat de la France, malgré les services
rendus par notre pays à sa congrégation. Le cardinal Fran-
chi, préfet de la Propagande, donna son appui et le séminaire
fut inauguré le 8 septembre 1875 par M^*" d'Essen.
Restait à trouver un champ d'action. En 1839, le vicariat
apostolique du Chan-Toung avait été détaché du diocèse» de
Pé-King, déjà démembré Tannée précédente par suite do la
création d'une nouvelle mission coinj)ronant la Mandchourie,
la Mongolie et le Kan-Sou. Grégoire \V1 avait placé à la
télé du nouveau vicariat .M^^ Louis de Bosi, de Vérone, fran-
ciscain de la stricte Observance, provic^ire du Ilou-Kouang.
Celte province de Chan-Toung, qui est la patrie de Con-
fucius et de Mencuis, dans laquelle se trouve le port deTché-
fou, ouvert au commerce étranger par le traité de Tien-Tsin
de i858, où pendant que les troupes anglaises se réunissaient
h Ta-lien Wan, les troupes du général de Montauban se
concentraient en 1860, où se trouve Kong Kong Tao, dite
île française, qui servit de cimetière à nos soldats et de rési-
dence pendant plusieurs années à un de nos médecins ou à
un de nos commissaires de la marine, cette province essen-
tiellement chinoise par ses souvenirs a toujours été un champ
médiocre pour la prédication de TEvangile.
Les excellents franciscains acceptèrent volontiers de se
débarrasser au proiit des Allemands d'une i)ortion de pays
dont ils ignoraient la valeur, quoi que Ton en ait fait pour
leur ouvrir les yeux. En 1890, les missionnaires de Steyl
demandèrent un agrandissement de leur mission qui, s'il leur
avait été accordé, leur aurait donné Tché-fou. La Propa-
74 LE PROTFXTORAT ALLEMAND DKS MISSIONS
gande refusa leur demande et le général des Franciscains
décida de ne plus envoyer que des Français au Chan-
Toung. Le vicaire apostolique du Chan-Toung, qui, depuis
i865, était Elisée Cosi, évêque de Priène, du diocèse de
Florence (mort le 4 janvier i885), nomma, le 2 janvier
1882, pour ùtre son provicaire dans la partie méridionale de
sa province, Jean-Baptiste Anzer, élève du séminaire de
Steyl.
Dès 1882, l'ambassade d'Allemagne à Paris déclara à
notre gouvernement que son pays avait l'intention de pro-
téger à l'avenir ses nationaux en Chine, même les mission-
naires.
M. Jean-Bapliste Anzer, né à Katisbonne, fut l'un des
premiers, sinon le premier des élèves du séminaire de Steyl ;
ordonné prêtre au bout de trois ans, il partit pour la Chine
le 2 mars 1879, avec son confrère, Joseph Freinademelz, du
diocèse de Brixen. Le caractère purement germanique de la
nouvelle entreprise est parfaitement marqué par les noms et
l'origine des prêtres chargés d'évangéliser en Chine.
Par décret du 22 décembre 1880, le Chan-Toung méri-
dional fut transformé en vic<iriat, comprenant les préfectures
de Yen-Tchéou, Ts'ao-Tchéou et I-Tchéou, ainsi que la
sous préfeclurc de Ts'i-Ning. Le 24 janvier 1886, M. Anzer
fut sacré évéque de Téleple, dans la maison Saint-Michel,
à Steyl par M*'''" Kremontz, archevêque de Cologne, assisté
de i\l^'' Korum, évêque de Trêves, et M*"" Boermans, coadju-
teur de Buremonde, et sa résidence fixée à Puo-Li. On
remarquera que les francisr^iins observantins italiens occu-
pent la capitale de la province de Chan-Toung, Ts'i-Nan.
Le fruit él-ait miir pour rAllemagne. Tout d'abord, M. Anzer
réclama la protection française qui la lui accorda * naturelle-
ment comme aux autres missionnaires, puisqu'il était muni
}, Voir II, n. 4 18 cl sca
MONSEIGNEUR ANZER A YEN-TCHÉOU "jb
d'un passeport français ; notre intervention en sa faveur au
Tsoung-li Yanien valut ménie à M. de Semallé la sortie dé-
placée de Tchang Pei-Ioun que nous avons déjà narrée '.
En juillet 1886, M. v. Brandt vint à Tien-Tsin, malgré le
mauvais état de sa santé, pour voir Li auprès duquel, en
même temps qu'il lui présentait un mémorandum sur les
chemins de fer et lui recommandait les intérêts du syndicat
allemand, il faisait une tentative pour obtenir la protection
des missions catholiques allemandes, dans les mêmes condi-
tions que nous possédions la protection des missions en
général .
M'''" A^ZEn A \K>-T(;iiÉ()r
Apres son sacre, de retour d''Europe, M***" Anzer se rendit
le 5 septembre 1886, h Yen-tchéou, avec Tintention d'y
construire une église et de s'y établir. 11 acheta à cet eflet la
maison d'un nommé Liu Si-kouang, située dans la princi-
pale rue de la ville. En apprenant cette nouvelle, les lettrés
Ï'ang-Kao, Fan Pao Ichen et autres formèrent une coalition
pour faire annuler le marché et empêcher l'installation de la
mission. Les placards les plus violents furent alTichés contre
la France et la religion chrétienne, tandis que les proclama-
lions prescrites par le Tsoung-li ^amen dans toutes les pro-
vinces pour assurer la sécurité des missionnaires et des
chrétiens n'étaient pas |)ubliées par les autorités locales...
Les réclamations de M^'*" Anzer furent vaines... L'évêque,
désirant avant tout la paix, n'insista pas et se mit en quête
d'un autre emplacement. Il acheta une maison ayant ap[)ar-
tenu à un certain Tchang Pao kan ; un chrétien du nom de
Chan Tch'ouen-l'ang lui en olTrit une autre, également
située dans l'intérieur delà ville murée... L'Evêque se dis-
l, Voir II, p. 419 et sea.
I Jb
76 LE PROTECTORAT ALLEMAND DES MISSIONS
posait donc à faire réparer les deux établissements en ques-
tion pour s'y installer lorsque les lettrés T'ang, Fan et autres,
apprenant l'arrivée des catéchistes de la mission, firent en
plein jour fermer les portes de la ville pour les y enfermer
et s'en emparer. Néanmoins, vendeurs, catéchistes et entre-
metteurs purent s'échapper. La foule ameutée démolit, le
21 août 1887, la maison de Chan Tch'ouen-t'ang, et com-
mença également la destruction de celle de Tchang Pao-kan.
Celle-ci ne fut sauvée que par l'intervention de la mère du
vendeur, qui, pour calmer les agresseurs, prétendit que la
vente s'était faite sans son autorisation. Cette femme put
s'échapper, peu de temps après, et vint à la mission de Tsi-
ning-tchéou, près de M*^*" Anzer*.
11 fut dès lors impossible pour les missionnaires de se
montrer à Ycn-tchéou et Tévèque partit pour la capitale
provinciale, où le gouverneur chargea le tao-taï Wang Tso-
fou de s'occu[)er de l'affaire.
M*^*" A>ZEK ET M. ,. 13RANDT
Lorsqu'il arriva à Pé-King, en janvier 1888, M»' Anzer y
rencontra M. v. Brandtqui, pour le déterminer à lui confier
sa réclamation, lui dit qu'il avait obtenu du gouvernement
chinois l'appUcation aux missionnaires allemands du modus
Vivendi adopté par le Tsoung-li Yamen et M. Berthemy,
pour ce qui regarde les achats de terrains et d'immeubles
faits à rintérieur de la Chine pour les besoins des missions ;
en réalité, cette concession ne visait que les missions protes-
tantes. M^"" Anzer n'en confia pas moins à la Légation de
France le soin de présenter ses réclamations. M. Lemaire les
transmit immédiatement au Tsoung-li Yamen.
Dans sa réponse ('i8 janvier 1888) à M. Lemaire, le
I. Lettre de ^î. Lemaire au Yamen, Pé-King, lo janvier 1888,
EFFORTS DE L ITALIE 77
Yamen expliquait, avec juste raison, le sentiment qui avait
poussé les émeutiers du Clian-Toung :
« Il y avait d'ailleurs, un motif à ce sentiment. La Chine,
en effet, croit et suit la religion du Saint Conlucius, qu'elle
vénère au plus haut point, et Yen-tchéou est le lieu d'origine
de Confucius, le berceau de la religion des Lellrés. Si l'on veut
élever une église dans cette localité, non seulement on surexci-
tera par là la colère des habitants, mais encore, dans tout l'uni-
vers, les hommes qui ne manqueront pas de l'apprend ro, en
seront surpris et alarmés. »
M**'*" Anzer, suivant les traités, était certainement dans son
droit, mais était- il habile d''en user dans la circonstance.
Summum jus, Summa injuria ; pourquoi froisser les Chi-
nois dans ce qu'ils ont de plus sacré : le respect de Confu-
cius ? Notre ministre n'en écrivit pas moins une nouvelle
lettre au Tsoung-li Yamen^ le 27 mars 1888. Le 2 juin,
notre Ministre des Affaires étrangères faisait à M. Lemaire
les réflexions suivantes pleines de sagesse :
Le fait d'avoir embrassé une religion diirérente de celles que
pratiquent la grande majorité de leurs compatriotes ne délie en
aucune façon les catholiques de la Chine de la fidélité qu'ils
doivent à leur souverain. Ceux-ci demeurent les sujets de
l'Empereur au même titre que les Bouddhistes, les Taoistes, les
Musulmans et il n'est jamais entré dans la pensée de la France
d'user des prérogatives que lui ont conférées ses traités avec
la Chine pour détourner ses protégés de l'obéissance qu'ils doi-
vent aux lois de leur pays et aux autorités chargées d'en
assurer l'exécution. Notre intervention ne peut avoir d'autre
objet que de veiller à l'observation des engagements pris >is-à-
\is de nous et d'obtenir pour les chrétiens indigènes le même
traitement que celui qui est accordé aux autres sujets de l'Em-
pire.
EFFORTS DE l'iTALIE
L'Italie, qui imitait ou suivait rAUemagnc dans toute
78 Le PROtECTOtlAT ALLEMAND DES lillSSIÔNS
TafTaire, négociait également de son coté pour obtenir la
protection des missionnaires italiens :
Le 29 septembre 1888, le minisire d'Italie à Pé-King,
M. Ferd. de Liica, résumait ainsi une conversation qu'il
avait eue la veille avec le Tsoung-li Yamen :
I** Los missionnaires catholiques italiens, munis des passe-
ports à eux délivrés, en due forme, par la Légation d*Italie en
Chine, ont la faculté de se rendre dans l'intérieur de TEmpire
et d'y jouir do la ni^mc protection et des mêmes privilèges que
ceux accordés aux missionnaires catholiques français, porteurs
do passeports délivrés par la Légation de France ;
2** Désormais on refusera le « visa » des Autorités chinoises aux
passeports délivrés, par toute autre Légation étrangère n*étant
pas la Légation d'Italie, aux missionnaires catholiques italiens,
dont la nationalité italienne est déclarée dans les passeports.
Le ministre d'Italie proposa que ces mesures commencent
à être mises à exécution après un délai suflisant pour que
les autorités supérieures de Pé-King puissent donner les
instructions nécessaires aux autorités de province, par exem-
ple à partir du i*"' décembre.
Le 9 octobre, le Yamen confirmait les termes de cette
conversation.
Le 3 novembre 1888, le gouvernement allemand faisait
savoir à la France qu'il était convenu avec le gouvernement
chinois que ce dernier n'accorderait jamais à des sujets alle-
mands, y compris les ecclésiastiques, de visa sur des passe-
ports autres que des passeports allemands. Le 8 novembre
1888, le gouvernement iudien nous faisait une conununica-
tion analogue. Il était évident que nous ne pouvions empêcher
le gouvernement chinois de viser les passeports que lui pré-
senteraient, pour des missionnaires italiens et allemands les
légations d'Italie et d'Allemagne, mais d'après les articles VIII
et \1II du traité de i858, il résultait que nous avions le
droit de demander au Tsoung-li Yamen qu'il continue dans
ARRANGEMENtS AiXEMAÎSDà ^9
l'avenir, à viser tous les passeports délivrés à des niissioo-
naires catholiques par le ministre de France, sans que la
nationalité de ces derniers [)uisse être une fin de non-reccvoir
en aucun cas.
Le 10 novembre, le Prince K'ing et les membres du
Tsoung-li Yamen, y compris le marquis Ts'êng et Siu
Kingtcb'eng, déclaraient à M. Lemaire, qu'en cédant aux
pressantes instances des Ministres d'Allemagne et d'Italie,
ils avaient expressément réservé qu'ils continueraient à viser
tous les passeports de missionnaires qui leur seraient pré-
sentés par la légation de France, dans les mêmes conditions
ijue par le passé, et à traiter avec nous les aflaires touchant
les persoimes nuinies de ces passeports. Nous aurions donc
satisfaction entière, si nous obtenions de Home un avis aux
diverses Congrégations de procéder comme elles l'avaient
fait jusqu'alors pour l'obtention des passeports.
Si. écrit un diplomate', au lendemain du conflit de i88^-5,
[le gouvernement chinois] se montrait désireux de voir notre
protectorat religieux amoindri par un partage avec d'autres
puissances, il est revenu aujourd'hui à des idées plus conformes
à ses intérêts, comprenant que plus sera grand le nombre des
protecteurs des missions, et plus les questions religieuses pourront
lui susciter de diflicultés et de conflits, sans parler du danger
do voir un jour les difl*érents protecteurs unis contre lui dans
une action conunune. En attendant, le Tsoung-li Yamen n'a-
il pas à craindre, tout d'abord, que les nouveaux protecteurs,
se tenant pour obligés de prouver aux missionnaires de leur
nationalité l'eflicacilc d'une protection que ceux-ci n'ap|)elaient
|)as, ne déploient pour les inlérc'ns religieux, — et à ses dépens,
— un zèle extraordinaire.
ARRANGEMENTS ALLEMANDS
En réalité, il y eut successivement deux arrangements
I. i3 novembre 1888.
8o LE PROTECTORAT ALLEMAND DES MISSIONS
entre T Allemagne et la Chine au sujet des missionnaires.
Dans le premier, le gouvernement chinois déclarait que les
passeports délivrés par les autorités allemandes aux sujets de
TE m pire et tout spécialement aux missionnaires catholiques
donnaient droit aux mêmes prérogatives que celles réservées à
la nation la plus favorisée et que ces passeports auraient, pour
celui qui en était numi, les mêmes avantages que les passeports
délivrés par les autorités françaises. Dans le second, le gou-
vernement chinois s'obligeait l\ ne pas mettre le visa sur des
passeports qui, délivrés à des sujets allemands, l'auraient été
par un autre représentant que celui de rAllemagne.
Ce dernier arrangement paraissait contredire la promesse
faite par le ^amen à M. Lemaire, de respecter les engage-
ments résultant de nos traités. Le Yamen confirma à ce der-
nier ses premières déclarations le 1 1 décembre verbalement
et le i8 par écrit malgré la pression exercée au Yamen par le
représentant de l'Allemagne le 1 1 et le i3 décembre.
Le 1 6 de la 11° lune (i8 décembre 1888), le Yamen
adressait une lettre à M. Lemaire, dans laquelle il était
déclaré :
Lorscjuc Votre Excellence est venue au Yamen. le 7 de la
dixième lune de cetlc année (^= to nov. 1888). Elle nous a dit
(|iie les arrangements intervenus entre nous et les Ministres
d'Allemagne et d'Italie, relativement au visa des passeports qu'ils
déli>reraienl à leurs nationaux, ne sauraient afl'ecter en aucune
façon, la manière de procéder en usage jus(|u'à ce jour pour ce
qui regarde le visa à apposer par l'autorité chinoise sur les pas-
seports délivrés, conformément à l'article XIII du traité de i858.
par la Légation de France, aux personnes qui se rendent dans
l'intérieur de la (!!hine pour y prêcher la religion.
Nous, — Prince et Ministres, — nous avons alors déclaré que
tous les passeports qui seraient k l'avenir délivrés par la Léga-
tion de votre honorable pays, dans les mêmes conditions que
par le passé, devraient naturellement être visés par l'autorité chi-
noise compHentc, à laquelle ils seraient comme par le passé, trans-
mis par noire Yamen.
ARRANGEMENTS ALLEMANDS 8l
Le Tsoung-li Yamen n'avait pas de raison de modifier sa
manière de procéder avec la France, car il estimait que, si
TAIIemagne et l'Italie ne s'en accommodaient pas, c'était à
elles de s'arranger pour que la France ne délivrât pas de
passeports à leurs nationaux, soit en la priant de ne plus le
faire, soit en interdisant à leurs nationaux de s'adresser à elle.
Le Saint-Siège demanda à M*^*" Tagliabuc un rapport sur
la question de l'opportunité du maintien du protectorat
unique des Missions catholiques ; l'évoque de Pé-King
envoya à Rome (décembre 1888) un rapport concluant au
maintien du protectorat de la France, et h l'exclusion de
tout autre, et le même mois le Saint-Siège invita les mis-
sionnaires de Chine, par l'intermédiaire des chefs de Congré-
gations résidant à Rome, à continuer, comme par le passé,
de s'adresser à la Légation de France pour solliciter des
passeports, et, en cas de besoin, pour demander protection'
contre les abus de pouvoir des autorités locales.
Le principe de notre protectorat étant sauvegardé, il était
préférable, en présence de l'insistance du gouvernement alle-
mand dont l'ambassadeur à Paris avait remis le i®*" décembre
une nouvelle note au gouvernement français, de ne pas recher-
cher des occasions qui pourraient faire naître des difficultés.
D'ailleurs, étions-nous bien sûr de la fermeté du Saint-
Siège ? Ne jouait-il pas avec nous un double jeu ? Une lettre
malencontreuse du cardinal Simeoai du i5 avril 1889 avait
amené les réclamations de la France auprès du cardinal
Rampolla, et le Préfet de la Propagande chercha à pallier sa
bévue par la lettre suivante :
Rome, le 39 octobre 1889 *.
Révérendissime Seigneur,
Par la lettre que je vous adressais sous la date du i5 avril der-
I, Le cardinal Simconi, préfet do la Propagande, à M»?"* Anzer, vicaire
a^stolique du Chan-Toung méridional. Traduction.
CORDIER. III. — 6
82 LE PROTECTORAT ALLEMAND DES MISSIONS
nier, je vous indiquais sommairement la œnduite que vous
devez suivre à l'égard du ministre d'Allemagne dans la façon de
traiter les affaires de votre mission. Maintenant, je crois devoir
vous exposer la question d'une façon plus complète. Apres la
conclusion du traité entre l'Empire d'Allemagne et la Chine,
vous avez été avisé, par l'entremise du Supérieur du Séminaire
de Steyl, que dorénavant vous deviez traiter avec le Ministre
d'Allemagne les questions relatives aux pa^eports et aux affaires
du vicariat en ce qui touche la protection à vous assurer.
Mais comme, peu de temps après, T Ambassadeur de la Répu-
blique française a porté à la connaissance de la Sacrée Congréga-
tion do la Propagande que le gouvernement chinois, même
après la conclusion du traité avec l'Allemagne, s'était engagé à
observer tous les engagements relatifs aux missionnaires qu'il
avait contractés, auxtermesdes traités existants, envers les repré-
sentants de la République, en ce qui concerne soit les passeports,
soit la protection des missionnaires, j'ai eu soin de vous faire sa-
voir, par l'entremise du même Supérieur de Steyl, que vous
pouviez traiter ces mémos affaires auprès de la Légation de
France, et continuer à réclamer sa protection dans vos besoins.
J'ai tenu à vous conlirmer d'une façon plus précise, ces instruc-
tions, afin que vous ne perdiez pas de vue les princip>es qui
devront inspirer votre conduite dans les circonstances difficiles au
milieu descjuelles vous vous trouvez.
M. DE LUCA ET LE PRINCE DI CARLA.TI
Le ministre d'Italie de son côté communiquait aux mis-
sionnaires italiens que le 1 9 novembre et le 22 décembre 1888,
un accord était intervenu entre Tltalic et la Chine par lequel
ils étaient désormais placés sous le protectorat de la Légation
du roi Humbcrt. A la communication de M. de Luca, qui
renfermait une partie comminatoire, les évoques italiens se
bornèrent à faire connaître au Ministre d'Italie qu'ils pren-
draient au sujet de la mise en demeure qui leur était adres-
sée, les instructions du Saint-Siège.
La Légation d'Italie ne se tint pas pour battue.
Le Prince di Cariati, chargé d'affaires d'Italie en Chine,
LE PROTECTORAT ALLEMAND 83
adressa de Pé-King, le lo décembre 1889, une nouvelle cir-
culaire aux évêques italiens de Chine pour les avertir que
suivant les instructions qu'il avait reçues de Rome du Mi-
nistère des Affaires étrangères, il leur envoyait un dernier
avertissement pour qu'ils tiennent compte des désirs du gou-
vernement italien.
Quelques évêques, seulement, répondirent par un simple
accusé de réception et d'autres par un « non possumus »
nettement accentué.
La Congrégation de la Propagande faisait, par une lettre
en date du 11 février 1890, de M«' J. T. Raimondi, vicaire
apostolique de Hong Kong, ce qui dut ôtrc désagréable à ce-
prélat, enjoindre aux prélats italiens de se maintenir « reli-
Qieusement » sous la protection française et de repousser la
protection des autorités diplomatiques et consulaires ita-
liennes, môme si la nôtre venait à leur manquer.
Après l'insuccès de la circulaire du prince di Caria ti, le
gouvernement italien cessa de payer la pension que quelques-
uns des religieux, ses nationaux, touchaient comme ayant
appartenu aux communautés dispersées après le 20 sep-
tembre 1870.
Cependant le Saint-Siège avait fléchi ; il laissa à M^*" Anzer
le choix de choisir son protecteur. Au mois de juin 1890, le
ministre allemand appela en conséquence ce dernier à Pé-
King, l'intimida et l'obligea d'accepter six passeports datés
du 21 novembre 1889 pour des missionnaires allemands
arrivés Thiver précédent et munis de passeports français
datés du i^'' avril 1890.
LE PROTECTORAT ALLEMAND
M'*" Anzer fit visite à M. Lemaire le 22 juin 1890, le jour
même de son entrevue avec M. de Brandt, et lui apprit qu'il
avait reçu du cardinal Simeoni et du supérieur général de sa
84 l'R PROTECTORAT ALLEMAND DES MISSIONS
mission, Tavis qu'il avait été décidé que ce serait à lui
d'opter sans délai et définitivement entre la protection fran-
çaise sous laquelle il était placé et demeuré jusqu'à ce jour
et celle de la légation d'Allemagne. Le cardinal Simeoni,
préfet de la Propagande, avait avisé M. de Brandt de la
liberté donnée à M'^'' Anzer, mais il s'élait bien gardé de pré-
venir M. Lemaire. Il y eut î\ cette époque une singulière
défaillance de notre diplomatie. M. de Brandt agissait avec
la plus entière, je dirai même a^ecla plus brutale franchise et
il déclarait que TAllemagnc regardait cette protection comme
une nécessité de la politicpic qu'elle ^oulait suivre en Extrême-
Orient, politique qu'il ne serait permis à aucun sujet alle-
mand de contrarier, aux exigences de laquelle chacun d'eux
devait patriotiquement se prêter.
M*''' Anzer en quittant Pé-King écrivit officiellement le aS
juin 1890 au ministre de France : « Devant les instances
répétées de mes supérieurs, je suis prêt à accepter les nou-
veaux protecteurs, mais je pars pour Home afin de connaître
les derniers ordres du Souverain Pontife et de mon supérieur
général. » La lettre portait ([u'il considérait le protectorat
français « comme le plus edlcace » et il laissait entendre
clairement qu'il avait encore espoir de le conserver.
Les missions allemandes étaient perdues pour nous, et une
brèche, qui pouvait s'agrandir, était irrémédiablement ou-
verte dans le protectorat que nous exercions sur toutes les
missions catholiques de l'Extrême-Orient.
M*^*" Anzer partit pour l'Europe au commencement de
septembre 1890, muni d'une lettre de Li Iloung-tchang pour
le cardinal KampoUa dans laquelle le vice-roi exprimait le
regret que M. Favier n'eut pas été nommé évêque de Pé-
King et entretenait le secrétaire d'État de questions relatives
aux missions en Chine.
Le 2Î4 novembre 1890, M*^*" Anzer écrivait de Berlin à
M. Lemaire qui reçut la lettre à Paris où il était en congé:
LK PROTKCTORAT ALLEMAND 85
Votre» Kxccllcncc sait Ircs bien, que pendant mon long sé-
jour en Chine, je n'ai pas seulement recherché la Protection de
la France, et des passeports français, pour moi aussi bien (|uc
pour mes missionnaires ; — mais que j'ai aussi résisté aux ten-
tatives réitérées de me faire détacher delà France, surtout dans
les deux dernières années.
Mais les circonstances, dans les derniers temps, se sont formées
malheureusement de la sorte, que j'étais forcé de prendre, du
moins pour le moment, des passe|K)rts allemands et de me mettre
sous la protection de l'Allemagne.
A la fin de 1890, le baron de SeckendorlT, consul à Tien-
Tsin, était invité à se rendre dans le Chan-Toung pour
demander Tinstallation à Yen-lchéou des missionnaires
allemands et mettre ceux-ci en rapport avec les autorités
locales. Il quitta Pé-King le 3i décembre 1890, au matin,
pour se rendre directement à Tsi-nan. A la capitale de
la province, Tsi-nan, le gouverneur, Tchang-Yao, refuse
deux fois de le recevoir; M. de SeckendorlT force à cheval la
porte du gouverneur ; un passeport lui est porté sans carte
par un coolie. De Tsi-nan, il se rend à Taï-ngan tchéou,
puisa Yen-tchéou où il arrive le iS janvier 1891 (i3 de la
lune chinoise) ; des affiches couvrent les murs de la ville :
« Le i5 (de la lune) que les gens de la ville et des campa-
gnes se réunissent pour metlre à mort Tétranger ! » Le 2/1,
il va à Kiou-Fou, visite le temple de Confucius et revient à
Yen-tchéou à cheval, dans Taprès-midi ; il est insulte et
rémeute n'est apaisée que par les efforts des lettrés. Enfin
M. de Seckendorfl'parvient à Tsi-ning tchéou le soir du 25
janvier 1891, après avoir couru les plus grands dangers.
Le préfet de Yen-tchéou est appelé à Pé-King, entendu et
réinstallé dans son poste, avec avancement, malgré la
demande de T Allemagne qu'il fût dégradé.
Le 23 octobre 1890, M'^'Anzer avait reçu du Pape Favis
officiel qu'il était libre de choisir sa protection en Chine. A
la suite de cette communication, l'évoque fut appelé à Vienne
86 LE PROTECTORAT ALLEMAND DES MISSIONS
par le directeur de la succursale de sa congrégation, et à
Berlin par des questions qui intéressaient sa mission, mais
il prit le parti de se rendre tout d'abord à Paris et se mit en
route le 24 octobre. Notre chargé d'affaires à Rome, M. de
Monbel, lui suggéra de se mettre en rapport avec le cardinal
Lavigerie et à lui faire connaître sans détours toutes les phases
qu'avait subies la question chinoise depuis son début, et
surtout les raisons motivées de la résistance des missionnaires
allemands aux ordres pressants venus de Rome pour leur
faire accepter la protection du ministre de Prusse à Pé-King.
Le Saint-Siège expliquait ainsi son attitude. 11 avait
entendu et entendait, ainsi qu'il ressortissait des indications
fournies par le cardinal Rampolla h notre ambassadeur
(février 1891), continuer de rester passif vis-à-vis de l'Alle-
magne, ne voulant pas favoriser les calculs de la diplomatie
prussienne, mais ne croyant pas pouvoir engager à cette
occasion un conflit avec le cabinet de Berlin.
Au commencement de janvier 1891, le ministre de
Bavière*, le baron de Cetto, était venu au nom de son gou-
vernement notifier au cardinal Rampolla le désir du cabinet
de Munich de voir les missionnaires allemands placés sous la
protection du représentant de l'Empire d'Allemagne en
Chine.
HIÉRARCHIE RELIGIEUSE
Quand M^*" Anzer retourna en Chine, il élait porteur d'une
lettre du cardinal Rampolla à Li Uoung-tchang, portant les
condoléances du Saint-Siège à la Cour impériale à l'occasion
de la mort du Septième Prince. Toutefois, cette lettre de cour-
toisie cachait un projet dirigé contre la France ; son sixième
et dernier paragraphe recommandait vivement h la plus
I. Mk'' Anzer était à Munich on janvier 1891.
niKRAnCHlR REMGIF.L'SR. 8"
sérieuse attention du vice-roi du Tclié-li une alTaire que
M*** Anzer était chargé de lui exposer. Le vrai but de la mis-
sion du prélat allemand auprès de Li était de s'assurer si la
mesure que se proposerait de prendre Léon XIII, au sujet
de rétablissement, en Chine, d'une hiérarchie ecclésiastique,
serait favorablement accueillie par le gouvernement chinois.
M. Favier serait le délégué apostolique ; il est juste de dire,
toutefois, qu'il n'était question dans la lettre du cardinal
Rampolla ni de nonce, ni de délégué apostolique, ni de pro-
tectorat.
Li remarqua qu'il s'agissait d'une affaire purement reli-
gieuse ; il fil observer que point n'était besoin du consente-
ment de la Chine pour donner suile au projet du Saint-
Siège ; il ajouta que les archevêques ne pourraient traiter avec
le Tsoung-li Yamen et qu'ils auraient avec les autorités
locales les mêmes relations que les évoques actuels.
M"" Anzer, après son entre\ue h Tien-ïsin avec Li, arriva
àPé-King, le 1 8 juillet 1891, et rendit visite à notre charge
d'affaires, M. Ristelhueber. Le 2*2, le ministre d'Allemagne
conduisait le vicaire apostolique du Chan Toung au Tsoung-
li Yamen et le présentait au prince K'ing et à ses collègues ;
le lendemain M'''' Anzer repartait pour Tien-Tsin.
xMais l'évéque allemand avait trop parlé au sujet de la hié-
rarchie ; il ne réussit pas dans sa mission et n'obtint même
pas une réponse pour Home de Li qui, cependant, avait été
le promoteur des négociations, en proposant au Vatican, à
l'insu de la France, à la fin de 1S90, de conclure un arran-
gement destiné à régler la position des chrétiens en Chine.
On juge du mécontentement du Vatican ; le cardinal Ram-
polla (août 189 1) invita M''' Ferrata h déclarer qu'il n'y
avait aucune négociation entre le Yamen et le Saint-Siège au
sujet d'une hiérarchie et que « la chancellerie pontificale ne
se prêtera contre le protectorat religieux de la France à
aucune des manœuvres imaginées en vue de nous nuire » .
88 LE PROTECTORAT ALLEMAND DES MISSIONS
C'était jouer avec les mots et avec les faits.
Le Saint-Siège qui avait déjà divisé la Chine en cinq
régions * pour donner plus d'unité à la direction des missions
avait, un instant, eu l'idée de profiler des bonnes disposi-
tions du vice-roi pour établir immédiatement la hiérarchie
religieuse par des archevêques ou du moins pour créer deux
provinces ecclésiastiques avec Pé-King et Nan-King, comme
métropoles. En octobre 1891, à la suite des émeutes contre
les chrétiens, le Saint-Père songea môme à envoyer à Pé-
King un délégué, non revêtu du caractère diplomatique,
chargé de porter des cadeaux et une lettre à l'Empereur.
Le Pape en envoyant à Pé-King un prélat chargé d'une
lettre pour l'Empereur désirait montrer qu'il ne restait pas
insensible aux dangers qui menaçaient les catholiques en
Chine ; les puissances européennes ne paraissaient pas en
mesure d'assurer la sécurité des missions ; quant aux indi-
gènes convertis au catholicisme le protectorat de la France
ne s'étendait pas sur eux ; la Chine ne l'avait jamais reconnu
et jamais la France ne recourrait à la force pour affirmer ce
protectorat. Le gouvernement chinois avait manifesté depuis
longtemps le désir d'entrer avec le Saint-Siège en relation
pour arriver à un arrangement concernant les catholiques en
Chine ; l'autorité des évèques serait augmentée ; on accorde-
rait des garanties aux Chinois convertis; enfin le Saint Siège
aurait un représentant à Pé-King ; le gouvernement chinois
désirait que celte négociation eût lieu en dehors du gouver-
nement français. Le Saint Siège s'y refusa et depuis le gou-
vernement chinois consentit à ce que le Pape entretînt la
France de ce projet d'arrangement. Nous ne pouvions accep-
ter les vues ni du Saint Siège, ni de la Chine ; l'envoi d'un
I. Le Pape approuve le 27 avril 1879 ""° résolution de la S. Congré-
gation de la Propagande, partageant en cinq régions toutes les missions
de la Chine.
HIKRAnr.llIK RKMr.lKUSR 89
lépat serait cerlainomcnt iiUcrprrU'' coiiinie défavorahlc au
protectorat de la France, déjà ébranlé par rAllcnia^ne.
Enfin, en novembre 1N91, le Sainl Père ren<»n(;a à son
projet d'envoyer en Chine un prélat chargé d'nne lettre p(nir
TEmperenr et, en ce qui concernait Tavcnir, il déclara à
notre ambassadeur, le cornle Lefebvre de Béhîiine, qu'il était
résolu à ne rien faire que de concert avec nous et à la suite
d'arrangements, qui feraient Tobjet de stipulations écrites
entre le gouvernement de la Uépubliqueet le Saint Siège.
Nous avions paré ce nouveau coup.
CHAF^TRE VI
LES TÉLÉGRAPHES
Les lignes télégraphiques maritimes^ avaient été établies
par la Compagnie danoise « Great Northern Telcgraph ^ ».
Les Danois, malgré le monopole qui leur avait été concédé
par les Chinois, trouvèrent, en i883, des concurrenis dans
la Compagnie anglaise « Eastcrn Extension Telegraph Co. »
qui relia les cables sous-marins de llong-kong avec Amoy,
Sharp Peak, près Fou-lchéou, et Chang-IIaï ; celle der-
nière société posa également le câble entre « Saddle Islands »
et Porl llamilton, lorsque ce point fut occupé en i885 par
l'Angleterre^. Les deux Compagnies rivales, après entente
avec le Tsoung-li Yamen et les représentants de l'Angle-
terre et du Danemark à Pé King, conclurent un acc<)rd. Le
II août 1887, une convention pour seize ans avait été
signée à Tché-fou entre la Chine et la Great Northern Tele-
graph Co. ; la date de igoS est aussi la date de la lin du
privilège de VEastern Extension Telcgraph Co.
CONVENTION FRANÇAISE, l'"*" DÉCEMBRE 1888
L'occupation du Tong-King par la France devait amener
le raccorde-menl dos lignes télégraphiques de ce pays avec
I. Voir sur les lignos terrestres. H, ai, note.
3. Il, p. ai.
3. in, p. 3.
ARTICLE ADDITIONNEL QI
les lignes télégraphiques chinoises. Une convention ' en douze
articles fut signée à cet effet par M. P. Uislelhueber et
Cheng Shuen-houi à Tché-fou, le i*^"" décembre 1888 Qi8^
jour, 10* lune, i^** année Kouang-Siu). L'article 11 marque
que les raccordements seront établis :
A. — Entre la station française de Dong-dang an Tong-King
et la station chinoise de Tchcun Nan Rouan, dans la province de
Kouang-Si.
B. — Entre la station française de Monkay au Tong-King et
la station chinoise de Tong-hing. dans la province de Kouang-
Toung.
C. — Entre la station française de Laokay au Tong-King
et la station chinoise de Mong-tscu, dans la province de Yun-
Nan.
Il élaildécidé qu'aussitôt que la présente convention aurait
reçu l'approbation du gouvernement chinois, il serait pro-
cédé au raccordement entre Dong-dang et Tcheun Nan
Kouan ; le raccordement entre Monkay et Tong-hing d'une
part et Laokay et Mong-tscu d'autre part, serait établi dans
le délai de dix-huit mois après que ladite approbation aurait
été donnée.
ARTICLE ADDITIONNEL, 20 JUIN iSgS
L'article 6 de la Convention complémentaire du 20 juin
1895 renfermait la clause suivante :
L'article 2 de la Convention télégraphique entre la France et la
Chine, signée à Tché-fou, le i"" décembre 1888, est complété
ainsi qu'il suit :
D. — Un raccordement sera établi entre la préfecture secon-
daire de Sse-niao et l'Annain par deux stations, qui seront Sse-
I. Voir le texte dans le Journal officiel, du i5 mai 1890 et dans le
recueil de Hertslet, I, ao^-aii.
92 LES TÉLÉGRAPHES
iiiao, en Chine, et Miioiig-ha-hin (Muong-ngay-neua), placé eu
Annam à mi-chemin de Lai-chau et de Luang-prabang.
Les tarifs seront fixés conformément à l'article G de la Con-
vention télégraphique de Tché-fou.
M. Bons d^\nty, notre consul à Sse-mao, pouvait, le
i5 février 1897, prévenir M. Hanotaux, ministre des affaires
étrangères, que la ligne télégraphique du Yun-Nan venait
d'être prolongée jusqu'à Sse-mao et que les travaux étaient
activement poursuivis vers le Sud, dans la direction de la
frontière sino-annamite, en vue de rattacher, conformément
à l'article 6 de la Convention du 20 juin 1895, le réseau de
la Chine méridionale au réseau du Laos français *.
CONVENTION RUSSE, l3-25 AOUT 1892
Dès 1805, la Russie avait invité la Chine à établir une
ligne télégraphique de Tien-Tsin à Kiakhta ; les Chinois
avaient décliné celte offre.
Le comte Cassini profita des loisirs forcés que lui laissait
la question de rfiudience, restée en suspens, pour négocier
à son tour les conditions du raccordement des lignes télé-
graphiques russes et chinoises. 11 signa avec Li Houng-
Ichang, a Tien-tsin, le i3 août (V jour, 7" lune, 18® année
Kouang-Siu), 25 août 1892, une convention en dix articles,
qui fut ratifiée par Tempereurdc Russie le 22 décembre 1892-
3 janvier 1893^.
Le comte Cassini, muni de pouvoirs spéciaux, signa, auto-
risé par un décret impérial, cette convention importante sous
le titre de : Traité entre la Russie et la Chine pour la jonc-
tion des lignes télégraphiques sur leurs frontières. Cette con-
I. lÀvre jaune, Chine, iSQ'i-i^yS, p. 3o.
3. Voir le texte dans le recueil de llerlslet, 1, 3Gu-3(33 ; on anglais
dans le North-China Heratd, 'JO nov. 1892 cl 9 déc. 1892.
CONVENTION RUSSE 98
vcnlion, conclue pour dix «nns, devait expirer leSi décembre
190'i.
Voici, suivant un résident bien informé de Tien-Tsin, quelles
en étaient les principales clauses :
L'article 3 détermine les points dejonclionqui sont : i^àTesl de
la Mandchourie, Iloun-tcliouen et Possiett (Novokievsk) se reliant
ù Vladivostock cl séparés seulement par une quinzaine de kilo-
mètres; 2** au nord de la Mandchourie, IIelam|K) (Aïgoun) et
Blagovietschcnsk, séparés sculoment par le fleuve Amour: 3** à
travers la Mongolie, Péking et Kiakbta. (](*t article 2 stipule, en
outre, que la jonction se fera aussi à tous les points terminus
que les deux Puissances trouveront avantageux de relier '.
Art. 3. — La jonction |)ar lloun-tcliouen et Possiett sera
faite aussitôt la signature du traité: celle par Helampo et.
Blagovietschcnsk, aussitôt que \v cAhIe aura été mouillé dans le
fleuve Amour, et au plus tard dans un délai de six mois. Un dé-
lai de cinq ans est fixé pour la jonction entre Péking et Kiakhta.
Art. 4. — Les cAhles sont la propriété exclusive des deux
Puissances sur le territoire desquelles ils seront posés, entretenus
par elles, et ne pourront en aucun cas empiéter sur le territoire
de l'autre Puissance. Le cAhlc fluvial à travers l'Amour sera la
propriété des deux Puissances et établi à frais communs.
Art. 5. — Tout ce qui concerne la transmission et la récep-
tion des dépêches sera soumis aux règlements de V Union léléyra-
phujue, et ceux actuellement en vigueur pour les câbles sous-
marins entre la Chine et la Russie seront également appliques
aux lignes terrestres.
Art. 6. — La Russie et la Chine étant possesseurs de leurs
lignes jusqu'à la frontière, peuvent établir les tarifs à leur con-
venance, chacune sur son propre territoire, mais, il est convenu
que, pendant la durée du présent traité, aucune des Parties
contractantes ne pourra modifier le tarif adopté dans l'article 7.
Art. 7. — L'article 7 fixe le tarif par mots.
La Russie reçoit par mot :
— entre la Russie d'Asie et la Chiner i fr. 78:
I. Un des points non désignés parla Convention et qui devait c^'trc relié
un des premiers était Kouldja ; la ligne qui s'arrêtait à l'Ouest -de Sou-
tchéou, du kan-Sou, était reprise dès 1892.
94 l'EIS TÉLÉGRAPHES
— entre la Russie d*Europe (y compris le Caucase) et la
Chine = 2 fr. 78 ;
— sur les télégrammes en transit entre l'Europe, ou au-delà
et les pays au-delà de la Chine (tels que le Japon) = 5 fr. 5o.
La Chine reçoit par mot :
— télégrammes entre un point quelconque de la Chine et de
la Russie (Russie d'Asie et d'Europe) ou réciproquement
= 2 francs.
— télégrammes de ou pour tous les autres pays d'Europe
ou au-delà = 5 fr. 5o ; mais, sur cette dernière somme, la
Chine devra payer la part afférente aux différentes lignes eu-
ropéennes (autres que celles de Russie), qui auront transmis le
télégramme conformément aux règlements de l'Union télégra-
phique.
Le tarif des télégrammes, par voie terrestre, pour ou de Hong-
kong, Aînoy, Fou-tchéou, Chang-Haï et autres points où les
Compagnies de càhles sous-marins ont des hureaux, ne pourra
être inférieur à celui de la « Great Northern Co. » (Compagnie
danoise).
Si les compagnies de câhles sous-marins venaient plus tard, à
réduire leurs tarifs entre l'Europe et IIong-Kong, Amoy, Fou-
tchéou. Chang-Haï et autres hureaux maritimes, la Chine pour-
rail immédiatomcnl réduire ses tarifs pro|>ortionneHenient pour
les mornes télégrammes. Il est stipule, en outre, que ce traité est
fait honà lide, ce qui signifie que toute retransmission de télé-
grammes sera considérée comme conlrehandc. Ceci vise surtout
la « Desmond Agency ». qui recevait, soit en Chine, soit en
Russie, dos télégrammes qui étaient expédiés aux points terminus
russe et chinois et de là retransmis par ses soins sur les lignes chi-
noises ou russes. La « Dosinond Agoncy » faisait ainsi un service
télégraphique à prix réduit.
Los valeurs rolativos du dollar et du taël sont également fixées,
colle du dollar à francs 4.25 et celle du taël à 100 dollars pour
70 hong-ping taels.
En résumé, le tarif pour la voie de terre est maintenu, sauf
pour la Russie, au taux des télégrammes expédiés par les câhles
sous-marins. Seules, les localités do l'intérieur, telles que Pé-
King, Tieii-Tsiii et autres points où les câhles sous-marins
n'atterrissent pas. jouiront d'une réduction de tarif pro{K)rtion-
nollo à co que coulait la transmission du télégramme par câhle
intérieur chinois de cette localité au bureau terminus des câbles
CONVENTION RUSSE qS
sous-marins. Celte réduction sera généralement de 3o à /io cents
de dollar, c'est-à-dire de frcs. i.5o à frcs. 3.00.
La grande préoccupation de la Russie, dans ce traité, a été de
s'assurer pour elle seule un tarif réduit, puisqu'elle n'aura à
payer aux lignes chinoises, pour les télégrammes du Gouverne-
ment, que la somme de fr. 2 par mot pour un télégramme d'un
point quelconque de la Russie d'Europe ou d'Asie à un point
quelconque de l'Empire chinois.
Le commerce russe y trouvera aussi un avantage considérable
et exclusif: un télégranune privé échangé entre la Russie et la
Chine coûtera 3 fr. 73 entre la Russie d'Asie et /» fr. 73 entre la
Russie d'Europe et la Chine, tandis que, par les câbles sous-
marins, les mômes télégrammes pour les sujets des autres Puis-
sances coûtent Dol. 2, soit 8 fr. 5o, et qu'un tarif identique sera
maintenu par la ligne terrestre. •
La Russie a eu aussi en vue de protéger d'une façon spéciale
la « Greal Northern Co. », ou Compagnie danoise, dont les
câbles vont de Chang-Haï au Japon et à Vladivostock ; les Cours
de Copenhague et de Sl-Pétersbourg ayant des intérêts considé-
rables engagés dans cette compagnie danoise, la Russie n'a pas
voulu lui faire concurrence.
La conclusion définitive de ce traité est un succès marqué pour
la diplomatie russe, et il ne faut pas s'étonner que le commerce
européen, dont les intérêts ont été mis de côté, et la presse an-
glaise de l'Extrôme-Orient, qui les représente, apprécient cette
convention télégraphique dans les termes les plus sévères et avec
une irritation qu'on ne prend pas môme la peine de dissinm-
1er ».
Sir John Walsham, le Ministre anglais, qui n'a pas le don
d'être persona grata auprès de ses nationaux, est môme accusé par
la presse de (]hang-Haï d'avoir refusé d'intervenir sous prétexte
que les intérêts de 1* a Eastern Extension Telegraph Co. »
(Compagnie anglaise) étaient protégés au môme titre que ceux
de la Compagnie danoise.
Quant à la Chine, on ne voit pas clairement quel peut être
son bénéfice immédiat, car on évalue que Oo 000 mots seule-
ment passeront par la ligne terrestre russo-chinoise, alors que
I. Voir une lettre signée « Anli-Monopoly » dans le North- China
Herald^ du a5 novembre 189 j.
96 LES TÉLÉGRAPHES
a millions de mots seronl encore transmis par les câbles sous-
marins.
Aussi on dit sans mystère que Cheng Tao-taï, le signataire et
le protecteur de cette convention, y trouve des avantages pécu-
niaires personnels considérables.
CONVENTION ANGLAISE, 6 SEPTEMBRE 1894
Les Anglais, à leur tour, se décidèrent k effectuer le rac-
cordement entre leurs lignes de Birmanie et celles de
Chine.
Une convention * en dix articles fut signée à cet effet à
Ticn-Tsin le 6 septembre iSg/J (7® jour, 8** lune, 20® année
Kouang-Siu), par M. N. R. O'Conor et Li Houng-tchang.
Le raccordement devait être effectué entre la station anglaise
de Bhamo et la station chinoise de Teng-yuê (Momcin)à un
point qui serait fl^é aussitôt que possible , une station inter-
médiaire serait établie à Manwyne ; sauf accident ou cas de
force majeure, le raccordement devait être opéré au plus tard
le 3i mai 1895.
I. Voir le lexto dans le recueil de Herstlet, H, O99-702.
CHAPITRE VFI
CORPS DIPLOMATIQUE (1892-1893). — LE « 6EART ACT ».
MISSIONNAIRES SUÉDOIS.
DÉPART DE SIK JOHN WALSIIAM. M. o'cONOR
Le ministre d^Angleterre, sir John Walsliani^, quitta
Tien-Tsin le 5 octobre 1892, abandonnant la Chine, écœuré,
écrasé par les difficultés auxquelles, pendant six années, il
s'était heurté, conspué par ses compatriotes : « Un ministre
qui ne fait absolument rien, imprimait le Norlh-China
Herald^ ; qui ne sait rien du pays où il est venu pour
représenter les intérêts étrangers les plus importants et appa-
remment n'apprend rien et qui imite sir Thomas Wade à
1. WaUham, Sir John, Barl. Commis au Foreign Oflice, i'*'" octobre
1854 ; attaché à la légation de Mexico, 3 décembre 1867 ; faisant fonctions
de consul à Mexico, 20 juin-30 octobre 1809; 2" attaché, i*»" janvier
i8(>o, puis i" attaché à Mexico, la mars 186 1 ; secrétaire p. i. à Mexico,
18C1-18O2 ; 2« secrétaire, i*"" octobre 18G2 ; chargé d'aflaires à Mexico,
17 janvier 1 863- 4 février 1 865 ; 2** secrétaire à Madrid, 26 juin 1866;
chargé d'affaires, i5 novembre-2 décembre 1887 ; transféré à La Haye,
10 aoAt 1870; secrétaire à Péking, 1 5 octobre 1873. mais ne se rend
pa.» à son poste; secrétaire à Madrid, 23 janvier 1876 ; chargé d'affaires
p. I.; secrétaire d'ambassade à Berlin, 6 mai 1878 ; chargé d'affaires à
diverses reprises ; transférée Paris, i'"" juillet i883; ministre plénipo-
tentiaire; ambassadeur, p. i ; envoyé extraordinaire et ministre plénipo-
tentiaire en Chine et en Corée, 2^ novembre i885; transféré à Bucha-
rest, I*' avril 1892 ; a pris sa retraite, i*' septembre 189^.
2. i5 juillet 1887, p. 63.
CoRDiER. 111. — 1
f)8 LES ANNÉES 1 892-1898
sa fin, en n'accusant pas réception, en répondant encore
moins aux lettres qu'il reçoit des Consuls dans les
ports. »
C'était injuste ; la valeur des agents diplomatiques ne se
mesure heureusement pas à leur degré de popularité, sur-
tout en Chine. Sir John Walsham eut pour successeur un
Irlandais catholique, M. O'Conor \ sur lequel les commu-
nautés anglaises de rExtrème-Orient fondaient les plus
grandes espérances, quoique sa gérance de la légation bri-
tannique de Pé-King après la mort de Sir Harry Parkes
n'offrît rien de remarquable ; certes, jamais à aucune épo-
que, la politique anglaise n'a subi en Chine plus d'affronts
que pendant la durée du second séjour de M. O'Conor dans
la capitale ; il avait d'ailleurs trouvé de redoutables rivaux
dans le comte Cassini et dans M. A. Gérard. M. O^Conor
arriva à Chang-llaï le C et à Ïien-Tsin le i3 novembre
1892.
DÉPART DE M. VON BRANDT, I^*" AVRIL iSgS
Le i/| juillet 1892, M. von Brandt rentrait à Pé-King,
annonçant à ses collègues son prochain mariage avec une
jeune américaine. Lo i*"^ avril 1893,1e ministre d'Allemagne
quittait Pé-King, ayant été reçu par l'empereur en audience
de congé dans le Tchcng Kouang-tien ; à son passage à
Tien-Tsin (niardi f\ avril), ses compatriotes lui offrirent,
I. ()'(]onor, yicholns-lioderick, allach^, a 8 mars 1866 ; attaché à
Berlin, 12 août 1807; 3^' secrétaire, :ri novembre 1870 ; transféré à
Washington, i3 février 187 1 ; à Miulrid, 27 octobre 1878 ; a« secrétaire
il Washington, 10 août 187/1; transféré à Rio de Janeiro, i*»" septembre
1875 ; à Paris, v^ octobre 1877; secrétaire de légation à Péking, 7 dé-
cembre i883 ; chargé d'affaires, :i3 mars i885-3'i juillet 1886; transféré
à Washington, i/| décembre i885 ; agent et consul général en Bulgarie,
!«'• janvier 1887 ; envo^fé extraordinaire et ministre plénipotentiaire en
Chine et en Corée, ic«* avril 1892.
DÉPAHT DE M. VOX BRAXDT 99
dans Gordon Hall, un grand banquet auquel Li Houng-
Ichang était présent ; il se rendit à Tché-fou, Tchénnoulpo,
enfin Séoul où, le i5 avril, il épousait Miss AugustincHeard,
fille du ministre des États-Unis en Corée. Ce mariage, qui
ne fut pas approuvé par l'empereur allemand, mettait fin h
la longue mission de M. von Brandt en Chine : au mois de
juillet 189.3, son gouvernement lui donnait comme successeur
le baron Schenck zu Schweinsberg', qui venait de Téhéran.
M. von Brandt s'était toujours montré fort hostile à la
France à laquelle il porta un coup sensible dans son protec-
torat des missions catholiques, poussant la gallophobie jus-
qu'à n'employer — contrairement à Tusage et quoiqu'il
connût parfaitement le français — que la langue anglaise
dans ses rapports avec ses collègues. Il était de l'école vio-
lente du prince de Bismarck : fortiier in re, mais non sua-
viter in modo ; il ne fut d'ailleurs pas toujours heureux dans
ses négociations et je crois mauvaise pour son pays la poli-
tique brutale qu'il a employée en Chine ; il abusa souvent de
sa position de doyen du corps diplomatique, sacrifiant les
intérêts généraux aux besoins particuliers de la politique alle-
mande. Quand il quitta la Chine, il était tenu en suspicion
par le ministre de Russie, le comte Cassini ; le ministre
d'Angleterre, M. O'Conor, lui témoignait une froideur signi-
ficative — et le ministre de France, M. Lemaire, était brouillé
avec lui ; M. von Brandt n'attirait plus dans son orbite que
les représentants de quelques puissances de second ordre,
comme M. Loumyer, ministre de Belgique, qui avait épousé
une Anglaise et qui, malgré les ordres de son gouvernement
et à l'instigation de son collègue d'Allemagne, essaya de
s'ingérer dans les affaires des missions (novembre 1892").
I. Il fut reçu le 4 août 1898 par Li lloung-lchang, et il rcparlil le 6
de Tien-Tsin pour Pé-King.
a. Quand M. Loumyer partit en congé, il laissa M. Michel, comme
chargé d'affaires.
lOO LES ANNÉES I 892- I 898
LE « GEARY EXCLUSION ACT. », 5 MAI 1892
L^mmigration chinoise aux Etats-Unis avait été interdite
pour la première fois dans le traité entre la Chine et les Etats-
Unis du 17 novembre 1880 * (i5' jour, lo* lune, 6' année
Kouang-Siu). Mais ce ne fut qu'en 1882, que des mesures
furent prises contre Tentrée des Chinois en Amérique; toute-
fois, un acte du 5 juillet i884 adoucit les mesures qui
furent d'ailleurs aggravées par un nouvel acte du i^**" octobre
1888. En 1886, l'envoyé extraordinaire et ministre plénipo-
tentiaire de Chine fut empêché de débarquer par le Directeur
des Douanes, jus ju'à ce qu'il ait fait voir ses lettres de
créance pour le président des Étals-Unis! Le 5 mai 1892,
un acte on neuf sections prohibant l'entrée aux États-Unis
des Chinois et des personnes de descendance chinoise *, fut
volé par le Congrès et rendu exécutoire le 5 mai 1893. Cet
acte connu sous le nom de Geary Exclusion Act, était en con-
tradiction avec les termes des trailés existants. Le colonel
Denby, minisire dos Élals-Unis à Pé King, donna communi-
cation de l'acte au gouvcrnemenl chinois le /| juillet 1892;
je ne puis dire que le choix de la date de la fêle nationale de
son pa>s pour la remise d'un pareil document, fut une
marque de lacl de la part du diplomate américain. Le Tsoung-
li Yamen prolesla' dans des termes très dignes contre des
mesures qu'il considérait avec juste raison comme oppressi-
ves. Le i5 mai i(S93, la Cour suprême de Washington,
malgré Topposilion des juges Hrewer et Field et du « Chief
Justice )) Euller, déclara que le Geary Act était une mesure
1. Voir II, p. iGi.
2. An Acl lo |)roliibit liic comi ng of (ihiiicsc pcrsons into thc United
S ta les
3. Voir la Iraduction anglaise tlo celle protoslalion dans le Norlh-
China Herald, mj mai 189^, p. 720-1.
■
«
* • *
•
MEURTRE DE MISSIOISNAIRES SUÉDetS'- lOI
• •
constilulionnclle, mais que néanmoins clic nc'se/ail pas mise
à exécution « pour manque de fonds ». Celait sqfnà jdoute
une échappatoire et une excuse pour sortir de la faus^* ppsi-
lîon dans laquelle se seraient trouvés les Américains en Chine
si les clauses de l'acte avaient été mises à exécution. '-}
• - -
MEURTRE DE MISSIONNAIRES SUÉDOIS, 1®** JUH.LET iSgS
Une grave affaire de mission allait de nouveau mettre en
mouvement le corps diplomatique de Pé-King. Des mission-
naires protestants suédois, arrivés d'Amérique, étaient venus
s'établir quelques années auparavant sur les bords du Yang-
tseu, dans la province de Hou-Pé. Ils avaient visité pour la
première fois le district de Soung-pou en 1890 ; durant Tau-
tomne de 1892, deux d'entre eux s'établirent pendant quel-
que temps dans la ville de Ma-tch'eng, à 2^ ou 25 kilomètres
de Soung-pou, puis en 1893, par l'intermédiaire d'un lettré
indigène Li, ils essayèrent d'acheter un terrain. Li et son
compagnon Tchen furent arrêtés par ordre du magistrat et
chassés de la ville. Après le nouvel an chinois de 1898,
MM. Wikholm et Lindstrom furent envoyés à Ho-kia pou,
près de Soung-pou ; l'hostilité de la [)opulation contre les nou-
veaux venus ne tarda pas à éclater ; des placards incendiaires
étaient apposés sur les murs par deux énergumènes kiu Tsi-
ho et Li Kia-tchang. Enfin le i®*" juillet 1898, à 8 heures du
matin, des bandes excitées par Li Kia-lchang arrivent à Ilo-
kia pou ; les missionnaires se réfugient dans un grenier, mais
ils en sont délogés et pourchassés de maison en maison ; à
midi, Wikholm tombe épuisé par cinquante-cinq blessures
dont six sont mortelles ; son compagnon Johansson est percé
de vingt-cinq coups dont plusieurs mortels. Tout est iini à
deux heures de l'après-midi.
L'enquî^te ouverte sur place par deux confrères des mal-
heureux missionnaires, MM. Archibald et Lund, ne laisse
é
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lOa . /••• LES ANISÉES 1892-1893
aucun dotife sur la culpabilité de Li Kia>tchang et de Koung
Miao-tsi.*>
• • •
he% juillet, le vice-roi Tchang Tchi-toung télégcaphiait
au Yïimen pour lui annoncer le massacre des deux mission-
.•/SfCaîres ; ordre lui était donné de faire une enquête et d'agir
'*. en conséquence. Le 1 1 juillet, M. Cari Bock, Consul général
de Suède à Chang-Haï, arrivait à Wou-tch'ang, voyait le
vice-roi qui lui déclarait que le magistrat de Ma- tch'eng avait,
à de nombreuses reprises, demandé au tao-tai de Han-keou
de presser les missionnaires de se retirer de Soung-pou où la
population leur était bostile et que ces derniers avaient refusé
d'obéir.
Le 9 août 1893, le colonel Denby, comme doyen du
corps diplomatique, réclame du \amen le châtiment des
meurtriers des deux missionnaires suédois Otto F. Wikholra
et A. D. Johansson, tués le i®*" juillet à H o-kia-pou, village
dans le voisinage de Soung-pou, après avoir été pourchassés
par la foule de maison en maison.
Le i4, les membres du Yamen répondent au colonel
Denby ; ils disaient que, du petit au grand, les fonction-
naires du Ilou-l^é avaient rempli leur devoir dans la circon-
stance, que par conséquent ceux-ci ne pouvaient être blâmés
et ils prétendaient que si les missionnaires avaient été mas-
sacrés ils s'étaient attiré eux-mêmes la fureur [lopulaire en
faisant arrêter par des gens de leur escorte et diriger sur la
ville voisine quatre campagnards qui, le matin même de
l'attentat, s'étaient présentes à la maison qu'ils habitaient et
avaient demandé à la visiter*. Appréhendés traîtreusement
par des gens d'escorte des deux missionnaires, ils auraient été
entraînés par une porte de derrière vers la ville. Quand les
villageois les réclamèrent, on ne put les trouver, ce qui fit
penser qu'ils étaient morts ; la foule devint excitée, commença
I. A rapprocher (lu décrcl impérial du i3 juio 1891, p. 67.
MEURTRE DE MISSIONNAIRES SUÉDOIS Io3
à jeter des pierres et massacrer les missionnaires. C'était un
odieux mensonge; les Suédois étaient trop pauvres pour s'offrir
le luxe d'une escorte. Le 2 septembre, le colonel Denby,sans
vouloir se mêler d'une question qui devait être traitée par le
Consul général de Suède et Norvège, M. Cari Bock, consi-
dérant la solidarité des étrangers, réclama à nouveau le châ-
timent des fonctionnaires de Soung-pou qui n'avaient pas
rempli leur devoir, ainsi que des auteurs de l'attentat. Le 7
septembre, le Yamen faisait une réponse plus favorable ; il
parlait d'ordres donnés pour que l'affaire fût suivie avec soin
par le vice-roi des deux IIou et n'osait plus prétendre, comme
il l'avait fait, que les représentants étrangers n'ont pas à
s'immiscer dans une question qui ne regardait que les gou-
vernements chinois et suédois.
M. Bock avait présenté au vice-roi Tchang, de la part de
son gouvernement, quatre demandes relativement au meurtre
des deux missionnaires protestants et accordait quatre mois
pour y satisfaire : 1° le châtiment des meurtriers; 2® une
indemnité de 75 000 piastres pour les familles ; 3° la puni-
tion du mandarin de Ma Ich'eng, dans la sous-préfecture du-
quel est situé Soung-pou ; /|° la réintégration des mission-
naires suédois dans cette localité. M. Bock, approuvé par
son gouvernement, avertit le colonel Denby qu'il se propo-
sait de se rendre le 20 novembre à Ilan-keou pour arranger
l'affaire et que s'il ne réussissait pas, il la placerait entre les
mains du corps diplomatique; par suite, le 10 novembre,
M. Denby écrivait au Yamen pour qu'il télégraphiâta Tchang
Tchi-toung de régler l'affaire pendant le séjour de M. Bock,
à Ilan-keou. M. Bock était d'ailleurs disposé à écarter les
demandes 2 et 3 pour terminer plus vite.
Les deux missionnaires Archibald et Lund, accompagnés
de quatre Chinois non chrétiens de Soung-pou, dont les frais
de voyage avaient été couverts par une souscription des
étrangers de Chang-ïlaï, arrivèrent à Pé-King pour
I04 LES ANNÉES iSqS-iSqS
accuser les mandarins de Ma-lch'eng devant les auto-
rités supérieures.
A. la fin de janvier 189^, M. Bock donnait communica-
tion au colonel Denby d'une dépêche du vice-roi Tchang, du
i3 décembre 1898, ratifiant, en quelque sorte, Tenten te inter-
venue entre le consul général de Suède et le Tao-taï de Ilan-
keou, dans les conditions suivantes :
1° Deux indigènes sont condamnes à la peine de mort par
strangulation : le premier, Li Kau-pan, aurait poursuivi
M. Wikholm sur les toits par lesquels il cherchait h fuir, l'au-
rait précipité sur la voie publique, cl lui aurait porté, avec un
instrument de bois, un premier coup après lequel le malheureux
missionnaire a été lue par la foule : le deuxième, Chu Sien-foh,
aurait également poursuivi, de son côté, sur les toits, M. Jo-
hansson, Ten aurait fait tomber d'un coup de pied, et l'aurait
ensuite frappé avec la foule, jus(ju'à ce qu'il expirât.
2** Deux autres indigènes, Li Foh-ya et Liu Yu-cheng sont
condamnés à recevoir cent coups d'un instrument en bois, à être
enchaînés pendant cinq ans à une lige de fer scellée dans un
socle en pierre et à être marqués au visage de deux lettres chi-
noises caractérisant leur méfait, pour avoir dérobé des objets
dans la maison incendiée des missionnaires (h laquelle, d'après
l'autorité chinoise, ceux-ci auraient mis le feu eux-mêmes).
3° Cinq indi\idus reçoivent quatre-vingts coups de bambou et
sont mis à la cangue pendant un mois pour avoir pénétré avec
la foule dans la maison dos missionnaires, et avoir été ainsi les
instigateurs de la bagarre.
A" Des missionnaires Suédois pourront retourner à Soung-pou
dans vingt mois, ce délai, dit le Vice-Uoi, étant nécessaire aux
Autorités Chinoises pour préparer, par leurs exhortations, les ha-
bitants de cette localité à les recevoir amicalement ; mais si à
l'expiration des vingt mois, les dispositions de la population ne
semblent pas encore suilisammenl favorables, le tao-taï des
Douanes en avisera oniciellemcnl (le Consul) et les mission-
naires devront de nouveau attendre que l'intervention des man-
darins pour leur concilier le peuple ait fait son œuvre.
5** Une indemnité de Sa 000 laëls est accordée : elle se décom-
pose altisi : 10 000 taëls pour la vie de chacun des missionnaires,
MEURTRE DE MISSIONNAIRES SUÉDOIS Io5
et 1 2 ooo lacis pour la destruction de leurs eflcts, de leur mobi-
lier, livres, etc.
M. Bock, qui n'avait pas été autorisé à assistera Tintcr-
rogatoire dos Chinois incriminés, se déclara satisfait des con-
ditions de cet arrangement, quoique des comparses seule-
ment eussent été exécutés. 11 avait hâte dVn finir ainsi que
son gouvernement ; il préféra enterrer TalTairc plutôt que
d'avoir recours au corps diplomatique.
Les missionnaires suédois, V. VaIw. Lund et K. V Lind-
strom, adressèrent le 'Ji 4 janvier 189^, au corps diplomatique
une pétition pour protester contre TarrangementdeM. Bock.
Le corps diplomatique se réunit pour examiner cette péti-
tion, mais il jugea, avec juste raison, qu'il n'y avait pas lieu
pour lui de revenir sur les conditions d'un arrangement accepté
par l'agent suédois et son gouvernement et qu'il devait môme
s'interdire de formuler à l'égard de cet arrangement aucune
appréciation qui put parvenir à la connaissance du public,
mais il jugea que la situation subsistant dans le Ilou-Kouang,
après les satisfactions très insuflisantes consenties par les
Chinois, lui faisait un devoir de s'adresser au Tsoung-li
Yamen pour le mettre en demeure de prendre inmiédiate-
ment les mesures nécessaires pour la protection elïicacc des
étrangers, missionnaires et autres, la liberté de prédication
et, sans s'immiscer dans l'aflaire de Soung-pou, appeler l'at-
tention et l'intérêt des ministres chinois sur les malheureux
habitants de Soung-pou, qui, pour s'être montrés hospita-
liers envers MM. Wikhohn et Johanns§on ou même pour le
seul fait de ne pas leur avoir témoigné d'hostilité, avaient été
maltraités par les autorités locales, chassés de leurs foyers et
dé][)ouillés de tous leurs biens. Kn conséquence de celte déli-
bération, M. Denbv adressait le 2 février une note au Yamen
qui y répondit d'une façon assez satisfaisante le i3. L'inci-
dent était clos.
CHAPITRE VIII
AFFAIRES DE SIÂM (1893)
La prise de possession du Tong-King, ainsi que le protec-
torat de TAnnam, nous rendaient non seulement voisins de
la Chine, mais aussi du Siam, dont nous étions déjà limi-
trophes par le Cambodge.
RELATIONS DE LA FRANCE AVEC LE SL\M
Le 1 6 août 1856, notre consul à Chang-IIaï, M. de Mon-
ligny, signait à Bangkok un traité de commerce, d'amitié et
de navigation en 2!\ articles, suivi de quatre règlements et
d'un tarif, qui fut ratifié dans la capitale du Siam le 2^ août
iSoy. Nous imitions en cela l'exemple de la Grande-Bretagne
et des Ktats-Unis, exemple qui fut suivi par le Danemark et
l'Allemagne. L'établissement de notre protectorat sur le
Cambodge par le traité d'Ou-dong du ii août i863, allait
modifier notre situation vis-à-vis du Siam.
Par leurs intrigues aussi bien que par les armes, les Sia-
mois avaient su augmenter considérablement leur zone d'in-
fluence ; dans le Laos, ils avaient formé, de l'ancien royaume
de Vieng-Chan, les trois |)elils Etats protégés de Luang-Pra-
bang, de Vieng-Chan et de Bassac.
Le Cambodge se vit à son lour successivement privé : en
1794, des provinces de Baltambang et d'Angkor ; en i8i/|,
de celles de Tonlé-Ropou, de Saac et de Stung-Treng; en
RELATIONS DE LA FRANCE AVEC LE SIAM IO7
i8/i7, de celles de Stung-Por et de Molu-Prey. Aussi les Sia-
mois voyaient-ils d'un très mauvais œil notre influence, sub-
stituée à celle de l'Annam, arrêter leurs entreprises contre le
royaume khmer. Ce|>endantNorodom, toujours faible, malgré
ses engagements avec la France, signait un traité avec le Siam
le i®*^ décembre i863, ratifié en janvier i86/|, qui restait
secret pendant quelques mois et dont les tendances étaient
clairement indiquées dans une note remise par la cour de
Bangkok, le 3 juin 186I, au couronnement du roi du Cam-
bodge, en présence du capitaine de vaisseau Desmoulins, chef
d'tHat-major de l'amiral La (irandière ; le Siam réservait ses
droits à la suzeraineté du Cambodge et à la possession des
provinces de Battambang et d'Angkor et du Laos jusqu'au
Grand-Fleuve. Les difficultés avec le Siam ne furent apla-
nies qu'en 1867.
Une ambassade siamoise à la tête de laquelle se trouvait
Phya-Sura-Wongs-Way-Waddhn, qui était déjà venu
en France en 186 1, lors d'une première ambassade, fut
reçue par Napoléon III, le 12 mai 1867 ; deux mois plus
tard, les ambassadeurs siamois signaient un traité avec la
France.
Le traité, en français et siamois, signé à Paris le 1 5 juillet.
1867, P^** ^^ marquis de Moustier, secrétaire d'Etat
au département des affaires étrangères, pour la France,
et par Pliya-Sura-Wongs-Way-Wat et Phra Kaxa-Scna
pour le Siam, règle « définitivement et d'un commun
accord, la position fi\ite au royaume du Cambodge par suite
du traité conclu à Ou-dong, entre la France et ce royaume,
le II août i863 (vingt septième jour de la lune Assach de
l'année Cor i'i25) » ; le roi de Siam reconnaît notre protec-
torat sur le Cambodge, déclare nul le traité qu'il a conclu
avec cette puissance en décembre i8G3, renonce à recevoir
tout tribut de la part du Cambodge que la France s'engage
à ne pas annexer à ses possessions de Cochincbine ; les pro-
io8
AFFAIRES DE SIAM
vinces de Battambang et d'Angkor (Nakhon-Siemreap) res-
teront au royaume dcSiam.
Les autres clauses de ce traité en neuf articles règlent les
relations entre Siamois et Cambodgiens, etc.
En cédant Battambang et Ang-kor, nous commettions une
faute grave, qui n'a pas été réparée jusqpi'ici. M. Du Chesne
de Bellecourt, Consul général, envoyé en mission extraordi-
naire auprès du roi de Siam, quittait la France le 19 sep-
tembre pour se rendre à Saigon et de là, sur la canonnière
VA larme, à Bangkok, où eut lieu, le 2 4 novembre, l'échange
des ratifications du traité du i5 juillet *.)
EMÎMETEMENTS DES SIAMOIS
Profilant de notre indiflcrcnce, peu à peu les Siamois
envahirent sous divers prétextes les possessions de nos nou-
veaux vassaux et en particulier le Laos annamite.
Sous prétexte de repousser les llos qui avaient envahi et
ravagé le royaume de Luang-Prabang, les Siamois traversè-
rent le Mékong, s'avancèrent vcrsTEst; en 1889, ils étaient
à proximité de Cam Lo, en plein territoire annamite.
« A quelle époque remontent ces empiétements.^ dit
M. Dcvelle, ministre des aflaires étrangères, dans la séance
du 18 juillet 1893, h la Chambre des députés, — je ne veux
pas le rechercher ; il est malheureusement certain que le
silence, l'inaction, je serais presque tenté de dire l'indifférence,
si vous voulez, dont on avait trop longtemps fait preuve,
avaient enhardi à ce point les Siamois que des postes avaient
pu s'installer à ^|0 kilomètres de Hué et que d'autres postes
menaçaient de couper le ïong-king de l'Annam. »
La situation ne pouvait durer plus longtemps ; notre rési-
I. Henri CordicT, dans V Histoire généraloy do Lavisse cl Rambaud,
XI, p. 76i-7(>2.
EMPIÉTEMENTS DES SIAMOIS lOQ
dent à Luang-Prabang, Massie, se suicidait de desespoir,
quand ses cris d'alarme restaient sans écho dans la métro-
pole ; nous avions à craindre que les Siamois, enhardis par
notre inaction, s'avancent jusqu'à la mer et nous barrent la
route mandarine de Hué à Hanoï, ({u'ils menaçaient du côté
de Vinh. 11 devenait urgent de prendre des mesures énergi-
ques pour arrêter les envahisseurs et les expulser des terri-
toires qu'ils occupaient illégitimement.
En exécution des instructions données par M. Delcassé
à M. de Lanessan, gouverneur général de Tlndo-Chine,
M. Bastard, vice-résident de France au Cambodge, accom-
pagné du capitaine ïhoreux et d'un détachement d'environ
180 hommes de troupes indigènes, fortement encadrées d'élé-
ments européens, occupa, sans coup férir, Stung-treng(I''^^vril
1893), où il laissa une garnison avec le lieutenant Moreau,
et Khône (/| avril). Lors de la révolte de Si-Votha, frère
du roi du Cambodge, Norodom (188/1-1885), nous avions
él<ibli un blockhaus à Stung-treng ; ce poste ayant été évacué
j)eu après, les Siamois Toccupèrenl et y installèrent un com-
missaire royal avec vingt-cinq hommes. A notre arrivée, les
Siamois évacuèrent Tîle de Khone ; ils reparurent plus lard
et, le i5 mai, le capiUiine Thoreux fut arrêté traîtreusement
à l'ile de Khone ; il fut gardé plus de deux mois, quoique
l'ordre de le remettre en liberté ait été envoyé de Bangkok
le 4 juin ; le capitaine Thoreux fut recueilli sur les rives du
Grand Lac par le Colibri, chaloupe a vapeur des Messageries
fluviales de Cochinchine et il arriva à Pnom-lVnh, le
23 juillet.
Le résident Luce, ancien capitaine d'artillerie de marine,
qui dirigeait une petite colonne partie de Yinh, qui opérait
dans la région de Cam-mon, désarma, le 22 mai, le man-
darin siamois qui, pendant plusieurs jours, avait refusé de
quitter volontairement le poste de Cam-mon et s'obstinait à
maintenir son pavillon hissé en face du drapeau français. Le
ÎIO AFFAIRES DE SIAM
mandarin siamois qui n'avait fait aucune résistance prit, le
25, la route du Mékong, par Kienkec et Houtène, escorté par
rinspecteur de la milice indigène G rosgurin et vingt hommes ;
celui-ci, malade, dut s'aliter dans le village de Kien-kec ;
quelque temps après, une troupe de 200 Siamois armés arriva
d'Houtène. Le mandarin siamois, suivi de trois officiers de
celle troupe, demanda à Grosgurin un entretien. Les mili-
ciens de Tescorle voulurent prendre leurs armes, mais Gros-
gurin le leur défendit, disant que les Siamois venaient, non
pour sebatlre, mais pour s'entretenir avec lui. Cependant, à
peine entré et après avoir adressé quelques mots à Grosgu-
rin, le mandarin, dirigeant son revolver sur ce dernier, le
tua d'un coupa la tête *. En entendant le coup de revolver,
ce qui était sans doute le signal convenu, les Siamois se
jetèrent sur les armes des miliciens et en assassinèrent dix-
sept, les trois autres ayant pu s'échapper et regagner le poste
français, h Cam-mon, où ils rapportèrent ces détails qui con-
cordaient pleinement, d'ailleurs, avec le récit fait par les
habitants.
Les Siamois essayèrent d'abord de rejeter le meurtre de
Grosgurin sur les Laotiens, puis ils prétendirent que le mal-
heureux Français n'avait ])as été assassiné, mais qu'un combat
régulier avait eu lieu, dans lequel plusieurs hommes avaient
été tués des deux c<^tés.
Par suite, le ministre de la Marine donnait au contre-
amiral Ilumann, commandant Tescadre, l'ordre de faire route à
destination des cotes de Siam avec le cuirassé de croisière
I. (îrosgiirin ('lail âgé de 39 ans; fils d'un insjioctour des douanes en
résidence h Jeumonl, dans le Nord, il s'engagea à 18 ans et sorlit de
Saint-Maixenl en 1887 avec le grade do sous-lieutenant. Après avoir àié
incorpora aux tirailleurs annamiles, au moment de la rentrée réglemen-
taire, en France, en 1890, il obtint de rester au Tong-King, avec le titre
d'inspecteur <le la garde ci\ile indigène.
Télégramme'de M. de Lanessan, llaïphong, 25 juin.
M. LE MYRE DE VILERS I f î
Triomphante y Taviso de i '• classe Inconstant et la canonnière
Comète, pour appuyer, de la mer, l'action des canonnières
dans le Mékong dans le cas où les hostilités seraient déclarées.
Le i3 juin, nous occupions Tîle Samit, sur la rive orien-
tale du golfe de Siam, à mi-chemin à peu près des embou-
chures du Mékong et du Ménam. C'était à quelque distance
au Nord de cette île que devait aboutir la frontière siamo-
cfimbodgiennc telle qu'elle résultait du traité de 1867; ^^^^^
aucune délimitation effective n'avait jamais été failc sur le
lorrain, de sorte que les Siamois s'étaient crus autorisés, dans
les derniers temps, à revendiquer la possession de colie île
et de Tcxcellent mouillage qu'elle forme avec la presqu'île
Samit.
Les 17 et 18 juin, nous occupions, sans incident, les îles
Co-Rong et Rong-Salem, dans la baie de Kompong-Som, à
l'Est du mouillage de Samit.
Une autre colonne, sous les ordres de M. du Fresnil, vice-
résident, opérait sur la route de Hué à Kemmarat, sur le
Mékong, par la route de Cam-Lo, Ai-Lao et la vallée du
Sé-Bang-llien. Le 29 avril, M. du Fresnil occupait IIo-
sang, le poste siamois le plus avancé de la région et les
Siamois se retiraient par la route de Muong Dinh au Mékong ;
le 26 mai, le vice-résident Dubreuil arrivait au confluent du
Sé-Bang-Hien et du Mékong, en face de Kemmarat ; nous
étions alors maîtres de tous les postes que les Siamois occu-
paient entre Cam-Lo et Kemmarat, sur la rive gauche du
Mékong, à la hauteur de Tourane.
La double action de la France sur le bas Mékong par le
Cambodge d'une part, sur le moyen Mékong par TAnnam
de l'autre avait pleinement réussi.
M. LE MYRE DE VILERS
En juillet 1898, voulant profiter d'un voyage que M. Le
IÎ2 AFFATRES DE SIAM
Myre de Vîlers, député de la Cochînchine française, se pro-
posait de faire à Saigon \ le ministre des affaires étrangères,
M. Jules Develle, confia à l'ancien gouverneur de laCochin-
chine, le soin de le renseigner exactement sur la situation au
Siamet de poursuivre, s'il était possible, le règlement amiable
des questions alors pendantes. Les Siamois, entre autres griefs
que nous avions contre eux, avaient, comme nous Tavons vu,
établi des postes sur la rive gauche du Mékong, au mépris des
droils-du Cambodge et de TAnnam ; d'autre part nous avions
demandé satisfaction pour l'insulte faite à notre drapeau, à
Tong-\iong-Kliam, pour les mauvais traitements et l'expul-
sion dont deux de nos compatriotes, MM. Ksquilat et Cham-
penois, avaient été l'objet, en 1892, à lloutène, pour les
vexations infligées à un autre Français, M. Raraton, pourTen-
lèvement par surprise du capitaine Thoreux, enfin pour l'as-
sassinat par le mandarin siamois de Cam-mon, de l'inspecteur
Cirosgurin, suivi du massacre d'un certain nombre de nos
miliciens. En conséquence, le 7 juillet, M. Carnot, prési-
dent de la République, signait des lettres, contresignées par
M. Develle, nommait et constituait M. Charles Le Myre de
Vilors, député, ministre plénipotentiaire de i'"'* classe, grand
Ollicier de l'ordre national de la Légion d'honneur, etc., pléni-
potentiairedu gouvernementdela République, afin de négocier,
conclure et signer, avec le ou les plénipotentiaires du roi de
Siam, munis de pleins pouvoirs, en bonne forme, tels Traité,
Convention, Vrrangemenl ou autres actes quelconques qui
seraient de nature à amener le résultat poursuivi dans l'in-
térêt des deux pays.
Les instructions remises (8 juillet 189,3)^, à M. Le Myre
de Vilers, qui quitta Marseille le 10 juillet, portaient :
I. M. Lo Mvre de Vilers a olo rôélu député de la Cochincliine te
•AO aoiil 1898.
•2. Minislrrc des Virairos élrangèrcs — Docuiiienls diploinaliques —
Affaires de Siam. — l*aris, Imp. nat., 1893, in-fol.
M. LE MYRE DE VILERS Il3
En présence des derniers événemenls survenus dans la vallée
du Mékong el de l'atlilude prise à notre é«i[ard par le f^ouverne-
menl siamois, le (iouvernement de la Hépublicpie a pensé (pi'il
y aurait intérêt à |)roliler du vova^e (pie \ous >ous propose/ de
faire à Saigon, |)our vous confier le sf)in de |K)ursuivre, s'il est
|)ossible, le règlement amiable des questions aciuellement pen-
dantes.
Il a, en conséquence, après en avoir conféré avec vous, décidé
de \ous envoyer à cet elTet, à Bangkok, en mission extraordi-
naire, et vous trouverez sous ce pli les lettres qui vous accrédi-
tent auprès du Roi de Siam avec les |)ouvoirs les plus étendus.
Des ordres vont être donnés pour «prun bAtiment de guerre
vous attende à Singapore, d'où il \ous conduira immédiatement
à Bangkok.
Comme vous le savez, nos revendications h l'égard du Siam
sont de deux sortes. D'une part, nous avons mis le Gouverne-
ment siamois en demeure de retirer les postes qu'il avait établis
sur la rive gauclie du Mékong au mé|)ris des droits du Cam-
bodge et de l'Annam. D'autre part, nous avons demandé salis-
faction ]X)ur l'insulte faite à notre drapeau à Tong-Xieng-Kliam,
pour les mauvais traitements et l'expulsion dont deux de nos
compatriotes, MM. Escjuilat et Cliampenois, ont été l'objet
l'année dernière à lïoutène, pour les vexations infligées à un
autre Français, M. Baraton, pour l'enlèvement par surprise du
capitaine Thoreux, enfin pour l'assassinat par le mandarin
siamois de Cam-mon de Tinspecteur Grosgurin, suivi du mas-
sacre d'un certain nombre de nos miliciens. Les démarcbes
pressantes faites à ce sujet par notre Représentant au Siam sont
demeurées jus<{u'à présent sans eflet, et nous n'avons pu obtenir
de la cour de liangkok que des réponses dilatoires.
Vous aurez donc à réclamer du Gouvernement siamois: i" la
reconnaissance de nos revendications territoriales sur la rive
gauche du Mékong ; a» les réparations dues pour les incidents
que je viens de rappeler, ainsi que le payement d'une indemnité.
Au cas où le Gouvernement siamois se refuserait à faire droit
à ces diverses demandes, vous devriez, à l 'expiration du délai
que vous auriez fixé, amener le pavillon et quitter Bangkok avec
le personnel du Consulat général et les navires de guerre français
qui se trouveraient dans le port. Vous aviseriez immédiatement
le Commandant de la Division Navale qui procéderait sans
retard à la notification et à l'établissement du blocus.
CORDISR. III. — 8
Il4 AFFAIRES DE SIAM
Je ni*cmprcssc, d*aillours, d'ajouter que Je Gouvernement
consor\o Tespoir qu'il ne sera pas iiéeessaire de recourir à des
mesures de coercition, et qu'il compte sur votre tact et votre
fermeté pour amener la cour de Bangkok a donner satisfaction à
nos légitimes revendications.
11 n'est jamais, vous le savez, entré dans notre pensée de
j)orler atteinte à rindé|)endance du Siain. Vous pourrez, si vous
le jugez utile, vous expliquer nettement à cet égard avec la Cour
de Hangkok et vous attacher à dissiper les craintes qu'elle aurait
pu concevoir sur nos intentions. J'appelle, d'ailleurs, votre
attention sur l'intérêt qui s'attache à ce que, dans les pourpar-
lers que vous aurez à suivre à Bangkok, vous vous refusiez caté-
goriquement à entrer en rap|)ort a\ec d'autres |x»rsonnes que le
Roi ou ses Ministres et repoussiez l'interxeiition des conseillers
étrangers.
Je vous serais reconnaissant de me tenir très exactement au
courant, par le télégraphe, de la marche des j)ourparlcrs * .
Le 8 juillet, M. Dcvelle écrivait à M. Pavie :
Le Gonvernemenl anglais ayant résolu d'envoyer plusieurs
hâtiments de guern» à Bangkok, en vue de protéger ses natio-
naux, nous avons décidé de renforcer nos forces navales. Veuillez
annoncer au (jou\crnemenl siamois l'arrivée de navires qui
rejoindront le Lutin, en précisant qu'il s'agit exclusivement
d'une mesure identique aux disiM>sitions dont l'Angleterre et
d'autres pays ont pris l'initiative. II est, d'ailleurs, entendu
(ju'on ne devra engager aucune hostilité sims qu'il nous en ait
été référé, sauf le c^is où noshAtiments seraient attaqués et forcés
ainsi de répondre au feu de l'ennemi.
Le gouvernement siamois répondit (ii juillet), qu'il
n'avait reçu du gouvernement anglais aucune notification de
son intention d'envoyer, dans le Ménain, \\ï\ autre bAtinicnt
que la canonnière qui s'y trouvait acliiellenient dans les
mômes conditions que le Lutin et qu'il pensait que la France
n'insisterait pas j)our envoyer un second navire dans le
I. Livre j au HP, p. a.
M. LE MYRE DE VILERS I l5
fleuve. M. Dcvclle répliquait (i3 juillet) que la France se
réservait d'user, à sa convenance, des droits formels qu'elle
tenait de l'article i5 du traité de i856.
L'article i5 du traitédu i5 août i85G, signé avecIeSiam,
à Bangkok, par M. de Montigny, porte :
Les bAtiinents de guerre français pourront pénétrer dans le
fleuve et jeter l'ancre à Paknain. mais ils devront avertir l'auto-
rité siamoise pour remonter jusqu'à Bangkok, et s'entendre avec
elle relativement h l'endroit où ils pourront mouiller.
Le 12 juillet, le gouvernement siamois déclarait à M. Pavie
qu'il persistait dans son refus délaisser remonter nos navires
dans le Mé-Nam et que dans les circonstances présentes, il
ne pouvait consentir à ce que chaque puissance aitplusd'un
batenu dans la rivière.
« Fallait-il passer outre? demandait M. Develle, dans la
séance de la Chambre du i8 juillet. Fallait-il, au moment où
nous pouvions espérer qu'il serait possible d'obtenir un arran-
gement de nature à nous donner toute satisfaction, nous
exposer à un conflit devant la ville même que nous n'avions
pas voulu attaquer? Le gouvernement ne l'a pas pensé.
L'amiral Humann, prévenu par M. Pavie, ne l'avait pas
pensé davantage. Et alors, tout en réservant de la façon la
plus formelle les droits que nous tenons du traité de i856,
tout en déclarant que nous entendions nous en servir à notre
heure et à notre convenance, nous avons en même temps
envoyé des instructions à nos navires en leur disant de ne
pas passer la barre avant nouvel avis. Les communications
télégraphiques sont si irrégulières, si incertaines, si lentesavec
Bangkok, que ces télégrammes ne sont pas arrivés à temps. »
« Cependant, continuait notre ministre des Afllaires étran-
gères dans cette même séance de la Chambre, le gouverne-
ment siamois savait — M. Pavie le lui avait déclaré — dans
quelles intentions paciGques étaient envoyés nos navires ; il
1l6 AFFAIRES DE SIAM
savait — le ministre de Siam à Paris le lui avait télégra-
phié — que nous avions donné Tordre h nos navires de ne
pas dépasser la barre, et que, par conséquent, si le soir ils
pénétraient dans le fleuve, ils en sortiraient le malin ; il savait
que le traité de i856 n'avait pas élé dénoncé et qu'il Tobli-
geaità laisser monter nos bateaux jusqu'à Paknam. Et cepen-
dant, il a donné l'ordre de recevoir nos navires à coups de
canon, et cet ordre a élé exécuté sans avis préalable ni som-
mation d'aucune sorte. Dès lors, je n'ai pas à rechercher si
les braves commandants de nos navires auraient dû se préoc-
cuper des avis donnés par le ministre de France ou s'ils ne
devaient pas exécuter les ordres qu'ils avaient reçus de leurs
chefs, conformément au Irailé de i836. Je conslale une
chose, c'est qu'ils ont élé, dans cette circonstance, victimes
d'un odieux attenta!, victimes d'une violation du droit des
gens. »
AFFAIHE DE PAK-NAM, l3 .11 ÎLLET iSqS. RÉCIT OFFICIEL
DU MIMSTÈUE DE LA MAU1>E
Le i3 juillet, à quatre heures et demie du soir, Vïnconslanl,
commandé par le capitaine de frégate Bory*, et la Comète, com-
mandée piir le lieutenant de vaisseau Dartige du Fournet^, arri-
vaient devant la barre du Ménam, où la Pallas, croiseur anglais
commandé par le capitaine de vaisseau Mac Leod, et un navire
siamois à roues se trouvaient au mouillage en dehors de la barre,
ainsi que le J.-B. Say, petit navire des Messageries fluviales de
Cocliinchinc, faisant le service entre Saigon et Bangkok et qui
attendait la marée pour entrer.
Pendant que V Inconstant envoyait sa vedette sonder sur la barre
avec l'enseigne de vaisseau Houard, un oflicier de la Pallas se
I . Victor Rory, capitaine de frégate.
a. Louis liené-Charles- Marie Dartige du Fournct, lieutenant de vais-
seau ; inscrit d'oHice au tableau d*avancement par décision du aa juillet
1893.
• *
AFFAIRE DE PAK-NAM II7
rendait à bord de ce navire pour informer le commandant Bory
que M. Pavie, le ministre de France au Siam, et deux ollicicrs
du L(i/m, canonnière franv^ise mouillée devant Bangkok, descen-
daient la rivière et qu'il était inutile de franchir la barre.
Le capitaine de port siamois, d'origine européenne, vint |)rcs-
queen même temps faire une communication identique. Mais sur
le refus de ce fonctionnaire de lui iudi({uer l'heure de la pleine
mer sur la barre, le commandant Bory le congédia.
Peu après, une grande chaloupe à vapeur amena à bord de
ïlnconstant un enseigne de vaisseau du Lutin, porteur d'une
dépèche de l'amiral llumaim prescrivant au commandant Bory,
d'après les instructions reçues de Paris après son départ de Saigon,
de franchir la barre et d'aller mouiller h Paknam, ainsi que le
traite de i85() nous en donnait le droit.
A la vérilé, il avait été expédié de Paris, ultérieurement et
d'après les assurances pacifiques présentées par la légation du
Siam, une autre dépêche donnant avis à nos deux canonnières
de rester provisoirement en dehors de la barre.
Mais les irrégularités et les interruptions apportées par les
Siamois à la transmission de nos dépèches à M. Pavie n'avaient
pas [lermis à ce dernier lélégramme de lui parvenir en temps
utile : c'est ainsi que la responsabilité des événements du 1 3 juillet
apiwrtient tout entière au gouvernement du Siam.
Confiant dans son droit, le commandant Bory se disposa à
exécuter les ordres qu'il venait de recevoir, sans vouloir croire
que les Siamois tenteraient de s'opposer par la force h son passage.
A l'heure de la pleine mer, c'est-à-dire vers six heures et demie,
il mit en marche à lo nœuds et, suivi de la Comète, fit route
vers la barre, l^e J.-B. Say les avait précédés.
A six heures et demie, heure du court crépuscule tropical,
comme les trois navires s'approchaient de la première lK)uée de
la barre, le fort de la pointe Ouest ouvrit brusquement le feu sur
nos canonnières sans autre avertissement.
Après avoir essuyé deux ienx de file des sept pièces de ai cen-
timètres <pii com[X)sent l'armement de ce fort, le commandant
Bory. qui s'était rapidement mis en branlebas de combat et
avait hissé un pavillon en tète de chaque mAt, lit commencer à
riposter à celte inqualifiable agression.
Aux projectiles du fort, qui passèrent tous au-desSusou à l'ar-
rière de nos bâtiments, il fut répondu par des obus à mitraille
destinés à démonter les servants. La grande distance (4ooo me-
ii8
AFFAIRRS DE ftlAM
trcs environ), le peu de visibilité du fort très peu élevé et le
rapide déclin du jour ne permettaient pas un tir plus effectif.
On a su depuis que la garnison du fort siamois avait été assez
éprouvée.
Une victime aussi inattendue que malheureuse des Siamois fut
le J,-B. Say, auquel un projectile ouvrit une voie d*cau qui
Tobligea à aller s'échouer. Ce petit bâtiment, désemparé, vit
déliler à côté de lui Vlnconstant et la Comète, qui continuaient
leur route « aussi fiers «jue s'il s'était agi d'une parade », a dit
dans son langage imagé le capitaine au long cours Castelin,
commandant le J.-B. Say.
Au tournant de la bouée, nos deux canonnières purent recon-
naître, aux dernières lueurs du jour, la nature des obstacles
qu'ils allaient avoir à affronter. A la hauleur du bateau-feu,
situé en dedans de la barre, un barrage avait été constitué, formé
par des jonques, de forts pieux et deux navires en fer coulés, le
tout réuni par des chaînes.
Le passage laissé libre, de quatre-vingts mètres environ, était
^arni de torpilles dont le ])0sle d'inflammation se trouvait sur im
bateau à roues, abrité en dedans du barrage. De plus, en amont,
la ilôt le siamoise se trouvait rangée sur les deux bords du fleuve.
Les bâtiments siamois ou> rirent le feu dès que nos navires
furent en vue. l*our franchir ce redoutable barrage, le comman-
dant Bory estima à juste titre qu'il fallait passer le plus près
possible du bateau-feu, ce qu'il lit en le laissant à quelques
mètres sur sa gauche, tandis qu'une torpille lixe faisait explosion
à une certaine dislance, sur sa droite.
La Comète, qui suivait à 3oo nièlres, passa avec le même
bonheur.
Nos navires eurent alors affaire avec la flotte siamoise, qui les
accueillit au passage par un feu nourri d'artillerie et de mou.sque-
terie ; tous ces navires avaient reçu des troupes ; on en avait
même massé sur des chalands amenés le long des berges et der-
rière des murs crénelés sur les rives ; celte mousqueterie était
armée de fusils Manniicher de 8 millimètres, du modèle le plus
récent.
Les péripéties de ce pelit combat na>al furent très courtes ; le
courant, s'ajoulant à la >ilesse de nos canonnières, leur faisait
rapidement dépasser, à sept heures, les bâtiments siamois dont,
grâce à l'obscurité naissante, le tir fut loin d'être aussi meurtrier
qu'on eût pu s'y attendre.
AFFAIRE DE PAK-NAM IIQ
A bord de Vlnconstant, un obus de 6 centimètres éclatant sur
un bossoir de sa vedette, tua le maître-char|)entier Gucguen et
blessa le gabier Le Gall ; le fourrier Falhun et le matelot de pont
Jean- Jacques furent également atteints par des éclats d'obus ou
de métal... A bord de la Comète, on eut à déplorer la perte de
deux canonniers» Allonge et Jaouen, tué raides à leur pièce de
balles dans la tète.
Quant aux dommages éprouvés, ils se sont bornés a des ava-
ries sans gravité dans le gréement, les embarcations et Taccostil-
lage.
Pendant ce court engagement, V Inconstant donna en passant
un coup d*éperon au i\irbin par tribord derrière ; l'équipage
siamois se précipita alTolé vers l'avant, salué du feu de notre
mousqneterie. tandis qu'un obus éclatait au milieu du navire,
l'obligeant à aller s'échouer de suite, pour éviter de sombrer.
La Coronation et le Rnjah-Kuhman, atteints par nos projectiles et
menaçant de couler, ont également du s'échouer. Le Thoon
Khranon, navire-école, dont étaient parties les salves de mousque-
terie qui tuèrent les deux canonniers de la Comète, reçut aussi
un obus en plein bois.
Dans ces conditions, le commandant Bory n'hésita pas à
remonter jusqu'à Bangkok au lieu de mouiller sous le feu des
canons des forls de Paknam.
A sept heures et demie, Vlnconstant et la Comète passaient à
5oo mètres de l'îlot Paknam et essuyaient pendant cinq minutes
•le feu des forts, mais sans en souffrir.
Les deux navires ont riposté par un feu de file d'obus à la
mclinite qui, bien que très dillicile à diriger, vu leur vitesse et
la nuit qui s'était faite, très sombre et sans lune, a, paraît-il,
produit des dégAts dans les construclions du fort de l'Est.
Depuis Paknam jusqu'à Bangkok, V Inconstant et la Comète
n'ont plus été inquiétés que par quelques coups de fusils isolés,
tirés des rives et, à neuf heures et demie, ils mouillaient auprès
du Lutin, devant la légation de France.
La vedette de Vlnconstant, que l'action engagée sur la barre
avait fait laisser sur rade, regagnait rapidement son navire à
minuit.
Le rapport retrace ensuite les péripHies qui ont accompagne
Péchouage du J.-B. Say *, péripéties racontées par le rapport du
I. Va|)cur de la Compagnie des Messageries fluviales de la Cochin-
I30 AFFAIRES DE SIAM
cajiitaiuc de ce bâtiment. 11 ajoute que Téquipage s'est trouvé,
par suite de ce guct-apens, appelé h prendre part malgré lui à
une action militaire accomplie en violation du droit des gens.
Parmi les marins qui n'appartenaient pas à la marine de
guerre, dit le rapport oiïiciel, il faut signaler aussi et surtout le
capitaine au long cours Giquel, des Messageries fluviales de
Cocliinchine, qui s'est mis s|K)ntanément à la disposition du
commandant liory pour l'aider de sa coimaissance pratique du
Mé-Nam. 11 n'a pas quitté la passerelle de V Inconstant pendant
toute l'action et a montré un sang-froid et un coup d'oeil imper-
turbables. On sait l'elTet produit sur le gouvernement siamois
par ce brillant fait d'armes.
Le Barifjkok Times raconte ainsi Tentrée des navires fran-
çais :
Les canonnières siamoises MaUixt-Rajakamor^ Morata, ISirhin et
Ilaii-Halc-Snhni stationnaient à la barre, le matin du jeudi
1 3 juillet, attendant l'arrivée de l'archiduc François-Ferdinand
d'Autriche ; mais elles étaient réservées à un rôle plus sérieux.
A cinq heures quinze, à un moment on une forte pluie gênait la
vision, on signala deux vaisseaux de guerre.
Connue on attendait l'arrivée de la canonnière anglaise Linnet
et du navire allemand U o//*, on crut tout d'abord qu'il s'agissait *
de ces deux navires. Mais on ne larda pas à être fixé. L'Inconstant
et la Comète arrivaient, pilotés par le Jean-Baptiste-Say .
Comme ils s'approchaient da>antage, le fort de Chula-Chom-
Klao, où commandait le com inodore de Kichelieu, assisté par le
capitaine Von llolck, lira trois décharges à blanc afin de les
avertir : mais, comme ils ne tinrent aucun compte de cet aver-
tissement, le fort tira dans l'avant de V Inconstant, qui, sur le
moment sembla s'arrêter et hésiter.
Mais bientôt l'Inconstant et son compagnon arborèrent les cou-
leurs françaises et ré[)Iiquèrent à la canonnade. Lorsi^jue le fort
chine, qui, en temps ordinaire, faisait le service entre Saïgon cl Bangkok ;
construit en iî^77, à Nantes; ses dimensions étaient : 5o mètres de lon-
gueur, r»'»,0o de largeur et \ mètre» de tirant d'eau ; déjilacemont de
968 tonnes ; machine de ^00 chevaux ; vitesse 10 nœuds et demi.
AFFAIRE DE PAK-NAM 13 1
lira avec tous ses canons dans l'obscurilé ^randissanle, les canon-
nières siamoises se mirent aussi à parler. A ce moment, le vais-
seau pilote, le J.-B. Say, s'arrt^la subitement au milieu du
fleuve près de la bouée : il avait été atteint au-dessous de sa
ligne de flottaison.
Le spectacle était saisissant. Les ténèbres commençanles de la
nuit étaient déchirées de moment en moment par des éclairs
provenant des batteries de la cote et montrant l'ombre beaucoup
plus épaisse des vaisseaux ennemis, avançant de leur mieux. Ni
ïlnconstant ni la Comète ne semblaient trouver leni\eau du fort,
la plupart de leurs boulets passant au-dessus ou au-dessous.
Lorsqu'ils passèrent devant le phare flottant, les Siamois firent
sauter une mine sous-marine; mais les ennemis étaient encore à
distance.
Nos navires continuèrent leur marche au milieu des jon(|ues
coulées préalablement pour barrer le passage.
C'est alors que le Makut-Rajakumor et le Morata bavèrent leurs
ancres et s'avancèrent sur les ennemis. Le commandant Guldberg,
du Maknt-Rnjakumor, se comporta vaillanunent avec son vais-
seau ; l'ingénieur Smart se signala en servant les canons du
Maknt\ il fut jeté par-dessus bord par un màt qui tombait, mais
parvint à s'échapper.
Les destructions opérées par les canons de précision modernes
et à tir rapide des Français démontrent pleinement leur supé-
riorité sur les armes, plus anciemies, des Siamois. Un obus à la
mélinite traversa les parois du Makui et éclata à l'intérieur, cau-
sant la mort de trois hommes et de nombreuses blessures.
Le Moralay commandé par le capitaine (Christ mas, tenta éga-
lement de s'opposer à la marche en avant des vaisseaux français:
mais il fut forcé de reculer et fut atteint par un obus de mélinite
à bâbord, au-dessus de la ligne de flottaison. Les canons du
Morata avaient été mis hors de service par leurs propres décharges.
Le capitaine n'échappa que par miracle à la mort au moment où
il se trouvait sur le |X)nt. La canonnade ne cessa linalement
qu'à sept heures du soir.
Le Commodore de Uichelieu avait donné l'ordre de |M)ursuivrc
les vaisseaux français dans le fleuve quand ils auraient forcé le
passage et de les aborder sans se préoccuper des consé([uences.
Il .se rendit à Bant^kok afin d'aller à bord du Mnhnchakkri cl de
prendre part à cette opération, qui fut contremandée par la direc-
tion des aflaires étrangères.
laa AFFAIRES DE SI\M
RÉCIT d'un TKM01.\ OCULAIRE
Je dois ce récit à l'obligeance d'un de mes amis qui a pris
part à Taffaire de Pak-nam *.
Il y tivait déjà longtemps que nous avions une canonnière,
le Lutin, à Bangkok, à cause de la cpieslion de la frontière Sia-
moise-Cambodgienne, et celte question avait pris un caractère si
aigu, que le bruit courait à Saigon que le Lutin ne pouvait plus
sortir de la rivière siamoise, et il y avait même des gens sérieux
qui le croyaient,
Les Anglais'y avaient aussi une canonnière, le Swift, etils avaient
un croiseur, la /^i/Zn**, devant la barre de l'entrée, pour protéger
les Européens contre une alta([ue des Cliinois : tel était en tous
cas le motif ollicic»! dv la présence de ces navires. Mais comme
les Anglais se préparaient à envoyer de nouveau d'autres navires,
toujoius dans le même but, l'amiral Humann |)ensa qu'il
serait peut être bon d'y avoir aussi quelques navires français.
11 ordonna à VInconstant (Commandant Ikïrv), et à la Comète
(ConuuandanI Darlige du Fournel). de rallier le Lutin et il
prévint les Siamois de la dale de leur arrivée.
Sur la pointe extrême de la ri>ière droite se trouve un fort,
armé de sept canons Armslrong de 17 centimètres : sur l'île de
Paknam se Irouvc un autre fort, armé de treize pièces dont neuf
canons Armslrong de 17 a ii centimètres, et sur la rive gauclie,
il y a aussi (pielques petits forts, qui sont armés d'une vingtaine
de canons.
Comme on le voit sur la carte, il y a très peu d'eau dans la
rivière, et les Siamois ayant coulé un tas de jonques cliargées
de pierres et réunies par des chaînes, le clienal n'avait plus que
200 mètres de large.
En dehors de ce chenal se trouvait une assez grande quan-
tité do torpilles de fond, et en dedans la ilolte siamoise com-
|>osée de neuf navires, dont les plus grands sont leA/a/i«/ (Capit.
(luldherg) et la Corowition (Lient. Chrislmas) respectivement de
800 et de /|5o tonneaux et armés de 8 et de 5 canons. Les na-
vires siamois n'étaient certainement pas de construction récente,
I. Voir le croquis ci-joint.
mais ils étaicnl 9 cnntnr a Frantais. Les
foris au contraire fionl nonvcllcmcnt
construits et il faullospaïst-r àAoo mé-
tros. Enfin, les torpilles et les jonqin»
coiik'es formaieut des obsUicIcs osifoï '
Les d«iix navires français élaient :
L' Inconstant, 4 canonï de i^ cen-
tinièlit-s; 3 canons de 10 ccnliuièlros:
Cca rions n-vol vers;
La Comète, a canons de i/i cenltiiiè-
Irra : a canons de ro cen limé Ires ; A
canons revolvers.
Ce sont d« vieux baleaiix (;n bois
sans aucntic proleclion. nanf }es nins-
ques des raiions ; Hnssi l'on avait prniln
les hamacs verticalement sur les lilièrcs
des tentes pnnr prot^^er nu [>eu les
hommes sur le jioiit contrn le Ton des
petites armes et l'on aiail pi'udn les
chaînes à l'extérieur par le travers îles
Nos deux kaleaut arrivaient devant
la barre à ^ heures ,'io du'soir.'el la
l'atlan envova aus.sitàt un ollîcier à bord
de VInconstnnt pour provenir le Com-
mandant ilor)- ipie le uiinistre fran^-nis
à Bangkok. M. Pavie. ne voulait pas
(pi'il remonlAt ta rivitrc, niais le com-
mandant Bory n'avait pas le teni|w de
recevoir l'oiricier anglais.
l'eu après, arrivait nu ollicïer du
Lutin avec des diîpôclies de M. l'avie.
mais il V en avait une telle <|uanlilé
que le Commandant Uorv hii réiMiiidit
qu'il n'avait gias le lom]M de lire main-
tenant toutes ces pa|>erasses : paruLÎ
elles se troutait un onlrc^l'orinel nu
commandant de rester en dehors de la
Ne connaissant pas la rivière, ce der-
\2\ AFFXIUES DE SIAM
nier avail coriiiiie pilolc l(* capitaine du J. B. Say, un petit va-
peur, (|ui a fait pendant huit ans le voyage de Saïfçon à Bangkok.
Ce bateau montait en tète de la force, car il y avait un second
capitaine à bord et de plus un |)ilole de la rivière.
Vers 5 heures /j5, on se mit en route pour la barre. Quand
nos deux bateaux furent à fi milles du fort, celui-ci tira deux
cou|)s à blanc, mais comme ils n'avaient fait aucun effet, il
envoya un projectile sur l'avant du ./. li. Say. Un second obus
éclata sur le bossoir de V Inconstant et un éclat tua le maître
charpentier.
Voyant alors qu'on était décidé à défendre le passage, le
Commandant Hory rappela aux postes de combat et hissa le
signal : Suivez-moi ; le petit pavois fut hissé, et les deux bateaux
continuèrent leur route tout en ripostai nt très vivement au fort.
Celui-ci recevait pas mal d'obus à la mélinite, malheureusement
tous n'éclataient pas, (juelques-uns, disait-on, étant trop vieux.
Les obus siamois passaient prestjue tous au-dessus de nos
bateaux; l'un d'eux lit un trou dans la coque du J. B. Say, qui
dut se mettre sur la ri\e gauche [X)ur ne pas couler.
Les navires siamois commencèrent aussi h tirer, mais leurs
canons étant mal pointés, les Siamois furent obligés de quitter
leurs pièces, à mesure (|ue nos deux bateaux s'approchaient, car
nos canons-revolvers balavaient leurs ponts.
Quand V Inconstant et la Comète eurent franchi les jonques, le
Maknt et la Coronation appareillèrent, sans doute pour mieux
servir leurs pièces, mais le premier fut criblé d'une bordée à
bout portant, et le second faillit être coulé par Vlnconsiant. Au
dernier moment, le Conunandant Borv changea d'avis, passa au
ras du gui de la Coronation et en l'enlilant. lui envoya (juelques
bons obus à mitraille - de la sorte, les deux Siamois ne furent
plus capables de le suivre.
()uant aux torpilles, il v en eut une (pii sauta au moment du
passage, mais à une distance de :i()o mètres de Vlnconsiant ; il
parait ([ue l'on a\ait coupé les conduits, de sorte que les autres
tor[)illes ne fonctionnèrent pas. La nuit ne permettait pas
heureusement au fort de Paknam de voir nos bateaux à une
grande dislanci', tandis (pie nous le voyions très bien, aussi pen-
dan1 que les obus siamois tombaient à l'eau, les nôtres faisaient
un véritable déi^At dans U* fort. — Je \i(Mis de lire dans un
journal de Hong Kong (jue Madame Christmas, qui se trouvait
dans le fort, a failli être tuée a>ec sa lille.
ULTIMATUM I a5
Mais les timillenrs siamois, qui olaienl caclirs dans les brous-
sailles le long de la l)erp;e, avaient an contraire très beau jeu :
ils tiraient sur nos bateaux |)res(jue à bout |)ortant et nous
eûmes bientôt à re^^^-etter la perte de deux canonniers tués à
bord de la Comète : Vliwonslant eut deux blessés.
Les Siamois a> aient aj tués et Mj blessés, et deux de leurs
navires dans un état pitoyable (l'un deux faillit couler dans la
nuit à cause d'un grand trou dans la flottaison). C'eut été, sans
aucun doute, cliosc facile de détruire toute la flotte et même les
forts, dont le front Nord n'est pas protégé, mais comme le but
d'aller à Bangkok était atteint, le Commandant Bory continua
tranquillement sa route et V Inconstant et la Comète mouillèrent
en face de la Légation de France, à lo beures.
Le lendemain malin eut lieu une conférence. Le Comman-
dant Bory voulait continuer et surtout faire couler le nouveau
croiseur siamois Afaha Chakkri, qui avait été tout le temps
amarré en face du palais du roi, paré à embarquer son trésor et
ses femmes, tandis que M. Fa vie était de l'avis qu'on avait déjà
assez fait. Tout le monde regretta sincèrement cette décision,
car un jour ou l'autre, il faudra recommencer.
Les deux commandants Bory et Dartige du Fournet ont été
portés sur le tableau d'avancement et l'on a promis la croix au
brave capitaine Giquel, qui a si bien piloté ï Inconstant. Le
For/îïi/ est arrivé le i4 juillet à lo b. du matin, mais il a dû
rester devant la barre à cause de son grand tirant d'eau.
Quand l'ultimatum eut été refusé par les Siamois, M. Pavic
quitta Bangkok le a6 avec les trois navires et le blocus fut
déclaré ; l'Amiral arriva au golfe de Siam avec le reste de la
division et encore quelques navires armés à Saigon, de sorte
que nous finissons par avoir une escadre de 9 navires et a
tor|)illeurs de seconde classe. En outre le Papin est arrivé de
France, sans toutefois rallier l'escadre.
Devant ces préparatifs, les Siamois ont dû céder, et le a août,
on a reçu un télégramme de Paris, disant que l'ultimatum
avait été accepté.
L'amiral va probablement arriver ici avec l'escadre vers le 1 5 août.
ULTIMATUM, 20 JUILLET
M. Deveilc envoyait à M. Pavic la lettre suivante conte-
ISG AFFAIRES DE SIAM
nant les termes de ruilimatum que celui-ci devait remettre
au gouvernement siamois :
Paris, le 19 juillet iSgS.
Nous sommes aujourd'hui en mesure d'apprécier la gravité
des récents incidents et les responsabilités nouvelles qui sont
venues s'ajouter h celles que le Gouvernement siamois avait
déjà encourues vis-à-vis de nous. Nous étions en droit de penser
(jue la Cour de Bangkok serait la première à se rendre compte
de cette situation. Vos dernières dé[>éches indiquent au contraire
que Ton persiste au Siam dans l'attitude dilatoire opposée
jusqu'ici à nos légitimes revendications et que nous ne saurions
tolérer plus longtemps.
Veuillez vous rendre immédiatement au|)rès du prince
Dcvawongse. Vous lui signalerez ime dernière fois les consé-
quences auxquelles son Gouvernement — dont nous n'entendons,
d'ailleurs, à aucun degré menacer l'indépendance, — s'exposerait
en ne nous accordant pas immédiatement satisfaction. Enfin,
vous lui remettrez une communication ainsi conçue :
« Le Gouvernement français exige :
1** La reconnaissance formelle par le Siam des droits de l'Em-
pire d'Anriam cl du Royaume de Cambodge sur la rive gauche
du Mékong, et sur ses îles ;
2" L'évacuation des j)ostes siamois établis sur la rive gauche du
Mékong, dans un délai qui ne jK)urra excéder im mois ;
3" Les satisfaclions que com[K)rtent les incidents de Tong-
Xieng-Kham et de Cam-Mon et les agressions dont nos navires
et nos marins onl été l'objet dans la rivière du Ménam :
l\^ [jQ châtiment des coupables et les réparations pt»cuniaires
due^s aux familles des victimes :
5" Lue indemnité de deux millions de francs pour les divers
dommages causés à nos nationaux ;
G° Le dépôt immédiat d'une somme de trois millions de francs
en piastres j>our garantir ces réparations pécuniaires et ces
indemnités, ou. à défaut, la remise à titre de gage de la percep-
tion des fermes et revenus des provinces de Battambang et de
Siem-Ueap.
Le Gouvernement siamois devra faire connaître dans un
délai de (juarante-huit heures s'il accepte ces conditions. Dans ce
cas, l'accord sera constaté par un écliangc de lettres entre le
Prince Devawongse et le Ministre de France.
ULTIMATUM 12']
A défaut do réponse, ou en cas de refus, a l'expiration dudit
délai, le Ministre de France quitlera Bangkok et se retirera à
bord du Forfait.
Le blocus sera inimédiatenienl déclaré sur les côtes du Siam.
Si dans le trajet de Bangkok à la barre un acte bostile se pro-
duit contre nos canonnières, le Gouvernement siamois est avisé
qu'il s'expose à des représailles inunédidtes. »
Si vous n'avez jxis reçu une réponse satisfaisante dans les
formes expresses indiquées |)lus haut, à rex|)iration du délai de
quarante-huit heures, vous rejoindrez le Forfait avec les trois
canonnières après avoir prévenu l'amiral Ilumann, qui reçoit de
son côté les instructions nécessaires.
J'ai la confiance que votre expérience et votre dévouement
vous permettront de vous acquitter de votre mission dans les
conditions les plus propres à ménager tous les intérêts (pii se
recommandent à notre sollicitude dans les circonstances actuelles.
J . Dkvelle ' .
L'ultimatum était remis le 20 juillet parM. Pavic. Le 23,
notre ministrcà Bangkok , n'ayant pas reçu satisfaction, remet-
tait la protection des intérêts français au consul général des
Pays-Bas, M.Keun de Hoogewoerd, amenait son pavillon et
quittait Bangkok le 26 juillet.
Le 29 juillet, le prince Vadhana, ministre de Siam h Paris,
se présentait le matin chez M. Devellc, ministre des afiiûrcs
étrangères et lui faisait savoir que le gouvernement du Siam,
en présence des mesures décidées par la France, acceptait
sans restrictions ni réserves Tultimatum du 20 juillet ; le
même jour, le prince Vadhana confirmait sa communication
verbale par la lettre suivante :
Mon Auguste Souverain, S. M. le Roi de Siam, ayant, avec
de sincères regrets, constaté que la réponse faite par son Ciouver-
nement à la Note comminatoire du -jo juillet dernier et aux
conditions à lui inqx)sées par celle-ci fut considérée conmie ne
donnant pas toutes les satisfactions (}ue le Gouvernement de la
I. Livre jaune ^ p. G.
ia8 AFFAIRES DE SIAM
République réclamait, j'ai été chargé par mon Gouvcrnomont de
porter h la connaissance do Voire Excellence que S. M. le Roi de
Siani, inspiré par les meilleurs sentiments d'amitié ])Our la
France, acceptait sans réserve, les réclamations du Gouverne-
ment de la République.
Je viens confirmer par les présentes, ce que j'ai eu l'honneur
de communiquer verbalement à Voire Excellence au cours de
l'entrevue qu'EUc a bien voulu m'accorder ce matin, et je viens
préciser, autant que possible, les motifs qui avaient amené S. M.
le Roi à accepter définitivement les conditions de la France.
C'était :
i" Pour apaiser el mettre fin h l'excitation, de jour en jour
grandissante, de la population de Bangkok, excitation qui
menaçait la vie et la propriété des indigènes connue des étran-
gers ; ,
2^ Pour le repos et le bonheur de son peuple ;
3" Pour le maintien de la paix ;
li° Pour sauvegarder les intérêts du commerce ;
5" Pour renouveler les relations diplomatiques à Bangkok
entre le Siam et la France, relations interrompues d'une façon
regrettable ;
C}^ Pour 7'eprendre les traditions d'un amical et cordial voisi-
nage, et dans l'intérêt des deux nations.
Je me félicite d'avoir l'honneur de porter ce qui précède à la
connaissance de V olre Excellence, et je ne doute ]X)int ([ue le
Gouvernement de la Ré])ublique. pour mettre, de son càté, fin
au dilTérend ([ui s'est élevé entre le Siam et la France, ne donne
les conlre-ordn»s nécessaires en ce qui concerne le blocus que
la (lotte française, actuellement dans le golfeUe Siam, se prépa-
rait à établir '.
En réponse à racceptation ])ure et simple de rultiniatum,
M. Develle adressait la note suivante au gouvernement sia-
mois, note qui fut lélégVaphiée au consul général de Hollande
à Bangkok.
Paris, 3o juillet iSgS.
Le relard apporté par le gouvernement siamois h accepter
I. Livre jaune, |». y.
ULTIMATUM I2g
rulliinalum qui lui a élc remis par le ministre résident de
France à Bangkok le ao juillet autorisait le gouvernement
de la République française à en aggraver les conditions.
Désireux de donner une nouvelle preuve des sentiments de
modération qui Tout constannnent inspiré, le gouvernement
français se contentera, comme garantie indispensable de l'exécu-
tion pratique des clauses de l'ultimatum, d'occuper la rivière et
le port de Cbantaboim jusqu'à la complète et pacifique évacua-
tion des postes établis par les Siamois sur la rive gauche du
Mékong.
D'autre part, en vue de garantir les bonnes relations, heureu-
sement rétablies entre la France et le Siam et de prévenir tout
conflit dans la région du Grand-Lac et du Mékong, le gouverne-
ment siamois s'engagera à n'entretenir désormais aucune force
militaire à Hattambang et à Siem-Reap, ainsi que dans les loca-
lités situées dans un rayon de 35 kilomètres sur la rive droite
du Mékong à partir des frontières du Cambodge.
Il y maintiendra seulement le personnel de police nécessaire
pour assurer l'ordre. En outre, il s'abstiendra d'entretenir ou de
faire circuler des navires et embarcations armés dans les eaux du
Grand-Lac et celles du Mékong.
Le gouvernement français se réserve d'établir des consulats à
M'Nan et à Khorat.
L'acceptation par le Siam de ces garanties permettra au gou-
vernement français de kver immédiatement le blocus.
Jules Develle *.
Le gouvernement siamois accepta les garanties complé-
mentaires ainsi réclamées par le gouvernement français et, le
I®' août, au matin, le prince Vadhana se rendait au minis-
tère des aflaircs étrangères pour faire part à M. Develle delà
décision de son gouvernement. M. Le Myrc de Vilcrs, qui
attendait à Singaporc le résultat des négociations, était prie
(i*** août), dès que le Siam eut accepté les conditions de
notre ultimatum, de se rendre directement à Bangkok pour
conclure un arrangement définitif avec les Siamois. M. Le
I. Livre jaune ^ p. lo.
GORDIER. lïL — 9
l3o AFFAIRES DE SlAlf
Myre de Vilers s'embarqua sur le Papin et arriva à Bangkok
le i6 août.
Dès le 5 août, le blocus des côtes du Siam, établi le
26 juillet, à 5 heures du soir, était levé et, le 8 août,
M. Pavie* rentrait à Bangkok sans Famiral Humann ; il fut
salué d'une salve de treize coups de canon par les forts de
Pak-nam ; V Alouette rendit les saluls ; le drapeau tricolore
était arboré de nouveau sur la légation, et le soir même,
M. Pavie faisait une visite au ministère des affaires étran-
gères.
Le 29 septembre, M. Le Myre de Vilers, souffrant, fati-
gué des tergiversations et de la mauvaise foi des Siamois,
remit au prince Devawongse le texte du traité qu'il lui pro-
posait, en déclarant que si les termes n'en étaient pas accep-
tés dans les quarante-huit heures, il partirait. Le ministre
siamois, acculé, n'ayant pas le temps de consulter Londres,
céda et le traité suivant, signé le 3 octobre ', dans les termes
mômes de M. Le Myre de Vilers, consacra la victoire diplo-
matique de notre énergique représentant.
I. Pavie, Auguste- Jean- Marie, né le 3i mai 1847; «"cicn commis
principal des postes et télégraphes en Cochinchine ; vice-consul de
seconde classe à Luang-Prabang, 11 novembre i885 ; de i" classe,
16 mars 1S88; consul de seconde classe et commissaire du Gouverne-
ment de la République pour le règlement des questions de frontières en
Indo-Chine, 3o octobre 1889: consul général chargé d*afl*aircs à Bangkok,
ai décembre 1891 ; chargé des fonctions de ministre résident à Bangkok,
i5 février 1892 ; commissaire général du Gouvernement de la République
au Laos, 5 janvier 1894 ; chargé de la délimitation de la frontière avec
la Chine du fleuve Rouge au Mékong ; commissaire du gouvernement
français à la commission franco -anglaise du Haut-Mékong, 1892-95 ; en
mission, 11 juin 1896 ; ministre plénipotentimire de a^ classe, 10 janvier
1890 ; commandeur de la Légion d'honneur, 17 novembre 1896.
a. Voir pour ce chapitre et le suivant : Siam, n" i (1894). — Cor-
respondence respectiug the Affairs of Siam. Presented... August
189!^. London [C. — 7395J, in-fol.
TRAITÉ DU 3 OCTOBUE iSqS i3i
TR\ITÉ DU 3 OCTOBRE I (SgS
Traité conclu le 3 octobre i8()3 entre le (mou reniement de la
RépubU(]ue française et le (iouvernement de Sa Majesté le Roi de
Siam.
Le Présidkxt de l\ République française et Sa Majesté le
Roi de Siam, voiilaiil inellrc un terme aux conlestalions sur-
venues dans ces derniers temps entre les deux Ltats et consolider
les relations d'amitié ([ui existent depuis des siècles entre la
France el le Siam, ont nommé j)our leurs plénipotentiaires :
Le Président de la République française, M. Charles-Marie
I^E M\RE de V ILEUS, (irand-Ollicier de la Léirion d'Honneur el
de TElépliant RIanc, Ministre plénipotenliaire de première classe,
député,
Et Sa Majesté le Roi de Siam, Son Altesse Royale le Prince
Devawongse Varoprakar, Chevalier de l'Ordre de Maha (^hakrkri,
Grand-Oriicier delà Légion d'Honneur, etc.. Minisire des AITaires
étrangères,
Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs et les
avoir reconnus en due el bonne forme, sont convenus des
articles suivants :
Article P*". — Le Gouvernement siamois renonce à toute pré-
tention sur l'ensemble des territoires de la rivef,'auchedu Mékong
el sur les îles du fleuve.
Art. il — Le (iouvernement siamois s'interdit d'entretenir ou
de faire circuler des embarcations ou des Imliments armés sur
les eaux du Grand Lac, du Mékong et de leurs affluents situés
dans les limites visées i'i l'article suivant.
Art. IIL — Le (Gouvernement siamois ne construira aucun
poste fortifié ou établissement militaire dans les provinces de
Battainbang et de Siem-reap et dans un rayon de vingt-cinq
kilomètres sur la rive droite du Mékong.
Art. IV. — Dans les zones visées par l'article HL la j>olice sera
exercée selon l'usage, par les autorités locales, avec les contingents
slriclcinent nécessaires. Il n'y sera entretenu aucune force ar-
mée régulière ou irrégulière.
Art. V. — Le Gouvernement siamois s'engage à ouvrir, dans
un délai de six mois, des négociations avec le Gouvernement
français en vue du règlement du régime douanier et commercial
iSa AFFAIRES DE SlAM
des territoires visés h rarticlc III et de la revision du trailé
de i85C. Juscjn'h la conclusion de cet accord, il ne sera pas
établi de droit de douane dans la zone visée à rarliclelll. La réci-
procité continuera à être accordée par le Gouvernement français
aux produits de la dite zone.
Art. VI. — Le développement de la navigation du Mékong
pouvant rendre nécessaires sur la rive droite certains travaux ou
l'établissement de relais de batellerie et de dépôts de bois et de
charbon, le Gouvernement siamois s'engage à donner, sur la
demande du Gouvernement français, toutes les facilités néces-
saires h cet elTet.
Art. vu. — Les citoyens, sujets ou ressortissants français pour-
ront librement circuler et commercer dans les territoires visés à
l'article III, munis d'une passe délivrée par les autorités françaises.
La réciprocité sera accordée aux habitants des dites zones.
Art. VIII. — Le Gouvernement français se réserve d'établir des
Consuls où il le jugera convenable, dans l'intérêt de ses ressor-
tissants, et notanunenl à Korat et à Muang-Nan.
Art. LV. — En cas de difficultés d'interprétation, le Texte fran-
çais fera seul foi.
Art. \. — Le présent traité devra être ratifie dans un délai
de quatre mois à partir du jour de la signature.
Vax foi de quoi, les Plénipotentiaires respectifs susnommés
ont signé le présent Traité en duplicata et y ont apposé leurs ca-
chets.
Fait au Palais de Vallabha, à Bangkok, le 3 octobre iSqS.
(L. S.) Le Myre de Vilers.
(L. S.) l)EVAWo>(;sE-Varoprakar.
Convention,
Les Plénipolontiaires ont arrêté dans la présente Convention
les dilTérenles mesures el les dispositions qu'entraîne l'exiTution
du Traité de paix signé en ce jour et de l'L Itimatum accepté le
5 août dernier.
Article I'^ — Les derniers posles militaires siamois de la rive
gauche du Mékoni; devront être évacu.»s dans le délai maximum
d'un mois à partir du 5 septembre.
Art. il — Toutes les fort ilica lions de la zone visée h l'ar-
tich» III du Traité en date de ce jour devront être rasées.
Art. III. — Les auleurs des attentats de Tong-Xieng-Kham et
TRAITÉ DU 3 OCTOBRE iSqS i33
de Cam-moun seront juges par les autorités siamoises ; un repré-
sentant de la France assistera au jugement et veillera à Texécu-
lion des peines prononcées. Le Gouvernement français se réserve
le droit d'apprécier si les condamnations sont suffisantes, et, le
cas échéant, de réclamer un nouveau jugement devant un tribu-
nal mixte dont il fixera la composition.
Art. IV. — Le (îouvernement siamois devra remettre à la dis-
position du Ministre de France à Bangkok ou aux autorités
françaises de la frontière tous les sujets français, annamites,
laotiens de la rive gauche et les Cambodgiens détenus à un
litre quelconque : il ne mettra aucun obstacle au retour sur la
rive gauche des anciens habitants de cette région.
Art. V. — Le Bam-Bien de Tong-\ieng-Kham et sa suite
seront amenés par un délégué du Ministre des Aiïaires étran-
gères h la Légation de France, ainsi que les armes et le pavillon
français saisis par les autorités siamoises.
Art. VI. — Le Gouvernement français continuera à occu[)er
Chantaboun jusqu'à Texécu lion des stipulations de la présente
Convention et notamment jusqu'à complète évacuation et pacifi-
cation tant de la rive gauche que des zones visées à l'article III du
Traité en date de ce jour.
En foi de quoi, les Plénipotentiaires respectifs ont signé la pré-
sente Convention et y ont apposé leurs cachets.
Fait double au Palais de Vallabha, à Bangkok, le 3 oc-
tobre 1893.
(L. S.) Le Myre de Vilers.
(L. S.) DEVAWo.NGSE-Varoprakar.
M. François Delonclc, dans son rapport * à la Chambre sur
le traité du 3 octobre 1893, faisait ainsi ressortir Pimpor-
tance des stipulations : « L'Annani cl le Tong-King- sont
remis en possession de la rive gauche du Mékong jusqu'à la
frontière de Chine; la navigation du fleuve est placée sous
notre police unique. Seuls nous avons le droit d'y entretenir
des bâtiments armés; les eaux du fleuve et du Grand-Lac
deviennent exclusivement françaises ; le Siam rasera les forti-
I. Séance du 30 janvier 1894- — Le traité fut ratifié k runaniniité.
l34 AFFAIRES DE SIAM
ficalions el n'installera plus de poste ni établissement mili-
taire dans les provinces de Battanibang et de Siemreap et
dans une zone de 25 kilomètres sur la rive droite du Mékong;
cette zone et les provinces de Battambang et de Siemreap
seront affrancbies de tout droit dédouane jusqu'à la conclu-
sion d'un nouveau traité de commerce ; les assassins de nos
agents et de nos soldats seront châtiés ; enfin, le gouverne-
ment français continuera à occuper Chantaboun jusqu'à l'exé-
cution pleine et entière de tous les engagements contractés
par le Siam vis-à-vis de nous. »
Le traité nous offrait « des garanties suffisantes, pourvu,
disait M. Deloncle, toutefois, que les stipulations soient fidè-
lement observées par les autorités siamoises. »
ATTITUDE DE l'aNGLETERRE
Le premier ministre d'Angleterre, lord Roseberry, chef du
parti libéral, s'est expliqué en public, presque avec cynisme,
quelques années plus tard, sur la situation à Londres, en
1893, lors de Tincidenl franco-siamois; le gouvernement
britannique eslimait alors que l'Angleterre, sous peine de
défaillance, était tenue d'affirmer son autorité toute puis-
sante, fallût-il avoir recours à la guerre, que lord Roseberry
ne redoutait pas, que peut-être môme recherchait-il. Ce fut
la reine qui s'y opposa, à l'instigation de l'empereur d'Alle-
magne, alors en déplacement de yachting à Cowes\ Déjà
1. Un article public le 17 juin 1897, dans VEvènemenit cl signe Taci-
Tus, raconte le môinc fail que je liens moi-incme de source sûre :
« Guillaume II élail à Cowes, en Irain de dîner au Ro^al-Yachl
Squadron quand il recul de 1 ambassadeur dWllemagne à Londres une
dépêche lui annonçant la décision du gouvernemenl anglais de déclarer
la guerre à la France.
« L'empereur se leva, jeta sa servictlc briis(]uement sur la table, en
s'écrianl : « Jamais ! » et se relira pour lélégrapliier à la reine Vicloria
qu'il ne permettrait pas cette agression, »
ATTITUDE DE l'aISGLETERRE i35
les dispositions étalent prises et, si lord Roseberry céda, il
n'en restait pas moins décidé à agir éncrgiqucment au cas où
se serait produit le moindre conflit entre les flottes des deux
nations. La France ignorait le danger qu'elle courait ; elle
l'évita grâce à la modération de M. Jules Develle, ministre
des aflaires étrangères, dans ses négociations avec lord Duf-
ferin et à la prudence de M. Le Myre de Vilers au Siam.
La question du bas Mékong réglée, restaient à établir les
droits des intéressés dans le haut fleuve. Nous allions nous
trouver en présence de TAngleterre, ne se cachant plus der-
rière le Siam pour contrecarrer nos desseins, mais agissant
ouvertement comme possesseur de la Birmanie, — et de l'Em-
pire chinois.
CHAPITRE IX
DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE.
M. A. GÉRARD
En 1886, pendant qu'on discutait le traité anglo-chinois
relatif à la Birmanie*, le marquis Tseng, alors ministre à
Londres, proposa à lord Uoseberry une détermination des
frontières septentrionales de la Birmanie ; il demandait que
la rivière Shweli fut prise comme limite Sud de la Chine,
ce qui eût donné Bhamo à ce pays, et lui eût permis Taccès
de rirawadi en un point où la navigation y devient possible.
Lord Roseberry évita de répondre directement à ces ouver-
tures et fit poursuivre les négociations relatives au traité par
son chargé d'affaires à Péking, M. O'Conor. Il se trouva
que le Tsoung-li Yamen, par un manque d'entenle singu-
lier, mais assez fréquent, entre lui et le ministre envoyé à
l'étranger, ne songea pas à soulever la question de délimita-
tion. 11 se contenta de la promesse qu'une mission décen-
nale de Birmans viendrait apporter le tribut à l'empereur de
la Chine ; il obtint en outre que la mission de M. Mac^ulay
au Tibet, mission prévue par un article spécial de la con-
vention de Tché-fou signée en 1876 et ratifiée en 1886, serait
différée pour un temps indéfini ; moyennant ces deux con-
cessions, la souveraineté de l'Angleterre fut reconnue sur
toute la Birmanie sans restriction.
I. Voir p. 19-ao.
DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE li'J
Depuis lors, les Chinois avaient souvent insiste pour que les
travaux de délimitation fussent entrepris; mais les Anglais
leur avaient toujours opposé des réponses dilatoires. En tempo-
risant ainsi, ils avaient pu étudier la haute Birmanie et ils
étaient armés, lorsque le moment de discuter fut venu, de
connaissances topographiques qui faisaient totalement défaut
aux Chinois.
En 189Ï, la Gazelle de Banfjoon annonrait que la Chine
aurait marqué le désir de reprendre avec la Grande-Bretagne
les négociations en suspens au sujet de la délimitation de la
frontière de Birmanie ; le Céleste Empire revendiquait, disait-
on, comme limite le cours du Ta-Ping, qui se jette dans
rirawadi à environ if) milles au Nord de Bhamo.
D'autre part dos négociations avaient été conduites avec la
France au sujet de la délimitation des frontières du Siam.
Le 4 avril 1889 ', M. VVaddington proposait à lord Salis-
bury de réserver au Siam les territoires au Sud de la fron-
tière chinoise entre la Salouen et le Mékong, d'un côté, et
entre le Mékong et le Nam-Ilou, de Taiitre. En sortant du
Foreign OlFice, M. Waddington consignait son entretien par
écrit dans ces termes : « Comme vous êtes maîtres de l'em-
bouchure de la Salouen, nous proposons que ce fleuve, qui
constitue déjà sur une partie de son cours la frontière entre
vous et le Siam, le soit dans toute son étendue vers le Nord.
D'autre part, comme la France est maîtresse des bouches du
Mékong, nous proposons pour frontière orientale du Siam le
cours de ce fleuve depuis la limite du Cambodge jusqu'à un
point à déterminer en aval de Luang-Prabang. Cette ville,
avec un territoire à déterminer, ferait partie du Siam, et la
frontière suivrait ensuite le cours du Nam-IIou vers le Nord
jusqu'à sa rencontre avec la frontière chinoise. » Ces pre-
miers pourparlers n'ayant pas abouti, la négociation ne fut
I. Pcul-çlrc une erreur pour le j avril ; voir LWre bleu, p. 3.
l38 DÉLIMITATION DE L\ FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
sérieusement reprise que le i6 février 1892 et alors, écrit
M. Waddington, «je proposai pour la première fois à lord
Salisbury de prendre pour limite de nos zones respectives
d'influence le cours même du Mékong qui coupe en deux le
territoire qu'il était question d'attribuer d^me manière géné-
rale au Siam ». Le 11 mai 1892, lord Salisbury déclarait à
M. Waddington qu'il était personnellement favorable à
l'adoption de la ligne du Mékong, mais qu'il attendait l'avis
du ministre des Indes *. Il est vrai que, depuis, lord Roseberry
a fait des réserves sut* l'opinion prêtée à lord Salisbury *,
quoique reconnaissant l'exactitude des faits.
Pendant les diflîcullés entre la France et le Siam en 1898,
l'Angleterre comme nous l'avons vu ne restait pas inactive ;
elle repoussait l'idée d'une frontière commune avec la France
et préconisait l'établissement entre les possessions des deux
pays d'une zone neutre que les Français désignèrent sous le
nom (ï État-tampon et les Anglais sous celui de Buffer State,
Le matin du 3i juillet, le marquis de Duflerin se rendait
chez M. Develle et après l'avoir félicité de l'acceptation par
les Siamois des termes de l'ultimatum français, il aborda la
question d'une zone neutre, et le protocole suivant fut immé-
diatement signé :
PROTOCOLE, 3l JUILLET- 2 5 NOVEMBRE 1898
1
En vue de prévenir les difficultés qui pourraient naître d'un
contact direct entre elles, les deux Puissances sont d'accord pour
reconnaître la nécessité de constituer, au moyen de sacrifices et
d'abandons réciproques, une zone neutre entre leurs possessions.
I. Lettre de M. Waddington à lord Roseborrjr. Londres, 3o avril 1893.
Livre bleu, p. 27.
a. Lettre à M. d'Estournelles, chargé d'afiaircs de France, la mai
PROTOCOLE, 3l JUlLLET-25 NOVEMBRE iSqS iSq
Les limites de la zone neutre seront de terminées ultérieure-
ment.
3i juillet 1893.
Jules Develle
DuFFEUiN and Ava.
Par suite une commission se réunit et rédigea le procès-
verbal suivant :
11
Les soussignés, désignés par leurs gouvernements respectifs pour
examiner de quelle manière pourrait être constituée, au moyen
de contributions réciproques, ime zone intermédiaire entre les
possessions françaises et anglaises dans la région du Haut-
Mékong,
S'étant trouvés arrêtés, au cours de leurs travaux, par la difli-
cullc de déterminer, d'après des données certaines, les limites et
la configuration géograpbique des diverses provinces situées dans
cette région.
Ont reconnu d'un commun accord que, pour établir, dans des
conditions géograpliiques normales, et sans occasionner de mor-
cellement, une zone d'une étendue sutlisante, il conviendrait de
faire procéder à une enquête sur place par des agents tecbniques
des deux pays.
Fait à Paris, le aS novembre 1893.
JUSSERAND. E. C.H. Pnipps.
Paul Révoil. il Austin Lee.
A leur tour, notre ministre des Affaires étrangères et Pam-
bassadeur d'Angleterre signèrent la déclaration suivante :
III
Les soussignés, ayant pris connaissance du Protocole, en date
de ce jour, signé par les (commissaires français et anglais, et y ayant
donné leur approbation, ont reconnu d'un commun accord que
les agents techniques désignés pour se rendre sur le Haut-
Mékong ne devront pas perdre de vue les points suivants :
1° L*examen géographique auquel ils devront se livrer [)or-
Içra sur le cours du Mékong, depuis son entrée dans le Xienç-
l4o DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
Klicng jusqu'à son entrée dans le Luang-Prabang ; sur les
limites de la province de Xieng-Kheng et sur celles de la partie
de Nan, au Nord du fleuve.
3° La largeur que les deux Puissances contractantes se propo-
sent de donner à la zone intermédiaire, entre les Possessions
françaises et anglaises, est, dans la mesure où la configuration
géographique et politique du pays le permettra, de 80 kilomètres
de marche, environ. Les agents techniques devront noter soi-
gneusement quelles limites géographiques et politiques attein-
draient le mieux ce but.
3° 11 est entendu que la navigation, le transit et les moyens
de communication seront libres de toute enlrave dans la zone
ainsi constituée, chacune des Parties contractanles s*engagcant à
ne chercher aucun avantage qui ne soit également assuré à
l'autre.
Fait à Paris, le a5 novembre 1893.
Jules Develle. Dufferin and Ava*.
A la suite d'une communication de lord Dufferin à
M. Develle, le i'' décembre iSgS, notre ministre des Affaires
élrangcTcs écrivait le même jour à Pambassadeur d'Angle-
terre ' :
Paris, le i*' décembre 1898.
Cher Lord Dlfferin,
Vous avez bien voulu me faire savoir, par votre lettre de ce
jour, qu'aucun Traité n'a été signé, juscju'ici, entre la Grande-
Bretaf^ne et la (ihine, au sujet de l'Etat de Xieng-Houng, et que
l'Angleterre n'a nullement l'intention de chercher à obtenir au-
cun monoj)olc, soit pour les chemins de fer ou Compagnies de
Navigation, soit pour tout autre moile de transit ou communi-
cation, au détriment d'entreprises commerciales Françaises de
1. Siam, II" 1(1893). — Copies of Despatches front Her Majesty's
Ambassndnr al Paris relative to thc A^reemenl beUveen Créât Bri-
tain and France far constituting a neutral State between their
possessions in Indo- China. Prcscnlcd.. , Dec. 1898. Lond. [G. — 723iJ,
in-fol.
— Ministère des Affaires étrangères. Documents diplomatiques.
Affaires du ÏIaut-Méko.ng. Paris, Imp. nat., 1893, in-fol,
2. lÂvre bleu^ p. 2x3.
PROTOCOLE, 3l JLILLET-25 NOVEMBRE 1898 I^I
même ordre. Il est entendu que le champ devra demeurer libre,
à cet égard, pour les entreprises Françaises et Anglaises. Je
m'empresse de vous accuser réce[)tion de cette communication,
dont je prends acte bien volontiers. Réciproquement et confor-
mément à votre demande, j'ai l'honneur de vous faire savoir
que la délimilation des possessions Françaises, du coté de Xieng-
Houng, n'a pas encore été faite, mais que. dans les négociations
que le Gouvernement de la République aura à suivre, à ce sujet,
avec le Gouvernement Chinois, il compte se guider d'après les
principes mêmes ([ue vous avez bien voidu énoncer dans votre
lettre de ce jour, et atixcpiels je ne peux qu'adhérer sans ré-
serve.
Agréez, &c.
(Signé) J. Devellk.
Le principe détoslahle d'un Ktat tampon étant accepté, il
fallait rignorance de la géographie de la région par nos
négociateurs pour permettre de créer à nos dépens et h nos
portes un foyer d'intrigues et de conflits.
On lisait dans le Standard du 3i juillet 1898 :
Les points les plus dilllciles et les plus importants à régler entre
la France et l'Angleterre auront trait aux fctatsshans récemment
attribués au Siam et à ceux au sujet desquels un arrangement
avait été, par le fait, conclu entre l'Angleterre et la Chine. On
se rapjîclle que la France, dans son ultimatum, a demandé la
cession des territoires situés sur la rive gauche du Mékong jus-
qu'au 23* degré de latitude nord, ce qui donnerait à la France
la possession de la ville de Sse-mao, qui avait toujours été com-
prise dans la province chinoise du Yun-Nan. Or, par de récents
arrangements, l'État birman de Xieng-Houng a été attribué à la
Chine, de sorte que la frontière de ce dernier pays dépasse un pou
le 31* degré de latitude nord. C'est donc sur ce point que la
France trouvera la Chine sur son chemin ; mais il parait pro-
bable que la Chine consentira h ce que la France remonte le long
de la rive gauche du Mékong, pourvu qu'elle s'arrête au
21* degré ou dans le voisinage.
De celte manière, la France entrerait en possession de la ville
de Luang-Prabang, vivement convoitée, laquelle ville se trouve
un peu au sud du 20'' degré. De même, la France obtiendrait la
lia DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
rive du Mékong qui se trouve vis-à-vis de Xieng-KhongeldeXicng-
Hsen, deux localités très importantes. Quant à Luang-Prabang.
c'est probablement la position la plus importante entre le Toiig-
King et l'irawadi ; les auteurs français lui assignent un rùle pré-
pondérant.
11 parait, à l'beure qu'il est, impossible d'écarter la PVance de
cette ville : mais, quand celle-ci aura été occupée, on ne pourra
plus ompcThor le contact enlrc les territoires de la France et ceux
de l'Anglolcrre, contact que les doux gouvernements ont dé-
claré considérer comme peu désirable, voire dangereux. La seule
solution possible de cette didicullé consistera dans la transforma-
tion des Ktats de Xieng-IIscn et de Xieng-lïoung en Ktals-tam-
pons. dont le premier serait placj sous le [ïrolectorat de l'Angle-
terre, et le second, sous celui de la Cbine.
D'autre part, lord Laniinglon écrivait au Daily News,
le 3i juillet 1893 :
Quel avantage pourrait-il résulter d'une frontière commune ?
Si le commerce avec le Yun-Nan est reconnu praticable par la
vallée du Mékong, il est à peu près certain qu'il nesuffirail pas a
satisfaire à la fois la France et la Grande-Bretagne. La France
chercbera donc a détruire toutes nos cbances de commerce avec
la Chine méridionale par celte voie.
Kn considérant: 1° que l'évidence absolue est que l'Annam
n'a aucun droit sur les terres qui vont jusqu'au Mékong ; 3** que
les tribus qui occupent les deux côtés des montagnes entre le
Mékong et le Nam-llou sont de race distincte ; 3° que, si les
Français avancent juscpi'au rc\ers oriental de ces montagnes,
celles-ci constitueront encore une barrière qui serait la frontière
la plus efficace et la moins coûteuse qu'on puisse désirer, quel
avantage peu l-il y avoir |)our les Français h occuper en outre une
bande de territoire d'en>iron cent milles de largeur, si ce n'est
celui de nous couper une source possible de commerce ?
Ce n'est point là une rais:)n suffisante pour justifier une poli-
tique qui doit imposer aux pavs de lourdes dépenses et peut les
mener à un sérieux conllit d'intérêts dans l'avenir.
COMMISSIONS I)K DKMMITATIOX
Par suite des articles II et 111 du protocole du 2 5 novembre
COMMISSIONS DE DÉLIMITATION 1^3
18985 les gouvernements anglais et français constituèrent des
commissions pour étudier d'une façon technique les pays du
Haut-Mékong pour y établir une zone intermédiaire.
Le II octobre 189/^, M. James George Scott, chargé
d'affaires à Bangkok ' en l'absence du ministre britannique,
le capitaine H. -M. Jones*, était nommé « aux fonctions de
commissaire de Sa Majesté pour examiner les limites de la
zone intermédiaire qui doit être constituée entre les posses-
sions britanniques et françaises dans la région du Haut-
Mékong, conformément à l'accord intervenu avec le gouver-
nement français et enregistré dans le protocole et signé h
Paris le 3 1 juillet et le vtb novembre 1893. » Les autres
commissaires étaient MM. William Warry^, conseiller des
affaires chinoises près le commissaire britannique de Birma-
nie, les colonels \V oothorpe et Ryder, officiers du service
topographique, et du lieutenant Stirling, surintendant des
États Chans du Sud ; ils étaient accompagnés d'une escorte
de i3o hommes placée sous le commandement du capitaine
Caulfield. La commission devait se réunir le i*"" janvier 1896
à Muong Xieng, capitale du Ken-Cheng.
La commission française était composée de MM. A. Pavie,
Pierre Lefevre-Pontalis, commissaire-adjoint, Lugan, chan-
celier, Caillât, chancelier stagiaire, secrétaire particulier de
M. Pavie, avec une escorte et le capitaine Rivière, le lieute-
nant Seauve, tous deux de l'artillerie, et le D*" Lefevre,
médecin de l'hôpital de Haï-phong ; ces derniers quittèrent
I. Du i3 novembre 1898 au a 2 octobre 189^.
a. Ministre résident et consul général h Bangkok depuis le a5 janvier
1889 ; nommé avec le même grade à I.ima, a/t octobre 1894. et à Quito,
1 5 juin 1895; retraité, !«'•' janvier 1898; connu par le surnom à\ilina
Jones.
3. Élève interprète en Chine, i5 avril 1878; assistant sccrclaire chi-
nois; employé parle gouvernement indien pour la mission projetée au
Tibet, et sur la frontière birmano-chinoise, du 11 décembre i885 au
ler av|.|| iggo, éj)oque à laquelle il entra au service indien.
i
i
I^a DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
rive du Mékong qui se trouve vis-à-vis de Xieng-Kliong et de Xieng-
Hsen, deux localités très importantes. Quant à Luang-Prabang,
c'est probablement la position la plus importante entre le Tong-
King et Tlrawadi ; les auteurs français lui assignent un rôle pré-
pondérant.
Il parait, à l'heure qu'il esl, impossible d'écarter la France de
cette ville : mais, quand celle-ci aura été occupée, on ne pourra
plus ompcclior le contact entre les territoires de la France et ceux
de rAnglelorre, contact que les deux gouvernements ont dé-
claré considérer comme peu désirable, voire dangereux. I.a seule
solution possible de cette dillicullé consistera dans la transforma-
tion des Ktats de Xieiig-llscn et de Xieng-lloung en Ktats-tam-
pons, dont le premier serait plac.» sous le protectorat de l'Angle-
terre, et le second, sous celui de la Chine.
D'autre part, lord Laminglon écrivait au Daily News,
le 3i juillet i8()3 :
Quel avantage pourrait-il résulter d'ime frontière commune ?
Si le commerce avec le Yun-Xan est reconnu praticable par la
vallée du Mékong, il est à peu près certain qu'il nesuffirait pas à
satisfaire à la fois la France et la Grande-Bretagne. La France
cherchera donc à détruire toutes nos chances de commerce avec
la Chine méridionale par cette voie.
En considérant: i** que l'évidence absolue est que l'Annam
n'a aucun droit sur les terres qui vont jus([u'au Mékong ; 2'*(pie
les tribus cpii occupent les deux cotés des montagnes entre le
Mékong et le Nam-llou sont de race distincte ; 3° que, si les
Français a\ancenl juscpi'au revers oriental de ces montagnes,
celles-ci constitueront encore une barrière qui serait la frontière
la plus efficace et la moins coûteuse qu'on puisse désirer, quel
avantage |KHit-il y avoir [>our les Français a occuper en outre une
bande de territoire d'en\iron cent milles de largeur, si ce n'est
celui de nouscou|)er une source possible de commerce ?
Ce n'est point là une raisr^n suflisante pour justifier une poli-
tique qui doit imposer aux pays de lourdes dépenses et peut les
mener à un sérieux conflit d'intérêts dans l'avenir.
COMMISSIONS DE DELIMITATION
Par suite des articles II cl III du protocole du 25 novembre
COMMISSIONS DE DÉLIMITATION 1^3
1893, les gouvernemenls anglais et français constituèrent des
commissions pour étudier d'une façon technique les pays du
Haut-Mékong pour y établir une zone intermédiaire.
Le II octobre 189^, M. James George Scott, chargé
d'affaires à Bangkok ' en l'absence du ministre britannique,
le capitaine 11. -M. Jones ^, était nommé « aux fonctions de
commissaire de Sa Majesté pour examiner les limites de la
zone intermédiaire qui doit être constituée entre les posses-
sions britanniques el françaises dans la région du Haut-
Mékong, conformément à Taccord intervenu avec le gouver-
nement français et enregistré dans le protocole et signé à
Paris le 3 1 juillet et le •p>5 novembre 1893. » Les autres
commissaires étaient MM. William Warry^, conseiller des
affaires chinoises près le commissaire britannique de Birma-
nie, les colonels Woothorpe et Ryder, officiers du service
topographique, el du lieutenant Stirling, surintendant des
États Chans du Sud ; ils étaient accompagnés d'une escorte
de i3o hommes placée sous le commandement du capitaine
Caulfield. La commission devait se réunir le i*"" janvier 1896
à Muong Xieng, capitale du Ken-Cheng.
La commission française était composée de MM. A. Pavie,
Pierre Lefèvre-Pontalis, commissaire-adjoint, Lugan, chan-
celier, Caillât, chancelier stagiaire, secrétaire particulier de
M. Pavie, avec une escorte et le capitaine Rivière, le lieute-
nant Seauve, tous deux de Tartillerie, et le D*" Lefevrc,
médecin de Thôpital de Haï-phong ; ces derniers quittèrent
1. Du i3 novembre 1898 au 22 octobre 189/».
a. Ministre résident et consul général à Bangkok depuis le a5 janvier
1889 ; nommé avec le même grade à Lima. 2^ octobre 1894» et à Quito,
i5 juin 1895 ; retraité, i*""" janvier 1898; connu par le surnom d\4lma
Jones.
3. Élève interprète en Chine, i5 avril 1878; assistant sccrélaire chi-
nois ; employé par le gouvernement indien pour la mission projetée au
Tibet, et sur la frontière birmano-chinoise, du 11 décembre i885 au
fcr avril 1890, é[K)que à laquelle il entra au service indien.
l44 DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
Hanoï le 1 1 octobre 189/^ ; ils iirrivèrent le 2 novembre à Cho-
Bo où ils devaient prendre les jonques de Deo-van-trî pour
remonter la rivière Noire.
La géograpbie devait jouer forcément un grand rcMe dans
cette question de délimitation. Les Anglais avaient exploré
avec soin certaines [)arties du Laos et je ne rappellerai que
les voyages fort intéressants de \fM. Stringer et Archer.
M. C. E. \V . Stringer, élève interprète de" la légation
d'Angleterre à Bangkok, était parti de cette ville le 11 no-
vembre 1887, avec un négociant cinglais du même endroit,
M. F. S. Clarko, et se rendit à Nan, 011 il arriva le i3 dé-
cembre au soir ; il y resta jusqu'au 27 ; alla ensuite à Phrë,
puis rentra à Bangkok le 23 janvier 1887. Ce voyiige sert
donc de préface aux explorations de M. Archer : M. Stringer
nous conduit à Nan, M. Archer de Nan h Xieng-toung.
En 1887, M. J. W. Archer, profitant d'un congé qui lui
avait été accordé par M. E. M. Satow, ministre résident et
consul général à Bangkok, parcourut en février et mars,
quelques unes des cinq provinces dans les limites de Xieng-
maï, ou Zimmé, sur le Me-Ping, siège d'un vice-consulat
britannique. Parti de Xieng-maï le 2 février, il se dirigea
vers le Nord et le Nord-Est jusqu'à Me ki sur la route de
Xieng-sen, puis remontant vers le Nonl jusqu'au Me-sai,
affluent du Me-khok qui se jette lui même dans le Nam-
khay, il arriva au fort qui forme là, la limite Nord de l'occu-
pation siamoise, puis il revint à Xieng-sen dans une plaine
sur la rive droite du (Cambodge appelé ici Nam-khong, près
de son confluent du Me Chan, puis au village de Me-ki,
près du Me-chan, allluent de gauche du Me-kong, d'où il
redescendit à Xieng-haï. C'est à Me-ki que la grande route
de Xieng haï coupe la roule de Xieng-sen [K)ur continuer
jusqu'à Xieng-toung. La route de Xieng-maï à Xieng-haï
avait déjà été notée par M. E. B. Gould, consul anglais à
Bangkok, nous verrons que M. Archer a visité Xieng-toung.
COMMISSIONS DE DELIMITATION 1^5
De Xieng-haï, il se rendit à Nan qu'il ne connaissait pas et
qui est à un quart de mille sur la rive droite du Nam-Nan sur
la route de Luang-Prabang. Puis, revenant sur ses pas, il
traversa le Mevom, arriva à Lakhon et il était de retour à
Xieng-maï le 23 mars après un voyage de sept semaines.
Xieng-sen qui dépendait autrefois de la Birmanie, a été prise
et détruite par les Laotiens en iSo'j, aussi est-ce une ville
pauvre, presque sans commerce, qui est toutefois appelée? à
un meilleur avenir.
Xieng-haï qui a été créé il y a environ /|5 ans est la capi-
tale d'une province très montagneuse, qui n'est fertile que
dans la plaine, à l'Est et au Sud do la ville. Comme le fait
remarquer M. Archer : « La ville de Xieng-haï parait desti-
née il devenir un important centre commercial, si le com-
merce du Nord du Siam prend jamais un grand développe-
ment. Elle est placée sur le Me-khok, aflluent du Me-Lao qui
se jette lui-même dans le Me kong, sur la route directe de
Xieng-toung à Xieng-maï, Lakhon et Phrë, ou, ce qui peut
être de plus grande importance, de Yun-Nan à Siam ; ainsi
que sur la route encore peu fréquentée de Xieng-maï à
Luang-Prabang. La ville de Nan, plus petite que Xieng-maï,
est murée et sert principalement de résidence aux chefs et
aux prêtres, tandis que la grande partie de la population
demeure à environ un mille au Nord, dans un faubourg,
Mieng-kao, jadis la capitale, abandonnée il y a une quaran-
taine d^années. Le rapport de M. Archer renferme en outre
un grand nombre de renseignements sur les habitants et leur
appellation : par exemple le nom de Thaï, libre, des Sia-
mois, est pris également par différentes branches de la famille,
que le nom de Lao que leur donnent les Siamois ne paraît
guère les flatter.
M. Stringer qui avait visité Nan quelque temps aupara-
vant dit « qu'au coin N.-E. de la muraille, il y a une rangée
d'abris en bambou de chaque côté de la route qui conduit
Gdiidier. Ilï. — lO
l46 DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
vers le Nord. Les Glians et autres habitants y vendent des
draps indigènes et des marchandises européennes. Ce sont
les seules boutiques deNan. Il y a environ dix Chinois habi-
tant la ville ou autour et peu d'affaires paraissent leur passer
par les mains. »
L'année suivante, M. J. W. Archer visitait Xieng-toung.
Il partait le i®*" mai 1888 de Xieng-mai pour Xicng-haï,
puis, presque en ligne droite vers le Nord, traversait le
village Me-ki, arrivait au fort siamois (i3 mai) sur la rive
Sud du Me-saï et atteignait Xieng-toung le 20 mai après
avoir constaté le peu de commerce sur la roule depuis le fort
siamois, l'insécurité et la sauvagerie du pays. De là il se
dirigeait (a/^ mai) vers le Me-Lcn, aflluent du Me-kong, et
en suivant la vallée jusqu'à Muong-Len, district le plus pros-
père de Xieng-toung. Il fit la rencontre de gens de Muong-
Len à neuf jours N.-N.-O. de Xieng-toung qui avaient été
cinq années en guerre avec Xieng-toung. Muong-Len
comme Xicng-houng, plus au Nord sur la rive droite du Me-
kong, payait tribut également à la Chine et à la Birmanie,
quoique les Birmans n'y soient jamais parvenus. Puis
M. Archer reprit la roule dans une direction Sud-Ouest, et
relourna au fort siamois, d'ailleurs sans garnison, d'où il
repartit pour Me-ki et Xieng-haï, où il arriva le 9 juin, après
un voyage de dix-sept jours depuis Xieng-toung. Xieilg-
toung est une ville murée au Sud d'un plateau dénudé à
2 700 pieds environ d'altitude, entourée de montagnes de
tous côtés sauf au Nord ; misérable à côté de Xieng-maï ; la
principale culture est le riz, puis le coton, Topium el le thé
(mièng); on y importe surtout les colonnades qui viennent
de Moulmoin, le sel, la soie, etc. ; on y envoie de Xieng-haï
et de Xieng-lchang les noix de bétel et de coco qui n'y pous-
sent pas. Il est bon de retenir que les habitants ne paraissent
guère connaître la langue birmane dans la région.
LKS SIPSONG PANXA 1^7
LES SIPSONG PANNA
Toutefois je ne crois pas exagéré de dire que c'est aux
membres de la mission Pavie et en particulier à M. Pierre
Lelevre-Pontalis que nous devons les connaissances que
nous possédons sur la région du Haut-Mékong à la frontière
de Chine ; je tire les renseignements suivants des notes de
ce voyageur distingué que j'ai eu Thonneur de compter
|)endant quelques semaines parmi mes élèves :
Le territoire ou marche de Xienj^-houng, nommé par les Chi-
nois Tchê-U, nom appUqiié à la fois à la viUe et à Flïtat, est
aussi désigné sous h*s appellalions de Muoncj * Lu ou Sipsong
punna, cY'st-à-dirc les douze /)an/ia*", six sur hi rive droite, six sur
la rive gauche du Mé-kong ; sur la rive gauche, les chefs des
panna portent le lilre purement thaï de Thao-Môme, tandis que
sur la rive droite, on leur donne le titre de Phyah-loung, d'ori-
gine birniano-palic ; les pannas de la rive gauche, ont, en effet,
avec la Chine, des liens heaucoup plus directs que ceux de la rive
droite. Ils paient directement un impôt annuel aux autori-
tés de Pou-eul^, tandis que ceux de la rive droite, ne paient d'im-
pôt à la Chine que par l'intermédiaire du roi de Xieng-houng.
En échange du tribut, la Chine remet à chaque chef de panna,
une veste brochée, de la valeur de 5 hongs ; au roi de Xieng-
houng, elle fait don d'élolTes de soie, et d'une veste garnie de
fourrures, d'une valeur de 4o hongs. Comme naguère les rois de
Laosetd'Annam, le roi de Xieng-houng possède un sceau de vas-
salité, dont il se sert, dans ses relations avec la Chine, mais, tan-
dis que les deux premiers étaient en argent doré, et représen-
taient un chameau accroupi, celui-ci est en cuivre et représente
un lion. Rien n'établit l'existence d'un lien quelconque, entre la
Birmanie et les pannas de la rive gauche. Le tribut payé par le
roi de Xieng-houng (peut-être pour tous les pannas, peut-être
I . Le Muong est une circonscription territoriale en usage chez les
populations de race thaïe. (Lcfcvre-Ponialis, Mission Pas'iCy p. i/J.)
a. En 1739, six des pannas formèrent ou furent réunis à la préfec-
ture de Pou-eul.
1^8 DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
pour les pan lias de la rive droite seulement) n*a jamais consisté
en argent. Tous les quatre ans, il se bornait à envoyer à Ava, un
arbre d*or et un arbre d'argent, en signe de vassalité. La contri-
bution de cliaque panna admis à l'hommage, était d'une fleur
d'or et d'une fleur d'argent, adhérant aux arbres.
Les six pannas de la rive gauche étaient :
1° Sse-mao, ... == Muong la thay
2° P'ou-teng. ... = Muoiig lliue
'd^ Tcheng-toung. . . = Xieng Toung
4° Muong Ou. ... = Muong Hou
5" Liou la Ich'a chan. = Spang Shan
0" Kan lan pa.. . . = Muong La ? ou Muong Poung ?
Suivant un haut mandarin de Xieng-houng, il y aurait 5 pan-
nas sur la rive droite et 7 sur la rive gauche qui seraient :
1° Muong la thai (Sse-mao) avec M. Vang (r. d.).
2° Muong lline, avec Muong Bang.
3° Xieng-loung, avec Long-ten.
4° Muong La, avec Muong Bane.
5** Spang avec Shan
G** Muong llou (neua) avec M. Hou (tai)
7** Muong Poung avec M. Joun.
Les habitants dos Sipsong-panna appellent en thai, son chef-
lieu ' MuoiKj-Mène. Son territoire s'étend évidemment dans le
Yun-\an, sur d'autres centres que ceux des pannas. Le Nam
Hou n'a pas sa source dans la préfecture de Pou-eul.
Sse-mao, en tant que panna, est connue aux Sipsong-panna,
sous h» nom de Muong-la-lhai. Mais en réalité, c'est une ville
chinoise, à quelcjues kilomètres de laquelle se trouve le bourg
indigène, qui est le centre présumé du panna, centre que les Chi-
nois ont toujours tendu à rapprocher de leurs troupes, et de leur
sous-préfecture, pour le dominer davantage.
Suivant Francis Garnier, Muong-Ia-thai est la porte de Chine,
comme Muong khie est celle de la Birmanie, Muong Long celle
de \ieng-Toung, et Muong Phong, celle de Xieng-Mai.
Cela est très-exact, et nous avons pu le vérifier, quand remon-
tant le Mékong, sur sa rive droite, jusqu'au bac de Pak-khong,
nous avons constaté, que le territoire de Muong Vang, situé sur
la rive droite du fleuve, fait partie du panna de Muong-la-thai ,
I. De la préfecture Je Pou-eul.
CONVENTION ANGLO-CHINOISE I^Q
dont le chef-lieu est sur la rive gauche. Ce point de Pak-khonga,
d'ailleurs, aux yeux des Chinois, la plus grande importance, lis
surveillent, en toute circonstance, avec le plus grand soin, le bac
affermé par leurs soins.
Cependant les Anglais qui, depuis 1886, avaient retardé la
délimitation de la frontière sino-birmane, scbAtaient de régler
la situation et comme conséquence de l'article 3 de la con-
vention de 1886, ils signaient «1 Londres le i*"" mars 1894 la
convention suivante dont les ratirications furent échangées le
23 août 189/i :
CONVENTION ANCiLO CIllNOISF, l'"'" MARS iSq/j
Sa Majesté la Heine du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne
et d'Irlande, Imp<*ralrice des Indes, et Sa Majesté l'Empereur de
Chine, étant sincèrement désireux de consolider les relations
d'amitié et de bon voisinage qui existent heureusement entre les
deux Empires, ont résolu de conclure une Convention en vue de
donner effet à l'article III de la Convention relative h la Birmanie
et au Tibet, signée à Pé-King le a4 juillet 188G, et ont nomme
leurs pléni|)otentiaires à celte intention, c'est-à-dire:
Sa Majesté la Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et
d'Irlande, Impératrice des Indes, le Très Honorable Comte de
RosEBERRY, Clicvalier de l'Ordre très noble de la Jarretière,
Premier Secrétaire d'Etat de Sa Majesté Britannique pour les
Affaires Étrangères :
Et Sa Majesté l'Empereur de Chine, Su: Ta-jèn, Envoyé
extraordinaire et Ministre Pléni|X)tenliaire de Chine à la Cour
de St-James, et ^ ice-Président de la Cour impériale des Cen-
seurs:
Qui s'étant conmiuniqué nuituellement leurs pleins pouvoirs
respectifs, trouvés en bonne et due forme, ont convenu des ar-
ticles suivants :
Article I. — Il est convenu que la frontière entre les deux
Empires, à partir du a5"35 de latitude nord, suivra ainsi qu'il
suit : —
Commençant au haut pic conique situé approximativement à
l5o DÉLIMITATION DE LA FRONTIKRE SUD DE LA CHINE
celle latitude et au 98°! 4' de longitude est de Greenwich et
18° 16' ouest de Pe-King, la ligne suivra? aussi loin que possible,
la crôte des collines se dirigeant dans une direction sud-ouest à
travers Kaolong Puni et le Pic Warong, et de là se dirigera à
moitié chemin des villages de Wanclion et Kaolong — laissant le
premier à la Birmanie et le second h la Chine — à Sabu Pum.
De Sabu Pum la frontière suivra légèrement une ligne au sud-
ouest à travers Shairung Pum à Namienku Pum : de là. elle
continuera, toujours se dirigeant dans une direction sud-ouest,
le long de la crête des collines jus(|u'à ce qu'elle rencontre le
fleuve Tazar Kha, le cours duquel elle suivra de sa source à son
confluent avec le Nam Tabet ou Tabak Kha, laissant ainsi Uka
à Test et Laipong à l'ouest.
Du confluent du fleuve Tazar Kha avec le Tabak Kha, la fron-
tière remontera ce dernier fleuve jusc|u'à sa jonction avec le
Lekra Kha, qu'elhî suivra jusqu'à sa source près de Nkrang.
De la source du Lekra Kha, laissant Nkrang, Kukum, et Singra
à Touest, et Si ma et Mali à l'est, la ligne suivra le Lésa Kha de sa
source occidentale à sa jonction avec le fleuve Mali, et de là
remontera le Mali juscju'à sa source près de Ilpunra Shikong ;
puis elle se dirigera dans une direction sud-ouest le long du Laisa
Kha depuis sa source jusqu'au point où il se jelte dans le fleuve
Mole près de Kadon, laissant le village de Kadoii à l'ouest et celui
de Laisa à l'est.
La ligne suivra alors le cours du Mole dans une direction sud-
ouest jusqu'à l'endroit on celui-ci reçoit le (ihe Yang Kha, lequel
fleuve elle sui\ra jusqu'à sa source dans le Alau Pum. Klle se
dirigera ensuite le long du fleuve Nampaung depuis sa source
occidentale jusqu'à son entrée dans le fleu>e Taping. *
Ceci termine la description de la première section de la fron-
tière.
Art. II. -- La seconde section de la frontière, ou la portion qui
s'étend du fleuve Taping au voisinage (leMeungMao, se dirigera
ainsi qu'il suit :
Partant de la jonction du Khalong Kha avec le fleuve Taping.
la frontière suivra le Khalong Kha et son bras occidental jusqu'à
sa source ; de là, elle sera marquée au sud |>our rencontrer le Si|)aho
ou bas Nanthabet, à un endroit inunédiatement au sud-ouest
de Ilanton, laissant Matin à la Grande Breta'^ne et Loilong-t^a-
long, Tieh-pi-Kwan, et Ilanton à la Chine ; de là, elle remontera
le bras du susdit fleuve qui a sa source près de celle du Mantein
CONVENTION ANGLO-CHINOISE l5l
Kha. Elle suivra ensuite les crêtes de la ligne de collines courant
dans une direction sud-est h la plus méridionale des deux villes
nommées Kadaw, qui est tout près du lleuve Namwan, laissant
Kadaw à la Chine et Païen à la Grande Bretagne. Elle suivra le
fleuve Namwan dans une direclion sud-ouest au point d'environ
33®55 de lalilude, où cr, fleuve prend un cours sud-est. De là,
elle suivra dans une direction quehpie peu du sud à Touest au
fleuve Manmiak, laissant \amlvhai à la Grande Bretagne. Elle
suivra le fleuve Nauunak au point où il bifurque à environ
aS"^"' de latitude, et remonlera ensuite le bras méridional jus-
qu'à ce qu'elle al teigne la créle d'une haute chaîne de collines au
sud de Mawsiu, à en>iron a3"4r) de latitude. Elle suivra alorsla
crête de cette chaîne (qui court légèrement de l'est au nord) jus-
qu'à ce qu'elle atteigne le fleu\e Shweli à sa jonction avec le
\ammak, laissant ainsi à la Chine, le district de Mawsiu, l'en-
droit récemment identifié conune Tien-ma-Rwan et les villages
de Hinglon et Kong movv. situés au nord de cette chaîne ci-
dessus mentionnée.
Elle sui>ra alors le cours du fleuve Shvveli et, où le fleuve bi-
furque, elle suivra le plus méridional de ses deux bras, laissant à
la Chine, l'île formée par eux, jusqu'à ce qu'elle atteigne un
point près de l'extrémité est de la boucle formée par le fleuve de
l'autre côté de Meung Mao, ainsi qu'il est indiqué dans l'article
suivant de la Convention.
Le Gouvernement Chinois consent à ce que la plus directe des
routes entre Bliamo et Namkhan, où elle passe à travers une
petite partie de territoire chinois au sud de Namwan, soit, tout
en restant entièrement ouverte aux sujets chinois et aux sujets
tribut-aires de la Chine, libre et ouverte à la Grande Bretagne
pour les vovageurs, le commerce, et les besoins administratifs,
sans aucune restriction. Le (îouvernement de Sa Majesté Britan-
nicpie aura le droit, après en avoir commimiqué avec les auto-
rités Chinoises, d'exécuter les travaux quels qu'ils soient, pour la
route, utiles à l'amélioration ou de réparation, et de prendre les
mesures qui seraient nécessaires |M)ur la protection du commerce
ou prévenir la contrebande.
Il est également con>enu ([ue les troupes britanniques seront
autorisées à passer librement sur cette route. Mais aucun corps
de troupes de plus de aoo hommes n'y sera envoyé sans le con-
sentement des autorités chinoises et un avis écrit préliminaire
sera donne à chaque groupe armé de plus de vingt hommes.
l5a DÉLIMITATION DE LA FRONTIKnE SUD DE LA CHINE
Art. m. — La troisième section de la fronlitTe se dirigera
ainsi qu'il suit:
Elle commencera d'un point sur le fleuve Shweli, près de
rextrémilé est de la boucle formée par ce fleuve en face Meung
Mao ; alors, eu égard aux aspects naturels et conditions locales
du pays, elle se dirigera dans une direction sud-est vers Ma-li-
pa, jusqu'à ce qu'elle atteigne à un point à environ 98^7' de lon-
gitude est de Green\\ich (i8"33' ouest de Pé-King) et de 23°5a'
de latitude, une chaîne apparente de montagnes. Elle suivra la
crête de cette chaîne à travers Loiaipong et Loipanglom jusqu'à
ce qu'elle atteigne le fleuve Saloucn, à aS^'ii' environ de latitude.
Cette partie de la frontière du Shweli au fleuve Salouen devra
être déterminée par la Commission de Délimitation nommée par
l'Article VI de la Convention présente, et de manière à laisser à
la Chine au moins autant de territoire qu'il y en aurait si la
frontière était manjuée en droite ligne de Meung Mao vers Ma-
li-pa.
Si l'on trouve que la frontière la plus convenable donnera à
la Chine une plus grande partie de territoire qu'il n'est statué
ci-dessus, la compensation h donner à la Grande-Bretagne sur
une autre partie de la frontière fera la matière d'un arrangement
subséquent.
Du a3"/ji' de latitude, la frontière suivra la Salouen jusqu'à ce
qu'elle atteigne la limite nord du cercle de Kunlong. Elle suivra
cette limite dans une direction orientale, laissant le cercle entier
de Kunlong, et le bac de ce nom, à la Grande Bretagne, et lais-
sant à la Chine l'Rtat de Kokang.
Elle suivra ensuite le cours du fleuve formant la limite entre
Somu, qui appartient à la Grande-Bretagne, et Mèng Ting, qui
appartient à la Chine. Elle continuera encore à suivre la fron-
tière entre ces deux districts, qui est bien connue dans le pays,
où elle quitte le fleuve sus-nonmié et atteint les collines ; et sui-
vra alors la ligne de partage des eaux entre les tributaires des
fleuves Salouen et Mé Kong, depuis environ 99° longitude est
de Green^vich (i7''3o' ouest de Pé-King) et 33°3o' de latitude
jusc|u'à un point à en\iron 99^*40' de longitude est de Greenwich
(lô'^ôo' ouest de Pé-King) et 33" de latitude, laissant à la Chine
les ïsawbwaships de Keng Ma, Mengtung, et Mengko.
Au dernier point nommé de longitude et de latitude la ligne
rencontre une chaîne de très hautes montagnes, appelées Kong
Ming Shan, qu'elle suivra dans une direction sud à environ
CONVENTION ANGLO-CHINOISE
53
gg^So' de longitude est de Greenwicli (17° ouest de Pé-King) et
3 3°3o' de latitude, laissant à la Chine le district de Tchen-pien
T*ing. Alors, descendant le versant ouest des collines au fleuve
Namka, elle suivra le cours du fleuve j)endant environ 10' de
latitude, laissant Muonglem h la Chine, et Mangliïn à la Grande-
Bretagne.
Elle suivra ensuite la limite entre Muonglem et Xieng-Toung,
qui est bien connue dans le pays, s'écartant du fleuve Namka un
peu au nord du 33** de latitude, dans une direction quelque peu
sud de l'est, et suivant généralement la crtMe des collines jusqu'à
ce qu'elle rencontre le fleuve Namlam à 3i°45 de latitude envi-
ron, et de 100° est de longitude de Greenwich (i6"3o' ouest de
Pé-King).
Elle suivra ensuite la limite entre Xieng-Toung et Xieng-
Houng, qui est d'une manière générale formée par le fleuve
Namlam, à Texceplion d'une mince bande de territoire apparte-
nant à Xieng-IIoung, qui est située à l'ouest de ce fleuve juste
au sud du degré de latitude sus-nommé. En atteignant la limite
de Xieng Cheng, à environ 31^37' de latitude et ioo°i3' est de
Greenwich (16" 18' ouest de Pé-King) elle suivra la limite
entre ce district et Xieng-Iloung jusqu'à ce qu'elle atteigne le
fleuve Mé-Kong.
Aht. IV. — Il est convenu que l'établissement et la délimitation
de cette partie de la frontière qui est située au nord du 35**35'
de latitude nord seront réservés pour une future entente entre
les Hautes Parties Contractantes quand les formes et la condi-
tion du pays seront connus dune manière plus exacte.
Art. V. — En plus des concessions territoriales dans le
Theinni septentrional et la cession à la (ihine de l'Etat de
Kokang, qui résulte de la frontière décrite ci-dessus. Sa Majesté
Britanni(|ue, en considération de l'abandon des droits avancés
par la Chine sur le territoire situé en dehors et aboutissant à la
frontière de la Préfecture de Young Tchang et la sous-préfecture
de Teng Yueh, consent à renoncer en faveur de Sa Majesté
l'Empereur de Chine, et de ses héritiers et successeurs f)our tou-
jours, aux droits de suzeraiiîcté intérieurs et extérieurs sur les
Klats de Muonglem et \ieng-Houng jx>ssédés jadis par les Uois
d'Ava, concurremment avec lesEmpereursdeChine. Sa Majesté la
Reine-Impératrice renonce ainsi qu'il est dit plus haut à ces droits
et autres droits sur les dits États, avec les titres, prérogatives, et
privilèges y aflerant, à la seule condition que Sa Majesté l'Em-
l56 DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
de Chine en Birmanie, sauf sur la réquisition du Gouvernement
désirant leur importation ; ils ne seront non plus vendus qii*aux
personnes qui ont été dûment autorisées parleurs Gouvernevients
respectifs pour les acheter :
Canons, boulets et obus, cartouches et munitions de toute
sorte, armes h feu et armes de guerre de tout genre. Salpêtre,
soufre, soufre en canon, j>oudre à canon, dynamite, fulmicoton
ou autres explosifs.
Art. XI. — L'exportation du sel de Birmanie en Chine est
prohibée.
L'exportation de sapèques, de riz, de plantées légumineuses et
de grains de toutes sortes de Chine en Birmanie est prohibée.
L'importation et rex[X)rtation de l'opium et des liqueurs spi-
ritiieuses à travers la frontière est prohibée, excepté en petites
quantités à Tusage personnel des voyageurs. La quantité per-
mise sera délerminée par les Règlements des douanes.
Des infractions aux conditions stipulées dans cet article et
dans le précédent seront passibles de la conliscation de toutes les
marchandises en litige.
Art. \1I. — Le Gouvernement Britannique, désireux de
développer le commerce de frontière entre les deux pays en en-
courageaiît les entreprises minières dans le Yun-\an et dans les
nouvelles ac(juisitions territoriales de la Chine mentionnées dans
la présente convention, consent à autoriser les vaisseaux chinois
portant des marchandises, des minerais et minéraux de toutes
sortes et venant de Chine ou à destination de Chine, à naviguer
librement sur l'irawady dans les mêmes conditions que les vais-
seaux britanniques quant aux droits et autres alTaires.
Art. XHI. — Il est con\enu que Sa Majesté l'Empereur de
Chine nommera un consul en Birmanie, pour résidera Rangoun:
et que Sa Majesté lh*itanni(|ue nonnnera un Consul pour résider
à Manwyne : et que les Consuls des deux Gouvernements jouiront
dans chaque teritoire de l'autre des mêmes privilèges et immu-
nités que les (iOnsuls de la nation la plus favorisée.
En outre, à mesure et en pro[)ortion des progrès du com-
merce entre la Birmanie et la (ihine. des Consuls additionnels
seront nommés par consentement mutuel, afin de résider dans
telles villes en Birmanie et au Yun-Nan que les besoins du com-
merce paraîtront l'exiger.
La correspondance entre les Consuls Britanni([ues et les Con-
suls Chinois respectivement et les autorités principales de l'endroit
CONVENTION AN GLO-CllI NOISE 167
OÙ ils résideront, sera échangée dans les termes d'une égalité par-
faite.
Art. XIV. — Des passe-ports, écrits en Chinois et en Anglais,
et dans des ternies idenlicpics à ceux délivrés aux étrangers dans
les ports à Traités en Chine, seront, sur la demande des autorités
britanniques com|)étentes, accordés aux commerçants britanni-
ques et autres désireux de se rendre de Birmanie en Chine, par
le Consul Chinois de Hangoun ou par les autorités chinoises de la
frontière; et les sujets Chinois désireux de se rendre de Chine en
Birmanie seront, sur la demande d'une autorité (juelconquc
Chinoise reconnue, autorisés à recevoir un passe-port semblable
du Consul de Sa Majesté Britannique à Manwyne ou autres villes
suivant la commodité où se trouverait un otïicier Consulaire
Britannique.
Art. W. — Si des criminels, sujets de l'un des pays, se ré-
fugiaient sur le territoire de l'autre, ils doraient, si la demande
en était faite, être recherchés, et une raisonnable présomption
de leur culpabilité étant établie, être remis aux autorités deman-
dant leur extradition,
La « réquisition due » sera considérée comme signifiant la
demande d'un fonctionnaire quelconque de l'un ou l'autre
Gouvernement possédant un sceau, et la demande doit être
adressée à l'olTicier de la frontière le plus rapproché du pays dans
Iwjuel le fugitif s'est réfugié.
Art. \V1. — Kn vue d'améliorer les relations entre les deux
pays, et en plaçant le Consul chinois à Uangoun en communica-
tion avec les Hautes Autorités Provinciales du Yun-Nan, les
Hautes Parties Contractantes entreprennent de relier les svstèmes
télégraphiques des deux pays entre eux, aussitôt que les arrange-
ments nécessaires [>ourront être faits ; la ligne, cependant, ne
sera au début, employée qu'à la transmission des télégrammes
oiliciels et des messages en général de Birmanie j)our la Pro-
vince du Yun-Nan et réciprgquement '.
Art. \VH. — H est convenu cpie les sujets des deux Puis-
sances jouiront dans les territoires de l'autre de tous les pri-
vilèges, imnuinités et avantages, qui ont été ou seront plus tard,
accordés aux sujets d'une autre nation quelconque.
Art. WHI. — 11 est convenu que les clauses commerciales
contenues dans la présente Convention étant d'une nature spé-
1. ^oi^ III, [). (jf).
l58 DÉLIMITATION DE LA FRONT! KRE SUD DE LA CHINE
cialc et le résultat de mutuelles concessions, consenties en vue de
les adapter aux conditions locales et aux nécessités particulières
du commerce entre la Birmanie et la Chine, les avantages qui en
résultent ne pourront pas être invoqués par les sujets d'autres
Puissances résidant dans d'autres villes que celles où les deux
Empires sont limitrophes, exc<*plé où les mômes conditions
prévalent, et là seulement en retour de semblables avantages.
Art. XIX. — Les arrangements se rap|)orlant au trafic et au
commerce contenus dans la présente Convention étant d'un ca-
ractère provisoire et expérimental, il est convenu que si une
expérience subsé([uente de leur mise en œuvre, ou une plus in-
time connaissance des besoins du commerce que celle possédée
maintenant le réclamaient, ils seraient re\isés à la demande de
Tune des deux Parties après un délai de six ans après
réchange des ratillcalions de la Convention présente, ou plus tôt
si les deux Gouvernements le désiraient.
Art. XX. — Les ratifications de la Convention présente sous
la signature de Sa Majesté Britannique et de Sa Majesté l'Empe-
reur de Chine seront échangées à Londres dans six mois h partir
du jour de la signature, ou [)lus tôt, s'il est possible.
La (Convention sera mise en >igueur immédiatement après
l'échange des ratifications.
En foi de quoi les Plénipotentiaires respectifs ont signé cette
Convention en quatre exem[)lairos, deux en Chinois et deux
en anglais.
Fait à Londres le premier jour de Mars, mille huit cent et
quatre-vingt-cjuatorze, correspondant au uV jour de la i'"'^ lune
de la 30'' année do Kouang-Siu.
(L. S.) UoSKBERRY.
(L. S.) SiK.
nÉCLAIWTlON
En procédant à la signature aujourd'hui de la Convention
entre la Grande Bretagne et la Chine, donnant elTetà l'article 111
de la Convention relative à la Birmanie et au Tibet, signée h
Pé-King, le 34 juillet, 1886 :
Les Plénipotentiaires soussignés déclarent que, attendu que la
présente Convention a été conclue dans le but spécial men-
tionné dans le préambule, les clauses qui y sont contenues ne sont
MlâSION PAV1Ë 169
applicables que dans les portions des Etals de Sa Majesté Bri-
tannique cl de Sa Majesté l'Hiupereur de Chine qui sont dési-
gnées expressément dans la dite Convention, et ne peuvent pas
être interprétées comme applicables autre part.
Fait à Londres le 1*^ jour de Mars, 189^.
(L. S.) ROSEBERRY
(L. S.) SiÉ *
D'une façon générale, la frontière depuis 23''4 1 ' lati-
tude N. suivait la Salouen jusqu'à la limite Mord du cercle
de Koun long ; elle suivait cette limite vers TEsl laissant à
TAnglelerre tout le cercle de Koun long et à la Chine TÉlat
de Kokang, ensuite la frontière continuait dans une direction
Sud jusqu'au Mékong ; cette dernière partie devant êlre déli-
mitée postérieurement.
MISSION PAVIE
A la fin de mars i8()/j, M. Pavie, accompagné de son
secrétaireparticulierelde M. Lefèvre-Pontalis, quittait Bangkok
au moment oii la saison des pluies allait commencer ; ils
remontèrent le Ménam jusqu'à (3utaradit, puis ils se rendi-
rent à dos d'éléphant jusqu'à Xieng-IIai, en passant par
Muong-Nan. M. Vacle, commissaire du gouvernement, était
arrivé le 3i mars à Luang-Prabang*, et il annonçait l'heu-
reux résultat de sa mission dans le rapport suivant :
« Sur tout le parcours du territoire du Laos que j'ai traversé.
« j'ai trouvé l'accueil le plus empressé cl les populations ont
« montré clairement qu'elles éprouvaient une grande satisfaction
« à se voir soumises à l'autorité française.
« Le premier roi de Luang-Prabang, qui avait envoyé à ma
a rencontre son fils aine, m'a assuré que je trouverai auprès de
a lui tout le concours sur lequel j'étais en droit de compter.
« Le 8 avril, les deux rois, les membres de leurs familles et
I. Trealy Séries, n» ig, 189'» [G. — l^^']]-
3. Le 1^1 juin 189^1, la rcsidenco de Luang-Prabang fut détruite par
un violent incendie.
iGo DÉLIMITATION DE LA KUONTIKRE SUD DE LA CUIKË
a tous les mandarins réunis solennellement à la pagode de Wal-
« Mai*, ont prêté en ma présence serment de fidélité et de dé-
« vouement au gouvernement de la République française.
Zimui'AJ^mè/ ^m/.
« Dos le lendemain, j*ai commencé à m'occuper, avec les deux
I . Résiclence du Phra Rang.
M. A. GÉRARD iGl
a rois. dc5 afTaircs du pays, parliciilièrcmcnl du rccrulemeni et
a de rinslruclion des milices locales. »
Quelques incidents marquèrent la mission de nos commis-
saires, en particulier l'occupation de Muong Sing, capitale
delà principauté de Xieng-Kheng, sur la rive gauche du Mé-
kong, par le capitaine Caulfield, venu de Xieng-ïoung.
M. A. GÉRARD
Nous allions enfin recueillir le fruit des explorations et
des travaux de nos vaillants compatriotes.
M. Auf^uste fîérard' avait été nommé eiivové extraordi-
naire et ministre plénipotentiaire en (Ihinelc 3 octobre i8<)3,
à la place de M. Gabriel Lemaire. Le nouveau ministre
arriva à Pé-King quatre mois avant Touverture de la guerre
sino japonaise ^ Outre ce qui concernait d'une façon parti-
culière la question de Faudience et les autres questions d'un
intérêt général et permanent, le nouveau ministre avait des
instructions parliculiércs pour régler d'une façon définitive
la frontière entre la Chine et le Tong-King, de manière à
supprimer toute espèce (Fétat-tampon entre nos possessions
1. Gérard, Ait fruste, né le 28 mars i85a ; licencié es lettres, ancien
élève de l'Ecole normale supérieure ; rédacteur charge des fonctions de
chef du service de la presse, 2 mars 1880; secrétaire d'amhassado do
seconde classe à Washinj^ton, 10 novembre 1880 ; chef du cabinel du
ministre, 18 décembre 1881 ; secrétaire de première classe, 27 janvier
1882 ; à Madrid, iG février 1882 ; chargé d alTaircs. i"" aoiil-6 novembre
1882; secrétaire de première classe à Berne, i5 juin i883 ; conseiller
d'ambassade à Berne, i5 juillet i88/i; consenier d'ambassade à Komc
(Quirinal), 8 décembre i885 ; ministre plénipotentiaire do deuxième
classe, 28 décembre 1888; chargé d'affaires au Monténégro, 8 janvier
1889; envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire au Brésil, 29
novembre 1890; à Péking, 3 octobre i8y3 ; ministre plénipotentiaire de
!••« classe, i5 août 1890 ; à Bruxelles, 29 décembre 1897.
2. M. Gérard arriva h Chang-llaï le hmdi 26 mars 1894, cl M. Le-
maire, venant de Tien-Tsin, le mercredi 28 mars.
CoKOllR. IH. II
l63 DÉLIMITATION DE LA mONTIÈRE SUD DE LA CUIN'E
et le Mékong (i5 septembre 189/1). Suivant les instructions
de M. Hanotaux, niinislre des affaires étrangères, basées sur
les conclusions de la première mission Pavie (1890-1891),
chargé, non d'une mission d'abornement ni de délimitation,
mais d'une mission d'étude, M. Gérard, après avoir vu
M. Pavie et M. de Lanessan à Saigon, proposa au Tsoung-
li Yamen, qui raccepla, une frontière qui laissait à TAnnam
le territoire gouverné par Deo-van-tri, le bassin du Nam-hou
et la rive gauche du Mékong, jusqu'à sa rencontre avec le
Lo-so, sauf rectification sur le terrain'.
Le 7 décembre 1894, M. Hanotaux faisait savoir à notre
ministre à Pé-King qu'il pensait qu'il y aurait peut-être lieu
de proposer au gouvernement chinois certaines modifica-
tions aux arrangements qui régissent nos rapports de com-
merce et de frontière avec la Chine, à la limite du Tong-
King proprement dit ; par exemple, la suppression de l'ar-
ticle 9 de la Convention commerciale du 26 avril 1886 ;
obtenir du gouvernement chinois la reconnaissance du droit
pour nos nationaux d'exploiter des mines dans les provinces
limitrophes du Tong-King ; modifier l'article 2 de la Con-
vention additionnelle du 26 juin 1887, qui prévoit la créa-
tion d'un vice consulat français à Man-hao, qui serait transféré
à Ho-k'eou ; enfin, rétablissement d'un consul franç<iis à
Yun-nan fou et à Kouei-Iin, capitale du Kouang-Si.
Les négociations furent poursuivies avec ardeur pendant
toute la durée de la guerre sino-japonaiscet, le 20 juin, c'est-
à-dire deux mois après la signature du traité de Shimonoseki
(17 a\ril 1895), enlrc le Japon et la Chine, M. Gérard
réussit à signer les deux conventions de délimitation et de
commerce, comi)lément des conventions du 26 juin 1887,
négociées par M. Constans.
I. Ministrrc des AfTaircs étrangères. Documents diplomatiques. —
Cil IN F, i89.Vi^«j^- Paris, Imp. nat., 1898, in fol.
CONVENTION DE DÉLIMITATION l63
CONVENTION DE DELIMITATION, 20 JUIN iSgS
Convention complémentaire de la Convention de délimitation
de la frontière entre le Tong-Kinrj et la Chine du 26 juin
1887.
Les Commissaires nommés par les deux Gouvernements pour
reconnaître la dernière partie de la frontière entre la Chine et le
Tong-King (du Fleuve rouge au Mékong) ayant terminé leurs
travaux,
Monsieur Auguste Gérahd, ministre plénipotentiaire, envoyé
extraordinaire de la Uépubliqne Française en Chine, oflficier de
la Légion d'honneur, grand-croix de Tordre de l'Indépendance
du Monténégro, grand-oflicier de Tordre royal de Charles 11 1
d'Espagne, grand-olïicier de Tordre royal de la Couronne d'Italie,
etc., etc., etc.. d'une part,
et
Son Altesse le prince K'ing, prince du premier rang, président
du Tsoung-li Yamen. etc., etc.. etc., et
Son Excellence Sit Yong-yi, membre du Tsoung-li- Yamen et
du Grand Conseil de l'Empire, vice-président de gauche au mi-
nistère de l'intérieur, elc, etc.. etc., d'autre part.
Agissant au nom de leurs Gouvernements respectifs et munis
il cet effet de pleins |)ouvoirs (|u'ils ont, après communication,
reconnus être en bonne et due forme, ont décidé de consigner
dans le présent acte les dispositions suivantes destinées à recti-
fier et compléter la convention signée à Péking le 26 juin 1887,
les procès- ver baux et les cartes qui ont été dressés et signés par
les commissaires français et chinois étant et demeurant approu-
vés.
I. — Le tracé de la frontière entre le Yim-nan et TAimain
(carte de la deuxième section) du point Rau [X)int S. est modifié
ainsi qu'il suit :
« La ligne frontière part du point R, se dirige au nord-est
a jusqu'à Man-mei, puis de Man-mei, et suivant la direction
« ouest-est, jusqu'à Nan-na, sur le Ts'ing-<'houei-lio, laissant
a Man-mei à TAnnam et les territoires de Mong-t'ong-chang-
a ts'ouen, Mong-t'ong-chan, Mong-t'ong-tchong-Ls'ouen. Mong-
« t'ong-iiia-ls'ouen à la Chine. »
l64 DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
H. — Le trace de la cinquicme section entre Long-po-tchai et
la Rivière noire est modiûc ainsi qu'il suit :
« A partir de Long-po-tchai (cinquième section), la frontière
« commune du Yun-nan et de TAnnam remonte le cours du
a Long-po-ho jusqu'à son confluent avec le Ilong-yai-ho. au
« point marqué A sur la carte. Du point A, elle suit la direction
a générale nord-nord-ouest et la chaîne de partage des eaux jus-
« qu'au point où le P'ing-ho prend sa source.
« De ce point, la frontière suit le cours du P'ing-ho, puis
« celui du Mou-k*i-ho jusqu'à son confluent avec le Ta-pao-ho,
« qu'elle suit jusqu'à son confluent avec le Nan-Kong-ho. puis
a le cours du Nan-Kong-ho jusqu'à son confluent avec le Nan-
« na-ho.
« La frontière remonte ensuite le cours du Pa-pao-ho jusqu'à
a son confluent avec le Kouang-sse-ho, puis le cours du Kouang-
« sse-ho et suit la chaîne de partage des eaux jusqu'au confluent
a du Nam-la-pi et du Nam-la-ho, enfin le Nam-la-ho jusqu'à
a son confluent avec la Rivière noire, puis le milieu de la Rivière
a noire jus(ju'au Nam-nap, ou Nam-ma-ho. »
111. — La frontière commune du Yun-nan et de l'Annam
entre la Rivière noire, à son confluent avec le Nam-nap, et le
Mékong est tracée ainsi qu'il suit :
« A partir du confluent de la Rivière noire et du Nam-nap, la
« frontière suit le cours du Xam-nap jusqu'à sa source, puis,
« dans la direction sud-ouest et ouest, la chaîne de partage des
« eaux jns(|u'aux sources du Nam-Kang et du Nam-hou.
« A partir des sources du Nam-hou, la frontière suit la chaîne
de partage des eaux entre le hassin du Nam-hou et le hassin du
Nam-la, laissant à la Chine, à l'ouest, Ban-noi, I-pang, 1-wou,
les Six morrtagnes à thé. et à l'Annam, à Test, iVIong-wou et
« Wou-te et la confédéral ion des llua-panh-ha-tang-hoc. La
« frontière suit la direction nord-sud, sud-est juscju'aux sources
« du Nan-ouo-ho, puis elle contourne, par la chaîne de partage
« des eaux, dans la direction ouest-nord-ouest, les vallées du
« Nan-ouo-ho et des affluents de gauche du Nam-la juscju'au con-
« fluent du Mékong et du Nam-la, au nord-ouest de Muong-
« i)oung. Le territoire de Muong-mang et de Muong-jouen est
« laissé à la Chine, Quant au territoire des Huit sources salées
« (Pa-fa-tchai), il demeure attribué à l'Aimam. »
ÏV. — Les agents, commissaires ou autorités désignés pnr les
deux Gouvernements seront chargés de procéder à raborneinent
CONVENTION COMMERCIALE l65
conformément aux caries dressées et signées par la commission
de délimitation et au tracé ci-dessus.
V. — Les dispositions concernant la délimitation entre la
France et la Chine, non modifiées par le présent acte, restent en
pleine vigueur.
La présente Convention complémentaire, ainsi que la Conven-
tion de délimitation du aG juin 1887, sera ratifiée des à présent
par Sa Majesté l'Empereuh de Chine, et après qu'elle aura été
ratifiée par le Président de la RÉruBLiQUE Française, rechange
des ratifications se fera h Pé-King dans le plus bref délai pos-
sible.
Fait il Pé-King, en quatre exemplaires, le 20 juin mil huit
cent quatre-vingl-<|uiiize, corresjxjndant au vingt-huitième jour
de la cinquième lune de la vingt-el-unième année Kouang-
Siu.
(L. S.) Signé : A. Gérard.
(L. S.) Slfjnalures du Prince K'ing
et de Siu Yong-yi.
CONVENTION COMMEIVCIVLE, 20 JUIN iSgS.
Convenlion complémentaire de la Convention additionnelle
de commerce du 26 juin 1887 entre la France et la
Chine.
Le Président de L\RÉPi:nLiQUE Française et Sa Majesté TEmpe-
REUR DE Chine, désireux de favoriser et d'étendre, sur la frontière
sino-anna mite désormais délimitée jus([u'au Mékong, le dévelop-
pement des relations commerciales entre les deux pays et d'assu-
rer la bonne exécution du Traité de commerce signé à Tien-Tsin
le 33 avril 188G. ainsi (jue de la Convention additionnelle signée
à Péking le aG juin 1887. ont décidé de conclure une Convention
complémentaire contenant plusieurs dispositions nouvelles et mo-
difiant quelques-unes des dispositions insérées dans les précédents
actes.
A cet effet, les deux Hautes Parties Contractantes ont nomme
pour leurs plénipotentiaires resjx»ctifs, savoir :
Le Président de la République Française, Monsieur Auguste
Gérard, ministre plénipot^^'nliaire, envoyé extraordinaire de la
République Fran<;aise en Chine, olTiciçr de la Légion d'Honneur,
lOC DÉLI«flTATIO:V DE L% rRO!CTILRE: Sl'D DE LA CH13CE
grand-Ooix de Tordre dcrindé|ieDdance du Monténégro, grand-
officier de Tordre roval de Cliarles III d'Espagne, grand-oflicicr
de Tordre royal de la Txjuronne d'Italie, etc., etc., etc., ...
et
Sa Majesté l'Empereur de Ciii^e. Son Altes.^ le prince K*i7(g,
prince du premier rang, président du Tsoung-Ii-Yamen, etc.. etc.,
et
Son Excellence Siu Yonc-yi, membre du Tsoung-H-Yamen et
du Grand Cons»<»il de TEmj)ire. vice-président de gauche au mi-
nisUVrc de l'intérieur, etc., etc., etc....
Lesfpiels. apn'»s s'élre communiqué leurs pleins pouvoirs, qu'ils
ont reconnu» en l>onne et duc forme, sont convenus des articles
suivants :
Article I. — Il est convenu, })our assurer la ptilicede la fron-
tière, que le (jouverneinenl Français aura le droit d'entretenir
un agent d'ordre consulaire à Tong-hing, en face de Moncay. sur
la frontière du Kouang-loung.
Lu règlement uilérieur délerminera les conditions dans les-
quelles devra s'exercer, d'accord entre les autorités françaises et
chinoises, la police commune de la frontière sino-annamile.
Article a. — L'article a de la Convention additionnelle signée
à IV'kiiigle aOjuiii iSSy est modifié et complété ainsi qu'il suit :
Il est convenu entre les Hautes Parties Contractantes que la
ville (le Long-lclieon, an Kouang-si, et celle de Mong-ts(»u, au
Yun-nan, s<^)nl ouvertes au commerce franco-annamite. H est
entendu en outre, (pie le point ouvert au commerce sur la route
fluviale de LaivKni à Mong-tseu est non plus h Man-hao, mais
IIo- K'eou et (pie le (louvernemeiit Français aura le droit d'en-
tretenir à Ilo-K*(;on un agent relevant du consul deMong-tseu, en
UK^ine lem[)s (pic le (jouvernemenl Chinois y entretiendra un
agent des douanes.
Article 3. — Il est convenu que la ville de Sse-mao, au Yun-
nan, sera ouverte au commerce franc(vannamite comme Long-
tclieou et Mong-lseu et que le (îouvernement français aura le droit,
comme dans les autres ports ouverts, d'y entretenir un consul,
en nu'^me temps (pie le (jouvernement Chinois y entretiendra un
agent des douanes.
Les autorité*» local(»s s'emploieront à faciliter l'installation du
consul de France dans une résidence honorable.
Les Français et protégées français pourront s'établir à Sse-mao
CONVENTION COMMERCIALE 167
dans les conditions prévues par les articles 7. 10, 11, 13 et autres
du Traité du a" juin i858, ainsi que par l'article 3 de la Con-
vention du a 5 avril 188G.
Les inarcliandises à destination de Chine j>ourroiit être trans-
portées parles rivières, noianiinent le Lo-so et le Mé-Kong, aussi
bien (pie par les roules de terre et notamment par la route man-
darinale (pii conduit soit de Mong-lé, soit d'I-pang, à Ssc-mao
et P'ou-eul. les droits dont ces marchandises seraient passibles
devant être ac([uittés à Sse-mao.
Article l\. — l/article 9 de la (!lonvention commerciale du
20 avril 188G est modifié ainsi (ju'il suit:
I. — Les marcliandises chinoises transitant de l'une à l'autre
des quatre villes ouvertes au commerce sur la frontière, Long-
tclieou, Mon^-tseu, Sse-mao et IIo-K'eou, en passant par l'Annam.
paieront, à Li sortie, le droit réduit des (juatre dixièmes. Il leur
sera délivré un certificat s[>écial constatant le paiement de ce droit
et destiné à accompagner la marchandise. Lorsque celle-ci sera
parvenue dans l'autre ville, elle sera exemptée du paiement du
droit d'importation.
3. — Les marchandises chinoises qui seront exportées des
quatre localités désignées ci-dessus et transportées dans les
ports chinois, maritimes ou lluviaux, ouverts au commerce,
acquitteront, à la sortie par la frontière, le droit d'exportation
réduit des quatre dixièmes. Il leur sera délivré un certificat s|>é-
cial constatant le ])aiemenl de ce droit et destiné à accompagner
la marchandise. Lorsque celle-ci sera parvenue dans un des |X)rts,
maritimes ou lluNiaux, omertsau commerce, elle aura a acxpiit-
ter le demi-droit de réimportation, conlormément à la règle gé-
nérale pour toutes les marchandises semblables dans les ports,
maritimes ou fluNiaux. ouverts au commerce.
3. — Les marchandises chinoises qui seront transportées des
j)orls chinois, maritimes ou lluviaux, ouverts au commerce, ])ar
la voie de l'Annam, vers les rjuatre localités désignées ci-dessus
acquitteront, à la sorti:\ le droit entier. 11 leur sera délivré un
certificat spécial constatant le paiement de ce droit et destiné à
accompagner la inarchan(lis(\
Lorsrpie celle-ci sera parvenue à l'une des douanes de la fron-
tière, elle acquittera, à l'entrée, un demi-droit de réimportation
basé sur la réduction de quatre dixièmes.
4. — Les marchandises chinoises sus-mentionnées et qu'accom-
pagnera le cerlilicat spécial prévu plus haut seront, avant le pas-
lC)S DÉLIMITATION DE L\ FRONTIÈRE SUD DE LA CHIKE
sage en douane a rexportalîon, ou après le passage en douane
à la n'importât ion, soumises aux règlements régissant les mar-
cliandises natives chinoises.
Article 5. — 11 est entendu que la Chine, pour rcxploitation
de ses mines dans les provinces du Yun-nan, du Kouang>si et du
Kouang-loung, pourra s'adresser d'ahord à des industriels et ingé-
nieurs iVançais, Texploilation demeurant, d'ailleurs, soumise aux
règles édictées par le Gouvernement Impérial en ce qui concerne
l'industrie nationale.
Il est convenu que les voies ferrées, soit déjà existantes, soit
projetées en Annam pourront, après entente commune et dans
des conditions à délinir, être • prolongées sur le territoire chi-
nois.
Article G. — l/article a delà Convention télégraphique entre
la France et la Chine, signée à Tché-fou le i **'' décembre 1888 *,
est complété ainsi qu'il suit :
1). — Un raccordement sera établi entre la préfecture secon-
daire de Sse-mao et l'Annam par deux stations qui seront Sse-
niao, en Chine, et Muong-ha-hin (Muong-ngay-neua), placé,
en Annam, à mi-chemin de Lai-chau et de Luang-Prabang.
Les tarifs seront fixés conformément à l'article 6 delà Conven-
tion télégraphique de Tché-fou,
Article 7. — 11 est convenu (pie les stipulations commer-
ciales contenues dans la pn'sente Convention étant d'une nature
spéciale et le résultat de concessions mutuelles déterminées par
les nécessités des relations entre Long-tchéou, llo-K'eou, Mong-
tseu, Sse-maoet l'Annam, les avantages qui en résultent ne pour-
ront être invo<piés par les sujets et protégés des doux Hautes
Parties Contractantes que sur les points, ainsi que j)ar Ivs voies
flu>iales et terrestres, ici déterminés de la frontière.
Article 8. — Les présentes stipulations .seront mises on \'i-
guour comme si elles éUient insérées dans le texte même de la
Convention additionnelle du aC juin 1887.
Article 9. — Les dispo.sitions des anciens traités, accords et
conventions enti-ela France et la Chine, non modifiées par le pré-
sent traité, restent en pleine vigueur.
La présente Convention complémentaire sera ratifiée, dos à
présent, par Sa Majesté l*Emperei:r de Chine et, après qu'elle
I. Voir p. 91.
nkr.LEMENT DE POLICE 1G9
aura clc ralifiée par le Président de la République Française,
l'échange d(*s ralifica lions se fera à IWKing dans le plus bref
délai possible.
Fait à Pé-King, en quatre exemplaires, le vingt juin mil huit
cent (luatre-vingt-quinze. correspondant au vingt-builième jour
de la cinquième lune de la vingt et unième année Kouang-Siu.
(L. S.) Signe : A Gérard.
(L. S.) S i(j natures du iVince K*ing
et de Siu Yo>g-yi.
Coninio conséquence tic la signature de la convention de
déliniilation, les deux Muong-llou furent occupés le 6 sep-
tembre sans incident et par application Tarticle i*'' de la
Convention commerciale du 20 juin i8()5, confonnéinent
aux instructions du ministre des affaires étrangères et d'ac-
cord avec le gouverneur -général de Tlndo-Cliine, M. Gérard
présenta un règlement de police mixte de la frontière si no-
annamite au Tsoung-li Yamen, cjui, le 7 mai 1896-, y donna
son adhésion.
RÈGLEMENT DE I»OI.ICE, 189G.
lit'glemcnt pour Vexécution d'une police mij'te sur la
fronlii*rc sino annamite.
I. — Commissions mixtes pour la police de la frontière sino-
annamite.
Article i''''. — L'ensemble de la frontière sino-annamite est
di\isé, en ce (jui concerne l'exécution d'une police mixle à assu-
rer par le Gouvernement Cliinois et leCîouvernemenl du Protec-
torat de l'Annam, en trois ])arlies, savoir:
i"^ partie : frontière entre la pro>ince du Ivtuamj-Toumj ei
FAnnam ;
a" partie : frontière entre la province du Kounng-Si et r.4fi-
nam ;
3" partie : frontière entre la province du Yun-i\an et rAnnam,
Article 2. — Dans chacune des parties de frontière déter-
minées à l'article précédent, le service de la police est dirigé par
lyO DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
une Commission mixte composée de : un Commissaire français
et un Commissaire chinois.
Article 3. — Le Commissaire français a autorité sur lesofG-
ciers et fonctionnaires de la région de FAnnam correspondante
à la partie de frontière placée sous sa surveillance, en ce qui con-
cerne Texécution du service de police. Il relève directement du
Gouverneur Général de rindo-Chine.
Le Commissaire chinois a autorité sur les otTiciers et fonction-
naires de la province chinoise correspondante à la partie de fron-
tière placée sous sa surveillance, en ce qui concerne Texécution
du service de police. 11 relève directement du Vice-roi et du Gou-
verneur de la province :
Article f\. — Les lieux de résidence des Commissaires fran-
çais sont les suivants :
1** partie de frontière : Monkay;
2* partie de frontière : Lniujson ;
3* partie de frontière : iMokay.
Les lieux de résidence des Commissaires chinois sont les sui-
vants :
i*"' partie de frontière : Tong-himj ;
2' partie de frontière : P' ing-sinng ;
3® partie de frontière : Iht-Keou.
Article 5. — Les résidences des Commissaires français et chi-
nois constituant une moine Commission mixte seront réunies
par une ligne téléphonique ou par une ligne télégraphique.
2. — Moyens de police sur la frontière.
Article G. — La police est exercée sur la frontière au moyen
de |K)stes militaires doubles formés avec les troupes régulières
des deux pays.
Article 7. — Chatpie poste militaire double comprend un
poste français et un poste chinois, placés de part et d'autre de la
frontière, sur la même voie de pénétration.
Dans les lieux où la configuration du terrain ne permettra pas
rinstallation de cantonnements, ceux-ci pourront être établis de
façon à si\ faire face de plus loin, sur le côté, à droite ou à
gauche, en avant toujours soin que l'on se trouve, de part et
d'autre, en vue et en communauté d'action.
Article 8. — Chaque poste militaire français ou chinois com-
prend un elfectif minimum de trente soldats réguliers armés. 11
est commandé par un ollicier.
HKGLKMENT DE POLICE I7I
Article 9. — Dans cliaquc poste militaire double, le poste
français el le poste cliinois seront, aussitôt que possible, réunis
par une ligne téléphonique ou par une ligne télégraphique.
Article 10. — Les postes militaires doubles sont établis aux
passages suivants :
1° Monhny, Tomj'huuj ;
3° Pac'siy Li-lsie (Ly-iien) ;
3° lfoan(j-rno, Leng-tong (ÏJiiifj-dong) ;
l\^ Chi-ma, (]he-ma (Chi-mn) ;
5** Ditng-danq, IKan-Konan (.\ain-ijuan) ;
6^ Bi-nhi, ring-cul (Bi-nhi) ;
7" Na-lan, Pou-Kiu (Ho-cup) ;
S" Ta-lnng, Clwuei -hTeou-Kouan (Thuy-Kau) ;
9" Ly-ban, Li-pnn (Ly-ban) ;
10" Soc-gifing, P^ing-meng (Binh-mnng).
Article 11.- — F^e nombre et l'emplacement des postes mili-
taires doubles, déterminés à l'article précédent, pourront être
modiliésd'un commun accord, après avis préalable entre le Gou-
vernement français el le (iouvernement chinois. Ils resteront pro-
visoirement indéterminés sur la frontière du Yun-Nan.
3. — Exécution du service de police sur la frontière.
Article 13. — Conformément aux dispositions du traité con-
cln à Tien-Tsin, entre la France el la (^hiiie, le 9 juin i885, les
Français ou protégés français el habitants étrangers du Ïong-King
qui voudront franchir la frontière pour s<» rendre en Chine, ne
pourront le faire qu'après s'être munis préalablement de passeports
délivrés pir les autorités chinoises de la frontière sur la demande
des autorités françaises. l*om' les sujets chinois, il snlTira d'une au-
torisation délivrée parles autorités imjx'rialesde la frontière.
Les sujets chinois qui voudront se rendre de Chine au Tong-King
par la voie de terre devront être munis de passeports réguliers
délivrés par les autorités françaises, sur la demande des auto-
rités impériales.
Article i3. — Les seuls points de passage autorisés pour les
ressortissants des deux pavs sont uniformément, jusqu'à nouveau
règlement, les dix passages déterminés à l'article 10 du présent
Hèglement.
Les autorisations et passeports devront porter l'indication du
passage par lequel leurs détenteurs sont autorisés à franchir la
frontière.
172 DÉLIMITATION DE LA FHONTI^IRE SUD DE LA CHINE
AnTicLE 14. — Les autorisations et passeports seront, au pas-
sage dans les postes militaires doubles, visés par le commandant
du poste français et examines par le commandant du poste chi-
nois, auquel ils devront être présentés.
Article i5. — Par dérogation aux dispositions des articles 12,
i3 et i4 du présent Règlement, des autorisations j)ermanenles
de franchissement de la frontière [)ourront être accordées, de
concert par les autorités locales des deux jmys et les comman-
dants des postes militaires doubles, aux ressortissants des deux
pays et aux habitants étrangers du Tong-King, (pii, par les besoins
de leur profession, de leur commerce ou d'une exploitation agri-
cole, sont appelés à séjourner de part et d'autre de la frontière
alternativement.
Article iG. — Les autorisations permanentes visées à Tarlicle
précédent seront renouvelables annuellement, du i*'^ au 10 jan-
vier de l'année française, mais avis à cet effet devra être donné
un mois d'avance aux autorités chinoises, qui informeront les in-
téressés.
Article 17. — Les autorisations permanentes devront ôtre en-
registrées parles autorités des deux pays qui les auront délivrées
et celles-ci en rendront compte au Commissaire de leur nation
pour (ju'il en garde mention dans ses archives.
4. Exécution du service de police vis-à-vis des rassemblements
ou des bandes armées.
Article 18. — Lors(pie des rassemblements de pirates seront
signalés sur le territoire de l'Annam. le commandant du poste
franç^îis qui en aura connaissance devra, dans chaque poste mi-
litaire double, prévenir immédiatement le conunandant du |M)ste
chinois et le (iOmniissaire français chargé de la partie de fron-
tière sur laquelle est situé son poste.
Article 19. — Lorsque des rassemblements de pirates seront
signalés sur le territoire de la Chine, le commandant du poste
chinois qui en aura connaissance devra, dans chaque posle mili-
taire double, prévenir immédiatement le commandant xlu [)<)ste
français et le Commissaire chinois chargé de la surveillance de
la partie de frontière sur laquelle est situé son posle.
Article 20. — Les deux Commissaires donneront après un
accord commun, chacun en ce qui le concerne, les ordres néces-
saires au sujet des mesures de police à prendre contre les rassem-
blements signalés.
Dans chaque poste militaire double, le commandant du poste
RÈGLEMENT DE POLICE 178
français et le coinmandaiil du poste chinois devront se conimu-
iiiqucr rociprocjueniont les instructions ou les ordres reçus des
membres de la Commission mixte.
Article ai. — En cas d'urgenc€, le commandant du poste
franç-ais et le connnandant du poste chinois, dans chaque poste
militaire double, se concerteront au sujet des mesures de |)olice
à prendre et rendront compte de ces mesures à leurs Commis-
saires respectifs.
Article aa. — Si des pirates, poursuivis par des troupes fran-
çaises en Annam, franchissent la frontière et passent en territoire
chinois, avis en sera donné par le poste militaire français voisin
au }X)ste militaire chinois, ou par le commandant des troupes
françaises en opération au chef militaire chinois qui se trouvera
à proximité, atin que la poursuite soit continuée sans délai par
les troupes chinoises et que les pirates soient capturés.
Dans le cas où des pirates franchiraient la frontière pour pas-
ser de Chine en Annam, les postes frontières chinois ou les Com-
mandants des troupes chinoises en opération auraient le devoir
d'en aviser aussitôt les postes frontières français voisins ou les
commandants des troupes franç^iises se trouvant à proximité,
alin que la poursuite puisse être continuée sans délai par les
troupes françaises et que les j)irates puissent être capturés.
Toute négligence ou tout retard apportés dans la poursuite
qui devra être ainsi continuée ou dans l'avis à donner entraînera
aussitôt la responsabilité des oUiciers commandant les postes ou
les troupes et les rendra passibles de pénalités sévèrCvS. La peine
iiilligée sera portée à la connaissance du Commissaire de Tautre
pays, membre de la Commission mixte intéressée.
5. — Responsabilité des Commissaires et des Commandants
des postes militaires doubles.
Article aS. — Les Commissaires français et chinois, membres
d'une Conmiission mixte, qui ne se seront pas conformés aux
dis[>ositions qui les concernent dans le présent Règlement seront
l'objet d'encjuétes faites, de part et d'autre, par les hauts fonc-
tionnaires des deux pays, qui détermineront les responsabilités
encourues. Lors(jue la peine infligée par Tun des Gouvernements
aura été portée à la connaissance de l'autre, chacun agira selon
ses propres lois.
AuiicLE u'j. — Les commandants de poste français ou chinois,
dans un poste militaire double, ou les connnandants de troupes
lyi DÉLIMITATION DE L\ FRONTIKUE SUD DE LA CHINE
françaises ou chinoises qui ne se seront pas conformés aux dis-
positions qui les concernent dans le présent Règlement seront
l'objet d'enquêtes faites, de part et d'autre, parles deux Connnis-
saires français et chinois, membres de la Commission mixte char-
gée de la surveillance de la partie de frontière concernée. Cha-
cun prononcera la jK^nalité encourue selon les lois de son propre
pays et la portera à la connaissance du (Commissaire de l'autre
pays, membre de la Conunission mixte intéressée.
G. — Exécution du service de police dans Farchipel du Tong-
King.
Article ao. — Toute barque ou chaloupe montée par un
é(}uipage composé de Chinois et naviguant dans leseauv de l'An-
nam devra être munie d'un permis délivré et visé par l'autorité
soit administrative soit consulaire française ou par la douane
maritime chinoise ou l'autorité locale chinoise, du point de dé-
part.
Ce permis mentionnera la composition de l'équipage, la na-
ture du chargement, le point sur lequel rembarcation se dirige.
Les barques des villages voisins se rendant aux marchés ou
foires, ou servant de bacs de passage, qu'il serait dillicile d'as-
treindre à faire une mention exacte des personnes se trouvant à
leur bord, devront recevoir des passeports délivrés j)ar les auto-
rités locales, sous la responsabilité de ces dernières, leur permet-
tant de naviguer. Les personnes se trouvant à bord et les mar-
chandises devront être exemptées de déclarations minutieuses et
par unités.
Article aO. — Le permis de navigation devra être présenté à
toute réquisition d'un bàliinenl de guerre français ou d'un bâ-
timent de la douane du Protectorat.
Article 37. — La ré(|uisition visée à l'article précédent sera
signifiée par un coup de fusil ou par un coup de canon tiré à
blanc, suivi, si c'est nécessaire, d'un deuxième coup.
Toute embarcation qui n'obéirait pas à la récjuisition signifiée
comme il t»sl prescrit ci-dessus s'exposerait à être considérée
comme embarcation pirate et traitée connue telle.
Article 38. — Toute barque ou chaloupe montée par un
équipage composé de Chinois, se présentant en un point du litto-
ral de l'Annam, devra présenter au visa de l'anlorité douanière
ou administrative h^ pcrmisde navigation prescrit par l'article ao
du présent llègleinent.
RKGLEMRINT DE POLICE î-jS
Ce traité nous donnait donc complètement satisfaction
puisqu'il reconnaissait à la P'rance la possession de iluong
Sing, de Muong Hou et de tout le territoire de Lai-
Chau.
Enfin, pour terminer les aflaires concernant la frontière
sino-annamite, il restait, en profitant des bonnes dispositions
du gouvernement chinois à notre égard, à compléter les
dernières opérations d'abornement restant à effectuer entre
la rivière Noire et le Mékong d'une pari, entre Lao-Kay et
le Kouang-si d'autre part. M. Gérard, le 19 juin 1897, put
annoncer que tout était fini ; la frontière sino-annamite était
entièrement abornée par le colonel Pennequin, depuis la mer
jusqu'au Mé-kong ; il n'avait pas fallu moins de neuf ans, de
i885 à 189^, pour achever les travaux d'abornement entre
Mon kay et les limites comnmnes du Kouang-si et du Yun-
nan*. La section infiniment plus. étendue, comprise entre la
frontière commune du Kouang-si et du Yun-nan et le Mé-
kong, avait été tout entière abornée en moins de dix-huit
mois.
Celte frontière du Tong-King n'était rien moins que
sûre :
A diflorentes reprises, des attaques siir la route de Phu-
lang-lhuong à Lang-son avaient lieu. Le 9 juillet 1892, le
convoi régulier à destination de Lang-son tomba dans une
end)uscade chinoise, près de Bac-lé, premier territoire mili-
I. La «h'Iiniiiation entre le Tong-King et le Konang-Si avait éi6 ter-
minée en juin i8()/|, et le gouverneur général de l'Indo-Ghinc availadrcssé
le télégramme suivant au ministre des colonies :
Saigon, 22 juin.
Mardi, à trois heures, ont été signés à Loung-Tchéou, par les commis-
saires français et chinois, en présence du consul do France et du général
Sou, les procès- vcrhaux et les caries de la commission d'abornement de
la frontière entre le Tong-King elle Kouang-Si. Les travaux sur ce point
sont complMomcni terminés.
178 DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
retendue de cette compensation, après avoir rappelé les circons-
tances qui Font rendue nécessaire.
En conséquence, Sir Claude Macdonald, ministre d'An-
gleterre à Pé-King, et Li signaient, à Pé-King, le 4 février
1897, un airangement ratifié le 5 juin suivant, qui modi-
fiait la convention du i*"* mars 189^ :
ARRANGEMENT ANGLO-CHINOIS, 4 FÉVRIER 1897.
En considération du Gouvernement de la Grande-Bretagne,
consentant à se désister de ses objections à l'aliénation par la
Chine, en vertu delà Convention avec la France du 20 juin 1895.
du territoire formant une partie de Xieng-Houng. en dérogation
aux clauses de la Convention entre la Grande-Bretagne et la
Chine du i**" mars 189^» il a été convenu entre les Gouverne-
ments de la Grande-Bretagne et de la Chine que les additions
et changements suivante seront faits dans cette dernière Con-
vention :
Art. 1. — II est convenu que la frontière entre les deux
Empires à partir du 25°35' de latitude nord suivra ainsi qu'il
suit :
Commen(;ant au haut pic situé approximativement dans cette
latitude et on longitude à 98"i4'cst dcGreenwich et 1 8'' 1 6 ouest
de Pé-iving, la ligne suivra, aussi loin que possible, la crôte des
collines s'étendanl dans une direction sud-ouest h Warung Peak
(Raulyang) et s'étendra de là à Sahu Pum,
De Sahu Pum la frontière courra dans une ligne longeant le
versant légèrement de l'Ouest au Sud à travers Shatrung Puma
Namienku Pum.
De là elle suivra une ligne qui sera fixée avec une enquête
locale, séparant le Szis et le Kumsas aussi loin que le ïabak
Kha ; ensuite le Tabak Kha au Nanitabet ; puis le Namlabet au
Paknoi Kha ; de là le Paknoi Kha jusqu'à sa source près de Talang
Pum : de là le sommet de Talang i\un jus(ju'à Bumra Shikong.
De Buiura Shikong la IVontière suivra une ligne courant dans
une direction sud-ouest jusqu'au Laisa Kha ; puis le Laisa Kha
au fleuve Mole, entre Kadon et Laisa ; puis le Mole jusqu'à son
confluent avec le (!llieyang Kha : ensuite le Cheyang Kha jus-
qu'à Alaw Pum, puis le ruisseau Nampaung jusqu'au Taping
ARRANGEMKNT ANGLO-CHINOIS I79
Art. 11. — (Le Ta Ping jusqu'au fleuve Shweli). De la jonc-
tion des cours d*eau Taping et Nampaung, la frontière suivra le
Taping dans le voisinage du sommet Lwalaing ; ensuite une
ligne suivant approximativement le long du sommet Lwalaing
et du cours d'eau Lwalaing jusqu'au Namwan ; ensuite leNamwan
juscpi'à sa jonction avec le Sliwcli.
La Grande-Bretagne s'engage à reconnaître comme apparte-
nant à la Chine la région au Sud du fleuve Namwan, près de
Namkhai. qui est formée à l'ouest par un bras du fleuve Nam
Mak et la chaîne de collines Mawsiu jusqu'au Pic Loi Chow, et
de là |>ar la chaîne courant dans une direction nord-est au fleuve
Shweli.
Dans toute cette région, la Chine ne devra exercer aucune
juridiction ni autorité quelconque. L'administration et le con-
trôle seront entièrement conduits par le Gouvernement britan-
nique qui la louera à bail perpétuel de la Chine, en lui payant
une rente pour cela ; le prix en sera fixé ultérieurement.
Art. 111. — (Du Shweli au Mékong). Du confluent du Nam-
wan et du Shweli, la frontière suivra la limite septentrionale de
l'État du llsinwi Nord, ainsi qu'il est constitué à présent, à la
Salouen, laissant à la Chine la boucle du fleuve Shweli, et
presque la totalité de Wanting, Mong Ko, et Mong Ka.
Partant du point où le Shweli tourne au Nord près de Nams-
wan ; c'est-à-dire de sa jonction avec le Namyang, la frontière
remontera ce dernier cours d'eau jusqu'à sa source dans les col-
lines de Mong Ko, à environ il\'*']' latitude et 98^1 5' longitude,
puis continuera le long d'un éperon boisé jusqu'à la Salouen à
sa jonction avec le cours d'eau Namoi. La ligne remontera en-
suite la Salouen jusqu'à ce qu'elle rencontre la limite nord-ouest
de Kokang, et continuera le long de la frontière est de Kokang,
jusqu'à ce qu'elle rencontre le cercle de Kounlong, laissant le
cercle de Kounlong en entier à la Grande-Bretagne.
La frontière suivra alors le cours du fleuve formant la limite
entre Somu, qui appartient à la Grande-Bretagne, et Mèng
Ting. qui appartient à la Chine. Elle continuera encore à suivre
la frontière entre ces deux districts, qui est bien connue locale-
ment, là où elle quitte le fleuve susdit et gravit les collines, et
suivra alors la ligne de partage des eaux entre les tributaires de
la Salouen et du Mé-Kong, à environ 99*^ longitude est de
Greenwich (i7"3o' ouest de Pé-King) et aS^ao' latitude, jus-
qu'à un point à environ 99**4o' longitude est de Greenwich (iC'^So
l8o DÉLIMITATION PE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
ouest de Pé-Ring) et 23" latitude, laissant à la Chine les
Tsawbwaships de Kèng Ma, Mengtung, et Meng Ko.
Au point dernièrement nommé de longitude et latitude, la
ligne rencontre une chaîne de montagnes fort hautes, appelée
Kong-Ming-Shan, qu'elle suivra dans une direction méridionale
jusqu'à environ QQ^So' est de Greenwich (17° ouest de Pc-King)
et 2 3"3o' de latitude, laissant le district de Chen-picn T'ing à
la Chine. Alors, descendant le versant ouest des collines jusqu'au
fleuve Namka, elle suivra le courant de ce fleuve pendant en-
viron 10 de latitude, laissant Muonglem à la Chine et Manglûn
à la Grande-Bretagne.
La frontière suivra alors la limite entre Muonglem et Xicng-
Toung, (jui est bien connue localement, s'ccartant du fleuve
Namka un peu au nord du 22° de latitude, dans une direction
quelque peu sud-est, et suivant d'une manière générale la crête
des collines jusqu'à ce qu'elle rencontre le fleuve Namlam à
environ 3i°A5' de latitude et 100** de longitude est de Greenwich
(i6o3o' ouest de Pé-King).
Elle suivra alors la limite entre Xieng-Toung et Xieng-lloung,
qui est d'une manière générale formée par le fleuve Namlam, à
l'exception d'une mince bande de territoire appartenant à Xieng-
lîoung, qui est situé à l'ouest de ce fleuve, juste au sud du pa-
rallèle de latitude dernièrement cité. En atteignant la limite
du Kyaing Chaing occidental î\ environ 21^27' de latitude et
lOO'Ma de longitude est de(jîrcenwich (i()°i8' ouest de Pé-king),
la frontière suivra la limite entre ce district et Xieng-lloung
jusqu'à ce qu'elle atteigne le fleuve Mé-Rong.
Aht. iV. — [Pas d'addition à la (iOnvention originale!.
Art. V. — 11 est convenu que la Chine ne cédera à aucune
autre nation ni Muong lem ni aucune partie de Xieng-lloung.
sur la rive droite du Mé-Rong, ni aucune partie de Xieng-Houng
atucellement en sa possession sur la rive gauche de ce fleuve,
sans s'être préalablement entendue avec la Grande-Bretagne.
Aht. m. — L'art. VI de la Convention originale sera modifié
ainsi (pi'il suit : —
H est convenu que, pour éviter toute contestation locale, les
alignements de la frontière décrits dans la présente convention
seront vérifiés et marqués, et dans le cas où ils seraient trouvés
défectueux en quoi que ce soit, rectifiés par une Commission
mixte nomméo par les Gouvernements de Grande-Bretagne et de
Chine, et que la dite Commission ne devra pas se réunir, à un
ARRANGEMENT ANGLO-CHINOIS l8l
endroit déterminé ullérieurement par les deux Gouvernements,
plus tard que douze mois après la date de la signature de la pré-
sente Convention et ne devra pas terminer ses travaux en plus de
trois ans après la date de sa première réunion.
Si une stricte observation de la ligne décrite devait partager
quelcpie district, territoire de tribus, villes, ou villages, la Com-
mission de délimilalion aura pleins pouvoirs de modifier la
ligne sur les bases de concessions mutuelles. Si les membres de
la Commission étaient incapables de s'entendre sur un point quel-
conque, le sujet de litige serait soumis ensuite à leurs gouverne-
ments respectifs.
Art. VII. — [Aucune addition a la Convention originale].
Art. VIII. — (Aucune addition à la Convention originale].
Art. IX. — Ajouter ainsi qu'il suit: —
Comme addition aux roules de Manwvne et de Sansi a|>-
prouvées par la ConvcMition de 189/1, les Gouvernements de
Grande-Hrctagne et de Chine conviennent que n'importe quelles
autres routes dont l'ouverture pourrait ôlre trouvée utile aux in-
térêts commerciaux par la Commission de délimitation, seront
approuvées dans les mêmes termes que celles mentionnées plus
haut.
Art. X. — (Aucune addition h la Convention originale].
Art. XI. — [Aucune addition à la Clonvention originale].
Art. XI Î. — Ajouter ainsi qu'il suit :
Le Gouvernement chinois consent dorénavant de considérer si
les conditions du commerce justifient la construction de che-
mins de fer dans le Yun-Nan, et dans le cas de leur construction,
consent de les rattacher aux lignes birmanes.
Art. Xlll. — Attendu que par la Convention originale il était
convenu que la Chine nommerait un Consul en Birmanie, pour
résider à llangoun : et que la Grande-Bretagne nommerait un
Consul pour résider à Manwvne ; et que les (!)onsu1s des deux
Gouvernements jouiraient chacun sur le territoire de l'autre des
mômes privilèges et innnunités que les C^onsuls des nations les
plus favorisées, et que, en outre, en proportion des progrès du
commerce entre la Birmanie et la Chine, des (!lonsuls addi-
tionnels seraient nommés par consentement mutuel pour résider
en tels endroits de Birmanie et du Yun-nan que les besoins du
commerce paraîtraient le réclamer.
Il a été convenu maintenant que le Gouvernement de la
Grande-Bretagne installerait un Cpiisul à Momein ou Chun-ning
l83 DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE SUD DE LA CHINE
fou, comme le préférera le Gouvernement de la Grande-Bretagne,
au lieu de Manwyne, ainsi qu'il était stipulé dans la Convention
originale, et placerait également un Consul à Sse-mao.
Les sujets britanniques et les personnes sous la protection bri-
tannique, pourront s'établir eux-mêmes, et faire le commerce
dans ces villes, aux mêmes conditions que dans les ports à traités
en Chine.
Les Consuls nommtîs ainsi qu'il vient d'être stipulé seront sur
le même pied pour la correspondance et les relations avec les fonc-
tionnaires chinois (jue les Consuls anglais dans les ports à traités.
Art. XIV. — Au lieu de « Consul de Sa Majesté Britannique
à Manwyne » dans la Convention originale, lisez a Consul de Sa
Majesté Britannique à Chun-ning ou Momein », d'accord avec
le changement apporté à l'article XIII.
Art. XV. — [Aucune addition à la Convention originale].
Art. XVI. — [ — — ]
Art. XVII. — [ — — )
Art. XVIII. — [ — _ ]
Art. XIX. — Ajouter ainsi qu il suit : Faute de Convention
quant aux termes de la revision, les présents arrangements res-
teront en force.
Article spécial. — Attendu que le 20 janvier 1896, le Tsoung
li Yamen avait adressé une déj)êche oflicielle au Chargé d'Af-
faires de Sa Majesté à Pé-Ring. l'informant que le 3o* jour
de décembre, 1895, ils avaient soumis un Mémoire concernant
l'ouverture de ports sur le fleuve de l'Ouest au commerce étranger
et reçu un décret impérial l'approuvant, duquel ils lui cominu-
niquaiont oflicicllemenl une copie.
Il est convenu maintenant que les villes suivantes, c'est-à-dire
Wou-lchéou fou, dans le Kouang-si, et la ville de Sam-choui et le
marché de Kong Koun dans le Kouang-toung, seront ouverts
comme ports à traités et stations consulaires, avec la liberté de
navigation pour les bateaux à vapeur entre Sam-choui et Wou-
tchéou et Ilong-Koiig et Canton, par une route de chacun de ces
derniers j)oints, devant être choisie et notifiée par avance par les
Douanes Impériales Maritimes, et que les quatre places suivantes
seraient établies comme ports d'escale pour les marchandises et
les passagers, suivant les mêmes règlements que les ports d'es-
cale sur le Yang-!seu, c'est-à-dire Kong mouii, Komtchouk,
Chiu-hing et Ta-Khi ng.
Il est convenu que la présente convention, avec l'Article spé-
ARRANGEMENT ANGLO-CHINOIS l83
cial, sera mise en vigueur dans les quatre mois de la signature,
et que les ratifications en seront échangées à Pé-King aussitôt
que possible ; en foi de quoi le^ soussignés, dûment autorisés
par leurs Gouvernements respectifs, ont signé la présente Con-
vention.
Fait à Pé-King, en triplicata — trois copies en anglais et trois
en chinois — le 4* jour de Février, en l'an de N. S. 1897.
(Sceau) (Signé) Claude M. Macdonald
(Sceau) Signature chinoise de Son Ex-
cellence Li*.
En vertu des trois premiers articles du nouvel accord, la
frontière sino-birmanc du Mékong à Koun-Long (premier
des points où elle toucbc la Salouen) reste telle qu'en 1894 :
mais de Koun-Long, au lieu de suivre le tbalwcg de la
Salouen, elle s'infléchit presque immédiatement vers le nord-
est, attribuant à la Birmanie le district de Ko-Kang et une
partie du Wan-Ting — soit un territoire d'environ 96 kilo-
mètres en longueur sur 4o dans sa plus grande largeur.
Entre la rivière Sliweli et le point termimis de la frontière
au Nord, il y a trois autres concessions de moindre étendue,
dont la plus petite, située entre le Nam-VVan et le Nam-Mak est
cédée à l'Angleterre, seulement à litre d'usufruit, par une loca-
tion perpétuelle (On voit ici reparaître ce fameux néologisme
diplomatique de la a cession à bail », qui ne fit pas préci-
sément fortune depuis l'époque de l'accord anglo-congolais).
La Chine perd, sur ce territoire de forme triangulaire, toute
juridiction et toute autorité ; elle le « loue » à perpétuité à
l'Angleterre, qui y exercera tout contrôle et toute adminis-
tration, moyennant le payement d'une rente dont le taux
reste à fixer.
Ces quatre cessions de territoires constituaient une des
compensations obtenues de la Chine par l'Angleterre. Cette
puissance a, de plus, fait modifier et préciser, dans le nouvel
l. Treaty Séries^ n» 7, 1897 [G. — 8654]-
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l86 DÉLIMITATION DE LA FHONTIÈRE SUD DE LA CHINE
accord, le lexte de l'article 5 de la convention de 1894,
pour rendre impossibles de nouvelles violations de cette clause
importante.
Voici comment le Globe accueillit la nouvelle des conces-
sions chinoises à TAngleterre :
Les rectifications que nous venons d*obtcnir et qui nous assu-
rent le contrôle de la rivière Saloucn compensent et au delà la
perte des territoires britanniques donnés par la Chine à la France
en 1895.
Los possessions anglaises entrent maintenant comme un coin
dans Tempire chinois et nous avons la possibilité d*établir une
route commerciale allant au Yun-Nan.
CHAPITRE X
L'AUDIENCE IMPÉRIALE
AUDIENCE AUTRICniESNE, 2'] OCTOBHE 189I.
Les représentants étrangers n'avaient consenti à être reçus
le 5 mars 1891 ^ dans le Tse Kouang Ko qu'à la condition
expresse que les prochaines audiences auraient lieu, dans
l'enceinte môme du Palais impérial. L'arrivée des nouveaux
ministres d'Autriclie-Hongrie et de Russie ainsi que le retour
du ministre de France soulevèrent de nouveau la question du
lieu de l'audience. Le Tsoung-li Yamcn, malgré les arrange-
ments pris, proposa de nouveau le Tse Kouang Ko qui ne
fut pas accepté par les trois diplomates ; les Chinois offrirent
alors le Tchemj-Kouang Tien, salle qui a eu de fâcheux an-
técédents et que les ministres étrangers n'auraient pas dû ac-
cepter*. Le ministre d'Autriche-llongrie, M. de Biegeleben,
rappelé à Tokio par les affaires de sa légation, accepta ce-
pendant d'ôtre reçu le 27 octobre 1891 au Tcheng-Kouang
Tien, à 9 heures du matin, accompagné de l'interprète alle-
mand, M. von der Goltz.
AUDIENCE ANGLAISE, l3 DÉCEMBRE 1892.
Après de nombreux pourparlers, le corps diplomatique,
I. Voir p. 52.
a. Voir E. II. Parker, China /feview, XIX, p. Spô-y.
i88 l'audience impériale
dans une réunion tenue le 12 février 1892, à la légation
d'Allemagne, avait proposé — et les ministres de Russie et
de France s'étaient ralliés à la proposition — d'accepter
pour cette année le Tcheng-Kouang Tien, si le Tsoung-li
Yamen prenait, avec l'approbation formelle de l'Empereur,
l'engagement de recevoir l'année suivante, iSgS, les minis-
tres étrangers dans le Palais proprement dit. La proposition
ne fut pas accueillie et la réception impériale de la première
lune n'eut pas lieu.
Il paraîtrait que les Chinois s'étaient montrés très froissés
du préambule de la note remise par les agents des Puissances
en Chine et particulièrement de la phrase suivante : « At-
tendu que les Souverains d'Europe sont les égaux de l'Em-
pereur de Chine... ». Les membres du Yamen en lisant ces
mots qu'ils considéraient comme offensants pour leur maî-
tre, ne voulurent pas prendre connaissance du reste de la
note.
Le ministre d'Angleterre, M. O'Conor, lenait ses collè-
gues dans l'ignorance de ses démarches ; il paraîtrait qu'il
avait comme instructions d'agir comme son prédécesseur ;
malgré les arrangements pris le 1 2 février, il accepta d'être
reçu en audience le i3 décembre dans le Tcheng-Kouang
Tien. C'était une faute grave ; l'audience en Chine n'est pas
une simple question de cérémonial ; elle a une importance
politique de premier ordre, et les plus aveugles ont dû le
reconnaître lorsqu'elle fut définitivement réglée en iSgi et
en 1895.
AUDIENCES ALLEMANDE ET BELGE, 1898.
L'exemple de M. O'Conor fut nialhcureuscment suivi par
quelques-uns de ses collègues. Le ministre dWlloniagnc, le
Baron Schenck, accompagné par son secrétaire, fut reçu en
audience au Tcheng Kouang Tien, le 22 juillet 1898 ; le
DÉCRKT 1MPKRIAL iSq
8 décembre suivant, M. Louiiiyer, ministre de Belgique,
fut reçu dans la morne salle avec Tinlerprète allemand ;
l'Impératrice et Tlmpératrice-Douairière étaient présentes
derrière un rideau.
LE PBINCE KOUNG AU POUVOIR, iSq/J.
La rentrée aux affaires du Prince Koung et la guerre sino-
japonaise allaient permettre aux ministres de Russie et de
France et au chargé d'aflaires d'Espagne qui avait Tordre de
son gouvernement de les suivre dans cette alTaire, de re-
prendre la question de l'audience.
Dès la fin du mois d'août i8()'j, le bruit courait à Pé-
King du prochain retour aux affaires du prince Koung dis-
gracié en avril i884' ; les premiers revers de la guerre qui
venait d'éclater avec le Japon avaient fait pAlir l'étoile de Li
Iloung-tchang et Tlmpératrice-Douairière, protectrice de ce-
lui ci, voyait son influence, qu'elle en recouvrera qu'en 1898,
sinon détruite, du moins singulièrement amoindrie. C'est
l'année même du soixantième anniversaire de la naissance
de Faîtière souveraine : Koung, écoutant la clameur popu-
laire, répudiant la responsabilité de fêtes ruineuses, réclama
avant de reprendre le pouvoir que les cérémonies publiques
destinées a célébrer cet événement fussent supprimées et sa-
tisfaction lui fut donnée par un décret inséré le 25 septembre
dans la Gazette de Pé-Kin(j.
DÉCRET IMPÉRIAL*, 20 SEPTEMBRE 189^.
Nous avons reçu respectueusement de S. M. riinpératrice-
Douairièro Ts'Eu-ni Tsan-yéou Kang-y Tcliao-yu Tcliouang-
I. Voir II, p. (\2?*.
3. Gazette de Pé-King, aG* jour de la S* lune de la ao* année
Kouaiig-Siu T= a.") seplonibro î8f)'|.
iQû i/audience impériale
Icheng Chcou-Kong K'in-hicn Tch'ong-hi, les Bienvcillanls
Commandements suivants :
ce Des réjouissances publiques, des fôtes et des cérémonies
ce auxquelles chacun prendra part, seront données à l'occasion
« de l'heureux jour de mon soixantième anniversaire, dans le
a courant de la lo' lune de la présente année (mois de Novem-
« bre). Ce jour-là, l'Empereur, à la tète des Hauts dignitaires et
a fonctionnaires de la capitale et des provinces, se rendra au
« Wan-chéou-chan et Nous offrira ses souhaits de bonheur. Sur
« tout le parcours qu'il suivra, du Palais au Y-ho-yuan, des dé-
« corations seront faites et des autels seront élevés par les soins
« des mandarins et du peuple.
ce Des cérémonies imposantes dont l'exemple nous a été laissé
« ayant eu lieu, à plusieurs reprises, sous les règnes de K'ang-hi
« et de K'ieii-loung, de plus, le peuple vivant en paix, les ri-
« chesses étant abondantes et la tranquillité régnant dans tout
« l'Kmpire, — sans désirer feindre des sentiments que nous
« n'avions pas — , Nous avons autorisé, sur sa demande, l'Em-
« poreur à venir nous présenter ses félicitations au Y-ho-yuan.
« Mais qui aurait pu prévoir que le^ Wo-jen *, depuis la iin de
« la ()•* lune ( i= Juillet), nous auraient suscité des didicultés,
« auraient amené la révolution dans un pays tributaire et au-
« raient en outre détruit nos bateaux. Nous ne jiouvions pas ne
u pas les faire chasser par nos armées. A l'heure actuelle, la
« guerre n'est pas encore terminée et nos troupes continuent
(( d'être expédiées en grand nombre. Notre pensée de tous les
« instants est |)()ur les malheureux des deux pays qui sont tués
« en combattant, et notre compassion est immense. Dernière-
ce ment, songeant aux soulfrances de nos soldats pendant la
« guerre, Nous leur avons envoyé 3 ooo ooo de taels pris sur
« Notre cassette, afin de jx)urvoir à leur entretien et à celui de
« la cavalerie.
<( Le bienheureux jour de Notre anniversaire aj)proche, mais
« comment aurions-nous le cœur d'écouler les souhaits que nous
w apporteront les Mandarins et le peuple ?
« Nous ordonnons que les cérémonies en l'honneur de Notre
« anniversaire soient célébrées dans l'intérieur du Palais. Les
I. Les Japonais.
DÉCRET IMPÉRIAL TQI
« souhaits que Nous devions recevoir au Y-lio-yuan ne Nous
« seront pas présentés. »
Respect à ceci î
Nous, Empereur. Nous avons reçu ces Bienveillants Comman-
dements qui ont porté la tristesse dans Notre cœur. Nous avons
insisté à plusieurs reprises auprès de Sa Majesté Tlmpératrice
Douairière sans obtenir son consentement. Nous pensons respec-
tueusement qu'Elle agit ainsi par bienfaisance. Nous n'osons pas
ne pas Nous conformer à Sa volonté. Que tous les Yamen en
soient informés et obéissent à ces commandements.
Respect h ceci * !
Le Tsoung-li Yamen qui avait notifié aux gouvernements
étrangers la célébration de Tanniversaire de l'Impératrice-
Douairière, fut obligé à la suite du décret de prévenir les lé-
gations que les cérémonies n'auraient aucun caractère public
et seraient confinées dans Tinlérieur du Palais'.
Le 3 novembre, la Gazette de Pé-King contenait un décret
marquant que le 7, soixantième anniversaire de ia naissance
de rimpératrice-Douairière ainsi que les 6 et 8 novembre
seraient jours fériés.
Le prince Koung avait été frappé par un décret de Ts'eu-
hi ; c'est elle qui devra aussi signer le décret qui le réinstalle
dans la puissance et les honneurs, et le 29 septembre 189^,
rimpératrice-Douairière a la mortification de voir paraître
dans la Gazette de Pé-King le décret signé par elle rendant
la direction des afl'aires à son ancien ami et complice devenu
son ennemi.
DÉCRET impérial'
Nous avons reçu respectueusement de S. M. Tlmpératrice-
1. Pour Irad. conforme, le deuxième interprète, sign. H. Leduc.
2. L'anniversaire de rimpéralricc fut en effet célébré sans pompe le
7 nov. 189/4 (10*' jour, 10" lune). — Voir North-China Herald^ nov.
iG, 1894, p. 8i/|.
3. Cazette de Pé-King^ le i*' jour de la 9® lune de la ao*' année
Kouang-Siu -= 29 septembre 189'!. ^
iga l'audience impériale
Douairière T*sEu-ni, Touan-yeou, K*ang-y, Tchao-Yu, Tchouang-
Ich'cng, Chéou-Kong, K*in-hien, Tch'ong-hi, les Bienveillants
Commandements suivants :
« Nous ordonnons que Yi-Sin, Prince Koung, ait la direction
des AfTaires du Palais. »
Respect à ceci !
DÉCRET IMPÉRIAL
Nous avons reçu respectueusement de S. M. Tlmpcratrice-
Douairière Ts'ru-hi... les Bienveillants commandements sui-
vants :
« Nous avons reçu aujourd'hui en audience Yi-Sin. Prince
Koung, Nous avons constaté que, bien qu'il ne soit pas encore
complètement guéri, ses forces ne semblent pas avoir diminué. »
« Nous le nommons Président du Conseil des AfTaires étran-
gères (Tsoung-li Yamen), Nous lui enjoignons de prendre égale-
ment la direction générale des AlTaires de l'Amirauté et de s'oc-
cuper d'un commun accord des AlTaires militaires. »
Uespect à ceci ' I
Malgré la prise de possession du pouvoir par Koung, le
prince K'ing restait au Tsoung-li Yamen comme une sorte
de vice-président.
DÉCRET impérial'
Nous avons reçu respectueusement de S. M. l'Impératrice-
Douairière Ts'eu m..., les Bienveillants Commandements sui-
vants :
« Yi-Sin, Prince Koung, n'étant pas complètement guéri et
ne |)ouvant encore marcher avec facilité, est dispensé, par une
faveur spéciale, de venir faire tous les joms son service (à la
Cour). II fera j)résenter sa tablette lorsqu'il aiua des ra|)|)orts à
communiquer, et son nom ne devra pas figurer sur la liste des
dignitaires chargés d'offrir des sacrifices.
1. Pour traduction conforme, le 2*^ inlerprclc (sig.) : II. Leduc.
2. Gazette do Pé-Kitig, le 2« jour de la 9° lune de la 20*^ année
Knuang Siu -^ le 3o soplembre 189/1.
î»OUnPARLEns AVEC LE Pni>CE KOUXG I()3
« Hier nous lui avons confié la direction du Palais et afin de
inonircr toute \olrc sollicitude. Nous ordonnons qu'il soit dis-
pense d'escorter (rEni|)ereur). »
Respect à ceci * I
Parmi ceux que le prince Koung s'ennpressa d'appeler
près de lui il faut signaler Wang Wôn-chao, vice-roi du
Yun-Man et du Kouci-lcliéou depuis juin 1889.
POURPARLERS AVEC LE PRINCE KOUNG
Lorsque le prince Koung reprit le pouvoir en septembre
i8f)/|, il attendit la visite des ministres étrangers. Seul, le
ministre crAngleterre, M. Nicholas O'Conor, se rendit au-
près du prince dont la visite, au conlraire, fut attendue par
ses collègues. Le prince Koung, devant celte abstention, se
décida à faire, ce qui du reste n'était que juste, le premier
pas vis à-vis des ministres étrangers. Les circonstances et la
position géographique de la légation firent que sa première
visite le 25 octobre fut pour le ministre de France ; après les
compliments d'usage, M. Gérard profita de l'occasion pour
exposer au prince combien était fausse, à l'égard de la Cour,
sa position ainsi que celle de ses collègues de Russie et d'Es-
pagne, puisqu'ils n'avaient pas encore été reçus en audience
par l'Empereur. Il le regrettait d'autant plus qu'il se trou-
verait de la sorte privé d'assister à la cérémonie qui aurait
lieu à l'occasion du Cycle de l' Impératrice-Douairière qui
allait en eflct atteindre sa soixantième année. Le prince ré-
pliqua que cette situation l'étonnait fort, qu'il fallait y remé-
dier le plus tôt possible et il demanda à notre ministre pour-
quoi il ne voulait pas, comme ses prédécesseurs, être reçu
au Tse Kouang Ko. Le ministre répondit que les diplomates
chinois, accrédités en Europe, étaient reçus dans l'intérieur
I. Pour traduction conforme, le 2« interprète (sig.): H. Leduc.
COKDIEK. III. — i3
194 L*AUDIENCE IMPÉRIALE
(les habitations des chefs d'Élat, que le Tse Kouang Ko était
séparé de la ville réservée par un fossé qu'il était nécessaire
de franchir pour bien marquer que le Fils du Ciel ne traitait
pas en tributaires les pays étrangers.
Prévenu par son collègue français, le comte Cassini tint le
même discours au prince Koung.
Quelques jours après, les deux diplomates se mirent d'ac-
cord pour rendre ensemble la visite au prince Koung ; ce-
lui-ci fut fort étonné de cette dérogation aux usages ordi-
naires qui voulaient que les ministres fussent reçus séparément
et MM. Gérard et le comte Cassini furent admis ensemble,
le dimanche 28 octobre, auprès du prince Koung, entouré
du prince K'ing et de trois des ministres. Après la collation
ordinaire, les ministres engagèrent la conversation sur la
question de l'audience, et maintinrent au grand chagrin du
prince Koung leurs précédentes déclarations.
Le prince Koung leur dit tout d'abord qu'il n'avait pu
voir reniperour qui, depuis quelques jours, souffrait de la
fièvre. Il renouvela ensuite les objections opposées jusqu'alors :
la nécessité de respecter les rites, Tacceptation par plusieurs
agents élrangers de la salle du Tclieng-KouangTien où les
ministres de France, de Russie et d'Espagne n'avaient pas
consenti à se rendre, l'impossibilité de pénétrer dans le Pa-
lais sans se soumettre à la forme du salut oriental (A''o-/cou),
le caractère auguste dont la présence de l'empereur revêt
tout endroit 011 il se trouve. M. (îérard et le comte Cassini
répondirent en invoquant la réception faite à Saint-Péters-
bourg et à Paris aux représonlantsde Tempereur, les égards dus
aux chefs des Ktals dont ils étaient les envoyés, le principe d'éga-
Hté et de réciprocité entre les Cours qui préside au cérémo-
nial diplomatique. Les diplomates étrangers «ijoulèrcnt que
les témoignages d'intérêt offerts a la Chine, dans les circon-
stances présentes par les puissances européennes, méritaient
un accueil tout spécial, et que d'ailleurs le prince Koimg,
Salles du palais iq5
qui, le premier, en 1878, avait mis les ministres étrangers en
présence de Tempcreur, voudrait sans doute compléter son
œuvre en donnant aux relations entre le corps diplomatique
et le Palais le caractère qu'elles devaient avoir. L'un des
ministres ayant demandé quelle salle du Palais intérieur leur
paraîtrait le mieux convenir à la réception du corps diplo-
matique, les représentants français et russe répondirent que
toute salle, pourvu qu'elle fut dans Tcnceinle mènic du Pa-
lais, serait agréée par eux, et qu'il appartenait à l'empereur
de désigner celle où il voudrait les recevoir.
Le prince Koung leur dit alors, sans vouloir s'engager,
mais avec quelque apparence d'acquiescement, qu'il pren-
drait les bienveillants commandements de l'empereur. 11
ajouta que Sa Majesté étant malade, il ne pourrait lui-même
répondre aux deux ministres immédiatement ; il semblait
aussi, d'après les conversations entre eux des membres du
Yamen, que l'audience impériale, si elle avait lieu, serait
placée, après les fêtes du jubilé, c'est-à-dire après le 10 no-
vembre ; l'audience, enfin, serait vraisemblablement collec-
tive.
SALLES Dti PALAIS
Quatre salles et un pavillon du palais semblaient se prêter
à une audience :
1° Le T*ai-ho tien ; l'empereur y reçoit des félicitations au
premier jour de l'an, au solstice d'hiver, à son anniversaire
de naissance, ainsi qu'à l'occasion des grandes fêtes de
l'Etat ; on y tient les grandes réunions de la cour et des
banquets y sont donnés ; l'empereur y donne ses ordres aux
généraux en leur confiant une expédition militaire ; il y fait
passer des examens aux lettrés et y reçoit les remerciements
des fonctionnaires privés ou investis de quelque charge ; on
voit figurer aux réceptions solennelles de félicitations les
iqC l*audience impkhiale
princes vassaux, ainsi que les envoyés tributaires, à la tc^tc
desquels se trouvent les Coréens ; ceux-ci participent égale-
ment aux banquets du Vai-ho tien,
2° Le Tchoun(j-ho tien ; Tenipereur s'y rend pour exami-
ner les tablettes concernant les siicrifices, ainsi que les cé-
réales et les instruments aratoires qui doivent figurer à la
cérémonie du labourage ; c'est la que sont placés les registres
généalogiques impériaux lorsqu'ils sont terminés.
3** Le Pao ho tien ; le dernier jour de l'année, im festin
y est donné aux princes vassaux ; les nouveaux docteurs y
passent l'examen dit du palais, en présence de l'empereur ;
les décrets des précédents empereurs et leur histoire, après
achèvement, y sont déposés par les rédacteurs impériaux ;
aux banquets de la lin de Tannée, donnés au Pao-ho tien,
sont spécialement conviés les princes, ducs et nobles vassaux
mongols ou maliométans, les envoyés tributaires étrangers,
Coréens en Icle, suivis des begs, des envoyés de Ilami et de
Tour fan.
4"* Le K^ien-ts'infj Konfj ; c'est 1;\ que l'empereur fait ap-
peler en sa présence les hauts dignitaires et que les manda-
rins sont présentés ; un banquet y est donné aux princes le
premier jour de Tan ; aux banquets du nouvel an figurent les
princes et ducs vassaux, les (hiidji ou nobles mongols, les
lamas, les llou-l'ou-llo-tou, puis les envoyés de Corée et
des autres pays tributaires, les en\oyés de Ilami et de Tour-
fan.
5° Le YarKj-sin tien qui contient la chambre à coucher de
l'empereur, sert aussi, comme le k'ien Is'ing Kong, aux
présentations et aux audiences.
.\cqiies<:ement du prixce koing
Le prince Koung, le vendredi '2 novembre 189^1, envoya
deux des secréliiires du Tsonng-li Yainen aux légations de
DÉPÊCUE DE M. GÉRARD AU TSOUNG-Ll TAMEN I97
France cl de Russie, pour annoncer à M. Gérard et au comte
Cassini que, conformément à leur désir et aux instructions
de leurs gouvernements, l'empereur les recevrait dans la ville
interdite, c'est-à-dire dans l'enceinte intérieure du palais. Le
prince les fit prier en outre de lui adresser par dépêche oiïi-
cielle leur demande d'audience en y joignant la copie figurée
de leurs Lettres de créance et des lettres spéciales de félici-
tations destinées a l'empereur. Déjà, le 2 mai, M. Gérard
avait envové au Yanien la copie figurée de ses lettres de
créance. Dans sa réponse, en date du 3 novembre, M. Gé-
rard prit acte de la décision impériale que le [)rince Koung
avait portée à sa connaissance et lui demanda à présenter à
l'empereur, en même temps que ses lettres de créance, la
lettre présidentielle par laquelle M. Casimir Périer expri-
mait à Tempereur ses sincères félicitations pour le jubilé de
l'Impératrice -Mère .
DÉPÊCHE DE M. GÉRARD AU TSOl NG-LI YAMEN
Pé-King, le 3 Novembre iS(jl\.
Vos Altesses ot Vos Excellences, en réponse à ma démarche
du 28 octobre, ont bien voulu nie faire connaître hier, par les
Secrétaires de leur Yamen, la résolution adoptée concernant Tau-
dicnce impériale dans la \ille interdite.
J'ai, on conséquence, l'hoiuieur de m'adressor officiellement
à VV. A\. et à VV. KK. pour être admis à présenter à Sa Ma-
jesté rKinpereur, en même temps que les Lettres qui m'accré-
ditent auprès d'KlIe comme Knvové Extraordinaire et Ministre
IMénipot<»ntiaire de la Uépubli(pic Française, la Lettre spéciale,
datée du 3i août, par lacpielie M. Casimir Périer, Président de
la Uépublicpie, ex|)rirne à Sa Majesté l'Empereur de Chine ses
sincères félicitations pour le soixantième anniversaire de la nais-
sance de Sa Majesté l'hupératrice-Mère.
J'ai déjà, dans ma dépêche du i*'^ Mai 1894. envoyé à Votre
Yamen copie de mes Lettres de créance. Je joins ici la traduc-
tion en cilinois de la Lettre spéciale de félicitations écrite par le
Président de la République à Sa Majesté l'Empereur de Chine,
iq8 l'audience impériale
Je prie W. AA. et W. EE. de vouloir bien me faire œn-
naitre la date et le cérémonial de Taudience qui me sera ac-
cordée.
Dans la visite collective que firent, le 3 novembre, au
Tsoung-li Yamcn, les ministres de France, d'Angleterre, de
Russie, d'Allemagne et des Etats-Unis, le prince Koung leur
confirma la résolution de rompcreur au sujet de l'audience.
Il ajouta qu'il leur ferait connaître la date fixée par l'empe-
reur, le palais de la ville interdite où l'audience aurait lieu,
et le détail du cérémonial.
Le 7 novembre 189/1, M. Gérard recevait du Yamen un
décret de l'empereur en date du t\ novembre, marquant que
l'audience impériale aurait lieu le 12, dans la salle du Trône
Wen-I loua-tien (salle du Trône de la Gloire littéraire). Ce
palais, compris dans Tcnceinte de la ville interdite, près de
la porte Est {Toung-hona-men)^ est celui où l'empereur se
rend ime fois par an, dans la seconde lune, pour se faire ex-
pliquer les livres sacrés par le premier des grands secrétaires
d'État.
Le prince Koung avait auparavant demandé aux ministres
de France et de Uussie de désigner la salle dans laquelle
ils désiraient être reçus ; après s'être consultés ils désignèrent
la salle des ambassadeurs, le T^aï IIo Tien. Après avoir
franclii la porte Sud, Won men, de la ville réservée, « on
rencontre* une seconde porte nommée Tnh-ho-men, donnant
acxrès dans ime cour magnifique où se trouve le grand palais
T*al*-ho-licn, c'est la salle du Trône, la salle d'audience, la
première salle de réception ; c'est là que sont reçus les am-
bassadeurs, l'empereur s'y rend le jour de sa naissance et le
jour de Tan pour s'olTrir aux prostrations et aux vœux des
princes et des grands. Aucune salle du palais n'approche de
celle-ci pour la magnificence ».
I. Favier, Peking^ p. 34o.
•_ 1. . *.?^-j
COMMUNICATION OFFICIELLE I99
On fit remarquer aux ministres de France et de Russie
que la salle des ambassadeurs était encombrée (ce qui était
vrai) par des banquettes qui servaient aux réceptions des
fonctionnaires, qu'elle renfermait des statues de divinités de-
vant lesquelles les ministres étrangers ne voudraient pas se
prosterner, etc. ; et on leur oiïrit à la place un autre pa-
villon de la ville réservée, le Wenhona Tien, « Salle du Trône
de la Gloire littéraire ». Cette décision fut gardée secrète par
MM. Gérard et le comte Cassini, aussi grande fut la stupé-
faction du corps diplomatique, lorsqu'il reçut Tavis, qu'à
l'occasion du Cycle de l' Impératrice-Douairière, il serait
admis à présenter ses compliments à l'Empereur dans le Wen
houa Tien.
Outre leur adresse de félicitations, les ministres de Hussic
et de France et le chargé d'aflaires d'Espagne avaient à pré-
senter leurs lettres de créance. Jamais cette formalité n'avait
pu être accomplie par un de nos agents, aussi M. Gérard
eut-il à remettre non seulement ses propres lettres, mais
aussi celles de ses prédécesseurs, toutes renfermées séparément
dans des sacs bleus.
Dépêche du Tsoung-li Yamen h M. Gérard, Kouang-Siu,
20" année, 10'' lune, 10'' jour (7 novembre i8(j/|).
Communication officielle.
Le 7 de la 10** lune de la sjo" année Kouang-Siu (le l\ No-
^emb^c i8()A), a été reru le drcret Impérial suivant :
« A l'occasiou du soixantièino anniversaire de la naissance de
Sa Majesté riinpéralricc-Douairit're, qui a en lieu pondant la
dixième lune. Nous ordonnons que tous les Ministres Envoyés
des dilîérenlos nations aient une audience impériale le i5 (12
novembre), dans la salle du Trône Wen-Houa-tien. »
Uespect à ceci !
Nous croyons devoir copier respectueusement le Décret Impé-
rial ci-dessus et lo porter à la connaissimce de Votre Excellence
par la présente dépêche.
'200 L AUDIENCE IMPÉRIALE
Précis du cérémonial à observer, le i5 cfc la lo* lune de
la 20*^ année Kolang-Sil (12 novembre 1 8g i^, pour la pré-
sentation par les Ministres Étrangers de leurs Lettres d'État,
Au jour indiqué, une lablc à couverture jaune sera disposée
devant le Trône Impérial. Les Princes Koung et K*ing se tien-
dront d'avance debout du coté de l'est. Deux des Ministres de
notre Yanien conduiront le Représentant Etranger qui aura la
première audience, accompagné de ses secrétaires et interprètes
au^nonibre de , et les feront passer par la voie centrale de la
porte du milieu dite de Wen-lioua, puis les introduiront par la
porte centrale de la salle Wen-houa-tien. Le Représentant étran-
ger fera une inclinaison de corps ; il a>ancera de quelques pas.
puis fera une nou>elle inclinaison de corps, et, parvenu entre les
colonnes ornées de dragons, il s'arrêtera, debout, la face vers le
baul (^-: fond). Il fera encore une inclinaison de corps : Puis le
Re|)résentanl Etranger prononcera s<in allocution, dont un inter-
prète traduira le texte. Après quoi, le Représentant Etranger
s'avancera jusqu'au pied des degrés du milieu de l'estrade du
trône, et, tenant à deux mains ses Lettres, attendra resj)ectueusc-
ment. Le Prince Koung ou K'ing viendra, descendra les degrés
•de gauche, recevra les Lettres d'Etat, montera les degrés
du milieu et, s'arrétant devant la table, v déposcM'a ces Lettres.
Le Re|)résentant Etranger fera une inclinaison de corps. S. M.
l'Empereur réj>ondra par un accpiiescement delà tète, montrant
par là qu'Elle a re^u les Lettres d'Etat. Le Représentant Etran-
ger reculera jusqu'à l'intervalle compris entre les colonnes à dra-
gons, où il se tenait |)rimitivemenl debout. Le Prince koung ou
K'ing s'agenonilh'ra à ganclie (Orient) de la table |){)ur écouler.
S. M. l'Empereur rendra ses ordres dans la langue d'État
(::= en mandcliou), s'en([uérant avec conq)laisance. I^e Prince
Koung ou K'ing descendra par les degrés de gauche (Orient) et,
parvenu à l'endroit où le Représentant Etranger se ti<'ndra de-
bout, transmettra ces paroles en faisîiiit usage de la langue chi-
noise. Lorsque le Représentant Etranger aura tout entendu, il
fera une inclinaison de corps. L'Empereur y répondra par un
aquiescement de tète. Puis les Ministres de notre \amen condui-
ront le Représentant Etranger, (pii reculera de (piehpies pas, fera
une inclinaison de cor|)S, reculera jusqu'à la porte de gauche
(Orient) de la Salle du Trône. Il fera une nouvelle inclinaison
NOTE SUll L AUDIENCE IMPERIALE SOI
de corps, et sera reconduit par la porte de gauclic (Orient),
pour descendre les degrés de gauclie situés en dehors de la salle
du Trône et sortir par la porte de gauche dite de Wen-IIoua.
Four la seconde audience et les suivantes, on se conformera au
cérémonial ci-dessus * .
Note sur raudience impériale du 12 novembre 1894 au
Wen-houa-tien'^,
A la suite des négociations entamées par les Ministres de France
et de Uussie avec le Tsoung-li Y amen, deux des Secrétaires gé-
néraux chinois s'étaient présentés à la Légation de France, le
2 Novemhre 1894. de la part du Prince Koimg, et avaient an-
noncé que rKni[)ereur de Chine, désireux de donner aux Hepré-
sentjuils des Nalions étrangères un témoignage de hienveillance par-
ticulière, avait décidé de les rece>oir prochainement en audience
dans l'Intérieur de la Ville Interdite. Le Ministre de France était
prié de demander celle audience par lettre odicielle au Yamen.
La même démarche était faite, le même jour, auprès de la
Légation de Russie,
Le 3 novembre, M. Gérard faisait remettre au Yamen une dé-
pèche par laquelle, en prenant acte de la déclaration des secré-
taires chinois, il priait les Princes KoungetK'ing et les Ministres
du Yamen de lui faire connaître la date à la(pielle il serait
admis à présentera Sa Majesté ses lettres de créance et les lettres
de félicitations du Président de la Répubrujue française à Pocca-
sion du Go" anni>ersiiire de S. M. l'Impératrice-Douairièrc de
Chine. 11 demandait aussi que le cérémonial à suivre pendant
cette audience lui fût conununiqué.
Un décret Im|XM'ial rendu le /|, mais qui ne fut notifié aux Lé-
gations que le 7 par Lettres olïicielles, ordonna que, à l'occasion
du jubilé de l'Impératrice-Douairière, les Ue[)résentants des na-
tions étrangères seraient reçus en audience Impériale le i5 de la
lo' lune (i3 iiov.) dans la salle du Trône Wen-houa-tien.
Le (j, les Ministres chinois avisèrent, par lettres semi-olïicielles,
1. Pour trac! . conforme (sig.) : A. Vissière.
2. Celte note si inléressanle est duo à M. \. Vissière, alors premier
inlcrprèle tie la Légation de France, aujourd'hui professeur à l'Ecole des
Langues Orientales vivantes.
303 L AUDIENCE IMPERIALE
les diiïcrcntcs Légations des mesures qui scniient prises k celle
occasion : envoi, entre 9 et 1 1 heures du matin, d*ofQciers chinois
chargés de conduire au Palais les diplomates étrangers, récep-
tion de ceux-ci par les ministres chinois au-delk de la porte
Toung-houa-men (porte orientale de Tenceinte fortifiée de la
Ville Inlerdile), station dans une sidle d'attente et fixation de
l'audience entre 11 h. du matin et i h. de l'après-midi.
Dans la pensée desMembrcsdu Yamen, exprimée verbalement
et par écrit, les Ministres de Russie et de France, ayant à
remettre à l'Empereur leurs lettres de créance et aussi des féli-
citations ou lettres de Kmus Gouvernements à l'occasion du ju-
bilé de l'Impératrice Ïs'eu-Ili, devaient dans le principe, être
reçus en audiences séparées, aux(pielles devait succéder une au-
dience générale, au cours de laquelle le Doyen du Corps diplo-
matique prendrait seul la parole et où figureraient tous les Mi-
nistres ou Chargés d' Viïaires simplement nuuiis de messages de
félicitation. Des objections furent faites à cette manière de pro-
céder, nolanunent par le Ministre de la Grande-Bretagne, et le
Tsoung-H-Yamen y renonça. Il fut convenu (jue chaque Envoyé
aurait ime audience spéciale et serait introduit auprès de Sa Ma-
jesté par ordre de grade et d'ancienneté.
Un des secrétaires généraux du Yainen se rendit, le îo, auprès
des interprètes des Légations pour leur remettre un texte im-
primé du Cérémonial et les entretenir des mo<lifications appor-
tées à la pratique suivie jusqu'alors. Par un acte de déférence, la
Cour a>ait prescrit <pie, tant que les Ministres Etrangers auraient
en mains leurs Lettres d'Klat, ils passeraient par la chaussée Im-
périale, l'ouverture centrale de la porte Wen-houa-men et la
|)orte centrale de la salle du Trùne, et que le prince chinois
chargé de recevoir ces Lettres, irait l<»s déposer devant l'Empe-
reur en passant par les degrés du milieu de l'estrade du Trône.
D'autre part, l'état précaire de la santé du prince Koung ne
lui permettrait pas de s'acquitter de ces fonctions pendant toutes
les audiences, mais le prince K'ing, dont le rang nobiliaire était
égal au sien et (pii partageait avec lui la présidence du Tsoung-li
Yamen le suppléerait, au besoin.
Aucune objection ne s'éleva au sujet du cérémonial, qui fut
suivi |)oiictuellement et sans incident, pendant la journée du 12.
Dès 9 h. du matin, deux olliciers montés se présentèrent à la
Légation de France au nom du Prince et accompagnèrent lecor-
tège, lorsqu'il se mit en route à 10 h. i/4* H se composait de
NOTE SUR l'aL'DIKNCE IMPÉRIALE 203
cinq chaises officielles, vertes, suivies par les cavaliers chinois de
la Lt^galion. Le personnel français devant être reçu par l'Empe-
reur comprenait :
S. E. M. Gérard, MM. de Fleurac, attaché militaire, et le doc-
teur Dépasse, Médecin de la Lé«^ation (désignés comme secré-
taires à la demande du Yamen), et MM. Vissièrc et Leduc, i*"*
et a* interprètes. Les Ministres chinois avaient demandé que ce
nomhre ne fut pas dépassé, hien que le [)ersonnel de la Légation
comportât deux membres de plus.
Extérieurement au fossé de la ville interdite, que franchit un
large pont, la rue se trouNc barrée par une palissade ou teha-lan,
que ne dépassent jamais les charrettes. Les cliaises seules sont
autorisées à s'arrêter au delà, I^es nôtres furent conduites jus-
qu'au seuil même, pres(jue sous la voûte de l'ouverture Nord de
la porte Toung-houa-men, qui en compte trois. Celle du milieu
réservée à rEnq)ereur, et celle du Sud n^stèrent fermées. Le
Ministre de France et les (piatre foncliomiaires de la Légation
mirent pied à terre et furent accueillis sous la voûte par plu-
sieurs secrétaires du Yamen. Les domestiques chinois durent res-
ter en dehors du Palais. Au delà de la j)orte s'ouvre une cour
très vaste et irrégulière (jui se trouvait bordée, dans diverses di-
rections, par des gardes en costume ofliciel armés du sabre, des
mandarins, des serviteurs. Après avoir |)assé un étroit canal sur
un pont situé à (pielque dislance de la porte, la direction du
Nord-Ouest fut suivie, et les Ministres du Yamen Souen Yu-
wen. King-sin, Siu Yong-yi et Wang Min-louan, vinrent à la
rencontre du Ministre de France juscpi'à mi-chemin environ.
Procédant toujours dans la même direction, on pénétra, par une
porte simple, dans une cour intérieure, au Nord de laquelle des
appartements, fraîchement tapissés et ré])arés, servirent de
premières salles d'attente. Ils se composent de trois |)ièces gar-
nies de divans, dé|X'ndant du Tch'ouan-sin -tien, et {)ortanl au
fronton de leur porte uni(pie la désignation Kiinj-liiny-men, Le
thé y fut servi vi c'est là (pie se réunirent les Représentants étran-
gers, leurs secrétaires et interprètes. Les Princes koung et Ring,
retenus par leurs fonctions auprès de l'Enqjereur, n'y tirent
qu'une courte apparition.
Vers II h., lorscpie tous furent arrivés, on se [K)rla vers des
tentes assez basses, formées de toile bleue clouée sur des châssis
en bois, pour y attendre le moment d'être introduit auprès de
l'Empereur. Ces tentes, formant quatre chambres tapissées à
ao4 l'audience impériale
rinlérîcur et rangées sur deux lignes le long du mur oriental du
Wcn-lioua-tien, se trouvaient à nii-<listance environ entre les
premières salles d'attente et la jx)rte Wen-lioua-nien, qui faitfac^
au Sud. Les audiences eurent lieu successivement, les Secré-
taires du Yamen, puis les Ministres chinois conduisant les di-
plomates étrangers, qui furent introduits dans Tordre suivant :
1. — M. le Colonel Denby*, Minisire des États-Unis et
Doyen, accompagné de MM. Gh. Denby, secrétaire, et Gheshire,
interprète.
2. — M. le Gomte Gassini, Ministre de Russie, pourvu de
lettres de créance, accompagné de MM. Pavlov, secrétaire, Koles-
sov. Grosse et Rojdestvensky. interprètes.
3. — M. O'Gonor, Ministre delà Grande Bretagne, accomjw-
gné de MM. li<\iuclerk et Mac Grant-DuH\ secrétaires, de
MM. Fuli'ord, secrélaire-inlerprèfe p. t., Gockburn, asssistant
secrétaire-interprète p. i., et Ker, économe.
4. — M. le Baron Sclienck zu Scliwoinsberg, ministre d'Alle-
magne, accompagné de M. le baron von der Goltz, secrélaire-
interprète, et de M. le docteur Francke, second interprète.
5. — M. Gérard, ministre de France, et MM. le capitaine de
Fleurac, Dépasse, Vissière et Fieduc.
6. — M. Loumyer, ministre de Belgi([ue, assisté de M. le
D»* Francke, a* inlerprèle de la Légation d'Allemagne.
7. — M. Bock, Gousul-Général de Suède el Norvège à Gliang-
Ilaï, chargé en qualité de Minisire plénipotenliaire d'une mission
spéciale de félicitation, assisté de M. Gheshire, interprète du
Doyen du Gorps diplomatique.
Les Ministres d'Italie et des Pavs-Bas étaient absents de Pé-
Ring.
Les audiences se succédèrent rapitlement. Lors(]ue arriva, vers
11 heures et demie, le tour de la Légation de Fiance, M. Gérard
et les personnes de sa suite Curent invités par les secrétaires chi-
nois, puis, à (juelques mètres plus loin, par les Ministres, à les
suivre, et se dirigèrent vers le Sud puis l'Ouest, entre deux haies
de mandarins, de gardes et de serviteurs, jus(ju'à la voie réservée
à rEnqwreur, marquée par un hm^^ tapis de l'eutre, qui, montant
en plan incliné, s'engage sous l'ouverture centrale de la porte
I. Dcnby, Charlvs^ (rindiana; né en Virginie; nommé envoyé ex-
traordinaire et ministre plénipotenliaire, 39 mai iSS5 ; arriva à son poste
le 3o sept. i885.
NOTE Sun l'audience impériale 3o5
Wen-lioua-inen. Dès ce moincnl on apercevait rEinpereur, assis
sur un trône placé sur l'estrade, élevée d'un nièlrc environ, au
fond du pavillon Wen-houa-tien, dont toutes les portes étaient
ouvertes. Devant, l'Enipereur, à hauteur du buste, était dispo-
sée une table rectangulaire, revêtue d*un tapis de soie jaune. A
droite et à gauche dans la pièce, sans grande étendue, des gardes
du corps étaient rangés obliquement de façon à former deux
ailes. Outre le prince Koung, trois personnes se tenaient sur l'es-
trade à cùté de l'Empereur. L'une d'elles était le prince Li, di-
recteur du Grand Conseil de la Guerre ÇKiun-ki-tcli*on). Suivant
la voie centrale et le tapis de feutre, entre une double haie de
gardes du corps, armés du sabre ou de la lance à queue de pan-
thère, le Ministre de France, portant ses lettres dans une envc-
lop|w de velours bleu à glands d'or, au chillVe delà République,
parvint h la porte centrale du pavillon Wen-houa-tien, dont il
franchit le seuil, à une dizaine de mètres de rEm|)ereur, et s'in-
clina. Quelques pas plus loin, nouvelle inclinaison du corps,
puis une troisième, au moment où il s'arrêta entre les deux co-
lonnes situées à droite et à gauche, dans la partie médiane delà
salle. M. Gérard prononça son allocution à l'Empereur, qui fut
lue, en chinois, par M. Vissière. Cette traduction terminée, le
Ministre de France, présentant ses lettres, s'avança jusqu'au pied
des degrés du milieu de l'estrade du trône, réservés à Sa Majesté,
s'inclina, et le prince Roung, qui, dès le commencement de
l'audience avait quitté la place (|u'il occupait près de la table
située devant l'Empereur, et, par les degrés de l'est, était des-
cendu près du Ministre de France, prit les lettres à deux mains
et lentement monta les degrés du milieu. Le prince s'arrêta de-
vant la table couverte d'un tapis jaimeet y dé|X)sa, devant l'Em-
pereur, l'étui de velours contenant les lettres, puis se retira vers
rOrient. Sa Majesté, le regard tourné vers le Ministre de France,
fit un mou\ement de tète, signifiant qu'il recevait les lettres. A
ce moment, M. Gérard se retira à reculons jusqu'à l'intervalle
existant entre les deux colonnes. Le Prince Roung, parvenu au
côté Est du Trône, s'agenouilla, et, les yeux baissés, écouta la
réponse que l'Empereur lui lit en langue mandchoue. Il se releva,
puis descendit par les degrés orientaux, et, s'arrôtant près de
M. Gérard, dit, en langue chinoise, que Sa Majesté s'enquérait
de la santé du Président de la République, qu'EUe avait reçu les
lettres de créance et les lettres de félicitation, — qu'EUe était
heureuse de la venue de M. Gérard en Chine et qu'EUe ne dou-
aoG
L AUDIENCE IMPERIALE
lait pas que son séjour n'eût pour effet de consolider les relalions
amicales entre les deux pays.
Lorsque ces paroles eurent été traduites en français par le pre-
mier interprète qui se trouvait à la droite de M. Gérard, TEm-
pereur fil un nouvel a«*quiescement de la tôle, mettant fin à Tau-
dience ; M. Gérard s'inclina, recula de quelques pas, s'inclina
PLAN DE LA SALLE DU TRONE WEN HOUA TIEN
ColonMi
i !
f^Ctkaat
I
)
I
i
II
1
•■•^••"^ Marche de» rcprcAcntants étrangers.
••••*••-••••• Marche de» princes chinois.
^^ 2^1^ lucliiiaisoiiv de corpn du Représentant étranger.
encore et se relira à reculons jusqu'à la porte orientale de la salle
du Trône, où il fit ainsi que les personnes qui l'acconipaj^^naient,
un dernier salut. Le retour se fit par la voie Est dans la cour et
l'ouverture Est de la porte Toung-lioua-men.
Des secrétaires chinois reconduisirent le Ministre et le person-
nel de la Légation jus(ju'aux lentes en toile bleue, puis aux salles
d'atlcfitc de la cour intérieure, où le thé fut servi.
DISCOURS DE M. GÉRARD 2O7
Lorsque tous les Ministres et le personnel des Légations se
trouvèrent de nouveau réunis, les Princes et les Minisires chi-
nois s'entretinrent avec eux quelques instants, puis on prit congé
cl chacun regagna sa chaise en compagnie des secrétaires du
Yamen. Il était midi et demi.
Le i" Interprète de la Légation
(Sig.) A. VissiÈRE.
DISCOURS DE M. GERARD
Voici le discours adressé à l'Empereur par notre ministre :
Sire,
J'ai l'honneur de remettre entre les mains de Votre Majesté
les Lettres m'accréditant auprès d'Elle en qualité d'Envoyé Extra-
ordinaire et de Ministre Plénipotentiaire de la République fran-
çaise.
J'y joins les Lettres par lesquelles le Président de la République
exprime à Votre Majesté ses sincères félicitations pour le soixan-
tième anniversaire de la naissance de Sa Majesté l'impératrice-
Douairière.
Le Gouvernement de la République, en me confiant la haute
mission de le représenter auprès de Votre Majesté, m'a recom-
mandé, comme ma principale tâche, avec l'exécution loyale des
traités, le maintien et le développement des relations de bon voi-
sinage et d'amitié qui régnent si heureusement entre nos deux
pays.
Le Président de la République m'a en outre chargé de témoi-
gner à Votre Majesté, avec la part qu'il prend à tout ce qui
touche Votre Impériale Maison, les vœux qu'il forme pour le
bonheur de Votre Majesté, la prospérité de l'Empire et la paix
de son peuple.
Les diplomates remarquèrent que l'empereur, âgé alors de
vingt-deux ans, avait Papparcncc d'un enfant. Chétif, d'une
extrême pAleur, presque exsangue, il avait une charmante
expression de visage et un regard de velours dans des yeux
noirs et profonds. 11 .paraissait prendre le plus vif intérêt à
aoG
L AUDIENCE IMPÉRIALE
lait pas que son séjour n'eût pour erfet de consolider les relations
amicales entre les deux pays.
Lorsque ces paroles curent été traduites en français par le pre-
mier inlerprète qui se trouvait à la droile de M. Gérard, TEm-
pereur fit un nouvel ai^quiescement de la tête, mettant fin à Tau-
dience ; M. Gérard s'inclina, recula de quelques pas, s'inclina
PLAN DE LA SALLE DU TRONE WEN HOUA TIEN
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1
•■•^••"^ Marche de» représentanlH ctrangcri.
.•••«......M Marchn de» prince» chinois.
^^ ^Êéf^ Inclinaisons de corps du Représentant étranger.
encore et se retira à reculons jusqu'à la porte orientale de la salle
du Trône, où il fit ainsi que les personnes qui l'accompagnaient,
un dernier salut. Le retour se fit par la voie Est dans la cour et
l'ouverture Est de la porte Toung-houa-men.
Des secrétaires chinois reconduisirent le Ministre et le person-
nel de la Légation jusqu'aux tentes en toile bleue, puis aux salles
d'attente de la cour intérieure, où le thé fut servi.
DISCOURS DE M. GÉRARD 20*
Lorsque Ions les Minisircs et le personnel des Légations se
trouvèrent de nouveau réunis, les IVinces et les Ministres chi-
nois s'entretinrent avec eux quelques instants, puis on prit congé
et chacun regagna sa cliaisc en coni|)agnie des secrétaires du
Yamen. 11 était midi et demi.
Le i**" Interprète de la Légation
(Sig.) A. VissiÈRE.
DISCOURS DE M. GERARD
Voici le discours adressé à rEmpereur jwr notre ministre :
Sire,
J'ai l'honneur de remettre entre les mains de Votre Majesté
les Lettres m'accréditanl auprès d'EJle en qualité d'Envoyé Extra-
ordinaire et de Ministre IMénipotenliaire de la République fran-
çaise.
J'y joins les Lettres par les(|uelles le Président de la République
exprime à Votre Majesté sens sincères félicitations pour le soixan-
tième anniversaire de la naissance de Sa Majesté l'impéralrice-
Douairière.
Le Gouvernement de la République, en me confiant la haute
mission de le représenter auprès de Votre Majesté, m'a recom-
mandé, comme ma principale tAche, avec l'exécution loyale des
traités, le maintien et le développement des relations de bon voi-
sinage et d'amitié qui régnent si heureusement entre nos deux
pays.
Le Président de la République m'a en outre chargé de témoi-
gner à Voire Majesté, avec la |)art qu'il prend à tout ce qui
louche Votre ImpTiale Maison, les vœux qu'il forme pour le
bonheur de Votre Majesté, la prospérité de l'Empire et la paix
de son peuple.
Les diplomates remarquèrent que rempcreiir, âgé alors de
vingt-deux ans, avait r^ipparcnce d'un enfant. Chétif, d'une
extrême pâleur, presque exsangue, il avait une charmante
expression de visage et un regard de velours dans des yeux
noirs et profonds. Il .paraissait prendre le plus vif intérc^t à
2o8 L*AUDIENCE iMPÉniALE
la cérémonie de raudicnce. Ce portrait est à rapprocher de
celui fait en 1891 par le correspondant du TempsK
COPIE RESPECTUEUSE DE LA RÉPONSE FAITE PAR SA MAJESTÉ
l'empereur pendant l'aUDÎENCE du i5 (= 12 NOVEMBRE
1894). TRADUCTION.
Le Président de la République de Voire honorable Pays vous
a charge spécialenienl, Monsieur l'Envoyé, de venir résider en
Chine et de Nous y remettre vos Lettres de créance. Il Nous a
adressé, en outre, une Lettre de félicitation à l'occasion du Go'
anniversaire de Sa Majesté l'Impératricc-Douairiére. (]e sont là
des témoignages du désir qu'a le Président de la Répnblique de
Votre honorable Pays d'entretenir avec nous des rapports de con-
corde et de bonne amitié. Notre souhait. Monsieur l'Knvoyé, est
que Vous 'traitiez dans un esprit de conciliation toutes les affaires
qui se présenteront, que les relations d'Etat outre nos deux Pays
s'a (Ter missent à jamais, et qu'ils jouissent ensemble de la paix.
Telle est la ferme espérance de Notre cœur.
RÉSULTATS
L'audience du ip. novembre 189/1 marque une date impor-
tante dans rhistoire des relations de l'Occident avec la Chine.
Pour la première fois a été franchie par les représentants des
puissances étrangères la porte de la ville interdite, c'est-à-dire du
temple où réside l'idole impériale. Les audiences précédentes,
soit en 1878, soit en 1891, s'étaient arrêtées sur le seuil. La
ténacité des ministres de France, de Russie et d'Espagne, la
visite de MM. Gérard et Cassini au Tsoung-li Yamen, ainsi
que les circonstances dans lesquelles se trouvait la Chine,
préparèrent ce grand succès diplomatique retardé jadis i)ar
l'influence fAcheusc de M. de Brandt et les impatiences de
M. N. O'Conor.
I. Voir p. 5/|.
AUDIENCE, l4 FÉVRIER iSqB SOQ
Il fut reconnu, avec plus ou moins de bonne grâce, que
ce résultat était dû à Tattitudedes gouvernements et légations
de France et de Russie, qui, en maintenant patiemment le
principe de Tégalité et de la réciprocité entre les cours, ont
ménagé et préparé rétablissement, entre la cour de Pé-King
et le corps dipIomatique,'de rapports conformes à la dignité
des gouvernements étrangers.
AUDIENCE, l4 FÉVRIER iSgG.
La question de Taudience impériale à l'intérieur même de
la « Ville interdite » reçut le 12 novembre 1894 la solution
désirable et nécessaire ; il restait, pour consacrer le résultat
acquis, à introduire de plus en plus dans les rites de la cour
de Pé-King l'étiquette des autres cours. Il importait tout
d'abord, que la réception du Corps Diplomatique par l'Empe-
reur, à l'occasion de la nouvelle année, devînt un usage, une
tradition régulière.
Tous les ministres accrédités à Pé-King reconnurent la
convenance de ne pas laisser s'ouvrir l'année chinoise sans
fixer pour l'avenir cet article du cérémonial. Les dispositions
du Tsoung-li Yamen étaient, d'ailleurs, favorables et pro-
pices, ainsi que les ministres étrangers avaient pu s'en assurer
lors de la visite que leur rendirent, le 9 janvier 1896, à
l'occasion de la nouvelle année européenne, les princes, les
membres du conseil des affaires étrangères et le& hauts fonc-
tionnaires des différents ministères de Pé-King.
Le début de Tannée chinoise coïncidant avec le 26 jan-
vier des Occidentaux, le colonel Denby, doyen du corps
diplomatique, adressa, le 11 janvier, aux princes et aux
ministres, une dépêche officielle pour leur exprimer le désir
du Corps Diplomatique de présenter à TEmpereur, pendant
la première lune, ses félicitations de nouvel an. Le Tsoung-li
Yamen soumit à ce sujet, le 21 janvier, un rapport au Trône
GoRDiKR. m. — i4
SIO L* AUDIENCE IMPÉRIALE
pour prendre les commandements de l'empereur ; le même
jour, ainsi que le Tsoung-li Yamen prit le soin d'en avertir
chacun des ministres étrangers, par une dépêche circulaire
en date du 26 janvier, le rapport reçut de l'empereur l'apos-
tille suivante en vermillon :
a Nous ordonnons que raudicncc ait lieu le 20 de la première
lune (i 4 février) dans la salle Wen-houa-tien. »
Respect à ceci.
Le corps diplomatique fut donc reçu par l'empereur le
i4 février 1896 dans la salle du trône Wen-houa-tien, pour
présenter au souverain de la Chine les félicitations du nouvel
an. Celte fois encore, les représentants étrangers durent, avant
de franchir de nouveau l'enceinte de la ville interdite, vain-
cre une dernière difficulté de cérémonial. Le Tsoung-li Ya-
men, ou plutôt le prince Koung, dans la visite de courtoisie
que les représentants des Puissances lui firent en corps le
6 février pour les fêtes de la première lune, les avait en effet
avisés que, lors de Taudience du i4, ils entreraient dans la
salle du trône non pas, comme le 12 novembre 1894, par la
porte du milieu, réservée à la personne impériale, mais par
la porte latérale de TEst. Le motif de cette différence était
que, le 12 novembre, les ministres étrangers étaient porteurs
de Lettres d'Etat autographes, tandis que dans l'audience du
i4 février ils n'avaient à présenter au trône que des félicita-
tions verbales. Les Lettres autographes, disait le prince, étant
l'émanation directe des souverains et chefs d'État, ouvraient
la porte môme de l'empereur aux représentants traités dans
cette circonstance solennelle comme les personnes souve-
raines dont ils transmettaient le message. Le prince ajoutait
que dans les autres réceptions les diplomates n'avaient accès
auprès du Trône que par la porte latérale de TEst, rituellement
destinée aux ministres étrangers et aux princes de la famille
impériale.
AUDIENCE, l4 FÉVRIER l8g5 311
Les minisires étrangers ne crurent pas devoir accepter cette
distinction. Au cours d'une réunion du corps diplomatique
tenue le 8 février sous la présidence du doyen, il fut unani-
mement reconnu que dans toutes les réceptions, porteurs ou
non de Lettres autographes, les ministres étrangers devaient
être traités comme les représentants de personnes souveraines
et être introduits dans la salle du Trône par la porte impé-
riale. Les ministres de France et d'Allemagne furent en outre
expressément délégués auprès du Tsoung-li Yamen pour lui
donner connaissance de cette décision. Le 9 février, ceux-ci
se rendirent au Tsoung-li Yamen où les attendaient le prince
K'ing et plusieurs ministres chinois. La discussion ne fut ni
longue, ni difficile. Le prince K'ing était d'avance résolu à
donner satisfaction à la demande. Il se contenta, pour la forme,
de rapj>eler les protocoles de 1 89 1 dans lesquels le corps di-
plomatique avait accepté l'entrée par la porte latérale. Le
ministre de France se borna de son côté à répondre que les
règlements adoptés à une époque où les audiences avaient lieu
hors de la ville interdite ne pouvaient être considérés comme
applicables aux récc|)tions dans Fintérieur même du palais ;
le baron Schenck, de son côté, démontra comment ces règle-
ments préparés par son prédécesseur, M. de Brandt, avaient
cessé d'être en vigueur. Le prince K'ing se rendit aisément
aux raisons des deux diplomates ; il exprima seulement en
conclusion le désir que le corps diplomatique voulut bien,
par une dépêche officielle adressée au Tsoung-li Yamen, dé-
clarer que les félicitations portées à Tempereur pour la nou-
velle année l'étaient au nom des souverains et chefs d'État.
Le corps diplomatique n'éprouva aucune difficulté à dé-
férer à ce désir. La lettre du doyen, dont la rédaction fut
confiée au ministre de France, eut surtout pour but de
marquer que le même cérémonial fixé déjà pour l'audience
du 12 novembre précédent devait être adopté pour toutes
les réceptions des représentants étrangers, soit lorsqu'ils re-
>.nr zr^^irt jti^ :• : m iTTiirrtâaneia^ if Fanyeiwir: le même
• tu: •iji:?i ™ i: ri»:iixLr— i lliiUrîîi prît le soin d'en avertir
l'-iinTLi iiir- -nfT ■■■<:■"*> tcruiçto- j^tr oœ dépiîcbe circulaire
tcL i^Lïtt UL i : iLiTj^. ji nvçt-cî m.:u( de rempeieur lapos-
I V lis. :r3:c-ii.iis> rie ZifDEtrax ih &a le lo de la première
Lrf r.cTS iirù;czii:J73* f::t >i:oc reçn par rempereur le
: i ïÎH— .fir : S;;^. ii:i^ ^ silji» ii tr'œ Wen-houa-tien, pour
-.c:'5*iîi**cr 11 s •^•■friiz i» Ik •Ihioe le* félicitations du nouvel
Lz • V-T^f 5:cf f C'.rrî- 1-^ r?fo?s?aîAnt> étrangers durent, avant
i; iri-jrc_ir i; ZF.'c^-ftiu l'eo-'wnîe de la ville interdite, vain-
:-^: i.Z'i ini'f'^- :"^-Tihé de okènK*nial. Le Tsoung-lî Ya-
'^kz. :•- riu:'*: Ir prlro* k-i-onr, dan> U visite de courtoisie
:--«T l-> rfi rrxcu:::* A* Puissances lui firent en corps le
r l'.^r.iz :• -ur l-f :^:c> Je la première lune, les avait en effet
.«'k.>:'s r:»^. i-s^ i-e i'iudience du 14, ib entreraient dans la
>d !; i.: ::'rr: r.-. :i {vis. o>mine le 12 novembre 1894, par la
;• ::-: ,:.: :i::l.-rii. ivser*êe d h personne impériale, mais par
L«. ly r:-: ^itaI-: de l'Est. Le motif de cette différence était
• :- . '.•: I j r.:^'::r.bre, les ministres étranger? étaient porteurs
,:^- LrTiiris .î* Km: Auî -graphes, tandis que dans Taudiencedu
i i !-:^r;':r iis r/a^ aient à présenter au trône que des félicita-
:., :i> ^trl\àlo>. Les Lettres auti^graphes, disait le prince, étant
■ -::::,î::.i:i;:i dîrtvte des souverains et chefs d*Etat, ouvraient
ia jvrte nitino Je l'empereur aux représentants traités dans
v"oî:o v'ircoiistanoe solennelle comme les personnes souve-
raiiu s dont ils transmettaient le message. Le prince ajoutait
i|uo dans les autres révx^plions les diplomates n^avaicnt accès
aupK's du TrO>ne que p;ir la |x>rle latérale de l'Est, rituellement
dostinôo aux ministres étrangers et aux princes de la famille
iui^vrialo.
AUDIENCE, i4 FÉVRIER i8g5 ait
Les ministres étrangers ne crurent pas devoir accepter cette
distinction. Au cours d'une réunion du corps diplomatique
tenue le 8 février sous la présidence du doyen, il fut unani-
mement reconnu que dans toutes les réceptions, porteurs ou
non de Lettres autographes, les ministres étrangers devaient
être traités comme les représentants de personnes souveraines
et être introduits dans la salle du Trône par la porte impé-
riale. Les ministres de France et d'Allemagne furent en outre
expressément délégués auprès du Tsoung-li Yamen pour lui
donner connaissance de cette décision. Le 9 février, ceux-ci
se rendirent au Tsoung-li Yamen où les attendaient le prince
K*ing et plusieurs ministres chinois. La discussion ne fut ni
longue, ni difficile. Le prince K'ing était d'avance résolu à
donner satisfaction à la demande. Il se contenta, pour la forme,
de rapjxîler les protocoles de 1 89 1 dans lesquels le corps di-
plomatique avait accepté l'entrée par la porte latérale. Le
ministre de France se borna de son côté à répondre que les
règlements adoptés à une époque où les audiences avaient lieu
hors de la ville interdite ne pouvaient être considérés comme
applicables aux réceptions dans Tintérieur même du palais ;
le baron Schenck, de son coté, démontra comment ces règle-
ments préparés par son prédécesseur, M. de Brandt, avaient
cessé d'être en vigueur. Le prince K'ing se rendit aisément
aux raisons des deux diplomates ; il exprima seulement en
conclusion le désir que le a>rps diplomatique voulut bien,
par une dépêche oQicielle adressée au Tsoung-li Yamen. dé-
clarer que les féhcitations portées à l'empereur pour la nou-
velle année l'étaient au nom des souverains et chefs d'Etat.
Le corps diplomatique n'éprouva aucune difficulté à dé-
férer à ce désir. La lettre du doyen, dont la rédaction fut
confiée au ministre de France, eut surtout pour but de
marquer que le même cérémonial fixé déjà pour l'audience
du 12 novembre précédent devait être adopté pour toutes
les réceptions des représentants étrangers, soit lorsquHls re-
213 l'aUDIE?(CE impériale
mettent leurs lettres de créance, soit lorsqu'ils présentent
au trône des lettres autographes des souverains ou chefs
d'État, soit lorsqu'ils portent eux-mêmes à Tempereur les
félicitations, les vœux ou quelque autre communication que
ce soit, de leurs gouvernements. Ainsi fut déterminée d'une
façon uniforme et durable, en harmonie avec les usages in-
ternationaux et sauf amendements ultérieurs, l'étiquette des-
tinée à régler les rapports entre le corps diplomatique et la
cour de Pé-King.
L'audience eut lieu le i4 février, à onze heures du matin,
selon le cérémonial usité le 12 novembre. Tous les minis-
tres étrangers y assistaient avec le personnel complet de
leurs légations. Un discours en français fut prononcé par le
doyen du corps diplomatique, le colonel Denby, ministre
des États-Unis. L'empereur y répondit par quelques phrases
en langue mandchoue, dont le prince koung donna la tra-
duction en chinois.
AUDIENCE, 3 MABS 1896.
Le Corps diplomatique, selon le cérémonial adopté, sous
les auspices des légations de France et de Russie, au mois de
novembre 189^, puis au mois de février iSgG, fut le 3 mars
1896, reçu par l'emi^îreur dans la salle du trône Wen houa-
tien, à l'occasion de la nouvelle année. L'audience impé-
riale, h laquelle avaient assisté tous les chefs de mission
avec le personnel des différentes légations, garda le caractère
qu'avait déjà revêtu l'audience du i4 février 1896. Le sur^
lendemain, 5 mars, les princes et ministres du Tsoung-li
Yamen, par ordre impérial, invitèrent le corps diplomatique
à un banquet pendant lequel, selon la mode européenne,
furent portées par le doyen du corps diplomatique et le prince
K^ing les santés de l'Empereur de Chine, ainsi que des Sou-
verains et chefs d'Étal représentés à Pé-King.
CHAPITRE XI
LA GUERRE SINO-JAPONAISE
Quelles que soient les causes immédiates de la guerre qui
a éclaté en 1894 entre la Chine et le Japon, elles ne sont
qu'accidentelles; d'autres faits auraient pu tout aussi bien
rendre inévitable le conflit entre les deux pays. La Chine,
suivant sa tradition séculaire, confiante dans une force qui,
si elle avait été entamée par les Occidentaux, n'avait pas en-
core vu son prestige diminuer aux yeux de ses voisins, pleine
de condescendance, même de mépris pour ces Wo-jen (Ja-
ponais) qui pour elle n'étaient que des bandits venus, dans
les siècles passés, rançonner ses côtes en pirates, conservait
toutes ses illusions et, malgré les traités, continuait à exer-
cer une suzeraineté qui, pour être parfois occulte, n'était
pas moins réelle sur la Corée, quoique celle-ci fût libre*.
Le Japon, fier de sa révolution, de la transformation qui
lui a fait croire qu'il égalait les nations occidentales, plein
de cette fougue qui a fait parfois sa gloire et l'a empêché, en
même temps que sa versatilité, d'établir une civilisation per-
sonnelle et durable à l'exemple de son antique rivale, dési-
rait mesurer ses forces avec celles du colosse chinois dont il
apercevait les pieds d'argile, et tout en voulant faire croire
que la vieille âme japonaise, Yamato Daishi, avait fait place
à des sentiments utilitaires, ce qu'il désirait avant tout, c'é-
I. Voir la lettre de Li lloung-tchang, infia.
. - Ji . ^ -•• - "viu i=- jwrtar ^p-tij'ith*^ t TtanptrtaT les
tfj.r'Ot:. c=- z^ *c^zz. ■"«. tmstaiÈi aorr; r^'flZïimEîkatictD que
■* -. -*. -S T-i:^ ^ i'rint-iifcîmc- ^jnsL iic ifserimaêe d'une
1» r UTu TTîr -* nirtiiM-. -a lèirxujixii* f^s: i** Tis&^es in-
•-:.•:*- . '--iT:;'" r-^ Tun^iri- ^nr^ .t? rjcTi? âçi»:ciit>qTie et la
. KiJi^y.-^ •:-. ir*l r .^ ê'TKr 1 .TEK MC*< lu mâtin.
^.,. r r -*^;:-. ^;ii i>iif t : a.«v*niijrf . T:«2> k< niini^-
: — •rvi.^'^ -'î-sî*iit:»ii v'^: #f 7«>vaxwr rv:«jf4et de
: ..^ ■:fer-^:-':> - 2 *iî^\ur^ :a na^na^ ia jr:o-:oof pir le
.■...•: *r. ' '.TT!- «uih •u^HiUTif . t: r;» aifv Ite.tT. ministre
.r-^ : ^^> -, :> - -•iii!*-"-ir ; -*îs*.iiiâi: pur jMtpe^phriM^
:-.^tr.A''j*. ut a m e jrni.^ k.ixsïf d:<mi U tra-
4.--
. 1 . »;'
• > .:,:v in^mnif ^'-cu e .-^jrîaDJffiiI *i:f4ê. sous
--. .•>- -ixt»:- »i> :»: yr^fl»-^ i^ ^ R:»*«, àu mois de
'K,... :vu> iu 11». li- iK -t*'^vî^ iN»5. fut ie 3 mars
X,.. -. •; ■*.- .i,,;^iri-*ir aïOîs il siik iï :r:oi» \^en-boua-
•,--.>** A A. a icu-^-iIk loaw L'iuiieooe impê-
, t i, : ,:.f.ii i>!>i>u.- i-ll^^ i^^ v-ftefe de mission
. ->. ,uiK* ^t.> iiiltrrîiitr^ jeîTio.as. ;vdi le caractère
-. î.îi j-iut-ac? iu :i »f*r«r iN>5. Le sur^
iu:«^ •> jrjiOTS fs 2:i3fi54nf< du Tsounjr-ii
,-.!- ifi»-**«.-iii- jf>v*.'r^tt: if cc*p^ dif4omatique
'. .,, .- :* ïUiuf' tyj-iii î^fvot kft SKdf euiv^nne,
. -^ ,c. t. *- '^'1 .'^i vrw ifi:Qfci6îqttf elle prince
^ ;». : f :--vî-:u.- ie t iujse* jiasi que des Sou-
V ^ ^
•ÎV.N
CHAPITRE XI
LA GUERRE SINO-JAPONAISE
Quelles que soient les causes immédiates de la guerre qui
a éclaté en 189/1 entre la Chine et le Japon, elles ne sont
qu'accidentelles; d'autres faits auraient pu tout aussi bien
rendre inévitable le conflit entre les deux pays. La Chine,
suivant sa tradition séculaire, confiante dans une force qui,
si elle avait été ent*amée par les Occidentaux, n'avait pas en-
core vu son prestige diminuer aux yeux de ses voisins, pleine
de condescendance, même de mépris pour ces Wo-jen (Ja-
ponais) qui pour elle n'étaient que des bandits venus, dans
les siècles passés, rançonner ses côtes en pirates, conservait
toutes ses illusions et, malgré les traités, continuait à exer-
cer une suzeraineté qui, pour être parfois occulte, n'était
pas moins réelle sur la Corée, quoique celle-ci fût libre*.
Le Japon, fier de sa révolution, de la transformation qui
lui a fait croire qu'il égalait les nations occidentales, plein
de cette fougue qui a fait parfois sa gloire et l'a empêché, en
même temps que sa versatilité, d'établir une civilisation per-
sonnelle et durable à l'exemple de son antique rivale, dési-
rait mesurer ses forces avec celles du colosse chinois dont il
apercevait les pieds d'argile, et tout en voulant faire croire
que la vieille Ame j«iponaise, Yamatn Daishi, avait fait place
à des sentiments utilitaires, ce qu'il désirait avant tout, c'é-
I. Voir la lettre de Li lloung-tchang, infia.
ai4 LA GUERRE SITiO-JAPONAISE
tait une guerre héroïque et brillante. La Corée, sa voisine, par
l'intermédiaire de laquelle il avait reçu le souille éducateur
de la Chine, était un champ indiqué pour Tcxpansion de sa
population entreprenante; il y rencontrait la Chine qui,
malgré ses fautes, représente une des plus grandes et des
plus anciennes civilisations de l'humanité. Le Japon allait se
mesurer avec elle et pouvoir renouveler les exploits de Hi-
deyoshi à la fin du xvi" siècle.
J'ai déjà fait ' allusion à la lettre qu'adressait Li Houng-
tchang (23 oct. 1879) ^ ^^ ^*^"*^ fonctionnaire coréen; je
crois devoir la reproduire en entier malgré sa longueur, car
mieux que tout autre document, elle montre bien les senti-
ments de la Chine et dévoile les idées politiques du grand
vice-roi du Tché-li :
LETTRE DE Ll HOUNG-TCHAKG, 23 OCTOBRE 1879
23 Octobre 1879.
A mon vénérable frère Sou chan, gardien du trône de première
classe.
A la fin de la première lune (du 1 1 au 3o février 1879) je vous
avais déjà écrit quelques lignes pour m'iiifornier de vos nouvelles,
lorsque dans le courant de la a* lune (du i^*" février au
22 mars 1879) m*est arrivée votre bien obligeante lettre du 7 jan-
vier dans laquelle vous me questionnez au sujet des relations
internationales. Tout en examinant avec une grande largeur de
vues les avantages et les inconvénients qui, selon vous, peuvent
en résulter, j'ai infiniment apprécié les opinions que vous m'ex-
primez et je continue de faire des vœux pour que votre santé
vous permette de diriger longtemps encore, comme ministre,
(les affaires de votre gouvernement).
Je vous félicite d'avoir aussi bien réussi dans l'administration
intérieure du pays que dans la tâche, qui vous incombait, de le
défendre contre les agressions injurieuses qui lui viennent de
l'extérieur.
I. II, p. 583.
LETTRE DE LI HOUNG-TCHANG 2l5
Vous m'entretenez des relations de votre Gouvernement avec
le Japon ; les Japonais sont orgueilleux et d'instinct dominateur ;
démesurément ambitieux et rusés, ils avancent pas à pas et la
nécessité où se trouve votre gouvernement de les satisfaire selon
que les circonstances l'exigent rend, je le reconnais, votre tâche
bien ardue. Lorsque Tan dernier je me suis trouvé avec l'envoyé
de Corée, j'avais déjà lu la lettre dans laquelle vous me répétiez
à différentes reprises que les Japonais vous priaient de vous faire
l'interprète de leur désir de vivre en bonne intelligence avec nous
et d'exprimer qu'il n'y avait pas lieu d'être inquiet, car ils n'usaient
d'aucun artifice.
Je pense, dans mon ignorance, que, depuis l'antiquité, les rela-
tions entre voisins ont leur raison d'être : en voulant tirer avan-
tage l'une de l'autre, deux nations, d'ennemies qu'elles étaient,
trouvent un intérêt commun à s'assister. N'ayant au contraire
aucun avantage à tirer l'une de l'autre, elles cesseraient bientôt
de s'entendre pour devenir ennemies. Il est d'une bonne politi-
que de dissimuler aux Japonais ce qu'on sait de leur peu de sin-
cérité ; mieux vaut se tenir sur ses gardes, éviter tout sujet de
querelle et maintenir ainsi de bonnes relations mutuelles. Telle
est la raison pour laquelle, dans ma lettre précédente, je vous
conseillais de ne pas laisser poindre votre défiance ; cela aurait
pour conséquence de leur fournir des arguments contre vous.
J'ai eu lieu de constater récemment * combien les Japonais
procèdent par biais et par détours, et combien aussi ils sont im-
pénétrables : comme il importe de se tenir longtemps à l'avance
sur ses gardes, je ne puis me dispenser de vous parler confiden-
tiellement de certaines choses.
D'années en années les Japonais ont de plus en plus recours
aux sciences occidentales ; ils construisent des engins de toutes
sortes. C'est, disent-ils, |)Our leur bien-être et devenir puissants;
il en résulte que leurs finances sont épuisées et que les dettes
contractées par leur gouvernement sont telles qu'il doit fatale-
ment chercher aux quatre points cardinaux des combinaisons lui
permettant de rentrer dans ses débours. Les pays sur lesquels ils
jettent plus volontiers un regard de convoitise sont : au nord,
la Corée ; au sud, l'ile chinoise de Formose ; Liéou-Riéou est un
royaume existant depuis plusieurs siècles, contre lequel les Ja|)o-
I. Allusion aui afTaircs de Liéou Kicou.
2l6 LA GUERRE SINO- JAPONAISE
nais n'avaient aucun grief ; néanmoins, au printemps dernier,
ils ont inopinément envoyé des navires de guerre pour dépouiller
et supprimer le gouvernement des îles et en dévorer les meilleurs
territoires.
On ne pourrait assurer qu'à l'avenir nos deux pays seront à
l'abri des tentatives eflFrontées du Ja[x>n prêt à profiter de toutes
les occasions qui lui paraîtraient propices. Les forces militaires et
les ressources financières de la Chine sont dix fois supérieures à
celles du Japon et je pense donc qu'il n'y a pas encore pour nous
péril en la demeure ; mais si j'étais à la place de votre gouver-
nement je m'inspirerais des circonstances et je ferais, dès main-
tenant et en secret, des préparatifs militaires ; et je m'eflForcerab
de réunir des ressources et d'exercer mes troupes afin de m'afler-
mif. D'ici là, restez impassibles pour mieux les dominer et en
toute aflFairc exécutez scrupuleusement les traitée afin de ne
donner aucune prise (contre vous). De la sorte vous serez sûrs
au moins, que si malgré ces mesures de prudence, il arrive quel-
que chose, la raison sera encore de votre côté.
Votre royaume, où les lettres ont toujours été en honneur,
n'est ni assez riche, ni assez fort. Vous devez désormais vous hàt^r
d'y remédier ; ce n'est pas en un jour que vous y parviendrez.
J'apprends que deux grands vaisseaux, le Feung-chan et le
Géia, expédiés du Japon, stationnent depuis longtemps à'I'entrée
de Fou-chan * et s'exercent au tir de leur grosse artillerie. Je ne
sais quel est leur projet ; dans le cas où ils trahiraient de mauvais
desseins, la Chine s'efforcerait de vous assister, mais n'est-il pas
à craindre que vu la distance et la longueur de la route nous
ne puissions pas arriver en temps utile. 11 y a en outre à consi-
dérer :
1° Que le Japon attire à lui les Occidentaux pour former ses.
troupes de terre et de mer ; et que bien que les navires et l'arme-
ment des Japonais, si bons qu'ils soient, ne valent pas ceux dont
se servent les Occidentaux, il est à craindre (\uc votre pays ne
puisse se mesurer avec le leur ;
2° Que les Japonais cajolent les États occidentaux dans le seul
but de leur emprunter de leur prestige et de leur force pour
s'approprier, sans dire gare, les états voisins ou les humilier.
3** Que les Occidentaux ne réussissent pas à dissimuler le res-
I . Port ouvert au commerce japonais.
LETTRE DE Ll IIOUNG-TCHANG 217
sentiment qu'ils gardent d'avoir éiv (^cariés, lorsque Tan dernier
(1878). ils ont voulu se rendre dans votre pays dans un but com-
mercial.
4° Qu'il est probable que le Japon a secrètement converti l'An-
gleterre, la France et les Klats-Ûnis à l'idée qu'il y a tout avan-
tage pour eux h ce que des ports lui soient ouverts.
5" Que peut-iMre aussi le Japon s'entend avec la Russie dans
une œuvre d'envahissement et que dans cette hypothèse voire
royaume sérail bientôt réduit à l'extrémité, c'est du moins ce que
j'appréhende avec un sentiment indicible de tristesse.
Les hommes [)olitiques de la Chine sonl unanimement d'avis
que mieux vaut prévenir les événements que d'avoir à y remé-
dier.
Comme moyen de couper court aux complications et de se ras-
surer, le plus simple n'est-il pas, direz-vous, de s'enfermer chez
soi et de se garder ? 11 ne ])eul malheureusement être question
d'un tel système quand il s'agit des Occidentaux.
S'en remettant à eux-ménjes pour la proleclion de leur per-
sonne, hardis el entreprenants, il n'est pas un lieu du globe ter-
restre qu'ils ne fréquentent. Jamais pareille chose ne s'est vue
depuis que le monde est monde, il ne faut s'en prendre qu'au
cours naturel des choses. Il n'y a donc pas de force humaine qui
puisse entraver ce mouvement : votre gouvernement lui-même
n'a-t-il pas du conclure un traité de commerce avec le Japon et
inaugurer ainsi une ère nouvelle? D'une part, ce précédent
excite, certainement, davantage les désirs des autres puissances,
tandis que, d'autre part, le Ja[x>n, sans concurrent aujourd'hui,
considère la Corée comme une marchandise dont il a le privilège
exclusif.
Dans les conjonctures actuelles, il convient, ne semble-t-il pas,
de neutraliser l'action du venin par le venin et, s'il s'agit d'en-
nemis, de pouvoir les opposer les uns aux autres. 11 importerait
de profiler de toute occasion qui se présenterait de vous lier suc-
cessivement par des traités avec tous les Rtats occidentaux, vous
vous serviriez d'eux |K)ur contenir le Japon.
Les Japonais, confiants en leur force et en leur ruse, ont révélé
chez eux, dans l'alTaire de Liéou-Kiéou, la gloutonnerie du pois-
son et l'instinct rongeur du ver a soie ; votre gouvernement ne
peut se dispenser de prendre ses précautions à leur égard ; le
Ja[)on ne redoute ou n'écoute que les Occidentaux, la Corée
n'aurait pas assez de ses propres forces pour maîtriser à elle seule
2l8 LA GUERRE SINO-JAPONAISE
le Japon, tandis que le faisceau des puissances occidentales avec
lesquelles elle serait en relations de commerce sudirait amplement
et au delà à contenir les Japonais.
Il y a en Occident un code {général d'après lequel on ne peut
sans motif s'emparer des clats d'autrui : mais ce ne sont que les
puissances ayant enlre elles des relations commerciales qui peu-
vent Ix^néfîcier du droit des jçens. L*an dernier, la Turquie était
victime de la violence des Russes ; au moment où elle allait
succomber, TAngleteiTe invita les autres nations à tenir conseil ;
les Russes, dès lors, ne tardèrent pas à retirer leurs troupes. Ainsi
donc si la Turquie était restée dans un isolement semblable au
vôtre, elle serait devenue la proie de la Russie.
La Belgique et le Danemark, deux petits Ktats de l'Europe,
ont conclu des traités avec toutes les puissances ; personne n'ose
les traiter injustement ni les oflcnser. N'est-ce pas Va un tableau
de la compensation de la faiblesse par la force ?
Vu les difïicultés qu'on rencontre dans l'exécution des projets
sur un état sépare par d'autres états, l'Angleterre, l'Allemagne,
la France, les États-Unis et autres puissances des mers occiden-
tales, situées à plusieurs milliers de lieues de votre royaume, ne
peuvent avoir d'autre ambition que celle de faire du commerce
et de protéger leurs navires marchands.
Il n'en est pas de même pour les Russes qu'aucun état ne
sépare de vous. Ils occupent, en effet, l'ile de Kou-yé, la rivière
Soueï-feun, le fleuve Toumcn, ils sont donc vos voisins immé-
diats. En nouant des relations avec l'Angleterre, la France, l'Alle-
magne et les Étals-Unis, votre gouvernement pourrait non seu-
lement mettre un fr(?iii aux aspirations du Japon, mais encore
fermer la porte à l'espionnage des Russes : vous verriez même
la Russie venir à la suite des autres puissances négocier im traité
de commerce avec \ous'. Rendez-vous bien compte des circon-
stances et conformez-y votre politique : antre temps, autre con-
duite, ce serait chose inutile que de vouloir user de discours pour
exercer une pression quelconcpje. Si là, où vous permettez aux
Japonais de faire du commerce, \ous laissiez venir d'autres trafi-
quants étrangers, ce ne serait que le commerce des Japonais qui
I. 11 y a tout lien de croire qu'on vertu d'un raisonnement analogue,
la Chine avait conseillé à VAnnam de nouer des relations avec l'Espagne
et d'autres puissances |)our contrebalancer rintluencc de la France.
LETTRE DE Ll HOUNG-TCllANG aiQ
en serait diminué. Quant à votre Gouvernement, cela ne lui crée-
rait pas de nouvelles charges. En établissant un tarif (douanier)
vous vous ferez des revenus qui ne seront pas à dédaigner ; de
plus la liberté du conmierce pour les autres faciliterait pour vous
l'achat des munitions de guerre. Mieux encore, vous enverriez
de vos fonctionnaires dans les KUits ayant traité avec vous ; en
temps de paix, cela vous servirait à resserrer des liens d'amitié et
dans le cas où vous seriez injustement en butte aux vexations et
aux agressions d'un autre état, cela vous mettrait à même de
convier toutes les puissances avec lesquelles vous seriez en rela-
tions à examiner vos griefs avant de vous en remettre au sort des
armes. De la sorte le Ja(X)n n'oserait plus se montrer aussi arro-
gant et faire ii des droits d'autrui.
En vous créant de bonnes relations avec les nations étrangères,
en suivant leurs affaires, en ne vous montrant ni trop dur ni trop
faible, en ce cédant et ne résistant que selon que la raison l'exi-
gera, vous auriez ce qui vous importe le plus, c'est-à-dire le meil-
leur moyen de maîtriser le Japon. Vous n'auriez pas, non plus,
de meilleur moyen de vous garder des Russes.
Souvent les représentants étrangers à Péking entretiennent le
Tsoung-li \amen au sujet des relations connnerciales à ouvrir
avec la Corée. Le Gouvernement de votre noble royaume est libre,
je le reconnais, d'interdire et d'ordonner comme bon lui semble,
aussi ne devrais-je pas m'immiscer indûment dans ses aiFaircs. Si
je l'ai fait, c'est que la Corée et la Chine ne sont qu'une famille
et que vous êtes lenuirqui protège nos trois provinces orientales.
Kirin, Moukden, Amour ; vous êtes à nous ce que les lèvres sont
aux dents et ce (jui serait malheur [>our vous serait aussi malheur
pour nous. Telle est la raison jwur laquelle je n'ai pas craint de
vous faire des suggestions et de vous parler sans détour. J'ose
même espérer (jue \ous voudrez bien soumettre a l'examen du.
roi ma manière de voir ; rassemblez vos fonctionnaires en conseil,
faites-leur étudier mûrement et en secret cette question, puis
faites-moi savoir en (juelques mots, je vous prie, si on me donne
tort ou raison. Notre Tsoung-li Yamen désire depuis longtemps
déjà savoir s'il ])eut ré|X)ndre aux gouvernements étrangers dans
le sens de ma lettre. Quand les chefs de Légation feront allusion
à la Corée, on |)Ourrait en profiter pour laisser échapper quelques
mots (d'encouragement) et faire entendre que vous n'êtes pas
immuable dans vos anciennes dispositions.
Les États occidentaux ont prolité de nos malheurs pour nous
LKTTBE DE Ll HOIXC-TCIIAMG aij)
on serait diminué, (^hianl ù votre Gouvernement, cela ne lui crée-
rait |>as de nou\elles charL'es. Kn établissant un tarif (douanier)
\ous \ous ferez des revenus (|ui ne seront |>as à dédaigner ; de
plus la liberté du conunerce \ni\iT les autres faciliterait pour vous
Tarliat des nuiiiitions de jrucrre. Mieux encore, vous enverriez
de \o^ fonctioimaires dans les Rtats ayant traité avec vous ; en
temps de |>ai\. cela \«uis siTvirait à ress4*rrer des liens d'amitié et
dans le cas où \ous M*rie/ injustement en butte aux \e\ations et
aux adressions d'un autre état, cela \ous mettrait à même de
convier toutes les puissances avec IcMpielles \ous seriez en rela-
tions à examiner \ns irriefs a\ant de \ous en remettre au Mirldes
armes. De la s^rte le Japon n'oserait plus se montrer aussi arro-
•:ant et faire ti des droits d'autrui.
Kn \ous créant de l)onnes relations avec les nations étranjrères.
en sui\ant leurs aifaires. en ne \ous montrant ni tropdur ni trop
faible, en ce cé<lant et ne résistant (pie selon «pie la raison l'exi-
gera, \ous auriez ce qui \ous importe le plus, c'est -à-<l ire le meil-
leur moyen de maîtriser le Japtm. Vous n'auriez |ias. non plus,
de meilleur mo\en de vous manier des Russes.
Sou\ent les représentants étranirers à IVking entretiennent le
Tsouui^-li ^amen au sujet des relations commerciales à ouvrir
avec la C.orée. Le (îou\ernement de \otre noble royaume est libn*.
je le reconnais, d'interdire et d'ordonner comme bon lui semble,
aussi ne devrais-je jkis m'innniscer indûment dans si^s atFaires. Si
je lai fait, c'est <pie la Corée et la Cbine ne sont (pi'une fanûlle
et que vous êtes le mur qui protège nostrois provinces orient a les,
Kirin. Moukden. Amour : \ous êtes à nous ce que les lè\ressonl
aux dents et ce qui serait mallienr |)our \ous serait aussi malbeur
[xnir nous. Telle est la raison |M>ur latpielle je n'ai pas craint de
\ous faire des sugueslions et de \ous parler sans détour. J'ose
mémi' eNjMM'i'r (pu» nous \oudrez bien soumettre à l'examen du.
roi ma manière de \oir : rassemblez vos fonctionnaires en conseil,
faites-leur étudier nu'urment et en si»cret cette (piestion, puis
faites m«>i saxolr en cpielques mots, je vous prie, si on me donne
tort on raison. Notre Tsoung-li ^amen désire depuis longtenq)S
déjà sa\oir s'il peut réjHmdre aux gouvernements étrangers dans
le sens de ma lettre. (Juand les chefs de Légation feront allusion
à la dorée, on |>ourrait en proiiter pour laisser échapper quelques
mois (d'encouragement) et faire entendre que vous n*ètes pas
inmiuable dans \os anciennes dis|X)sitions.
Les Liais occidentaux ont profité de nos malheurs pour nous
320 LA GUERRE S1NO-JAPONAISE
imposer leurs volontés les armes à la main. En fait d'arguments,
lors de la conclusion de leurs traités, ils ont eu recours à leurs
soldats; aussi, depuis lors, l'exécution de ces mêmes traités, vous
ne pouvez l'ignorer, est-elle la source de froissements continuels.
Si votre gouvernement consentait à traiter de bon gré avant qu'on
en vienne à la violence, les pays occidentaux en seraient tellement
surpris qu'ils n'oseraient pas se montrer trop exigeants ; votre
nation maintiendrait hautement, sans qu'ils puissent protester,
l'interdiction dont vous frappez la vente de l'opium, la propaga-
tion de la religion chrétienne dans l'intérieur du pays et autres
éléments de corruption. Nous devons nous tenir mutuellement
au courant de ce que nous voyons, cela ne peut que profiter à
nos grands intérêts communs, cela ne saurait du moins leur por-
ter la moindre atteinte. C'est en sachant profiter du moment
favorable que vous pourrez édifier pour longtemps. Puisque vous
savez combien sont forts vos adversaires, usez de moyens propres
à les diviser, usez d'adresse, vous vous montrerez ainsi bons stra-
tégistes.
Le missionnaire Deguette * ayant été fait prisonnier par votre
Gouvernement, le représentant de la France à Péking a supplié
en termes courtois de faire en sorte que le ministre des Rites
vous en avisAt afin que son compatriote soit mis en liberté. En
agissant comme nous l'avons fait, nous avons voulu nous mettre
entre vous et eux, j 'espère que vous aurez fait droit à notre
demande. Comme vous m'avez écrit à maintes reprises au sujet
de la manière de vous conduire avec vos voisins, je n'ai pas craint
d'être prolixe et de vous faire des confidences. En m'informant
de vos nouvelles, je vous donne l'assurance que dans ma lettre,
si longue qu'elle soit, je n'ai pas encore épuisé toutes mes pensées.
Li Houng-tchang, de la province de \gan-Houei, vous salue
de nouveau *.
Nous ne reviendrons pas sur les événements qui se passè-
rent en Corée en 1882 et en i88/j ' et sur le traité signe le 9
janvier i885 entre la Corée elle Japon. Au mois d'avril sui-
vant un traité conclu entre le Japon et la Chine marquait
1. Voir II, p. 583.
2. Pour traduction conforme. Sigé : G. Devéria.
3. II, p. 58a et seq.
TRAITÉ ENTRE LA CHINE ET LE JAPON 221
le caractère des relations que les deux puissances devaient
entretenir avec leur voisine qui restait libre.
TRAITÉ ENTRE LA CHINE ET LE JAPON, AVRIL l885 *.
. Li, comte de i*"* classe avec la désignation Sou-yi, vice-
roi du Tché-li, Président du Ministère de rAnnée, Surintendant
des Ports du Nord, Grand Chancelier de la Salle Wen-houa, Grand
Gardien de l'Héritier Présomptif, désigné spécialement comme
Plénipotentiaire de l'Empire de Chine.
Itô, Comte, honoré du Mérite de i*"* classe, Ministre de
la Maison de l'Empereur et Conseiller d'État, désigné spéciale-
ment comme Plénipotentiaire de l'Empire du Japon.
En conformité des Décrets Impériaux reçus par chacun, ont
délibéré en commun et dressé des articles spéciaux pour affermir
la concorde. Les dits articles sont énumérés ci-après :
i** Il est décidé que la Chine retirera ce qu'elle a de troupes
résidant en Corée et que le Japon retirera les troupes et olTiciers
qui gardent sa Légation en Corée. A partir du jour où les signa-
tures et sceaux sont apposés, un délai de 4 mois est fixé, dans
lequel chacune des deux Puissances retirera ses troupes en tota-
lité, afin d'éviter tout différend imprévu. Les troupes chinoises
partiront par Ma-san-hpo'^ ; les troupes japonaises partiront par
In-tchyen.
2** Les deux Puissances s'engagent à conseiller au Roi de Corée
d'une part de faire instruire des troupes pour suffire à sa protec-
tion personnelle et au maintien de l'ordre, et de plus d'engager un
ou plusieurs olïiciers de nationalité étrangère autre' à qui il con-
fiera l'instruction des troupes. Désormais ni la Chine ni le Japon
ne devront envoyer de fonctionnaires en Corée pour l'instruction
des troupes.
3° A l'avenir, si des troubles graves se produisaient en Corée
et si la Chine cl le Japon h la fois, ou l'une des deux Puissances,
voulaient y envoyer des troupes, il y aurait lieu à avis officiel
préalable et réciproque. Les affaires une fois réglées, le retrait
1. Voir 11, p. 590.
2. Ou Ma-san-tjin, district de Nam-yang. — Note du traducteur.
3. Ni Chinois, ni Japonais. — Note du traducteur.
2 2â LA GUERRE SINCHJAPONAI8E
des troupes devrait suivre immédiatement, sans qu'une nouvelle
occupation du pays soit loisible.
Kouang-Siu, ii* année. 3* lune, jour*.
Le Comte de i""® classe avec la désignation Sou-yi, Vice-
roi du Tché-li, Grand Chancelier de la Salle Wen-houa, Plénipo-
tentiaire extraordinaire.
Signé : Li Houng-tchakg.
Mei-dji, 18" année, avril, jour *.
Le Comte, honoré du Mérite de r* classe, Ministre de la
Maison de l'Empereur et Conseiller d*Etat, Plénipotentiaire extra-
ordinaire.
Signé : Itô Hiroboumi '.
A la suite de ce traite, on prétendit (jue la Corée, inquiète
pour sa sécurité, s'était jetée dans les bras de la Russie :
Le bruit s'est répandu à Pé-King dans ces derniers temps, écri-
vait M. Palcnôtrc, de Pé-King. le ai juillet i885,quc le Roi de
Corée venait do signer avec la Russie un traité par lequel il
acceptait le protectorat de cette Puissance. On ajoutait que cette
négociation avait été conduite, en dehors de la participation des
Ministres coréens par M. de MôllendorflF, ancien consul d'Allema-
gne en Chine, qui remplit depuis trois ans à la Cour de Séoul
des fonctions mal défuiies, équivalant à peu près à celles de Direc-
teur des Aflaircs Ëlrangères, et qui passe pour être le Conseiller
souvent écouté du Souverain. Cette nouvelle qui a trouvé ici une
certaine créance a été aussitôt commentée par la presse deChang-
Haï qui a voulu y voir une réponse du Cabinet de Saint-Péters-
bourg à l'occupation de Port-llamilton par l'Angleterre *. J'ai
cherché à savoir auprès de mon collègue de Russie ce que ces
rumeurs pouvaient avoir de fondé. M. Popov m'a répondu, — et
il était, je crois, de bonne foi, — qu'il était lui-même à cet égard
fort mal informé et qu'il avait du demander par le télégraphe des
renseignements à Saint-Pétersbourg. Dans sa pensée l'accord
I . Le jour est en blanc,
a. En blanc.
3. Je doiA cette traduction à Textréme obligeance de M. Maurice Cou-
rant qui Ta faite d'après le recueil, publié par le Tsoung-li Yamen, des
traités entre la Chine et les diverses puissances.
4. Voir p. 3-4-
RAPPORT DU ROI DE CORÉE A l'eMPEREUR DE CHINE 2^3
intervenu avec la Cour de Séoul avait simplement pour objet
renvoi d'instructeurs russes chargés de pourvoir à Téducation de
Tannée coréenne, — ce qui pourrait t^tre d'ailleurs un premier
jalon planté pour un protectorat futur.
n n'en était rien : la Corée, au contraire, mettant à profit
les conseils de Li Houng-tchang, demandait à l'empereur de
Chine son avis au sujet de l'envoi de ministres de son pays
à l'étranger.
RAPPORT PRÉSENTÉ PAR LE ROI DE CORÉE A l'eMPEREUR DE
CHINE *
Votre serviteur, Li-Hi, prince régnant de Corée, adresse avec
respect le présent rapport au Trône pour demander par avance
à Votre Majesté ses instructions relativement à l'envoi de repré-
sentants dans les pays occidentaux, es[)érant humblement rece-
voir le consentement impérial, alin que lesdits représentants,
puissent se mettre en roule.
Le 7* jour de la 8" lune de cette année (=le33 septembre 1887),
Chen Wou-lse, président de notre Conseil de Gouvernement,
nous a présenté le placet suivant :
« J'ai reçu aujourd'hui de Youen Che-R'ai, surintendant [chi-
« nois] des rapports internationaux, résidant en Corée, une dépê-
a che dans laquelle il me dit que le Grand Secrétaire d'État, Li
a Houng-tchang, lui a télégraphié avoir reçu du Tsoung-li Yamen
« un télégramme d'après lequel un Décret Impérial aurait été
a rendu en ces termes :
Avant d'envoyer des représentants dans les Pays Occidentaux, la
Corée doit nécessairement demander d^abord Nos instructions, et ce
nest qu après que Notre consentement aura été donné que ses repré-
sentants pourront partir. Ainsi seront observés les statuts applicables
à un pays dépendant. — Respect à ceci.
« Ordre était donné, en même temps, decommuniquer promp-
I. E&trait du Che Pao, journal chinois de Tien-tsin, n<> du 39 novem-
bre 1887.
2^4 l'A GUERRE SINO-JAPONAISE
« temcnt ce Décret h notre Conseil de Gouvernement afin qu'il
« s*y conformât avec respect. Il convient donc que je prie, parce
« placet, d*agir en respectueuse conformité avec ce qui précède.
a Etc. »
Nous devons remarquer que notre petit royaume a été, d*Age
en âge, l'objet de la bienveillante protection de la Cour Céleste,
dont les bienfaits ont eu Timmcnsilé de la Terre et du Ciel, la
hauteur des Montagnes et la profondeur de la Mer. Il n'est point
d'objet que ces bienfaits n'aient atteint et nos prières ont été
infailliblement exaucées. En ce qui concerne la question de nos
relations extérieures. Notre Emj)creur, Votre Majesté, a daigné
portera son domaine-frontière (==^Ia Corée) un intérêt paternel et
s'est efforcé d'y pourvoir {X)ur le mieux. C'est ainsi que Votre Majesté
nous a autorisé spécialement à entretenir tout d'abord des relations
amicales avec l'Amérique et a envoyé un de ses délégués pour
nous assister. Nous avons dûment conclu un traité et nous avons
préalablement adressé une Dépêche (au Couver nement des États-
Unis] dans laquelle nous déclarions que « la Corée est une dépen-
dance de la Chine, mais que nous avons toujours pu agir d'une
façon indépendante dans notre administration intérieure et dans
nos relations extérieures ». De la sorte, nous observions fidèle-
ment la règle que nous devons suivre [vis-à-vis de la Chine] et
nous traitons les nations étrangères sur le pied d'égalité. Nos
devoirs [envers la Chinej et nos rapports avec l'étranger demeu-
raient intacts et satisfaisants.
Depuis ce temps, les repré.sentants des diverses nations de
l'Occident sont venus successivement et ont conclu des traités de
paix sur la base du traité américain. Ils ont été satisfaisants et
tous nos rap|)orts adressés à Votre Majesté à leur sujet ont reçu
Votre approbation, ainsi que le constatent les archives.
Les Ktats-Unis, après l'échange des ratifications de leur traité,
ont, conformément à ses stipulations, nommé un Ministre pléni-
potentiaire en résidence dans notre capitale et notre petit royaume,
pour répondre à cette invitation, a aussi envoyé dans ce pays un
représentant, revenu plus tard. Quant aux autres nations occi-
dentales, nous n'avons pu encore leur répondre de la même
façon. Aussi les Ministres étrangers nous ont-ils souvent prié
d'envoyer chez eux aussi des représentants, à titre de réciprocité.
Notre petit royaume, réfléchissant sérieusement à la situation
actuelle, et dans la pensée de donner suite aux traités, vient de
désigner comme Ministre plénipotentiaire, votre serviteur P'ou
RAPPORT DU ROI DE CORÉE A l'eMPEREUR DE CHINE 33 5
Ting-yang * , que nous nous proposons d'envoyer résider aux
États-Unis. Nous avons, en outre, designé un autre Ministre plé-
nipotentiaire, Tcliao Tch*en-hi *, que nous nous proposons d'en-
voverdans les cinq pays suivants : Angleterre, France, Allemagne,
Italie et Russie, pour y résider et y régler les questions relatives
à nos relations extérieures. Nous devons adresser à Votre Majesté
ce rapport conforme à la vérité, pour la prier d'autoriser, par une
faveur Céleste exceptionnelle, le départ de ces mômes représen-
tants. Vos serviteurs, afin qu'ils remplissent leur mission, confor-
mément aux traités passés.
D'après les règlements on usage, lorsqu'il s'agit de questions
concernant l'envoi du tribut ou nos rapports politiques, nous
adressons une Dépêche au Ministère [chinois] des Rites pour qu'il
transmette au Trône l'ohjet de notre communication ; s'il s'agit
de commerce ou de relations extérieures, nous recourons à l'en-
tremise du Prince et des Ministres composant le Tsoung-li Yamen
ou du Commissaire Impérial des Ports du Nord, Li Houng-
tchang. Nous n'oserions nous adresser directement à Votre Majesté
que pour des afTaires de la plus grande importance. Il s'agit, cette
fois, d'un Décret Impérial transmis par le télégraphe ; Votre
serviteur, après en avoir pris connaissance à genoux, en a été ému
et terrifié plus qu'il ne lui serait facile de dire ; aussi ose-t-il ne
pas reculer devant la considération de son importunité bavarde
pour exposer audacieusement le fond de son cœur. Réduit à ce
moyen. Votre serviteur attend, dans la frayeur. Vos Ordres. Il
espère que Votre Majesté daignera donner son consentement à ce
respectueux rapport par lequel il la consulte sur l'envoi de nos
représentants, prêts à partir pour les pays occidentaux ^,
Il est évident que contrairement aux clauses du traité de
i885, la Chine intervient dans les affaires de Corée; la pièce
que nous venons de citer ainsi que la suivante le prouve su-
rabondamment.
I. En coréen Pak Tyeng-yang.
a. En coréen Tyo Chin-hi.
3. Pour trad. conforme, sig. : A. VissiRRfi.
CORDIBR. III. — l5
a 36 LA GUERRE SINO-JAPONAISE
DÉPÊCHE DU ROI DE CORÉE A LI HOUNG-TCHANG ^
Le Prince régnant de Corée adresse la communication officielle
suivante :
Le a 6* jour de la 9* lune de la présente année (le 1 1 nov. 1887).
Tchao Ping-wou, président de mon Conseil des Relations Exté-
rieures m'a adressé un rapport ainsi conçu :
« J*ai reçu, aujourd'hui môme, du Directeur Général Youen *,
la Dépèche suivante :
« Ce soir, a4 de la lune (9 nov.), vers 8 heures, me parvient
la réponse télégraphique du Grand Secrétaire d'Ëtat Li. En voici
la teneur :
a Vous me dites, dans votre télégramme, que le Prince de
Corée m'écrit oificiellement au sujet des Envoyés Plénipotentiaires
désignés par lui pour se rendre dans les pays occidentaux, afin de
me faire savoir que les Représentants Etrangers ayant déjà été
informés ofliciellcmcnt de la nomination de ces Envoyés pour en
aviser leurs gouvernements respectifs, il y aurait des inconvé-
nients à changer le titre de ces Envoyés, car ce changement
ferait naître des soupçons dans les esprits. Le Prince ajoute
qu'il se propose de prescrire auxdits Envoyés de revenir après leur
arrivée et leur réception à destination, en laissant à leur place, pour
des raisons d'économie, des secrétaires. Il leur enjoindra en outre
de se conformer strictement après leur arrivée en Occident,
vis-à-vis des Ministres Chinois, aux traditions établies, alin de
montrer leur respect, etc. Ces expressions témoignent d'intentions
modestes et déférentes, aussi ne puis-je m'abstenir de les prendre
en considération et d'y faire droit. Toutefois, un Décret Impérial
a été rendu à ce sujet :
« Après l'envoi de ces Représentants, y est-il dit, satisfaction
devra être donnée à la fois aux devoirs politiques (de la Corée
vis-à-vis de la Chine) et à ses relations internationales. Les fonc-
tionnaires envoyés dans les pays étrangers, devront se servir, en
tout ce qui touchera les rapports de leur pays avec la Chine, des
formes exigées d'un pays vassal. Quant aux questions non encore
I. Extrait du Che Pao^ journal chinois public à Ticn^tsin, n^ du
i3 janvier 1888. Traduction,
a. Hésidcnt chinois à Séoul.
DÉPÊCnE DU ROI DE CORÉE A LI H0UNG-TCHAN6 22*]
prévues. Nous ordonnons qu'elles soient, lorsqu'elles se présen-
teront, soumises (aux Ministres de Chine) pour en assurer le
règlement satisfaisant après entente. »
« Respect à ceci I »
Il est trois points qu'il est nécessaire que je précise tout d'abord :
1° Lorsque les Envoyés Coréens arriveront dans les pays étran-
gers, ils devront, en premier lieu, se rendre à la Légation de
Chine pour l'en informer par un rapport spécial, et demander au
Minisire chinois de les accompagner au Ministère des AtTaires
Etrangères. Dans la suite, cette formalité ne sera pas indispen-
sable.
2*^ Dans les réceptions d'État, les banquets officiels, les dîners
et les rapports de courtoisie, les Envoyés Coréens devront prendre
rang après les Ministres Chinois. 3° Dans les questions importantes
relatives aux rapports internationaux, les Envoyés Coréens devront,
au préalable, prendre coniidentiellement les instructions des Mi-
nistres de Chine.
Telles sont les règles qui devront être suivies, comme consé-
quence de l'état de vassalité de la Corée. Elles demeurent étran-
gères aux autres nations, qui n'ont pas à s'en préoccuper. La
pensée exprimée par le Décret Impérial est que les questions non
encore prévues fussent l'objet d'une entente pour leur règlement
satisfaisant, car les intérêts de la Chine et de la Corée se confon-
dent. Les Ministres Chinois à l'étranger étant tous choisis parmi
les dignitaires renommés, ils sauront traiter avec de sincères
égards les Envoyés Coréens.
Vous devez,. Monsieur le Tao-taï, communiquer ofliciellement
ceci au Conseil des Relations Extérieures, pour qu'il en fasse part
au Prince, qui devra enjoindre à ses Envoyés de s'y conformer.
En outre, lorsque sa Dépêche me sera parvenue, je lui adresserai
ma réponse. » Etc.*.
Je vois, par ce qui précède, que Votre Excellence, s'inspirant
de la bienveillance que Sa Majesté l'Empereur aime à témoigner
aux petits, prend complaisammenl en considération lesdiflicultés
de mon humble royaume, et donne son acquiescement à ma
demande relative au maintien du titre donné à mes Envoyés, ce
qui me permettra de tenir mes engagements vis-à-vis du monde
et de ne pas faire naître de soupçons chez les nations voisines.
1. Ici s'arrêtent les citations et le roi de Corée continue.
aa8 LA GUERRE SINO-JAPONA1SE
Dès lors, nos devoirs politiques et nos relations internationales
seront sauvegardés, pour la tranquillité éternelle de la patrie et
la cessation de tous reproches. Tel sera le résultat de Tentière pré-
voyance dont Votre Excellence a fait preuve depuis le commen-
cement. Quelle limite pourront donc connaître mes sentiments
de reconnaissance P
A la fm de la présente lune, j'ordonnerai à P*ou Ting-yang,
mon Plénipotentiaire aux Ëtats-Unis.et àXchao Tch*en-hi, mon
Plénipotentiaire en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Italie
et en France, de se rendre successivement dans les pays étrangers
pour y remplir respectueusement leurs fonctions. Quant aux
trois points que V. E. m*a signalés, conformément aux ordres
Impériaux, ils ont fait, de votre part, l'objet d'une minu-
tieuse étude ; Vous y avez tout prévu avec détail, ce qui les rend
plus dignes encore de ma respectueuse attention.
J'ai donné ordre à mon Conseil des Relations Extérieures, de
répondre officiellement au Directeur Général Youen que nous
donnons suite, dès maintenant, à sa communication et je prescris
à P'ou Ting-yang et à Tchao Tch'en-hi de s'y conformer. Je crois
devoir, en môme temps, faire parvenir à V. E., mes remercie-
ments par la présente Dépèche, et La prier d'en informer Sa Ma-
jesté rEm|Xîreur * j>.
Un événement tragique allait donner une nouvelle force
aux passions qui devaient, déchaînées, amener promptement
la guerre.
ASSASSINAT DE KIM OK KYOUM, 28 MARS iSq^.
Dans l'après-midi du mardi 27 mars 1894, quatre per-
sonnages habillés à l'européenne, se disant sujets japonais,
dont le principal portait le nom de S. Iwata, arrivaient h
Chang-IIaï, du Japon, sur le Saikio Maru et s'installaient
dans un hôtel japonais au coin de North Soochow et iNorth
Honan Roads.
Le lendemain, un peu après trois heures de l'après-midi,
I. Pour Irad. conforme, sig. : A. Vissière.
ASSASSINAT DE KIM OR KTOUM SIQ
des coups de revolver retentissaient dans l'hôtel ; un homme
à peine vêtu, couvert de sang, tombait mort dans le couloir
du premier étage tandis qu'un Coréen s'enfuyait précipi-
tamment. Les papiers trouvés dans les chambres de la vic-
time et du meurtrier permirent d'établir leur identité. Le mort
n'était autre que le fameux Kim-ok Kyoum, le chef de la
conspiration de Séoul du 4 décembre i884*. Son assassin
était un certain Hong Tjyong-ou, son compatriote. Les
deux autres compagnons de voyage de Kim étaient son do-
mestique japonais, originaire des îles Bonin, et Wou Po-jin,
interprète de la légation de Chine à Tokio. Il paraîtrait que
ceux-ci étaient sortis ; Kim reposait dans sa chambre, sur son
lit, appuyé sur le côté droit, lorsque Hong, qui avait repris
son costume coréen, fit irruption dans la chambre, un re-
volver à la main, et tira une balle qui atteignit Kim en haut
de la joue gauche. Le malheureux s'étant retourné, reçut
une nouvelle balle dans l'estomac, se leva, s'enfuit dans le
couloir poursuivi par Hong qui lui tira un troisième coup
au-dessous de l'omoplate gauche : Kim tomba mort.
Hong s'enfuit le long de North Shansi Road dans la direc-
tion du village de Louza, il fut aperçu près du champ de tir
et enfin gagna Wou-soung où, découvert par un agent de la
sûreté, il fut arrêté dans son sommeil le 29 mars par la po-
lice municipale de Chang-Haï et ramené dans cette ville
menottes aux mains. Hong déclara que s'il avait fui, c'était
par crainte de la vengeance du domestique japonais de Kim,
mais qu'il avait reçu, ainsi qu'un de ses amis, l'ordre du roi
de Corée de mettre à mort l'ancien conspirateur et que les
instructions écrites se trouvaient entre les mains de soncom-
•
pagnon, resté à Tokio. Il prétendait qu'il n'avait pu exé-
cuter plus tôt l'ordre qui lui avait été donné, parce qu'il dési-
rait tirer tous les renseignements possibles de Kim, qui
I. Voir II, p. 608.
aSo LA GUERRE SIIfO-JAPONAISE
avait été attiré à Chang-Haï par une invitation de Tancien
ministre de Chine ù Tokio, Li, fils adoptif du vice-roi du
Tché-li. Hong était parent de Hong Yong-sik, maitre des
postes de Séoul, l'un des rebelles qui fut massacré en i88i;
il est très probable que l'assassinat de Kim devait servir à
Hong Tjyong-ou pour rentrer en grâc€ à la cour coréenne.
Hong avait connu Kim au Japon en 1889, et il avait essayé,
mais en vain, de le persuader à rentrer dans son pays *.
Hong Tjyong-ou, confronté avec sa victime, fut remis en-
tre les mains du tché-hien de Chang-Haï, et le roi de Corée
fut prévenu télcgraphiquemcnt de l'assassinat. Le vendredi
6 avril, le consul de Corée à Tien-Tsin, Siu, arrivait à Chang-
Haï, muni de pleins pouvoirs ; il se mit en rapports avec le
tché-hien, et comme aux termes de la convention entre la
Chine et la Corée, les Coréens sont justifiables de leurs pro-
pres tribunaux pour leurs crimes commis contre leurs com-
patriotes, les autorités chinoises lui firent remise de Hong
Tjyong-ou et du cercueil de Kim, conservé jusqu'alors dans
le dépôt mortuaire de la corporation des gens du Hou-nan,
qui furent embarqués le 6 avril à 10 heures et demie du soir,
sur la corvette chinoise Wei-Cfiing qui leva l'ancre pour la
Corée avec des dépêches pour Youcn Chc-k'ai, résident chi-
nois h Séoul. Le 12 avril, le Wci-Chirifj arrivait à Tche-
moulpo ; le cercueil fut transporté h bord du vapeur Han-
rang qui partit le lendemain avec Hong ; le cercueil débar-
qué à Yang houa tchen, près de Séoul, fut recouvert d'un
drap portant six grands caractères chinois signifiant : « Ok
kyoum, archi-rebelle et hérétique. » Le 1 4, un édit du roi
arrivait ordonnant de décapiter et d'écarteler le cadavre dont
les cinq morceaux furent exposés au bout de perches. Quelque
I . Hong avait résidé plusieurs années h Paris, et il avait quitté la
Franco en juillet 1898 sur le vapeur des Messageries maritimes Afel-
bourne.
ASSASSINAT DE RIM OR KTOUM sSl
temps après, la tête fut envoyée à Séoul, où elle fut d^ailleurs
volée et le reste du corps de Kim, déjxïcé à nouveau, fut ré-
parti entre les huit provinces du royaume. HongTjyong-ou,
conduit à Séoul en chaise à porteurs, fut reçu avec honneurs
par le roi. Le père, âgé et aveugle, de Kim, ainsi que sa
femme et sa fille, qui gagnaient péniblement leur vie comme
blanchisseuses dans un petit village, furent conduits à Séoul
et décapités.
Chose curieuse I Dans la nuit du 28 mars 1894, le jour
même de l'assassinat de Kim, un de ses complices, Po
Tcheng-sieou, qui avait ouvert une école à Tokio, échappa
au poignard d'un compatriote, LiTsi-tché*.
Peu de temps après, une rébellion éclatait dans la province
de Tjyen-nato et les insurgés nommés Tong-haks s'em-
paraient de la capitale provinciale TjyenTjou. Le gouverne-
ment coréen réclama Taide de la Chine et du Japon. Les Chi-
nois répondirent immédiatement à cet appel et débarquèrent
des troupes à Ya-chan (Asan). Les Japonais arrivèrent
quand la rébellion était écrasée, mais ils jugèrent la situation
tellement sérieuse qu'ils envoyèrent des troupes pour garder
leur légation à Séoul ; ils en avaient le droit, disaient-ils, par
traité : aucun ministre étranger ne protesta.
Le jeudi 28 juin 189/i, Otori, ministre du Japon à Séoul,
fut reçu en audience par le roi de Corée, auquel il remit un
ultimatum, demandant qu'à l'avenir son royaume agisse
comme un état indépendant et non comme un pays vassal de
la Chine, et que, dans ce cas, le Japon lui donnerait son appui
moral et matériel. Le roi demanda une semaine pour don-
ner une réponse.
I. Voir sur ce drame, le North-China Herald^ I, 1894» p. 488, 53o,
574, 696. 819.
a3a LA GUERRE SINO-JAPONAISE
PROJET DE RÉFORMES POUR LA CORÉE
On prétendait que le Japon avait suggéré le projet de ré-
formes suivant à la Corée :
I. — Réforme dans les gouvernements central et provin-
cial et nomination de fonctionnaires capables.
1. Définir clairement les devoirs de tous les fonctionnaires.
Toutes les affaires intérieures et étrangères devront être sous le
contrôle du Giseifu (Conseil administratif) et à la tête des
Départements seront placés les six Sohansho (Ministres),
comme jusqu'ici. Les fonctionnaires du palais seront distincts
des fonctionnaires administratifs, et les premiers ne seront en
aucune circonstance mêlés aux affaires administratives na-
tionales.
2. Comme les relations diplomatiques et commerciales
avec les pays étrangers sont de la plus grande importance,
elles devront être traitées avec circonspection et un ministre
responsable en sera chargé.
3. Les emplois qui seront nécessaires pour la conduite des
ordres administratifs seront conservés, mais toutes les siné-
cures seront abolies. Les services seront fondus de façon à
simplifier les affaires autant que possible.
l\. Les districts provinciaux actuels sont trop nombreux.
Ils devraient être réduits de nombre afin de diminuer les dé-
penses ; mais un soin spécial sera pris de ne pas gêner Teffi-
cacité de l'administration.
5. Tous les fonctionnaires devront avoir des devoirs fixes.
Seuls ceux dont les services sont absolument nécessaires
devront être conservés, et les fonctionnaires superflus devront
être congédiés.
6. Nomination par héritage de famille, position ou précé-
dent, devrait être abolie et toutes les places seront ouvertes
au talent.
PROJET DE RÉFORMES POUR LA CORÉE a33
7. L'achat des charges devrait être aboli, comme expo-
sant à de grands maux.
8. Tous les salaires des fonctionnaires devraient être clai-
rement fixés à des sommes qui leur permettent de vivre
honnêtement.
9. L'acceptation par les fonctionnaires de pots de vin
en argent ou autres serait strictement interdite par la loi.
10. Le commerce privé par lous les fonctionnaires des
gouvernements central et provincial serait strictement prohibé
par la loi.
n. — Augmenter la richesse nationale par la réorganisa-
tion financière.
11. Le revenu et les dépenses nationauxseraientexaminés
et clairement définis par un système fixe.
12. Toutes les affaires concernant les comptes publics se-
raient divisées strictement.
i3. Le système monétaire serait immédiatement réorga-
nisé.
i4. Les produits agricoles des divisions provinciales se-
raient déterminés et le tauxdeTimpôt réformé.
i5. Toutes les taxes seront réformées par la loi et de nou-
velles sources de revenus créées.
16. Là où la dépense n'est pas absolument nécessaire, des
réductions seraient faites; et là où une augmentation est
nécessaire, tous les efforts seraient faits pour y répondre.
17. Les routes de l'Etat seront planes et larges. Des che-
mins de fer seraient construits entre Séoul et les ports à traité;
et il devrait y avoir des communications télégraphiques avec
les villes, bureaux de districts, et garnisons de façon à aug-
menter les facilités de communication.
18. Les affaires devS douanes dans les ports à traité seraient
entièrement dirigées par la Corée, sans aucune intervention
extérieure.
a 34 LA GUERRE S1NO-JAPONA18E
III. — Réorganiser la loi et les cours de justice.
19. Les lois existantes qui sont considérées comme ne con-
venant plus au temps présent seront suspendues ou modifiées
et de nouvelles lois seront établies pour répondre aux nou-
veaux besoins.
20. En réformant la loi delà procédure judiciaire, l'équité
de la justice sera prouvée.
IV. — Réorganiser Tarmée et la police, pour supprimer
la rébellion intérieure et maintenir la paix.
21. Les ofliciers militaires devraient être instruits.
22. L'armée et la marine actuelles devraient être réfor-
mées ; et autant de corps de nouveau modèle que le per-
mettent les finances nationales devraient être établis.
23. Comme rétablissement de la police est tout à fait né-
cessaire, des postes de police seront établis à Séoul et dans
d'autres villes importantes, et strictement disciplinés.
V. — Fixer le système d'éducation.
2/1. Le système entier d'éducation devrait être réformé
convenablement, et dans chaque localité, des écoles élémen-
taires devraient être établies pour l'éducation des enfants.
25. Après l'établissement des écoles élémentaires, des
écoles moyennes et des collèges devraient être établis dans
l'avenir quand besoin en serait.
26. Les plus capables parmi les étudiants devraient être
envoyés à l'étranger pour étudier*.
L'attitude des Japonais à l'égard des étrangers devenait
menaçante: le dimanche 1 5 juillet, le consul général d'An-
gleterre, M. C. T. Gardner et sa femme, M. J. Me Leavy
Brown et un résident, M. Fox, quittèrent Séoul par la porte
de l'Ouest pour faire une promenade dans la campagne, sur
I. Traduit de la Japan Gazette, reproduite dans le North-China
Herald, Aug. 3, 1894» p. 179» 180.
AFFAIRE DU KOWSHING a35
la route de Yang-hoiia Ichen ; ils tombèrent au milieu d'un
camp japonais où était stationne le 2i* régiment d'infanterie
et furent maltraités, quoique M. Gardner fut parfaitement
connu. Malgré les réclamations adressées au ministre Otori,
le consul ne put obtenir aucune satisfaction. L'incident fut
enfin terminé par des excuses privées du marquis Saionji.
Le même jour, M. Osborne, commissaire des douanes de
Tche-moul po, était, sur un prétexte futile, insulté et jeté
par terre, tandis qu'un soldat japonais coupait la main de
son coolie d'un coup de ba y on nette.
Le 23 juillet, au malin, les Japonais attaquèrent à Séoul
le palais royal défendu par quelques troupes de Ping-yang,
déposèrent, le roi de Corée qu'ils retinrent prisonnier à
leur légation avec la reine, le prince héritier et les jeunes
princesses et nommèrent à sa place le Tai Wen Koun qui
refusa le titre de roi, mais fut obligé d'agir comme régent.
Malgré ses 80 ans, ce dernier refusait d'obéir aux Japonais
et de déclarer la guerre à la Chine ; le malheureux roi fut
forcé par les Japonais qui s'étaient emparés du palais en tuant
3o ou 4o serviteurs et en en blessant autant, de déclarer la
guerre le 27 juillet à la puissance qu'il regardait comme sa
suzeraine ; par euphémisme, il confiait aux Japonais la tâche
d'expulser les troupes chinoises du pays.
Les Japonais, après avoir déclaré l'état de siège à Séoid,
envoyèrent des troupes vers le Sud pour attaquer les forces
chinoises réunies à Ya-chan (Asan).
Le 2/1 juillet, la France chargeait son ministre à To-kio,
M. Harmand, d'une démarche auprès du gouvernement
japonais pour lui faire savoir tout le prix qu'il attachait à
ce que le conflit fût évité.
AFFAIRE DU KoiVSking , 25 JUILLET iSq^
Au commencement des difficultés avec la Chine, il y avait
à Ya-chan ou A-san, au Sud de Tchemoulpo, un petit corps
336 LA GUERRE SINO-JAPONAISE
de 3ooo Chinois qui y avaient été envoyés à la demande
du roi de Corée pour écraser la rébellion des Tong-Hak. Les
Chinois expédièrent des troupes par le Feiching et V Irène qui
accomplirent heureusement leur mission ; il n'en fut pas de
même de celle dévolue au Kowshing.
Le 21 juillet, le Feiching embarqua à Tong-kou pour
Ya-chan, environ 700 hommes de troupes chinoises, 5o
ponies et quelques canons Krupp de 5 centimètres; il arriva à
destination le 2^, à une heure de l'après-midi et ayant immé-
diatement débarqué ses troupes, il quitta le 26 pour retour-
ner à Tong-kou, mais il se rendit d'abord à Wei-Haï-Weï
où il parvint le 26 au matin.
Le Koivshing était un vapeur de i 355 tonneaux, du port
de Londres, construit à Barrow-in-Furness. Il battait le pa-
villon anglais et appartenait à VIndo-China Steam Naviga-
tion Co. représentée par Messrs. Jardine, Matheson & Co.
Affrété par le gouvernement chinois pour transporter des
troupes de Ta-kou à Ya-chan, le Kowshing, commandant
Thomas Ryder Galsworthy, quitta Chang-IIaï le 17 juillet
et arriva à Ta-kou le 20 ; il partit 4c ce port le 23 juillet, à
9 heures 5o du matin avec i 220 hommes (dont 1 100 soldats
avec 2 généraux et M. Constantin v. Hanneken), 12 canons,
des fusils et des munitions ; le 25 au matin, il arriva en vue
des îles de Tarchipel de Corée, en dehors du golfe du prince
Jérôme. Il fut arrêté par un navire de guerre japonais, le
Naniwa kan, qui, après avoir fait visiter ses papiers par un
parlementaire, lui intima Tordre de le suivre. Les Chinois
non seulement empêchèrent d'obéir à cet ordre le capitaine
Galsworthy, mais encore ils l'obligèrent de rester à bord.
Le Naniwa kan, arborant le pavillon rouge au grand mât,
s'avança et à i5o mètres de dislance déchargea contre le
Kowshing une bordée de ses six canons ; le capitaine Gal-
sworthy et son second, Lewes Henry Tamplin, sautèrent
par-dessus bord et furent recueillis par les Japonais ; une tor-
BATAILLE DE SEI ROUAN 387
pille acheva le malheureux Kowshiiuj qui coula en une demi-
heure, les soldats chinois tirant, sans succès d'ailleurs, sur
leurs ennemis. La canonnière française, le Lion y qui se ren-
dait de Tchemoulpo à Séoul, sauva une quarantaine de nau-
fragés et le navire de guerre allemand Illis en recueillit i3o
dont M. v. Ilanneken, i3 étaient grièvement blessés. Gals-
worthy et Tamplin furent conduits iSi Saseho et enfin relâchés;
les Japonais remirent pour leur frais de voyage 2000 pias-
tres au premier et 1 5oo piastres au second, ainsi que 5oo
piastres au quartier-maître manillois Lineas Evangelista qui
avait été également sauvé.
BATAILLE DE SEI KOUAIH, 29 JUILLET iSg^.
Il était de la plus grande im[X)rtancc pour les Jai)onais
d'assurer les commimications entre le port de Fou-san et la
capilxile, Séoul. La division chinoise, Ming, forte d'environ
4 000 hommes, commandée par le général Yé, avec le général
INié sous ses ordres, campée à Ya-chan' (A-san), menaçait
leurs communications. Laissant une brigade à Séoul et à
Tchemoulpo, le major-général Oshima, avec la 5* division de
i3 5oo hommes et la 9" brigade d'infanterie mixte, attaqua
les Chinois à Sei Kouan, près Ya-chan, le 29 juilletàS heures
du matin ; après 5 heures de combat, Oshima remporte une
victoire complète. Cinq cents Chinois sont tués ou blessés,
des drapeaux et quatre canons sont pris ; du côté des Japo-
nais, 5 officiers et 70 officiers subalternes ou soldats sont
tués ou blessés. Les Japonais occupent Ya-chan et leur vic-
toire les rend maîtres du Sud de la Corée ; les troupes de
Yé et de Nié battent en retraite vers le Nord et grâce à la
complicité des Coréens, peuvent rejoindre le gros de l'armée
chinoise à Ping-yang où nous les retrouverons.
I. Le port d'A-san est Paik Syck Po (Mouillage de la Pierre blanche)
à environ 26 kilomètres; c'est un village de 106 maisons au fond du golfe
du Prince Jérôme.
CHAPITRE XII
GUERRE SINO-JAPONAISE (SUITE)
M. Harmcind ayant fait auprès du gouvernement japonais
la démarche qui lui avait été prescrite le 2/1, répondit le 27
que le Japon protestait de ses intentions pacifiques et reje-
tait sur la Chine toute la responsabilité des dilTicultés de
l'heure présente. Ce même jour, 27 juillet, dans l'intérêt de
la paix, notre ministère des Affaires étrangères ainsi que la
Russie faisaient faire par leurs représentants à ïo-kio une
démarche séparée en vue d'obtenir le retrait des troupes
japonaises de Séoul et de Tchémoulpo et le départ de l'armée
chinoise vers le nord ; le Japon (3o juillet) ne refusait pas
l'offre de service des deux puissances ; il désirait surtout
l'évacuation par les Chinois de Ping-yang, clef de la route
mandarine de la capitale de la Corée vers la Mandchourie ;
d'ailleurs la veille le Japon avait remis au corps diplo-
matique étranger une longue note, dans laquelle il insinuait
qu'une intervention lui serait agréable.
Si Tétat de guerre existait en fait, il n'existait pas en
droit ; ces actes d'hostilité s'accomplissaient sans aucune dé-
claration oflicielle de la guerre de la part, soit de la Chine,
soit du Japon. Le 3i juillet, une dépêche officielle du gou-
vernement japonais déclarait l'existence de l'état de guerre
et le i" août, une déclaration simultanée de guerre des deux
empires mit fin à une situation fausse.
DÉCLARATION DE GUERRE DE LA CHINE 3 3g
DÉCLARATIO?! DE GUERRE DE LA CHINE, l" AOUT iSqA
DÉCRET IMPÉRIAL *
La Corée est un pays limitrophe placé depuis plus de deux
cents ans sous la suzeraineté de l'Empire des Tsing. U doit,
chaque année, nous payer un tribut : c'est ce que savent la
Chine et les pays étrangers.
Durant ces dix dernières années, des insurrections ont éclaté
fréquemment en Corée et notre Gouvernement, par pitié pour
les faibles, envoya dans plusieurs occasions, des troupes rétablir
l'ordre, et institua un agent qui réside dans la capitale de ce
royaume pour sa protection.
Au mois de mai dernier, une nouvelle insurrection ayant
éclaté, le prince de ce pays nous demanda d'une façon pressante
des secours pour l'aider à la réprimer. Nous avons ordonné alors
à Li Houng-Tchang d'envoyer des troupes à son secours, et dès leur
arrivée à Yachan (Asan) les rebelles se dispersèrent comme des
étoiles. Mais les Wo-jen^ envoyèrent, sans raison, des troupes et
entrèrent, soudain, dans Séoul. Par la suite, le nombre de ces
troupes fut augmenté jusqu'à s'élever à plus de dix mille hom-
mes. Us forcèrent la Corée à changer son gouvernement et mon-
trèrent toutes espèces d'exigences, si bien qu'il fut impossible de
raisonner avec eux. La Cour de Chine, pleine de mansuétude
pour ses vassaux, avait laissé la Corée s'administrer elle-même
en tout ce qui concerne son Gouvernement intérieur.
Le Japon qui était lié à la Corée par des traités et qui avait
avec ce pays des relations d'amitié, n'avait nullement le droit de
se servir de troupes nombreuses pour l'opprimer, le contraindre
et faire acte de violence. Toutes les Puissances reconnaissent que
cette expédition est sans gloire pour les Japonais et contraire aux
bons sentiments et à la raison. Elles ont conseillé au Japon de
I. Gazette de Pé-King. — Le i*-'»" jour de la 7* lune de la 2o« année
Kouang-Siu (le i'^'' août 1894).
a. Wo (Yamato), ancienne désignation du Japon. Ce caractère entre
dans la composition du terme injurieux IVo-noUy esclaves de Yamato, par
lequel les Chinois désignent quelquefois les Japonais. H. L. — Wo veut
dire « soumis », « tournant et tordant », et non pas c nain » comme le
marque Williams, suivi par Giles.
a40 LA GUERRE SINO-JAPONA1SE
retirer ses troupes et de discuter pacifiquement. Il s'est obstiné,
cependant, il n'en a pas tenu compte, et les pourparlers n'ont
pu aboutir. Il a poursuivi, au contraire, ses envois de troupes.
Les Coréens et les marcbands cbinois ayant été, de jour en
jour, en proie ù des alarmes et à des vexations plus grandes, la
Cbine a du envoyer de nouvelles troupes. Qui eût pu croire que
nos transports seraient, en roule, attaqués à coups de canon et
avariés par un grand nombre de bateaux Wo qui se sont pré-
sentés inopinément au large du port de Ya-Ghan (Asan) et ont
profité de ce (jue nous n'étions pas prêts ! De telles fourberies
sont clioses que personne ne saurait prévoir.
Le Japon a violé les traités et le droit des gens, et, semblable
à im oiseau qui guette sa proie, il a agi par ruse. C'est lui qui
a ouvert les hostilités, Topinion publique est manifeste h cet
égard ,
Nous voulons par ce décret faire connaître à tout l'Univers
(l'Empire), que dans les alfa ires de Corée, bien que notre huma-
nité ait été extrême et notre mansuétude inépuisable, les Wo-
jen ont, sans aucun motif, commencé les hostilités. Il serait dif-
ficile, en (le telles circcmstances, de tolérer plus longtemps ces
faits. Aussi nous enjoignons à Li lloung-lchang de donner des
ordres formels pour faire partir les armées et marcher promptc-
ment au combat, de rassembler en grand nombre les troupes
d'élite et de les en>o\er successivement en avant afin de délivrer
le peuple Coréen de grandes calamités.
ÎSous enjoignons à tous les Maréchaux Tartares, Vice-Rois et
Gouverneurs et à tous les commandants supérieurs des forces
militaires sur le littoral et le long des lleuves, de tenir leurs
troupes prêtes et d'empêcher par les armes les bateaux à vapeur
des Wo-jen d'entrer dans nos ports et de les repousser tous.
Qu'il ne soit [Hormis à |)ersonne de reculer, ce qui attirerait
sur les coupables le châtiment.
Que ce décret soit porté à la connaissance de tous.
Respect h ceci * !
Les Japonais, au nombre de seize, presque tous appar-
tenant à la Légation, quittèrent Pé-King, le jour même de la
déclaration de guerre, le i®' août.
1. Pour traduction conforme, le 2« inlcrprcle (sig.) : H. Lkduc.
DÉCLARATION DE GUERRE DU JAPON S^ I
Simullanémcnt, le Ja|K)n lançait sa proclamation de
guerre.
DÉCLARATION DE GUERRE DU JAPON
KDIT IMPÉRIAL^
Nous, par la protection céleste. Empereur du Japon, assis sur
un Trône occupé par la même dynastie pendant dix mille géné-
rations, adressons la proclamation suivante à tous Nos loyaux
et braves sujets.
Nous déclarons ici la guerre h la Chine. Que, parmi Nos ser-
viteurs, tous les fonctionnaires compétents, en conformité avec
Notre pensée poursuivent les hostilités avec la Chine, et sur
terre et sur mer, et que par là, ils s'elTorcent d'atteindre le but
que se propose le Gouvernement. Nous espérons qu'aucun d'eux
ne négligera aucun moyen d'action en son pouvoir, pourvu qu'il
soit conforme aux lois du pays.
Depuis plus de vingt ans que Nous sommes monté sur le
Trône, Nous avons recherché l'éclat de la civilisation et les bien-
faits de la paix ; sachant quels maux extrêmes résultent des dif-
ficultés avec les Etats étrangers, Nous avons fait en sorte que
Nos Ministres s'efforcent toujours d'affermir les bonnes relations
avec les Puissances amies, et, grâce aux Dieux, les relations avec
les pays étrangers sont devenues, d'année en année plus intimes.
Et voici qu'inopinément, à propos des affaires coréennes, la
Chine a usé, à Notre égard, de procédés destructeurs des bonnes
relations et de la bonne foi I
La Corée est un État indépendant, et c'est l'Empire qui l'a
d'abord attirée et introduite dans la société des nations. Or, la
Chine a pris l'habitude de lui donner le nom d'Etat vassal, de se
mêler, — secrètement ou ouvertement, de ses affaires intérieu-
res ; et, au moment des troubles intérieurs de ce pays, prenant
prétexte des difficultés de son vassal, elle a envoyé des troupes en
Corée.
Nous, conformément au traité de i88a. Nous nous sommes pré-
paré à toute éventualité fâcheuse en envoyant des troupes ; pour
éviter par avance les troubles qui pourraient s'élever de nouveau
en Corée et pour y maintenir la tranquillité à l'avenir, désireux
2. Gazette officielle, n» extraordinairo du 2 août 1894.
CoRDiEA. m. — 16
'2l\'J L\ GUERRE SINO-JAPOKAISB
de conserver la paix de rOricnt, Nous avons au préalable averti la
Chine, en lui demandant une action commune, et Nous avons
vu, au contraire. Nos avances repoussétîs à diverses reprises et
sous divers prétextes. Sur les conseils de rEmpire, la Corée a
consenti à rél'ormer son gouvernement, de façon à affermir sa
tranquillité intérieure et à maintenir ses droits d*Ëtat indépen-
dant à l'extérieur : mais la Chine, agissant dans le secret, a mis
cent empêchements h ce projet; elle a temporisé sous divers pré-
textes, de façon à compléter ses préparatifs de guerre sur terre
et sur mer ; et quand ils ont été complets, elle a aussitôt usé de
ses forces pour réaliser ses desseins ; elle a envoyé des forces con-
sidérables en Corée et a mis le comble à ses agissements en tirant,
dans les eaux coréennes, sur nos navires de guerre. Le but de la
Chine, c'est de rendre incertain à qui incombe la charge de
maintenir Tordre en Corée ; c'est d'obscurcir le sens des traités
qui ont reconnu à la Corée sa place parmi les Ëtats indépen-
dants, place où l'Empire l'a conduite, et aussi de diminuer sa
situation mémo. On ne peut douter que par là, la Chine atta-
que les droits et les intérêts de l'Empire et crée une menace
perpétuelle pour la tranquillité de l'Orient. Si Ton examine
mûrement les actes de la Chine et que l'on sonde ses projets, on
ne piîut pas ne pas dire qu'elle a, dès le commencement, sacrifié
la paix à la poursuite de ses ambitions mauvaises.
Les choses en étaient venues au point où elles sont, malgré
Notre désir spécial d'étendre la renommée de l'Empire, au dedans
et au d(îliors, par les seuls moyens pacifiques. Nous ne |K)uvons
ne pas déclarer publiquement la guerre. Nous comptons sur
votre valeur et voire loyauté et Nous espérons qu'en rétablissant
bientôt la paix pour longtemps, vous aflirmerez la gloire de
l'Empire.
Signature et sceau de S. M.
Contreseing des Membres du Cabinet* .
Le 12 août i8g4.
Le if\ août, la Grande-Bretagne, la Hollande et le Por-
tugal faisaient une déclaration publique de neutralité.
I. Pour Iraduclion conforme, rinlcrprclo (sig.) : Maurice Courant.
CONVENTION ENTRE LA CORÉE ET LE JAPON ^43
CONVENTION ENTRE LA CORÉE ET LE JAPON, 2G AOLT 1894.
Voici une convention qui parut clans la Gazette officielle
du Japon et qui aurait été signée à Séoul le 26 aoiU 1894 ;
le ministre Otori ', cl Sugimura, consul à Séoul, terrori-
saient les Coréens :
Le (îouvprnoinenl des deux pays — Dai Nippon et Dai Tclio-
scn — ont pris pour s'entr'aider une attitude, offensive et défen-
sive, vis-à-vis de la Chine, depuis que le 35 de la 7" lune de la
37*' année Meidji, suivant le calendrier ja|X)nais, et le 33 de la
()" lune de la ooS" année depuis rétablissement du pays suivant
le calendrier coréen, le Gouvernement Coréen a confié dans son
intérêt au Ministre plénipotentiaire et Envoyé extraordinaire
ja|K)nais à Séoul, Corée, la tache d'expulser les troupes chinoises
du pavs. Kn conséquence les ministres soussignés des deux pays,
étant munis de pleins pouvoirs, ont arrêté les articles suivants,
afin de rendre ce fait évident, et pour assurer en môme temps la
co-opération des deux pays :
Article I. — Cette convention a pour objet l'expulsion des
troujMîs chinoises du territoire coréen ; rétablissement de l'indé-
pendance et du gouvernement autonome de la Corée sur une
base plus solide, et l'avancement des intérêts mutuels des deux
pays, Japon et Corée.
Art. II. — Le Japon enl reprendra contre la Chine les opéra-
tions offensives et défensives, qui peuvent être nécessaires, la
Corée, de son côté, s'engageaiit à fournir toutes les facilités
qu'elle pourra pour les mouvements des troupes japonaises, et
le commissariat.
Art. in. — Cette convention sera annulée lors de la conclu-
sion d'un traité de paix avec la Chine.
En foi de quoi, les Ministres plénipotentiaires des deux pays
ont ci-joint apposé leurs noms et leurs sceaux.
I. Le lO octobre, le comte Inouyé arriva à Séoul pour prendre charge
des affaires, à la place de ce brutal personnage qui n*a pas peu contribué
à augmenter la haine des Coréens pour ses compatriotes.
244 ^^ GUERRE SINO-JAPONAISE
Le vingt-sixième jour de la 8* lune de la 37* année Meidji,
Dai Nippon.
Otori Keisuk.e,
Ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire.
Le 36** jour de la 7* lune de la 5o3* année depuis rétablisse-
ment du pays, Dai Tchosen.
KiM YuN-sm,
Ministre des AfTaires Étrangères * .
Telle ét^it la force de l'usage que dans les circonstances
périlleuses que traversait la Corée, en vue de l'anniversaire
de l'Impératrice douairière de Chine dont la fête devait être
célébrée le 7 novembre, ainsi que nous l'avons vu, une am-
bassade coréenne se rendit néanmoins chez ses soi-disant
ennemis et arriva par voie de Chan-IIaï Kouan, à Tien-Tsîn,
le 6 septembre.
Au commencement de septembre 1894, on estimait qu'il
y avait en Corée environ 3oooo soldats ja[X)nais, donl
II 000 avaient été débarqués Tchémoulp'o, 16000 a Fou-
san et 3 000 à Gen-san ; la plu|)art de ces troupes étaient en
marche, vers le Nord, allant à la rencontre des Chinois.
Sur la demande de la France et de l'Angleterre, le Japon
promet au Tsoung-li Yamen de respecter la neutralité de
Chang-Haï (16 septembre) ; l'Angleterre réclame l'exécu-
tion stricte de cette promesse le 22.
BATAILLE DE PINGYANG, l6 SEPTEMBRE iSg^.
C'était dans le Nord de la Corée, sur la route mandarine
qui conduit de Séoul à Yi-tchéou, sur le Ya-lou Kiang,
frontière mandchourienne, à Ping-yang, que devaient se
heurter les deux armées, l'une, chinoise, venue du Nord,
l'autre, japonaise, venant du Sud, cette dernière arrivant
I. Traduit du North-China Herald, 21 septembre i884, p. 485.
BATAILLE DE PING-YANG 2^5
avec une furia comparable à celle de Charles VIII à Fornoue,
passant sur ses adversaires écrasés.
Aussitôt après la déclaration de guerre, les généraux des
provinces de Tché-li, de Feng-lien, et de Kirin, reçurent
Tordre de se rendre en Corée, par le Ya-lou. Le premier à
se mettre en marche fut le général Tso Pao-kouei, de
Moukden, qui partit avec les commandants des troupes de
Port Arthur et de Ta-lien wan. Tso arriva le lo août à
Yi-lcheou, où il fut exlrêmement bien reçu par les Coréens,
dont il sut d'ailleurs gagner Taflection par la bonne conduite
de ses troupes. Toute autre fut Tattitude des armées chinoises
qui suivirent ; de Tien-tsin, arriva la division Cheng, com-
posée de 12 bataillons d'infanterie (6000 hommes) et de
5 escadrons (1260 hommes), la plupart du Ngan-houei,
patrie de Li Houng-tchang, formant à peu près les huit
dixièmes de la garnison de Tien-Tsin, commandée par le gé-
néral Wei Jou-kouei. Du Tché-li, vint aussi une autre divi-
sion, composée en grande partie d'hommes de Ho-fei (Ngan
houei), commandée par le général Soung K'ing; enfin de
Kirin, arrivèrent 3 000 cavaliers, commandés par le général
Ting-An. Il faut ajouter à ces troupes la division Ming,
venant de Ya-chan, composée de 4 000 hommes, sous les
ordres des généraux Yé et Nié. Une troisième division était
en route de Ta-lien wuan, composée d'hommes de Formose,
sous les ordres du général Lieou, parent de Lieou Ming-
tchouan, gouverneur de Formose. Les troupes de Kirin et
de Tché-li se conduisirent extrêmement mal à Tégard des
habitants et agirent en véritables brigands.
Le i3 août, Tso et Wei s'emparèrent de la ville murée de
Tchoung-hoa, au Sud de Ping-yang. C'est là qu'ils furent
rejoints par Yé et Nié, venus de Ya-chan. Ce fut Yé qui, par
décret impérial, devenait malheureusement pour les Chinois
commandant en chef des troupes, Tso restant en second.
Yé se décida à s'établir fortement à Tcboung-hoa, envoya
346 LF GUERRE SINO-JAPONAISE
des troupes qui s'emparèrent de Houang-tchéou et s'avancè-
rent assez près de Séoul jusqu'à la rivière Lin-tsing, où elles
furent arrêtées par le gros de Tarmée japonaise. Cette avant-
garde chinoise, attaquée par les Japonais en nombre très su-
périeur, fut obligée de battre en retraite vers le Nord ; elle
se trouva acculée devant les murs de Ping-yang, dans les-
quels Yé s'était enfermé. Un conseil de guerre fut tenu le
i4 septembre; Yé, qui n'tivait pas fortifié les hauteurs envi-
ronnant la ville, était d'avis, ainsi que Ting-An, de se reti-
rer sur Yi-tcheou. Tso et les autres généraux furent d'avis
de se défendre jusqu'à la mort. Il fut alors décidé que
l'ofTensivc serait prise à la porte du Sud par Tso et ses
4 5oo hommes, et à la porte de l'Ouest, parle général Ma Yu-
k'oun, avec 3ooo hommes, tandis que Wei Jou-kouci,
avec 4ooo hommes de la division Cheng, formeraient une
première réserve, chargée d'appuyer Tso et Ma, tandis que
l'incapable Yé, avec 3ooo Mandchous, constitueraient
l 'arrière-garde. Il y avait donc à Ping-yang environ i45oo
Chinois.
D'autre part, les Japonais, commandés par le lieutenant
général Nodzu, sous la direction générale du maréchal
comte Yamagata, s'avançaient sur trois colonnes ; Tune, par-
tie de Yuen-san (Wen-san), sur la côte orientale de Corée,
sous le commandement du colonel Sato, quittait Yang-tek
(Yan-té) le 5 septembre, avec l'ordre de se maintenir à
Chouen-ngan le i5 ; une colonne, de l'Ouest, sous les ordres
du général Oshima, arrivait de Tchoung-hoa ; la colonne de
l'Est, sous les ordres du major général Tachimi, arrivait de
Saurteng (Sam-teung) et convergeait vers Ping-yang.
Houang-tchéou, sur la rive gauche de la rivière Ta-toung,
près de son embouchure, avait été pris le lo septembre par
les Japonais ; le mercredi soir, 12, les Japonais essayèrent de
surprendre le camp chinois près de Ping-yang, mais ils furent
repousses; à l'aube du i5, Ping-yang était investi ;à 3 heures
BATAILLE DU YA-LOU KIANG nt^'^
du malin, le major-général Oslnma commença l'attaque, sans
attendre l'arrivée dn général INodzu et des autres colonnes
japonaises ; Tso et Ma, à la porte du Sud et h la porte de
l'Ouest, forcèrent les Japonais à reculer à 3 heures de l'après-
midi ; Oslnma était blessé ; les deux généraux chinois
essayèrent de reprendre les hauteurs négligées par Yé et occu-
pées par l'ennemi, mais ils furent obligés de se retirer sous
les murs de la ville : le général Nodzu, le major-général
Satsumi avec toute l'artillerie, le colonel Sato avec la colonne
de Yuen-San, étaient arrivés sur ces entrefaites. Les
Mandchous s'empressèrent de déguerpir immédiatement pour
Yi-tcheou, tandis que Yé arborait le pavillon blanc que le gé-
néral Nié, furieux, s'empressa d'arracher. Yé, avec cent
hommes, se hûta de suivre Tcxemple des Mandchous. Wei,
à son tour, s'enfuit avec sa division, mais il était trop tard,
les Japonais s'étaient emparés de la passe de Ping-yang et si
Wei réussit à s'échapper et h rejoindre Yé à Yi-tchéou, il ne
perdit pas moins un tiers de l'eiTectif de la division Cheng.
Le lendemain, 16, la bataille recommença à 2 heures du
matin ; le poids de la défense retombait donc sur les géné-
raux Tso et Ma. Tso Pao-kouei se conduisit en héros, il
tomba mortellement fra[)pé d'un coup de fusil, au moment
où il dirigeait lui-même le tir d'un canon. Il avait été d'abord
blessé à la jambe, cl s'était contenté de se panser avec un
morceau de sa robe, continuant de se battre : c'était un mu-
sulman du Chan-toung, de la plus grande bravoure, mais
sans valeur stratégique ; avant d'aller en Mandchourie et en
Corée, il était général de brigade, commandant la divi-
sion Kao-tcheoudu Kouang-loung. Après plusieurs heures de
lutte. Ma battait en retraite, ne perdant qu'un petit nombre
de ses hommes. Les Chinois avaient perdu environ 6 600
hommes, et les Japonais avaient environ 3oo tués ou
blessés. Les vainqueurs pénétrèrent dans Ping-yang, le ma-
tin du 16.
3^8 LA GUERRE SINO- JAPONAISE
BATAILLE DU YA-LOU KlANG, I7 SEPTEMBRE 1894.
Escortés de six croiseurs et de quatre torpilleurs de haute
mer, les six transports chinois Chintung, Haeting, Hsin-yu
Toonan, Leeyuen et Ping — portant quatre mille hommes
de troupes à destination du Ya-lou, fleuve frontière de
Mandchouric et de Corée, quittèrent Takou le i4 septembre ;
au large de ïa-lien wan, ils furent rejoints par les gros vais-
seaux. L'escadre chinoise, commandée par l'amiral Ting,
arriva le lundi malin, 17 septembre, à Ta-toung k'eou, Tune
des embouchures du fleuve, près de l'île Ta Lou Tao (île du
Grand-Cerf) et Ton commença en dedans de la barre le dé-
barquement des troupes qui devaient renforcer l'armée chi-
noise de Yi-tchéou, sur le Ya-lou. L'escadre se composait de
dix navires de l'escadre du Nord (Pe-Yang) : les cuirassés
Ting-yuen, capitaine Lieou, portant le pavillon de l'amiral
Ting, Chen-yuen, capitaine Lin, 7 /|3o tonneaux * ; King-
yuen, Ping-yuen, Lai-yuen^, 2 800 tonneaux, les bâti-
ments sans cuirasse, Chih-yuen, CJiing-yiien et Tsi-yiien ^,
2 3oo tonneaux ; les deux croiseurs Armstrong Chao-yung,
capitaine Wong, et Yang-wei\ capitaine Lin, i 35o tonneaux;
à ces dix bâtiments, il fallait tijouter deux croiseurs de
I o3o tonneaux, construits àFou-tchcou, le Kuang-chia elle
Kuang-ping, et les quatre torpilleurs de haute mer. Huit
étrangers, MM. v. Hanneken, Tyler, Beasant, Hekman, le
commandant Me Giffin, T. Nicholls, Albrccht, Hoflmann,
se trouvaient à bord des navires chinois.
Vers midi, parut une escadre japonaise de douze navires
commandée par le vice-amiral Ito, montant le Malsushima
1. Ces deux cuirassés construits à Stctlin en i88a.
a. Le King-yuen et le Lai-yuen construits à Stettin, 1886.
3. Le Chih-yuen et le Ching-ruen, construits à Elswick, 1886 ; le
rsi-rurn, h Slellin, i883.
BATAILLE DU YA-LOU KIANG 3^g
Kan, 4 278 tonneaux, 28 canons, qui fut le plus endommagé
dans Tactlon ; un obus chinois tomba au milieu de son magasin
de projectiles qu'il fit sauter ; à la suite de l'explosion, le vais-
seau-amiral faillit couler. Le feu fut ouvert, à 5 000 mètres,
à midi 45, par le TiiKj-Yuen et dura jusqu'à 5 heures. Le
Kinfj-yiien, cap. Lin Young-cheng (18 nœuds 1/2) et le
Chih-yuen (constniit à Elswick, filant 18 nœuds), cap. Tang
Chi-tchang, furent coulés ; le mécanicien A. Purvis périt avec
ce dernier navire ; le Chao-yung et le Yang-ivei s'échouè-
rent, en partie brûlés; le Tsi-yiien prit honteusement la
fuite malgré le mécanicien Hoffmann, après avoir abordé le
Yanrj-wei, dans sa précipitation ; son capitaine, Fong, s'était
déjà mal conduit lors de l'aflaire du Koivshing ; il avait passé
devant un conseil de guerre, et venait d'être réintégré dans
son commandement ; en arrivant à Port Arthur, Fong fut
immédiatement décapité. Toute la partie supérieure en bois
des gros bâtiments Ting-yucn et Clwn-yuen avait été brûlée ;
à lK)rd du Tlng-yucriy on s'était trouvé à court de munitions;
parmi les munitions on avait trouvé des obus vides et d'autres
en porcelaine ! Le désastre aurait été plus grand encore si
ces deux cuirassés ne s'étaient tenus au fond de la baie. Les
Chinois eurent 600 tués ou novés et une centaine de blessés
dont les étrangers Von Ilanneken et Tyler à bord du Ting-
yuen, le commandant Ph. McGiffîn et A. Hekmann, sur le
Chen-yuen ; roificicr d'artillerie T. Nicholls fut tué par un
obus à bord du Ting-yuen dont le mécanicien Albrechl resta
sans blessure ; l'amiral Ting lui-même fut blessé à la joue
droite et à la jambe gauche. Outre le Matsushima Kan, du
côté des Japonais les vieux bt^timents Akagi Kan, 620 ton-
neaux, 17 ans, dont le commandant fut tué, et le Iliyei Kan,
2 284 tonneaux, 10 canons, 16 ans, souffrirent le plus ; le
Saikio Mnru, portant le vic^-amiral kabayama, courut de
grands dangers; le Yoshino Kan, de 4216 tonneaux, et
34 canons, construit par Armstrong et le Yayema Kan, aviso
35o LA GUERRE SINO-JAPONAI8E
de I 609 tonneaux et 1 1 canons furent à peu près indemnes.
Les Japonais eurent tués, 10 officiers et 69 officiers subal-
ternes et hommes; plus 160 blessés, officiers et homnnes *.
A cinq heures, les Japonais se retirèrent.
Le vendredi, 21 septembre, les six transports quittèrent le
Ya-Iou et regagnèrent Takou sans encombres. Somme toute,
les Chinois avaient accomph leur mission ; aucun de leurs
vaisseaux n'avait été pris, et leurs transports étaient sauvés.
PASSAGE or TA-LOU
Le 3o septembre, le général Soimg Wa-soui, qui com-
mandait à Port Arthur la division Yi, était nommé par édit
impérial généralissime de toutes les troupes de Mandchourie
et de Corée, à l'exception de la division de Kirin, placée
sous le commandement du général tartarc du He-Loung
kiang, I-ko-t'ang-a.
Le 6 octobre, les Japonais qui s'étaient avancés sur la
route mandarinale de Ping-yang jusqu'au Ya-lou, frontière
de Corée et de Mandchourie, attaquèrent les [K)stes chinois.
Le 2.4, une brigade, sous les ordres du colonel Sato, traversa
à gué le Ya-lou à environ 12 kilomètres au-dessus de Yi-tcheou *,
sans trouver de résistance ; elle chassa ensuite les Chinois qui
établissaient un fort entre le Ya-lou et son allluent, le Ai-ho,
et jeta un pont sur la première de ces rivières en face de Yi-
tcheou ; le 25, le corps d'armée principal des Japonais traver-
sait le fleuve sur ce pont, assiégeait Hou chan, attaqué du
côté Nord par le colonel Sato ; après trois heures et demie de
combat, les Chinois fuient et traversent le Ai-ho, dans la di
reclion de Kieou-lien-tcheng, qui est attaqué par les Japo-
I , Les autres bâtiments japonais étaient, le Hashidate, Vltsukushimfiy
construits en France, le Fuso, VJliitsttsfiimat le Naniwa, le Taka-
tchiho et le Tchiyoda.
a. En coréen Eui-tjyou,
PORT ARTHUR 35 I
nais. Il n'y avait que 5ooo hommes de troupes dans cette
ville, que le général Soung avait quittée le 20, pour se
rendre à Feng-houang tcheng, d'où il comptait ramener
i5 000 hommes de troupe. Le 26 octobre, les Chinois aban-
donnaient Kieou-Hen-tcheng, emmenant leurs 20 canons
Krupp et les Hotchkiss, aussi lorsque les Ja])onais pénétrèrent
dans la place après eux, ne trouvèrent-ils que trente vieilles
pièces de canon, se chargeant par la gueule. Le général
Soung, en apj)renant la prise de Kieou-lien-tcheng, s'empressa
de quitter Fcng-houang-tcheng et de se retirer dans les mon-
tagnes a Test de Haï-tcheng, pour tenir les [masses. D'autre
part, les troupes mandchoues sous les ordres de I-ko-t'ang-a,
après avoir perdu kieou-lien-tcheng, se retirèrent d'abord à
Peun-sieou, au Nord-Est de Liao-yang et enfin à Moukden.
Les Japonais, après avoir quitté Feng-houang tcheng,
occupent Siou yen et leur premier corps d'armée forçant la
passe Mo-lien ling, défendue successivement par les généraux
Soung et Ma, rencontrent à Seu-men tcheng, à 16 kilomètres,
au Sud-Est de Haï-tcheng, l'armée chinoise, forte de i5 à
20 000 hommes, commandée par les trois généraux Ma, Nié
et Feng. Le combat commençai le 1 1 décembre au soir, con-
tinua toute la nuit et le lendemain 12, jusque dans Taprès-
midi. Nié et Feng se retirèrent vers le Nord sur Liao Yang,
et le général Ma à \ieou tchouang ; pendant le combat, Seu-
men-tcheng avait été brûlé. Le jour suivant, les Japonais
s'avancèrent sur Haï-tcheng.
PORT ARTHUR
Cependant une deuxième armée japonaise commandée par
le général comte Oyama débarquait presque sans opposi-
tion à Taube du 2/1 octobre à Kin-tchcou *, dans la baie de
I . Le commandant chinois, le général de brigade Lien Choucn, fut
blessé.
252 LA GUERRE SINO-JAPONAISE
la Société, au Nord-Est de Port Arthur, et s^emparait de Ta-
licn-wan, le malin du 6 novembre. Maîtres de la roule de la
péninsule de Liao-loung, les Japonais s'avancèrent le 20 no-
vembre sur la pointe Sud-Est pour attaquer Port Arthur ;
cette place forte était défendue par les généraux Wei Jou-
tch'eng, originaire du pays de Li Iloung-tchang, Ho fei,
dans le Ngan-houei, Houang Sc-lin, de Nan feng, dans le
Kiang-si, Kiang Koue-t'i, et Tcheng Yiin-ho. La ville fut
attaquée par terre et par mer; les forts intérieurs de Port
Arthur furent attaqués le mercredi matin 21 novembre et
les Japonais pénétrèrent dans la ville, le même jour à
2 heures. Ils y trouvèrent de i5 à 20 000 tonnes de charbon
de K aï-ping. La victoire des Japonais fut ternie par un mas-
sacre qui est le premier acte barbare qu'on ait eu a leur
reprocher au cours de celte campagne; deux mille Chinois
furent tués. Immédiatement après la prise de Port Arthur,
une partie des troupes d'Oyama s'engagea sur la route de
Nieou-tchouang et Chan-haï Kouan.
A la nouvelle de Tattaque des Japonais sur Ta-lien-Avan,
le général Soung, laissant une partie de son armée pour dé-
fendre Mo-lien-ling cl les autres passes, se porta vers le
Sud, avec 3 000 hommes de ses troupes, et 5 000 du corps
Ming, commandés par le général Lieou, neveu de Lieou Min
Ichouan, de Formosc; c'était lui qui avait abandonné, un
mois auparavant, Kieou-lien-tcheng, sans combat. Soung
arriva à Fou-tchéou, où il prépara sa marche sur Kin-tchéou ;
il y parvint le malin du 21 novembre. La bataille, commencée
à 1 1 heures, dura quatre heures ; Soung, défait, fut obligé
de se retirer à Kaï-tcheou.
En apprenant la marche des Japonais venant de Port
Arthur, Soung se prépara à défendre les })asses qui condui-
sent du Sud à Haï-tcheng et à Nieou-lchouang. Il resta jus-
qu'au samedi i5 décembre, près de Kaï-tcheou, lorsqu'il
apprit la >icloire des Japonais à Seu-men-tcheng et la prise
WEI-IIAÏ-WEI 253
de Ilaï-tcheng. Sa retraite vers le Nord était donc coupée, et
il courait le risque d'être pris entre les deux armées japo-
naises. Il ne pouvait songer à se rendre à Ying-k'eou (Nieou-
Ichouang), car la rivière n'était pas gelée ; il ne pouvait que
remonter par la route de Haï-tcheng et se rendre à Tien-
tchouang-taï (ville de Nieou-tchouang) sur la rive droite du
Liao-ho. Il partit donc de Kaï-tcheoul e i5 décembre, arrive
à Ta-chi-K'eou le i6, à Kang-wang-sai le 17 ; le 18 et le 19,
il lutte contre les Japonais qui s'étaient avancés de Haï-tcheng
pour lui couper la retraite. Soung réussit à se retirer à Nieou-
tchouang, d'où le 21 décembre, il commença à remonter à
ïien-tchouang-taï où se trouve le général Ma qui, faisant
avec lui un chassé-croisé, se rend à iNieou-lchouang pendant
que son chef arrive à Tien-lchouang-taï.
WEl-UAÏ-WEI
Cependant, un troisième corps d'armée japonais d'environ
20 000 hommes et 10 000 coolies, dont 800 Chinois de Kin-
tcheou, commandé par le maréchal Kuroda, avec le général
Sakouma en second, débarqua dans la baie Young-tching, au
Sud du cap Chan-toung, le 20 janvier, sans grande résistance
de la part du colonel Yen. La force entière des Japonais
avait été réunie le 19 janvier à Ta-lien-wan, sur cinquante
transports.
Le 18 janvier, trois vaisseaux de guerre japonais traver-
sant Hope Sound qui sépare les îles Miao-taodu continent, à
quatre heures de l'après-midi, bombardèrent Teng-tcheou sur
la côte du Chan-toung ; le lendemain, ils rouvrirent encore le
feu ; un nouveau bombardement eut lieu le 26 janvier, puis
encore le 21 février.
Le 26 janvier, premier jour de l'an chinois, les Japonais
attaquèrent les forts de TOuest de Wei-haï-wei, et furent
repoussés ; mais le 3o, ils s'emparent de deux forts de l'Est,
354 I^ GUERRE SINO-JAPONAISE
et en font sauter un à TOuest. Wei-hai-wei tombe entre leurs
mains. Les Chinois, qui occupaient les forts terrestres, pren-
nent la fuite ; les Japonais lournent les canons des forts sur
la flotte chinoise et sur Tîle de Liu Kong tao ; dans la nuit
du 4 au 5 février, les navires de guerre Tingyuen, Laiyuen,
Wei yuen, ainsi que le petit remorqueur Pao-fa, sont tor-
pillés; le 9, les Japonais bombardent Liu Kong tao ; le lo,
le cuirassé Ching-yuen est coulé à coups de canon.
Le matin du lundi 1 1 février, toutes les munitions étant
épuisées, Liu Koung tao ne pouvait plus offrir la moindre
résistance : l'amiral Ting In-tch'ang*, dangereusement blessé,
qui s'était vaillamment défendu, ne voulut pas sur\ivrc h sa
défaite et s'empoisonna ; il fut suivi dans la mort par son
second, le contre-amiral Lieou Pou-tchin, et par Tchang Ta-
san, commandant les forts de l'île; le général Tai imita
l'exemple de ses chefs. Le pavillon blanc fui arboré et Wei-
Hai-Wei fut remis le 12 aux Japonais : environ i 700 Chi-
nois étaient faits prisonniers.
HOSTILITÉS EN MANDCHOU RIE
Cependant les hostilités continuent en Mandchourie :
Les Japonais s'étaient emparés de Kai-tcheou, le jeudi
10 janvier ; Soung avait le mois suivant essayé de reprendre
Haï-tch'eng, mais il fut repoussé (16 février) ; il prit la ré-
solution de défendre la concession étrangère de Nieou-
tchouang (Ying-k'eou), et répartit ainsi ses troupes au Sud-
Est de Ying-k'eou dont la garnison était renforcée par
3 000 hommes envoyas de Chan-IIaï Kouan : les généraux
Kiang, G 000 hommes ; Ma, 5 000 ; Soung jeune, 5 000 ;
I. Né dans le Ngan-houei, près de Wou-hou ; il était entré dans la
marine, dès l'âge de 16 ans.
FORMosE a 55
Tchang, 6000; Tsang, 3 5oo ; Siu, 5 5oo; et Licou,
/* 000 ; c'est-à-dire 35 000 hommes.
Le 28 février, la principale division du premier corps
d'armée japonais quittait Haï-tclicng et attaquait les Chinois
sur la route de Liao-yang à Nieou-tchouang qu'ils défen-
daient ; ceux-ci sont repoussés. Le 4 mars, les Japonais
s'emparent de Liao-Yang, et maîtres de Haï-tcheng et des
places environnantes, ce même jour, ils livrent bataille aux
Chinois près du vieux Nieou-tchouang; la lutte dure de
Il heures du matin jusqu'à 7 h. 1/2 du soir; les Japonais
pénétrent dans la ville, un c^rps à corps s'engage, on se bat
de rue en rue, de maison en maison ; le 5, Soung est obligé
de se retirer, et le 6, les Japonais entrent dans la concession
étrangère de ^ieou-tchouang. Le 7 et le 8 mars, une partie
du deuxième corps d'armée japonais ayant rejoint le premier,
les Japonais s'avancent sur ïien-lchouang-taï ; le lendemain
9, ils attaquent Soung qui, abandonné par Wou Ta-tch'eng
et ses troupes du Ilou-Nan, est repoussé; en deux heures, ils
s'emparent de la ville qu'ils incendient sans raison. Le 10 mars,
le général Nodzu fait une apparition à Nieou-tchouang et
après étie resté quelques heures dans la ville et avoir reçu
la visite des consuls, il retourne à son quartier général. La
roule de Chan-iiaï kouan et par suite de Pé-King était ou-
verte aux Japonais.
FORBIOSE
En mars un quatrième corps d'armée est mobilisé à Hiro-
shima.
Le 23 mars, Tamiral ito avec neuf croiseurs et deux ca-
nonnières bombarda les forts de l'Est de l'île Pong-Hou; trois
mille hommes amenés par cinq transports furent débarqués et
attxiquèrent ces forts que les Chinois évacuèrent la nuit sui-
vante ; le lendemain, 2^, les Japonais ayant pénétré dans
a 56 LA GUERRE SINO-JAPONAISE
ces forts en dirigèrent le feu sur les forts de l'Ouest dont l'un
sauta; le général chinois Wang fut tué et mille prisonniers
tombèrent entre les mains des Japonais qui n'eurent qu'un
homme tué et 27 blessés.
Le 3 juin, les Japonais débarquèrent des troupes dans le
nord de Formose et le même jour, ils s'emparaient de Ki-
loung, après un combat dans lequel 3oo Chinois perdirent la
vie.
Le 2 juin, l'amiral Kobayama avait été proclamé gouver-
neur de Formose. Inutile de parler d'un essai de république
tenté par les fonctionnaires de l'île que la Chine avait aban-
donné depuis le 8 mai ; au bout de dix jours, le 5 juin, les
fonctionnaires de la république pillaient la caisse et aban-
donnaient la place ! Seul l'ancien chef des Pavillons-Noirs,
Lieou Yen-fou conserva son indépendance quelque temps
encore dans le nord \
I. 11 avait fait imprimer un timbre-poste de 10 cents de couleur
bleu-clair ; on en trouvera le fac-similé dans le North-China Herald^
du 27 sept. 1895, p. 5i2.
CHAPITRE XIII
NÉGOCIATIONS. - TRAITÉ DE SHIMONOSEKI
Dès le commencenienl de novembre, il apparaissait claire-
ment, aux esprits que n'aveuglait pas l'orgueil, que la partie
était perdue pour la Chine. Le prince Koung, pas plus que
Li Iloung-tchang, ne se faisait d'illusions sur le résultat final
de la guerre, mais fidèles à leurs habitudes de diplomatie
par voies délournées, au lieu de s'adresser directement au
Japon pour connaître les termes dans lesquels ce gouverne-
ment serait disposé à accorder la paix, les Chinois résolurent
de faire lâter le terrain par un agent étranger.
MISSION DETRING
Le 21 novembre, M. Detring, commissaire des douanes,
accompagné de M. Michio, quittait Tien-tsin, sur le Li yù,
pour Kobé, chargé par Li de pressentir le gouvernement du
Japon sur les conditions de la paix. Sur ces entrefaites, le
gouvernement américain, dont les Chinois avaient réclamé
les bons offices au mois d'octobre, faisait savoir qu'il auto-
risait son ministre au Japon à servir d'intermédiaire aux deux
pays en guerre. M. Detring fut immédiatement rappelé par
le prince Koung avant d'avoir pu entamer les pourparlers.
Les instructions de M. Detring étaient accompagnées d'une
lettre de Li au comte Ilo, du i8 novembre 1894 (20* année,
lo* lune, 21* jour, Kouang-Siu), dans laquelle le vice-roi du
COHDILU. III 17
258 NÉGOCIATIONS — TRAITÉ DE SHIMONOSEKl
Tclié-li proposait la cessation temporaire des hostilités sur
terre et sur mer.
Cependant, il circulait des rumeurs pacifiques ; le 4 dé-
cembre 1894, les dépêches de Yokohama disaient que si la
guerre était alors terminée, le Japon accepterait une indem-
nité d'un million de yen, avec la cession du territoire chinois
qu'il occupait. Malgré ces bruits de paix, au mois de dé-
cembre, Weng T'oung-ho, Li Houng-tsao et Wen T'ing-chi
adressèrent un Mémorial au Trône pour lui conseiller de
transférer la capitale vers TOucsl ; le jeune Empereur répon-
dit qu'en prenant les affaires en mains, il avait eu l'intention
de faire de nombreuses réformes, que les Japonais avaient
tout à coup rompu la paix et rendu vains ses efforts ; si les
Japonais viennent jusqu'aux autels sacrés, il ne lui restera
plus qu'à périr avec eux ; quand le moment sera venu, on
escortera en lieu sûr l'Impératrice douairière, et on élèvera
un homme digne d'être Empereur pour laver la honte de la
Chine et garder les temples des ancêtres.
MISSION DE TCHANG YIN-HOUAN
Une nouvelle tentative était faite néanmoins pour repren-
dre les négociations de paix; Tchang \in-houan et Chao Yu-
lien * furent choisis comme plénipotentiaires et s'embarquèrent
à Chang-haï pour le Japon sur VEmprcss of China, le 26 jan-
vier 1895. Le 29 jan\ier 1890, les ministres de Russie, de
France et d'Angleterre, à To-kio, furent chargés par leurs
gouvernements respectifs de faire séparément et non collec-
tivement une démarche non comminatoire auprès du gou-
vernement impérial pour hâter la conclusion de la paix ; le
I. (TOdvcrncur en iitro do Foruioso depuis mai 1891 et p. i. du Hou-
Nan ; originaire du Tché-Kiahg, il avait été secrétaire de la légation de
Saint- Pélersbourg, puis du Tsoung-li Yainen.
MISSION DE TCnANG YIN-IIOUAN 269
Japon rc^pondit aux communications verbales des plénipo-
Icntiaires étrangers qu'il était disposé à négocier. Le comte
Ito et le vicomte Mutsu furent désignés pour représenter le
Japon dans les conférences de paix ; lors d'une seconde con-
férence le 2 février, les lettres de créance des envoyés chinois
furent trouvées défectueuses, les ministres japonais refusèrent
de continuer les pourparlers et les délégués du Céleste-
Empire durent (piitler, le !\ février, Hiroshima par YOwari-
Maru [)our Nagasaki, où ils devaient s'embarquer pour la
Chine.
Les Chinois se décidèrent alors ii faire appel aux services
du colonel Foster.
Le colonel Foster', envoyé au Japon par les Chinois
dans Tespérance qu'il pourrait aplanir les diflicultés, après
avoir été secrétaire d'Etat après M. Blaine (29 juin 1892),
avait accepté le poste de conseiller de la Légation de Chine à
Washington aux appointements de 20000 dollars par an.
Le gouvernement américain autorisa le colonel Foster à
accepter la mission qui lui était confiée, à laquelle le Japon
donnait son agrément en faveur de la paix.
D'autre part, on fit appel une fois de plus aux services de
Li Houng-tchang ; le vieux vice-roi disgracié était défendu
par le prince Koung, qui attribuait les revers de la Chine à
sa politique rétrograde et non à Li ; le i5 février, Li, reçu
cinq fois en audience impériale, rentrait dans tous ses hon-
neurs et était nommé envoyé spécial au Japon. Le 19 février,
il remit à Wang Wen-chao, ex-vice-roi du Yun-Kouei, les
sceaux de commissaire de Pe-yang et de vice-roi du Tché-li.
Les négociations allaient donc pouvoir commencer avec
le Japon.
I. J.-W. Foster, né le a mars i836, dans Pike Gounty, Indiana ;
gradué à rUuiversîté d*Élat d'Indiana ; avocat à Evansvillc. Ind. ; prend
part à la guerre de sécession ; ministre en Espagne de février i883 à
mars i885.
a6o NÉGOCIATIONS — TRAITÉ DE SHIMONOSEKI
COMMENCEMENT DES NEGOCIATIONS
Le 17 février 1896*, le gouvernement japonais télégra-
phiait de Tokio au gouvernement chinois :
« Le gouvernement japonais déclare que l'envoi au Japon
d'une autre mission chinoise de paix sera entièrement inu-
tile à moins que, outre le paiement d'une indemnité de
guerre et la reconnaissance de l'indépendance complète de la
Corée, les plénipotentiaires chinois ne viennent préparés à
négocier munis de pleins pouvoirs sur la base d'une cession
de territoire comme conséquence de la guerre et d'un arran-
gement pour conclure des traités définitifs pour la conduite
dés relations futures. Il y a d'autres questions de moindre
importance qui nécessiteront aussi un règlement. Le gou-
vernement japonais se réserve toutes demandes addition
nelles qui peuvent dans son jugement être ou nécessaires ou
désirables. »
Le 23 février, le gouvernement chinois annonçait par télé-
graphe la nomination du vice-roi Li Houng-tchang avec
pleins pouvoirs pour négocier un traité suivant les termes de la
dépêche japonaise du 17 ; il demandait l'indication d'un
lieu de rencontre pour les plénipotentiaires et l'autorisation,
refusée à son premier plénipotentiaire, pour son repré-
sentant de communiquer télégraphiquement avec lui par
chiffre.
Le gouvernement japonais concédait le i""" mars l'auto-
risation demandée de communiquer par chiffre et fixait
Shimonoseki comme lieu de rencontre.
I . Voir la série imporianto de documents publiés dans le supplément
du Peking & Tientsin Times, vol. II, n" 63, Maj i8th 1895, sous le
iïirc àe : Documentary History of ihe Peace Négociations between
China and Japon, d'où nous avons tiré les pièces traduites ici.
POUVOIUS DE LI nOlNG-TCIIANG 36 1
POUVOIRS DE LI HOU.NG-TCHANG, 3 MARS
Les lettres patentes suivantes furent remises par TEmpe-
reur de Chine à son plénipotentiaire, Li Iloung-tchang :
Pé-King, '^ mars 1895.
L'Empereur de Chine proclame ce.s Lettres patentes j)ar Anto-
torilé Impériale.
Étant désireux de rétabHr des relations sincères d*amitié avec
TEmpereur du Japon, nous nonunons spécialement Li Iloung-
tchang, Comte du IVemier Rang, Premier Grand Secrétaire
d'État, Vice-Roi de la Province de Tché-li et Ministre Surinten-
dant du Commerce pour les Ports du Nord, comme notre am-
bassadeur avec pleins pouvoirs pour conférer avec les Plénipo-
tentiaires avec pleins pouvoirs nonunés par le Japon, et pour
négocier conjointement avec eux et agir suivant les circonstances.
Il a pleins pouvoirs pour arrêter les termes d'un Traité de Paix
et pour le signer et pour le sceller.
Ledit Ambassadeur est un fonctionnaire éclairé et loyal à son
pays. Pendant sa carrière précédente, il a acquis la réputation
de rendre des services méritoires à son Gouvernement et il sera
certainement capable de remplir ses devoirs d'une manière très
prudente et d'amener une union intime d'amitié entre les deux
pays, justifiant ainsi la confiance (pie nous plaçons en lui.
Les termes convenus du Traité, toutefois, doivent être soumis
à Notre examen, et s'ils sont trouvés satisfaisants et en ordre, ils
recevront Notre Sanction Impériale.
Le 10 mars, le Japon approuve les termes de ces lettres
et demande que le Plénipotentiaire chinois se mette en
roule de façon à ne pas arriver avant quinze jours à Shimo-
noseki; le 11, le gouxernement chinois télégraphie que son
Plénipotentiaire, a>ec une suite de i25 personnes, quitte-
rait Tien-Tsin le i5 mars pour arriver à Shimonoseki le
19, et que si la chose est agréable au Japon, Tambassadeur
chinois et sa suite demeureront à bord des deux vapeurs qui
ont été affrétés.
a6a NÉGOCIATIONS TRAITÉ DE SniMONOSBKI
Le 19 mars, le vicomte Mulsu Munemitsu, ministre des
Affaires étrangères, annonce que le comte Ito Hirobunii,
Junii, Ministre Président d'État, et lui-même, ont été
nommés par l'Empereur du Japon, plénipotentiaires avec
pleins pouvoirs.
Li Houng-tchang était parti de Pé-King le 5 mars pour
Tien-Tsin et Ta-kou qu'il quitta le i5 à 5 heures du soir
sur le vapeur Kungyi (ancien Ilnean) accompagné du Liyii
pour se rendre directement au Japon ; il arriva à Moji le
19 au matin ; le môme jour il accusait au vicomte Mutsu
réception de sa communication, lui notifiait son arrivée et
lui demandait de fixer une date prochaine pour le commen-
cement des négociations. Les Plénipotentiaires japonais fixè-
rent au lendemain 20 mars à 3 heures la première réunion.
Le comte Ito accueillit Li de la façon la plus aimable :
« J'espère que vous avez fait une traversée agréable; lui
demanda-t-il ». — «Oui, répondit le vice-roi du Tchéli.
excepté que nous avons dû mouiller tout un jour au pro-
montoire de Chan -Toung. »
Dès ce premier entretien du 20 mars, et les Lettres de
pleins pouvoirs à peine échangées, Li dit au comte Ito que
la Chine et le Japon sont deux Puissances asiatiques, deux
voisins, ajanl la même écriture, et que la seule politique
digne de ces deux Etats est une paix durable propre à sous-
traire la race jaune d'Asie aux périls dont la menace la rac<î
blanche d'Europe. Le comte Ito et le vice- roi s'enga-
gent alors dans une longue conversation sur la nécessité
des réformes en Chine, sur la convenance de changer le
régime d'instruction et d'examens, sur l'abolition du censo-
rat, sur l'organisation d'un gouvernement central plus fort,
sur la création à Pékingd'un Ministère des Affaires étrangères
dirigé par un seul ministre. Le vice- roi convient que les
réformes sont nécessaires, il ne ménage ni le Tsoung-li Yamen,
ni les Censeurs, mais il proclame tristement les difiicultés
POUVOIRS DE Ll HOUNG-TCHANG a63
que rencontrerait l'œuvre d'un réformateur, et il envie les
faveurs du sort qui a, au contraire, permis au Japon d'accom-
plir tant de progrès. El le comte Ito répond : « La divine
Providence n'a pas de favoris, elle ne favorise que le mérite. »
Li proposa (20 mars) comme préliminaire à l'ouverture
des négociations qu'un armistice soit conclu immédiatement
pour arrêter pendant un certain temps les hostilités sur terre
et sur mer ; déjÀ lorsqu'une semblable proposition avait été
faite par l'intermédiaire des ministres américains de Pé-King
et de To-Kio, le gouvernement japonais avait ré[K)ndu que la
question pourrait être prise en considération quand des plé-
nipotentiaires auraient commencé les négociations. Le comte
Ito pi-omitune réponse pour le lendemain. Lors de la seconde
entrevue (21 mars), les Plénipotentiaires japonais répondirent
h cette proposition que « l'empereur du Japon ne pouvait
regarder la conclusion d'un armistice comme une chose
essentielle au succès des négociations de paix à cette distance
du théâtre de la guerre; néanmoins il consentirait à une
susj)ension des hostilités à des conditions qui garantiraient
également les intérêts des deux puissances. Ayant en vue la
situation mihtaire actuelle aussi bien que les conséquences de
la cessation des opérations de guerre, les plénipotentiaires
japonais posent comme conditions l'occupation par les trou-
})es japonaises de Takou, Tien-Tsin et Chan-IIaï Kouan ainsi
que des forts et fortifications de ces villes ; la reddition par
les troupes chinoises des armes et des munitions de guerre de
ces villes ; le contrôle par les autorités militaires japonaises
du chemin de fer entre Tien-Tsin et Chan-Haï Kouan, et le
paiement par la Chine d'une contribution de guerre, en
rapport avec la longueur de l'armistice. »
Le vice-roi fit remarquer que les Japonais n'avaient pas
encore atteint Ta-Kou, Tien-tsin et Chan-Haï Kouan ; pour-
quoi alors une des stipulations marquait-elle que ces places
devaient être occupées par le Japon?
304 NÉGOCIATIONS — TRAITÉ DE SHIMONOSEKI
Le comte Ito répliqua que dans tout armistice quelque
avantage devait être obtenu par les deux puissances : Tarmée
chinoise obtient la cessation des hostilités, c^est pourquoi la
nôtre doit occuper ces places comme garantie.
Une troisième conférence eut lieu le 24 mars ; Lî refusa
d'accepter l'armistice dans de semblables conditions, mais se
déclara prêt à continuer les négociations de paix. Le comte
Ito ayant paru douter de la sincérité des Chinois, Li s'écria :
« Je suis un vieillard qui n'avais jamais été h l'étranger de sa
vie ; mon Gouvernement a une idée nette de la situation
actuelle des affaires, et me sachant un vieil ami du Ministre
(comte Ito) m'a envoyé pour accomplir cette mission ; ceci
me paraît une preuve suffisante de sa sincérité et je ne pou-
vais décliner la tâche qui m'était offerte. »
ATTENTAT CONTRE LI, 2^ MARS iSqS.
A 4 heures, en sortant de la réunion, la troisième depuis son
arrivée, comme nous l'avons dit, où la question de l'armistice
avait été débattue, et où les Japonais avaient fait part de leur
intention d'attaquer Formose, le vice-roi du Tché-li regagnait
son logis, quand un jeune Japonais nommé Koyaftia Roku-
nosuké' qui se tenait dans la foule des curieux lui tira un
coup de revolver et la balle pénétra dans la joue gauche, un
peu au-dessous de Toeil qui ne fut heureusement pas atteint.
Ito et Mutsu rendirent immédiatement visite au blessé auquel
l'empereur envoya ses médecins de Hiroshima.
En conséquence de l'attentat contre Li, le Mikado donna
I. Son vrai nom était Koyama Toyotaro, né lo 9<^ jour do la a^ lune
de la 2« année Mei-dji (1869) un ''^'""'sans profession, du district Oora,
division Oshima, préfecture de Gumma ; il prétendait que Li était la cause
de la guerre et des difficultés de la Corée ; arrêté dans une boutique après
sa tentative d'assassinat, il fut condamné aux travaux forcés (pénal .ver-
s'itude) à perpétuité le 3o<= jour de la 3« lune do la aS*^ année Meidji.
PROJET JAPONAIS DE TRAITÉ 205
l'ordre (28 mars) d'accorder rarmistice demandé par la vic-
time sans conditions ; la convention d'armistice datée du
3o mars en six articles devait durer 21 jours à partir delà date
de sa signature et finir sans avis à midi le 26* jour de la 3*
lune de la 21® année Kouang-Siu, correspondant au 20* jour
de la 4" lune de la 28*' année Meidji (20 avril 1895) ; l'ar-
mistice qui ne s'appliquait qu'aux provinces de Feng-tien,
Tché-li et Chan-Toung, devait cesser si les négociations
étaient rompues dans l'intervalle. Les opérations devaient
continuer à Formosc sans interruption.
Le 24, Li avait demandé qu'on remît à Li ïching-fong
un mémorandum des conditions de paix proposées par le
Japon; lorsque l'armistice eut été signé, il renouvela sa de-
mande et déclara aux Plénipotentiaires japonais qu'il se tien-
drait prêt à recevoir leur visite, le jour même ou le lende-
main.
PROJET JAPONAIS DE TRAITÉ, I*"" AVRIL iSgÔ.
Le i**"* avril, le comte Ito remettait un premier projet de
traité de paix en onze articles, comme le traité de paix défi-
nitif, mais l'indemnité de Tarticle IV était fixée k 3oo millions
de taëls, au lieu de 200 millions. Dans l'article VI, en outre
des ports désignés dans le Iraité définitif, les villes suivantes
étaient indiquées comme devant être ouvertes au commerce,
au séjour, et aux industries des Japonais : Pé-King, Siang-
t^n (Hou-nan), VVou Ichéou (Kouang-si) ; des lignes de navi-
gation, outre celles concédées dans ce même article, devaient
être étendues sur la rivière Siang et le lac Toung-ting, depuis
le Yang-tseu jusqu'à Siang-tan, et sur la rivière de l'Ouest,
de Canton h AA ou- Ichéou ; par Tarticle VIII, outre Wei-Haï-
wei, Feng-tien, province de Cheng-King, devait être occupé
temporairement comme garantie du traité.
266 NÉGOCIATIONS TRAITÉ DE SHIMONOSEKI
RÉPONSE DE LI, 5 AVRIL iSgS.
Le 5 avril, Li Honng-tchang remetlaît sa réponse, qui
était l'œuvre de M . Forster, son conseiller américain :
Shiinonoscki, 5 avril 1896.
Dans le court délai accordé pendant lequel j'avais à faire Texa-
men et à répondre au projet de traité proposé par leurs Excel-
lences les Plénipotentiaires Ja)X)nais, j'ai apporté à ce sujet im-
portant l'étude et le soin le plus sérieux qu'il m'a été possible
d'y consacrer, étant doiniée l'incapacité physique, dont, malheu-
reusement pour mon pays, je souffre en ce moment. Si, pour
cette raison, ce mémorandum n'est pas aussi complet qu'il serait
désirable, je ne puis que plaider ces causes en excuse et j'espère
que dans peu de jours je serai cajwble de répondre pleinement
et spécialement à tous les points désirés par les Plénipotentiaires
Japonais.
Sans prendre chaque article en détail, j'ai cherché h grouper
ensemble mes vues sur les quatre questions importantes com-
prises dans les négociations et incorporées dans le projet de
traité, à savoir: i** la Corée \ 2° Cession de territoire; 3" Indem-
nité ; et 4° Privilèges commerciaux.
i . — Corée.
Le Gou>ernement Chinois a indiqué il y a quelques mois sa
volonté de reconnaître la pleine et complète indépendance et de
garantir la complète neutralité de la Corée, et il estprél à insérer
pareille stipulation dans le Traité; mais par rmprocité, pareille
stipulation doit également être faite par le Japon. Par consé-
quent, cet article devra être modifié dans ce sens.
2. — Cession de territoire.
Le préambule du projet projX)sé de traité met en avant que le
but en le faisant est « d'éloigner toute cause de futures compli-
cations ». Mais cet Article, au lieu de poursui>re cet objet, con-
tient des mesures qui si on y insistait et y contraignait, seraient
la source sine et féconde de complications qui se transmettraient
à travers [)lusieurs générations.
C'est le devoir des Plénipotentiaires des deux Gouvernements
RKPONSE DE M 16']
et c'est le devoir d'un sage homme d'Klal, de négocier une paix
telle qu'elle rendra amies sincères et alliées ces deux grandes
nations de l'Orient, qui sont et doivent rester voisines et, qui
ont en commun tant de choses de leur histoire, de leur littéra-
ture, de leur art et de leur commerce. Un territoire occupé
longtemps par une nation, à travers plusieurs siècles et plusieurs
dynasties, devient un héritage sans prix. Rien n'excitera plus
l'indignation du peuple de la Chine et ne créera en lui un esprit
d'hostilité et de haine éternelles, que d'arracher de son pays des
portions importantes de Son territoire.
Cela serait spécialement le cas avec cette partie du territoire
décrite dans la cause .1 de cet article, parce qu'elle donnerait au
Ja|)on un pied et une hase pour des opérations navales et mili-
taires h facile portée et menaçant constamment la capitale de
l'Enqûre et parce qu'elle prend «i la dynastie présente Chinoise
une partie de ses anciennes possessions. Dans cette clause, la
Chine entend le Ja|)on disant : « Je serai toujours votre ennemi
menaçant et éternel, avec mon arniée et ma Hotte prêtes à fondre
sur votre capitale quand il me |)laira. et je propose d'humilier
votre Enq)ereur en lui prenant une partie précieuse de la patrio
de ses ancêtres. »
Cela signifie de plus une ligne de fortifications le long de
toute la frontière commune ; de nomhreuses armées et ilottcs im-
mobilisées tout près, une grande dépense j)our les deux nations,
et un danger constant de trouhles de frontières et de brigands
des deux côtés de la ligne de démarc^ition.
Le Japon, en inaugurant la guerre, annonçait que son objec-
tif était d'assurer rindépeiidance com[)lète de la Corée et ses
agents diplomaticjues en Europe et en Amérique déclaraient que
ce n'était pas fintention de leur Gouvernement de faire une
guerre de con(|uèle. S'il de>ait être conforme à ces déclarations,
il serait tout-à-fait possible de modifier ainsi l'article II et autres
Articles, à spécifier, de façon à conclure une paix durable, qui
rendra à l'avenir les deux grands peuples de l'Est de« amis sin-
cères et restera comme un bouloard inébranlable contre les em-
piétements de nations hostiles. Mais si une paix est exigée par le
Japon, j)ar suite des riiances heureuses de la guerre, qui éveil-
lera nécessairement dans le peu|)le chinois un esprit d'hostilité
et de vengeance, on [)eut dire d'avance que les deux nations,
sans aucun lien de sympathie ou d'intérêt, deviendront la proie
des ennemis extérieurs.
268 NÉGOCIATIONS — TRAITÉ DE SHIMONOSEKI
3. — Indemnité,
La Chine ne pense pas qu'il soit juste d'exiger d'elle de payer
une indemnité pour les dépenses d'une guerre dans laquelle elle
ne se considère pas elle-même comme étant l'agresseur, et pen-
dant laquelle elle n'a pas envahi le territoire japonais ; par con-
séquent il semble illogique que la Chine paie une indemnité.
Mais en vue du fait que mon Gouvernement désireux d'amener
à une conclusion cette malheureuse guerre, a en Octobre der-
nier promis par Fintcrmédiaire du ministre américain de payer
une indemnité, et en vue du fait qu'une indemnité est une des
conditions mentionnée parmi les termes annoncés par le Japon
le 17 février dernier, par l'intermédiaire du Ministre des États-
Unis à Pé-King, je suis prêt à insérer dans le Traité une clause
pour une indemnité raisonnable.
En premier lieu, il faut noter que le Japon déclarait que le but
de la guerre était d'assurer la complète indépendance de la Corée.
Au a a Novembre de l'année dernière, il fut annoncé aux Gou-
vernements étrangers que la Chine était prête à reconnaître l'in-
dépendance de Ja Corée ; et les dépenses de la guerre au delà de
cette date ne doivent pas être comprises dans l'indemnité.
En exigeant une indemnité de la Chine, il ne doit pas être fixé
une somme supérieure à ce qu'elle peut payer, car son impuis-
sance de payer serait considérée par le Japon comme une viola-
tion du Traité et conduirait à une reprise de la guerre. La somme
demandée est au delà de la possibilité de la Chine de payer d'a-
près son système actuel de taxes. Augmenter en ce moment les
taxes intérieures ou domestiques conduirait à un grand mécon-
tentement et probablement à une insurrection, surtout ajoutées
à la dissatisfaction d'un peuple pour l'EmjKîreur et son Gouver-
nement faisant ce qu'il considérera comme une paix humiliante
et déshonorante. Le tarif des Douanes sur les importations et
les exportations ne peut pas être augmenté à cause de traités
avec les gouvernements étrangers qui exigent un avis de dix ans
et le consentement unanime des Gouvernements qu'ils concer-
nent.
Colle dernière source de revenu est le seul fonds efficace qui
puisse être hypothéqué ou engagé à des ban(juiers ou à des capi-
talistes en négociant des emprunts étrangers. 11 est déjà si com-
plètement engagé pour des emprunts de guerre qu'une part
seulement peut être utilisée pour un emprunt pour payer Fin-
RÉPONSE DE L1 369
deinnîté. D'après un exposé préparé par \v Commissaire de^
douanes étrangères à Chang-haï, Je i**" Mars dernier, il ressort
que les revenus des Douanes de Chine étaient à cette date en-
gagés pour le paiement d'emprunts de guerre, en 1895, de
3937^20 Haikouan laels ; en 1896, de 6281630 llkt. ; en
1897, de 5 142 238 llkt. ; et que sur ces emprunts de guerre il
sera nécessaire d'ici vingt ans de payer 78017 io3 Hkt. en dehors
des revenus des Douanes. Il faut noter que depuis le i'"'" Mars,
le total de ces emprunts a augmenté considérablement.
Le crédit du Gouvernement chinois et sa facilité de négocier
un emprunt ont été gravement atteints par la guerre. 11 a été
entraîné à payer 7 et môme 8 1/2 Vo d'intérêt et le taux le plus
bas qu'il ail obtenu à l'étranger (et seulement pour une petite
somme) était 6 % a^^^c un fort escompte sur la valeur nominale
des obligations. 11 est reconnu [)ar des banquiers éminents et
expérimentés que le meilleur taux qui puisse être obtenu à la
conclusion de la paix est de 6 1/2 à 7 'Yo sur la valeur totale des
obligations.
Le revenu total annuel moyen reçu par les Douanes chinoises
comprenant les droits de transit et le likin de l'opium, de 1890
à 1893 inclus, se monte à 22 548 i5o H.k. ; et sur cette somme
il a été d'usage jusqu'à présent de payer aux autorités provin-
ciales les six dixièmes. Si cette somme importante d'argent
liquide est détournée pour payer l'indemnité, une nouvelle taxe
devra être im|K)sée aux provinces et le peuple se plaindra. Si l'on
cherche à faire un emprunt étranger pour payer l'indemnité
demandée par le Japon, cela exigera en principal et en intérêts,
à 6 1/2 Vo» remboursable en 20 ans, la somme énorme de
690000000 Haikouan taels, somme qu'il est entièrement impos-
sible pour le Gouvernement chinois de négocier et au delà de son
pouvoir de trouver par un impôt.
Ceci sera visible pour tous ceux connaissant les revenus Chi-
nois, si l'on se souvient que l'indemnité au Japon n'est pas le
seul fardeau financier qui soit apporté à la Chine par la guerre
et auquel il faut immédiatement pourvoir. Comme il a déjà
été mentionné, les termes de la paix lorsqu'ils seront connus
rendront la dynastie présente et le Gouvernement impopulaires
à beaucoup de (Chinois et l'on j)eut s'attendre à des méconten-
tements et à des désordres locaux. D'un autre côté, il a été ap-
pelé en campagne un grand nombre de troupes grossières et
indisciphnées, qui avec la conclusion de la paix devront être
370 NÉGOCIATIONS — TRAITÉ DE SHIMONOSEU
licenciées cl il y a là grand danger qu'elles commeltront des
actes do vol et de désordre qui obligeront le Gouvernement h les
supprimer d'une manière sérieuse. Toute Ténergic du Gouver-
nement sera mise à l'épreuve pour maintenir la paix, et sans
paix et sans ordre il sera impossible de lever même les impôts
babituels. 11 deviendra donc, pour cela, nécessaire, en vue de
préserver la tranquillité intéricMire, d'organiser et d'équiper une
armée suivant les métbodes modernes de guerre et de recons-
tituer la flotte qui, en pratique, a été détruite par la guerre.
Oci demandera de grandes et immédiates dépenses d'argent,
mais il sera impossible de lever cet argent dans ce but si cette
forte indenuîilé doit être payée. Le Gouvernement médite
diverses réformes et progrès dans le pays, mais ils seront tous
paralysés si le Ja{X)n ne réduit pas sa demande dans une large
mesure.
L'indemnité est appelée dans le projet de traité propose « une
indemnité de guerre », ce qu'on suppose signiiicr une indemnité
pour payer les déj)eiises encourues par le Japon dans le cours de
la guerre. Mais si c'esl là le cas, je pense que les Plénipotentiaires
japonais admettront que la somme demandée excède largement
ce total. 11 n'est pas possible pour celui qui ne |X)Ssède pas les
détails olïiciels de savoir le total exact des dépenses de guerre du
Japon jusqu'à ce jour, mais il y a certains rapports et dates
olficiels et publics qui paraîtraient fixer les limites dans lesquelles
cette somme doit être approximativement estimée, et les Pléni-
potentiaires Japonais seront c<ipables de les confirmer ou de les
corriger. 11 est entendu qu'il y avait dans le Trésor Public du
Japon, au début delà (îuerre, environ ^ooooooo doyen. Com-
bien de cette somme a été eiiq^lové à l'usage de la guerre n'est
pas coimu du public, mais il peut être présumé que le tout a été
approprié à cet ellet. Bientôt après l'ouverture des bostilités un
emprunt de guerre de i5o millions do >rfï a été autorisé. Sui-
vant le renseignement de la presse publi([ue du Japon, le Pre-
mier Ministre, Son Excellence le Comte Ho, a fait un dis^^ours
dans la (^bambre Basse du Parlement Japonais le 20 février
dernier, dans lecpiel, après s'être référé à la faillite des négocia-
tions à llirosbima au commencement de ce mois, il enq)loyait
ce langage : « Par l'état subséquent de la guerre et dans les cir-
constances présentes, il est difficile de dire quand la paix sera res-
taurée et il n'est pas improbable que le fonds de guerre devien-
dra insullisant. » Là-dessus, il demanda au Parlement d'autoriser
r<^:ponse de li 271
un emprunt de guerre ndditioruiel pour faire face à la nécessité
d'un prolongation considérable de la guerre.
Il semble juste de déduire de ce discours que le premier em-
prunt de guerre n'avait pas été épuisé et ne le serait pas à moins
que la guerre ne continuât encore (|uel(jue temps. Les journaux
locaux du Japon, se référant à ce discours et à l'action du Par-
lement à ce sujet, constataient que « le besoin actuel de fonds
se ferait sentir en Juin ou Juillet procliain et que le Gouver-
nement l'aurait soumis à la Diète, non parce que l'on avait un
besoin pressant d argent, mais parce que la Diète est justement
en train de siéger » ; et (|ue : « du premier emprunt de guerre
il reste 5o 000 000 du yen à appeler et que des 80000000 déj«\
émis, il Y a encore une somme considérable à verser.
En outre, on doit tenir compte de quelques contributions
populaires. Mais si ces faitsdoivent être acceptés connue approxi-
mativement corrects, il semblerait raisonnable de croire que la
dépense totale d'argent du Ja|K)n dans la guerre jusqu'au temps
présent n'excédera pas i5o millions de yen.
En estimant les dépenses de guerre du Japon, il ne doit pas
être oublié que la >ictoire a domié à ce pays certaines dépouilles
de guerre appréciables, tels (pie les >aisseaux de guerre prison-
niers et une grande quantité de matériel militaire et de subsides,
qui devraient être galanunent déduits en fixant le total de l'in-
demnité.
En faisant sup|)orler a la Chine un intérêt sur les paiements
dilTén'îs de l'indemnilé est une clause onéreuse et non raisonna-
ble et le devient doublement ([uand on considère l'énorme
somme demandée.
i- — Privilthjes commerciaux.
Dans le temps très bref accordé [)our un examen et une réponse
au projet de Traité, il n'a pas été |)ossible d'étudier pleinement
les questions complexes et détaillées auxfpielles les stipulations et
les privilèges commerciaux donnaient lieu. Ce qui suit ne doit
être pris seulement que comme l'expression de vues et pleine
réserve est faite pour y ajouter ou les corriger ensuite. On esptîre,
cependant, (pie le rapport suivant aidera les Plénipotentiaires
Japonais h compreinlre quel(jues-unes des clauses que la Chine
est disposée à accepter et quelques-unes pour lesquelles des inodi-
lications seront demandées.
La Guerre ayant suspendu l'action du dernier Traité Comincr-
373 NÉGOCIATIONS TRAITÉ DE SHIMONOSEKI
cial, la Chine reconnaît qu'un nouvel accord est nécessaire et
elle est prête à accepter les traités existants avec les Puissances
étrangères comme base de négociations; cela demandera, cepen-
dant comme due réciprocité qu'une stipulation soit ajoutée au
paragraphe d'introduction de l'Article, accordant à la Chine le
traitement de la nation favorisée au Japon.
La réponse aux i'"" et 2* clauses est réservée pour l'instant.
La 3*^ clause pourvoit à la réduction de a pour 100 des droits
de transit sur les marchandises japonaises importées ou une
diminution pratique d'un demi d'un pour cent ; et on propose
d'abolir entièrement les droits de transit existants sur les mar-
chandises exportées. Quand on se souvient que ce môme Traité
contient un Article demandant à la Chine le paiement d'une
indemnité au delà de son pouvoir présent, il semble inopportun
de demander à la Chine d'abandonner quelqu'une de ses res-
sources existantes de revenu. Le Japon devrait plutôt, en vue
de ce qui a été constaté concernant les revenus des douanes,
consentir à une augmentation de ce tarif. En même temps que
le Japon négocie avec les Puissances étrangères pour assurer une
augmentation de son propre tarif, il est h peine logique de
demander de la Chine une réduction de son tarif déjà bas.
L'effet ou le but de la troisième clause parait être d'exempter
les marchandises étrangères de tout droit ou de taxe de likin
quelconque après qu'elles ont passé hors des mains de l'impor-
tateur ou du propriétaire étranger. Ceci est un sujet qui a été
souvent considéré avec les représentants diplomatiques étrangers
à Pé-King et la justice de cette demande n'a jamais été démon-
trée. 11 n'y a pas de Gouvernement qui garde plus jalousement
ses privilèges commerciaux que la Grande Bretagne, et ses sujets
engagés dans le commerce chinois ont souvent fait manœu\Ter
ses ministres pour leur assurer un soulagement de la taxe du
likin, mais sans succès. Lord Ëlgin, qui accompagnait l'armée
britannique à Pc-Ring et exigea de la (^liine après l'occupation
tous les privilèges commerciaux qu'il considérait comme la juste
part du vainqueur, rejeta la demande comme elle est proposée
maintenant et dit qu'il « ne voyait pas le moyen d'accorder sa
protection aux importations contre la taxe une fois qu'elles ont
passé entre les mains des acheteurs chinois». Le Bureau du Com-
merce britannique (Board of trade) ayant la surveillance officielle
du commerce étranger, examina cette question à la requête du
Ministère anglais des Afl'aires Étrangères et décida que a pour
Rl^PO^SE DE LT 378
assurer la vente des marcliandises (importées) à leur dernier
cousommateur sans auf^menlalion de frais venant de droits...
est un point de vue dont ne peut s'occuper le Gouvernement de
Sa Majesté, il n'y a rien dans le Traité qui paraisse aux Lords
devoir justifier une demande si absolue, et en vue de la taxe
intérieure à laquelle les marchandises indigènes sont soumises en
Chine, il serait dans leur opinion et injuste et inopportun de
soutenir une telle demande, même si elle était garantie par les
clauses du Traité. Sir Thomas Wade, si familier avec le com-
merce chinois, et si longtemps l'habile représentant des intérêts
de Sa Majesté à Péking, disait que la laxe du Likin « n'est pas
plus sujette à objection que notre income tax, ni, en vérité,
qu'aucune taxe extraordinaire par laquelle un État à court
d'argent répare ses finances ». Et encore, se référant à l'abus
auquel le privilège demandé dans la troisième clause donnerait
lieu, il disait : « il est assez dur pour les Gouvernements Provin-
ciaux d'abandonner leurs droits d'octroi sur des marchandises
qui sont la propriété des étrangers, mais il serait plus dur encore
si les Chinois, munis de certificats étrangers, allaient transporter
d'un bout de l'Empire à l'autre des marchandises appartenant
aux Chinois exemptes d'octroi. » En vue de ces déclarations, si
bien fondées en justice et en propriété, je suis sûr que les Pléni-
potentiaires Ja|)onais seront consentants à modifier leur propo-
sition de façon à assurer la protection des marchandises impor-
tées seulement aussi longtemps qu'elles restent en possession du
propriétaire étranger. Ceci sera assuré en garantissant au Japon
le traitement de la nation la plus favorisée et le Japon devrait
être satisfait avec cela.
On peut remarquer pour la quatrième clause, que laissant de
côté pour l'instant la considération de la justice de cette demande,
sa prudence pourra sérieusement être mise en question. Permet-
tre à des marchands étrangers de s'établir temporairement à de
grandes distances des ports à traité en dcîhors de la protection et
du contrôle de leurs consuls, paraîtra incompatible avec la pra-
tique de l'ex-territorialilé, et grandement embarrassant pour
les autorités chinoises. Sir Thomas Wade, en discutant une pro-
position similaire présentée par des négociations britanniques,
disait : « Je suis décidément contre toute demande absolue qui
s'v rapporte... Nous sommes forcés à ne rien lui demander (à la
Chine) excepté quand nous voyons h» moyen d'une juste clause
pour le contrôle de l'étranger ex-terri torialisé. Et encore,
COKDIER. III. — 18
374 NÉGOCIATIONS TRAITÉ DE SHIMONOSGKI
« si nos négociants doivent se réunir en nombre dans une ville
chinoise ou dans un faubourg de l'intérieur, je serai bien trompé
si nous ne nous trouvions pas bientôt obligé de demander une
concession de terrain. »
La 6*^ clause se rapporte au privilège d'importer des machines
en Chine pour convertir les matériaux bruis chinois en marchan-
dises manufacturées, question qui a été beaucoup discutée avec
le Corps Diplomatique à Pé-King, et qui a été réglée contre
les privilèges demandés dans cette clause. La défense aux étran-
gers de s'engager en Chine dans des industries manufacturières
existe de longue date et les Gouvernements étrangers y ont
acquiescé, comme une défense qui appartient en propre à la
souveraineté et à l'indépendance d'une nation. Permettre aux
étrangers d'entrer et d'établir des fabriques pour convertir
les produits naturels en marchandises manufacturées, tendrait h
détruire le pain quotidien des Chinois et causerait un préjudice
sérieux aux industries indigènes qu'il est du devoir du Gouver-
nement de protéger. Le règlement est un de ceux qui a existé
depuis des années et qui a été adopté par d'autres nations, et ne
devrait pas être aboli maintenant. La mesure insérée dans la
C* clause exemptant tous les articles fabriqués par les Japonais
en Chine de toute taxe intérieure prête aux objections et est par-
ticulièrement injuste. A côté de cela, si ces privilèges sont garantis
aux sujets Japonais, ils devront nécessairement être étendus à
toutos les nations qui ont des traités avec la Chine et la ruine
des industries indigènes sera rapide et certaine. Les mesures con-
tenues dans l'article YIU faisant dépendre l'évacuation des villes
qui y sont nommées, de la conclusion du traité de Commerce
prévu par l'article VI, parait une mesure inutile et déraisonnable.
Par les termes du dernier article, le traitement de la nation la
plus favorisée est immédiatement garanti au Japon et en consé-
quence il est placé sur un pied d'égalité par rapport au com-
merce avec tous les concurrents.
Ce qui précède embrasse une revue de toutes les mesures im-
portantes et essentielles contenues dans le projet de Traité sou-
mis à ma considération, et auquel j'ai fait une réponse aussi
franche et complète qu'il était possible dans les circonstances.
Quelques articles de moindre importance ou de simple détail
n'ont pas été mentionnés, mais il est à croire que si un accord
est heureusement obtenu sur les quatre questions discutées ci-
dessus, les articles non traités seront arrangés en temps voulu.
ri^:ponse de li 276
J*ai confiance qu'on m'excusera de dire que j'ai servi mon
pays pendant im demi-siècle et il se peut que je sois près de la
lin de mes jours. Cette mission est probablement le dernier ser-
vice important qu'il me sera permis de rendre à mon Souverain
et à ses sujets. C'est mon désir sincère et ma plus haute ambi-
tion d'arriver à une conclusion de nos négociations qui ap[)or-
terait une paix et une amitié durables aux peuples et aux Gou-
vernements que nous représentons.
Nous devrions écouter la voix de la raison : nous devrions être
puidés par les principes les plus élevés des alTaires de TP^tal de
telle favon que nous sauvegardions les intérêts et le bien-être
futur de ces deux grands [>euples, dont les destinées et le bon-
heur de plusieurs générations sont maintenant entre nos
mains.
11 importe peu au Japon, à ce moment de sa prospérité abon-
dante et de la grandeur et du nombre d'hommes capables, s'il
reçoit aujourd'hui une petite ou une grande indemnité, ou s'il
augmente ses frontières par l'annexion d'une plus grande ou
d'une plus petite [X)rtion de territoire actuellement au pouvoir
de ses armées, mais c'est une alfa ire de grande importance pour
sa grandeur future et le bonheur de son peuple, que les négo-
ciations que dirigent ses Pléni[K)tentiaires en ce moment fassent
de la nation chinoise des amis et des alliés solides ou des enne-
mis invétérés. Comme son représentant, je me tiens prêt à ten-
dre la main a leurs Excellences les Plénipotentiaires du Japon,
en faisant une paix telle qu'elle ne laisse pousser aucun germe
d'inimitié et causer notre malédiction dans les générations futu-
res, et une paix telle qu'elle porte honneur et bénédiction et
amitié durable aux deux grandes nations de l'Orient.
Ll HOUNG-TCIIANG,
Ambassadeur plénipotentiaire
de Sa Majesté l'Empereur de Chine.
Le 6 a%Til, le comte Ito répondait qu'un exposé détaillé
des difficultés antérieures de la Chine n'était pas une réponse
et que le vice-roi devait annoncer définitivement son accep-
tation ou sa non-acceptation du projet de traité présenté, soit
en totalité, soit en partie. Le 9 avril, la Chine proposait un
a-jÔ NÉGOCIATIONS TRAITÉ DE SHIMONOSEKl
contre-projet de traité, par lequel elle ne céderait qu'une
préfecture, une sous-préfecture et deux districts dans le Sud
de la province de Feng-tien ; ainsi que les Pescadorcs, mais
pas Formose; l'indemnité ne serait que de loo millions de
taëls ; le lendemain, lo, le Japon présentait les réductions
qu'il était disposé à faire, qui ne comprenaient guère qu'une
réduction dans l'indemnité, 200 millions au lieu de 3oo
millions, et l'abandon de Pé-King, Siang-tan et Wou-tcheou
comme ports ouverts et les conséquences relatives à la navi-
gation de cet abandon.
La quatrième conférence eut lieu le 10 avril.
Dans l'entretien du 10 avril, Li, guéri de sa blessure,
revient au même sujet : « J'aurais voulu, dit-il au comte Ito,
faire en Chine ce que vous avez fait au Japon. Mais si vous
étiez à ma place, vous connaîtriez les indicibles difficultés
que je rencontre en Chine. » Et le vice-roi loue le Mikado
qui a su s'entourer d'hommes d'État éclairés et capables. A
quoi le comte Ito répond : a Gloire à notre Empereur, et
maintenant à l'œuvre ! » et la discussion continue. Les com-
pliments échangés dans la circonstance ne pouvaient modi-
fier l'attitude du Japon et le comte Ito considérant que la
limite des concessions était atteinte, envoya l'ultimatum sui-
vant (11 avril).
ULTIMATUM DU JAPO>, II AVRIL iS^O
Shimonoseki. 1 1 avril 1895.
A Son Kxccllence
Le Comte Li Hoiing-tchang.
Plénipotentiaire de Sa Majesté Impériale Chinoise.
Excellence,
Je juge convenable de confirmer par écrit la substance des
observations que j'ai eu l'honneur d'adresser verbalement hier à
ULTIMATUM DU JAPON 377
volrc Excellence au sujet des conditions de paix modifiées que je
vous ai présentées alors.
J'ai informé votre Kxcellence et je désire maintenant de répé-
ter que ces demandes modifiées doivent être considérées comme
délinilives et qu*ime réponse catégorique esl attendue dans l'es-
pace de quatre jours à partir d'hier.
J'ai fait connaître à Votre Excellence que les Plénipotentiaires
Japonais n'ont pas manqué de prendre en sérieuse considération
les remarques (jue Votre F^xceliencea faites concernant les deman-
des du Gouvernement hnpérial Ja|K)nais telles qu'elles ont été
formulées à l'origine ; et j'ai dit, (pie par suite de ces remarqnes,
[)ar lesquelles Votre ?]xcellence avait fait ressortir les difTicultés
que rencontrerait la Chine si l'on insistait sur les termes rigoureux
des conditions originales japonaises, ces demandes avaient été
réduites au minimum des concessions possibles.
La réduction de l'indemnité d'un tiers: l'adoption de moyens
plus faciles de paiement ; l'acceptation d'une ville au lieu de deux
pour l'occupation temporaire ; l'opportunité de substituer une
garantie financière à la place d'une garantie territoriale; la sup-
pression de la clause concernant la commutation et autre taxe
intérieure, et le retrait de la réclamation pour l'enlèvement de
l'obstruction à la naxigation h l'embouchure du fleuve Houang-
pou, allégeraient laClhine, je l'expliquais, de ses embarras finan-
ciers, qui, d'après l'estimation de Votre Excellence, rendraient la
pleine réalisation des demand(\s financières du Japon extrêmement
ditlicile.
J'ai aussi rendu clair à l'appréciation de Votre Excellence, je
l'espère, que le même esprit de conciliation a aussi contribué à
réduire en grande partie les demandes territoriales du Japon.
Pour conclure, je me permets de répéter que j'ai fréquemment
essayé de persuader à Votre ?]xcellenceque la guerre est progres-
sive dans ses conséquences aussi bien que dans ses opérations et
qu'il ne faut pas espérer que les conditions de paix que le Japon
est capable heureusement de |X)uvoir accepter maintenant siéront
|>ossibles plus tard.
Je renouvelle à Votre Excellence l'assurance de ma considéra-
tion la plus distinguée,
Ito IlniOBUMi,
Plénipotentiaire de Sa Majesté du Japon.
378 NÉGOCIATIONS — TRAITÉ DE 8HIM0N0SEK1
Le 12, Li Hoiing-tchang lançait une dernière protesta-
tion :
DERNIÈRE PROTESTATION DE LI, 1 2 AVRIL
Shimonoseki, 12 avril.
A Son Excellence
Le Comte llo Hirobumi,
Plénipotentiaire de Sa Majesté l'Empereur du Japon.
Excellence,
La note que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m*adresser
hier au sujet de la marche et des incidents accompagnant les
négociations de paix, rend nécessaire, pour être juste envers mon
Gouvernement et moi, que j'y soumette une réponse brève.
On doit se mettre dans l'esprit que j'étais forcé de présenter par
écrit une réponse catégorique aux termes de paix demandés par
le Ja|3on avant qu'une conférence avec les plénipotentiaires japo-
nais ne me soit accordée pour discuter les termes de paix et à la
première conférence qui m'a été accordée dans ce but, je me
trouvai en face des propositions défmitives Japonaises ainsi que
Votre Excellence les presse actuellement avant qu'aucune discus-
sion orale n'ait eu lieu. Dans de semblables circonstances, on peut
diflicilement prétendre que les propositions définitives du Japon
ont été atteintes après qu'une pleine opportunité m'ait été ga-
rantie pour faire connaître les vues de mon Gouvernement.
Quoiqu'il soit agréable de savoir que l'énorme indemnité
demandée à l'origine ait été réduite quelque peu, elle atteint
encore une somme beaucoup plus considérable que le coût de la
guerre et constitue un fardeau trop lourd à porter pour la Chine,
et qui rendrait impossible de mener à bien les réformes désirées
et les progrès dans le pays.
Il ne m'a pas été possible de comprendre comment les condi-
tions de paix ont été rendues moins onéreuses par ce que Votre
Excellence appelle « la grande réduction dos demandes territo-
riales du Japon ». La ligne de démarcation dans les propositions
définitives comprend, avec do légères exceptions, tout le territoire
dans la province de Cheng-King qui a toujours été occupé parles
troupes japonaises ; et de plus la proposition finale a demandé la
cession d'une partie importante, riche et jxîuplée de l'Empire
DKRMFRE PROTESTATIOIS DE LI 279
(Formosp) où jamais aucun soldat ja[X)naisn'a mis les pieds. Une
telle demande n'est pas en accord avec les habitudes des nations
négociant la paix.
Quoiqueje reconnaisse avec plaisir Faction des Plénipotentiaires
Japonais en rabattant cpielques-unes de leurs demandes commer-
ciales inadmissibles, la proposition définitive reste encore sans
précédent et déraisonnable dans ses termes îi cet égard, et haute-
ment dérogatoire pour la souveraineté d'une nation indépen-
dante. Elle demande la négociation d'un traité Commercial et des
règlements de frontière sous peine de retenir du territoire Chinois
et refuse de soumettre aucune question de contestation à l'arbi-
trage d'une puissance amie. Pendant la négociation du Traité de
Commerce elle demande pour les Japonais le traitementen Chine
de la nation la plus favorisée, et refuse la même garantie ou au-
cune stipulation pour les Chinois au Japon. Elle réclame le pri-
vilège pour les Japonais de louer des magasins et d'importer et
d'exporter des marchandises et des produits dans toutcautre ville
dans l'intérieur de la Chine en dehors des ports à traité sans l'in-
tervention d aucun fonctionnaire ; également que lesJaponaisaient
le droit d'entreprendre des industries manufacturières n'importe
où en Chine et sans paver aucune taxe domestique sur les mar-
chandises fabriquées ; et que l'argent japonais soit reçu à sa valeur
pour le paiement des droits et des taxes.
Je n'ai pas écrit ce qui précède en vue de provoquer une nou-
velle discussion, mais dans le but de répéter d'une façon concise
ce que j'ai dit h Votre Excellence quand la proposition défmitive
m'a été présentée à l'unique conférence qui m'a été accordée pour
discuter les termes de paix, et dans l'espoir que les objections
exprimées ici seront soigneusement considérées par Votre Excel-
lence et que je sois informé du résultat à la prochaine Conférence
qui m'a été promise par Votre Excellence, à laquelle j'espère
soumettre à la proposition défmitive la réponse que mon Empe-
reur m'autorisera à faire .
Je renouvelle à Votre Excellence l(?s assurances de ma haute
considération.
Ll IIOUNG-TCUANG
Ambassadeur Plénipotentiaire
de Sa Majesté l'Empereur de Chine.
Le i3, le comte Ito répondait une dernière fois que les
aSo NÉGOCIATIONS — TRAITÉ DE SHIMONOSEKI
demandes du Japon étaient définitives et que désormais il ne
pouvait recevoir qu'une réponse catégorique.
REPONSE DÉFINITIVE DU JAPON, l3 AVRIL iSgS
Shimonoseki, i3 avril 1896.
A Son Excellence
Le Comte Li Houng-tchang,
Plénipotentiaire de Sa Majesté Impériale Chinoise.
Excellence,
J*ai eu l'honneur de recevoir la Note d'hier de Votre Excel-
lence, qui a la prétention d'être une réponse à la mienne du
jour précédent.
L'objet de ma communication du 1 1 courant, était, en répé-
tant par écrit ce que j'avais déclaré précédemment verbalement,
de mettre Votre Excellence pleinement au courant de la situation
actuelle. Je souhaitais que Votre Excellence comprît qu'entière
considération avait été accordée aux représentations de Votre
Excellence et que les demandes modifiées du Gouvernement Im-
périal devaient être considérées comme définitives, n'admettant
plus qu'une réponse catégorique.
Je crains, d'après la Note, dont j'ai actuellement à accuser
réception, que mon intention ait été mal interprétée puisque Votre
Excellence, tout en répudiant tout désir de provoquer une discus-
sion, critique les demandes définitives du Gouvernement Impérial,
ainsi que le cours de procédure qui a été suivi, et exprime l'espoir
que l'objection de Votre Excellence sera prise en considération.
Il me paraît seulement nécessaire de dire en réponse à la Note
de Votre Excellence, que les demandes que j'ai remises à
Votre Excellence le 10 courant, étant définitives, ne donnent
pas lieu plus longtemps à discussion.
Les demandes émanant du résultat de la guerre ne sont pas
des propositions dans le sens ordinaire du mot et les Plénipoten-
tiaires Japonais, en permettant que les demandes du Gouverne-
ment Impérial soient le sujet de discussions, ont (ait dans l'intérêt
de la paix des concessions jusqu'à l'extrême limite, et si leur
esprit de conciliation a été mal interprété, ils ont le droit de
décliner toute responsabilité pour les conséquences.
Il ne me reste qu'à ajouter, en vue de prévenir tout malen-
tendu, que mon refus en ce moment d'entrer dans un nouvel
TllAITK l)K SIIIMOXOSERI 38 1
examen des demandes du Japon, n'implique pas de ma part un
acquiescement aux observations ou aux conclusions de Votre
Excellence.
Je renouvelle à Votre Excellence l'assurance de ma considéra-
tion distinguée.
Ito llirobumi.
Plénipotentiaire de Sa Majesté
L'empereur du Japon.
Une cinquième et dernière conférence eut lieu enfin le
i5 avril ; je crois inutile d'entrer dans le détail qui n'a guère
été qu'une discussion prolixe. Les Japonais étaient décidés à
ne plus rien céder, les Chinois n'avaienl doncplusqu'à signer
le traité.
Le 17 avril 1890, Li Houng-lchang, après sa belle, mais
inutile résistance, signait le traité présenté par les Japonais,
à Shimonoselvi.
TRAITK DE SIIIMOXOSERI, I7 AVRIL iSgf)
S. M. l'Empereur du Japon, et S. M. l'Enq^ereur de Chine
désirant rétablir, en faveur des deux Empires et de leurs sujets
respectifs, les bienfaits de la paix, et metire lin aux diQicultés
futures, ont nonunéà cet elTet, pour conclure le Traité de paix :
S. M. l'Empereur du Ja[)on :
Le Comle Ito', etc. le Vicomte Moutsou-, etc..
S. M. l'Empereur de (jliine :
Li Iloung-tchang^, etc. Li King-fang*... comme plénipo-
tiaircs.
I. J'ai ajouté cos noies d'après la traduction anglaise. Couiil Ito Hiro-
bumi, Junii, (jrand Cross of the Impérial Order of Paulovnia, Minislcr-
Prcsidentof Stalo.
'j. Viscount Mutsu Muneniilsu, Junii. First Class of Ihc Impérial
Order of tlie Sacred Treasurc. Minister of State for Forcign AfTairs.
3. Senior Tulor lo the Ileir Apparent, Senior Grand secretary of State,
Minisler Supcrinlcndenl of Trade for the Northern Ports of China,
Viccroy of the Province of Cihihli, and Karl of the First Rank.
\. Ex Minisler of the Diplomatie Service, of the second Otiicial Rank.
aSa KÉGOCIATIONS TRAITÉ DE SHIMONOSEKI
Les pouvoirs ayant élc trouvés en bonne et due forme, il a été
arrêté ce qui suit :
Article 1. — La Chine reconnaît d'une façon irrévocable l'in-
dépendance* de la Corée, et supprime désormais tout Tribut et
toute cérémonie de vassalité de la part de la Corée.
n. — La Chine abandonne à perpétuité au Japon sa souve-
raineté^ sur les territoires ci-dessous avec les forteresses^, arse-
naux et autres propriétés de l'État se trouvant dans ces locahlés.
a) La partie Sud de la province de Feng-Tlen, comprise dans
la lija^nc de démarcation suivante : de* la rivière Yalou jusqu'à
Tembouchure du fleuve An-ping, comprenant ^ Feug-llouang,
Tch'eng-llaï-tch'eng, Ying-K'eou, jusqu'à l'embouchure du Leao-
Ho et les autres villes : là où le fleuve forme limite, la limite de
démarcation sera le milieu du fleuve.
Les îles qui se trouvent dans le golfe de Leao-Toung et qui dé-
pendent de la province de Fcng-Tien ;
6) L'île de Formose en totalité et les îles adjacentes;
c) Les PescadoreSy c'est-à-dire les îles situées par le 119 et le
I30°de longitude Est (Greenwich), et aS et 2/1 latitude Nord.
III, — Les lignes de démarcation indiquées dans l'article précé-
dent ainsi que dans la carte seront déterminées par une com-
mission de délimitation composée de deux commissaires au
moins, de part et d'autre, qui seront nommés immédiatement
après l'échange des ratifications. Cette commission sera chargée
de modifier les lignes de démarcation indiquées dans le traité,
lorsque les configurations géographiques et le centre d'adminis-
tration ne s'y prêteront pas.
Le commissaire s'applicjuera à accomplir sa mission dans un
délai le plus bref possible, de façon qu'elle soit complètement
terminée dans un an à dater de sa nomination. Toutefois, les
lignes de démarcation indiquées dans le présent traité seraient
maintenues jusqu'à ce que les modifications apportées par la
Commission soient a|)prouvées par les deux (îouveriiemenls.
IV. — La Chine s'engage à payer à titre d'indemnité de
I . Fui! and complète indcpcndencc.
a. Full sovcrcignty.
3. Fortifications.
4. De l'embouchure de.
5. From thencc thc linc runs lo Féng Huang ; from thence lo Hai-
Ich'cng.
TRAITE DE SlIIMONOSERI
383
guerre la somme de aoooooooo taëls (Kou-ping) en huit ver-
sements dont le i*""" et le second comportera cliaquc fois
Sooooooo laëls.
Le premier paiement devra s*elTectuer dans les six mois qui
suivent l'échange des ratiiications. Le second dans les douze mois;
le reste sera payé en six annuités dont :
la première dans deux ans,
la deuxième dans trois ans,
la troisième dans quatre ans,
la quatrième dans cinq ans,
la cinquième dans six ans,
la sixième dans sept ans ;
Un intérêt de 5 °/o ^^'^^ payé pour la somme restant à payer
après le terme du premier paiement. Cependant la Chine pourra
paver par anticipation la totalité ou partie de l'indemnité.
Dans le cas où elle aura pavé toute la sonune dans les trois
ans, une remise du montant des intérêts lui sera faite. Si, dans
ce cas, le montant des intérêts était pavé [>our a ans i/a ou
moins, une déduction d'autant serait faite sur le capital.
V. — i]eu\ des Iiahitanls de la localité au Japon, qui voudront
sortir de ce territoire auront la liberté d'aliéner leurs biens et
d'évacuer. Kt un délai de deux ans leur sera accordé à cet
elfet. Pendant ce délai, ils seront considérés comme sujets Ja-
ponais.
Les deux Gouvernements devront déléguer à Formose, immé-
diatement après l'échange des ratiiications. chacun un commis-
saire j)our la priso de possession. Et le tout doit être terminé
dans les deux moi*<.
V L — Tous les traités qui avaient aiq)aravant lié les deux
Empires se trouvant annulés par le fait même de la guerre, la
Chine s'engage à nonnner, aussitôt après l'échange des ratifica-
tions, des plénipotentiaires munis d'un plein pouvoir pour conclure
avec les IMénipotentiaires japonais les traités de commerce, de
navigation, et les conventions relatives h la connnunication et au
conunerce par terre. Et les dispositions des traités actuellement
entre la (^hine et les pa>s d'F^urope devront servir de base h la
conclusion des traités et conventions entre la Chine et le Japon.
Depuis l'échange des ratiiications, jusqu'à la mise en vigueur
desdits Traités et conventions, la (^hine aura accordé le traité de
la nation la plus faNorisée, en tout, à l'égard du Gouvernement
ja[)onais et de ses Agents, le commerce, la navigation, la com-
384 NÉGOCIATIONS — TRAITÉ DE SHIMONOSERI
munication et Je commerce terrestre, l'industrie, les bâtimcnU et
les sujets japonais.
En outre la Chine fera les concessions suivantes qui seront
valables six mois après la signature du présent traité :
a) En plus des ports actuellement ouverts, la Chine ouvrira
pour le commerce, le séjour, l'industrie, la manufacture des
sujets japonais avec les privilèges et avantages qu'on trouve dans
les ports déjà ouverts :
I. Clm-Ohi-Kin-tchéon (Hou-Pé).
3. Tchoung-Kiny (Se-tch'ouen).
3. Son-lchéou (Kiang-Sou).
3. Hnng-tchêon (Tché-Kiang).
Le Gouvernement japonais aura le droit d'installer des Con-
sulats à chacun de ses ports.
Pour le transport des voyageurs et des marchandises, la ligne
de navigation japonaise de vapeur sera étendue jusqu'aux loca-
lités suivantes :
à) De I-lchang à Tchoung-King.
6) De Chang-Haî à Hang-tcliéou, par Wou-soung et le canal
jusqu'à l'établissement des nouvelles dispositions, les dispositions
actuc^llement en vigueur par rapport à la navigation des bâti-
ments étrangers dans les eaux intérieures de la Chine, seront
appliquées autant qu'elles seront applicables.
c) Les sujets japonais auront le droit d'emmagasiner sans
payer aucun droit des marchandises et matières premières qu'ils
auront aciietées dans l'intérieur, ou les articles d'importation qu'ils
introduiront dans l'intérieur.
d) I^es sujets japonais pourront se livrer librement à l'exercice
de diverses manufactures dans tous les ports ouverts ou à ouvrir.
Ils pourront de ])lus introduire librement en Chine les machines
de tout genre sans payer d'autre droit que celui d'importation.
Toutes les marchandises fabriquées en Chine par les sujets japo-
nais, seront traitées de la même manière que les articles d'im-
portation japonaise et a\ec les mêmes privilèges et exemptions,
quant à ce qui concerne le droit de transport intérieur (j^i Am)
et autres taxations locales, etc.. et les avantages d'emmagasiner.
Dans le cas où une réglementation spéciale serait nécessaire,
et par rapjwrt aux concessions ci-dessus énumérées, elle figurera
dans les traités de commerce et de navigation en question dans
le présent traité.
Vil. — Le retrait des troupes japonaises, se trouvant actuel-
CLAUSES ADDITIONNELLES 285
lement dans le territoire chinois, devra s*e(Tectuer dans les trois
mois qui suivent l'échange des ratifications et conformément aux
dispositions de l'article suivant.
VIII. — En garantie de l'exécution fidèle des dispositions du
présent traité, la Chine consent à l'occupation provisoire par
l'armée japonaise, de Wei-Haï-\Veï, province de Chan-Toung, et
lorsque le premier et le deuxième versements de l'indemnité de
guerre auront été ellectués. et ([ue les traités de commerce et de
navigation auront été ratifiés, le Japon pourra retirer, de la
susdite localité, ses troupes à condition toutefois que le Gouver-
nement Chinois consiMite alors à prendre des mesures suflisantes
et à donner garantie des produits de douane pour le reste de la
somme à payer, capital et intérêts. »
Si le Couvernement Chinois ne prenait pas lesdits arrange-
ments, les troupes ne seraient pas retirées jusqu'à paiement com-
plet. Ce retrait de troupes ne peut être fait, en tout cas. avant
les ratifications.
IX. — Immédiatement après l'échange des ratifications, les
prisonniers de guerre seront échangés et la Chine s'engage à né
pas maltraiter ceux qui lui seront rendus.
Ceux des sujets japonais qui ont été reconnus espions de guerre,
coupables d'autres délits, seront mis en liberté immédiate, de
plus la Chine s'engage à ne pas appliquer ou à ne pas faire ap-
pliquer aucune peine aux sujets chinois qui ont eu pendant la
guerre des rapports avec des troupes japonaises.
X. — La guerre cesse à dater du jour de rechange des ratifi-
cations.
XI. — Le présent traité sera ratifié par S. M. l'Empereur du
Japon et S. M . l'Empereur de Chine ; et l'échange des ratifications
aura lieu à Tché-fou. le 8 mai i8f|5 (i/i^jour, 4*= mois, 3i*année
de Kouang-Siu) (8*^ jour. 5*" mois, 28" année de Meidji).
En foi de quoi, les Plénipotentaires ont signé et apposé leurs
sceaux.
Le présent traité fait en double exemplaire à Shimonoseki, le
17 avril 1895 (28* année Meidji) (23* jour, 3* mois, 21* année
Kouang-Siu.
Signatures.
CLAUSES ADDITIONNELLES
1. — Les troupes japonaises qui dui\ent occuper provisoirement
286 NÉGOCIATIONS — TRAITÉ DE SHIMONOSEKt
Wcï-Haï-Wci, en vertu de Tarticlc Vïlï, ne doivent pas dépasser
une Brigade ; et à dater de rechange des ratifications, la Chine
aura à payer par an 5ooooo taëls, c'est-à-dire i/4 des frais de
l'occupation .
II. — Le terrain d'occupation provisoire s'étendra de l'île de
Liu-kong Tao et de la côte de la baie jusqu'à 5 ris japonais. En
deçà des 5 ris japonais, il sera interdit aux troupes chinoises de
s'approcher à une distance de 5 autres ris.
III. — Les aiïaires d'administration du territoire d'occupation
provisoire continueront à être faites par les autorites chinoises,
mais celles-ci auront le devoir de se conformer aux ordres du
Commandant des troupes japonaises, relativement à la santé, à
la sécurité et au bien-être de ces troupes ainsi qu'à leur
répartition.
Toutes les infractions militaires commises dans les limites du
territoire occupé, seront de la compétence des autorités militaires
japonaises.
La présente clause additionnelle aura le même effet que si elle
était comprise dans le traité de paix.
En foi de quoi
(Signatures).
(Même date).
L'Empereur du Japon ratifia le traite trois jours plus tard.
RATIFICATIONS
Nous, Empereur du Japon (Mutsu llito), par la grâce du
Ciel régnant depuis dix mille années, — déclarons au peuple
qui lit les présentes que : ayant personnellement examiné tous
les articles du traité de paix et de la clause additionnelle, signés
à Shimonoscki.le 17 avril 1890, par nos Plénipotentiaires et ceux
de l'Empire de Chine, nous les avons trouvés bien conformes à
notre intention et ne laissant rien à désirer.
Et approuvons et ratifions ces mêmes traités et clauses.
Nous avons personnellement signé les présentes et fait y
apposer notre sceau impérial dans notre Palais d'Hiroshima,
le 20 avril 1895.
(L. S.)
Contresigné : Ministres.
PROTOCOLE 287
PUOTOCOLE
Le Gouvernement de S. M. l'Empereur du Japon et celui de
S. M. l'Empereur de Chine, ayant on vue d'éviter h l'avenir
toute erreur d'interprétation du traité de paix, ont ordonné aux
Plénipolentaires de convenir de ce qui suit :
I. — La traduction anglaise jointe au traité de paix avec le
même sens que les traités chinois et japonais.
II. — S'il y a une dilTérence dans les textes chinois et japonais
la traduction anglaise fera foi.
III. — Il est convenu que les Plénipotentiaires soussignés pré-
senteront il leur gouvernement respectif le présent protocole en
même temps que le traité de paix, et qu'à la ratification dudit
traité, les diverses conventions faites dans le présent protocole,
seront considérées comme approuxées par les deux Gouvernements
sans nécessiter une ratification spéciale.
En foi de quoi
(Signatures) (Même date).
(Shimonoseki) '.
Grand avait été rcfTort des Japonais, mais les conditions
obtenues par eux étaient magnifiques ; outre une indenmilé
de 200 millions de taëls, ils obtenaient la cession du Llao-
toung, de Formosc et des Pescadores, Touverturc au commerce
des villes de Cha-clii, Tchoung-King, Sou-lchéou et Hang-
tchéou, la liberté de navigation sur le Yang-tseu de 1-lchang
à Tchoung-King et sur la rivière de Wou-soung et le Canal,
de Chang-haï à Hang-tchéou, sans parler d'avantages moin-
dres.
Mais déjà, les Chinois savaient qu'ils allaient rentrer en
[K)ssession d'une partie du territoire perdu, et que la France,
la Russie et TAIlemagne se préparaient à lui faire rétrocéder
le Liao-toung.
I. Gerlific conforme à V Officiel Japonais du i3 mai iSgô. Sig. :
J. Dautremer, premier iiiterprèle de la Légation de France.
\
CHAPITRE XIV
NÉGOCIATIONS. — RÉTROCESSION DU LIA0-T0UN6
Certes le triomphe était grand pour le Japon : cession par
la Chine du Sud de la Mandchourie, de la grande île For-
niose et des Pescadores, indemnité de guerre de 200 millions
de taëls, ouverture au commerce des ports de Cha-chi,
Tchoung-King, Sou-tchéou et Hang-tchéou, nouvelles faci-
lités de transport, etc. L'empire du Soleil Levant avait
compté sans les puissances occidentales.
La France et la Russie n'hésitèrent pas un instant à
prendre parti pour la Chine ; l'Allemagne se joignit à elles.
Du jour oii la Chine trouvait non des protecteurs, mais
des alliés dans les nations d'Europe qui allaient non
seulement exiger la restitution d'une partie des conquêtes
du vainqueur, mais qui encore fourniraient aux vaincus
l'argent nécessaire pour se lihérer vis-à-vis de son rival, l'Em-
pire du Milieu devenait un facteur dans la politique interna-
tionale ; il acceptait les conseils de ceux qui l'avaient tiré de
ses diflîcultés et l'on peut dire qu'il suivit une politique
franco-russe jusqu'au moment où, l'occupation de Kiao-
tcheou lui enlevant ses illusions au sujet de ses alliés, il se
tourna hnisquement vers l'Angleterre et le Japon qui ne
surent pas profiter d'une volte-face si heureuse pour eux.
Le 10 avril 1895, c'est-à-dire une semaine avant la signa-
ture du traité de Shimonoseki, la France entrait en com-
munication avec la Russie au sujet de la Mandchourie ;
KÉGOCIATIONS — RÉTROCESSION DU LIAO-TOUNG 289
•
dans cette affaire, rAllemagne avait une tendance à adopter
les vues de la Russie, tandis que l'Angleterre déclarait au
contraire qu'elle n'avait pas d'objections à faire aux deman-
des du Japon ; l'attitude du cabinet britannique pouvait faire
croire qu'un traité secret le liait avec le cabinet de To-Kio ;
c'élait une erreur, ainsi que les événements Font prouvé
depuis, mais il est certain qu'Albion cherchait déjà à se con-
cilier les bonnes grâces du vainqueur, d'ailleurs nullement
dupe de la volte-face des Anglais qui n'avaient cessé pen-
dant la première période des hostilités de donner non seule-
ment leur appui moral mais aussi leur concours aux Chi-
nois. Au lendemain donc de la signature du traité de Shimo-
noseki, F Angleterre conservait son attitude singulière et
restait isolée.
Le contre-amiral de Beaumont, commandant en chef
l'escadre française d'Kxtréme-Orienl, recevait de Paris l'ordre
de concentrer sa llotle dispersée et de se concerter avec ses
collègues de Russie et d'Allemagne ; il eut d'ailleurs à jouer
le rôle de modérateur vis à-vis de l'amiral russe Tyrtov.
Le 20 avril, la Russie |)rit Tinitiative d'une démarche
amicale auprès du Japon ; les trois cabinets européens trou-
vaient que la possession de la presqu'île de Liao-Toung par
les Japonais serait une menace contre la capitale de la Chine
et rendrait illusoire Tindépendance de la Corée ; elle serait
par conséquent un obstacle perpétuel à toute pacification du-
rable ; il était désirable toutefois de donner un caractère ami-
cal à la démarche que devaient tenter auprès du ministère
japonais les diplomates accrédités à la cour de To-Kio ; ni
notre ministre, M. Harmand, ni celui de Russie, M. Hitrovo,
ne crovaient à l'elTicacité de cette démarche fort délicate.
Néanmoins, le 23 avril, MM. Harmand, Hitrovo et von
Gutschmid, ministre d'Allemagne, ayant écrit une note
pour le Ministre, arrivèrent ensemble au ministère des
Aflaires Etrangères et entrèrent séparément chez le Secrétaire
CoKDiER. III. — 19
a go NÉGOCIATIONS — RÉTROCESSION DU LIAO-TOUNG
»
d'État, dont la réception conserva le caractère le plus cor-
dial. Le 28 avril, nouvelle démarche amicale le matin, le
vicomte Mutsu étant souffrant, le vice-ministre des Affaires
Étrangères, Hayashi Tadasu, répondit que dans une ques-
tion qui entraînait l'honneur et peut-être le sort du Japon,
le Gouvernement japonais espérait que les trois gouverne-
ments voudraient hien lui laisser le temps de la réflexion ;
il protestait, du reste, que le délai demandé ne préjugeait
en rien de la réponse. Les diplomates étrangers n'ignoraient
pas, grâce à des renseignements privés, que le comte Ito et
le vicomte Mutsu n'étaient pas, au même degré que le parti
militaire, partisans de conquêtes continentales et manœu-
vraient pour donner satisfaction aux gouvernements des
puissances occidentales. Néanmoins, la situation restait fort
tendue. Le lendemain (29 avril) les trois ministres ayant
reçu de nouvelles instructions, renouvelèrent leurs démar-
ches pour qu'une réponse leur fût donnée avant le 8 mai,
date de l'expiration de l'armistice. Le vice-ministre répondit
que le vicomte Mutsu serait de retour dans trois ou quatre
jours et que la réponse serait alors donnée.
Le 2 mai, le ministre du Japon à Paris remettait au mi-
nistère des Affaires Etrangères un mémorandum contenant
la réponse que faisait son Gouvernement à la démarche de
M. Harmand à To-Kio. Le Japon demandait que le traité de
Shimonoseki fut ratifié tel qu'il avait été signé, quitte a
renoncer ensuite par un acte supplémentaire l\ la possession
définitive de la province de Feng-tien, dont il garderait tou-
tefois le département de Kin-tcheou (Port Arthur) ; le Japon
refusait une prolongation des ratifications, ainsi que l'avait
demandé la Chine par notre minisire des Affaires Étrangères ;
le Japon avait même l'intention de demander une compen-
sation pécuniaire pour le territoire qu'il abandonnait, et qui
serait occupé jusqu'à Texécution du traité. Le 4 niai, les
trois gouvernements s'étant concertés, déclarèrent que la ré-
PROCLAMATION IMPÉRIALK ù^l
[)onsedu Japon calait insuffisante, toiile riniportance du Liao-
Toung dépendant de la possession de Port-Arthur. L'Angle-
terre conseilla an Japon de céder aux puissances et Lord
Kiniberley déclara qu'il n'y avait aucun pacte entre le Japon
et son pays. Le 5 mai, M. Soné, ministre du Japon à Paris,
déclarait que le (iouvernement japonais, agissant sur le con-
seil amical des gouvernements français, russe et allemand,
s'engageait h renoncer à la possession définitive de la pro-
vince de Feng-tien. Il él<iit difficile, sinon impossible au
Japon d'agir autrement ; la guerre, quoique heureuse, l'avait
singulièrement ajjpauvri, presque toute son armée était en
Chine, sa flotte était fatiguée, ses arsenaux étaient vides, et
l'Angleterre laissait faire.
La pilule était amcre à faire avaler au peuple japonais ; la
proclamation impériale suivante, du i3 mai 1896, devait
faire part au public dune renonciation qui devait être singu-
lièrement blessante pour Tamour-propre national.
PROCLAMATION IMPÉRIALE, l3 MAI 1896.
Sur la demande de rEnipcreur de Chine, nous avions nommé
des Plénipotentiaires et leur avions ordonné de s'entendre avec
les Envoyés Chinois pour la conclusion du traité de paix entre
les deux Empires.
Mais les Gouvernements de l'Empereur de Russie, de l'Empe-
reur d'x\lleniagne et de la République française, considérant
comme nuisible à la paix perpétuelle de l'Orient, l'occupation
permanente, par l'Empire du Japon, de la presqu'île de Liao-
Toung, ont engagé chacun notre Gouvernement à renoncer à la
possession définitive dudit territoire.
Si, constamment soucieux de la paix, nous en sommes cepen-
dant arrives à ouvrir les hostilités avec la Chine, c'est qu'en
vérité, notre but n'était pas autre que celui d'assurer à perpétuité
celle paix.
Et c'est dans celte intention que les trois Puissances, dans leur
amitié pour nous, ont insisté auprès de nous (pour nous faire
renoncer) .
392 NÉGOCIATIONS — RÉTROCESSION DU LIAO-TOUNG
Nous, Empereur, ayant donc en vue la paix, nous avons
accepté leurs conseils sans hésitation, et d'ailleurs nous ne vou-
lions nullement faire naître d'autres difficultés qui auraient com-
pliqué la situation présente, et auraient retardé le rétablissement
de la paix, en faisant souffrir le peuple et arrêtant l'essor des
progrès du Pays.
D'un autre côté, par la conclusion du Traité de Paix, la Chine
se montre sincère dans son repentir d'avoir rompu les bonnes
relations et a fait ainsi voir au monde la cause et le but de notre
guerre.
A présent, nous ne voyons pas qu'une décision magnanime,
prise en considération de la situation générale des choses puisse
nuire à la gloire et à la dignité de l'Empire.
Nous avons donc admis les conseils loyaux des Puissances
amies et avons ordonné à notre Gouvernement d'en aviser les
(jouvernements des Trois Puissances.
Quant à toutes les mesures à prendre relativement à la rétro-
cession de la Péninsule à la Chine, nous avons ordonné à notre
Gouvernement de les fixer avec le Gouvernement Chinois.
Maintenant que l'échange des ratifications est fini, et que les
bonnes relations des deux Empires sont rétablies, les Puissances
neutres çnt aussi redoublé d'amitié.
Vous, fonctionnaires et peuple (vile multitude), pénétrez-vous
de notre intention ; défendez- vous de l'élroitesse d'esprit en face
de la situation générale des clioses ; gardez-vous de vous laisser
influencer pour ne pas être en désaccord avec la ligne politique
que suit l'Empire.
(L. S.) L'Empereur.
Contre-signe : tous les ministres * ^.
Entre temps l'échange des ratifications avait eu lieu :
ÉCHANGE DES RATIFICATIONS, 8 MAI 1896.
Malgré la promesse de la France et de la Russie d'inter-
venir auprès du Japon pour obtenir la rétrocession du Liao
I. Certifié conforme à Y Officiel japonais du i3 mai 1895. Sig. :
Le i*^"" interprète de la Légation de France. J. Dautrbmer.
u. La traduction anglaise porte 10 mai 1895.
KCIIANGE DKS RATIFICATIONS 2()3
Toung, le tmité de Slunionoseki trouva une vive opposition
chez les vice-roi du Yang-tseu, Tchang Tdii-toung et Lieou
Kouen-i, chez le vico-roi élu des deux Kouang, T'an
Tchoung-lin, e! le gouverneur du Kiang-Si, Té-Sing ; les
censeurs ne demandaient rien moins que la suppression des
partisans de Li Iloung Ichang comme Iraîtres au souverain
et au pays. Heureusement que le parti de la paix l'emporta
et empêcha la Chine de se lancer dans une désasireuse aven-
ture. Weng T'oung ho, qui avait été Tun des fonctionnaires
les plus acharnés à la guerre, s'était rallié à Li et à Siu Yu-
wen, ministre de la guerre, et engageait son impérial élève
à ratifier le Irailé ave<' le Japon. M. Fosler et l^i arrivèrent
à Pé-King, le 25 avril, de retour du Japon. L'empereur se
dé<*ida enfin à donner son approhalion au Irailé et Li envoya
à Tché-fou Wou Ting-fang (\g Choy) et Lien-Fang j)Our
ratifier le traité. Ito Miyoyi, représentant le Japon comme
plénipotentiaire, arriva à Tché-fou, à hord du croiseur
Yayeyama Maru Knn, le mercredi 8 mai dans la matinée.
Juscpfau dernier moment, les Chinois luttèrent; les Japo-
nais menaçaient de se retirer.
Wou Ting-fang et Lien-Fang, sur Tordre de leur gou-
>ernement, tentèrent d'introduire dans le texte même du
traité un article additionnel consacrant la rétrocession du
Liao-Tuung ; ils essayèrent, mais vainement, de remettre au
plénipotentiaire japonais une protestation de la |)opulation
de Formose contre l'annexion de l'île au Japon. Enfin les
Chinois cédèrent et les ratifications furent signées à minuit
(8 mai). Le matin même (9 mai), Ito quittait Tché-fou avec
le traité, par le Yokohama Maru.
Des trouhles étaient certainement à craindre dans la capi-
tale japonaise, et ce nVst pas faire un mince éloge du corps
diplomatique étranger, de To-Kio, et en particulier de notre
ministre, M. Harmand, de dire qu'ils furent évités.
La renonciation au Liao-Toung par le Japon admise en
{
agi NÉGOCIATIONS — RÉTROCESSION DU LTAO-TOUNG
principe devait être suivie de négociations, pour marquer la
durée de l'occupation de la presqu'île par les forces japo-
naises et fixer le chiffre de l'indemnité. Ces questions devaient
être traitées amicalement et réglées par un acte complémen-
taire signé à To-Kio. En même temps que la proclamation
impériale, le texte du traité de Shimonoseki était publié sans
article additionnel relatif à la rétrocession du Liao-Toung ou
à l'augmentation de l'indemnité, non plus qu'au délai de
l'évacuation.
Le 25 mai, les trois puissances auxquelles l'Espagne
s'était jointe, se mettaient d'accord pour entamer les négo-
ciations sur les quatre points suivants : i° indemnité pour la
rétrocession du Liao-Toung ; 2° évacuation du Liao-Toung ;
3** les îles Pescadores ; 4° ces différents points devaient
faire l'objet de notes ; le Japon devra prendre l'engage-
ment de ne pas rétrocéder les Pescadores à une tierce puis-
sance; les représentants des gouvernements étrangers devaient
nouer les pourparlers dans un esprit de bienveillance et de
conciliation réciproques.
Les Anglais ne manquèrent pas d'essayer de brouiller les
cartes, et ils firent courir le bruit d'une intervention à For-
mose des Français, qui protestaient contre la clause de ce
traité qui cédait cette île aux Japonais ; le 28 mai, le Gouver-
nement français annonçait au Japon qu'il n'avait aucune
intention de s'immiscer dans les affaires de Formose, à moins
qu'une autre puissance n'intervienne. Le 3o mai, eut lieu la
première réunion des représentants étrangers, avec le vicomte
Mutsu, qui se trouvait un peu moins malade.
Le 5 juin, le gouvernement espagnol proposait au concert
des puissances de demander au gouvernement japonais de
déclarer que « l'annexion au Japon de Formose et des îles adja-
centes exclut de la part du Japon toute réclamation et préten-
tion sur les îles situées dans l'Océan pacifique au Sud et au
Sud-Est de Formose, à partir du parallèle qui passe par l'axe
KCIIANCK DES RATIFICATIONS 395
du canal de Baslii ». La France et la Russie étaient d'accord
pour appuyer celte demande, mais l'initiative en devait être
prise par le ministre d'Espagne h To-Kio. Le 23 juin, le Japon
répondait au Chargé dWfTaires d'Espagne qu'il ne faisait pas
d'objection à la déclaration demandée à condition toutefois
de réciprocité d'engagement de la part de l'Espagne. Le
7 août, le Ministre d'Espagne signait avec le Gouvernement
japonais une Convention d'après laquelle le parallèle passant
par le milieu du canal navigable de Basbi servirait délimite
entre les possessions espagnoles et japonaises ; le gouverne-
ment espagnol remercia la France de ses bons oflices dans les
négociations.
Le 4 juillet, M. Harmand obtenait que le traité projeté ne
contiendrait rien de relatif à l'ouverture de la rivière de
l'Ouest ÇSi Kiany). Le 19 juillet, le Japon fixe le chiffre de
l'indemnité compensatrice h 5o millions de taëls et déclare
qu'après le versement de cette somme, elle premier paiement
stipulé par le traité de Shimonoseki, il sera prêt à retirer ses
troupes, en deçà des limites de la préfecture de Kin-tchéou,
et qu'après le deuxième versement et l'échange des ratifica-
tions du traité, tout le territoire mandchourien serait évacué ;
le Japon reconnaîtra le canal de Formose comme grande
route internationale et prendra l'engagement de ne céder l'ile
de Formose à aucune puissance.
Le 3 septembre, l'entente était faite entre les trois puis-
sances au sujet de Févacuation ; l'indemnité de 5o millions de
taëls était réduite à 3o millions de taëls ; Kévacuation du Liao-
Toung devait s'effectuer aussitôt aprèsHe paiement intégral de
l'indemnité et n'était pas subordonnée à la conclusion du
traité de counncrce; toute discussion sur les questions rele-
vant du traité de Shimonoseki qu'on n'était pas appelé à
reviser devait être écartée ; si les Japonais désiraient y appor-
ter quelque modilicalion. ils n'avaient qu'à négocier directe-
ment avec les Chinois ; l'accord entre la France et la Russie
296 NÉGOCIATIONS RÉTnOCESSION DU LIAO-TOUNG
était complel. D'ailleurs, le Japon montrait son désir de
s'entendre avec la France à laquelle il demandait (10 sept.)
de prendre sous sa protection les intérêts des Japonais au
Siam ; la France accepta.
Le 1 1 septembre, les ministres de France, de Russie et
d'Allemagne firent auprès du ministre japonais, par intérim,
des Affaires Etrangères, une démarche et lui remirent im
mémorandum dans le sens des instnictions qui leur avaient
été envoyées à la suite de l'entente du 3, et demandèrent la
fixation d'im terme précis pour l'évacuation de la presqu'île
du Liao-Toung, correspondant à l'indemnité de Somillionsdo
taëls. Le ministre leur déclara qu'il était de son devoir de
consulter le Cabinet avant de leur donner une réponse.
Le 2 octobre, le Gouvernement Japonais, assuré des bons
offices de la Russie et de la France pour le paiement de l'in-
demnité, et les premiers termes de la contribution de guerre,
déclara consentir à évacuer le Liao-Toung dans le délai de
deux mois ; toutefois, notre ministre à Pé-King recevait
Tordre d'éviter toute parole qui pourrait faire penser que nous
garantissions directement ou indirectement Texécution du
traité de Shimonoseki (4 octobre). Le Japon était d'ailleurs
disposé à ce moment à se retirer complètement de la Corée.
Dans une réunion qui eut lieu le matin du 7 octobre, le
ministre des Affaires Étrangères remit une réponse au mémo-
randum du 1 1 septembre déclarant que le Gouvernement
japonais avait décidé : 1** de réduire l'indemnité de compen-
sation à 3o millions de taëls ; 2** de ne pas faire de la conclu-
sion du traité de commerce et de navigation avec la Chine
une condition d'évacuation de la presqu'île de Liao-Toung et
d'effectuer ladite évacuation dans un délai de trois mois à
partir du jour du paiement intégral par la Chine de ladite
indemnité de 3o millions de lacis. Le terme de trois mois
pour l'exécution matérielle de Tévacualion de la presqu'île
n'était certes pas exagéré.
CONVENTION KNTHE F.A CHINE ET LE JAPON 297
Quoique celte réponse parntconfornie au désir des Iroisgou-
vernements européens, leurs représentants ne l'acceptèrent
ce|)cndanlqu\ifi référendum. Les ministres étrangers pensaient
qu'après avis d'acceptation par leurs gouvernements, la
remise par eux d'une note identique résumant les déclara-
tions ci-dessus, ainsi que les précédentes relatives à la liberté
de navigation du canal de Formosc et à la non cession des
îles Pescadores et de Formose à une tierce puissance, réj>on-
drait à leurs instructions antérieures, prévoyant un échange
de notes. Le ministre des AlTaires Ktrangères, sondé à ce
propos par les ministres étrangers, exprima Tavis que cette
procédure conviendrait également à son gouvernement.
Le 16 octobre, la Chine acceptait les conditions de rétro-
cession et Li Iloung-tchang était nommé plénipotentiaire
|)Our régler les détails de l'évacuation du Liao-Toung avec le
ministre du Ja|)on à l^é King.
Le 19 octobre, eut lieu rechange des notes qui résumaient
les négociations et qui devaient servir d'acte final à l'inter-
vention des trois puissances, la note japonaise se bornait à
reproduire textuellement, suivant la demande verbale des trois
ministres étrangers, les termes de la déclaration du 7 octobre.
La Convention fut ap[)rouvée le 9 novembre par les deux
Empereurs de Chine et du Japon ; cette double approbation
la rendait, aussitôt, entièrement valable, sans attendre les ra -
tifications ; elle avait été signée la veille, 8 novembre, par Li
Houng-tchang et Hayashi.
CONVENTION ENTIIE LA CHINE ET LE JAPON POUR LA
RÉTROCESSION DU LIAO-TOliNG, PÉ-K1N(;, 8 NOVEMBRE iSgS.
Sa Majesté l'Empereur de Chine et Sa Majesté l'Empereur du
Japon, désirant conclure une Convention pour la rétrocession par
le JajX)n de toute la partie sud de la province de Feng-ticn à la
Souveraineté de la Chine, a dans c<î but nommé comme Leurs
Plénipotentiaires, c'est-à-dire :
i
2()8 NÉGOCIATIONS RÉTROCESSION DIT MAO-TOUNG
Sa Majesté rEmpereiir de Chine, Li lïoiing-tchang, Minisirc
Plénipotentiaire, Premier Tuteur de l'Héritier présomptif. Pre-
mier Grand Secrétaire d'Rtat et (Jointe du Premier Rang.
et Sa Majesté l'Empereur du Japon, le Baron Hayashi Tadasu,
Shoshiu Grand Croix de l'Ordre impérial du Trésor Sacré, Grand
Olïîcier de l'Ordre impérial du Soleil Levant, Minisirc Plénipo-
tentiaire et Envové P]xlraordinaire ;
qui, après s'élre communiqué l'un h l'autre leurs Pleins Pou-
voirs, qui furent trouvés en bonne et propre forme, ont convenu
des Articles suivants :
Article I•^ — Le Japon rétrocède à la Chine à perpétuité
et en pleine Souveraineté la partie sud de la province de Feng-
tien, qui a été cédée au Japon par l'article II du Traité de
Shimonoseki le 23* jour du 3* mois de la ai'' année Kouang-Siu,
correspondant au 17'' jour du 4'' mois de la aS*" année Meidji,
avec toutes les fortifications, arsenaux et propriété publique qui
s'y trouveront au moment où le territoire rétrocédé sera complè-
tement évacué par les forces japonaises en accord avec les condi-
tions de l'article HT de cette Convention, c'est-à-dire la partie
sud de la province de Feng-tieu, de l'embouchure de la rivière
Ya-lou à remlK)uchure de la rivière An-ping, de la à Feng-
Houang-Tch'én, puis à Haï-Tch'êng et ensuite à Ying-K'eou ;
aussi loutes les cités et villes au sud de cette frontière et toutes
les îles dépendant ou appartenant a la province de Feng-Tien
situées dans la partie orientale du golfe de Liao-Toung et dans
la partie nord de la Mer Jaune.
L'article III dudit Traité de Shimonoseki est supprimé en
conséquence, comme le sont aussi les clauses du même Traité se
rapjwrlant à la conclusion d'une Con>ention jX)ur régler les rela-
tions et le commerce de la frontière.
Art. II. — (iomme compensalion pour la rétrocession de la
partie sud de la province de Feng-tien, le Gouvernement Chinois
s'engage h payer au Gouvernement Ja|)onais 3o()ooo(X) Kouping
Taëls le ou avant le 3o'*jour du ()'" mois de la 21*' année Kouang-
Siu, correspondant au i6** jour du ii'* mois de la 28'' année
Meidji (i() novembre i8()5).
Art. III. -- Dans les trois mois du jour où la Chine aura
payé au Japon l'indemnité compensatrice de i^ooooooo Kouping
Taëls stipulés dans l'article II de cette (ionvenlion, le territoire
rétrocédé sera complètement évacué par les forces Japonaises.
Art. i\ . — La Chine s'engage à ne punir en aucune ma-
PHOTOrOÏ.E 3<)()
niere ni à pormellro qu'ils soient punis les siijols chinois qui ont
d*unc manière quelconque été compromis dans l'occupation par
les forces japonaises du territoire rétrocédé.
Art. V. — La présente Convention est signée en duplicata en
langues chinoise, japonaise et anglaise. Tous ces textes ont le
même sens et la même intention, mais en cas de dilTércnces
d'inlerprélation entre les textes chinois et japonais, cesdillerences
seront réglées par comparaison avec le texte anglais.
Art. VI. — La présente Convention sera ratiliée par Sa Ma-
jesté l'Emperem- de Chine et Sa Majesté TEmpcreur du Japon et
les ratifications en seront échangées à Pé-King dans les vingt et un
jours à partir de la date présente.
Kn foi de quoi les plénipotentiaires res|K»ctirs ont signé la pré-
sente et v ont ap[)osé les sceaux de leurs armes.
Fait à IV'-King ce :i2^' jour de la [f lune de la ai*" année
Kouang-Siu, correspoiidant au 8'* jour du r i" mois de la aS*" année
Mei-dji (8 novembre i8()5).
Li Iloung-tchang (L. S.).
Ministre plénipotentiaire. Premier Tuteur de ITIériticr pré-
somptif. Premier (îrand Secrétaire d'Ktat et (iOmte du Premier
Rang.
Baron IIwasiii Tadasu (L. S.).
Shoshiu (jrand Croix de l'Ordre Im[)érial du Trésor Sacré,
Grand Ollicier de l'Ordre Impérial du Soleil Levant, Ministre
plénipotentiaire et p]nvoyé Extraordinaire.
PROTOCOLE
En vue de l'iiisullisance de temps pour elTectuer un échange
formel des ratifications de la Convention signée ce jour entre la
Chine et le Japon, relative a la rétrocession de la l¥ninsule de
FéngTien, a\anl la date désignée dans ladite Convention pour
certaines stipulations devant alors être effectives, le (iouverne-
ment de Sa Majesté l'F^mpereur <le Chine et le (iouvernementdc
Sa Majesté l'Empereur du Japon, en vue de prévenir la possibi-
lité d'un délai [>onr mettre à exécution les diverses clauses de
ladite convention, ont, par l'intermédiaire de leurs Pléni[)oten-
tiaires respectifs, consenti de la stipulation suivante :
Les (iouvernenienls (le la Chine et du Jajx)n, dans une ])ériode
de cinq jours a|)rès la date de ce J^rotocole, s'annonceront réci-
proquement, [)ar les soussignés, que ladite Convention a reçu
l'approbation de Sa Majesté l'Empereur de Chine et de Sa
3oO NÉGOCIATIONS RÉTROCESSION DU LIAO-TOUNG
Majesté l'Empereur du Japon respectivement, et immédiatement
ladite Convention, dans toutes ses parties, devra être mise en
vigueur aussi pleinement et d'une manière aussi effective que si
les ratiûcations en avaient été actuellement échangées.
En foi de quoi les Plénipotentiaires respectifs ont signé le pré-
sent et y ont apposé les sceaux de leurs armes.
Fait à Pé-Ring ce 22*= jour de la 9® lune de la ai*' année
de Kouang-Siu, correspondant au 8** jour du 11" mois de la
aS" année Mei-dji (8 novembre 1896).
Le texte anglais* delà Convention sino-japonaise relative
à la rétrocession du Liao-Toung fut publié dans le Peking
and Tientsin Times, du 23 novenibre 1896, d'après une copie
qui avait été communiquée à ce journal par un de ses rédac-
teurs, raraéricain Petbick, secrétaire de Li Houng-tcbang,
au grand étonnement du baron Hayashi et de ses collègues ;
il n'est pas ordinaire en effet qu'un instniment diplomatique
dont les ratifications n'ont pas encore été échangées soit
publié d'une façon aussi prématurée.
Le Tsoung-li Yamen notifia, le 17 novembre, au comte
Cassini et à M. Gérard la signature de la Convention de
rétrocession. L'indemnité compensai rice de trente millions
de taëls fut payée à Londres le 16 novembre. Quant à
l'évacuation du Liao-Toung elle était déjà commencée.
Conformément à l'article VI de la Convention, les ratifi-
cations eurent lieu à Pé-King, le vendredi 29 novembre,
soit vingt et un jours après la signature de Tinslrument.
L'échange des ratifications se fit entre Li lloung-tchang et le
Baron Hayashi.
I. Il a été reproduit depuis dans le Norlh-China Herald^ nov. 29,
1895, p. 912.
CHAPITRE XV
LES EMPRUNTS CHINOIS. — L'EMPRUNT RUSSE (1895).
LA BANQUE RUSSO-CHINOISE.
La France, la Russie et rAllemagne avaient rendu un
signalé service à la Chine en obtenant pour elle du Japon la
rétrocession du Liao-Toung ; ce service eut été inutile, si, au
lendemain de la signature dii traité, la Chine s'était trouvée
dans rinipossibililé de tenir ses engagements et de pajer
rindenmité imposée par son vainqueur. Là encore la Russie
vint à l'aide de la Chine vaincue et lui proposa de lui avan-
cer Targenl qui lui étiiit nécessaire pour se libérer vis-à-vis
de ses adversaires. Mais avant de parler de Temprunt con-
senti par la Russie à la Chine en iSgS, je crois utile de
relever le tableau des diiïérents emprunts contractés par
l'Empire du Mi heu depuis 1874 et qui, je dois le dire à
Thonneur de Temprunteur, ont eu leurs intérêts payés régu-
lièrement et ont été amortis aux époques fixées.
EMPRUNTS CHINOIS
i'^ Le premier emprunt fut contracté par la Chine en dé-
cembre 187/», au capital nominal de 2 millions de taëls à
8 pour 100 d'intérêt annuel, garanti par les Douanes mari-
times, remboursable en dix ans ; le dernier remboursement
a été elFectué en i885.
2" NouNcI emprunt, même année, 2 luillions taëls argent,
i
302 EMPRUNTS CIIINOrS ET RUSSE BANQUE RUSSO-CHINOISE
9 pour loo, remboursable en dix ans ; coniplèlenient rem-
boursé en i885.
3° Troisième emprunt, en 1870, i million de laëls ou
i' 3i3857 1/2 en or, 8 pour 100, a Londres éteinl en i885.
4" En 1877, £ 160427G en or, 8 pour 100, émis à 98
pour 100, remboursable en sept ans ; éteint en i884.
5*^ En 1878, i* 9/41 012, 8 pour 100, remboursable en dix
ans, garanti par les Douanes maritimes, éteint en 1887.
6** En 1881, i* i25535o, émis par la Hong Kong et
Shangliaï Banking Corporation, 8 pour 100, remlx)ursable
en dix ans ; éteint en 1891 .
7°, 8", 9'' Trois emprunts en 188;"), i* r)o5ooo, à 7 pour 100,
£ 780000, a 6 [K)ur 100 et £ i 5ooooo, à 6 |)our 100, amortis.
10" Juillet 188G, 767200 taëls argent, 7 pour 100,
émis par la IIong-Kong et Sbangbaï lianking Corporation,
remboursable par tirages annuels, le dernier devant avoir
lieu le 3i mars 1917 ; garanti parles Douanes maritimes.
Il" En 1887, Mark 5oooooo, 5 1/2 pour 100, émis par
Robert Warschauer, Berliner Handels Gesellscbafl, rem-
Ix)ursable par dix fractions égales de 1898 à 1902 ; ga-
ranti par le revenu des Douanes maritimes delà province de
Tcbé-li.
12** En 189/1, 10900000 taëls argent, 7 pour 100, émis
par la Hong-Kong et Shangliaï Bank, remboursable par
10 tirages aimuels d'égale valeur dont le premier aura lieu le
r*' no vendue 190^ et le dernier le i" novembre 1913 ; garanti
par les douanes maritimes ; emprunt fait [)our 20 ans.
i3" Février 1895, t* 3 000 000, 6 pour 100, émis par la
Hong-Kong et Shanghaï Bank, remboursable par i5 ti-
rages aimuels d'égale valeur coumiençanl le 3i décem-
bre 1900; garanti par les Douanes maritimes; cet em-
prunt est [H)uv 20 ans, mais le Gouvernement chinois s'est
réservé le droit de le rembourser au pair, a n'importe quelle
époque, au cours de ces 20 aimées, en donnant un préavis
EMPRUNTS CHINOIS 3o3
de 6 mois ; les intérêts cessent d'êlre ])ayés sur les obliga-
tions sorties.
i4® Avril 1895, £ 1 000000, 6 pour 100, émis par la
Charlered Bank, remboursable au pair par 1 5 tirages annuels
d'un montant à peu près égal ; garanti par les Douanes ma-
ritimes ; les intérêts cessent d'être payés sur les obligations
sorties au tirage.
10" Juin i8()5, £ 1 000000, 6 pour 100, émis par la Natio-
nal Bank fur Dcutscbland, remboursable par i5 tirages
annuels de 1901 à iQio ; garanti par les Douanes mari-
times ; cet emprunt est fait pour 20 ans ; le contrai porte
que le Gouvernement chinois ne s'est pas réservé le droit
d'un remboursement anticipé.
iG** Juillet 1895, francs /ioooooooo, tx pour 100, émis
par des établissements français et russes ; remboursable en
36 années à partir de 1896 par tirages au sort annuels;
garanti par les Douanes maritimes et le (irouvernement
russe ; il est affecté, chaque année, à l'amortissement
1288688 pour 100 du montant nominal de l'emprunt, plus
4 pour 100 du montant nominal des titres déjà amortis : les
annuités sont les mêmes et seul le chiflre des centaines varie.
17*" 23 mars 1896, £ 16000000, 5 pour 100, émis par la
Hong-Kong et Slianghaï Bank et la Deutsche Âsiatische
Bank ; remboursable au pair en 36 années il partir de 1897 par
tirages au sort annuels ; garanti par les Douanes maritimes.
18*" Mars 1898, f 16000000, [\ 1/2 pour 100, émis par les
mêmes banques ; remboursable en !\o années, à partir de 1 898 ;
garanti par les Douanes maritimes après amortissement des
emprunts précédents ; encaissement du Likin sur le sel dans
certaines provinces ; et, dans d'autres sur les marchandises ;
pendant le délai de ces /i5 années, le gouvernement chinois
n'aura pas le droit d'augmenter l'amortissement, — d'amor-
tir la dette avant le terme indiqué et de modifier l'ordre sti-
pulé dans le contrat.
3o4 EMPRUNTS CHINOIS ET RUSSE — BANQUE RUSSO-CHINOISE
19** Février 1899, £ 2800000, 5 pour loo, 6niis par la
Hong-Kong et Shanghaï Bank ; remboursable en 4o années à
partu* de 1905, par tirages annuels d'égale valeur; garanti,
sans conditions par le Gouvernement chinois ; cet emprunt a,
en outre, une première garantie sur tout ce qui constitue la
propriété du chemin de fer, y compris l'encaisse provenant
du prix des transports et les bénéfices de la Hgne Pé-King-
Chan-Haï Kouan, — première garantie également sur les bé-
néfices de la hgne Chan-Haï Kouan-Sin-Minting, et d'un
point de cette ligne proche de Chih San Chau au port de
Niéou-tchouang et d'un embranchement de la ligne de Nu-
erh-ho aux houillères de Nanpiao.
20° Avril 1899, francs 112.^)00000 (i""® émission
665ooooo), 5 jiour 100, émis par des établissements fran-
çais et belges ; remboursable en 20 années à partir de 1909
par 20 tirages annuels ; garanti par les revenus généraux du
Gouvernement impérial chinois et une garantie s|)éciale en
premier rang sur la ligne du chemin de fer Lou-Kou-K'iao
et Han-keou. Le Gouvernement chinois s'interdit de procé-
der avant le i'"'' septembre 1907 à une augmentation de
ramorlissemcnt, à un remboursement de la totalité de Tem
prunl ou à sa conversion. Cet emprunt, dont une première
émission de 1 33 000 obligations de ^oo francs a été faite le
19 avril 1899, est destiné exclusivement à rétablissement
d'une ligne de chemin de fer entre Lou Kou Kiao (près Pé-
King) et la ville de Ilan-keou (Province de Hou-Pé).
Pendant les années 1900, 1901, et 1902, le service de ces
emprunts (sommes à payer pour intérêts et amortissement)
s'élevait à 88/i98o3o francs ; 91497000 francs ; 909629^0
francs.
EMPRUNT RUSSE (1895)
Dans son besoin d'argent lu'genl après la guerre sino-japo-
EMPRUNT CHINOIS [\ POUR TOO OR 3o5
naise, la Chine trouvait un appui dans la Russie comme elle
Pavait rencontr<^ pour la rétrocession du sud de la Mandchou rie.
La Chine n'ignorait pas d'ailleurs que la Russie s'entendait
et se concertait avec le Gouvernement de la République fran-
çaise. Les négociations pour un emprunt furent poursuivies
à Saint-Pétersbourg, sous les auspices du Prince Lobanov
par le Ministre impérial des Finances et le Ministre de Chine
Siu King-tch'eng. Vers la fin de juin, les négociations étaient
fort avancées, et les dernières instructions étaient envoyées
au ministre de Chine à Saint-Pétersbourg.
EMPRUNT CUINOIS 4 POUR lOO OR, 1896.
Au mois de mai 1896, M. Rothstein, directeur delà Banque
Internationale de Saint-Pétersbourg, vint à Paris, chargé par
M . VVitte, ministre des Finances, de demandera MM. de Roths-
child s'ils seraient disposés à prendre ferme et à émettre un
emprunt chinois gagé par les Douanes Chinoises et garanti
par la Russie.
MM. de Rothschild ayant refusé de s'occuper de cette
affaire, M. Rothstein vint s'adresser à MM. Holtinguer et
C'° qui s'adjoignirent la Banque de Paris et le Crédit lyon-
nais pour entamer des négociations.
La proposition causa tout d'abord une crainte de compli-
cations européennes : en effet un acte politique aussi impor-
tant qu'une garantie russe mettant pour ainsi dire la Chine
sous la dépendance de la Russie devait, pensait-on, provo-
quer rhostililé des puissances et plus particulièrement celle
de TAngleterre. Malgré ces appréhensions, MM. Hottinguer
et les autres établissements se décidèrent à faire l'opération
proposée.
Après entente sur le prix d'émission avec le ministère des
Finances de Russie et Siu King-tch'eng \ ministre de Chine
I. Autorisé par Edit imj)érial en date du i*^'' juillet iSyS.
CoKDiLU III. — ao
3o6 EMPRUNTS CHINOIS ET IlLSSK BANQUE RUSSO-CHINOISE
à Saint-Pétersbourg, MM. Jos. Hottinguer, Noetzlin et René
Brice partirent pour Saint-Pétersbourg afin de signer le con-
trat.
A leur arrivée en Russie, ces messieurs trouvèrent la con-
clusion de l'affaire ajournée par des intrigues anglaises et
allemandes auprès du gouvernement chinois. Enfin au bout
de trois semaines, les difficultés furent aplanies, les ban-
quiers furent reçus en audience à Peterhof par T Empereur
et le contrat fut signé.
L'émission eut lieu à Paris, Saint-Pétersbourg, Genève,
Bruxelles, Amsterdam, le 19 juillet i8(j5.
Les opérations du Syndicat furent dirigées par un comité
de gestion composé de MM. Hottinguer et Cie, le Cré-
dit lyonnais et la Banque de Paris ; la Banque Interna-
tionale de Saint-Pétersbourg fut chargée de représenter
le Syndicat auprès du ministre et de Tambassadeur de
Chine.
Le Syndicat acheta au Gouvernement chinois les 4oo mil-
lions au prix de cj/i 1/8 et l'émission fut faite au prix de
99.20 pour 100 ou fr. ^96 pour une obligation non libérée
de 5oo francs, et de 98.80 pour 100 ou fr. 4 94 pour l'obli-
gation entièrement libérée à la réi>artition. L'emprunt était
remboursable au pair en 3G ans, h partir de 1896, par tirages
au sort annuels ; ramorlissement ne pouvait être augmenté
et l'emprunt ne pouvait être converti ni remboursé pendant
une période de i5 ans, soit avant le i'^'^ janvier 1910.
Le nombre d'obligations mises en souscription était de
800000; il en fut souscrit Ï193G000 par 33o7'j6 sous-
cripteurs ! L'attribution, déduction faite des unités réservées
à chacun des Etablissements émetteurs fut de 4.28 pour 100.
La plus grande partie des fonds provenant de Tcmprunt fut
envoyée aux Banques anglo-chinoises pour compte du Gou-
vernement chinois.
CONTRAT 2l\ JUIN-6 JUILLET 1896 3o7
CONTRAT 2/1 JUIN-6 JUILLET iSgB.
Entre les soussignés :
S. E. Monsieur le Ministre des Finances de Russie, et un Syn-
dicat se composant de :
Messieurs Hottinguer & C°, Paris.
La Banque de Paris et des Pays-Bas, Paris.
Le Crédit Lyonnais, Paris.
La Société Générale pour favoriser le développement du Com-
merce et de lIndustrie en France, Paris.
Le Comptoir National d'Escompte de Paris, Paris.
La Société Générale de Crédit Industriel et Commercial, Paris.
La Banque Internationale de Commerce à Saint-Pétersbourg,
Saint-Pétersbourg.
La Banque d'Escompte de Saint-Pétersbourg, Saint-Pétersbourg.
La Banque Russe pour le Commerce Étranger, Saint-Pétersbourg.
La Banque de Commerce de Volga- Kama, Saint-Pétersbourg.
Il a été arrêté ce qui suit :
Art. i**". — Le Syndicat prend ferme du Gouvernement
Chinois un Emprunt l\ Yo or d'un montant nominal de
R. or 100 000 000 :— Frcs. 4oooooooo =z Mk. SqS 200000
== £ 10820000 = FI. (Pays-Bas) 191 200000, aux conditions
et sur la base d'un contrat qui sera conclu entre le Syndicat et
le Minisire de Chine à Saint-Pétersbourg, à la même date et en
même temps que la présente convention.
Art. 2. — Les conditions de cet Emprunt sont stipulées dans*
le contrat précité, qui est annexé aux présentes et fait partie de
cette convention. Comme il est prévu dans le contrat avec la
Chine, en dehors des garanties spéciales accordées directement
par cette dernière Puissance, le Gouvernement Impérial de Russie
prend l'engagement, dans le cas où par quelque motif que ce
soit, le service de rEinprunt viendrait à se trouver en souffrance
ou en retard, de parfaire, de son côté, et de placer à la disposi-
tion des contractants de l'Emprunt, à bonne date, au fur et à
mesure des échéances, toutes les sommes nécessaires pour le
payement des coupons et titres amortis du présent Emprunt.
Art. 3. — L'engagement stipulé à l'article précédent deviendra
effectif de la manière suivante : Lorsque la Chine n'aura pas
fourni, en exécution du contrat, vingt jours avant l'échéance.
3o8 EMPRUNTS CHINOIS ET RISSE — BANQUE RUSSO-CIIINOISF
conformémcnl à l'article lo du contrai, les fonds nécessaires pour
parfaire le payement des coupons el le montant des titres appelés
au remboursement, la Russie fera tenir aux guichets soussignés,
sur un simple avis de leur part, et pas plus tard que dix jours
avant l'échéance des coupons, tous les montants nécessaires pour
y faire face.
Les contractants pourront demander ces montants par l'entre-
mise de leurs représentants à Saint-Pétersbourg ou par celle d'un
représentant choisi parmi les guichets français.
Art. l\. — Son Excellence Monsieur le Ministre des Finances
déclare que le Ministre de la Chine est dûment autorisé par
l'Empereur de Chine pour signer le contrat de l'Emprunt avec le
Syndicat et que cet emprunt a reçu par cette signature force
l<%ale.
Abt. 5. — Le Contrat avec la Chine, ainsi que la présente
(Convention, seront exempts de droit de timbre russe. La conven-
tion sera établie en deux exemplaires, dont l'un sera déposé au
Ministère des Finances de Russie el l'autre chez MM. llottinguer
& O à Paris. Chaque contractant recevra une copie de la pré-
sente Convention, dûment légalisée par le Ministère des Finances.
La présente convention ne sera valable qu'après avoir reçu
l'approbation de Sa Majesté l'Empereur.
Fait à Saint-Péterbourg, le ^ • • iTT n^'l huit cent quatre-
•I
vingt-quinze.
DISGRACE DE SIU TONG-\I (aOUT iSqS)
Siu Yong-yi qui avait collaboré à la rédaction des con-
ventions et qui les avait signées, était originaire du Tché-
Kiang ; il était second vice-président du ministère des Tra-
vaux depuis peu de temps (juin i88^i)* lorsqu'il fut appelé
au Tsoung-li Yamen le ^4 juin, avec quatre autres fonction-
naires. C'était un homme intelligent et travailleur, Tun des
rares ministres qui pouvait comprendre une carte géogra-
I. Originaire du district de Hai-yan, dans le Tohé-Kiang ; sa famille
résidait dans ce district depuis plusieurs générations ; son père avait été
•ous-préfct à Swalow ; sous-directeur des haras impériaux, 1878.
DÉPART DE SIR N. R. o'cONOR SoQ
phique. Malheureusement pour lui il eut quelques difficultés
avec le Comte Gassini, d'autre part il mettait des entraves à
l'exécution des conventions du 20 juin* et en particulier à
l'évacuation des Muong IIou, aussi M. Gérard fut-il obligé
de se plaindre au prince Koung. L'exposé des griefs de notre
ministre coïncidait avec une scène de pugilat, au sortir du
palais impérial, entre Siu et Wêng T'oung-ho, ancien pré-
cepteur de l'empereur et membre du Grand Gonseil (depuis
nov. 189/I), et Président du ministère des Finances, aussi un
décret impérial du 6 août chassait-il Siu du Grand Conseil
etduTsoung-li Yamen et nommait-il son adversaire àsa place.
En même temps que VVéng T'oung-ho', Li Houng-tsao',
président du ministère des Rites, entrait au Tsoung-li
Yamen. Siu ne fut réintégré dans son poste qu'en septem-
bre 1898.
DÉPART DE SIR N. R. o'cONOll
Aussitôt que Sir Nicholas O'Conor* apprit la conclusion
de Teniprunt russe, il arriva furieux des Collines où il était
en villégiature, au Tsoung-li Yamen; une incartade au
Tsoung-li Yamen lors de la signature par M. Gérard des
Conventions de délimitation (20 juin 1895) et le ridicule
dont il s'était alors couvert, n'avaient pas assagi le ministre
d'Angleterre. Sir Nichulas s'emporta en termes violents contre
les membres du Yamen et s'oublia môme jusqu'à prononcer
I. Voir p. iG3.
a. Du Kiang-Soii ; vice- président du ministère des finances, 1876;
président du ministère des travaux et des chàlimcnts, 1879; président
de la Cour des censeurs, 1878 ; chancelier de l'Académie, février 1881 ;
président du ministère des travaux, dos finances, janvier 1886; pub
membre du grand Conseil. — Voir II, p. 42/1.
3. Voir 11, p. '|33.
4. M. O'Conor avait été fait K. C B., le a5 mai 1896; il fut nommé
G. G. M. G., février 37, 1896, et G. C. B., aa juin 1897.
3lO EMPRUNTS CHINOIS ET RUSSE BANQUE RUSSO-CHINOISE
quelques paroles qui furent considérées comme irrespec-
tueuses pour la personne de l'Empereur ; le solennel Wêng
T'oung-ho, ancien précepteur deKouang-Siu, se leva immé-
diatement et se retira de la salle d'audience. Fait unique, je
dirai même inoui, dans les annales de Thisloire diplomatique
de Chine, le Tsoung-li Yamen télégraphia sur le champ h
Londres pour demander le rappel du ministre d'Anglelerre.
L'Angleterre, l'eût-elle vouhi, ne pouvait conserver plus
longtemps à Pé-King son ministre qui avait « perdu la face »,
mais loin d'être disgracié, le diplomate maladroit voyait sa
retraite forcée, masquée par un avancement dans sa car-
rière, et, sa nomination au poste d'ambassadeur à Saint-
Pétersbourg (2/i octobre 1896) ! * Il serait cruel d'insister
davantage sur cet incident. Sir Nicholas O'Conor fut reçu en
audience par l'Empereur le i*** novembre et il quitta Pé-King
le /i. M. W. \. Beauclerk, gendre de sir Robert Hart-,
prenait le service de la légation d'Angleterre dont il était
secrétaire.
BANQUE RUSSO-CIIINOISE
Il est indispensable de parler de cet ét^iblissement financier
dont la situation particulière lui fait jouer forcément un rôle
politique.
La Banque russo-chinoise, fondée à la fin de 1896, a été
une conséquence naturelle de l'action suivie par le Gouver-
nement russe lors de la conclusion de l'emprunt Chinois émis
au mois de juillet de la même année. Le Cabinet de Saint-
Pétersbourg a pensé en effet que Fappui énergique prêté par
I. Sir N. R. O'Conor remplaçait à Saint-Pélersbourg sir Frank Ca-
vendish Lascelles, qui lui-même succédait à Berlin à sir E. Baldi^-in
Malet.
a. il avait épousé la fille aînée de sir Robert, à Péking, le 5 septembre
189a.
BANQUE RUSSO-CHINOISE 3ll
lui au Cabinet de Pé-King et grâce auquel celui-ci avait pu
se procurer à des conditions avantageuses les fonds dont il
avait besoin pour payer une partie de l'indemnité de guerre
consentie au Japon, était de nature à lui concilier les bonnes
dispositions non seulement des autorités, mais aussi de la na-
tion chinoise. C'est en se plaçant à ce point de vue et dans
le but de profiter de cette situation que le gouvernement du
Tsar a engagé les financiers russes à fonder une Banque des-
tinée à favoriser et h développer les relations financières,
commerciales et industrielles qui existaient déjà avec la
Chine. Il a tenu à associer à cette affaire de grands établis-
sements français qui avaient pris part à l'emprunt et ceux-ci,
persuadés que, en répondant à cet appel, ils agiraient dans un
but essentiellement patriotique et au mieux des intérêts fran-
çais en Extrême-Orient, n'ont pas hésité à lui prêter leur
concours. C'est ainsi que parmi les fondateurs de la banque
russo-chinoise figurent : la Banque de Paris et des Pays-Bas,
le Comptoir National d'escompte de Paris, leCrédit Lyonnais,
MM. Hotlinguer et C**, et parmi les premiers souscripteurs :
la Société Générale, le Crédit industriel et commercial,
MM. Mallct frères et C"': MM. Vernes et C'% MM. Goguel
et C"*, MM. de Neuflize et C*'. Les principales maisons de
commerce de Lyon et de Marseille ont également participé
à la fondation de la Banque russo-chinoise.
La Banque a été dotée de notables privilèges et ses statuts
dans leur ensemble ont été établis dans le sens le plus large
et le plus libéral. Ils ont, en outre, par ukase daté du lo dé-
cembre 1890 reçu la haute sanction de Sa Majesté l'Empe-
reur Nicolas II qui, on le sait, porte un intérêt particulier à
tout ce qui concerne les Affaires d'Extrême-Orient.
Le Conseil d'administration est présidé par le Prince
Oukhtomsky, MM. Rolhstein et Noetzlin sont administra-
teurs délégués, le premier à Saint-Pétersbourg, le second à
Paris. Les autres membres sont MM. P. Bark, A. Chabrières,
3l3 EMPRUNTS CHINOIS ET RUSSE BANQUE RUSSO-CHINOISE
J. Chipoff, L. Davydoff, J. Hottingucr, Baron T. Knoop,
D. Pokoliloff et M. Verstracte.
Le capital de la Banque russo-chinoise, primitivement fixé
à 6000000 de roubles or, soit 2^000000 de francs a été
porté en 1897, P^^ décision de l'Assemblée générale des action-
naires, avec l'autorisation du ministre des Finances, à
II 260000 roubles. En outre, la Banque a une commandite
du Gouvernement chinois de 5 millions kouping taëls, soit
environ 18 millions de francs. Les réserves atteignaient à la
date du 3i décembre 1901 la somme de Rs. 1800000 en-
viron.
La Banque russo-chinoise a son siège social à Saint-Pé-
tersbourg ; elle a ouvert sa première succursale à Chang-Haï
en février 1896, puis elle a pris peu h peu une extension
considérable et ne compte pas moins aujourd'hui de 3 1 suc-
cursales* et de neuf* agences actuellement ouvertes et situées
pour la plupart en Chine, en Sibérie et au Japon.
En janvier 1897, ^"^ ^ ^^^^ ""^ succursale à Paris auprès
de laquelle les négociants et industriels français trouvent tous
les renseignements, toutes les facilités et tout l'appui dont
ils peuvent avoir besoin pour entreprendre et développer des
relations en Russie et en Extrême-Orient.
Les dividendes distribués par la Banque russo-chinoise
ont été de : Rs. 7,60 pour 1897 î ^^ V^^^ ^^9^ î^^ P^"'*
1899 ; i5 pour 1900.
I. Moscou, Paris, Samarcande, Khokand.Kachgar, Irkoutsk. Bodaïbo,
Verchnéoudinsk, Kiachta, Strelcnsk, Tchita, Blagovielschensk, iNico-
laievsk, Khabarovsk, Vladivostock, Kharbin, Kirio, Moukdcn, Télinc,
Kliaïlar, Tsitsihar, Rouan Ichcndze, Niéou-tchouang, Port-Arthur,
Ticn-Tsin, Pé-King, Chang-Haï, Han-Kéou, Yokohama, Kobé, Naga-
saki ; à Chang-Haï, la Banque russo-chinoise a pris la place du Comptoir
national d'Escompte.
3. Andidjan, Boukhara, Krasnoïarsk, Ourga, Kalgan, Ouliasoul'aif,
Zeïskaïa-Pristaw, Dalny, Tché-Fou.
CHAPITRE XVI
TRAITÉ DE COMMERCE ENTRE LA CHINE ET LE JAPON.
Parrarticle VI du traité de Shimonoseki, la Chine s'enga-
geait à nommer aussitôt après rechange des ratifications, des
plénipotentiaires, munis de pleins pouvoirs pour conclure
avec les Plénipotentiaires japonais les traités de commerce,
de ntivigation et les conventions relatives à la communica-
tion et au commerce par terre ; les dispositions des traités
actuellement en vigueur entre la Chine et les pays d'Europe
devaient servir de base à la conclusion des traités et conven-
tions entre la Chine et le Jaj)on.
M. Ilayashi Tadasu, à qui nous avons \ii prendre une part
active aux négociations entre la Chine et le Japon, en qualité
de vice-président du Ministère des Affaires étrangères, fut
nommé ministre du Japon à Pé-King, et chargé de préparer
un traité de commerce. M. Ilayashi, comme son prédéces-
seur à Pé-Ring, M. Shioda, comme le Vicomte Enomoto et
Otori, appartenait au clan de Tokugawa ; il fut remplacé à
Tokio par Hara Kei, chef du bureau des Affaires Commer-
ciales au Ministère des Affaires Etrangères.
Le 27 mai, le Tsoung-li \amen priait le ministre des Etats-
Unis de vouloir bien expédier à Tokio un télégramme aux
termes ducpael le Gouvernement japonais était invité à ajour-
ner le départ de M. Ilayashi qui venait d'être désigné pour
3l4 TRAITÉ DE COMMERCE ENTRE lA CHINE ET LE JAPON
représenter le Mikado auprès de la Cour de Pé-King. La rai-
son alléguée par la Chine était qu'il serait préférable d'atten-
dre pour la reprise effective des relations diplomatiques, la
remise au Japon de l'île de Formose et la fin des négocia-
tions engagées pour la rétrocession du Liao-Toung. Malgré
cette invitation, Hayashi et sa suite arrivèrent à Pé-King le
samedi soir 22 juin. Leministre japonais fit visite au Tsoung-
li Yainen le 25 et fut reçu par le prince Koung et d'autres
ministres. La visite lui fut rendue le 27, et Taudience impé-
riale fixée au dimanche 7 juillet dans la salle Wen-houa-
tien.
Le i5 septembre, les négociations pour le traité de com-
merce commencèrent à Pé-King ; elles ne prirent que le
19 novembre un tour sérieux ; toutefois l'hiver se passa sans
résultat et les discussions ne furent reprises au Tsoung-li
Yamen que le 11 mars 1896 par Hayashi et ïchang Yin-
houan * qui remplaçait Li lloung-tchang, alors en Europe.
Tchang était assisté de Wou Ting-fang et de Pethick, secré-
taires de Li. La plus grosse difficulté était la prétention des
Japonais d'obtenir, sans réciprocité, la clause de la nation
la plus favorisée et l'exterritorialité des Japonais en Chine.
C'était une manière pour les Japonais de prouver leur supé-
riorité sur les Chinois et une satisfaction donnée k un amour-
propre sans bornes, qui est une caractéristique nationale.
Je crois inutile dVnlrer dans le détail des négociations d'un
traité que, suivant l'expression de Tchang Yin-houan,
les Japonais \oulaient glorieux.
Le traité fut signé le 21 juillet par Hayashi et Tchang Yin-
houan.
I. Originaire du KouangToung ; tao-taï à Wou-liou, octobre 1881 ;
minisire du Tsoung-Ii Yamen, juin 188^ ; révoqué, septembre i884 ;
ministre aux États-Unis, en Espagne etau Pérou, octobre i885; ministre
du Tsoungli Yamen, mars 1890; vice -président du ministère des finan-
ces, juin 1893.
TRAITI5 DE COMMERCE ET DE NAVIGATION 3l5
TR-\ITÉ DE COMMERCE ET DE NAMGATIO> ENTRE LA CHINE ET
LE JAPON, 21 JUILLET I896^
S. M. L'Empereir du Japon et S. M. l'Kmpereur de Chine,
ayant, en exérntion de l'arliclc () du traité signé à Sliinionosekî.
décidé de conclure un traité de commerce et de navigation, ont
désigné à cet ellet, pour leurs pléni[)otentiaires, savoir :
S. M. i/Empereur du Japon :
Le baron 1Iay\siii Tadvsu Shoshii, grand-croix, etc.. Ministre
plénipotentiaire cl Envoyé extraordinaire;
Et S. M. l'FjMPkukur de Chine :
TciiANG YiN-iiouAN, Ministre plénipotentiaire, etc.
Lescjuels, après s'èlre communiqué leurs pleins pouvoirs,
trouvés en bonne et due forme, ont arrêté les stipulations ci-
après :
Art. I*'^ 11 y aura paix et amitié perpétuelles entre S. M.
l'Empereurdu JaponelS. M. l'Empereur de Chine, ainsi cpi'entre
leurs sujets respectifs, cpii jouiront réciproquement dans les deux
pays d'une protection pleine et entière pour leurs personnes et
leurs biens.
Art. 3. Les Hautes Parties contractantes conviennent que
S. M. l'Empereur du Japon pourra, si elle le juge convenable,
accréditer un agent diplomaticjue à la Cour de Péking, et que
S. M. l'Empereur de Chine pourra également, si elle le juge h
propos, accréditer un agent di|)lomatique à la Cour de Tokio.
C^es agents jouiront des prérogatives, privilèges et exemptions
concédés par les lois internationales aux agents diplomatiques,
ainsi que du traitement accordé aux agents similaires de la na-
tion la plus favorisée.
Leurs personnes, familles, suites, établissements et résidences
sont déclarés imiolables. Ils auront pleine faculté de choisir leurs
employés, courriers, interprètes, domesticpies. etc., sans empê-
chement d'aucune sorte.
Art. 3. S. M. l'Empereur du Japon pourra nommer des
consuls généraux, consuls, vic(»-consuls et agents consulaires,
pour résider dans les ports et villes de Chine ouverts acluelle-
I. Annales du commerce extérieur. — Pays étrangers. Législation
commerciale, n^ i3i.
3l6 TRAITÉ DE COMMERCE ENTRE lA CHINE ET LE JAPON
ment ou à Tavenir au commerce étranger, au mieux des intérêts
du Japon.
Ces agents seront traités avec respect par les autorités chinoises
et jouiront des attributions, juridictions, privilèges et avantages
accordés actuellement ou à l'avenir aux agents similaires de la
nation la plus favorisée.
S. M. TEmpereur de Chine aura de même la faculté de nommer
des consuls, etc.. pour résider dans les ports et villes du Japon
où des agents similaires des autres nations sont admis à résider
actuellement ou à l'avenir ; ces agents jouiront des privilèges
accordés par les usages aux agents similaires, sauf dans les ma-
tières de juridiction et de propriété au Japon, relatives à des
sujets chinois, réservées aux tribunaux japonais.
Art. 4. Les Japonais ont la faculté, avec leurs familles, em-
ployés et serviteurs, de séjourner, de résider ou de faire le com-
merce, ou d'exercer une industrie ou toute autre profession légi-
time dans les ports et villes de Chine, ouverts actuellement ou a
l'avenir aux étrangers et au commerce étranger. Ils ont la liberté
de se rendre à un port ouvert ou de sortir d'un port ouvert
avec leurs effets et marchandises. Dans les limites des localités
désignées actuellement où à l'avenir pour le séjour des étrangers,
ils pourront louer, acheter des immeubles ou des terres, construire
des églises, des cimetières et des hôpitaux, avec les privilèges et
avantages accordés actuellement ou à l'avenir aux sujets de la
nation la plus favorisée.
Art. 5. Les bâtiments japonais peuvent, dans le dessein de
débarcpier ou d'embarquer des passagers ou des marchandises en
vertu des lois et règlements relatifs au commerce étranger,
aborder dans les ports chinois, dils/)orte iCescale, tels que: Ngan-
K'ing, Ta-toung, Hou-k'éou, Wu-sueh, Lou-chi-R'éou, Wou-
soung, et autres ports ultérieurement désignés comme ports
d'escale. En cas d'entrée d'un navire dans un port non ouvert ou
non désigné comme escale en Chine, ou en cas de trafic clan-
destin le long des côtes et cours d'eau, le bâtiment pourra être
confisqué avec sa cargaison par le Gouvernement chinois.
Art. g. Les Japonais [Mîuvent voyager, pour leur agrément ou
pour affaires, dans l'intérieur de la Chine, a condition d'être
munis d'un passeport délivré par le (ùonsul japonais et visé pur
les autorités locaK^s. Cette pièce devra être produite h toute réqui-
sition, dans les localités traversées. Si le passeport est trouvé
régulier, le porteur pourra continuer sa route et aura la faculté
TRAITÉ DE COMMERCE ET DE NAVIGATION 3l7
de louer les personnes, animaux, cliariots ou navires nécessaires
au lrans[)orl de sa propre personne ou de ses elFels et marchan-
dises. Si le voyageur est sans passeport, ou s'il se rend coupable
d'une infraction à la loi, il sera conduit au consulat le [)lus
proche, où il sera retenu seulement le lemps nwessaire et sans
être moleste. Les [)asseporls seront valables pour une période de
treize mois chinois à partir de la date de la délivrance. Tout
Japonais voyagcantà l'inlérieur sans passeport sera passible d'une
amende de loo taëls au maximum. Toutefois, les Ja|x>nais
pourront, sans passeports, s'éloigner d'un port ouvert au cx)m-
merce à une distance ne dépassant pas lOO li chinois et pendant
une durée de cinq jours au plus. Cet article n'est pas applicable
aux équipages de navires.
Art. 7. Tout Japonais résidant dans un port ouvert de la
Cliine peut prendre» a son service des Chinois et les employer
sans jX)uvoir en être empêché par les autorités chinoises.
Art. 8. Les Ja[)onais peuvent louer des embarcations pour le
transport de marchandises ou de [)assagers ; le prix en sera dé-
battu entre les parties, sans intervention du Gouvernement ou
des employé chinois. Le nombre des embarcations n'est pas
limité ; aucun mono|>ole relatif aux embarcations, aux |X)rteurs
et aux coolies engagés, ne S(»ra accordé à une partie. En cas de
contrebande, les fraudeurs seront [)unis conformément aux lois.
Art. (j. Les Uirifs et règlements y relatifs actuellement en
vigueur entre la Chine et les Puissances occidentales sont appli-
cables aux produits importés en Chine par des Ja]3onais ou en
provenance du Ja{K)n ou exportés de Chine par des Japonais ou
à destination du Japon. Tout article dont rim|)ortalion ou l'ex-
portation n'est pas limitée ou prohil)ée par lesdits tarifs et règle-
ments, peut être librement importé ou exporté, à condition
de payer les droits.
Dans aucun cas, les Ja{}onais ne paieront en Chine des droits
autres ou plus élevés que ceux acfjuittés par les citoyens de la
nation la plus favorisée : aucun produit importé du Japon en
Chine ou exjwrlé de Chine au Japon n'acquittera à l'entrée ou à
la sortie de droits autres ou pluséloés que ceux frappant actuelle-
ment ou à l'avenir en Chine des produits similaires de la nation
la plus favorisée.
Art. 10. Tout article im[>orté en Chine par des Japonais ou de
provenance japonaise, transporté d'un port ouvert à un autre port
ouvert en vertu des règlements existants, sera exempt des taxes,
3l8 TKAITÉ DE COMMERCE ENTRE LA CHINE ET LE JAPON
impôts, droils, likin, charges de toute nature, quelle que soit la
nationalité du propriétaire ou possesseur des marchandises, ou
celle du bâtiment transporteur.
Art. II. Tout Japonais, voulant conduire des produits im-
portés à un marché de l'intérieur, aura la faculté d'aflranchir ses
marchandises de tous droits dt; transit en payant une taxe de
nmtation égale à la moitié du droit d'importation rrap|)ant les
produits taxés et à deux et demi pour cent de la valeur des pro-
duits exempts : il sera délivré un certificat de payement qui
exemptera la marchandise de toute chargt» ultérieure. Le présent
article n'est pas applicable à l'importation de l'opium.
Art. i'2. Les produits chinois achetés par des Japonais ailleurs
que dans un port ouvert et destinés à l'exjwrtation seront, dans
toute l'étendue de la (!!hine, exenq)ts de taxes, inq>6ts, droits.
likin, chiirges de toute nature, sauf des droits de sortie, s'ils sont
exportés, en acquittant la taxe de mutation indiquée à l'article
précédent: mais l'exportation devra a>()ir lieu dans un délai de
dou/.e mois à dater du jour du payement de la taxe de mutation ;
les produits chinois, achetés par des Ja|xmais dans des ports ou-
verts, et non prohibés à l'exportation, sont exempts des impôts,
droits, //A'i/i, charges de toute nature, «mf des droits de sortie:
tout produit acheté par des Japonais dans n'importe quelle partie
de la Chine, pourra, s'il est destiné à lexpulation, être transj>orté
d'un port ouvert à un autre port ouvert, conlbrmément aux
règlements en vigueur.
Art. i3. Tout produit d'origine étrangère ayant <icquitté les
droits d'entrée pourra à toute épocjue. dans un délai de trois
années à dater de l'importation, être réexporté de Chine par des
Japonais à destination de l'étranger sans être soumis aux droits
d'exportation. Les réexj>ortateurs jKMirront, en outre, recevoir
des douanes chinoises un certificat de drawback pour le montant
des droits d'importation ac(|uittés, à condition que la marclian-
disc et son enveIopp<î originale soient intactes, (les certilicats de
remboursement seront immédiatement échangés en es|)èces par
les autorités chinoises sur la demande de l'intéressé.
Art. i^. Le Couvcrnement chinois autorise l'établissement de
magasins généraux dans plusieurs j)ort^ ouverts de la Ciiine. Des
règlements ultérieurs seront faits sur la matière.
Art. i5. Les bâtiments marchands ja|)onais jaugeant plus de
i5o tonneaux, entrant dans un port ou\ert chinois, payeront un
droit de tonnage de Limace |>ar tonne ; jusqu'à i3o tonneaux, le
TRAITÉ DE COMMERCE ET DE NAVIGATION SlQ
droit sera de i mace par tonne. Toul bâtiment partant dans les
48 heures de son arrivée, sans avoir l'ait aucune opération de
déchargement, est exempt de droits de tonnage. Tout bâtiment
japonais ayant acquitté les droits de tonnage ci-dessus sera exempt
de tous droits de tonnage dans les ports ouverts ou d'escale de la
Chine, pendant une période de quatre mois à dater de sa sortie
du port où ledit payement a été elVectué. Toutefois, aucun droit
de tonnage ne sera exigé des bâtiments japonais pour la période
actuelle de radoub en Chine.
Aucun droit de tonnage ne sera exigé des petites embarcations
employées par les Ja{)onais au trans(X)rt des passagers, bagages,
courriers et articles exempts, entre ces jK)rts ouverts delà Chine.
Toutefois les petites embarcations transportant des marchandises
qui seraient soumises à des droits à rép(M|ucdu transport acquitte-
ront les droits de tonnage une fois en quatre mois aux taux de
I mace par tonne.
Aucun droit autre que les droits de tonnage ne sera perçu sur
les bâtiments japonais qui ne seront, d'ailleurs, pas soumis à des
droits autres ou plus élevés que ceux frappant les bâtiments de
la nation la plus favorisée.
Art. i(). Tout navire marchand japonais arrivant dans un
port ouvert chinois pourra prendre un |)ilole pour l'entrée. De
même |>our la sortie, après avoir toutefois acquitté les droits et
taxes.
Art. 17. Toul bâtiment marchand japonais, forcé par des
avaries ou toute autre cause à relâcher, aura le droit d'entrer
dans le port chinois le plus voisin, sans être soumis aux droits
de tonnage, ou aux droits de douane pour les marchandises dé-
barquées j)our cause de radoub ; ces marchandises devront de-
meurer sous la surveillance de la Douane. En cas d'échouemeiit
ou de naufrage sur les cotes de Chine, les autorités chinoises
prendront immédiatement toutes les mesures nécessaires au sau-
\elagc des passagers, de l'équipage et pour assurer la sécurité du
navire et de la cargaison. Les personnes sauvées seront bien
traitées et pourvues, s'il est nécessaire, de tous les moyens de
transport jus(ju'au consulat le plus proche. Il en sera de même
pour les navires chinois forcés de relâcher dans le port du Japon
le j)lus voisin.
Art. 18. Les autorités chinoises dans les ports ouverts pren-
dront toutes les mesuies nécessaires pour prévenir la fraude et
la conl rebande.
320 TRAITK DE COMMERCK ENTRE L\ CIIIXC ET LE JAPON
Art. 19. En cas de pillage d'un baliinenl japonais par des
pirates chinois, les aulorilés chinoises devront l'aire tous leurs
elForls pour capturer et punir les coupables et restituer les objets
volés.
Art. jo. La juridiction sur les personnes cl les biens des Japo-
nais en Chine est exclusivement réservée aux autorités japo-
naises qui décideront dans les causes engagées pour ou contre les
personnes et les biens des Japonais, sans l'intervention des auto-
rités chinoises.
Art. 21. Si l'autorité chinoise ou un sujet chinois poursuilau
civil un Japonais, l'airairc sera dévolue aux autorités japonaises.
De même, toute alFaire ci>ile engagée contre l'autorité chinoise
ou un Chinois par un Japonais sera dévolue aux autorités chi-
noises.
Art. 22. Tout Japonais, poursuivi pour crimes ou délits en
Chine, sera jugé et ])uni, s'il est coupable, par les autorités
jap43naises, conformément aux lois ja|)onaises.
De même, tout Chinois jwursuivi pour crimes ou délits contre
des Japonais en Chine sera jugé et puni, s'il y a lieu, par les
autorités chinoises, conformément aux lois chinoises.
Art. ^3. Dans le cas où un Chinois ne payerait pas les dettes
contractées envers un Japonais ou se cacherait frauduleusement,
les autorités chinoises setlorceronl de l'arrêter et de l'obliger à
s'acquitter. Les autorités jaix>naises agiront de même, s'il s'agit
d'un Japonais.
Art. 24- Si un Japonais en Chine, ayant commis un délit ou
refusant de payer ses dettes, vient à fuir dans l'intérieur de la
Chine ou a se réfugier dans des maisons occuj)ées par des Chi-
nois ou à bord d'un bâtiment chinois, les autorités chinoises
devront, à la requête du consul japonais, le remettre aux auto-
rités japonaises.
De même, si un Chinois en Chine, a>ant commis un délit ou
refusant de payer ses dettes, vient à se réfugier dans des maisons
occujK'es par des Japonais en Chine ou à bord d'un bal i ment
japonais dans les eaux chinoises, les autorités ja|>onaiscs devront
le remettre aux autorités chinoises sur la requête de celles-ci.
Art. 20. Le (jou\ernemenl ja|)onais et ses sujets sont, j)ar le
présent traité, confirmés dans les privilèges, bénéfices et avan-
tages concédés par les stipulations du traité entre le Japon et la
Chine actuellement en vigueur. Le Gouvernement ja[>onais et
ses sujets jouiront des pri> ilèges, exemptions et avantages accordés
TRAITÉ DE COMMERCE ET DE NAVIGATION ^31
actuellement ou à Tavenir par S. M. rEmpereur de Chine à la
nation la plus favorisée.
Art. a6. Chacune des Hautes Parties contractantes aura le
droit de demander la revision des tarifs et des clauses conimer-
ciales du présent traité, après un délai de dix années à dater du
jour de l'échange des -ratifications ; dans le cas où cette demande
n'aurait pas été formulée dans le délai de six mois après l'expi-
ration des dix premières années, le présent traité et les tarifs en
leur forme actuelle demeureront en vi^rueur pendant une autre
période de dix années, h dater du jour de l'expiration des dix
années précédentes ; il en sera de môme à la fin de chaque pé-
riode décennale.
Art. 27. Les Hautes Parties contractantes se concerteront sur
les lois et règlements nécessaires h la pleine exécution du présent
traité. Jusque-là, les conventions et règlements existant entre la
Chine et les Puissances occidentales, en tant que compatihles
avecle présent traité, seront considérés comme valahles entre les
deux Parties.
Art. a8. Le présent traité est signé en japonais, en chinois et
en anglais. En cas de divergence dans l'interprétation, on se
référera au texte anglais.
Art. 29. Le présent traité sera ratifié par S. M. l'Empereur
du Japon et S. M. l'Empereur de(^hine, et les ratifications seront
échangées à Péking dans le plus href délai possihie, mais pas
plus lard que trois mois a partir de la présente date.
En foi de quoi, etc..
Fait à Péking, le vingt-unième jour du septième mois de la
vingt-neuvième année deMei-dji, correspondant au onzième jour
du sixième mois de la vingt-deuxième année de Rouang Siu.
ai juillet 1896.
CoRDiER. in. — ai
CHAPITRE XVII
MISSIONS DU SE-TCH'OUEN (1895), ETC.
Il semblerait qu'un vent de folie trouble parfois la cervelle
des Chinois ; au moment même où la Chine se trouvait en-
gagée dans une lutte néfaste pour elle avec le Japon, elle
laissait renouveler les troubles qui, en 1891, avaient dû ame-
ner l'intervention énergique des puissances étrangères. En
juin 1886, Lieou Ping-tchang, originaire du Ngnn-houei,
gouverneur du Kiang-si (sept. 1875), puis du Tché-Kiang
(janvier i883), fut nommé gouverneur général du Se-tch'ouen
en remplacement de Ting Pao-tchen, originaire de Ping-
yuen-tcheou, sous-préfecture de la province du Kouei-tcheou,
ancien gouverneur du Chan-loung, qui venait de mourir.
Lieou, ennemi des étrangers, cherchait les occasions les plus
favorables pour leur susciter des dillicultés. et les résultats
de son administration portèrent leurs fruits funestes lorsque
la Chine implorait l'assistance de la France.
AFFAIKES Dl SE-TCll'oi EN
Le 28 mai 1896, 5" jour de la 5* lune, une émeute éclata
à la mission méthodiste canadienne de Tclfeng-tou, dont
rhôpital, le dispensaire et la chapelle furent pillés et brûlés,
sans que les fonctionnaires ni les soldats dont les casernes
étaient proches n'intervinssent pour arrêter les émeutiers.
Le lendemain, les troubles recommencèrent, et le soir, il ne
AFFAIRES DU SE-TCH*OUEN SaS
restait rien des onze établissements des missionnaires catho-
liques ou protestants.
En effet, le 28 mai, trois églises, un orphelinat, un hôpi-
tal, révéché de Tch'eng-tou, capitale du Se-tch'ouen étaient
incendiés, MgrDunand*, était blessé, mais pouvait se réfu-
gier en lieu sur; une autre église était pillée à Taï-tcheou ;
l'évêque accusait le vice-roi Lieou Ping-tchang d'être Tinsti-
gateur des persécutions ; le l\ juin, le contre-amiral de Beau-
mont donne Tordre au Beautemps- Beaupré et à la Comète
de se rendre sur le Yang-tseu. LeTsoung-li Yamen envoyait
les instructions les plus sévères pour l'arrestation et la pro-
tection des missions dans toute la province et pour le règle-
ment équitable des réparations nécessaires.
Le 20 juillet 1890, le Tsoung-li Yamen annonçait au vi-
caire apostolique que le juge et le trésorier de la province
avaient reçu Tordre d'examiner et de régler avec lui les ré-
parations qui lui étaient dues. Huit délégués avaient été
nommés j)our examiner et évaluer les dégâts commis dans
les diverses missions de la provinc<î. M'*'". Dunand était chargé
de représenter les intérêts français, en vertu d'une commis-
sion spéciale qui lui était confiée par M. Gérard, avec Tappro-
bation du prince Koung.
Au mois d'août 1895, M'^'^ Dunand et M*'' Chatagnon*, vi-
caires apostoliques du Se-Tch'ouen occidental et méridional,
se mirent d'accord avec le préfet de Tch'eng-tou, ainsi
qu'avec le juge et le trésorier de la province, et les indem-
nités furent fixées pour le Se-Tch'ouen occidental à 78 wan,
I. DunaiiJ. Marie-Julien, né le a3 janvier i84it ^ Saint-Jean-de-
Helleville, diocèse de Taren taise ; miss. étr. de Paris; part pour la Chine,
3 août 1869 ; évêque de Galoe ; vie. ap. du Se-tcirouen occidental,
iG aoilt 1893.
a. Cliatagnon, Marc, des miss. ctr. de Paris; évéque de Chersonèse ;
né à Cellieu, dioc. de Lyon, i"'' février 1839; ^^^- ^P- ^" Sc-tch*ouen
méridional, aô janvier 1887.
Sa^ MISSIONS Df se-tch'olen
pour le Se-Tch'ouen méridional à 21 wan et 8000 laëls. Le
ivan représentant une valeur de dix mille taëls, Tindemnité
atteignait donc une somme de 9/18000 taëls (soit, au taux
moyen, près de quatre millions de francs. Les évéques en
recevant pour cet accord la signature des hautes autorités
provinciales du Se-Tcirouen, se réservaient d'attendre, pour
la reconstruction des édifices saccagés, la punition promise
des coupables. Le Tsoung-li Yamen confirma à notre mi-
nistre Taccord intervenu entre les hautes autorités provin
ciales et les deux évoques. Les ministres chinois déclarèrent
de plus, que tous les coupables seraient chi\liés d'une façon
exemplaire et que, selon les termes mêmes des décrets de Sa
Majesté, les autorités reconnues responsables n'échapperaient
pas à la sanction de la justice impériale. M. Gérard avait lui-
même et selon les rapports qui lui étaient parvenus du Se-
Tch'ouen signalé au Tsoung-li Yamen les fonctionnaires qui
avaient le plus gravement manqué au devoir de protection
leur incombant, d'abord Tcx vice-roi du Se ïch'ouen, Lieou
Ping-tchang, dénoncé i>ar tous les missionnaires comme le
principal auteur du mal, puis le préfet de police de Tch'eng-
tou, les préfets de Mien-hien et 0-pien ting, le sous-préfet
de Lou-chan et le chef du poste militaire de Kiang-Keou.
M. Gérard, au contraire, recommanda comme dignes
d'éloges et de récompense le préfet de Mi-tchéou, qui avait
recueilli dans son Yamen, M*'^ Chalagnon, et l'agent de ]x>-
lice qui, à Tch'eng-lou, avait sauvé la vie à M'^' Dunand.
M. Gérard profita des circonstances et de l'entente interve-
nue entre les hautes autorités provinciales et les deux évé(jues
pour obtenir l'accomplissement définitif des engagements
pris concernant la réintégration de M*"" Biet (dite mission du
Tibet) dans ses établissements de Batang, Yaregong, ^erkalo,
Alentsc et Tsekou. 11 fut convenu, pour ceux de ces établis-
sements qui étaient compris dans les limites du Se-Tcirouen,
c'est-à-dire pour Batang, \aregongct Yerkalo, que nos mis-
AFFAIRES DU SE-TCh'oUEN 32 5
sionnaires seraient immédiatement réintégrés, et que l'in-
demnité, précédemment fixée à vingt mille taëls, serait versée
entre les mains de M^*" Dunand, chargé d'en transmettre lui-
même le montant à M*""Biel. Pour les missions d'Atentse et
Tsekou qui étaient comprises dans les limites du Yun-Nan,
des arrangements spéciaux, concernant la réintégration et
rindemnilé, seraient conclus avec le vice-roi du Yun Nan.
Les missions protoslanlos, soil anglaises, soit américaines, du
Se Tch'ouen très éprouvées, comme les noires, par les troubles
de la province, n'avaient encore obtenu aucune réparation.
Pour le principal coupable, Lieou Ping-tcbang : le G aortt,
la Gazette de P^^Avm/ annonçait (pie Lieou avait remis les sceaux
à Lou Tcb\)uan-lin, gouverneur du Chen-Si ; un édit du
29 septembre 1890 révoquait Lieou et Tcxcluaitsa vie durant
de toutes les fondions publiques; on attribua ce succès à Sir
N. R. O'Conor; en réalité la dégradation de Lieou avait été
déjà accordée à M. Gérard ; malgré ses menaces, Sir N.
O'Conor n'était plus en posture d'obtenir quoi que ce fût des
Chinois \ Un édit du i4 octobre suivant compléta la liste
des châtiments infligés aux coupables.
L'article Xlll dïi traité du 37 juin i858 contenait auder-
nier paragraphe, la stipulation suivante :
Tout ce qui a été précédcminent écrit, proclamé ou publié en
Chine, j)ar ordre du Gouvernement, contre le culte chrétien, est
complètement abrogé et reste sans valeur dans toutes les pro-
vinces de l'Empire.
Lorsqu'en 1870 (9'' année T'oung-tché) une nouvelle com-
pilation des codes, Ta-Tsinrj Lia li\ fut publiée par les
soins du Ministère Impérial de la Justice, les anciens arti-
cles de ces codes qui avaient interdit la religion catholique
dans l'Empire furent supprimés. De plus, dans la section
I. Voir p. 809.
Sa^ MISSIONS DL SK-TCirOLEN
pour le Se-Tcirouen méridional h 21 wan et 8000 laëls. Le
wan représenlant une valeur de dix mille toëls, Tindemnitc
atteignait donc une somme de 9/18000 taëls (soit, au taux
moyen, près de quatre millions de francs. Les évoques en
recevant pour cet accord la signature des hautes autorités
provinciales du Se-Tclfoucn, se réservaient d'attendre, pour
la reconstruction des édifices saccagés, la punition promise
des coupables. Le Tsoung-li Yamen confirma à notre mi-
nistre l'accord intervenu entre les hautes autorités provin-
ciales et les deux évoques. Les ministres chinois déclarèrent
de plus, que tous les coupables seraient châtiés d'une façon
exemplaire et que, selon les termes mêmes des décrets de Sa
Majesté, les autorités reconnues responsables n'échapperaient
pas à la sanction de la justice im[>ériale. M. Gérard avait lui-
même et selon les rapports qui lui étaient parvenus du Se-
Tclfouen signalé au Tsoung li Yamen les fonctionnaires qui
avaient le plus gravement manqué au devoir de protection
leur incombant, d'alwrd Tex vice roi du Se-Tch'ouen, Lieou
Ping-tchang, dénoncé par tous les missionnaires comme le
principal auteur du mal, puis le préfet de police de Tch'eng-
lou, les préfets de Mien-bien et 0-pien-ting, le sous-préfet
de Lou-chan et le chef du poste militaire de Riang-Keou.
M. Gérard, au contraire, recommanda comme dignes
d'éloges et de récompense le préfet de Mi-tcbéou, qui avait
recueilli dans son Yamen, M"^ Chatagnon, et l'agent de |X)-
lice qui, à Tcb'eng-tou, avait sauvé la vie à M*^' Dunand.
M. Gérard profita des circonst^mces et de l'entente interve-
nue entre les hautes autorités provinciales et les deux évoques
pour obtenir l'accomplissement définitif des engagements
pris concernant la réintégration de M*"" Biet (dite mission du
Tibet) dans ses établissements de Batang, ^ aregong, Yerkalo,
Atentse et Tsekou. Il fut convenu, pour ceux de ces étabHs-
sements qui étaient compris dans les limites du Se-Tch'ouen,
c'est-à-dire pour Batang, Yaregong et Yerkalo, que nos mis-
AFFAIRKS DU SE-TCll'oiJEN 32 5
sionnaires seraient iinniédiatement réinlépfrés, et que l'in-
demnilë, précédemment fixée (\ vingt mille taëls, serait versée
entre les mains de M'^'" Dunand, chargé d'en transmeltre lui-
même le montant h M'"'Biet. Pour les missions d'Alentse et
Tsekou qui étaient comprises dans les limites du Yun-Nan,
des arrangements spéciaux, concernant la réintégration et
rindemnilé, seraient conclus avec le vice-roi du Yun Nan.
Les missions proleslanles, soil anglaises, soit américaines, du
Se-Tciroiien très éprouvées, connue les noires, par les troubles
de la province, n'avaient encore obtenu aucune réparation.
Pour le principal coiipahle, Lieoii l^ing-lcliang : le 6 août,
la GnzeUc de /VA7V17 annonçait (pie Lieoii avait remis les sceaux
à Lou Tcirouan-lin, gouverneur du Chen-Si ; un édit du
29 septembre i8(j3 révoquait Lieoïi et Texcluaitsa vie durant
de toutes les fonctions publiques ; on attribua ce succès à Sir
N. R. O'Conor; en réalité la dégradation de Lieou avait été
déjà accordée à M. (iéranl ; malgré ses menaces, Sir iS.
OXiOnor n'était plus en posture d'obtenir quoi que ce fut des
ChinoisV \}ï\ édit du 1^1 octobre suivant compléta la liste
des châtiments infligés aux coupables.
L'article XllI <lu traité du 27 juin 1 858 contenait au der-
nier paragraphe, la stipulation suivante :
Tout ce qui a été j)récédciniiient écrit, proi'laiiié ou publié en
Chine, par ordre du (joiivcrnemcnt, contre le culte chrétien, est
complètement abrogé et reste sans valeur dans toutes les pro-
vinces de l'Enq/ire.
Lorsqu'en 1870 (9** année T'oung-lché) une nouvelle com-
pilation des codes, Ta-Tsinr/ Lia li\ fut publiée par les
soins «lu Ministère Impérial de la Justice, les anciens arti-
cles de ces codes qui avaient interdit la religion catholique
dans rKnipire furent supprimés. De plus, dans la section
I. Voir p. 309.
SaÔ MISSIONS DU SE-TCn'oUEN
spéciale de ces codes consacrée aux sacrifices (Lois rituelles)
fut insérée la note suivante :
Les personnes professant la religion catlioliquc auront l'en-
tière liberté de se réunir pour célébrer leur culte, réciter des
prières, etc.. etc., et seront exemptes de toute recherche ou
interdiction ; lout ce qui a été précédemment écrit ou imprimé
prohibant la religion catliolûjue est entièrement abrogé.
Des éditions illégales des codes, publiées poslérieurenrienl,
par exemple en 1892, renfermaient les anciennes prohibi-
tions contre la religion chrétienne ; dans une dépêche du
18 août 1895, le Yamen déclara à notre ministre que seule,
l'édition de 1870 était oflicielle ; des ordres furent donnés
au commandant militaire de Pé-King et aux gouverneurs de
provinces de détruire les éditions contenant les passages in-
criminés ou tout au moins de supprimer ces derniers.
AFFAIRE DE KOU-TCHENG
Le i*"" août 1896, neuf missionnaires protestants furent
assassinés au sanatorium de Whasang, près de Rou-lcheng,
à environ 120 kilomètres à Touest de Fou-tchéou, par les
membres d'une société secrète appelée les Végétariens ; le
Rév. R. W. Stewart et sa femme, la nourrice de M'"®
Stewart, d'Irlande, appelée Lena, Miss Nellic Saunders, Miss
Topsy Saunders, toutes d'Australie, Miss Heltie Nevvcombe,
d'Irlande, Miss Elsic Marshall, Miss Lucy Stewart, d'Angle
terre et Miss Annie Gordon, d'Australie. Une enquête fut ou-
verte le 2 1 août et un grand nombre de membres de la so-
ciété des Végétariens furent arrêtés.
ALGtSTINlEKS ESPAGNOLS AU HOL-NAX
Par ordre du consul général de France à Chang-Haï,
M. Daulremer, vice-consul à Ilan kéou, se rendit le 9 no-
DIVERS RÈGLEME>TS 3a7
vembrc 1895, à bord de la Comète, à Ling-siang. Un mis-
sionnaire, le P. Mariano Garcia, ayanl clé dans une visite à
la sous-préfecture, insulté et poursuivi à coups de pierre,
M. Dautremer se rendit de nouveau à Ling-siang, le 17 no-
vembre. La présence de notre canonnière, cette fois, obtint
reflet désirable. Le préfet de Yo-tcbéou convoqua les notables
de la sous-préfecture de Ling-siang. Le 22, tout était ter-
miné, les missionnaires étaient rétablis dans leur propriété de
Ling-siang, et la Comète redescendait à Cbang-ILiï.
Noire ministre avait dressé une liste complète de toutes
les réclamations que la France formulait en faveur des mis-
sions ; voici les résultats obtenus au mois de décembre 1895.
DIVERS RÈGLEMENTS
Dans le vicariat du IIo-Nan méridional, la mission italienne
qui, depuis vingt cinq ans, réclamait vainement la construc-
tion d'une enceinte autour de la résidence épiscopale de Kin-
kia-kang, obtint enfin, malgré des résistances obstinées de la
part des mandarins et des lettrés, l'édification du mur né-
cessaire à sa sécurité.
Dans le vicariat du Kouei-lcbéou, des chrétiens injustement
détenus depuis 1887 furent enfin délivrés et la mission put
espérer rentrer bientôt dans la ville de Tsouen-y d'où elle
avait été expulsée. (Voir infrn, p. 3:? 9).
Dans le Kouang-Toung, l'attaque et le pillage d'une église
sise à Ho yuan furent expiés, quelques semaines auparavant,
par une indemnité de t\ 5oo taëls payée aux missionnaires de
M^'- Chausse.
Dans le Kan-Sou, une injure faite à l'Evêque fut punie
par le déplacement avec blâme, du mandarin coupable.
Dans le Chcn-Si, la mission franciscaine obtint un com-
mencement de satisfaction pour les aflaires de lîou-bien et
Mei-hien.
SaS MISSIONS DU SE-lCH*OUEN
En Mandchourie, tous les dommages éprouves, pendant la
guerre sino-japonaise, par la mission de M**" Guillon furent
scrupuleusement réparés.
Au Ilou-Nan, les Augustiniens espagnols obtinrent jus-
tice*.
Pour les affaires religieuses des cinq provinces du Kiang-
Nan, du Tché-Kiang, du Kiang-Si, du Ilou-Pé et du Ilou-
Nan, la Légation de France demanda et obtint la désigna-
tion par le Commissaire Impérial des Ports du Sud, d'un
délégué spécial cliargé de négocier et de conclure avec le
Consul général de la République a Cliang Ilaï. Plusieurs de
ces affaires avaient déjà reçu une solution équilable, et
M. Dubail continuait à traiter les autres avec le délégué du
Commissaire Impérial et vice-roi Tchang Tclii-toung.
M. Gérard eut recours à la même métbode pour le règle-
ment des affaires religieuses du Kouang-Si, dont certaines
remontaient à trente années. Le Tsoung-li Yamen, sur sa
demande, fit désigner par le Gouverneur de la province un
délégué, à savoir le préfet même de Loung-lchéou, qui reçut
l'ordre de tout régler avec le vicaire apostolique de la mis-
sion et le consul de la République à Loung-tcbéou.
Une seule affaire importante, celle de la Mongolie orien-
tale, qui datait de 189 1, restait encore sans solution. Le
Gouvernement chinois avait, jusqu'alors, essayé de dégager
sa responsabilité dans cette affaire, en affirmant que les
troubles dont la mission de Mongolie avait eu à souffrir en
1891 étaient le résultat d'un mouvement insurrectionnel di-
rigé non pas contre les Chrétiens, mais contre le Gouverne-
ment Impérial, et en se fondant sur les principes du droit
international pour déclarer qu'aucun Gouvernement n'est
tenu de réparer les dommages causés par des troubles inté-
rieurs ou une guerre civile. La légation répondit en s'ap-
I. Voir supràt p. 326-7.
AFFMRRS DU ROlKÏ-TCnEOr SsQ
piiyani s!ir le toxlc précis de Tarticlc XIII du traité franco-
chinois de i858.
AFFAIRES DU KOrEl-TClIEOr
Lit' 1 8 janvier i8()(K M. Gérard, par une dépc^clic adressée
ail Tso!infj:-li Vanien, demandait que toutes les affaires reli-
gieuses du Koueï tcheou fussent réglées d'ensemble en un
accord comprenant 1<'S réparations dues à la mission pour les
violences, sévices et dommages (pfelle avait subis, et le
retour d<'s missionnaires <lansles villes de Tsouen-yi, Houang-
pin, Yu kin bien, Kaï-tcbeou et Meï-tan d'où ils avaient été
injiistenient expulsés. Le trésorier provincial, Wen-haï, et
deux autres délégués, furent chargés, sur les ordres expédiés
de Pé-King, de se mettre en relation et de négocier avec le |)ro-
vicaire de la mission, Tabbé Gréa. Le 3o avril, Fabbé Gréa
signait un contrat définitif d'arrangement en six articles,
aii\ txîrmes (hiquel, la mission catholique du Koueï-tcheou
recevait, pour les pertes et dommages subis depuis i883,
une indemnité générale de 3oooo taëls (120000 francs) ; la
mission était réintégrée dans les cinq villes désignées ci-
dessus, où elle réédifierait les résidences détruites ; les indi-
\idus compromis dans les dernières persécutions seraient
arrêtés et punis selon la loi^
I. Livre jaune t {}. 2ij.
CHAPITRE XVIll
AVANTAGES FRANÇAIS. - DÉPART DE M. GÉRARD
La signature des conventions complc^mentaircs de délimi-
tation et de commerce du 20 juin 1895 entre le Ïong-King
et la Chine nous assurait des avantages considérables ; une
déclaration faite le i5 janvier 1896 établissait la situation
respective de la France et de TAnglcterrc au Siam.
nécLARArio> relative aux affaires de siam et du haiit-mkkong,
à la délimitation de leurs possessions à l'ouest du Bas-
iSifjer et aux relations commerciales avec la Tunisie, i5
jA>viEi\ 189G.
Les Soussignés, dûment autorisés par leurs Gouvernements
respectifs, ont signé la déclaration suivante :
I. Les (iouvernemcnls de Krance et de Grande-Bretagne
s'engagent mutuellement à ne faire [lénélrer, dans aucun cas on
sous aucun prétcxie, sans le consentement l'un de l'autre, leurs
fiïrces armées dans la région couiprcnant les bassins des rivières
Patchabouri, xMeiklong, Ménam et Bang Fakong (rivière de
Pctriou) et de leurs aflluents respectifs, ainsi que le littoral qui
s'étend depuis Muong Bang Tapan juscju'à Muong Pase, les
bassins des rivières sur lesquelles sont situées ces deux >illes, et
les bassins des autres rivières dont les embouchures sont
incluses dans celte étendue du littoral ; et comprenant aussi le
territoire situé au noi*d du bassin du Ménam entre la frontière
Anglo-Siamoise, le fleuve Mékong et la limite orientale du bas-
sin du Me-lng. Ils s'engagent en outre à n'acquérir dans cette
région aucun privilège ou avantage particulier dont le bénéfice
AVANTAGES FRANÇAIS 33 1
ne soit pas commun h Ja France et à la grande-Bretagne, à
leurs nationaux et ressortissants, ou qui ne leur serait pas acces-
sible sur le pied de régalilé.
Ces stipulations, toutefois, ne seront pas inter|)rcUMîs comme
dérogeant aux clauses spéciales qui, en vertu du traité conclu
le 3 octobre 1893, entre la France et le Siam, s'appliiiuent à une
zone de a5 kilom. sur la rive droite du Mékong et à la naviga-
tion de ce fleuve.
a. Rien dans la clause qui précède ne mettra obstacle à aucune
action dont les deux Puissances pourraient convenir, et qu'elles
jugeraient nécessaire pour maintenir l'indépendance du Royaume
de Siam. Mais elles s'engagent à n'entrer dans aucun arrange-
ment séparé qui permette à une tierce Puissance de faire ce
qu'elles s'interdisent réciproquement parla présente déclaration.
3. A partir de l'embouchure du Namlluotel en remontant vers
le nord jusqu'à la frontière chinoise, le thalweg du Mékong
formera la limite des possessions ou sphères d'influence de la
France et de la Grande-Bretagne. Il est convenu que les
nationaux et ressortissants d'aucun des deux pays n'exerceront
une juridiction ou autorité quelconque dans les possessions ou
la sphère d'influence de l'autre pays.
4. Les deux Gouvernements conviennent que tous les privi-
lèges et avantages commerciaux ou autres, concédés dans las
deux provinces chinoises du Yun-Nan et du Se-tciroiien soit à
la France, soit à la Grande-Bretagne, en vertu de leurs conven-
tions res [actives avec la Chine du i" mars i8r)4 et du fio juin i8(j5,
et tous les privilèges et avantages de nature (pielconque qui
pourront être concédés par la suite dans ces deux mêmes pro-
vinces chinoises soit à la France, soit à la Grande-Bretagne,
seront autant qu'il dépend d'eux, étendus et rendus communs
aux deux puissances, à leurs nationaux et ressortissants, et ils
s'engagent à user à ceteflctdeleur influence et de leurs bons offices
auprès du Gouvernement chinois.
Relatif au Bas Niger].
Relatif à Tunis
Fait à Londres, le if) janvier 188G. r
(L. S.) Alph. DE CoURCEL.
(S. S.) Salisrury.
En communiquant cette déclaration à M. Guievsse, mi
332 AVANTAGES FRANÇAIS. DÉPART DE M. GÉRARD
nislre des colonies, M. Berlhelot, ministre des a ITaires étran-
gères, faisait les remarques suivantes (20 janvier 1896) :
Vous remarquerez les dispositions relatives au Royaume de
Siam. Les deux Gouvernements déclarent qu'ils mettent en
dehors de toute action militaire de leur part la partie de ce
Royaume comprise dans le bassin du Ménam et qu'ils s'engatçont
à n'entrer dans aucun arranp;(Mnoiil séparé qui permette à une
tierce Puissance de faire ce qu'ils s'interdisent réciprwpiemenl.
Us s'engagent, en outre, à n'acquérir dans cette région aucun
privilège ou avantage particulier dont le bénéticc ne soit pas
comnum à leurs nationaux et ressortissants. Les autres parties
du Royaume de Siam demeurent on dehors de celle clause de
neutralisation réciproque. Chacune des deux Puissances conserve
le droit d'assurer rexécution des traités existants entre elle et le
Siam par les voies et moyens convenables.
Malgré cette déclaration, la (jrande-Bret^ngne, nié(U)ntent(*
des conventions du 20 juin 1895, s'était retournée vers la
Chine et pour la punir d'avoir cédé à la France des territoires
soi-disant ne lui appartenant pas, avait im[3<>sé à Tenipire du
Milieu la Convention du fi février 1897*. A notre tour nous
nous trouvions lésés dans nos intérêts et le 9 janvier 1897
M. Hanotaux écrivait à M. Gérard :
Les concessions que le Gouvernement chinois send)le sur le
|K)int de consentira d'autres Puissances nous obligent h demander
divers avantages en compensation. Veuillez donc réclamer pour
la France la faculté de créer des voies de connnunication com-
merciale entre le Tong-Ring et Yun-Nan fou, soit en amé-
liorant la navigabilité des cours d'eau qui traversent le Yun-
Nan, soit en construisant un chemin de fer qui s'amorcerait au
Fleuve Rouge. Il convient, en outre, que la Chine nous concède
le droit d'exploiter, parallèlement au chemin de fer, les houil-
lères et autres mines de la contrée. Demandez enthi la prolonga-
tion vers l'intérieur de la Chine, et dans la direction qui sera
reconnue la plus favorable, de notre chemin de Loung-tcheou.
I. Voir j). 1-8.
DÉCLARATION Ai: SIJF.T DE HAÏ-NAN 333
Nous parlerons dans un rliapilre spécial de la concession
des chemins de fer. En nit^nie temps que ces demandes,
nous posions le principe de la non-aliénation de la grande île
de Haï-Nan à une puissance étrangère.
DÉCLARATION AU SUJET DE HAÏ-NAN, l5 MARS 1897
Le î**^ février 1897, M. Hanolaux écrivait à M. Gérard
qu'il attacherait un grand prix h recevoir du gouvernement
chinois une déclaration qui nous garantirait contre la cession
de Haï nan et de la cote opposée ; elle devrait contenir ren-
gagement formel à notre égard de ne jamais céder ces terri-
toires à aucune puissance étrangère. Dans une conférence le
i3 février, le prince K'ing déclara de la façon la plus caté-
gorique à M. Gérard que la France jwuvait être tranquille,
que ni 1.^, ni ailleurs, la Chine n'était disj)oséc à consentir,
sous (piehpie forme que ce fut, des concessions propres à
exciter d'autres convoitises. Après avoir refusé de donner une
forme écrite à celte déclaration, le prince K'ing et les ministres
du Tsoung-li Yamen, cédant aux pressantes demandes de la
France et sur une note cr)nuuinaloire de notre ministre le
2 mars, remit le if) mars à M. Gérard la réponse écrite dont
voici la traduction :
liO i3*' jour de la 2^ lune de la 33*^ année Kouang-Siu
(!5 mars 1897).
Le i*"" jour de la 3* lune de la 23'' année Kouang-Siu
(3 mars 1897), '^<^"s avons reçu la dépêche par laquelle vous
nous dites que la France, étant données les relations étroites
d'amitié et de bon voisinage qu'elle entrelient avec la Chine,
attaclie un prix particulier h ce que jamais l'île de llaï-nan ne
soit aliénée ni concédée par la Chine à aucune autre Puissance
étrangère, à litre de cession définitive ou temporaire, ou à titre
de station navale ou de dépôt de charbon.
Notre Vamen considère que Kiouug-tcheou (l'île de Ilaï-Nan)
appartient au territoire de la Chine qui, de règle, y a son droit
334 AVANTAGES FR4NÇ\IS. DÉPART DE M. GÉRARD
de souveraineté. Gomment pourrait-elle la céder aux nations
étrangères ? D'ailleurs, le fait n'existe nullement à présent,
qu'elle en ait fait le prêt temporaire aux nalions élrangores. Il
convient que Nous réjiondions ainsi oiliciellement à Votre
Excellence.
(Suivent les signatures du Président et des Membres du Tsouny-
li'Yamen^.)
Il élait indispensable que nous restions maîtres de toute la
partie de la province de kouang-Toung et de ses dépendances,
voisines du Tong-King [)our assurer la sécurité de notre
colonie.
D'autre part nous obtenions quelques privilèges ou avan-
tages de moindre inq)<)rtauce.
ARSENAL DE FOL'TCHEOL, II OCTOBRE l8()6''.
L'arsenal de Fou-tcbeou^ créé par deuv Français, Giquel
et d'Aiguebelle, était tombé en déc^idence depuis le départ
du personnel européen et le bombardement par Tamiral
Courbet*; à la suite de la guerre sino japonaise, le gouver-
nement chinois se décida à le remettre en état. Sur la de-
mande de M. Gérard, ministre de France, le commandant
du croiseur Alyer fut détaché par le contre-amiral de Be^iu-
mont, ccmimandant de la division navale d'Extrême-Orient,
et, avec M. Dujardin-Beaumetz, représentant du comité des
Forges de France, et notre vice-consul à Fou Iclieou, il étudia
les conditions dans lesquelles [x>urrail être restauré Tarsenal.
A la suite de cette enquête, le Vice-Roi du Min-Tché adressa
un rapport au Trône pour demander que Tarsenal fut placé
sous la direction, non plus du Vice-Roi ou d'un délégué
I. A/VreyViM/ie, Chine, iHq'i-iSqS, p. 33.
a. Lis're jaunCy Chine, 1894- 1898. p. 3^* 26. 27.
3. Voir I, p. 2^9 seq.
t\. Voir II, p. 5o5 »cq.
RECOXSTRICTIOX DE i/ÉC.LISE DE TIEN-TSIX 335
subalterne, mais d'un Haut Commissaire Impérial, qui ferait
appel au concours d'ingénieurs et de professeurs étrangers,
les fonds étant fournis par le Ministère impérial des finances
et par les provinces. Le Tsoung-li Yanien fit savoir à M. Gérard
qu'il approuvait le rapport du Vice-Roi de Fou-tcheou ; le
29 juillet 1896, M. Gérard et le contre-amiral de Beaumont
étaient reçus officiellement par le prince Koung qui leur fai-
sait part du désir du gouvernement chinois de faire appel au
concours d'officiers et d'ingénieurs français pour la recon-
stitution de l'arsenal. Les négociations concernant l'engage-
ment du personnel français devaient être suivies a Fou-tcheou
môme par Yu-lou, maréchal tartare du Fou-kien, commis
saire impérial, le capitaine de vaisseau Boulet, commandant
VAIfjer, et M. Claudel, gérant du vice-consulat de France à
Fou-lcheou ; les négociations commencées le lo septembre
aboutirent définitivement le 7 octobre, et le îi,un contrat,
rédigé sur lo modèle des contrats passés entre ïso, Giquel
et d'Aiguebelle, fut signé. Nous avons vu que le directeur
choisi avait été M. Doyére'.
RECONSTHICTION DE L KOMSE DE TIEX-TSIX , 21 JULN 1897.
Depuis le 21 juin 1870 ", Téglise de Tien-Tsin, Notre-
Dame des Victoires, détruite, n'avait pas été relevée ; le ter-
rain, dit Wang-Haï-Leou, jadis donné par le gouvernement
chinois était resté un enclos dévasté : seule la façade, restée
intacte, se dressait, témoin muet d'un des plus grands atten-
tats de la Chine contre les étrangers.
M. de Geofroy en 1873 et M. Bourée en 1881 avaient
entamé des négociations restées sans résultat pour la restau-
ration de Tédifice. Vers le milieu de septembre 1896,
1. Voir 1, p. 357.
2. Voir I, p. 354.
336 AVANTAGES FRANÇAIS. DÉPART DE M. GÉRARD
M. Gérard renlranl à Pé-King, après un bref séjour à Tien*
Tsin, d'accord avec le vicaire aposloliquede Pé King, résolut
de tenter une nouvelle démarche. Le i \ octobre, il sondait
les dispositions des ministres dans une visite au Tsoung li
Yamen, et le 17 octobre, il leur adressait une dépêche pour
demander que la mission catholique du Tché li Nord fut
autorisée à réparer Féglise de Tien Tsin à ses frais ; un
pavillon dont le modèle avait été agréé par le Yamen, devait
être dressé à droite du monument |K)ur renfermer une stèle
de marbre sur laquelle serait gravée copie respectueuse di]
décret rendu le 3o juin 1S70 par IVmpereur T'oung Tché :
les terrains restés libres sur remplacement muré du Wang
Ilai-Leou pourraient être ultérieurement, dans une |>ensée
de concorde et de charité, consacrés à rédificalion d'un hô-
pital. Le 26 octobre, les ministres du Tsoung li Yamen en-
voyèrent une dépêche officielle au commissaire impérial des
ports du Nord pour qu'il prescrivît a ses subordonnés de s'en-
tendre à ce sujet avec le consul de France.
M. le cx)mte du Chaylard', consul général de France, se
mit d'accord en conséquence avec le tao taï sur les travaux
à entreprendre et sur les mesures de protection et de |)olice
destinées à garantir la sécurit<'^ absolue de cette œu>re de
restauration. Malgré de nouvelles difficultés, Téglise restaurée
I. Du Cliaylard» Jean-.\farie-(iur-Ceorgex, né le a'i février iS'i'i ;
conseiller de préfecture de la Charente, (» janvier 187'! ; sous- préfet de
Ponll'Évôque, a/i mai 187(1; ^*^ CliAleau-Cionlier, ^H juillet 1877 ; de
Saint- Vrieix, 7 juillel-7 septembre 1877 ; de Lisieux, .So décembre 1877;
préfet de la Charente, -à"] mai 1883 ; de Constantine, i3 juin 1881-
5 octobre i88'i ; en disponibilité, H décembre i88'i ; préfet des Hautes-
Alpes, 18 juillet 1 885 ; chevalier de la Légion d'honneur, iMJuillet i88ri;
préfet de Loir-et-(^her, 11 novembre 188G-8 janvier 1887; consul de
première classe à Panama (|K)ur prendre rang du i-'"* sctptembre), Mojuin
1888 ; gérant du consulat de Hio-de-Janeiro, 10 septembre i8()i ; consul
à Rio-deJaneiro, i3 février 189J ; àTien-Tsin, 37 jan\ier 189'! ; consul
général, i*'"* décembre i89:'4.
DÉPART DE M. GÉRARD 337
de Tien-Tsin était inaugurée le matin du 21 juin 1897 sous
la présidence de M. Gérard, en présence des consuls de
France, d'Angleterre et de Russie ainsi que des marins des
canonnières française et anglaise. Cette église, relevée dix-sept
années après sa destruction, devait, trois années plus tard,
disparaître une fois encore dans la tourmente qui menaça
l'existence de tous les étrangers dans le Nord de la Chine.
DÉPART DE M. GÉRARD
M. Gérard quitta Pé-King, le î5 juillet 1897, pour ren-
trer en France. Aucun de nos agents de Chine n'a eu une
gestion de légation aussi fructueuse que celle de M. Gérard;
on peut dire que notre ministre à Pé-King n'a laissé aucune
question sans être étudiée et résolue: convention Berthemy *,
délimitation et police de la frontière sino- tonkinoise, ques-
tion de Taudience, affaires de missions, chemins de fer,
télégraphes, arsenal de Fou-ïcheou, reconstruction de l'é-
glise de Tien-Tsin, etc. Quand M. Gérard quitta la capitale
chinoise, le hilan de nos affaires était clairement établi, et
son successeur pouvait tabler sur une situation nette. Si
notre représentant profita des circonstances singuHèrement
favorables que créait pour nous l'état de guerre entre le
Japon et la Chine, s'il sut tirer le plus grand parti de l'al-
liance franco-russe et de ses relations personnelles excellen-
tes avec le ministre du tsar à Pé-King, il apporta dans ses
demandes un à-propos cl une ténacité qui, joints à la luci-
dité de leur exposition, devaient en assurer le succès. Si
M. Gérard, en quittant son poste ne laissait pas aux Anglais
un souvenir reconnaissant de son séjour en Chine, la France
lui devait une grande gratitude pour l'avoir placée dans une
situation sans précédent qu'elle n'a malheureusement pas su
I. I,p. 75.
GoRDiER. III. — aa
338 AVANTAGES FllA^ÇAtS. DÉPART DE M. GÉRARD
conserver. La promotion de M. Gérard au grade de com-
mandeur de la Légion d'honneur et sa nomination au poste
de ministre de la République à Bruxelles étaient la juste
récompense de trois années d'un labeur incessant et heu-
reux.
M. Dubail *, consul général à Chang-haï, prenait charge
des affaires à Pé-King.
I. Dubail, Pierre-Hené- Georges, né le i3 octobre i8^5 ; licencié en
droit; attaché autorisé à Santiago du Chili, i*^** février 1874 ; chancelier
de troisième classe & Péking, i4 septembre 1876 ; >ice-consu1 à Tché-
fou, i5 février 1878 ; attaché à la direction politique (contentieux), 27 mai
1879 > commis principal au cabinet, !'■* février 1880 ; rédacteur pour les
affaires politiques, 6 novembre 1880 ; rédacteur 5 la direction politique,
29 décembre 1881 ; conseiller d'ambassade à Home, (> mars i884 ; consul
général à Québec, 8 décembre i885 ; chevalier de la Légion d'honneur,
16 juillet 1887; ^ Amsterdam, 10 février 1890; à Christiania (non
installé), 27 août 1892 ; à Chang Haï, 8 janvier 1898; charge d'affain^s
à Tokyo, i*'' juin -23 juillet 189^ ; officier de la Légion d'honneur,
i3 juillet 1896; chargé d'affaires à Péking, 1 5 juillet 189723 avril
1898 ; envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Santiago du
Chili (non installé), 29 décembre 1897 ; à Montevideo, 26 avril 1898 ;
chargé d'affaires à Tokyo.
CHAPITRE XIX
VOYAGE DE LI H0UN6-TCHAN6. — CONVENTION CASSINI
(1896)
Après la conclusion du traité de Shimonoseki, Li Houng-
tchang continua à se donner comme l'homme des réformes.
Il passa de même, tout en entretenant de bonnes relations
avec les ministres européens, notamment avec le comte Cas-
sini et M. Gérard, pour Tliomme d'État le plus disposé à
s'entendre avec le Japon. Li Iloung-tchang avait été si dis-
crédité par les événements de la dernière guerre, la respon-
sabilité de la paix de Shimonoseki pesait si lourdement sur
ses épaules, et son influence à la cour de Péking avait subi de
tels assauts que son rôle était diflicile, et son attitude hésitante.
C'est du Japon, de ses relations avec le comte Ito, d'une
entente future entre les deux Gouvernements qu'il semblait
attendre un retour de faveur et de pouvoir. Mais le vice-roi en
était à chercher sa voie, et c'est aux événements, non à sa vo-
lonté ou à son inteUigence qu'il demandait de la lui trouver.
Il allait trouver une occasion pour reprendre un peu de
son activité. Le couronnement de l'empereur de Russie, Ni-
colas II, était proche : la Chine comme les autres puissances
fut invitée à se faire représenter à cette cérémonie ; elle fit
choix comme ambassadeur extraordinaire de Wang Tchi-
tch'oucn qui déjà en 189.4 avait été désigné pour porter en
novembre les condoléances de la cour de Pé-King pour la
mort de l'empereur Alexandre III. Wang, ancien juge au
3^0 VOYAGE DE LI HOL NG-TCHANG. — CONVENTION CASSIM
Tché-Kiang et au Kcmang Toung (1888), trésorier du Hou-
Pé (janvier 1891), était un bien mince personnage pour
représenter la Chine dans une circonstance aussi solennelle,
surtout en présence de l'importante délégation du Japon qui
comprenait le glorieux maréchal ^amagatii et le prince
Fushimi. Le comte Cassini fit ressortir devant le gouverne-
ment chinois combien son choix était peu heureux auprès de
celui de ses anciens adversaires, et il demanda que le Cé-
leste Empire fut représenté par un prince ou tout au moins
par Li Houng-tchang. Ce dernier fut désigné pour la mission
spéciale ; le Grand Secrétaire hésita beaucoup à accepter Thon-
neur fatigant qui lui était confié ; il céda sur les instances du
comte Cassini. Le départ de Li fut précédé par de nombreu-
ses conférences avec le diplomate russe dont le résultat fut le
traité secret signé quelques semaines plus larda Saint-Péters-
bourg et révélé sous une forme inexacte et sous la désigna-
tion de Convention Cassini h la fin de 1896.
VOIAGE DE U H()i:>G-TCnANG
Le voyage de Li avait donc pour but de faire représenter
la Chine par le Grand Secrétaire au couronnement de Tem-
pereur de Russie ; cette mission d'apparat se doublait d'une
mission d'affaires dont l'objectif était la conclusion d'un traité
avec le tsar ; ajoutons-y res|»érance qui ne fut pas réalisée
de faire accepter par l'Angleterre et ensuite par les autres
puissances une augmentation des droits ad valorem d'im-
portation de 5 à 8 pour 100, dans les ports h traité, en Chine,
et nous saurons exactement ce que les [)érégrinations de Li
qu'on a voulu accompagner de projets ténébreux ne cachaient
pas. Rien de mystérieux, sauf le traité russe, dans ce voyage
chez les Rarbares d'Occident qui rendirent des honneurs
royaux et, disons-le, exagérés, à ce vieillard dépouillé de tout
pouvoir, ayant avec peine échappé a la disgrâce qui le guet-
VOYVGE DE LI llOl NG-TCIIANG 3^1
tait à son retour, encore Grand Secrétaire, mais sans vice-
royanté, ne pouvant faire aucune commande aux fournis-
seurs empresses autour de lui, cherchant à happer au
passage un ordre qui ne tombait pas de la bouche dédai-
gneuse de Li. Jamais l'Européen ne montra devant le Chi-
nois une telle absence de dignité et une telle bassesse dans
son âpreté au gain ; il en fut pour ses frais et sa honte.
Li Houng-tchang quitta Tien-Tsin en triomphateur; un
banquet lui fut offert le 9 mars 1896. Quatre commissaires
des douanes de différentes nationalités furent désignés pour
accompagner l'ancien vice-roi dans les divers pays qu'il de-
vait visiter: M. G. Delring, en Allemagne; M. A. Mouille-
seaux de Bernières, en Belgique et en France; M. James
II. Harl, frère de Tinspecteur général en Angleterre et M.
E. B. Drew, aux ÉUls-Unis. Arrivé à Chang-Haï le i4 mars
avec sa nombreuse suite, Li s'embarqua, avec son somptueux
cercueil, le 28, sur le paquebot des messageries maritimes,
Y Ernest Si mon s.
Li Iloung-tchang quitta Port-Saïd le 23 avril 1896 a bord
du vapeur /?05À7Vi, de la flotte volontaire. L'empereur de Rus-
sie avait envoyé au-devant de lui le prince Oukhtomsky et
M. Radounovsky, du ministère des affaires étrangères. Après
une magnifique traversée, le vice-roi arriva h Odessa le 28
avril, à 8 heures du matin, et fut reçu avec de grands hon-
neurs par les autorités russes. Le lendemain matin, il par-
lait pour Saint-Pétersbourg. Au commencement de mai, Li
fut reçu avec pompe par rem[)ereur et l'impératrice de Rus-
sie à Tsarskoie-Selo et décoré de l'ordre de Saint- Alexandre
Nevsky. Malgré les démentis de la presse européenne en géné-
ral et anglaise en particulier, Li, stylé à Pé-King par le
comte Cassini, signa à Saint-Pétersbourg avec le prince Lo-
banov ' un traité qui ne fut pas publié.
I . Le prince Lobanov 00 devait guère survivre à ce succès diploma-
342 VOY\GE DE LI HOI NC-TCIIANC,. CONVENTION C^SSINI
En même temps que Li, arrivait en Russie par les
États-Unis et le Havre le maréchal Yaina^ala charfré, outre
la représentation de son f<ouvernement au couronnement de
rEm|>ercur de Russie, de pro|M)ser à ce dernier pays un
modus Vivendi relatif K la Corée troublée par les agissements
du ministre japonais, le vicomte Miura Goro, et l'assassinat
de .la reine de Corée, le 8 octobre 1895. Après avoir assisté
au couronnement à Moscou et à l'ouverture de TexjKïsilion
de Nij ni -Novgorod, Li partit pour Berlin. En Allemagne, il
dut visiter Francfort-sur-rOder, Slettin, Kiel, llamlxMirg,
Essen ; on ne lui fit grâce ni d'un cuirassé, ni d'un canon ;
à Cologne, il fut reçu par le bourgmestre et les principaux
négociants et manufacturiers de la ville. La Hollande le
bombarda grand-croix du Lion néerlandais : un grand ban-
quet lui fut offert au Kurhaus de Scbeveningue (5 juillet) et
la Reine- Régente l'invita à dîner le lendemain au palais de
Soestdijk. De Hollande, Li passa en Belgique et arriva à
Paris le i4 juillet. La réception du Grand Secrétaire fut
cordiale en France, mais il mit la patience de ceux qui eu-
rent affaire à lui à une bien grande épreuve ; on le lui fit
sentir, et on n'eut pas tort. L'Angleterre reçut ensuite sa
visite. Reçu en audience par la reine Victoria, décoré de la
Grand-Croix de l'Ordre de Victoria, Li banqueta au Palais
de Cristal, à l'Hôtel Métropole; il visita la Banque d'Angle-
terre et fut reçu par la Chambre de Conuuerce, à Fishmon-
gers'Hall. Le 22 août, Li s'embarquait à Southampton pour
les Etats-Unis : la visite de Mew-York, de Toronto, et enlin
le départ final de Vancouver furent les dernières étaj)es
de ce long pèlerinage au coiirs duquel la Russie, seule,
glana quelque chose.
tique ; il mourut le i^^ septembre suivant. Le prince Alexis Borisovitch
Lobanov-Roslovskj était né le 6 décembre i8a4 ; la conOance de Tempe-
reur Nicolas II l'appela le i*:** mars 1896 à la succession de M. Nicolas de
Giers comme ministre des affaires étrangères.
CONVE>TION SPKCIAI.K FNTRK L\ CHINE ET L\ RISSIE 3^3
Li Hoiin^ Tchang arriva à Ticn-Tsinle matin du 3 octo-
bre ; son traité avec la Russie l'avait précédé ; le comte
Cassini avait pu terminer ses négociations et faire ratifier
le traité Lobanov, et le 3o septembre, sans attendre Li, il
quittait Pé-King, pour rentrer par la Sibérie, laissant
M. Pavlov en charge de la légation de Russie.
L'étonnement fut grand en Chine et ailleurs, lorsqu'au
mois d'octobre, le Nnrth China-Herald, de Chang-tlaï,
publia le document suivant qu'il avait eu, disait-il, beau-
coup de peine à se procurer :
CONVENTION SPECIALE E^TRE LA CHINE ET LA RUSSIE,
DITE CASSINI*
Sa Majesté hnpérialc l'Empereur de Chine ayant reçu les bé-
néfices variés résultant de Tappui loyal de Sa Majesté Impériale
TEmpereur de Russie lors de la fin de la dernière guerre entre
la Chine et le Japon, et étant désireuse que les communications
entre les territoires des frontières de leurs empires respectifs et le
commerce international des deux pays soient arrangées à leur
avantage mutuel, a ordonné le règlement mutuel de certaines
matières alîn de consolider pour le mieux les bases de l'amitié
entre les deux Empires. En conséquence, S. M. I. l'Empereur
de Chine a s|)écialement désigné les Hauts Commissaires Impé-
riaux les Princes et Grands Officiers de la Couronne composant
le Ministère iin|X'rial chinois de la guerre, avec des pouvoirs
plénipotentiaires, pour conférer et s'entendre sur certaines ma-
tières, à Pé-Ring, avec Son Excellence le Comte Cassini, Envoyé
Extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de S. M. I. l'Empe-
reur de Russie à la Cour de Chine, concernant le raccord du
système de chemin de fer des Trois Province^s Orientales [Feng-
tien, Kirin et lle-loung-Kiang] avec celui du chemin de fer
Impérial Russe dans la province de Sibérie, en vue de faciliter
1. Traduit de l'anglais du yorth-China Herald, 3o octobre 1896,
pp. 739-7^1 ; avait paru dans le X.-C. Daily Ne^vs^àu aSoctobre 1896.
Le numérotage des articles a été ajouté par le journal pour la commodité
de SCS lecteurs ; voir N.-C. Herald, p. 789.
34^1 VOYAGE DE LI HOl NG-TCIIVNG. CONVENTION C\SSINI
le transport de marchandises entre les deux empires ci de forti-
fier les défenses de la frontière et des côtes maritimes. El, en
outre, de s'entendre sur certains privilèges spéciaux concédés par
la Chine à la Russie en réponse à l'aide loyale donnée par la
Russie par la rétrocession de Liao-toung et de ses dépendances.
I. — Par suite du fait que le Grand Chemin de fer de la
Sibérie Russe est sur le point d'être terminé, la (Hhine consent à
autoriser la Russie h prolonger son chemin de fer sur les terri-
toires chinois (a) du port russe de Vladivostock dans la ville
chinoise de lloun-tchouen dans la province de Kirin, de là au
Nord-Ouest à la capitale provinciale de Kirin et (6) de la station
de chemin de fer d'une ville cpielconque de Sibérie à la ville
chinoise de Vïgoun dans la proxince de lle-loung-Riang, de là
au Sud-Ouest à la capitale provinciale de Tsitsihar, et de là à la
ville de Peluné, dans la province de Kirin, et de là au Sud-Est
à la capitale provinciale de Kirin.
3. — Tous les chemins de fer construits par la Russie dans
les provinces chinoises de Ile-loung-Kiang et de Kirin, devront
être construits aux seuls frais de la Russie et leurs règlements et
construction seront exclusivement d'après le système russe, avec
lecpiel la (]hine n'a rien à voir, et le contrôle entier sera entre
les mains de la Russie pour la durée de trente années. A la lin
de ladite période, la Chine sera autorisée à préparer les fonds
nécessaires avec lesquels, après l'estimation convenable de la va-
leur desdits chemins de fer, elle les rachètera, eux, le matériel
roulant, les ateliers de machines et les bAtiments qui s'y rappor-
tent. Mais comment la Chine, à cette date, rachètera ces chemins
de fer sera laissé à considérer dans l'avenir.
'^. — La Chine est maintenant en possession d'un chemin de
fer qu'elle a l'intention de pousser de (^han-Hai-Kouan dans la
capitale de la province de Feng-tien, savoir Moukden [Cheng-
Kingl et de Moukden à la capitale de la province de Kirin. Si la
Chine trouvait ensuite des inconvénients à construire cette route,
elle autorisera la Russie de fournir les fonds pour construire la
ligne de la ville de Kirin au compte de la Chine, qui pourra
racheter cette ligne au bout de dix ans. Quant à la route qui
sera prise par ce chemin de fer, la Russie suivra les plans déjà
faits par la Chine s'y rapportant, de Kirin à Moukden, Nieou-
tchouang. etc.
4. — La ligne qui doit être construite par la Chine commen-
çant de Chan-Hai-Kouan, dans le Féng-tien, à Nicou-tchouang,
(:r)NVENTio>' si»K(:i\i.K kntuk l\ <:iii>k kt la RUSSIE 345
kaipiiif;. Kiii-lclioou, Lon chouri-Koou (Pori Arthur) et Ta Hen-
>\aii et leurs (lr|)<Mi(laiiros, suivra les rèj^leiiienls des clieiniiis de
fer russ(»s dans le but de faciliter les échanges comiiierciaui entre
les Kinpires respectifs.
5. — OuanI aux elieuiins de fer devant être couslruits par la
liussie sur territoire chinois, les roules par lesquelles lesdites
lif^nes passeront devront ètn» protéjjfées, comme d'hahitude, par
les autorités locales ci\iles et militaires du pays. De |)lus, elles
devront accorder toutes facilités et aide aux autorités civiles et
militaires de Russie aux divers(»s stations de chemin de fer, ainsi
(|u'à tous les artisans russes et travailleurs c|ui en dépendent.
Mais par le fait (jue ledit chemin de fer traversera pour la plus
frrande partie un territoire stérile et peu habité dans lequel il
serait dillicile aux autorités chinoises d'être toujours capables de
garantir une aide et |)rotection nécessaires, la Russie sera auto-
risée de placer des bataillons spéciaux decaxalerie et d'infanterie
à diverses stations importantes afin de mieux protéjçcr la pro-
priété du chemin de fer.
f). — Quant aux droits de douane devant être perçus sur les
marchandises ex|)ortées ou importées dans leurs pays res[>cctifs
par lesdits chemins de fer, ils devront suivre les re«j[lcments pré-
vus par le Traité de (iOmmerce entre la Chine et la Russie, ra-
tifié dans la première année <lu règne de T*oung-Tché, 4" jour,
2** lune \'ào février 1863 v. st. | ' réglant le transit par terre des
marchandises entre les deux empires.
7. — 11 a toujours existé une loi prohibant l'exploitation des
mines dans les provinces de Kiriii et de iie-loung-Kiang, et dans
les montagnes de Tch'ang pei [Chainc de la Longue Montagne
blanche]. Après la ratification de ce traité, les Russes et les
sujets de l'empire chinois, seront autorisés ensuite à exploiter et
ouvrir n'importe lesquelles des mines ici mentionnées; mais
avant de le faire, ils seront priés en premier lieu de faire une
demande aux autorités locales chinoises à ce sujet, qui. d'autre
part, accorderont les autorisations nécessaires(hou-tchao) suivant
les règlements miniers en vigueur dans la Chine propre.
S. — Quoi qu'il existe certains bataillons de troupes exercés
à la façon étrangère (Lienkiun) dans les Trois Provinces de l'Est,
ce[)endant la plus grande portion du corps de l'armée territoriale
locale suit encore les règlements anciens de l'empire. C'est pour-
I. Voir I, p. Il 5.
346 VOY\(ÎF DE U lIOVNG-Tr.IIWG. — CONVKNTION CVSSIM
quoi, si dans Ta venir, la Chine dcmando de réformer suivant le
système occidental l'entière organisation de l'année des dites pro-
vinces,elle sera autorisée à engager dans ce but desolliciers niill-
laires russes capables, cl les règles pour la direction de cet arrange-
ment devront être d'accord avec C(»lles obtenues dans les pro\in-
ces de Liang-Kiang' h l'égard des olîiciers militaires allemands
cpii y sont engagés maintenant.
f). — La Kussie n'a jamais possédé en Asie un |M)rl de mer qui
soit libre de glaces et ouvert tout le courant de l'année, ('/est
pourquoi, s'il surgissait soudainement des opérations militaires
sur le continent, il serait naturellement dillicile aux (loties russes
des Mers Orientales et du Paciiiquede manœuvrer librement et à
volonté. (Connue la Chine se rend bien compte décela, elle con-
sent à louer temporairement h la Russie le |)ort de Kiao-lcluniu
dans la province de Chan tonng, la périmle de ce bail étant limi-
tée a quinze années. A la lin de cette période, la Chine achètera
toutes les casernes, magasins [godowns], ateliers de macliinc»s et
docks construits là par la Russie [pendant son occupation du dit
[)ort|. Mais, s'il n'y avait pas de danger d'o|x'Talions militaires,
la Russie n'entrerait pas inunédiatement en possession du dit
port ou n'occuperait pas les |X)ints inq)ortants dominant le port,
de fa<;on à éviter toute occ«ision d'exciter la jalousie et les sonj)-
çons des autres l*uiss<mces. Quant au montant de la Icx-alion et la
manière de la payer, ceci formera le sujet d'un examen dans un
protocole à une date ultérieure.
lo. — Comme les ports du Liao-toung de Lou choun Kéou
[Port Arthur] et de Ta-lien wan et leurs dépendances s<^nl des
points stratégiques ifn|K)rtants. il incond)era à la Chine de le>
fortifier convenablement en toute hâte, et de réparer loult»s leurs
fortifications, etc., de façon à se garantir contre les dangers
futurs; la Russie prêtera |iour cela toute l'assistance nécessaire
en aidafit à [)rotéger ces deux jK)rls et ne permettra à aucune
puissance étrangère de faire des empiétements. La Chine, pour
sa part, s'engage elle-même de ne jamais les céder à nu autre
pays ; mais, si à l'avenir, les exigences de> circonstances le récla-
maient et que la Russie se trouvât elle-même subitement entraî-
née dans une guerre, la Chine consent à autoriser tenq)oraire-
ment la Russie à concentrer ses forces territoriales et navales
I KiiiDg \an et Ngan-houci.
roNVKNTION SI'KCIVI.K FA TllR I, \ CIIINF, KT 1. \ MI'SSIF. 3/j7
dans l'inlorionr dvs dils ports de façon à nieltro la Russie on
('Mat d*atta(|iior l'rnnnni ou do ^ardor sa propre position.
II. — Si, ro|M*ndant. il n'y a pas do dangors d*opérations
mililairos dans los<piollos la Russie soit en^agoe, la Chine aura
Tonlior conirôlo sur radniinislraliou dos dils ports de Lou
rlioun Koou et Ta lion wan, et la Russie ne sVn niôlera en
aucune façon. Mais on co cpii concerne la construction des che-
mins do for dans h's Trois Provinces do TKst et l'exploitation et
rouxorluro dos ininos. ils s(»ront autorises à procoder iiniiH'<liate-
nient après la raliiication de celte convention et à la volonté dos
personnes (pie cela concerne. (Juant àcocpii regarde les officiers
civils et militaires do Russie et les marchands russc^s el les com-
merçants voyageant [dans n'importe cpielle [Kirtie des territoires
monlionnos ici], partout où ils iront, on leur donnera tous les
privilèges do proloclion et de facilites (pii sc^nt au pouvoir des
autorités loc«des et celles-ci ne seront pas autorisées h mettre des
omfHVhoments sur la route ou retarder les voyages des officiers
russcîs et des sujets mentionnés ici.
in. — Apres que cotte Convention aura reçu les signatures
res|)eclives de leurs Majestés Impériales [les Kmporeursde Chine
et de Russie] les articles en seront immé<liateincnt mis en
vigueur, et à l'exception des clauses regardant Port Arthur,
Ta lion wan, et Kiao-tchéou, seront notifiés aux diverses auto-
rités locales des doux Kmpires. Quant au lieu pour l'échange
des ratifications, il sera décidé dans un temps futur, mais
l'échange doit avoir lieu dans l'espcice de six mois.
Il a été. do plus, convenu entre les Pléni|)otenliaircs res-
jKHitifs dos Hautes Puissances contractantes, do faire celte
Convention en trois langues, c'est-fi-dire en chinois, en russe, et
en français ; une copie on chaque langue devant être gardée par
les Hautes Parties contractantes, après les avoir signées et
scellées. Et de plus, il a élé démontré, après com|>araison, que
ces documents ainsi donnes dans les trois langues, ainsi qu'il a
été dit plus haut, correspondent entre eux à tous égards ; mais
dans le cas de discussion à l'avenir, le texte de la copie fran-
çaise sera considéré comme la version correcte.
Une simple ins|)ectiun suffit à montrer que cette pièce ne
saurait être considérée comme officielle; elle manque d'ho-
mogénéité et comi)rcnd des parties disparates et je crois qu'on
348 VOYAGE DE M IIOrN«-TClI\>G. — CONVFATION CVSSIM
y peut distinguer deux documents: Tun relatif an chemin
de fer mandchourien, l'anlre à Kiao-lcheoii et aux antres
points; le premier serait, sinon dans tons ses détails, dn
moins dans son ensemble, la convention signée par la Bancpie
russo-chinoise le 27 aoùt-12 se|>tembre i^qO an sujet du
chemin de fer de Mandcliourie dont il a été parlé dans la
convention signée récemment par la (iliine et la Russie; le
second, le traité court, en (piehpies articles, signé à Saint-
Pétersbourg par Li lloung-tchang et le prince Lobanov. De
cette confusion est probablement né le document hybride
que les Anglais désignc»nt sous le nom de (Umvent'um Cassini
et cpie le D*" Dudgeon se serait procuré au Tsoung li ^amen.
En réalité il n'y a pas et il n'y a pas eu de Convention Cas-
sini ; il y a une convention de la Bancpie russo clii noise
relative à la garde du chemin de fer de Man<lchourie et le
traité signé à Saint Péters bourg dont nous parlons plus haut.
D'un autre côté, on faisait des démarches j>our (»btenir
rétablissement à Vladivostock d\m agent chinois |)arlant
la langue russe et dont la principale attribution aurait sans
doute été de veiller aux travaux de raccordement des lignes
ferrées et à la discipline des ouvriers chinois occupés à la
construction. A Vladivostock, de môme que dans les autres
ports militaires, le gouvernement russe n'admettait pas de
consuls proprement dits; il n'y avait jusqu'alors à Vladi-
vostock que deux agents étrangers, l'un allemand, l'autre
japonais, qui avaient di'i se contenter du simple titre d'agents
commerciaux et n'ayant pas les pouvoirs consulaires pro-
prement dits.
Lorsque le comte Cassini quitta la Chine, il avait bien
mérité de son pays; son but était atteint: rendre en Chine
à la Russie la place prépondérante (pi'ellc avait perdue sous
ses prédécesseurs; malheureusement ses successeurs immé-
diats, M. Speier et encore moins M. Michel de Giers, ne
surent pas la conserver.
CHAPITRE XX
LA CURÉE : KIAO-TCHEOU. - PORT ARTHUR ET TA-LIEN
WAN. — WEI-HAI WEI. - NON-ALIÉNATION DU TANG-
TSEU, ETC. - KOUANG-TCHEOU-WAN. - KAO-LOUNG.
La faiblesse qu'avait montrée la Chine dans la guerre
contre le Japon avait permis aux convoitises des nations
occidentales de s'allumer; il était certain que la Chine
abandonnée à elle-m<)me était impuissante h repousser les
demandes même extravagantes, même injustifiées, qui pou-
vaient lui (3lre faites. Il aurait fallu que cette sorte de triplicc
qui s'élait formée pour arn^ter la marche victorieuse des
Japonais continuât son rôle de protectrice de Chine; celle-ci
assurée contre les dangers extérieurs aurait peut-être essayé, je
dis seulement essayé, de tenter quelques réformes : les pre-
miers coups (jui la frappèrent lui furent portés par ces mêmes
puissances qui lui avaient promis leur appui ; la poHtique si
heureusement inaugurée par la France et la Russie en 1895
allait être abandonnée au profit de TAngleterre et du Japon,
qui n'ayant pas conqiris la situation nouvelle, laissèrent à
leur tour la Chine déroutée, alTolée, menacée d'un démem-
brement, aller à la dérive jusqu'à la grande catastrophe de
1900.
PEHTE DE l'iLTIS, 23 JUILLET 1896.
Depuis longtemps les Allemands cherchaient une occa-
sion pour se faire céder ou pour occuper un point de la côte
35o LA CURÉE
de Chine. Pendant longtemps, le littoral du Fou-kien fut
visé par elle, mais elle dut jeter ses regards autre part, k la
suite de la guerre sino-japonaisc. Un point du Chan-Toung
lui paraissait favorable à ses desseins : la baie de Kiao-Tcheou
désignée tout particulièrement à l'attention du gouvernement
allemand par le baron de Richthofen. Avant même que lé
traité secret russo-chinois de 1896 et que les droits accordés
par la Chine à la Russie sur Kiao-tcheou fussent connus,
il est probable que T Allemagne avait songé à l'occupation
de cette baie et qu'une catastrophe imprévue l'empêcha
seule de mettre son projet à exécution.
La canonnière allemande Iltis^ jaugeant /189 tonneaux,
commandant le capitaine-lieutenant Braun, quittait Tchéfou
le 23 juillet 1896, à 4 heures du matin, avec des ordres
cachetés, en ap[)arence à destination de Nagasaki, proba-
blement en route |K)ur Kiao-tcheou ; Vlltis passa au large
de VVci-haï Wei et à 5 heures de l'après midi tourna la
pointe Nord du cap Chan-Toung ; un peu plus tard il ren-
contrait le terrible typhon qui depuis la veille dévastait la
côte de Chine de Macao et Hongkong jusqu'au Nord ;
à 10 heures et demie, Ylltis s'échouait sur Fiat Uocky
Point, à 9 milles au Noixl du promontoire S.-E. du Chan-
Toung, point le plus méridional de la baie Shangkao ; la canon-
nière cxjmmence à couler, se brise en deux ; les mâts rom-
pus écrasent la passerelle des officiers; Téquipage est
englouti au chant de :
Der Kaiser und die Flagge hoch !
Die Flagge schwarz, weiss, roth I
Tous les ofljciers et leurs hommes au nombre de 77 péri-
rent; douze marins furent sauvés et soignés par les habitants
du village voisin de Tchouen-tao et recueillis parles vaisseaux
1. Coustruile cii 1878 à Danlzig.
MEURTRE DES PERES MES ET HEINLE 35 [
de guerre allemands Arcona et Cormoran accourus à la nou-
velle du désastre.
MEURTRE DES PÈRES NIES ET HENLE, l"" NOVEMBRE 1897.
L'occasion |)erdue fut bientôt retrouvée par TAlIemagne.
Depuis le mois d'août 189/4, le gouverneur du Chan-
Toung était Li Ping-heng, originaire de Féng-t'ien, ancien
trésorier du Kouang-Si (juillet i885) puis gouverneur du
Ngan-houei (mai 189/I), qui devait jouer un rôle important
dans la révolte des Boxeurs ; déjc\ fort hostile aux étrangers,
il encourageait les efforts criminels de l'association du Grand
Couteau (Ta Tao flouei)^ Tune des nombreuses sociétés
secrètes qui pullulent en Chine et que nous retrouverons
plus tard sous Tappellation locale de / Ho K'hiên.
Le 1" novembre 1897, à 11 heures du soir, une bande de
ces brigands attaqua la mission allemande du petit village de
Kia-tchf>uang, district de Kiu-yé (préfecture de Tchao-tcheou)
où se trouvaient les Pères Nies \ llenle"'^ et Stenz arrivés la
veille et le jour même. Surpris dans leur premier sonmieil,
le Père ^iies frappé de treize coups et le Père Henle de six
ne tardèrent pas à expirer; le Père Stenz qui logeait chez
le concierge de rétablissement échappa seul.
Jadis, la légation de France à Pé-King aurait été saisie de
cette grave aflaire, mais depuis 1890 * les prêtres de la Con-
grégation de Steyl à laquelle appartenaient les missionnaires
assassinés étaient placés sous la protection de TAUemagne et
I. ISios, FranroisXa\'ier, né le 1 1 juin iSSy, à Hecklinghausen,
dicK-èse d<* Paderborn (Wcslphalie) ; entré à Sle}l, le 7 mai 1877 ; or-
donne le 7 juin i88'i ; parti |M)ur la Chine, le i*"" janvier i885.
3. Henle, Richard, né le 11 juillet i863. à Stetten, près Kaiscrloch
de Sigmaringen ; entré à Ste)l, le 8 octobre 1880; ordonné le i5 juin
1889; parti pour la Chine, 1 5 juillet 1889.
3. Voir p. 85.
35a LA CURÉE
ce protectorat qu'avait revendiqué Guillaiinic FI dans un but
politique allait servir ainsi que Tavait prévu Teuipereur
allemand à réaliser ses desseins en Chine. A la nouvelle du
massacre, Guillaume 11 se livra h une de ces démonstrations,
trop théâtrales sans doute, qui accompagnent le moindre do
ses actes. Son frère, le prince Henri de Prusse, fut désigné
pour se rendre dans rExtréme-Orient et dans le banquet
d'adieu qui lui fut offert à Kiel, le i5 décembre 1897, l'Em-
pereur prononça un discours plus pompeux qu'agressif dans
lequel il déclarait que si quelqu'un cherchait à les empê-
cher de revendiquer leurs droits ou à leur faire du tort,
qu'on le frappe avec le poing ganté de fer (fahre darein mit
gepanzerlcr faasl) ! C'était faire beaucoup de tapage pour
enfoncer une porte ouverte. Le prince Henri quitta kiel le
16 décembre sur le cuirassé Deutscliland escorté du
Gefion .
OCCUPATIO?i DE KIAO-TCIIEOU, 1^ >OVEMHIiE 1897.
Le mardi 9 novembre 1897, les vaisseaux Kaisrr, Prin-
zess Wilhelm et Cormoran recevaient à Chang Haï Tordre
d'appareiller le jour suivant ; le dimanche matin du
i4 novembre, à 8 heures, le contre-amiral allemand von
Diederichs mettait à terre les compagnies de débarquement
qui, musique en tète, escortées delà populace chinoise* mise
en joie par un spectacle nouveau pour elle, s'avancèrent
pour occuper les hauteurs qui dominent la baie de kiao
tcheou ; la garnison chinoise occupée à faire Texercice et
croyant que les Allemands désiraient en faire autant, leur
abandonna courtoisement le chanq) de manœuvre et se
retira paisiblement. Touchante illusion ! Le commandant
chinois fut conduit devant les Allemands et on lui donna Tal-
lernative ou de combattre ou de se retirer avec ses hommes
dans les quarante-huit heures ; le pauvre diable télégraphia
OCCUPATION DE klAO-TCHEOU 353
au Tsoung-li Yamen qui, surpris de celle agression imprévue,
lui donna Tordre de ne |)as résisler el d'évacuer les casernes.
A 2 heures de Taprès-inidi, le pavillon allemand était hissé
sur le fort de l'Est et salué de 21 coups de canon.
Aussitôt après Toccupalion, Tamiral von Diederichs*
afficha une proclamation (i/| novemhre) dans laquelle il
déclarait « que les relations entre l'Allemagne et la Chine
étaient amicales. Dernièrement quand les hostilités ont éclaté
entre la Chine et le Japon, l'Allemagne est venue à son
secours avec toute sa puissance, afin de montrer son hon
vouloir à la Chine. Le présent débarquement des troupes
ne signifie pas qu'elle est ennemie de la Chine, et les habi-
tants du pays n'ont pas besoin de se méfier... Il est désirable
que dans le territoire occupé par l'Allemagne tous les fonc-
tionnaires chinois continuent à remplir consciencieusement
leurs devoirs... »
Li Houng-lchang déclarait à un correspondant du New-
York Herald à Pé-King :
L'occupation de Kiao-Tchéou par l'Allemagne constitue une
violation flagrante des traités et du droit des gens. Le prétexte
invoqué pour justifier cet acte d'hostilité est le meurtre de deux
missionnaires, par des brigands, dans l'inlérieur du Chan-Toung,
mais le gouvernonicnt chinois seinpressa d*ofl*rir des compensa-
tions conipIMes : la deslitnlion des fonctioiniaires locanx et le
payement d'indemnités considérables en argent. Dans notre désir
d'éxiter tont sujet de conilits plus graxes, nous retirâmes nos
troupes de Kiao-Tchéou, lors<pie les Allemands y débarquèrent
et, en dépit du mouvement de l'opinion publique qui nous
pousse à défendre notre territoire contre l'agression étrangère,
nous n'avons pas envoyé de renforts à Kiao-Tchéou.
I. Dietlericlis, Otto voUy 116 le 7 septembre i843, à Minden ; gymnase
de Potsdam ; 18G7, lieutenant; 18O9, premier lieutenant ; 1878, capi-
taine-lieutenant ; 1880, capitaine de corvette ; 188O, capitaine de vaisseau ;
1893, contre*amiral ; 28 novembre 1897, une semaine après Tsing-tao,
vice -amiral.
CORDIBR. III. — a3
354 LA cuaÉE
Le 22 novembre 1897, le baron von Heyking' déclarait
oflîciellement au gouvernement chinois que Kiao-tcheou ne
serait évacué que lorsque les demandes suivantes auraient
été accordées :
i) LYrcction d'une tabletle impériale à la mémoire des mis-
sionnaires assassinés ;
3) Indemnité aux familles des missionnaires assassinés ;
3) Dégradation h perpétuité du Gouverneur du Clian-Toung :
/i) Le Gouvernement Chinois devra paver les Irais d'occupa-
tion de Kiao-tcheou, par TAllemagne ;
5) On choisira de préférence des ingc'nieurs allemands jx)ur
la construction de tout chemin de fer que la Chine j>eul établir
dans la Province de Chan-Toung et pour IVxploilation des mines
qui pourraient exister sur le parcours de chemins de fer.
Le Yamen refusa d'entamer des négociations avant Téva-
cuation de Kiaotcbeou; le 25 novembre, le baron von
Heyking répliquait que le manque de parole des Chinois
ayant été démontré parTexpérience, il était im|)Ossible h IWIIe-
magnede retirer ses troupes de Kiao-tcheou avant que satis-
faction ne lui ait été donnée ; l'Angleterre cimseillait h la Chine
de céder sur les quatre premiers points, mais de réserver
le cinquième, inadmissible suivant elle jmr suite de la clause
de la nation la plus favorisée ; la France se tenait sur la
réserve; la Russie prévenue par télégramme de l'Empereur
Guillaume de ses projets ne protestait pas, malgré les droits
que le traité secret de 1896 lui donnait sur Kiao tcheou,
mais se préparait h prendre une sérieuse compensation ; d'ail-
leurs, Tamiral Tyrtov qui avait visité Kiao-tcheou, s'était
montré peu favorable à son occupation.
Les Chinois ne tardèrent d'ailleurs pas à quitter leur atti-
tude intransigeante ; ils comprirent que le refus d'entamer
des négociations ne pouvait que prolonger l'occupation de
I. Ministre d'Allemagne (|ui avait remplacé le baron Schcnck ; il
arriva à Chang-Haï, le vendredi 18 juillet 189O.
OCCUPATION DE klAO-TCUEOL 355
Riao-tclieou par rAlleniagne cl ils se décidèrent à désigner
deux membres du Tsoung-Ii Yamen pour commencer les
pourparlers. Dès le commencement de Janvier, Kiao-lcheou
était cédé à bail à l'Allemagne, et au milieu du mois les
principaux points en litige étaient réglés. Dans la séance du
Reichstag du 2/4 janvier i8()8, le ministre allemand des
Affaires étrangères, iM. von Bulow, pouvait faire les déclara-
tions suivantes :
« Les négociations avec le (jouvernement chinois en vue d'ol>-
tcnir réparation |)our le meurtre de missionnaires allemands
dans le Sud du Clian-Toung ont été conclues, et ont donné les
résultats suivants :
a I . L'ancien Gouverneur de la Province du Chan-Toung est
révoqué et ne pourra à Tavcnir occuper de hautes fonctions.
a a. Le Gouvernement chinois a promis de payer aux mis-
sionnaires catholiques une indenuiité de 3 000 tacls.
« 3. Comme réparation j>our la mort des missionnaires, le
Gouvernement (chinois s'est engagé à élever trois églises, cha-
cune avec une tablette inijK'riale — Tune à Tsi-ning (qui est
déjà cx)mmencée par la Mission), une autre à Tsao-lcheou, et une
troisième à l'endroit où les missionnaires ont été massacrés dans
le district de Kiu-yé. Le (iouvernemenl Chinois s'engage à payer
66000 taels pour chacjue église, et à accorder des emplacements
pour les deux dernières. Kn outre, un don de a/|000 taêls sera
fait pour la construction de sept bâtiments de mission dans le
district de Kiu-yé. Tous ces paiements seront faits par l'intermé-
diaire de la Légation d'Allemagne, alin d'éviter tout froisse-
ment entre les missionnaires et les autorités chinoises.
a 4- L/U édil impérial s|)écial sera promulgué pour la protec-
tion des missionnaires.
« Le Gouvernement Chinois a ainsi consenti à toutes les
demandes que nous avons faites h ce sujet. »
La Gazette de Cologne expliquait ainsi la conduite de
TAUemagne :
Depuis longtemps nos relations avec la Chine n'étaient plus
satisfaisantes. Comme la Hussie et comme la France, nous avions
accordé notre concours à cet empire lorsqu'il avait besoin qu'un
35ti LA CLRKR
lornie fût mis aux prolcntioiis du Japon viclorioux. La jo^ierre
teriîiinre, la Chine acquitta sa dette de reconnaissance à l^égard
de la Russie et de la France, mais elle parut croire qu'elle [)ou-
vail payer T Allemagne en phrases agréables et en promesses
vides. Celte attitude suscita notre mau\aise humeur, et le
meurtre de nos missionnaires vint à point nous faire perdre
patience.
Une escadre allemande occupa donc Kiao-Tch6ou, en dépit
des protestations de la Chine, j)Our que nous eussions en mains
une garantie territoriale que cet Ktat nous donnerait pleine
satisfaction |X)ur le passé et ])our l'avenir. Nous demandons des
garanties très palpables de la sécurité future de nos nationaux.
Une seconde escadre, commandée jxu* le prince Henri de
Prusse, accompagnée de transports qui ont i ^oo hoiiunes à leur
bord, est partie j)our rKxtréme-Orient. Le discours de Guil-
laume II à Kiel, le fait qu'il a confié le commandement de cette
escadre à son propre frère feront comprendre à la (]lnne qu'elle
ne saurait mieux faire que d'accorder nos demandes le plus tôt
|)ossible.
Toute résistance serait d'autant plus inutile (jue la situation
générale en Europe ne [>erniet à aucune puissance de s*opposc*r
à l'Allemagne dans cette alFaire. Si cette op|)osi lion se pHnluisait,
elle ne pourrait être qu'isolée et consécpiemment ineilicace.
Il est entendu que la politique est faite d'intérêts, non de
sentiments ; il est certain néanmoins que la forme jxMit
adoucir les mesures coercilives. L'Allemagne contimiant en
Chine la manière de son ancien ministre, M. von Brandt, a
agi à Kiao-tcheou a\ec une brutalité parfaitement inutile; il
était assez naturel qu'elle prétendît à un port de relâche ; elle
l'aurait sans peine obteim ; dans la circonstance le concours
de la Russie et peut-être celui de la France lui eussent été
acquis. Il faut chercher dans la manière dont Tairaire de
Kiao-tcheou a été conduite, non pas la cause unique, mais
la cause principale du mouvement des Boxeurs et de l'appui
que rimpératrice-douairière lui a donné.
M. II. C. Thomson écrit a\ec raison dans la Conlempo-
rary licciew (Juin 1901, pp. 877 8):
CONVENTION DE i/ \i,m:ma(;ne relvtive a ki\o-tcheol' 357
Juscju'à rassiissinai clos deux missioiinairos allemands « les
agissemenls des prêtres allemands n'avaient produit qu'une
intense irritation locale, sans que la Cour Impériale et les fonc-
tionnaires mandchous s'en occupent beaucoup, mais quand
Kiao-tcheou fut perdu, ils sentirent que leur prestige auprès du
p<Miple était s<»rieusement atteint et ils fomentèrent le mouve-
ment boxeur comme une association patriotique ».
CONVENTION DE l'aLLEMAGNE RELATIVE A KIAO-TCHEOU,
6 MARS 1898.
Le traité par lequel la Chine cédait à bail Kiao-tcheou à
rAllemagne parvint à Berlin le 28 avril 1898 et fut inséré le
joue suivant dans le Reichsanzeujer :
Le» incidentes relatifs h. la Mission dans la préfecture de Tsao-
tclieou. dans le (^han-Toung, étant maintenant clos, le Gouver-
nement Impérial Chinois juge à propos de donner une preuve
spéciale de son appréciation reconnaissante pour l'amitié que
lui a témoignée l'Allemagne. C'est pourquoi les Gouvernements
Impérial Allemand et Impérial Chinois, inspirés par le désir
mutuel et égal de fortitier les liens d'amitié qui unissent le^
deux contrées, et de développer les relations économiques et
commerciales entre li*s sujets des deux Ëtats, ont conclu la Con-
vention s(^parée suivante :
Art. I. — « Sa Majesté TKmpereur de Chine, guidée par
l'intention de fortitier les relations amicales entre la Chine et
l'Allemagne, et en même temps d'augmenter la préparation
militaire de l'Empire Chinois, s'engage, tout en se réservant tous
ses droits de souveraineté dans une zone de 00 kilomètres
(loo lis Chinois) entourant la baie de Kiao-tcheou à marée
haute, à permettre le libre passage de troupes allemandes dans
les limites decette zone en tout temps, comme aussi des'abstenir
de prendre aucune mesure, ou d'y promulguer aucun règlement,
sans le consentement préalable du Gouvernement Allemand, et
spécialement de ne placer aucun obstacle en travers d'aucun
règlement pour les cours d'eau qui pourraient être reconnus
nécessaires. Sa Majesté l'Empereur de Chine, en môme temps,
se R'serve le droit d'avoir une garnison dans cette zone, d'accord
CONVENTION DK i/aLLKM\GNE nEL\TIVK A HAO-TCOEOr 359
avec le Gouvernement Allemand, et de prendre d'autres mesures
militaires.
Art. II. — Dans Tintention de satisfaire au désir légitime de
Sa Majesté l'Empereur d'Allemagne, que l'Allemagne, comme
les autres Puissances, possède une station sur la côte chinoise
pour la réparation et récpiipemont do ses navires, pour l'emma-
gasinement de matériel et de provisions pour ceux-ci. et pour
tous autres arrangrmenls s'y rapportant. Sa Majesté l'Empereur
de Chine cède à bail, a l'Allemagne, provisoirement pour quatre-
vingt-dix-neuf ans, les deux côtés de l'entrée de la baie de
Riao-tcheou. L'Allemagne s'engage à construire, à un moment
convenable, sur le territoire ainsi cédé, des fortitications pour
la protection des bc^timents h j construire — et de l'entrée du
port.
Art. III. — En vue d'éviter la possibilité de conflits, le Gou-
veniement lm|M'>rial (Illinois s'abstiendra d'exercer ses droits de
souveraineté sur le territoire cédé pendant la durée du bail, et
en abandonne l'exercice à l'Allemagne, dans les limites suivantes :
I. Sur le côté Nord de l'entrée de la baie : la i)éninsule bornée
au Noi*d-Est par une ligne tirée du coin Nord-Est de l'ilc Potato
au |)ort de Lo-chan.
3° Sur le côté Sud de l'entrée de la baie : la péninsule bornée
au Sud-Ouest par une ligne tirée du point le plus au Sud-
Ouest de la baie se lrou\anl au Sud-Sud-Ouest de l'île Tchi-
posan dans la direction de l'île ïolosan.
3. L*île de Tchiposan et l'île Potato.
4. Tout le mouillage de la baie jusqu'au plus haut étiage
connu jusqu'à présent.
5. Toutes les îles vers la mer de la baie de Kiao-tcheou, qui
pourraient être importantes pour sa défense, telles que Tolosan,
Tcha-lien-tcheou. etc.
Les Hautes Parties (Ion I raclantes se réservent de délimiter
d'une manière plus exacte, d'accord avec les traditions locales,
les limites du territoire loué par l'Allemagne et de la zone des
5o kilomètres autour de la baie, par le moyen de Commissaires
devant être nommés des deux côtés.
Les navires de guerre chinois et les bâtiments de commerce
devront jouir des mêmes privilèges dans la Baie de Kiao-tcheou
que les vaisseaux des autres nations en termes amicaux avec
l'Allemagne; et l'entrée, le départ et le séjour des vaisseaux
chinois dans la baie ne devront pas être soumis à aucune restric-
36o L\ ci'rï^:e
lion antre que celles, que l<»(i()iiverneiiienl Impérial Alleiiiaii(J,
en verin des droits de sonverainelé snr l'ensemble de loul le
mouillage de la baie transférés à IWllemairne. |)onl à nn moment
quelconque trouver nécessaire <rimj)oser en vue des vaisseaux
des autres nations.
AiiT. IV. — L'AHema'^ne s'en^a^e à construire les si<;uaux
n(Vessaires h la navigation sur les iles et les bas-fonds à Tentive
de la baie.
.-Vucun droit ne sera demandé aux vaissi»au\ de j^uerre cliinois
et aux bâtiments de commerce dans la haie de Kiao-tcbeou,
excepté ceux qui pourront être levés sur les autres vaisseaux dans
le but d'entretenir les arranp^ements du |>ort et les (piais.
Art. V. — Si dans l'avenir rAllemagne exprimait le désir de
rendre la baie de Kiao-tcbeou à la ('.bine avant l'expiration du
bail, la Cabine sVngaf^e h rendx>urser à rAllemaf^ne les dé|HMis<»s
qu'elle a encourues à Kiao-tcbeou, et de céder à l'Allemagne
un endroit plus convenable.
Ij' Allemagne s'engage h ne sous-louer à aucune époque à une
autre puissance le territoire loué jKir la (ibine.
La |)opulation Cbinoisc demeurant dans le territoire ccMlé
devra en tout temps jouir de la protection du (iouverneinent
Allemand, |>ourvu qu'elle agisse en conformité de la loi et de
Tordre : fi moins que leur terrain ne soit re(|uis pour d'autres
usages, les babitants |)ourront y rester.
Si le terrain appartenant à des propriétaires Cbinois est requis
pour d'autres buts, le propriétaire recevra une com|XMisation,
Kn ce qui concerne le rétablis.sementdes bureaux des Douanes
Cbinoises qui existaient au|)aravant en debors du territoire cédé,
mais dans les limites de la zone des 5o kilomètres, le Gouverne-
ment Impérial Allemand a l'intention d'arriver à un accord avec
le Gouvernement (finnois pour le règlement délinitif de la fron-
tière douanière, et le mode de prélèvement des droits de douane,
de façon à sauvegarder tous les intérêts de la (^bine et propose
d'entrer en négociations à ce sujet.
La convention ci-dessus devra être ratifiée par les Souverains
des deux États Contractants, et les ratifications écbangées de
telle manière que, après la réception à Berlin du Traité ratifié
par la (ibine, la copie ratifiée par l'Allemagne sera remise entre
les mains du Ministre Cbinois à l)erlin.
Le présent Traité a été tiré en quatre copies, deux en Alle-
mand et deux en Cbinois, et a été signé par les Représentants
POHT-VUTHIH 36 I
des deux Riats Contractants \o 6 Mars 1898, équivalant au
I V jour du second mois de ia vingt-(|ualricme année Kouang-
8iu.
(Grand Sceau du Tsoung-li Yanicn).
Le Ministre Impérial Allemand,
Signé : Baron de Heyrinc.
Li Houng-tchang,
Grand Secrétaire Impérial Chinois,
Ministre du Tsoung-li
Yamcn, etc.
Weng T'oung-ho,
Grand Secrétaire Impérial Chinois,
Memhre du Conseil d*État,
Ministre du Tsoung-li Yanien, etc. *.
PORT-ARTHUR
En décembre 1897, la Chine accorda à la Russie la per-
mission de s'établir provisoirement à Port-Arthur pendant
rhivcr ; les Russes déclaraient que cette occupation n'était
pour eux qu'une alTaire de commodité et qu'elle n'avait
aucun rapport avec la prise de Kiao-tcheou. L'Angleterre
craignant pour Ta-lien wan le même sort que pour Port-
Arthur essayait de faire déclarer ce port ouvert au commerce
ainsi que \an ning et Siang-tan (Hou-Nan) : la France
protesta contre l'ouverture de Nan-ning.
Cependant une grande agitation se produisait en Angle-
terre ; le comte Mouraviev, ministre des Affaires étrangères,
protestait que la Russie n'avait en aucune façon l'intention
de causer la moindre difficulté à l'Angleterre (2 février 1898)
et qu'il était naturel que son pays cherchât un port pour
son commerce, sur les cf)tes Nord du Pacifique.
La cession à bail des deux ports du Liao-toung fut consa-
crée par Tarrangemcnt suivant :
I. Traduit do Chitta, ii*» 1 (1899), p. O9-71.
36a I-A CIRÉF
ARRANGEMENT ENTRE LA RUSSIE ET LA CHINE AU SUJET
DE PORT-ARTHUR ET DE TA-LIEN WAN (l5-27 MARS 1898)
Le 6' jour de la 3*^ iune de la a^*^ année Kouang-Siu (27 Mars
1898), Sa Majesté l'Empereur de (]hine a s[)écialement délégué
le Grand Secrétaire, Li, et le Vice-Président du Ministère des
Finances, Tchang. comme Plénipotentiaires pour arranger les
aflaires relatives au prêt de Port Arthur et de ïa-lien wan avec
le Charge d'Affaires russe, Pavlov.
La Convention rédigée est la suivante :
Art. L — En vue de la protection de la (lotte russe et (pour
lui |>ermettre) d'avoir une base sûre sur la côte Nord de (jhine.
Sa Majesté l'Empereur de Chine consent à louer à la Russie,
Port-Arthur, Ta-lien wan, et les eaux adjacentes. Mais ce bail
devra être sans préjudice' pour l'autorité chinoise dans ce terri-
toire.
Aht. II. — La limite du territoire loué en conséquence de
l'article précédent s'étend du Nord de Ta-lien >\an suivant les
exig(^nces (de la situation) sur terre, cl de la protection du ter-
ritoire, et permission sera donnée pour qu'elle soit placée à telle
distance qu'il sera nécessaire.
L'exacte limite et autres détails de celte Convention, seront
conjointement convenus à Saint-Pétersbourg avec Siu ïa-jen,
après la signature de celte Convention, avec toute la diligence
|)OSsible, et un article s|)écial sera rédigé. Après que la frontière
aura été décidée, tout le territoire inclus et les eaux adjacentes
seront entièrement remis aux mains de la Russie pour s'en servir
Art. III. — Le terme du bail est fixé a vingt-cinq ans à partir
de la date de la sigfiature. A l'expiration, une augmentation de
durée pourra être convenue entre les deux pays.
Art. IV. — Pendant la |)ério«le fixée, dans le territoire loué à
la Russie et dans les eaux adjacentes, tout mou>ement de troupes,
qu'ils soient navals ou militaires et la nomination des hauts
fonctionnaires pour gou\erner les districts, seront entièrement
laissés aux olliciers Russes, un honune étant rendu responsable,
mais il ne devra pas avoir le titre de Gouverneur-Ciénéral ou
Gouverneur.
I. Droits de soii\eraincté ?
ARR4>GEME\T ENTHE LA RUSSIE ET LA CHINE 363
Aucune troupe Chinoise d'aucune sorte ne sera autorisée de
stationner dans ces limites. Dans Tenceinte des limites, les Chi-
nois peuvent cpiitter ou demeurer à ieur gré et ne doivent pas
être chassés.
En cas de crimes, le coupahle devra être remis entre les mains
du fonctionnaire chinois le plus proche pour être puni seirtn la
loi, d'accord avec l'arrangement fixé par le 8* article du Traité
Russo-Chinois de la lo** année de Hien-Foung (iSfio).
Art. V. — Au Nord du territoire loué, il doit être laissé une
parcelle de territoire, dont l'étendue devra être fixée par Siu
ïa-jcn et le Ministère des VlTaire^s Étrangères de Russie. Cette
parcelle devra être entièrement laissée aux fonctionnaires Chinois»
mais aucune trou|>c chinoise ne devra y entrer, excepté aprè^s
entente avec les fonctionnaires Russes.
Art. VI. — IjCs Ciouverncments des deux pays con>iennent
que, comme Port Arthur est seulement un port naval, il n'est
permis qu'aux vaisseaux Russes et (^ihinois de s'en servir, et doit
être considéré comme un port fermé pour les vaisseaux de guerre
et de commerce des autres Puissances.
Quant à Ta-lien wan, h l'exception d'une partie du port, qui
comme à Port-Arthur, devra être réservéîc à l'usage des vais-
scxiux de guerre Russes et Chinois, le reste sera un port de coin-
mercc dans lequel les vaisseaux marchands de toutes nations
pourront aller et venir librement.
Art. vu. — La Russie reconnaît définitivement le territoire
loué, mais Port-Arthur et Ta-licn wan sont d'une importance
s|>éciale. (Quant aux) fonds, elle construira elle-même tous les
bâtiments qui seront nécessaires aux troupes navales ou mili-
tai ires, à la construction de batteries, de casernes pour les garni-
sons, et généralement fournira tous les fonds qui seront utiles.
Art. VlII. — \jQ Gou>ernement Chinois convient que le prin-
cipe de l'autorisation accordée dans la a2« année de Rouang-Siu
(i8()r)) à la (Compagnie du chemin de fer Mandchourien |)our
la construction d'un chemin de fer, sera, à partir de la date de
la signature, étendu à la construction d'une ligne d'embranche-
ment d'une certaine station de la ligne citée ci-dessus à Ta-lien-
wan, ou, si la n<k:e.ssité le réclame, le même principe sera étendu
à la construction d'une ligne d'embranchement de la ligne prin-
cipale à un point convenable sur la côte maritime dans la pres-
qu'île du Liao-toung. entre Ying-tseu (Nieou-tchouang) et le
fleuve Ya-lou.
364 1'^ r.iRÉE
Les clauses de la Convention du 8 septembre 1896, entre le
Gouvernement Chinois et la Banque Russo-Chinoise doivent
être strictement observées en ce qui regarde la ligne d'embran-
chement sus-mentionnée. La direction de la ligne et les endroits
par lesquels elle devra passer seront convenus par Siu Ta-jen
et la Compagnie du chemin de fer Mandchourien. Mais cette
concession de chemin de fer ne devra jamais servir de prétexte à
un empiétement sur territoire (^ihinois, ni pour autoriser une
ingérence dans l'aulorité ou les intérêts Chinois.
Art. IX. — Cette Convention entrera en vigueur à partir
de la date de l'échange [sic] par les Plénipotentiaires des deux
pays. L'échange aura lieu à Saint-Pétersbourg après ratification
impériale *.
OCCUPATION DE POIiT-ARTllUR ET DE TA-LIEN WAN,
16-28 MARS 1898.
Le 5-12 mars 1898, le lieutenant-général Grodekov,
commandant intérimaire des troupes de la circonscription
militaire de TAmour, embarquait à Vladivoslock un détache-
ment de troupes de terre qui rejoignit le 9 mars à Port- Arthur,
Pescadre russe commandée par le contre-amiral Doubassov :
les troupes chinoises ayant évacué Port Arthur le i5 mars, le
16 à 6 heures du matin, les Russes occupaient la ville et les
forts. L'occupation de Ta- lien wan avait lieu simultanément.
Le traité du i5 mars parait avoir été complété par Parran-
gement suivant^ qui aurait été conclu à Saint-Pétersbourg
le 7 mai 1898 et qui a été envoyé de Pé-King, le 2/4 jnin
au marquis de Salisbury par Sir Claude Mac DonakP:
1. Traduit (le China, n** i (1899), p. 127-129.
2. China, n" i (1899), p. 187-188.
3. Successeur de Sir N. R. O'Conor. Mac Donald. Claude M axs\ell,
onlré au 7*" highlaaders. i<) mars 1872, servit en Egypte; il se relira de
Tarmée comme major le 20 mars 1896 ; il fut commissaire cl consul
général à Zanzibar, dans la région du Niger; il était consul au Cameroun
d(>puis le i*'"" janvier 1891, lorsqu'il fui nommé le i*^"" janvier 1896 en
Chine et en Corée, ministre plénijwtenliairc. Il arriva à Chang-llaï, le
i3 mars i89r».
ARRANGEMENT SPÉCIAL RUSSO-CHINOIS . 365
ARRANGEMENT SPÉCIAL RUSSO-CHINOIS, 7 MAI 1898.
Les Gouvernements de Russie et de Chine étant désireux
d'ajouter quelques stipulations au Traité conclu à Pé-King le
i5 Mars 1898 (v. st.), les Plénipotentiaires des deux Gouverne-
ments sont convenus de ce qui suit :
Art. I. — D'accord avec le 2" article du Traité original, le
territoire Nord, loué et cédé à la Russie — Port-Artliur, Ta-lien
wan et la pre8<ju'île du Liao-toung — conunencera du côté Nord
de la baie d*A-tang sur la côte Ouest du I^iao-toung et passera à
travers le sommet de la Montagne d'A-tang (le sommet étant
inclus dans le territoire loué) h la côte Est du Liao-toung prés
du côté Nord de la Baie de Pi-lseu wo. La Russie est autorisée h
se servir de tous les" cours d*eau adjacents au territoire loué et à
toutes les îles autour.
Les deux pays nommeront des officiers spéciaux pour relever
le pays et déterminer les limites du territoire loué.
.\rt. II. — Au Nord de la frontière fixée dans Tart. i. il y
aura, d'accord avec l'art. 5 du Traité de Pé-King, un terrain
neutre, dont la limite Nord commencera sur la côte Ouest du
Liao-toung à l'embouchure du fleuve de Kai-tcheou, passera au
Nord de Yu-yen tch'ang au fleuve Ta-yang, et suivra la rive
gauche de ce fleuve jusqu'à son embouchure, qui sera comprise
dans le territoire neutre.
Art. III. — Le (jouvernement Russe consent à ce que les
|X)ints terminus de la ligne d'embranchement reliant le chemin
de i'er Sibérien à la pres(ju'île du Liao-toung soient à Poit-
Arthur et Ta-Iien wan et à aucun autre port dans la dite pénin-
suhî. 11 est de plus convenu réciproquement que les privilèges
des chemins de fer dans les districts traversés par cette ligne
d'embranchement, ne seront pas accordés aux sujets d'autres
Puissances. En ce qui concerne le chemin de fer que la Chine
doit construire elle-même ensuite de Chan-Haï Rouan en exten-
sion à un point aussi près que possible de celte ligne d'embran-
chement, la Russie convient qu'elle n'a rien à y voir.
Art. IV. — Le Gouvernement Russe donne son assentiment
à la requête du Gou>ernenient Chinois que l'Administration et
la police de la ville de Kin-tchéou soient Chinoises. Les troupes
Chinoises évacueront Kin-tchéou et seront remplacées par des
360 LA CLRÉB
troupes russes. Ia»s liabilants tie la ville oui la faculté de se servir
des routes de])uis Kiii-lchéon jusiprà la froiilière Nord du ter-
ritoire loué et des eaux liabituelleinenl employées près de la
ville, uiais ils n'ont pas le droil de navi<^nier sur les côtes niari-
tiuies.
Anr. \. — Le (louvernenicnl (Ihinois convient:
I** Que sans rassentinient russe aucune concession ne sera
accord('»c sur le terrain neutre aux sujets des autres Puissances;
a*^ Que l<*s |)orts sur la côte maritime Ksi et Ouest du terrain
neutre ne seront pas ouverts au commerce des autres Puissances :
3" Ei (jue sans le consentement de la Hussie, aucune conces-
sion de route ou de mine, aucun privilège industriel ou mer-
cantile m* s<»ra accordé dans le territoire neutre.
AVEI-lIAl AVEl
Le 25 lévrier 1S9S, Sir Claude Mac Donald télégraphiait
à lord Salisbnrv qu'un ministre chinois, probablement
bien renseigné, lui avait dit <pie leur gouvernement était
disposé il louer Wei-haï Wei à rAnglclerre, s'il pensait que
cette proposition eut rhance d'être tiiTueillie (Tune manière
favorable : le même jour, lord Salisbury répondait que la
politi<pie actuelle de son cabinet tendait à empêcher toute
aliénation du territoire chinois, et que par suite, toute dis-
cussion relative à \\ ei-haï W ei était prématurée. A la suite
des bruits d(» cession de Port-Arthur et de Ta lien \>an à la
Kussie, lord Salisburv revenait à la question (7 mars i8|)8);
le ^5 mars il télégraphiait à Sir C Mac Donald que la
cession de Port Arthur à la Russie détruisait la balam*e de
puissance dans le golfe de Pe Tché li et (pie par suite il était
nécessaire, lors du départ des Japonais, iroblcnir la cession
de Wei-haï \\ ei aux mêmes termes que la Hussie pour Port-
Arthur ; la (lotte anglaise remontait de Hong Kong au golfe
de Pé Tché-li. Le gouvernement japonais prévenu (3i mars)
des intentions de TAnglelerreles approuvait (i> avril).
Ce même jour, le Tsoung-li \amen C4>nscntail à céder à
WEI-II\Ï WEI 367
bail à l'Angleterre Wei-Haï Wei aux termes accordés à la
Russie pour Port-Arthur ; l'Angleterre s'engageait à ne
prendre possession de la place qu'après le départ des Japonais ;
le bail durerait jusqu'à l'évacuation du Liao-Toung par les
Russes * .
Pour ménager les susceptibilités de l'Allemagne, M. Bal-
four télégraphiait le 19 avril i8()8, à l'ambassadeur anglais
à Berlin, Sir V. Lascelles, la déclaration suivante, qui, avec
l'autorisation du gouvernement britannique fut insérée dans
le Reichs-Anzeiijer, le 22 avril :
« L'Angleterre déclare formellement à l'Allemagne qu'eu
s'établissant à Wei-haï Wei, elle n'a aucune intention de
faire du tort ou de contester les droits et les intérêts de
l'Allemagne dans la province de Chan-Toung, ou de lui
créer des dilTicultés dans cette province. Il est spécialement
entendu que l'Angleterre ne construira aucun chemin de fer
de Wei-haï Wei et le district loué avec, à l'intérieur de la
province de Chan-Toung. »
L'évacuation de Wei-haï Wei parles Japonais commandés
par le général Miyoshi, commencée le 17 mai ayant été
terminée le 2^1, le pavillon britannicpie fut hissé le 25 mai
par les conniiissaires anglais le capitaine de la marine royale
G. King Hall et le consul anglais, de Tché-fou, L. C. Ilopkins,
désignés par l'amiral Sir Edward Seyinour. Le i®'^ juillet
i8()S, une convention signée à Pé King par Sir Claude Mac
Donald réglait les conditions de l'occupation de ce port et de
ses dépendances |)ar l'Angleterre. « Le port de Wei-haï Wei
est facile d'accès, et capable d'offrir un abri à un nombre
considérable de navires d'un tirant modéré, mais le mouil-
lage est rétréci pour de grands bâtiments. Il a deux entrées,
l'une à l'Ouest et Taulre h l'Est de l'île de Liu-Koung tao,
offrant ainsi facilité d'accès pour entrer ou pour sortir par
I. China, n" i (1898).
368 I.A CtR]^:K
presque tous les vents. La ville s'élève sur la pente d'une
colline au fond de la baie, et est entourée d'une muraille.
Le meilleur mouillage est près de la pointe occidentale de
Liu-Koung tao*. »
DÉCLARATION DE NON-AMKNATION DE LA VALLÉE
DL Y\>r.-TSKU, II FÉVKIRH 1898.
L'Angleterre trahissait à la fois et ses desseins et son
anxiété en demandant (Pé King, 9 février 1898) au Gouverne-
ment chinois une déclaration au »ujel de la non-aliénation
de la vallée du Yang-tseu. Le ïsoung-li Yamcn déclarait en
conséquence à Sir C. Mac Donald (11 février 1898, 21"
jour, i" lune, 24*^ année Kouang-Siu) qu'il avait à « remar-
quer que la région du Yang-tseu est de la plus grande im-
portance en ce qui concerne la position entière (ou les intérêts)
delà (jhine, et qu'il est hors de question que des territoires
(dans cette région) soient hypothéqués, h)ués. ou cédés à
une autre puissance. »
NO?l ALIÉNATION DES PROVINCES LIMITROPUES Dl TONti-kINfi,
10 AVRIL 1898.
De notre côté sur la demande de nt>tre chargé cfalTaires.
M. Cl. Duhail, faite le '1 avril, le Tsoung-li ^amen lui remet-
tait la déclaration suivante :
Le :iO"' jour de la 3® lune de la mV aiinéi* Kouaiig-Siu fie
10 avril 189S).
Le l'i* jour de la 3'- lune de la 'jV aimée Kouang-Siu (le
f\ avril 1898). .Nous avons reçu de \ olre KxeelIcMice la (lé|>«Vhe
suivante [Demamle de M. r)uhnil\:
-Notre Yanien considère qui» les provinces Chinoises limitro-
phes du Tong-King, étant des points im|K)rlants de la frontière,
1. China, n" i (1899). p. 80.
KOL.VNG-TCUEOL WAN SGq
qui rinléresscnl au plus haut degré, devront être toujours admi-
nistrées par la Chine et rester sous sa souveraineté. Il n*y a
aucune raison pour qu'elles soient cédées ou louées à une Puis-
sance.
Puisque le Gouvernement français attache un prix particulier
à recueillir cette assuran/N Nous croyons devoir adresser la pré-
sente réponse olTicielle à Votre Excellence, en La priant d*en
prendre connaissance et de la transmettre.
?ION-AUÉNATION DU FOU-KIEN, AVRIL l8^8.
Le même mois d'avril 1898, le ministre du Japon obte-
nait du Yamon une déclaration semblable |Kjur leFou-Kien;
le parti chauvin japonais aurait désiré que le gouvernement
du Mikado obtint la cession à bail d'un port de celte pro-
vince pour empêcher la contrebande d'armeselde munitions
qui s'exerçait constamment entre Formose et Amoy et
Fou-tcheou. Peut-être, pour brouiller les cartes, le 3o avril
on faisait courir le bruit à Tokio de l'occupation par les Alle-
mands de Tîle de Matsutin près de Fou-lcheou; il est évi-
dent qu'après la déclaration de la Chine relative au Fou-
kien, cette occupation aurait été considérée comme une
provocation.
KOUANG-TCHEOU WAN
La France suivait naturellement pas à pas les progrès
faits par les autres puissances et aux avantages que celles-ci
obtenaient, elle répondait par des demandes équivalentes
à la Chine. Le 11 avril 1898, notre chargé d'affaires à
Pé-King pouvait écrire à M. Hanotaux, ministre des
affaires étrangères, que, en outre de l'assurance du maintien
de rinlégrilé territoriale du Kouang-Toung, du Kouang-Si
et du \un-Nan, du droit de construire un chemin de fer de
la frontière du Tong-King h la capitale de cette dernière
province et d'avantages dans le service des Postes, « la
GoRDiER. m. — a4
370 LA CLltÉE
baie de Kouang-lcheou wan nous est cédée à bail pour
99 ans*. Nous avons le droit d'y établir une station
navale avec dépôt de charbon. La délimitation de la conces-
sion sera faite sur place. Je me suis mis en rap()orl avec le
commandant en chef de notre esc^idre afin de régler ici
les formantes de hi prise de possession* ».
Le 2'i avril, le contre-amiral Gigaull de la BédoIIiére,
commandant une division de TKscadre d'Extrême -Orienl,
arborait le pavillon français sur un fort abandonné, situé
dans la presqu'île de Lei-tcheou, au Sud-Sud-Est de la baie
de Kouang tcheou ; la cérémonie fut célébrée en présence
des compagnies de débarcpiement en armes ; le Piiscal, la
Surprise, le Lion, mouillés sur une ligne, a 600 mètres du
fort, saluèrent par 21 coups de canon '.
Le 27 mai 1898, M. Pichon, ministre de France h
Péking, remettait au Tsoung-li ^amen le projet de conven-
tion suivant, en déclarant cpie l'attitude du vice-roi de
Canton rendait toute entente impossible, que nous restions
prêts « à discuter amicalement et à résoudre à Famiabie, en
nous inspirant de nos droits et de nos bonnes relations avec
la Chine, la question malheureusement compliquée par des
incidents qu'il n'avait pas dépendu de nous d'éviter * ».
PHOJET DE CONVENTION RELATIF A KOL ANGTCHEOU WAN
Ahticlk prkmikr. — Le (jou\ernenient chinois, en raii^m de
son amitié pour lu France, a donné à bail [unir 99 ans Kouang-
tcheou ouan an (iou\ernenient français pour y établir une
station navale avec dépôt de charbon, mais il reste entendu que
cette location n 'affectera ])as les droits de souveraineté de la
Chine sur les territoires cédés.
I. A partir du 10 avril,
a. Li\'re jaune, p. 48.
3. Livre jaune, p. 5a.
4. lAvre jaune, p. a.
I ^^1
PROJET DE CONVENTION RELATIF A KOL ANG-TCIIEOU-WAN 3'j l
Art. 2. — Le territoire loué comprendra les eaux et terrains
nécessaires à la sécurité, à l'approvisionnement et au développe-
ment normal de la station navale et du dépôt de charbon, c'est-
à-dire :
a) L'île de Tong-haï :
6) L'île de Nao-tchéou :
c) Au Lei-tcheou, une bande de terrain reliant un point de
la côte situé au Sud de Kieou-man-sion (Tiao-man) et se trou-
vant par 20°5o' de latitude Nord, à Clie-mcn par ai**25' de lati-
tude Nord sur une profondeur indiquée d'une manière générale
sur la carte ci-an nexée ;
(/) Au Kao-tchcou, une bande de terrain comprise entre
21*25' de latitude Nord et2i°o4' de latitude Nord, sur une pro-
fondeur indiquée d'une manière générale sur la carte ci-annexéc ;
e) Les îlots compris dans l'intérieur de Kouang-tchéou-ouan,
ainsi que les eaux intérieures et extérieures de la baie, et les eaux
extérieures de Nao-tcheou et de Tong-haï. dans les limites accep-
tées en droit international (six milles marins).
Les limites exactes sur le continent du Lei-tcheou et du Kao-
tcheou seront fixées, après la signature de la présente convention,
quand des reconnaissances spéciales auront été faites par des
fonctionnaires désignés par les deux Gouvernements.
Lesdits fonctionnaires devront procéder sans retard à leur
mission, afin d'éviter tout froissement possible entre les deux pays.
Art. 3. — Le territoire sera gouverné et administré pendant
les 99 ans de bail par la France seule, cela afin d'éviter tout
froissement possible entre les deux pays.
Les habitants conserveront la jouissance de leurs propriétés ;
ils ])ourront continuer à habiter le territoire loué et vaquer à
leurs travaux et occupations, sous la protection de la France,
aussi longtemps qu'ils se montreront respectueux de ses lois et
de ses règlements. La France payera un prix équitable aux pro-
priétaires indigènes pour les terrains qu'elle désirera acquérir.
Art. 4. — La France pourra élever des fortihcations. faire
tenir garnison à des troupes ou prendre toute autre mesure
défensive dans le terrain loué.
Elle pourra construire des phares, placer des bouées et signaux
utiles à la navigation sur le territoire loué, le long des îles et
des côtes, et, d'une manière générale, prendre toutes les mesures
et adopter toutes les dispositions propres h assurer la liberté et
la sécurité de la navigation.
Il
872 LA CLHÉE
Art. 5. — Les navires à vapeur de la Chine, ainsi que les
navires des Puissances en relations diplomatiques et coiinner-
ciales avec elle, seront traités dans le territoire loué coninie
dans les ports ouverts de Chine.
La France pourra promulguer tous les règlements qu'elle
voudra dans Tadministration du territoire et du port et notam-
ment percevoir des droits de phare el de tonnage destinés à
couvrir les Irais de construction et d'entretien des feux, balises
et signaux, mais lesdits règlements et droits seront appliqués
impartialement aux navires de toutes nationalités.
AiiT. 6. — Si des cas d'extradition se présentent, ils seront
traités d'après les stipulations des conventions existantes de la
France el de la Chine, noiamment celles qui règlent les rap|)orts
de voisinage entre la Chine et le Tonkin.
Art. 7. — Le Gouvernement (Chinois autorise la France à
construire une voie ferrée reliant un point de la baie de Kouang-
tcheou-ouan, au Lei-tcheou, h un jjoint à désigner sur la cote
Ouest du Lei-tcheou, aux environs d'On-|)ou. Ce dernier |)oinl
sera ultérieurement désigné avec précision.
La Chine fournira le terrain, mais les frais de construction et
d'exploitation seront à la charge de la France. Les Chinois
auront le droit de circulation et de trafic sur la voie ferrée,
d'après le tarif général appliqué.
Les mandarins de\ront veiller à la protection de la voie el du
matériel, mais la réparation et l'entretien de cette voie et de ce
matériel seront à la charge de la France.
Art. 8. — La France pourra également, au point d'ahoutisse-
nient de la ligne vers On-pou, construire des déharcadères,
a])pontements, magasins et hôpitaux, établir des feux, bouées el
signaux. I^e mouillage en eau profonde le plus \oisin de ce point
d'aboutissement (eaux territoriales) sera exclusi>ement réservé
aux navires de guerre français et chin(»is, ces derniers en situation
de neutralité seulement.
La présente convention entrera immédiatement en vigueur.
Elle sera ratiliée dès à présent par l'Empereur de Chine, et
lorscpi'elle aura été ratiliée par le Président de la Uépuhliquc
française, l'échange des ratifications aura lieu à dans le
plus bref délai |K)ssihle.
Fait à Pékin en huit exenq)laires dont (piatre en langue fran-
çaise et quatre en langue chinoise, le... 1898.
PROJET DK CONVENTION HELATIF \ ROI \Nr.-TCHEOU-W \N SyS
Le () juin 1898, la Chine désignait le fonctionnaire Pan
pour procéder à la délimitation de Kouang-tcheou wan ;
le commandant en chef de l'escadre d'Extrême-Orient élait
désigné parla France le 8 juin ; il devait se faire représenter
par M. Kahn, vice consul î\ « Haï nan qui traiterait person-
nellement avec TenNoyé chinois d'après les instructions
deTamiral de Beaumont. » L'attitude hostile de la population
et les attaques dont les troupes étaient l'objet nous obligeaient
au commencement du mois d'août 1898 à faire occuper par
des compagnies de débarquement le fort de Ho-teou, lieu de
notre principal établissement, et le fort de l'île de Nao-tcheou.
Les affaires prenaient une mauvaise tournure; il était avéré
que le vice-roi de Canton organisait la rébellion pour em-
pêcher la prise de possession. Le Gouvernement impérial
déléguait à Kouang-tcheou wan, le général Sou* qui quitta
Pé-King le 12 septembre 1899 ; d'autre part le gouverne-
ment général de l'Indo-Chine envoyait deux bataillons de
renfort (nov. 1899) *'*" contre-amiral Courrejolles qui avait
remplacé l'amiral de Beaumont dans le commandement de
l'escadre. Le 12 novend)re 1899, deux enseignes de vaisseau
du Descartes, Gourlaouen' et Koun', se promenant seuls
près du poste de Men-lao, furent assaillis et décapités par
des miliciens du sous-préfet de Soui-Kai. Nous obtenions
enfin les satisfactions suivantes pour ces assassinats, énumé-
1. Le (iénc^ral Sou Youcn-tch'ouen, qui commandait en chef dan» le
Kouang-Si, est né dans celle province à Yong-ngan tchéou, mais sa
famille esl originaire du tlou-Nan ; il a aujourd'hui (1902) une soixan-
taine d'années; il esl (ils de cultivateurs» sans fortune; sorti des rangs
de l'armée régulière {Lou Ying), il a conquis ses premiers grades contre
1rs rebelles, puis contre les sauvages du Kouei-tcheou ; il prit part à la
défense des frontières du Sud, lors des affaires de Tong-King.
3. Jean Gourlaoucn, né le 7 juillet iSSg, à PlogolT (Finistère).
3. Josnph Koun, né le 10 juillet 1877, à Bcden (Finistère) ; un mo-
nument funéraire a été élevé à leur mémoire dans le petit cimetière de
lIoi-T«ou.
3" 4 LA Cî RÉE
rées dans une lettre adressée de Pé-King, le 25 décembre
1899, à M. Delcassé:
<f Le Vice-Roi de Canton est remplacé par Li Houng-tchang.
« Le Sous-Préfet de Soni-Kai est dégradé.
« Dès que la convention de limitation sera arrivée à Pé-king,
un rapport sera fait au trône pour demander sa ratification.
« Les terrains domaniaux ou vacants sur le tracé du chemin
de fer On-poii nous seront donnés.
« Les mines du Rao-tcheou, du Lien-tcheou et du Lei-tcheou
sont concédées à une Société franco-chinoise.
« Ordre est donné d'arrêter et d'exécuter les miliciens auteurs
de l'assassinat. Les corps de nos odiciers ont été restitucVs avec
excuses, fait<»s au nom du (îouvernement chinois. Les faniilK^
des victimes recevront une indenmilé de 5oooo laëls
(100000 francs).
V L'alï'aire de la mission du Lei-tcheou sera réglée.
« Le principe d une indemnité pour les troubles de IVté
dernier au Yun-\an est formelleuicnt admis, et le chilîre sera
fixé par un accord entre M. François et les autorités du Yun-
Nan '. »
OUGANISATIOK DE KOUANC-TCIIEOL WAN
Aussitôt que la convention relalive h Kouang-tcheou ont
été ratifiée par TEmpcrenr de Chine, le 5 janvier 1900, un
décret notifié par télégramme pla<;ait le nouveau territoire
sous Tautorité du gouvernement général de Tlndo-Chinc.
Des arrêtés des 27 et 3 1 janvier réglèrent l'organisation de
notre acquisition.
« L'organisation de Kouang-tcheou est basée sur une forte
constitution et une grande indépendance de la commune, qui
n'existent pas en Chine et n'existaient pas antérieurement sur
notre territoire au degré où nous les avons portées. H a paru
que nous devions heurter le moins possible les mœurs et les
coutumes des habitants, et que si nous avons parfois à les con-
I. lÀvre jaune, p. 39.
ORGAMS\TIO> DE KOlANCî-TCHEOl' WAN 875
traindrc pour le bien commun, ce devait èlre sans conlact direct
avec eux, par l'action exercise sur leurs chefs. Une administration
générale française, agissant par l'intermédiaire d'une adminis-
tration communale chinoise h peu près autonome, — voilà
quelle est l'organisation du territoire de Kouang-tcheou.
La commune, composée de plusieurs villages, a un conseil des
notables, appelé Rong-hu. à (jui nous avons laissé le soin de
tout conduire, dans la limite du territoire et des int^^rèts com-
munaux. Le conseil assure l'ordre, il perçoit l'impôt et nous
remet la part qui nous revient et qui est inférieure à ce que
demandaient les mandarins chinois; le surplus est laissé à la
commune pour couvrir les dépenses d'entretien des chemins,
des pagodes, les frais des cérémonies publiques, etc. En cas de
troubles, ou de dilliculté pour arrêter des malfaiteurs, et si la
police de la comnmne est impuissante, il Y a toujours, à portée,
un poste de milice conmiandé par un chef français dont Tinter-
venlion peut être réclamée par le Rong-hu.
L'autonomie de la commune a été étendue à ce point que le
conseil des notables est lui-même juge des délits qui s*y produi-
sent et des contestations d'ifitérèt entre les habitants. 11 juge
corrcctionnellement et peut prononcer la peine de l'amende; il
juge au civil, et en dernier ressort, dans une limite assez
restreinte. Les crimes et les délits comportant la peine de l'em-
prisonnement, ainsi que les jugements au civil d'une certaine
importance que l'une ou l'autre partie n'accepte pas, sont portés
devant un tribunal supérieur, présidé par l'administrateur fran-
çais de la circonscription, assisté de deux notables indigènes que
leur réputation désigne à notre choix.
L'administration du territoire est coniiée à un administrateur
en chef, relevant directement du Gouvernement Général, et
ayant près de lui un administrateur adjoint, un secrétaire et un
comptable. Trois administrateurs, chefs des circonscriptions en
lesquelles le territoire a été divisé, sont placés sous ses ordres.
L'Administrateur en chef réside à Rouang-tcheou, nom de la
ville française fondée sur le rivage Est de la baie, en face des
établissements militaires et au point choisi pour y construire le
port de commerce. L'Inspecteur commandant la milice, ou
garde indigène, le chef du service des Travaux publics et le rece-
veur des Postes et Télégraphes sont également à Rouang-tcheou.
Les administrateurs-adjoints sont en relations constantes avec
les conseils de notables des communes ; ils agissent sur eux pour
876 L\ CIRÉP
le bon emploi des ressources comrrtunales, robservalion de quel-
ques règles élémentaires d'hygiène publique, la construction, la
réfection et l'entretien des chemins. Ils ont, à ce point de vue,
obtenu des résultats remarquables. Môme en dehors des roules
que nous avons construites, on trouve, à Rouang-tcheou, de
bons chemins suflisamment entretenus ; les villages ont un
aspect de propreté relative, et cela n'est pas banal en pays chi-
nois * ».
KAO-LOrNC, 9 JUIN 1898.
Après un télégramme de M. Balfour à Sir Claude Mac
Donald (i3 avril 1898) envoyé à celui-ci à la suite des
demandes françaises et d'une visite de ce dernier au Yamen
(16 avril), le ministre d'Angleterre pressait les Chinois
(24 avril) de lui donner par écrit Tassurancc :
Que le Yamen, que le Gouvernement Chinois n'a accordé à la
France aucun privilège exclusif pour les chemins de fer ou les
mines ;
Que Nan-ning sera ouvert au commerce :
Qu'aucun territoire dans les deux provinces de Kouang-
Toung et de Yun-Nan ne sera aliéné en faveur d'aucune puis-
sance étrangère :
Qu'une Concession sera garantie à un Syndicat britannique
pour la construction d'un chemin de fer de Chang-Haï à Naii-
King ;
Et que les limites de la colonie de Hong-Kong seront étendues
à une ligne tirée de la Baie Profonde (J)eep Bay) à la Baie Mirs
{Mirs Bay) K
PROJET DE CONVENTION POl'U KAO LOUNG (9 JUIN 1898)'.
Considérant que depuis beaucoup d'années il a été reconnu
qu'une extension du territoire de Hong-Kong esl nécessaire pour
la défense convenable et la protection de la Colonie, il est main>
I. Situation de l'/ndo-Chine (iSg'j'ic^oi^, p. 117.
a. China, n*» i TiSqq), p. 3i.
3. China, n*» i (1899), p. 158-169.
IVO-LOI NG 877
tenant convenu entre les Goiivernenienls de Grande-Bretagne et
de (Ihine que les limites dn territoire britannique seraient agran-
dies, sous bail, jusque l'extension généralement indiquée sur la
«irte annexée. Les limites cxîictes seront ultérieurement fixées
lorsque des plans particuliers auront été faits par des fonction-
naires nommés par les deux Ciouvernemcnts. La durée du bail
sera de quatre-vingt-dix-neuf ans.
H est convenu en même temps que dans la ville de Kao-loung
[Kowloon] les fonctionnaires chinois qui y résident actuellement
continueront d'exercer leur jurfdiclion autant qu'elle ne sera
pas inconq)atible avec les nécessités militaires j)Our la défense de
Ilong-Rong. Dans le reste du territoire nouvellement cédé, la
Grande-Bretagne devra a\oir seule juridiction.
Les fonctionnaires chinois et le peuple devront être auto-
risés comme par le passé à employer la route de Kao-loung à
Sin-ngan.
Il est en outre convenu que le lieu de débarquement actuel
près de la ville de kao-loung sera réservé pour la commodité des
vaisseaux de guerre Ghinois, des bAtiments de commerce et de
trans|)ortde passagers, qui pourront aller et venir et y stationner
à leur gré, et jx)ur la commodité de la circulation des fonction-
naires et du peuple dans la ville.
Quand par la suite la Gliine aura construit un chemin de fer
jusqu'aux limites du territoire de Kao-loung sous le contrôle
britannique, les arrangements seront discutés.
II est entendu en outre qu'il n'y aura ni expropriation ni
expulsion des habitants du district inclus dans cette extension,
et que si on a besoin de terrain pour des bureiiux publics, forti-
fications, ou autres objets également oiFiciels, il sera acheté à un
prix équitable.
S'il se produit des cas d'extradition de criminels, ils seront
négociés d'accord avec les traités existants entre la Grande-
Bretagne et la Chine et les Règlements de Hong-Kong.
La zone louée à la Grande-Bretagne, ainsi qu'elle est marquée
sur la carte annexée, comprend les eaux de la Baie Mirs et la
Baie Profonde (^Deep Bay), mais il est convenu que les vaisseaux
de guerre Chinois, neutres ou autres, conservent le droit de
mouiller dans ces eaux.
Cette Convention entrera en vigueur au i" juillet 1898, cor-
respondant au i3® jour de la 5* lune de la 24* année de Kouang-
Siu. Elle sera ratilicc par les Souverains des deux pays, et les
878 L\ Cî R^E
ratifications devront être échangées h Londres aussitôt que
possible.
En foi de quoi, etc.
Le 9 juin 1898, la convention fut signée dans la matinée
au Tsoung-li Yamen par le grand secrétaire Li Houng^
tchang et par le Cantonais Siu Ying k'ouei, président du
Ministère de Tlntérieur.
MORT DU PRINCE KOUNG, 29 MAI 1898
Le prince Koung s'éteignit dans la nuit du 29 au 3o mai,
dans sa soixante-septième année, peu d'heures après le départ
du prince Henri de Prusse de la capitale. Depuis 189V,
Koung avait été remis à la tête des affaires dont il avait été
éloigné en i884*, mais il était fatigué ; l'opium plus que les
soucis et Tâgc avait miné sa constitution ; depuis quelques
mois, il s'en remettait pour le soin des affaires à Weng
T'oung-ho. La disparition de cet homme fin et intelligent,
aux manières courtoises, laissait un grand vide à la Cour
impériale et si Ton songe à la tentative de réformes de TEmpc-
rcur quelques jours plus tard et le coup d'État de l'Impé-
ratricc-douairière au mois de septembre suivant, on peut se
demander si la présence du prince Koung n'aurait pu
modifier ou tout au moins ralentir la marche des événements.
Le prince K'ing allait de nouveau rester seul à la tclc du
Tsoung-li Yamen : il n'avait malheureusement ni la volonté,
ni la décision nécessaires pour faire tête à l'orage qui
menaçait.
1. Voir III, p. 193
2. Voir II, p. 433.
CHAPITRE XXI
LES CHEMINS DE FER
Au lendemain de la guerre de 1860, par laquelle Fran-
çais et Anglais avaient forcé les portes de la capitale de l'em-
pire chinois, établi leurs Légations à Pé-Ring, et ouvert à
l'activité de leurs commerçants de nouveaux ports dans les
provinces septentrionales de la Chine, des esprits pré-
voyants examinèrent la question de la possibilité d'établir
des chemins de fer dans l'Empire du Milieu et la meilleure
manière de construire des voies ferrées si les projets venus
d'Europe étaient acceptés. Je citerai parmi ces précurseurs
Sir Macdonald Stephenson qui, en i864, publia à Londres
un rapport sur la construction de chemins de fer en Chine.
Ce ne fut toutefois que douze ans plus tard que l'on devait
voir, et cela, grâce à une sorte de subterfuge, la première
locomotive.
I. Chemins de fer de Wou-soung. — A la suite d'une
concession de route ordinaire, la maison anglaise de Chang-
Haï, Jardine, Matheson et C'*, établit du village de Wou-
Soung à l'entrée de la rivière de Chang-Haï, jusqu'à cette
ville, environ 16 kilomètres, le premier chemin de fer qu'on
ait vu dans l'Empire du Milieu. Le 3o juin 1876, on en
inaugurait le premier tronçon de Chang-Haï à Kou-Wang ;
il fut recédé en 1877 aux Chinois qui l'enlevèrent (Voir II,
pp. 107-110).
En avril 1897, ^^ commença la construction d'une nou-
38o LES CHEMINS DE FER
velle ligne entre Wou-Soung et l'arsenal de Kao-Tchang-
Miao, c'est-à-dire environ 20 kilomètres, qui fut inaugurée
le 6 août 1898. Ce chemin de fer, construit par des ingé-
nieurs allemands pour le compte d'une compagnie chinoise
à la tète de laquelle se trouvait Cheng Tao-Taï, sera prolonge
un jour jusqu'à Sou-Tchéou, Tclien-Kiang, au confluent du
Canal impérial et du Kiang, et Nan-King; cette dernière
ligne a été concédée à la maison Jardine, Matheson et C"* de
Chang-Haï. La moitié des rails du chemin de fer de Wou-
Soung provenait d'Angletijrre, Tautre fut fournie par la mai-
son John Cockerill, de Seraing. Trois locomotives vinrent
d'Amérique. L'écarlement de la voie est le même que celui
des autres chemins de fer chinois, c'est-à-dire 4 pieds
8 pouces 1/2 anglais z=: i™,/|359.
II. Chemins de fer du Nord. — B. K AI-PING. Le pre-
mier chemin de fer du Nord qui ne se rattachait à aucun
•projet d'ensemble avait pour but unique de desservir les mines
de houille de Kai-Ping, situées dans la province de Tché-Li,
au Nord-Est de Tien-Tsin, dans lesquelles Li Iloung-
tchang avait de grands intérêts. En 1878, l'ingénieur anglais,
Burnelt, directeur de la Compagnie de ces charbonnages, se
rendit compte de la nécessité de créer des moyens de trans-
port pour trouver des débouchés à la production considé-
rable de ces mines. Il songea tout d'abord à relier Tang-
Chan, lieu d'extraction du charbon, à Tang-Kou, lieu
d'embarquement le plus proche ; il fit venir dans ce but, du
Japon, l'ingénieur C. Kinder, qui n'ayant pu obtenir l'au-
torisation nécessaire, retourna à Tokio, en 1874. En consé-
quence, la Compagnie des Mines se décida à creuser un c^nal
à niveau, partant de Lou-Taï, sur le Pe-Tang IIo et allant à
Siu-Ko-Tchouang, à environ 18 kilomètres de Tang-Chan.
Entre Siu-Ko-Tchouang et Tang-Chan, une différence d'al-
titude de 25 mètres n'aurait permis la prolongation du canal
jusqu'à l'exploitation de la mine qu'àTaide d'écluses et d'un
LES CHEMINS DE FER 38 1
réservoir diflicile à alimenter, ce qui aurait singulièrement
augmenté les frais. On se contenta donc de transporter le
charl)on de la mine jusqu'il Siu-Ko-tchouang par un tramway
traîné par des mules. Les travaux du canal, terminés en
1881, permirent de trans|)orter, sur des gabares remorquées
par de petits bateaux à vapeur, le cbarbon chargé k Siu-
ko-tcliouang soit à Tien-Tsin par le Lan Ilo, soit sur ïang-
Kou, parle Pe-Tang Ilo et le Te Ho, rivière canalisée.
Le directeur, M. Burnett, était tellement certain de son
entreprise qu'il avait donné à sa ligne de tramway Técarte-
ment normal de i pieds 8 pouces i/a = i",/|35() : il pré-
voyait le moment où sa ligne embryonnaire ferait partie du
système général des chemins de fer. H moui-ut en 1877, et
fut remplacé par M. C. Kinder. Cehii-ci ne tarda pas à se
concilier les bonnes grâces des fonctionnaires, et avec les
débris d'une vieille drague h vapeur, vers la fin de 1878, il
construisait tant bien (pie mal une lcx:om()tive, qui baptisée
liockcl of China , connnença en 1881, à circuler, non sans
quelque appréhension, entre Siu-ko tcliouang et Tang-Chan.
Li lloung-lchang était trop intelligent el trop intéressé en
même temps, pour ne pas comprendre immédiatement
rintérél de l'innovation et il concédait à la (Compagnie de
Charbonnages, dont il était un des principaux actionnaires,
la fourniture des ports et de la flotte du Nord (Pt* }'(/m/),
ainsi que des vapeurs (J^hina Mercliants Steam ISariyation
Co.) faisant le service des lignes Tien-Tsin (Ihang-Haï, et
Chang-llaï-Kobé-Nagasaki-^okohama. Le vice-roi de Can-
ton, Li Han-tchang, frère de Li lloung-tchang, sur Tinvi-
talion de ce dernier, donnait également à la Compagnie de
Kai Ping, la fourniture de la flotte du Sud (^\iin Yant/^ cl
hii permettait d'établir un dépôt sur les bords de la rivière
de rOuest (iSV-A'/a/i//). Mais le tramway ne devait pas s'ar-
rêter en si bonne voie et M. Kinder obtint l'autorisation de
le prolonger jusqu'à Lou-Taï.
382 LES CHEMINS DE FER
En 1886, un Décret inipérifil approuvait la constitution
d'une Compagnie Impériale de (Chemins de fer (Jmpériat
Northern Railway of China), qui obtenait la concession de
la ligne de chemin de fer de Tien-Tsin h Kai-Ping par
Tang-Kon; en 1886, la première section de la ligne
(28 milles) fut ouverte jusqu'à Lou-Taï; la prolongation
jusqu'à Tien-Tsin (6ii milles) fut complétée en 1888, et le
premier train spécial de Kai-Ping h Tien-Tsin fut lancé par
M. Kinder, le 25 juillet 1888. L'année suivante, 1889, la
ligne fut continuée au M.-E., de Kai-Ping à Kou-Yé, avec
un embranchement de 2 kilomètres, construit en 1891 pour
desservir les mines de Lin-Si, achetées récemment i^tr la
Compagnie de Kai-Ping.
B. KIRIN, Les difficultés avec la France à propos du
Tong-King, et le blocus des ports du Nord par l'amiral
Courbet, avaient montré à la Chine la nécessité de s'assurer,
par des lignes de chemin de fer, les approvisionnements de
charbon qui ne i)ouvaient pas lui arriver par mer. D'autre
part, la crainte du grand chemin de fer sibérien hantait les
esprits et le désir de répondre à la grande entreprise russe,
décida Li Houng-tchang a donner un nouveau développe-
ment à la hgne de chemins de fer du Nord. Les conseillers
allemands du vice-roi, le Colonel Vogel et M. von Han-
neken, le poussaient non moins que M. Kinder; aussi un
Allemand, lieutenant d'artillerie, Petrovsky, fut-il chargé
d'étudier la défense de la région, située au confluent de la
Non-Ni et du Soungari. La tète de ligne aurait été placée Ix
Houn-Tchouen, près de la frontière de la Corée et des pos-
sessions russes, mais on craignit que le choix de cette ville,
point frontière, ne fut considéré par les Moscovites comme
une provocation, aussi décida-t-on que le chemin de fer
aurait sa station terminus à Kirin, capitale de la province
mandchourienne du même nom.
Pour éviter les réclamations de la France par l'article VII
LES CHEMINS DE FER 383
du traité de Tien-Tsin du 9 juin i885*, qui renfermait la
dause suivante : « Lorsque, de son coté, la Chine aura dé-
cidé de construire des voies ferrées, il est entendu qu'elle
s'adressera à l'industrie française, et le gouvernement de la
République lui donnera toutes les facilités possibles pour se
procurer en France le personnel dont elle aura besoin. Il est
entendu aussi que cette clause ne peut être considérée
comme constituant un privilège exclusif en faveur de la
France », le Gouvernement chinois se décida à construire lui-
même la nouvelle ligne de chemin de fer, et par décret impé-
rial du 17 juillet 1891, affecta à cette entreprise une somme
annuelle de deux millions de taëls (i i Sooooo francs).
Cette même année (1891) la ligne privée de Kai-Ping et
la ligne d'État de Kirin étaient placées sous la même admi-
nistration, et le 10 octobre, cette fusion était rendue publi-
que par une circulaire, signée par le directeur Yang Houng-
lien et le sous-directeur Pethick. M. kinder perdait la
première place tout en restant ingénieur. Au commencement
de 189/1, It'ï ligfïe était prolongée de Kai-Ping à Chan-Hai-
Kouan à l'entrée de la Grande-Muraille.
C. MEOU-TCnOUAiXG. — En 1896, à la suite de la
guerre sino-japonaise, la ligne de Kai-ping à Kou-yé fut
rachetée pour le Gouvernement chinois, par la Compagnie
impériale de Chemins de fer. La ligne de Chan-Haï-Kouan,
au pied de la Grande Muraille, devait être prolongée jusqu'à
Nieou-tchouanget Kin-tchéou. D'autre part, on prolongeait la
lignedeTien-tsin, en longeant le Pei-ho jusqu'à Yang-tsoun,
et de là, en s'écartant du fleuve, jusqu'à Ma-Kia-pou, à
3 kilomètres de la porte Sud de la ville chinoise de Pé-King;
un tramway électrique, depuis le i*' février 1899, relia Ma-
Kia-pou à cette porte ; il a été, depuis les événements de
1900, remplacé par un chemin de fer.
1. Voir II, p. 534.
38/| LES CnFMI\S DE FER
D. MANDCIIOURIE, — En août-septembre 1896, une
convention fut signée à FY»-King avec la Chine (Voir p. 343),
réglant la question des chemins de fer de Mandchourie et
leur rattachement au Transsibérien. C'était la récom|icnse
des services rendus par la Kussie à la Chine jjour la rétro-
cession du Liao-Toung. Voici les clauses de cette Convention,
relatives au chemin de fer.
I. — Le Grand Chemin de fer delà Sibérie Russe étant sur
le point d'être terminé, la Chine consent à autoriser la Russie à
prolonger son chemin de fer sur les territoires chinois.
(a) Du port russe de Vladivostock dans la ville chinoise de
Iloun-chouen dans la province de Kirin, de là au nord-ouest à
la capitale provinciale de Kirin.
Et (Jj) de la station de chemin de fer dune ville quelconque
de Sibérie à la ville chinoise de Aigoun, dans la pro\incedr
Hé-loung-kiang ; de là au sud-ouest à la capitale provinciale de
Tsitsihar, à la ville de IVtuné, dans la province de Kirin et
ensuite au sud-est, à la ca[)itale provinciale de Kirin.
3. — Tous les chemins de fer établis par la Russie dans les
provinces chinoises de Hé-h)ung-kiang et de Kirin, devront èlre
construits aux seuls dépens de la Russie et leurs règlements et
leur construction devront être evchisivement d'après le svstéme
russe, avec lequel la (Ihine n'a rien à faire et le contrôle entier
sera entre les mains de la Russie pour la durée de trente années.
A la lin de la dite période, la Chine sera autorisée à réunir les
fonds nécessaires pour racheter, après estimation propre de lu
valeur des dits chemins de 1er, leur matériel roulant, les ateliers
de machines et les bâtiments (pii s'v rattachent. Quant à la
façon dont la Chine rachètera à cette date ces chemins de fer,
elle sera laissée à une considération future.
3. - - La (Ihine possède actuellement un chemin de fer qu'elle
a l'intention d'étendre de Chan-llaï-kouan à Moukden. capitale
de la pro\incede Feng-tien. et de Moukden à la capitale de la
pro>ince de Kirin. Si la (iliine trouve ensuite des inconvénients à
construire cette ligne, elle autorisera la Russieà fournir les fonds
j)our construire, en faveur de la (Ihine, cette ligne de Kirin. seré-
ser\ant le droit de la racheter au l>oul de dix ans. (^>uant au tracé
de ce chemin de fer, la Russie adoptera les plans déjà faits par
la Chine, c'est-à-dire de Kirin à Moukden, Niéou-tchouang, etc.
LKS C1IE\II^S DE FER 385
l\. — La ligne qui doil ôlre construite par la Chine, débutant
par Clian-Hai-Kouan, dans le Feng-tien. à Niéou-tchouang,
Kaiping, Rin-tcheou. Lou-Koiin-k'eou (Port-Arthur) et Ta-lien-
wan et ses dépendances, suivra les règlements des chemins de
fer russes afin de faciliter les échanges commerciaux entre les
Empires respectifs.
5. — Quant aux chemins de fer devant être construits par la
Russie sur territoire chinois, les routes par lesquelles passeront
les dites lignes devront être protégées, comme d*habitude, par
les autorités locales, civiles et militaires, du pays. De plus ces
dernières devront accorder toutes les facihtés et leur aide, dans
ces diverses stations de cliemins de fer, aux autorités civiles et
militaires de Russie, ainsi qu'à tous les artisans russes et travail-
leurs qui dépendent de ces chemins de fer. Mais comme il serait
quelquefois difficile aux autorités chinoises de garantir Taide et
la protection nécessaires sur tout le parcours de la ligne de che-
min de fer qui traversera en grande partie des territoires peu
habités et stériles, la Russie est autorisée à placer aux diverses
stations importantes des bataillons spéciaux de cavalerie et d'in-
fanterie pour mieux assurer la protection de la propriété du
chemin de fer.
L'arrangement de mars 1898 relatif à Port-Arthur permet-
tait de prolonger la ligne précédente jusqu'à ce port ou jus-
qu'à Ta-lien-wan.
IIL Grand central: Pé-Kin(j-Han-Kéou, — A la suite
d'un décret de l'Impératrice récente du \lx février 1889,
Tchang Tchi-loung fît un rapport par lequel il demandait
que l'on différât la construction du chemin de fer entre Tien-
tsin et Toung Ichéou et qu'on établit une voie principale
dans les provinces du centre. La Gazette de Pé-Kiny, du
8 août 1889, renfermait un décret impérial nommant Tchang
Tchi-toung, qui fut remplacé à Canton par Li Han-tchang,
frère de Li Ilouang tchang, vice-roi du Hou-Kouang. Cette
décision du gouvernement chinois se rattachait à la création d u
chemin de fer reliant Pé-King à Han-Kéou, dont Tchang s'était
GoRDiKR. m. — aS
386 LES CHEMINS DE FER
monlrc partisan dans un rapport spécial adressé au Trône. Le
cinquième prince, Toun, s'était mis à la tête d'un mouve
ment pour contraindre l'Impératrice à différer l'exécution du
chemin de fer projeté à ïien-tsin et Toung-tcheou ; il mourui
d'apoplexie dans la nuit du i8 février 1889.
A l'occasion de l'établissement du chemin de fer décrété
entre Pé-King et Han-Kéou, la Cour s'était fait présenter
par les six ministres un étal des ressources, que le paiement
des impôts et taxes met à sa disposition, déduction faite des
sommes qui sont, d'après les règles établies, prélevées sur les
revenus pour être employées par les autorités locales dans
les 18 provinces.
Voici le compte des sommes qui avaient été transmises en
1888 au Trésor impérial de Pé-king.
Taëls.
Produit des douanes maritimes.. i5 800000
Revenu de l'opium 7900000
Douanes intérieures i^ooooo
Pé-King (taxes extraordinaires).. laSSoocx)
Sel. . , 12 880000
Impôt foncier loyGoooo
Taxe sur le thé 1800000
Taxe sur les biens des fermiers du sel. i 3oo 000
Monts de piété 72^000
Droits divers 1 5 800 000
Suppression de certaines pensions. . 028000
Tôt AI 84 982 000
Soit en francs, au change de 6 fr. 20, 53o825ooo francs.
*
* *
Au mois de novembre 1896, le tao-tai (Uieng était
nommé directeur général du chemin de fer qui devait être
Les CUEMliNS DE FEH 387
construit de Pé-King à llan-Kéou. Quoique rien ne fût
encore décidé, quant aux conditions dans lesquelles celte
ligne serait construite et les capitaux nécessaires seraient réu-
nis, M. Gérard (g novembre) crut néanmoins réserver dès
lors nos droits et revendiquer la part que l'article VII du
traité du 9 juin i885 assurait à notre industrie dans les
grandes entreprises de travaux publics en Cliine. Les indus-
triels et les financiers français, consultés, déclarèrent qu'ils
seraient disposés a s'intéresser à l'entreprise du chemin de fer
de Han-Kéou à Pé-King, s'il leur était fait des * conditions
acceptables.
Cheng Tao-tai s'adressa pour les fonds, aux Belges, pour
un emprunt de 100 millions de francs. Une entente s'établit
entre financiers belges et financiers français et le directeur
Cheng pour fournir les fonds, et le 22 juillet 1897, un con-
trat définitif relatif à l'emprunt de 4 5oo 000 livres sterling
pour le chemin de fer de Han-Kéou à Pé-King, fut signé à
Chang-Iiaï, par les délégués du consortium franco-belge et le
directeur Cheng.
Malgré une démarche faite par le Ministre d'Angleterre
auprès du Tsoung-li Yamen, pour s'opposer à la ratification
du contrat relatif au chemin de fer, sous le prétexte d'une
prétendue participation de la banque russo-chinoise à Tafiaire
(i**^ juillet), le décret impérial sanctionnant le contrat fut
signé à Pé-King, le 12 août 1898.
M. Delcassé pouvait télégraphier le 3o avril 1899 à
M. Piclion, à Pé-King :
La première émission de 1 33 000 obligations du chemin de fer
d'Han-Kéou à Pc-King a eu lieu. L'emprunt a été couvert deux
fois environ.
Cette ligne centrale, qui est désignée sous le nom de Lou-
Han, à cause de ses deux points extrêmes, Lou-Kou K'iao
et Han-Kéou aura environ i 3oo kilomètres de longueur. Le
386 LES CHEMINS DE FKH
montré partisan dans un rapport spécial adressé au Trône. Le
cinquième prince, Toun, s'était mis à la tête d'un mouve-
ment pour contraindre l'Impératrice à différer l'exécution du
chemin de fer projeté à Tien-tsin et Toung-tcheou ; il mourut
d'apoplexie dans la nuit du i8 février 1889.
A l'occasion de l'établissement du chemin de fer décrété
entre Pé-King et Han-Kéou, la Cour s'était fait présenter
par les six ministres un état des ressources, que le paiement
des impôts et taxes met à sa disposition, déduction faite des
sommes qui sont, d'après les règles établies, prélevées sur les
revenus pour être employées par les autorités locales dans
les 18 provinces.
Voici le compte des sommes qui avaient été transmises en
1888 au Trésor impérial de Pé-King.
Taêls.
Produit des douanes maritimes.. 1 5 800 000
Revenu de l'opium 790000U
Douanes intérieures /i 600 000
Pé-King (taxes extraordinaires).. 12850000
Sel . . , ' . . . 12 880 000
Impôt foncier loySoooo
Taxe sur le thé 1800000
Taxe sur les biens des fermiers du sel . i 3oo 000
Monts de piété 72^000
Droits divers 1 5 800 000
Suppression de certaines pensions. . 628000
Total. . 84 982 000
Soit en francs, au change de 6 fr. 25, 53o825ooo francs.
* *
Au mois de novembre 1896, le tao-tai Cheng était
nommé directeur général du chemin de fer qui devait être
LES CllEMlNS DE FEh 387
construit de Pé-Klng à Ilan-Kéou. Quoique rien ne fût
encore décidé, quant aux conditions dans lesquelles cette
ligne serait construite et les capitaux nécessaires seraient réu-
nis, M. Gérard (9 novembre) crut néanmoins réserver dès
lors nos droits et revendiquer la part que l'article VII du
traité du 9 juin i885 assurait ù notre industrie dans les
grandes entreprises de travaux publics en Chine. Les indus-
triels et les financiers français, consultés, déclarèrent qu'ils
seraient disposés à s'intéresser à l'entreprise du chemin de fer
de Han-Kéou à Pé-King, s'il leur était fait des * conditions
acceptables.
Cheng ïao-tai s'adressa pour les fonds, aux Belges, pour
un emprunt de 100 millions de francs. Une entente s'établit
entre financiers belges et financiers français et le directeur
Cheng pour fournir les fonds, et le 22 juillet 1897, ^^ ^^^~
trat définitif relatif à l'emprunt de 4î>ooooo livres sterling
pour le chemin de fer de llan-Kéou à Pé-King, fut signé à
Chang-Haï, par les délégués du consortium franco-belge et le
directeur Cheng.
Malgré une démarche faite par le Ministre d'Angleterre
auprès du Tsoung-li Yamen, pour s'opposer à la ratification
du contrat relatif au chemin de fer, sous le prétexte d'une
prétendue participation de la banque russo-chinoise à Taffaire
(i**^ juillet), le décret impérial sanctionnant le contrat fut
signé à Pé-king, le 12 août 1898.
M. Delcassé pouvait télégraphier le 3o avril 1899 à
M. Pichon, à Pé-King:
La première émission de 1 33 000 obligations du chemin de fer
d'Han-Réou à Pc-King a eu lieu. L'emprunt a été couvert deux
fois envirou.
Cette ligne centrale, qui est désignée sous le nom de Loa-
Han, à cause de ses deux points extrêmes, Lou-Kou K'iao
et Han-Kéou aura environ i 3oo kilomètres de longueur. Le
388 LES CHEMINS DK FER
syndicat franco-belge obtint la rétrocession de la section du
chemin de fer de Lou-Kou K'iao à Pao-ting-fou, que la Com-
pagnie impériale des chemins de fer chinois, dirigée par
Cheng, avait fait construire par les ingénieurs de la Com-
pagnie du Nord.
*
IV. Chemin de fer du Chan-si. — Cette ligne, dont la
concession a été confirmée en mai 1898, qui ne sera qu'un
embranchement du Grand Central, ira de Tch'éng-ting, dans
leTché-li à Taï-yuen, capitale de la provincedu Chan-si, qui est
un grand bassin minier ; cette ligne d'environ 200 kilomètres,
concédée à la Banque russo chinoise doit être construite par
un syndicat de compagnies françaises : Fives-Lille, Creusol,
Batignolles, etc.
V. Chemin de fer du Chen-si. — Cette ligne qui doit
relier Taï-yuen à Si-ngan fou, capitale du Chcn-si, a été
concédée pour l'exploitation des mines à un syndicat italien
(Luzatti) qui est, je crois, loin de mettre ce projet à exécution.
VI. Chemin de fer dl Chan tounc. — A la suite de
l'occupation de Kiao-tcheou, l'Allemagne s'est préoccupée
de relier sa nouvelle possession au reste de la province du
Chan-toung; elle construit un chemin de fer partant de
Tsing-tao contournant la baie de Kiao-tchéou, allant à la
ville de ce nom, et de là par Wei-h'ien à Tsi nan fou, capi-
tale de la province. De Tsi-nan, le chemin de fer reviendra h
Kiao-tchéou, par Yi-tchéou. Longueur: 826 kilomètres.
LES CHEMINS DE FER 889
VII. Lir.NE DE TiEN-Tsr>' A TcHEx-KiANG. — Celle ligne,
autorisée par décret impérial du 1 1 février 1898, qui doit
suivre la vallée du Canal impérial, en passant par ïsé-kou
dans le Chan-Toung, serait destinée à faire concurrence au
Grand Central, beiiucoup plus long. Elle serait d'environ
600 milles anglais. Celte ligne serait construite par un syn-
dicat anglo-allemand, représenté par la Hong-Kong and
Shanghai Banking Corporation, Messrs Jardine, Matheson
& C* et la Deulsrhe-Asialische-Bank qui signèrent un con-
trat le 2 septembre 1898.
* *
VII ï. Chemin de fer du Koiang-si. — Dès le traité de
paix du 9 juin i885, la Krance avait lié la question des ch(v
mins de fer à la question même de sa pénétration en Chine
par les voies du Tong-King, de l'Annam et du Laos. C'est
dans ce dessein qu'avait été insérée au deuxième paragraphe
de l'article 5 de la Convention complémentaire du 20 juin 1895
la disposition suivante : « Il est convenu que les voies ferrées,
soit déjà existantes, soit projetées en Annam, ppurront, après
entente commune et dans des conditions à définir, être pro-
longées sur le territoire chinois. »
Le 1/4 juillet 1896, M. Ilanotaux donnait à M. Gérard des
instructions pour négocier la prolongation éventuelle en
Chine jusqu'à Loung-Tcheou, et au delà, du chemin de fer
de Lang-So'n, et le 17 août, avisait notre ministre à Pé-
King que la Compagnie de Fives-Lille demandait sous les
auspices du Gouvernement de la République, l'autorisation
de construire le chemin de fer de Dong-Dang à Loung-
Tcheou.
Les négociations commencèrent le 9 septembre 1895, par
la remise au Tsoung-Li Yamen de la demande de concession
d e la Compagnie de Fives-Lille. La Chine qui ne possédait
encore que la ligne ferrée de Tien-lsin à Ta-Kou et à Chan-
390 LES CHFMINS DE FEK
Ilaï-Kouan, répondit d'abord à la demande par un refus
poli, mais, après de nouvelles négociations, le 3i mars 1896,
le Tsoung-Li Yamen notifiait oQiciellcment à M. Gérard,
un décret impérial du 20 mars autorisant la création de la
ligne de Loung-tchcou ; enfin, le 5 juin 1896, la Com-
pagnie de Fives-Lille obtenait une concession de construc-
tion et d'exploitation h forfait de cette ligne, au compte
et aux risques de la Chine, pendant une durée de trente-six
ans, pouvant elle-même être prolongée et renouvelée.
« La signature entre la Compagnie de Fives-Lille et le
Gouvernement impérial du contrat relatif au chemin de fer
de Loung-tcheou, dit notre ministre à Pé-King, est une date
dans l'histoire de l'ouverture de la Chine. Considérée sous
cet aspect et quelle que soit la longueur de la ligne à cons-
truire, la négociation qui vient d'aboutir méritait hautement
d'être poursuivie et menée jusqu'au terme. »
M. Gérard aurait pu ajouter qu'une grande part du succès
des négociations lui revenait.
4c *
La signature de l'arrangement anglais du f\ février 1897^
nous obligeait à demander une compensation que Li Houng-
tchang, lui-même, reconnaissait nous être due ; en consé-
quence, le i3 février, M. Gérard présentait au prince K'ing
les demandes suivantes au nom de la France :
i" Le prolongement du chemin de fer de Loung-tcheou, soit
jusqu'à ISan-niiig Fou et Pe-Se. soit jusqu'à d'autres points qu'il
y aurait lieu de déterminer;
3" L'accès et la pénétration de notre commerce au Yun-\an et
notamment jusqu'à Yun-Nan fou par les voies et moyens que le
Gouvernement de la République reconnaîtrait les plus pratiques ;
3" Le droit d'exploitation, parallèlement au chemin de fer ou
I. Voir j)agc 178.
LES CHEMINS DE FER Sq I
autres voies de pénétration, des mines des deux Kouang et du
Ynn-Nan.
Le Tsoung-li Yamcn répondit le 12 juin 1897 ^ notre
Ministre, relativement à la demande concernant les chemins
de fer.
I® Il est entendu que, conformément à l'article 5 de la Con-
vention commerciale complémentaire du 30 juin 1896, ainsi
qu'au contrat intervenu le 5 juin 1896, entre la Compagnie de
Fives-Lille et l'administration oflicielledu chemin de fer de Dong-
Danfç à Loung-tcheou et aux dépêches échangées les a et a5 juin
de la même année entre notre Yamen et la Légation de la Répu-
blique, si la Compagnie de Fivos-Lille a convenablement réussi,
et dos que la ligne de Dong-Dang à Loung-tcheou sera achevée,
on ne manquera pas de s'adresser à elle pour le prolongement
de la dite ligne dans la direction de Nan-ning et de Pe-se;
2° 11 est entendu que, conformément à l'art. V de la Conven-
tion commerciale complémentaire du ao juin 1895, dans les trois
provinces limitrophes du Sud, Kouang-Toung, Kouang-Si et
Yun-Nan, le Gouvernement chinois fera appel, pour les mines à
exploiter, h l'aide d'ingénieurs et industriels français;
3° Il est entendu que la Chine entreprendra des travaux pour
l'amélioration de la navigabilité du haut Fleuve Rouge, et qu'en
vue des intérêts du commerce, elle aplanira et amendera la route
de IIo-K'eou à Man-Haoet Mong-tseu jusqu'à la capitale provin-
ciale. Il est entendu, en outre, que faculté sera donnée d'établir
une voie de communication ferrée entre la frontière de l'Annam
et la capitale provinciale, soit par la région de la rivière de Pe-se,
soit par la région du haut Fleuve Rouge ; les études et la mise à
exécution par la Chine devant avoir lieu graduellement.
IX. Chemin de fer du Yun-Nan. — Le 7 mars 1898,
M. Hanotaux, Ministre des Affaires Étrangères, écrivait à
M. Diibail, chargé d'Affaires de la République Française à
Pé-King, qu'en présence des privilèges considérables
récemment accordés par la Chine à divers États étrangers,
le Gouvernement de la République se trouvait dans la néces-
sité de se prévaloir tant de Tégalité de traitement assurée à
France par ses traités, que des importants services qu'il avait
3()a LES CHEMINS DE FEU
naguère rendus à la Chine, pour réclamer des compensations
parmi lesquelles se trouvait la concession définitive d'une
ligne de chemin de fer sur Yun Nan fou.
Dans une autre dépêche du 3o mars à M. Dul)ail,
M. Ilanotaux marquait bien :
Pour le chemin de fer du Tong-King à Yun-Nan fou, veuil-
lez demander que la concession soit attribuée au Gouvernement
français ou h telle Compagnie qu'il choisira, le Gouvernement
chinois n'ayant d'autre charge que de fournir le terrain néces-
saire à la voie et à ses dépendances.
Le lo avril (20" jour, 3* lune, 2^1* année Kouang Siu),
en réponse à une dépêche de la veille, de M. Dubail, le
Tsoung-li Yamen acquiesçait à Taccord suivant :
Le Gouvernement chinois accorde au Gouvernement français
ou à la Compagnie française que celui-ci désignera, le droit de
construire un chemin de fer allant de la frontière du Tong-King à
Yun-Nan fou, le Gouvernement chinois n'ayant d'autre charge
que de fournir le terrain pour la voie et les dépendances. Le
tracé de cette ligne est étudié en ce moment et sera ultérieure-
ment fixé d'accord avec les deux Gouvernements. Un règlement
sera fait d'accord.
C'était la première fois qu'une concession était donnée
sous cette forme par Tautorité chinoise. Dès que la mission
technique aurait terminé ses études, le tracé devait être fixé
d'accord entre les deux Gouvernements et un règlement
devait être rédigé. Cette formule se trouvait également,
croyons-nous, dans les conventions allemande et russe.
De Lao-Kaï, à la frontière du Tong-King, à Yun-Nan-
LES CHEMINS DE FER SqS
fou, il Y aura environ 35o kilomètres; on espère que cette
ligne pourra, un jour, être prolongée jusqu'à Soui-Fou, sur
le Yang-ïseu.
4c 4c
X. Chemin de fer de Nan-Ning a Pak-Hoi. — L'abbé
Bcrthollet, des Missions Etrangères de Paris, ayant été mas-
sacré dans le Kouang-Si, le 2 mai 1888, le Gouvernement
français, parmi ses réclamations, demanda Tautorisation, et
l'obtint, de construire une ligne de chemin de fer de Nan-
Ning sur la branche Sud du Si-Kiang à Pak-Hoï, sur le
golfe du Tong-King. Il était entendu (28 mai) que, seule,
la Compagnie française ou franco-chinoise pourrait cons-
truire tous chemins de fer ayant Pak-Hoï pour point de
départ. Nous n'avons aucun intérêt à la construction de
cette ligne, qui ferait concurrence à celle de Loung-Tcheou .
*
XI. Ligne Han-Réoi-Canton. — Celle ligne, qui est le
prolongement naturel du Grand Central doit être construite
par un syndicat américain, auquel, s'il ne remplit pas les
clauses de son contrat, pourra se substituer un syndicat
franco-belge. Un arrangement préliminaire a été signé le
i4 avril 1898 à Washington par le Ministre de Chine, Wou
Ting-fang, et M. Thurlow Wood Barnes pour M.Washbourne,
représentant un syndicat américain. Le 11 janvier 1902,
le Times recevait de son correspondant de Chang-IIaï le
télégramme suivant : « Le prince K'ing a fait savoir ces
jours derniers à M. Conger [ministre des Etats-Unis] que le
vice-roi de Canton avait reçu l'ordre de ne prendre, en ce
qui concerne les chemins de fer du Kouang-Toung, aucun
engagement qui fût de nature à léser les droits que délient
r « American-China Development Company », en vertu de
394 LES CHEMINS DE FER
son contrat relatif au chemin de fer de Han-Kéou à Canton.
La Compagnie en question a notifié à Cheng qu'elle a l'in-
tention d'entreprendre incessamment la construction de la
ligne, en commençant par Canton. Dans ce but, le directeur
général quittera New- York au mois de février prochain. »
* *
XII. Chemin de fer de Canton a Kao-Loung. — Kao-
Loung est la portion de la province de Kouang-Toung, qui
se trouve en face de Hong-Kong. La ligne jusqu'à Hong-
Kong aurait environ 186 kilomètres et serait naturellement
construite par des ingénieurs anglais; elle est concédée au
syndicat Jardine.
XIII. Chemin de fer de Birmanie au Yun-Nan. — Les
Anglais ont étudié de nombreux projets pour relier la vallée
du Yang-Tseu à la Birmanie. Ils paraissaient s'être arrêtés
& une ligne qui partant de Yun-Nan fou, passerait par
Ta-Li et Koun-Loung Ferry sur la Salouen. Des déclarations
récentes de Lord Curzon nous font supposer que, pour le
moment, les Anglais ont abandonné tout projet de chemin
de fer dans cette région.
*
XIV. Chemin de fer de Chang-Hai a Nan-King. — Con-
cession obtenue à Chang Haï le i3 mai 1898, par un
syndicat anglais représenté par MM. Jardine, Matheson &
C** et la Hongkong and Shanghaï Banking Corporation; 170
à 180 milles; ce syndicat a le droit d'étendre la ligne de
P'ou-K'eou, en face Nan-Kiijff, à Sin-Yang, dans le Ho-
LES CHEMINS DE FEU SqÔ
Nan, 270 milles ; ainsi que de construire une ligne de
Sou-lclicou à Hang-lcheou, avec extension possible à
Ning-Po.
Le 2 août 1898, pendant la période réformatrice de
Kouang-Siu, la Gazette de Pé-Kinrf publiait un décret impé-
rial, qui créait une Administration des Mines et des Chemins
de fer, dont la direction était confiée à deux membres du
Tsoung-li Yamen, Wang W en-chao et Tchang Yin-houan.
Ce service devait être absolument chinois.
Le 19 novembre 1898, T Empereur approuvait un règle-
mont en 23 articles, établi sur un rapport de la nouvelle
administration générale minière et des chemins de fer ; il
est d'ailleurs stipulé dans l'article 3 que : « Les aflaires de
mines ou de voies ferrées dans les trois régions de la Mand-
chourie, du Chan-Toung et de Loung-tcheou étant liées
à des questions internationales, il ne sera pas possible
désormais de les invoquer comme précédents, tant pour les
parts de capitaux chinoises que pour les étrangères*. »
Dans un nouveau rapport du i3 décembre 1898, le
Tsoung-li Yamen fait les remarques suivantes au sujet des
lignes concédées :
Los chemins de for de Chine ont pour lignes principales, les
plus importantes, colle de Lou-Kou-K'iao à Ilan-Réou. et de
Canton à Han-Kéou. Celle de Tien-Tsin à Tchen-Kiang vient
ensuite» tandis que les localités telles que Moukden et Niéou-
Tchouang, en dehors de Chan-Ilaï-Rouan, sont des territoires
importants à défendre et qui devront être disputés. Toutes
autres lignes sont des embranchements... Nous ferons hum-
hloment remarquer que les importantes lignes principales de
Lou-Kou-K'iao à Ilan-Kéou et de Canton à Han-Kéou et les
importantes lignes d'embranchements qui en sont voisines,
entre Nan-King et Chang-IIaï, Sou-tchoou et le Tche-Kiang,
P'ou-K'eou et Sin-Yang et entre Kouang-Siu et Kieou-Kiang
I. Livre jaune, 1898-1899, p. ia3.
396 I.KS CHEMINS DE FEU
doivent être entreprises par Cheng Hiuan-houai, de la « Corn-
pagnie générale ». Pour celle de Tien-Tsin à Tchen-Kiang et
celles qui sont en deçà et au delà de Chan-Haï- Rouan, des
décrets impériaux ont aussi chargé Hou Yu-fen et autres de les
exécuter. De T'aï-Yuen à Lieou-Lin, le Bureau des AfTaires
commerciales du Chan-Si a déjà reçu l'entreprise. A Loung-
Tcheou, dans le Kouang-Si. le général de division Sou Yuan-
tch*ouen est dans le même Ctis. Il convient que nous demandions
à Vos Majestés d'ordonner à ces hauts fonctionnaires de prescrire
d'une façon efleclive l'exécution et l'achèvement satisfaisants et
prompts de ces différentes lignes importantes, avant toutes
autres*.
M. Pichon dut faire remarquer au Tsoung-li Y'amen dans
une dépêche du 3o décembre 1898; « que d'une manière
générale, Texécution rigoureuse du règlement du 19 novem-
bre aurait pour conséquences d'empêcher, à peu près, toutes
les affaires de mines et de constructions de chemins de fer en
Chine, avec participation étrangère. Il est inutile d'entrer,
pour établir ce fait, dans l'examen détaillé des dispositions
qui ont été arrêtées. »
Le 28 novembre 1898, Sir C. Mac Donald donnait à Lord
Charles Bcresford ^ la liste suivante des concessions de che-
min de fer accordées à cette date :
N' DB UGIIBS
LOUOtTBOa TOTAUI
KS KULLBS
9
a 800^
3
I 53o*
2
720
I
C5o
3
420
I
3oo
Anglais.
Russes. .
Allemands. .
Belges. .
Français. .
Américains.
1. Livre jaune ^ p. i3i.
2. China, n® i (1899), p. 3V|.
3. Y compris les lignes Han-Keou-Canton et Yun-Nan-Yang-tseu.
4. Y compris le chemin de fer mandchourien do Strelcnsk à Vladi-
vostock.
ACCORD ANGLO-RUSSE 897
ACCORD ANGLO-RUSSE, 16-28 AVRIL 1899.
Le 16-28 avril 1899, les Russes et les Anglais échangè-
rent des noies signées par le comte Mouraviev et Sir
Charles S. Scott, ambassadeur d'Angleterre, marquant leurs
zones d'intérêts en Chine* :
I
La Russie et la Grande-Rrelagne, animées du si^c^^c désir
d'éviter en Chine toute cause de conflits dans les questions où
leursintérî^tsse rencontrent et prenant en considération la gravita-
tion économique et gi»ographique de certaines parties de cet
Empire, sont convenues de ce qui suit :
I. La Russie s'engage à ne pas réclamer pour son compte et
en faveur de sujets Russes ou autres des Concessions quelconques
de chemins de fer dans le Rassin du Yang-tseu et à ne pas con-
trecarrer directement ou indirectement dans cette région les
demandes de Concessions de chemins de fer, appuyées par le Gou-
vernement Rritannique.
3. La Grande-Rretagne, de son coté, s'engage à ne pas récla-
mer jKiur son compte et en faveur de sujets Britanniques ou
autres des Concessions (juelconqucs de chemins de fer au nord
du Grand Mur de (!lhine et à ne pas contrecarrerdirectement ou
indirectement dans cette région les demandes de Concessions de
chemins de fer, appuyées par le Gouvernement Russe.
Les deux Parties Contractancles, n'ayant nullement en vue de
porter une atteinte quelconque aux droits souverains de la Chine,
ainsi qu'aux Trail«'s existants, ne manqueront pas de faire
jxirt au (jouvernement (chinois du présent arrangement qui,
en écartant toute cause de complication entre elles, est de na-
ture à consolider la paix dans l'Exln^me-Orient et à servir aux
intérêts primordiaux de la Cliine elle-même.
Le Soussigné, &c.
(Signé) Comte Mouraviev.
Saint-Pétersbourg, le 16 (38) avril 1899.
Il
Pour compléter les notes échangées aujourd'hui concernant la
I. China, n® 2 (1899), p. 91.
SgS LES CHEMI>S DE FER
répartition des sphères de Concessions et d'exploitation des che-
mins de fer en Chine, il a élé convenu de consigner dans la
présente note additionnelle l'Accord survenu au sujet de la ligne
Chan-IIaï-Kouan-Nieou-tchouang, pour la construction de laquelle
un emprunt a déjà été contracté par le Gouvernement Chinois
h la Banque de Chang-IIaï-Hong-Kong, agissant au nom de la
« Britisli and Chinese Corporation ».
L'arrangement général, établi par les notes précitées, ne por-
tera aucune atteinte aux droits acquis en vertu du Contrat de
l'emprunt susdit, et il sera loisible au Gouvernement Chinois de
nommer tant un ingénieur Anglais qu'un comptable Européen
pour surveiller la construction de la ligne de chemin de fer en
question et la dépense des sommes y affectées. Mais il reste bien
entendu que ce fait ne saurait constituer un droit de propriété
ou de contrôle étranger et que la ligne en question doit rester
Chinoise, soumise au contrôle du Gouvernement Chinois, et ne
pourra être engagée ou aliénée à une Compagnie non Chinoise.
Pour ce qui est de l'embranchement se dirigeant de Siao-
heï chan à Sin min ting, outre les restrictions susdites, il a été
convenu qu'il sera construit par la Chine elle-même, qui pourra
admettre des ingénieurs Européens, pas nécessairement Anglais,
pour l'inspecter périodiquement, vérifier et certifier que les tra-
vaux sont dûment exécutés.
Le présent Accord spécial ne saurait, naturellement, entraver
d'aucune façon le droit du Gouvernement Russe d'appuyer, s'il
le juge opportun, des demandes de sujets ou établissements
Russes, relatives à des Concessions de chemins de fer qui, par-
tant de la ligne principale de la Mandchourio et se dirigeant au
sud-ouest, traverseraient la région où sera construite la ligne
chinoise aboutissant à Sin min ting et Nieou-tchouang.
Le Soussigné, &c.
(Signé) Comte Mouraviev.
Saint-Pétersbourg, le i6 (a8) avril 1899.
On a pu voir par ce qui précède, qu'un grand champ
d'action est ouvert à l'activité de l'Europe et de TAnié-
rique; les événements de 1900 n'ont apporté qu'un temps
d'arrêt dans l'exécution et le développement des travaux
dont nous avons essayé de retracer le tableau.
CHAPITRE XXII
PROJET DE RÉFORMES DE L'EMPEREUR. - COUP D'ÉTAT
DE L'IMPÉRATRICE (1898)
Les réformateurs n'ont jamais manqué en Chine ; avant
même les pays crOccident, l'empire du Milieu a connu, au
xi° siècle, avec le ministre Wang Ngan-clii (102 1-1086), le
service militaire obligatoire, les avances de l'Etat aux agri-
culteurs, etc. C'est une erreur de croire sans secousses so-
ciales et politiques l'histoire de ce vaste empire, immuable
en apparence seulement ; mais les réformateurs se sont tou-
jours brisés soit contre l'inertie, soit contre la résistance que
leur opposaient les partisans d'une tradition séculaire et non
sans grandeur. Les malheurs de la Chine actuelle, la fai-
blesse de ses armes, la pénétration des Européens dans le
pays, l'humiliation de la paix de Shimoneseki signée avec
un peuple considéré avec mépris, devaient stimuler le zèle
des novateurs dont la plupart puisaient leurs idées nouvelles
dans les colonies britanniques les plus proches.
Des Chinois réformateurs, comme le D*" Soun Yat-
sen et K'ang Yeou-wei), prêchèrent les idées nouvelles de
simplifier les rouages du gouvernement, de demander plus
d'honnêteté aux fonctionnaires, d'en assurer le recrutement
par des examens dont les sujets ne fussent pas entièrement
tirés des Livres Classiques, de prendre aux barbares d'Occi-
dent ce que leurs sciences et leurs arts pouvaient présenter
d'utile à Tcnipire, etc. Soun Yat-sen, de beaucoup le plus
Il02 PHOJET DE RÉFORMES DE l' EMPEREUR
King, en novembre 189/1. 11 venait d'être nommé résident
dans une des ligues mongoles. Jong-Lou plut, lors de son
audience, à Tempereur, qui annula sa dernière nomination
et le garda à Pé-King comme ministre de la Cour; les fa-
veurs plurent aussitôt sur lui ; en octobre 189^, il était
nommé capitaine-général de la gendarmerie de Pé-King; en
novembre, il était promu au grade de lieutenant-général de
la Bannière Blanclie, et en décembre, il entrait au Tsoung li
Yamen ; au mois d'août iSgS, Jong-Lou était nommé prési-
dent du ministère de la guerre; en juin 1896, il était as-
sistant grand secrétaire, et enfin, en juin 1898, il devenait
grand secrétaire, contrôleur du ministère des finances et
vice-roi du Tcbé-li où il remplaça Wang VVen-cbao (28
juin 1898).
Kouang-Siu, qui parait avoir été animé de nobles senti-
ments, mais a été mal dirigé par des conseillers pressés de
mettre la cognée dans un cbéne vermoulu dont la cbute trop
rapide ne pouvait entraîner en même temps que des désas-
tres, allait voir écbouer ses efforts, grâce à l'activité, k l'éner-
gie et à l'ambition de l'impéralrice-douairière.
Kouang-Siu eut sûrement un moment le sentiment bien
réel de la situation ; il avait montré de la dignité, voir j). 258,
lorsque les Japonais menaçant sa capitale, ses ministres jni-
sillanimes le poussaient a fuir vers TOuest ; la guerre de
1894- 1895 lui avait sans doute inspiré d'amères réflexions,
les demandes des étrangers, qui semblaient poursuivre le
démembrement de son empire et menaçaient de transformer
la Chine en une nouvelle Pologne, l'effrayèrent, et il eut for-
tement — l'instant que lui permirent sa santé chancelante et
une volonté supérieure h la sienne — le désir de transformer
son pays. Mais il aurait fallu que Kouang Siu eût jK)ur 4e
seconder, avec sa poignée de gens hardis mais trop brouillons,
une armée solide, capable d'empêcher une réaction de se
produire : c'est ce dernier instrument qui manqua à l'ein-
/ \
LES HÉFORMEà iio'i
pereur et fit avorter la tentative généreuse dans laquelle il
perdit à la fois le pouvoir et l'apparence d'énergie qu'il avait
un moment déployée.
LES RÉFORMES
Il nous est facile de refaire l'histoire de celte tentative de
réforme mort-née, grâce à la traduction du chinois des dé- \
crets impériaux de 1898 parle P. Jérôme Tobar S. J., pu-
bUée à Chang-IIaï récemment par M. J.-Em. Lemière, ré-
dacteur en chef de Y Echo de Chine.
C'est le 10 juin 1898 (vingt-deuxième jour de la qua-
trième lune) que paraît un premier décret, suivi de beau-
coup d'autres, que nous allons examiner, jusqu'au 20 sep-
tembre suivant, époque de la réaction.
Le II juin (28** jour, 4* lune, 2/4® année Kouang-Siu),
les idées de réforme reçoivent l'approbation officielle de l'em-
pereur par le décret suivant :
« A présent que tous les royaumes du monde sont en com-
munication mutuelle, l'acquisition des hommes de talent à qui
Ton puisse confier des charges est une des affaires les plus
urgentes. Nous ordonnons donc aux vice-rois et aux gouver-
neurs des provinces de pro[)oser immédiatement au Tsoung-li
Yamen les sujets qu'ils auraient reconims, en temps ordinaire,
doués de science et de droiture, entendus aux affaires actuelles,
et exempts des défauts vulgaires et de le faire sans considérer le
rang élevé ou inférieur que ces olhciers occupent. Les candidats
proposés seront examinés ; ceux qui ont été reconnus capables
seront conduits par groupes à Notre audience et attendront que
Nous leur donnions un emploi. »
Trois jours après (i/| juin 1898), un nouveau décret im-
périal nous fait connaître les noms des chefs du parti de la
réforme et, à leur tête, K'ang Yeou-wei.
«c Siu Tche-tsing, lecteur assistant à l'Académie, Nous a fait
4o/| PROJET DE RÉKOliXlES DE L*EMPERELR
un mémoire |K)iir Nous proposer des iiommes de tfileiit et
entendus aux affaires actuelles. Nous ordonnons que k'ang Yeou-
wei, secrétaire-adjoint au ministère des travaux, et Tch'ang
Youen-tsi tenant môme emploi au ministère de la guerre, se
préparent à être présentés à Notre audience le aS*" jour de celte
lune. Quant à Houang Tsuen-hien, intendant du sel au district
de Tch'ang-|)ao, dans le Hou-Nan et Tan Se-t'ong, préfet en
expectative d'emploi dans le kiang-Sou, que par leurs vice-rois
ou gouverneurs respectifs, ils soient conduits au ministère que
l'affaire concerne, lequel les présentera îi Notre audience. Enfin
que le licencié Liang Ki-tchao soit examiné par le Tsoung-li
Yamen, qui, après examen, nous en donnera connaissance. »
Wéng T'oung-ho, assistant grand secrétaire et président
du ministère des finances, membre du conseil privé et du
Tsoung-li Yamen, était par décret du i5 juin disgracié dans
des termes fort sévères. Il fut remplacé par Wang VA'en-
chao (23 juin), vice roi du Tché-li, dont le poste fut donné
à Jong-Lou, général commandant la gendarmerie de Pé-
King qui eut pour successeur TcIToung-li, ministre du
Tsoung-li ^amen, et président du ministère d(»s chûli-
ments.
Avec une activité fébrile, Tempereur (ou plutc^t ses con-
seillers) lance décret sur décret ; il ne se passe presque |>as
un jour sans décret pendant les mois de juin et de juillet ;
les tièdes et les réactionnaires sont soumis à des enquêtes et
frappés d'avertissement, tel le président du Tribunal des
Rites, Siu ^ng k'ouei* dénonce par les censeui-s Soiing
Pé-lou et Yang Chen-sieou ; tour à tour le commerce, Fagri-
culture, sont Fobjet de Taltention impériale : le censeur
Tseng Soung-ycn demande (20 juin 1898) rétablissement
I . Originaire du Kouang-Toiing ; ancien président du Tribunal des
censeurs, août 1895*, du Ministère des Travaux, décembre 1896; mi-
nistre du Tsounp-li Yamen. mars 1897 ; j>résidenl du Ministère des Rites,
aoiU 1897; disgracia en septembre 1898, il a été nommé gouverneur
générai du Min-Tché (Fou-tcheou) en octobre 1898.
LES RÉFOKMKS 4o5
(l'une école de minéralogie au nord et au midi de la Chine;
8uen Kia-nai, président du ministère des charges, réclame,
9 septembre, la création d'une école de médecine qui dépen-
dra de Tuniversilé de Péking.
C'est ce même Suen Kia-nai qui est nommé (3 juillet)
recteur de cette université fondée à l'exemple des universités
occidentales ; la bibliothèque publique et le bureau de tra-
duction de livres, nouveau rouage administratif, sont ratta-
chés à l'université; le Dr. \V. A. P. Martin (Ting Wei-
liang) (9 août 1898) est nommé Préfet général des sciences
européennes k l'Université. On touche à l'arche sacro-sainte
des examens militaires, et, chose plus grave en Chine, Htté-
raires;le iven ichang, matière principale de l'examen, est
supprimé (28 juin). « C'est, dit le P. Etienne Zi, dans
Examens littéraires, p. 7, note i, un genre de composition
oratoire qui n'a son équivalent exact dans aucune des litté-
ratures européennes » ; c'est une amplification littéraifc sur
les Quatre Livres Classiques d'ailleurs supprimée, en
1664, par l'empereur R'ang Ili qui la remplaça par une
espèce de dissertation, devenue l'unique matière du cours.
Réforme des règlements en usage aux ministères, suppression
d'emplois inutiles.
Les chemins de fer ne sont pas oubliés : ordre est donné
5 Cheng H'iuen-houei d'activer les travaux du chemin de fer
de Pé-King à Han-Kéou (26 juin 1898); création à Pé-
King d'un bureau central de mines et de chemins de fer que
les grands officiers du ïsoung-li Yamen, Wang Wen-chao
et Tchang \in-houan sont chargés d'administrer (3 août
1898). Décrets relatifs à la protection de la religion chré-
tienne (12 juillet 1898) et aux relations avec les étrangers
(18 septembre 1898) :
« 11 y a quelque temps. Nous avons ordonné au Tsoung-li
Yamen de réunir en volume les traites et règlements sur le com-
merce avec les étrangers Çfoncj-chanfj-tchang-chenrj) et de dis-
4o6 PROJET DE RÉFORMES DE L* EMPEREUR
tribuer le volume h tous les tribunaux de rcmpire, afin de faci-
liter l'observance des règlements fixés. »
Sur un mémoire du censeur Soung Pé-lou (17 juillet)
et un rapport de Sucn Kia-nai, la revue Che-ou Pao, fondée
à Chang-Haï, est transformée en journal officiel dont R'ang
Yeou-wei est nommé directeur responsable.
Les rues mêmes de Pé-King sont l'objet d'une haute solli-
citude (5 septembre 1898):
« La capitale de Tempire es! aussi le lieu où doivent com-
mencer les bonnes entreprises. Or, actuellement, ses rues sont
boueuses et sales; de plus, les canaux sont obstrués et leurs
communications sont interceptées. Il est donc de toute nécessité
de réparer les rues et d'ouvrir les canaux ; en outre de l'utilité,
l'aspect général sera grandement amélioré. Nous ordonnons donc
au ministère des travaux, avec le concours du bureau de la gen-
darmerie, du corps des censeurs pour les cinq enceintes de la
capitale, et du corps des commissaires des rues, de prendre
ensemble des mesures pour curer tous les égouts qui existent
tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des nmrs, en sorte qu'ils com-
muniquent entre eux, ainsi que pour aplanir et réparer toutes
les rues et ruelles. Qu'on ne se permette pas de considérer celle
0|>ération comme une chose de peu d'importance, et de la faire
négligemment... »
Ceux d'entre nous qui ont connu tour à tour la pous-
sière, la pluie et la boue de la capilalc du Céleste-Empire
auraient béni Kouang-Siu si ses ordres avaient été exé-
cutés !
Le 7 septembre, Li Houng-tchang était renvoyé du
Tsoung-li Yamen, ainsi que King-sin, président du minis-
tère des finances ; le /|, Siu Yng-k'ouei, président du minis-
tère des rites, avait été destitué de tous ses emplois ; Yu-Lou,
ancien général tartarc à Fou-tcheou, entra le 7 septembre
au ministère des rites dont il fut nommé président le même
jour; le 26, Siu Yong-yi, disgracié depuis 1896, était réin-
tégré au Tsoung-li Yamen.
COUP I)'ét\t 407
Malheureusement, nous touchons à la fin de cette période
de réformes, hâtives il est vrai, mais dues à de méritoires
intentions, que nous pouvons désigner sous le nom déjà his-
torique : les Cent Jours (10 juin-20 septembre 1898).
COUP d'ét.vt
Toutefois l'empereur va trop vite en besogne ; non seule-
ment il veut des réfomies, mais encore il veut châtier ceux
qui s'y opposent ; nous Tavons vu déjà sévir contre d'im-
portants fonctionnaires, mais il désire frapper plus haut en-
core. M. Pritchard Morgan, membre du Parlement anglais,
qui avait récemment voyagé en Chine, raconte que la cause
principale du coup d'Etat a été la promulgation de deux
édits par l'empereur : le premier était relatif à l'exécution de
Jong-Lou, généralissime des forces chinoises en 1900.
Depuis le 23 juin 1898, Jong-Lou avait remplacé par inté-
rim Wang VV'cn-chao, nommé membre du Tsoung-li Ya-
mcn, comme vice roi du Tché-li et Surintendant général du
commerce du Nord. L'ordre d'exécution avait été confié, dit
M. Morgan, au général Youen Che k'ai, ancien résident de
Chine en Corée', grand juge au Tché-li qui, après le coup
d'État, fut nommé vice-président d'un ministère en expecta-
tive d'emploi et chargé de la formation des troupes (i5 sep-
tembre 1898) cl rc(;ut à titre de récompense /| 000 onces
d'argent (29 septembre 1898) et, plus tard par décret (6
janvier 1899), cette insigne marque de faveur im|)ériale :
a Nous accordons à Soung K'ing, général de division du
Se-lch*ouen, et à Youen Ché-k'ai, vice-président en expectative
I. Youen, pendant qu'il était en Corée, fut nommé par décret im-
périal du 3 mai 1898, tao-taï de Wen-lcheou à la place do Ts'ao Chou-
jao, promu juge pro\incial du Tché-Kiang ; Youen fut rappelé de Corée
en iSg'i et devait être remplacé comme 'résident chinois à Séoul par Li
Siao-jûn, ancien consul chinois à Tchcmoulpo.
/|08 PROJKT DE RÉFORMES DE i/eMPEREUR
d'emploi, la faveur de pénétrer à cheval à rinlérieur du palais
en dedans de la porte Si-yuen-inen et de se servir soit d'une
barque, soit d'un traîneau » (Dans le lac qui entoure l'île
Yong-t'aï, où se trouvait la résidence de l'einficreur).
Vouen, commandait dans le Chan-Toung les 7 000 hom-
mes de troupes exercées par M. Von Ilanneken; fort \ye\\
soucieux de remplir sa U\che, il alla trouver Jong-Lou :
« Mes lèvres, dit-il en tendant l'arrêt de mort, ne me
permettent pas de prononcer de paroles. » .\vec calme,
Jong-Lou lut le document, le rendit à Youen et lui répon-
dit : « Il est de votre devoir d'exécuter les ordres de votre
empereur. » Vouen insinua que Jong-Lou avait peut-être
quelques alTaires privées à régler avant d'être décapité et
dit en se retirant qu'il reviendrait le surlendemain. A bon
entendeur, salut! Jong-Lou n'attendit pas naturellement la
seconde visite de son bourreau désigné ; immédiatement, il
prenait le train pour Pé-King, prévenait l'impératrice du sort
qui lui était réservé à lui, Jong-Lou. et du danger que faisait
courir à elle, impératrice, un second édit qui l'éloignait de
Pé-King et l'exilait dans un de ses palais d'été. Depuis la
guerre sino-japonaise et le retour aux atTaires du prince
Koung, l'impératriciî Ts'eu-hi était tenue dans une sorte
de disgrâce due autant à sa conduite politique qu'à ses in-
trigues de palais et son ingérence dans les affaires de concu-
bines ; l'inaction pesait à cette femme ambitieuse, et il était
évident qu'elle saisirait la première occasion de reprendre le
pouvoir abandonné contre son gré. Sans perdre de temps,
l'impératrice faisait séquestrer Kouang-Siu à Vong-t'aï, pe-
tite île du parc impérial, dont on coupait les ponts et elle
s'emparait du gouvernement ; le décret du 20 septembre
1898 marquait la déchéance de Kouang-Siu. En voici la
teneur :
En ce moment le gouvernement de l'empire est plein de diffi-
cultés et toutes sortes d'affaires demandent à être mises en ordre.
cou» D*KT\T 409
Nuit cl jour, Nous Nous sommes donné beaucoup de mal cl de
peine pour trailer l(»s innombrables aflaires qui se présentaient
continuellement. Ce[3endanl, après avoir épuisé Nos efTorls dans
l'exercice de Notre charge. Nous craignons continuellement
qu'une multitude d'aflaires ne soient négligées. En repassant
dans Notre esprit ce qui est arrivé depuis le règne de Toung
Tché (1874-1870) jus<ju'à présent. Nous n'oublions pas que
l'impératrice. Notre mère adoptive a, à deux reprises, administré
l'empire comme régente. Pendant les années de son gouverne-
ment, les moyens employés par Elle pour porter un secours
efficace aux pressantes difficultés par où l'empire a passé, ont
tous été excellents et pratiques. Nous rappelant la grande impor-
tance de la charge qui Nous a été laissée par Nos ancêtres, Nous
avons plusieurs fois prié instamment (Notre mère adoptive) de
vouloir bien Nous favoriser de ses conseils dans le gouvernement
et Nous avons appris respectueusement qu'Elle accédait à Notre
demande, ce qui fera le bonheur de Nos officiers et de Notre
j)euple. A partir d'aujourd'hui, les affaires . de l'administration
seront traitées dans la salle Pien-lien. De plus, le huitième jour
de cette présente lune, Nous, à la tète des princes impériaux et
des grands officiers, dans les palais Kin-tcheng-lien, Nous pré-
senterons Nos devoirs à l'impératrice régente, Notre mère adop-
tive. Que les divers ministres et les cours que l'affaire concerne
préparent respectueusement et soigneusement d'avance les rites,
qui, à cette occasion, devront être accomplis. »
La mission confiée à Youen Che k'ai rentre peut être dans
le domaine de la fantaisie, mais il n'y a aucun doute que ce
fut à lui et à ses troupes que rempercur fit appel ; Youen,
effrayé de la responsabilité qui lui incomberait, communi-
qua les projets de Kouang-Siu à Jong-Lou ; celui-ci, quoi-
qu'il dût sa brillante et rapide carrière à Tempereur auquel
il était d'ailleurs sincèrement attaché, prit peur et prévint
rinipératrice de ce qui se passait.
Le jour suivant, le 21 septembre, le censeur Soung Fé-
lon est déposé, la surveillance des portes du palais impérial
est augmentée ; de nombreux décrets, y compris celui qui
crée un journal officiel (26 septembre), sont annulés ; le
4lO PROJET DE RÉFORMES 1>E i/eMPEREUR
Wen-lchang est rétabli (9 octobre), enfin, les réfornnateurs
sont mis en jugement par un décret du 26 septembre :
« Le ministère des Peines Nous a présente un mémoire où il
Nous prie, à cause de l'excessive gravité d'une affaire criminelle,
de déléguer les grands officiers, membres du grand conseil, pour
l'examiner ensemble. Nous ord(mnons donc aux grands officiers,
membres du grand conseil, de se joindre aux membres du
ministère des Peines et à ceux de la censure pour examiner
rigoureusement le cas des officiers coupables Siu Tcbe-tsong,
Yang Glien-sieou, Yang Joueï, Lin Hiu, âgé <le 33 ans. Tan
Se-tong, Lieou Kouang-ti et K'ang Kouang-jen, frère cadet de
K'ang Y^eou-wei. Quant à Tcliang Yin-liouan", quoique des
officiers Nous aient présenté des mémoires pour nous dire que
les apparences de sa mauvaise conduite sont déjà bien manifestes,
cependant il n'a pas pris part à la conspiration tramée par K'ang
Yeou-wei. Nous ordonnons qu'il soit gardé à vue temporaire-
ment en attendant que Nous donnions un décret statuant sur
son sort. Le cas de K'ang Yeou-wei, qui a tramé la conspiration
en vue de ses intérêts personnels, est excessivement grave. Nous
avons déjà précédemment chargé le ministère des Peines d'exa-
miner Siu Tche-tsing et les autres adhérents à la conspiration ;
mais la Cour, voulant se montrer libérale et indulgente envers
des officiers et des gens du peuple qui ont été trompés par les
principaux conspirateurs, n'a pas permis qu'on fît des recherches
sévères à leur égard, ni qu'on les impliquât dans le châtiment
avec les principaux coupables. Elle veut ainsi montrer par là les
excellents désirs qu'elle a de ne se ser\ir des peines qu'avec
grande circonspection. »
Le 2() septembre, les malheureux étaient condamnés, mais
K'ang Yeou-wei était en fuite et il était ordonné « à tons
les vice-rois et à tous les gouxerneurs des provinces de faire
secrètement des recherches sévères pour le prendre et le
juger d'après la rigueur des lois ».
* *
i. TrliiiMg ^'in-houan fut condamne au bannissement.
COUP I)*ÉTAT 4ll
Le Sin-Wen Pao, journal publié à Chang-IIaï, raconte
que les réformateurs avaient été traduits devant un tribunal
c omposé des présidents et vice-présidents du grand conseil,
du ministère de la justice et de la cour des censeurs. Siu
Telle -tsong, second vice-président du tribunal des rites, le
censeur Yang Chen-sieou, Yang Joueï, rédacteur à l'acadé-
mie Han-lin, Tan Se-tong, fils du gouverneur du Ilou-Pé,
Lin Hiu et Lieou Kouang-ti, secrétaires de première classe
au Grand Conseil et K'nng Kouang-jen, licencié, frère cadet
de K'ang ^eou-wei, furent jugés, sauf le premier, comme
traîtres, indignes de pardon. Le i«8 septembre, les accusés
étaient devant le tribunal, il était presque nuit, lorsque Tor-
dre arriva de les décapiter sur-le-champ. Les condanmés
moururent bravement, et à Tcxception de K'ang Kouang-
jen, dont [icrsonne, par crainte de châtiment, n'osa ensevelir
le cadavre, les cinq autres corps et les têtes furent recueillis
par les familles des victimes et placés dans des cercueils.
Ceci se passait dans la partie du palais impérial qui se trouve
au bout de la rue des Légations. Les diplomates étrangers
étaient dans Tignorance la plus profonde de la tragédie qui
se passait à deux pas de leurs demeures.
Siu Tche-tsong n'était coupable que d'avoir recommandé
K'ang Yeou-wei, camarade de classe de son fils, chancelier
littéraire du Ilou-nan, sur la demande de ce dernier ; aussi
eut-il la vie sauve, mais il fut condamné à la prison perpé-
tuelle.
Un télégramme fut lancé pour arrêter K'ang Yeou-wei à
Tché-fou, ou l'on pensait qu'il s'arrêterait, ce qui eut lieu en
effet ; heureusement pour celui-ci, lors de son débarque-
ment, le Tao-taï était absent à Kiao-tcheou. Jong-Lou lança
le contre-torpilleur Fei-yinff de Weï-Haï Wei à la poursuite
du Chun(j-King qui portait K'ang à Chang-Haï, dont le
Tao-taï avait reçu l'ordre d'arrêter le réformateur dès qu'il
arriverait. Grâce au consul d'Angleterre qui le prévint en
4l2 PROJET DE RKFOBMES DE |/eMPEHEI"R
dehors de Woii-soung du danger qu'il courait, le fugitif
échappa une fois encore à ses hourreaux. Transféré directe-
ment du Chun(j-kin(j, sous la surveillance de la canonnière
anglaise Ksk, sur le vapeur de la compagnie péninsulaire
BallanraL il arriva enfin sain et sauf à Hong Kong le 3o sep-
tembre 1898, escorté, pour éviter toute attaque, du croiseur
Bonaventnre. Depuis, K'ang Yeou-wei a ])assé par le Tong-
King et a enfin trouvé asile à Singapour, d'où les agents se-
crets chinois ont essayé à plusieurs reprises de le faire sortir.
Il était parti de Singapour pour Londres le !i3 février 1900,
mais il se ravisa, et le même jour il rentrait dans la pre-
mière \ille dans le bateau du pilote. Depuis, un édit impé-
rial a ordonné h Li Houng-tchang, quand il fut nommé
vice-roi des deux Kouang, de détruire les tombeaux des an-
cêtres de K'ang et a mis la tête du réformateur au prix de
100 000 taëls.
On raconte que le jour même du coup d'Etat de rim[)é-
ratrice (22 septembre), quatorze eunuques dévoués k Vetn-
pereur furent exécutés dans la cour du Grand-Eunuque,
Li Lien-yin, auquel Jong-Lou était d'ailleurs hostile à cause
de sa grande influence auprès de la vieille souveraine.
En dehors de K 'a ng Yeou-wei, Liang Ki tchao, rédacteur
en chef du Chincse Progress, et Wang Tchao, secrétaire
du ministère des Rites, avaient également réussi à prendre
la fuite.
Des perquisitions avaient été faites dans la maison de
K'ang You-wei à Canton, pour y trouver des preuves de sa
rébellion :
« T'an Tchoung-liii, vice-roi des deux Kouang *, Nous a adresse
un mémoire que Nous avons reçu hier, où il Nous dit que, dans
la maison de K'ang Yeou-weï.il a trouvé plusieurs lettres écrites
I. Originaire du JIoii-Nari ; vice-roi de Foulchcoii, juin 1893, du Se-
Iciroueu, novembre 189^, puis de Canton, mars 1895.
COUP dV:t\t 4i3
par les conjurés ; il les a fait lilhographier et il Nous les envoie
pour que - nous puissions les examiner. On peut constater que
les propos de rébellion forment des chapitres et occupent des
lettres entières ; on y honore même Tang Se-tong du titre de
président, et Ton y allirme (|ue la (ùour impériale est dans un
état sans remède. Pour dater les lettres, on ne s'y sert jamais
des années du règne de Kouang-Siu, mais on écrit en gros carac-
tères « après Confucius, tel millième, tel dixième (et) telle
année ». Toutes et chacune de ces absurdes et extravagantes
circonstances montrent le plus clairement |x>ssible que K'ang
Yeou-wei e( ses correspondants étaient tous des sujets séditieux
et des fds rebelles. Dans la corres|)ondance en question, beau-
coup de persoiuies sont impliquées ; mais |>our Nous montrer
généreux. Nous ne voulons pas que l'on fasse des recherches sur
les membres de la conspiration et Nous ordonnons qu'on brûle
toutes les lettres originales indiquées plus haut. K*ang Yeou-wei
ayant le premier lancé des propos séditieux qui ont trompé et
séduit plusieurs, Nous n'avons pas pu nous empêcher de publier
ses méfaits, en vue d'étouffer les germes de la rébellion. »
Le grand tort des réforma leurs a été de chercher h trans-
former la Chine en un temps trop court, de toucher en
même temps à tous les rouages de l'administration, de frap-
per à la fois tous les abus. La révolution de 1868 au Japon
était une reprise du pouvoir par le roi fainéant sur le maire
du palais, par le souverain sur le chef militaire, par le Mi-
kado sur le Shogoun. 11 y avait une féodalité h écraser, non
une tradition séculaire h bouleverser.
Le 3o septembre 1898, quelques étrangers et parmi eux
une dame anglaise et M. iMortimore de la légation britan-
nique, en venant du chemin de fer, furent attaqués par la
foule dans la ville chinoise ; aucun ne fut heureusement sé-
rieusement blessé, quoiqu'un missionnaire américain ait eu
une côte cassée par une pierre.
Le i**'" octobre, les ministres étrangers décidèrent de faire
venir à Pé-King une garde pour protéger les légations, en
cas de troubles ; le vice-roi du Tchc-li ayant refusé d'auto-
4l4 PROJET DE RÉFORMES DE l'eMPERELR
riser le départ de troupes étrangères de Tien-Tsin pour la
capitale sans permission du Tsoung-li Yamen, le corps di-
plomatique se réunit à nouveau le l\ et décida de notifier au
gouvernement chinois le désir de faire venir une garde.
Après de nombreux pourparlers, le 7 octobre, les détache-
ments anglais, allemand et russe arrivèrent à Pé-King :
66 soldats russes, dont 3o cosaques et 36 soldats d'infan-
terie de marine, avec deux pièces d'artillerie de campagne,
25 soldats anglais d'infanterie de marine et 3o soldats alle-
mands.
Les soldats venus du kan-Sou et placés dans le parc de
chasse au Sud de Péking sous le commandement du général
Toung Fou-Siang se livraient au brigandage. Le 23 octobre,
ils outragèrent M. C. W. Campbell, de la légation d'An
gleterre, et trois autres Européens, deux Anglais et un Nor-
végien, qui visitaient le chemin de fer i\ Lou-Kou k'iao. Le
corps diplomatique demanda le renvoi immédiat de ces trou
pes non payées depuis plusieurs mois (27 octobre).
Pé-Ring, 37 octobre 1898.
A Son Altesse le Prince et leurs Excellences les Ministres du
Tsoung-li Yamen :
Par la décision du Corps diplonialiqne, j'ai l'honneur d'ex-
poser en résumé à voire Altesse et à vos Excellences certains faits
qui sont arrivés à sa connaissance.
Un nombre considérable de soldais a été stationné entre Ta-
Kou et (ihan Hai-Kouan. el des corps de troupes ont été aussi
placés entre Tien-tsin et Pé-King.
On a fait venir du voisinage de Pao-Ting fou la division du
général Toung Fou-siang. au nombre, dit-on, de i5ooo lionimes.
pour les camper au Parc Impérial du Sud, à 3 milles de dis-
tance de la porte méridionale de la ville.
Le 20 octobre, des soldats ont interrompu le traiic du chemin
de fer à Yang-tsoun et saisirent un wagonnet. Quand on le
leur reprocha, ils jetèrent des pierres au Superintendant Euro-
péen et aux employés Chinois. C'était un détachement des
troupes du Général Toung et en roule j>our Pe-lai ho.
COUP dV:tat 4i5
Le 2 3 octobre, des soldats ont outragé près du pont de Lou
Kou-K*iao, sur la ligne dePao-Ting fou, un groupe composé de
Mr. Campbell, de la Légation d'Angleterre, et trois autres Euro-
péens, deux Anglais et un Norvégien. Un de ceux-ci se décida à
saisir le meneur en juste défense, quand ils ont vu qu'ils prenaient
des pierres, et alors ils furent attaqués par quarante soldats,
deux des Eurojx^ens ayant été gravement blessés par les pierres.
Cet outrage a été aussi commis par des soldats du Général
Toung, qui paraissaient n'avoir aucune discipline, et selon les
dernières nouvelles ils ont enlevé une |)artie de la voie entre
Lou Kou-K'iao et Pao-Ting fou. ayant aussi coupé les fils télé-
graphiques. Le trafic sur cette ligne a été complètement inter-
rompu. Ces hommes disent ouvertement qu'ils sont venus pour
faire disparaître les étrangers et toutes leurs inventions, chemins
de fer, &c.
Cette longue série de faits a du pro\o(|uer un échange de vues
parmi mes honorables collègues, et c'est en leur nom que j'ai
l'honneur de m'adresser à votre Altesse et à vos Excellences pour
leur demander quelle est la raison que le Gouvernement Chinois
a eue jjour faire venir tant de troupes et les réunir aux environs
de Pé-King et à Tien-tsin, sur les lignes des chemins de fer et
les lieux habités ou fréquentés par des étrangers.
En attendant la réj>onse, le Corps diplomatique accomplit le
devoir d'avertir le Tsoung-li Yamen ([ue cette agglomération de
soldats indisciplinés, sans aucune culture, et qui, en outre, ne
sont pas payés, d'après ce qui est oITiciellement déclaré dans la
Gazette de Pékimj, menace tout le monde dans leurs personnes et
dans leurs biens, non seulement les étrangers, mais aussi les
Chinois pacifiques.
Quant aux étrangers, ces soldats profitent de toute occasion
pour les insulter grossièrement, et ils proclament à haute voix
qu'ils sont venus pour chasser les « diables étrangers » et leurs
inventions. On \a même jusqu'à dire et faire circuler dans la
capitale, que le chemin de fer de Tien-tsin et le télégraphe
seront coupés, aussitôt que les grands froids arriveront, pour
supprimer toute communication et nous isoler. Je ne dois pas
cacher au Yamen que ceci serait d'une gra\ité tout à fait excep-
tionnelle, et que les (louvernemenls étrangers ne perdraient pas
de temps pour prendre les mesures nécessaires.
C'est pour toutes ces raisons que mes honorables collègues me
chargent de dire à Votre Altesse et à vos Excellences qu'ils ne
4l6 PROJET DE ni^IFORMES DE l/ EMPEREUR
peuvent pas s'expliquer quel est le but que poursuit le Gouver-
nement Chinois en amenant ces trou|>es« incapables de donner la
moindre protection, et utiles seulement pour créer des dangers
et susciter des conflits. Mes honorables collègues espèrent que
Votre Altesse et vos Excellences y réfléchiront mûrement, et i|s
croient qu'il serait très prudent d'écarter, jiar l'éloignement
immédiat de ces troupes, l'occasion de complications qui seraient
fort à regretter pour tous, mais principalement pour le Gouver-
nement Chinois.
En prévenant le Yamén à temps, le (]orps diplomatique
accomplit un acte amical et il s'elForce de mettre Qn à une situa-
tion anormale, qui au lieu de s'apaiser, semble devenir chacjue
jour plus délicate et critique.
Je profite, &c. *.
(Signé) Bernardo J. de Cologan -.
Le 29 octobre, le Tsoung-li Vamen reconnaissait que les
troupes du Kan-Sou, à peine arrivées, avaient manqué h la
discipline et produit des troubles ; cependant une semaine
s'étant écoulée, sans que le gouvernement chinois ait paru
accorder à l'afl'aire toute l'importance qu'elle axait, le 6 no-
vembre, le doyen du corps diplomatique adressait au Yamen
une nouvelle note dans laquelle il demandait :
i" Que ces troupes aient au plus lard le 10 novembre quitté
la Province du Pé Tché-li.
u" Que la destination qui leur sera donnée soit indi(|uée.
Si ces décisions n'étaient pas prisc»s et notifiées au Corps Diplo-
matique, ce serait pour les Gouverncnienls étrangers le cas
d'aviser aux mesures nécessaires pour garantir la sûreté des
étrangers et pour assurer la circulation sur les chemins de fer
et la liberté des conununications télégraphiques.
Le 9, le Tsoung-li ^amen réjiondait que les troupes du
Kan Sou, au nombre de 10000, étaient venues pour être
I. (Ihina, ii" i (1899). p. 323.
a. Don Bernardo de Cologan avait été revu en audience iiupcriale
pour remettre ses lettres do créance le 18 octobre 189') dans le h'en
Houa Tien.
COUP D*ÉTAT 4^7
passées en revue, et qu'après, un ordre impérial détacherait
des troupes à une garnison qui fut Cxée à Touest de Ki-
Icheou, dans le Tché-li. Le i6, le corps diplomatique pro-
testait contre le maintien des troupes de Toung Fou-siang
dans le Tché-li et en référait aux gouvernements qu'il repré-
sentait.
Les deux principaux auteurs du coup d'Etat étaient l'impé-
ratrice douairière et Jong-Lou, dont K'ang Yeou-wei, dans
l'ouvrage que nous avons déjà cité, fera le portrait sui-
vant :
« Jong-Lou possède un cœur de traître et complote pour lui-
même de prendre le trône. Pendant un long temps, il n*a pas
été meilleur que Tsa Tsa (260 ans après J.-G.) et il se sert de
rirapératrice douairière comme d'une patte de chat pour pour-
suivre ses propres projets de trahison. 11 ne craint ni les dieux
ni les hommes. 11 a publiquement détrôné l'empereur à la pleine
lumière du jour. Il détruit cruellement le juste et le loyal.
Cependant ce traître usurpateur s'en réfère au droit du Tck'oun
Ts'ieoii pour soutenir ses actes. C'est h cause de cela que, sans
hésitation, nous l'appelons un voleur rebelle et que son assas-
sinat serait tout à fait justifié. Combien plus encore depuis qu'il
a usurpé le trône et emprisonné celui qui, volontairement, sacri-
fiait sa vie pour le salut de son pavs P »
Jong-lou était appelé à Pé-King et nommé grand con-
seiller, contrôleur général du Ministère de la Guerre et
commandant en chef des troupes du Nord ; Yu-Lou le rem-
plaçait le 28 septembre à la vice-royauté du Tché-li. Yuen-
Tch'ang, jadis l'un des principaux secrétaires du Yamen, le
8 octobre, Siu King-tch'êng, ancien ministre en Allemagne
et en Russie, le 6 novembre, entrèrent au Tsoung-li
Yamen.
La vengeance de l'impératrice douairière n'était pas assouvie ,
il fallait d'abord faire reconnaître ses erreurs à l'Empereur et
CoRDiER, III. — 37
M
4l8 COUP d'kTAT de L*IMPÉIIATRICE
désavouer son principal conseiller K'ang Yeou-wei. La
Gazette de Péking du i8 décembre enregistre cet aveu, arra-
ché à sa faiblesse :
« Dans Notre recherche d'hommes de talent et capables. Nous
Nous en sommes beaucoup rapporté à Tavis et à l'aide de Notre
tuteur, Wông T'oung-ho. Nous eûmes confiance en lui, natu-
rellement. Quels ne furent pas depuis Nos pensées et l'excès de
Notre indignation quand il fut prouvé que ce même K'ang
Yeou-wei cherchait secrètement à créer une révolution, à
grouper autour de lui un parti d'hommes dégradés et égoïstes
et Nous avait presque engouflré déjà dans la révolution qu'il
avait l'intention de déchaîner sur l'empire ! Lui qui Nous avait
prescjue chargé du crime d'impiété filiale vis-à-vis de l'inipéra-
trice-douairière, ruinant Notre réputation et faisant de Nous une
ligure de mépris à montrer du doigt aux générations futures !
K'ang Yeou-wei a créé une faction dont le mot d'ordre était
<c Protéger et défendre la Chine », non protéger et défendre la
dynastie impériale (Ta Ts'ing). Son intention, de plus, était
d'inaugurer une république à la place de l'empire — pour avoir
un président à la place d'un empereur. Mais, du moment où
Nous eûmes vent de ces plans, Nous Nous hâtâmes de nous jeter
sous la protection de l'impératrice douairière et nous suppliâmes
Sa Majesté de venir à Notre secours et d'assumer les rênes du
gouvernement à Nolr(» place. Par ce moyen seulement. Nous
réussissons éventuellement à être sauf et à écarter le danger
pour la paix * . »
En novembre 1898, Li IIoung-Tchang recevait Tordre de
se rendre dans le Cban-Toung pour étudier les moyens
d'arrêter les inondations du fleuve Jaune ; il ne se relevait
pas de la disgrâce qui Pavait frappé à la Cn de 1896, dès son
retour d'Europe ; en 1899, on l'envoya à Canton comme
vice-roi des Deux-Kouang, à la place de ï'an Tchoung-lin,
déplacé à la demande des Français.
I. Norlh-China Herald ^ti avril 1900.
DÉCHÉANCE DE L* EMPEREUR ^IQ
DÉCHÉANCE DE L^EMPEREUR
Mais l'impératrice n'est pas encore satisfaite ; cet empe-
reur qui a osé la braver doit être châtié, il est désormais
indigne de régner. Grâce aux Gazettes de Pé-King et aux
commentaires qu'en donne leur excellent traducteur dans
le North-China Herald^ nous pouvons reconstituer ce nouvel
acte de la tragédie.
La Gazette du 28 janvier 1900 ordonne à P'ou Wei,
prince Koung ; aux princes Tsai Lien, Tsai Ying et Tsai Lan^ ;
aux grands secrétaires, aux grands chambellans, aux con-
trôleurs généraux de la maison impériale ; aux fonction-
naires du collège impérial des inscriptions ; aux membres de
l'Académie Han-lin et aux présidents mandchous et chinois
des six ministères de se préparer à une audience spéciale pour
le lendemain. Le grand secrétaire, Li Houng-tchang, qui a
vent de la chose, est le seul des grands mandarins de la capi-
tale qui n'assiste pas à l'audience, il a eu soin de prendre à
temps le bateau pour rejoindre son poste à Canton où il
vient d'être nommé vice-roi.
La Gazette du i[\ nous marque le cérémonial usité pour
le couronnement d'un nouvel empereur :
a Ici Nous ordonnons que tous les princes, ducs et ministres
de la cour impériale soient revêtus de robes de cour le 26 cou-
rant ; on attend de chacun d*euxde présenter une paire de scep-
tres (Joiiy) au trône. »
Le traducteur commente cet ordre de la manière
suivante :
« La cérémonie d'offrir des sceptres est observée seulement au
couronnement d*un nouvel empereur et est considérée comme
I. Tous les trois fils de Yi-Tsoung, prince Toun, cinquième fils de
l'empereur Tao-Kouang.
^30 COUP D*ÉTAT DE L*IMPÉRATRICE
un signe d'allégeance au lieu d'un serment de fidélité comme
dans les contrées occidentales. Les apologistes de rimpératrice
douairière essayent tout ce qu'ils peuvent pour nier son intention
de déposer l'empereur Kouang-Siu et disent qu'elle désire seule-
ment nommer un héritier présomptif, mais le décret ci-dessus
apparaît en noir et blanc comme une claire réfutation. Car dans
la loi chinoise la présentation des sceptres ne signifie pas autre
chose que le signe d'allégeance à un nouvel empereur. Il est bien
entendu, naturellement, que, môme depuis le coup d'Ëtat de
1898, tous les décrets soi-disant « impériaux » ont toujours été
publiés par l'impératrice douairière ; Kouang-Siu depuis ce temps
ayant été considéré comme n'existant pas. »
Enfin, on arrache au malheureux Kouang-Siu son abdi-
cation, en lui faisant désigner un héritier présomptif au
trône :
« Ix)rsque encore pendant notre enfance. Nous fûmes, par la
grâce de l'empereur T'oung-Tché choisi pour lui succéder dans
les lourdes responsabilités comme chef de tout l'empire, et quand
Sa Majesté mourut, Nous cherchâmes jour et nuit à mériter une
telle bonté par Notre énergie et la fidélité dans Nos devoirs.
Nous fûmes aussi redevable h l'impératrice douairière qui Nous
enseigna assidûment et Nous chérit et Nous lui devons, aujour-
d'hui. Noire salut. Maintenant il doit être connu que lorsque
Nous fûmes choisi |M>ur le trône, il fut alors convenu que, si
jamais Nous devions avoir un fils, ce fils serait proclamé héritier
du trône. Mais même avant l'année dernière (1898) Nous avons
été constamment malade et c'est pour cette raison que le hui-
tième mois de cette année (septembre 1898), l'impératrice
douairière accéda gracieusement à Nos prières instantes et prit
en main les rênes du gouvernement à reffet de Nous instruire
de nos devoirs. Une année a passé maintenant et Nous Nous
trouvons encore un invalide ; mais, gardant toujours à Notre
esprit qu'un héritier légal devrait être choisi [X)ur le trône, par
égard pour le salut de l'empire de nos ancêtres. Nous priâmes
de nouveau l'impératrice douairière de choisir avec soin parmi
les membres du clan impérial un prince vertueux et sobre pour
Nous succéder, et cela elle l'a fait en la personne de P'ou-tsiun,
fils de Tsai-Yi, prince Touan, de second ordre. »
DÉCHÉANCE DE i/eMPEREUR 431
Kouang-Siu désigne son successeur :
« Nous ordonnons ici que P'ou-tsiun, le fils deTsai-Yi, prince
Touan, de second ordre, soit déclaré héritier de feu Tempereur
Toung Tché. »
C'était un véritable suicide, si ce n'était la préparation
d'un assassinat. C'était en d'autres mots, dit le traducteur,
faire succéder P'oii-tsiun à T'oung-Tché comme empereur,
tandis que Kouang-Siu est considéré comme usurpateur du
trône, son élection comme successeur de T'oung-Tché étant
soudainement découverte comme ayant été iUégale, après
vingt-cinq ans!
Enfin, un dernier décret marque bien la déchéance impé-
riale :
« Nous ordonnons ici qu*au premier jour du nouvel an (3i
janvier), le devoir qui nous incombait habituellement de sacrifier
aux autels du Très-Haut, à la salle des Ancêtres impériaux et
au temple de la Longévité impériale sera entrepris par le Ta A
Ko (héritier présomptif P*ou-tsiun) * . »
Il est nécessaire maintenant d'entrer dans quelques détails
sur la famille impériale pour comprendre la situation res-
pective de l'empereur et de son héritier désigné, P'ou-tsiun,
jeune prince de quinze ans.
On se rappellera qu'au détriment de la descendance de
Mien K'ai, prince Toun K'io, troisième fils de l'Empereur
K'ia-King, ou de celle de Mien Hien, quatrième fils de
Kia-K'ing, dont le fils adoptif est le fameux prince Touan,
l'impératrice-douairière avait choisi comme empereur Tsai
Tien, fils du prince Tchouen, septième fils de Tao-Kouang,
qui prit le nom de règne de Kouang-Siu-. Cette désignation
I. Gazettedu ai janvier 1900. — North-China Herald^ iSavril 1900.
3. Voir II, p. 6, et le tableau généalogique.
423 COUP d'état de l'impératrice
amena la protestation et le suicide du censeur Ou K'o-tou'.
Tsai Yi, prince Touan, fils adoptif de Mien Hien, était en
réalité le second fils du prince ïoun, cinquième fils de Tao-
Kouang et d'une princesse mongole ; il avait été déclaré illé-
gitime parce qu'il avait été conçu pendant une période de
deuil dans laquelle le commerce des femmes est interdit. Le
jeune Tsai Yi fut envoyé en Mandchourie où i\ passa sa vie.
Était-ce un tardif remords ? l'impératrice-douairière n'est
guère capable d'en avoir. Était-ce plutôt pour servir ses
desseins.^ C'est probable; l'impératrice Ts'eu-hi le rappela à
Pé-King. Touan revenait aigri de son long exil, ignorant
tout des changements survenus dans l'Empire pendant son
absence, ne connaissant pas la puissance des étrangers et
désireux d'assouvir la soif de vengeance et de pouvoir qui le
dévorait depuis sa retraite forcée. C'est cet homme, véri-
table fou furieux, imprudemment déchaîné dans la capitale,
qui, trouvant un digne acolyte dans le général Toung Fou-
siang, terrorisa rimpératrice-douairière, fit choisir son propre
fils comme héritier de la couronne, et enfin, rencontrant un
instniment favorable au but de son ambition dans le mouve-
ment des Boxeurs, se mit^à sa tête. Touan ne se doutait pas
qu'il serait lui-même entraîné par la révolte dont il voulait
diriger la marche ; certes si la marche de ces fanatiques
n'avait pas été enrayée, elle aurait causé une catastrophe
plus grande encore que celle de 1900; il est vrai qu'elle
aurait aussi balayé son chef avec le trône fragile des Mand-
chous.
* *
Le coup d'État devenait une véritable réaction mandchoue
avec Ts'eu-hi, Touan et Kang-Yi à sa tête.
I. II, p. 7.
DÉCIIK^NCE DE l'eMPEREUR /pS
Cependant Fimpératrice rapportait tous les décrets, entre
autres celui qui créait un journal officiel ; elle contremandait
une grande revue de Tarmée, ordonnée par Kouang-Siu, et
pour se concilier les bonnes grâces des troupes, elle donnait
(29 septembre) « au général de division Nié Ché-tch'eng
une récompense de 6000 onces d'argent, au vice-président
Youen Ché-k'ai une autre de 4 000, à Toung Fou-siang,
enfin, une autre de 3 000 à distribuer: la première somme
parmi le corps d'armée Wou-i-Kiun, la seconde parmi le
corps d'armée Sin-Kien lou-Kiun, et la troisième parmi le
corps d'armée de la province du Kan-Sou ».
Les diplomates étrangers assistent avec une inconscience
rare aux graves événements qui se passent sous leurs yeux ;
ils permettent même à leurs femmes d'assister à une audience
impériale et Ton voit, le i3 décembre 1898, lady Macdonald,
femme de sir Claude Macdonald, représentant la reine
d'Angleterre, à la tête des femmes de sept ministres étran-
gers, aller à l'occasion du soixante-quatrième anniversaire
de sa naissance saluer la souveraine qui vient de se couvrir
de crimes et qui se prépare à faire disparaître Tempereur.
Parlant de l' impératrice-douairière, Mrs. Conger, femme
du Ministre des Etats-Unis, écrivait après cette audience :
« Elle semble gaie et heureuse ; sa figure respirait la bonne
volonté. On n'y apercevait aucune trace de cruauté. Elle nous
souhaita la bienvenue en des paroles simples, mais ses gestes
étaient pleins de liberté et de chaleur. Elle se leva et nous
souhaita d'être bien. Elle tendit les deux mains vers chaque
dame, et disait, avec beaucoup d'empressement enthousiaste:
« Une famille ; toutes, une famille. » Elle était très cordiale,
et lorsqu'on nous passa le thé elle s'avança et trempa ses
lèvres dans chaque tasse. Elle en prenait un peu ; puis levait
la tasse de l'autre côté jusqu'à ses lèvres, et disait encore :
« Une famille ; toutes, une famille. .» Cette excellente
Mrs. Conger devait apprendre bientôt ce que pensait vérita-
^34 COUP D*ÉTAT DE l'iMPÉRATRICE
blement Tinipératrice de sa « famille » et à connaître le
traitement qu'elle lui réservait.
Le 8 mars 1900, Timpératrice donna un banquet aux
dames des légations dans la Salle du Trône des Cérémonies
de la Cour.
Mais K'ang Yeou-wei n'abandonne pas son maître ; dans
son ouvrage, que nous citons encore, il crie à tout le monde
les mauvais traitements dont l'empereur est l'objet:
« Mettez Kouang-Siu sur le trône et la Chine sera rajeunie.
Les souffrances que Tempereur a personnellement endurées
parce qu'il essaya de réformer le gouvernement et de sauver
l'empire, ont été terribles.
« 1° Autrefois il était fort. Il est émacié maintenant et des
docteurs indigènes sont employés pour lui administrer des
poisons.
a a** Il est confiné dans l'île de Yong-t'ai, comme un vulgaire
félon, et il lui est interdit de voir qui que ce soit.
« 3° Ses fonctionnaires loyaux ont tous été ou bannis ou
exécutés.
« 4° Ses pieds ont été brûlés avec des fers rouges.
« 5° Quand il demande la moindre douceur, elle lui est refusée
et on ne lui donne que le riz le plus grossier.
« 6° Son épouse, môme pendant la saison la plus dure, n'est
autorisée à porter aucun vêlement chaud et doit se vêtir d'habits
d'été.
« Ne sommes-nous pas enragés à la pensée de l'ignominie et
de la peine auxquelles noire bon empereur est exposé? Ceux —
l'impératrice-douairièrc et Jong-Lou — qui ont entassé toute
cette misère sur lui sont des voleurs, des scélérats et des traîtres,
et chacun est justifié de les assassiner, comme les Japonais, jadis,
tuaient leurs généraux amhitieux, qui, inspirés par les mêmes
motifs, agissaient de môme'. »
La province murmure des tortures infligées à l'empereur;
les vice-rois du Sud de l'empire laissent entrevoir la possi-
bilité d'un soulèvement général ; l'impératrice entre dans
I. North'China Herald, a mai 1900.
DÉCIIK^NCE DE L*EMPEUEUR ^35
une fureur, qu'augmente, disait-on, rempoisonnement de son
favori, le Grand Eunuque*; clic est prête à commettre tous
les excès. Ses conseillers la [K)ussentdan8 la voie de la réaction
à outrance. Deux censeurs ne vont-ils pas jusqu'à lui
conseiller de supprimer le Tsoung-li Yamen, créé le 19 jan-
vier 1861, et de le remplacer par le Li-fan Youen, bureau
chargé des affaires de Mongolie et des États tributaires ?...
L'attitude de l'armée est inquiétante ; on en a confié le
commandement au général Toung Fou-siang, notoirement
connu par son hostilité contre les étrangers.
A la suite d'un mémoire de Yi-k'ouang, adressé à l'empe-
reur, pour rendre compte de la revue qu'il avait passée de
l'armée du Kan Sou, où il dit « qu'il a passé en revue toutes
les troupes commandées par Toung Fou-siang, qu'il a trouvé
tous les officiers et soldats également habiles et vigoureux,
que les divers régiments et escadrons sont dans un ordre
excellent, qu'ils sont très exercés dans les divers mouve-
ments militaires et que le susdit général, ayant si bien dis-
cipliné ses troupes, et les ayant si bien exercées », il est
ordonné par décret impérial du 11 novembre 1898 :
« Que les objets suivants soient envoyés en cadeau au général
Toung F'ou-siang, à savoir : un tube à plumes de paon et un
anneau digital, Tun et l'autre en pierre précieuse blanche, et
une petite épéc avec garde de la même matière ; nous voulons
par là lui manifester notre estime. De plus, nous ordonnons
qu'une somme de 10 000 taëls, fournie par le ministère du cens,
soit distribuée parmi les soldats, et (jue deux cents petits rouleaux
de soie pour faire des habits soient également fournis par le
même ministère et remis à Toung Fou-siang pour qu'il les dis-
tribue en cadeaux parmi les chefs de régiment et de compagnies.
Enfin, nous ordonnons que les troupes commandées par le
général Toung Fou-siang, après s'être reposées pendant quelques
jours, aillent s'installer dans leurs campements respectifs ; elles
I. Ce bruit était inexact, car le Grand Eunuque a fait beaucoup parler
de lui plus tard à Si-ngan fou.
436 COUP D*ÉTAT DE L*IMPÉRATRICE
y continueront sérieusement leurs exercices militaires, afin de
s'y perfectionner de plus en plus. Par là elles répondront aux
excellents désirs de la cour pour la formation de l'armée * . »
Toung Fou-siang était général de brigade à Aksou, en
février 1889; commandant en chef à Kachgar, depuis juin
1890, il fut désigné pour représenter la Nouvelle Frontière
(Sm Kiang) aux fêtes de Tannivcrsaire de Timpératrice-douai-
rière en 1894* ; en janvier 1896, on le nomma commandant
en chef au Kan-Sou.
L'impératrice dissimule encore sa colère, mais il lui tarde
d'agir. Ses conseillers dans sa réaction et dans sa haine de
l'étranger ne Tarrêleront pas dans sa faute suprême, Qiios
vult perdere Jupiter...; elle va faire appel aux sociétés
secrètes qui troublent son empire et qui, si elles combattent
l'étranger, menacent également son trône. En complotant la
destruction des barbares d'Occident, elle déchaîne la tour-
mente qui faillit l'emporter elle-même.
Mais revenons un peu en arrière.
I. Tobar.
3. 11 fut reçu en audience le 34 septembre 1894.
CHAPITRE XXIII
CONCESSIONS DIVERSES AUX ÉTRANGERS
LA DIRECTION ANGLAISE DES DOUANES, l3 FÉVRIER 1898.
Le 3 février 1898*, Sir Claude Mac Donald adressait une
note au Tsoung-li Yamen à laquelle celui-ci répondait :
Kouang-Siu, 34* année, i" lune, aS" jour.
(i3 Février 1898).
Le Yamen a l'honneur d'écrire au Ministre anglais au sujet
de la continuation de l'emploi dans l'avenir d'un Anglais pour
succéder à l'Inspecteur Général des Douanes Maritimes... Il
doit observer que le commerce anglais avec la Chine dépasse
celui de tous les autres pays, et, comme le Yamen l'a fréquem-
ment convenu et promis, on a l'intention que dans le futur
comme dans le passé, un Anglais soit employé comme Inspec-
teur Général.
Mais si, à une époque future, le commerce d'un autre pays
aux différents ports chinois devenait plus grand que celui de la
Grande Bretagne, alors la Chine, naturellement, ne serait pas
obligée d'employer nécessairement un Anglais comme Inspecteur
Général '.
POSTES
Le service des postes avec l'étranger se faisait autrefois
par les bateaux anglais de la Peninsular & Oriental Steam
I. China, n® i (1898), p. 5o.
a. Chinât n» i (1899), p. 19.
43o CONCESSIONS DIVERSES AUX ÉTRANGERS
puissances à Pé-King, la mesure qui ouvrait les eaux inté-
rieures de la Chine au coramerce étranger entra en vigueur
au mois de juillet i8g8, et Tadministration des douanes
publia le règlement en 9 articles auquel seraient soumis
les bateaux à vapeur se livrant à la navigation des rivières et
canaux.
La seule formalité à laquelle étaient astreints les propriétaires
de bâtiments taisant le service de l'intérieur, était Tobtentioii
d'une passe spéciale délivrée par la douane, moyennant le
payement d'un premier droit de 10 taëls et d'une taxe annuelle
de 2 laels. Ils devraient, de plus, rapporter tous leurs mouve-
ments à la même Administration. Pour le reste, le nouveau
règlement ne changeait rien à l'état de choses actuel, et les
bateaux à vapeur seraient soumis, aussi bien que les jonques
indigènes, à rexainen des barrières de likin, les étrangers con-
servant, naturellement, le bénéfice des passes de transit. Le nou-
veau règlement cjui, ainsi que l'indiquait son dernier para-
graphe, avait un caractère provisoire, ne prévoyait rien en ce
qui concernait l'achat de propriétés à l'intérieur, par les étran-
gers, pour construire des ap{X>ntemenls et des magasins*.
Un règlement additionnel en 9 articles fut publié en
octobre 1898 ; il déterminait plus particulièrement le
régime qui serait appliqué aux marchandises indigènes trans-
portées par vapeur ou sur des bateaux chinois remorqués;
celles destinées à Texportation étrangère devaient bénéficier
des passes de transit^.
REGLEMENTS DE NAVIGATION SUR LE YANG-TSEU, 20 MARS 1899
La navigation du Yang-tseu était soumise à un régime
spécial dont Tacte constitutif consistait dans un règlement
consulaire anglais de 1861, revisé en i863, approuvé,
paraît-il, par les autres puissances. En 1897, une commis-
I. Livre jaune, Ciiinf, 1898-1899, pp. 1^9 seqq.
a. Ibid.t p. i5a.
OUVEnTLRK DE YO-TCIIEOU, ETC. ^Sl
sion fut nommée par la Chambre de Commerce de Chang-
Ilaï pour examiner les modifications qu'il conviendrait
d'apporter au régime de la navigation sur le Yang-tseu.
Après une revision des règlements, M. de Bezaure, consul
général de France à Chang-IIaï, pouvait écrire le
20 mars 1899, à M. Delcassé:
Les règlements douaniers du Yang-tseu, définitivement arrêtés,
entreront en vigueur le i**" Avril. Us viennent d'être publiés
par l'Administration des douanes.
Les nouveaux règlements du Yang-lseu ont pour objet spécial
d'assimiler le régime douanier du Grand Fleuve à celui qui
existe [K)ur les ports de la côte :
1" Le dédouanement cesse d'être obligatoire à Chang-Haï et
les marchandises venant de l'élranger, à destination du Fleuve,
et réciproquement, pourront être transbordées à (]liang-Haï ;
2** Les vajKnus peuvent obtenir leur passe de rivière soit à
Chang-Haï, soit à Wou-soungouTchen-Kiang. et de ce fait éviter
des retards considérables ;
3** Les produits indigènes qui payaient à la sortie de la rivière
le droit de 1/3 p. % à l'exportation et pour le commerce sur la
côte, ne seront soumis qu'au simple droit d'ex|X)rtation à la
sortie. Ce demi-droit du commerce sur la cùte ne pourra être
exigible qu'à destination ;
4** Les thés, à l'arrivée à Chang-lLiï, au lieu d'acquitter les
demi-droits (commerce sur la côte) déposeront un bon pour le
montant desdits droits.
OUVERTURE DE YOTCUEOU, SAN-TOUNGAO, t'sIN-W'ANG TAO
ET WOU-SOUNG
Sans doute sous la pression de l'Angleterre, la Chine se
décida spontanément au mois de mars 1898 à ouvrir les
trois ports suivants au commerce étranger: Yo-tcheou,
San tou-ngao, et Ts'in-Wang-tao.
Le 7 avril 1898, iM. Dubail, Chargé d'Affaires à Pé-
King, écrivait à M. Delcassé :
Le Tsoung-li Yamen vient de m'informer ofiiciellement de la
432 CONCESSIONS DIVERSES AUX ÉTRANGERS
décision prise par le Gouvcrnemenl cliinois d'ouvrir au com-
merce international Yo-tcheou fou, au ïlou-Nan. la baie de San-
lou ngao, départc^ncnt de Fou-ning fou, au Fou-Kien, et Tile
de T'sin-AVang tao. arrondissement de Fou-ning bien, au
Tclié-li.
Ainsi que Votre Excellence le verra par le texte ci-joini de
cette communication, la date d'ouverture de ces trois nouveaux
ports n'a pas encore été fixée ; ce n'est qu'ultérieurement qu'elle
sera portée à notre connaissance.
Par une lettre qui vient de me parvenir, le Tsoung-li Yamen
m'informe également de l'ouverture dans les mêmes conditions
du port de Wou-soung, près Chang-Ilaï ; cette décision n'est,
en réalité, que la confirmation d'un état de choses déjà existant
en fait.
DÉCRET IMPÉRIAL, 3l MARS 1898.
Le lo* jour de la 3* lune de la a4*' année Rouang-Siu
(Le 3i Mars 1898).
Communication officielle.
Afin de déveIopjx*r les relations connnerciales, nous nous
sommes proj)Osé d'ouvrir au commerce étranger Yo-tclieou fou,
au llou-Nan, la baie de San-tou ngao, déparlement de F^ou-
ni ng fou, an Fou-Kien et l'île de Ts'in-Wang-Tao, arrondisse-
ment de Fou-ning bien, au Tcbé-li.
Le 3 de la 3** lune de la présente année (le ali Mars 1898), et
autres jours, notre Yamen a adressé des rapports au Trône pour
demander que ce projet soit mis à exécution. Les rap|K)rts,
ainsi que le constatent les arcbi\es, ont été approuvés |>ar Sa'
Majesté qui nous a commandé de nous conformer respectueuse-
ment à l'autorisation (pi'Elle nous accordait.
Dés que la date de l'ouverture de ces ]X)rts aura été fixée, nous
vous la ferons connaître oniciellement. Telle est la communica-
tion que nous croyons devoir adresser d'abord à la connaissance
de Votre Excellence.
OUVERTURE DE NAN-M?iG
Malgré ropposition réitérée de la France, Sir Claude
LISTE DES PORTS OL VKUTS AU COMMERCE ÉTRANGER 433
Mac Donald put télégraphier le 3 février 1899, au marquis
de Salisbury : « Nan-Ning a été déclaré port ouvert par
décret impérial. »
LISTE DES PORTS OUVERTS AU COMMERCE ÉTRANGER
i** Nieou-Tchouang ^anglais Nevvchwang) dans la pro-
vince de Cheng-King en Mandcbourie ; ouvert en mai i864
en vertu du traité anglais de Tien-Tsin (i858) ; à la fin de
1901, population chinoise estimée : 5o 000 habitants ;
2° Tien-Tsin, dans la province de Tché-li, au confluent
du Grand Canal et du Peï-ho ; ouvert en mai 1861, en
vertu des conventions anglaise et française de Pé-King, 1860;
pop. chin. : 700000 hab. ;
3° Tche-Fou (^anglais Chefoo) ou mieux Yen-t'aï, dans la
province de Chan-Toung, sur le bord de la mer ; ouvert en
mars 1862 en vertu des traités anglais et français de Tien-
Tsin, i858 ; pop. chin. : 60000 hab. ;
4** Kiao-Tcheou (Kiaochow), dans la province de Chan-
Toung, dans la baie du même nom, occupé par les Alle-
mands le i4 novembre 1897, déclaré port hbre le 2 sep-
tembre 1898 ; (en réalité Tsing-tao) ;
5° Tchoung-King (Chung-King) dans la province de
Se-Tch'ouen ; au confluent de la rivière Kia-ling et du
Yang-tseu: ouvert en novembre 1890; popul. chin. :
3ooooohab. ;
6** I-Tcli*ang (Ichang), dans la province deHou-Pé, sur la
rive gauche du Yang-tseu, ouvert le i*"" avril 1877, en vertu
de la convention de Tche-Fou, 1876 ; popul. chin. :
4o 000 hab. ;
7*" Cha-che (Shasi), dans la province de Hou-Pé, entre
I-Tch'ang et Han-K'eou, sur la rive gauche du Yang-tseu
ouvert le i*"" octobre 1896, en vertu du traité japonais de
1895 ; pop. chin. : 80000 hab. ;
GORDIER. 111. — 28
434 CONCESSIONS DIVERSES AUX ÉTRANGERS
8° Yo-Tcheou (Yochow), dans la province de Hou-Nan,
près du lac Toung-Ting ; ouvert officiellement le i3 no-
vembre 1899 ; pop. chin. : 20000 hab. ;
9° Han-K'eoii (Hankovv), sur la rive gauche du Yang-
Tseu, à son confluent avec la rivière Han, dans la province
de Hou-Pé, ouvert en décembre 1861, en vertu des règle-
ments provisoires de la même année ; pop. chin. :
85oooo hab. ;
10® Kieou-Kiang (Kew-Kiang, Kiukiang), dans la pro-
vince de Kiang-Si, sur la rive droite du Yang-Tseu, près du
lac Po-yang ; ouvert en même temps que Han-K'eou ; pop.
chin. : 62 000 hab. ;
II** Wou-hou (Wuhu), dans le Ngan-Houei, sur le Yang-
Tseu, entre Kieou-Kiang et Tchen-Kiang ; ouvert le
i*"" avril 1877 en vertu de la convention deTché-Fou; pop.
chin. : 102 116 hab. ;
12° Nan-King, ou mieux Kiang-Ning (Nan-King veut dire
(j)ur du Sud, et désigne remplacement ancien de la capi-
tale avant Pé-King, Cour du I\orcf), sur la rive droite du
Yang-Tseu, capitale du Kiang-Nan, devait .être ouvert en
vertu du traité français de Tien-Tsin, i858; ne l'a été en
réalité que le i**"" mai 1899 ; pop. chin. : 226000 hab. ;
i3" Tchen-Kiang (Chinkiang), dans le Kiang-Sou, sur la
rive droite du Yang-Tseu à son confluent avec le Canal impé-
rial, ouvert en avril 1861, en vertu du traité anglais de
Tien Tsin, i858 ; pop. chin. : i4oooo hab. ;
i4" Chang-IIaï (Shanghaï), dans le Kiang-Sou, sur le
Houaiig-Pou, un des cinq [X)rts ouverts en vertu du traité de
Nan King, i842. Le port a été officiellement ouvert au
commerce le 17 novembre i843 et le bureau des Douanes
n'a été ouvert, comme nous Tavons vu, qu'en i854 ; pop.
chin. : 620000 hab. ;
15** Sou-Tcheou (Soochow), capitale du Kiang-Sou, h
Touest et un peu au nord de Chang-Haï, sur le Grand Canal,
LISTE DES PORTS OUVERTS AU COMMERCE ÉTRANGER 435
près du Grand Lac, Tai-Hou; ouvert le 26 septembre 1896
en vertu de l'article VI du traité japonais ; pop. chîn. :
5ooooo hab. ;
16** Ning-POy dans la province de Tché-Kiang, sur la
rivière Yong, un des cinq ports ouverts en vertu du traité
de Nan-King, 1842, mais n'a été ouvert par les Douanes
qu'en mai 1861 ; pop. chin. : 255 000 hab. ;
ij^ Hany-Tclieou (Hangchow), capitale du Tche-Kiang,
sur la rivière Tsien-Tang, ouvert le 26 septembre 1896, en
vertu de l'article VI du traité japonais ; pop. chin. :
700000 hab. ;
18° Wen-Tcheou (VVenchow), dans la province de Tche-
Kiang, sur la rive droite du Wou-Kiang, ouvert en avril 1877,
en vertu de la Convention de Tche-Fou, 1876; pop. chin. :
80000 hab. ;
ig"* San-Tou JSgao (Santuao), port de Fou-Ning Fou,
dans la province de Fou-Kien, ouvert spontanément par les
Chinois le i®"* mai 1899 î '® décret impérial est du
24 mars 1898; pop. chin. : 8000 hab. ;
28° Foii-Tcheoii (Foochow), capitale du Fou-Kien, sur
la rivière Min, un des cinq ports ouverts en vertu du traité
de Nan-King, 1842, mais le bureau des Douanes n'a été
installé qu'en juillet 1861 ; pop. chin. : G5oooo hab. ;
21° Emoui ou Amoy, prononciation locale de Hia-Men
dans le Fou-Kien, un des cinq ports ouverts en vertu du
traité de Nan-King, 1842, mais le bureau des Douanes n'a
été installé qu'en avril 1862; pop. chin. : 96000 hab. ;
22"* Chan-T'eou (Swatovv) dans le Kouang-Toung, sur la
rive gauche et à l'embouchure de la rivière Han, ouvert en
janvier 1860, en vertu des traités anglais, français et améri-
cain de Tien-Tsin, i858 ; pop. chin. : 38 000 hab. ;
23" \t^oa-rc/t^ou (VVuchow), dans le Kouang-Si, sur la
rive gauche du Si Kiang, ou rivière de l'Ouest, à son con-
fluent avec la rivière Fou, ou rivière de Kouei-lin ; ouvert le
436 goncessioins diverses aux étrangers
l\ juin 1897, ®^ vertu de la convention anglo-chinoise rela-
tive à la frontière birmane; pop. chin. : 62000 hab. ;
24** Sam-Choui (Samshui), dans la province de Kouang
Toung, près du confluent des rivières de l'ouest, du nord et
de Test de Canton ; son port est Ho K'eou ; il faut rattacher à
ce bureau Kongmoon et Kumchuk. Sam Choui a été ouvert
en 1897 par la même convention que Wou Tcheou ; pop.
chin. : 5 000 hab. ;
25° Canton, en chinois Kouang- tcheou, capitale du Kouang
Toung, sur le Tchou-Kiang (rivière de la Perle), un des
cinq ports ouverts en vertu du traité de Nan-King, 18^2,
mais le bureau des Douanes n'a été installé qu'en
octobre 1869; pop. chin. : 85oooo hab.
26** Kieou loung (Kowloon), dans le Kouang-toung, en
face de Hong-Kong ;
27° Lappa ou Kan(j-Pa^ île en face du port intérieur de
Macao ;
28° Kiouny-Tcheoit (Kiungchow) dans l'île de Haï-Nan
(Kouang-toung), ouvert en avril 1876, en vertu des traités
anglais et français de Ïien-Tsin de i858. Le port est Hoi-
Heou (Hoihow) ; pop. chin. : 35ooo hab. ;
29" Pak-Hoi, dans le dialecte du Nord, Pe-Haï, dans la
province de Kouang-Toung, sur le golfe du Tong-King,
ouvert en avril 1877, en vertu de la convention de Tclie-
Fou ; pop. chin. : 20000 hab. ;
30" Loung-Tcheoii (Lung-Chow), dans le Kouang-Si, au
confluent des rivières Song-Ki et Kao-Ping ; la réunion de
ces deux rivières forme le Tso-Kiang, branche gauche du
Si-Kiang ou rivière de l'Ouest : ouvert le i**" juin 1899, en
vertu du traité avec la France après la guerre du Tong-King;
pop. chin. : 20000 hab. ;
3i^ Mong-tseu (Mengtsz) dans le sud-est du Yun-Nan,
ouvert en vertu de la convention additionnelle au traité
français de Tien-Tsin du 20 avril 1886, signée k Péking -le
LISTE DES PORTS OUVERTS W COMMERCE ÉTRANGER 487
26 juin 1887 ; Touverture du consulat de France est du
3o avril 1889; pop. chin. : 12000 hab. ;
32** Se-mao (Szemao) au sud-ouest du Yun-Nan, ouvert
par les conventions françaises de 1 896 et anglaise de 1896;
pop. chin. : i4 000 hab. ;
33® Teng-yueh ou Momein, au Yun-Nan ; proposé pour
être ouvert au commerce étranger.
34^ Ya-toung (Yatung), T'ibet.
La population totale chinoise est donc estimée à
6584 I ï6 habitants.
Nous n'avons pas donné, dans cette énumération, Ta
Kou, k Fembouchure du Peï-IIo, et Ho K'eou (Hokow), à la
frontière du Yun-Nan et du Tong-King, parce que leurs
statistiques ne sont pas données séparément. Ts*in-Wang-Tao,
dans l'arrondissement deFou-Ning Hien, dans le Tche-li, a
été déclaré ouvert officiellement en même temps que Yo-
Tcheou, mais n'a pas encore de bureau. Nan-Ning, dans le
Kouang-Si, a été déclaré port à traité, par décret impérial,
en février 1890, mais n'était pas encore ouvert en juin 1900.
Pci-Taï Ho est une station balnéaire du golfe du Tché-Li,
près de Chan-Haï Kouan ; nous ne parlerons pas davantage
de Ta-Lien Wan, Porl-Arthur, Wei-Haï Wei, Kouang-
Tcheou Wan, cédés à bail à la Russie, l'Angleterre et la
France.
Voici quels étaient d'après les statistiques des Douanes
chinoises de 190 1 * le nombre des maisons de commerce et
le chiffre de la population étrangère en Chine par nationa-
lités :
Anglais, 427 maisons, 5 4io résidenis; Américains, 99-
2292; Allemands, i22-i53i ; Français, 64-i36i ; Hollan-
dais, 9-1 19; Danois, /1-179; Espagnols, 1 5-353 ; Norvé-
giens, 1-88; Suédois, 1-1 13; Russes, 19-1648; Autrichiens,
I. Rcturns of Trade... for 1901.
438 CONCESSIONS DIVERSES AUX ÉTRANGERS
11-142; Belges, 9-288; Italiens, 16-273; Japonais, 289-
4170; Portugais, i4-ii39; Coréens, 18 rés,; puissances
sans traité, 3-45. — Total, i 102 maisons de commerce,
19 119 résidents.
EXTENSION DE LA CONCESSION DE CHANG-HAÏ
En 1898, la municipalité de la concession internationale
de Chang-Haï interdit tout dépôt de cadavres sur le terri-
toire qu'elle administrait. De son côté, «le Conseil d'admi-
nistration de la concession française, à qui les habitants
de la concession voisine reprochaient sans cesse de tolérer
la permanence du foyer de pestilence créé par la pagode de
Ning-Po, émit, le 9 novembre 1897, '^ ^^" T^® '® consulat
général de France, chargé de la police sur notre concession,
édictât une prohibition semblable à celle prononcée sur la
concession internationale. Pour déférer à ce vœu, notre
consul général à Chang-Haf rendit, le 6 janvier 1898, une
ordonnance aux termes de laquelle les dépôts mortuaires
étaient désormais interdits dans l'étendue de la concession
française. Néanmoins, en considération du nombre de cer-
cueils qui se trouvaient dans les terrains entourant la pagode,
un délai de six mois était laissé à Tassociation pour l'enlè-
vement de ces cercueils et leur envoi à Ning-Po* ».
Le délai fixé pour l'enlèvement des cercueils expirait le
3o juin 1898.
En réponse à la lettre de notre consul général, M. de
Bezaure, M. Hanotaux, ministre des Affaires étrangères,
écrivait le 29 mars 1898 :
En raison des incidents qui se sont produits en 1873, je crois
devoir vous recommander de ne pas perdre de vue la prudence
que commande le règlement de cette question. Vous aurez
I. Livre jaune, Chine, 1898-1899, p. 81.
EXTENSION DE I.A CONCESSION DE CIIANG-HAÏ /iSq
nolammonl à éviter tout ce qui pourrait être considéré comme
de nature à heurter les sentiments de la population chinoise de
Chang-Haï *.
Les démarches réitérées du consul général auprès du
Tao-taï de Chang-Haï étant restées sans effet et la corpora-
tion des gens de Ning-Po prenant même une altitude assez
insolente, le i5 juillet, M. oe Bezaure mit le Tao-taï en
demeure de fixer un délai pour l'évacuation du cimetière,
abandonné d'ailleurs, des Ning-ponais ; il n'était pas ques-
tion de la pagode même; le i6, dans une réunion tenue au
consulat général, il fut décidé qu'une compagnie de dé-
barquement de 60 hommes du croiseur VÉclaireur, com-
mandée par le capitaine de vaisseau Texier, se rendrait au
cimetière où seraient convoqués 60 ouvriers. En effet, les
choses se passèrent comme il était convenu ; les ouvriers,
sans opposition sérieuse, mais avec Taccompagnement
ordinaire de pierres lancées sur les travailleurs et d'injures
dignes des héros dllomère, pratiquèrent trois brèches dans
les murailles du cimetière pour indiquer les amorces de trois
routes projetées. Mais le lendemain matin 17, à 7 heures, les
gens de Ning-Po assaillirent le poste de rEst(Namtao) sur la
concession française ; le commandant Texier, homme pru-
dent, ordonna à quatre seulement de ses matelots de faire
feu : trois émcu tiers tombèrent mortellement frappés ;
rémeule éclatait également du côté de la pagode et les
Chinois qui attaquaient les volontaires français eurent deux
des leurs tués, quai de la Brèche. Dans cette bagarre qui
rappelle, avec reflusion du sang en plus, l'affaire du 3 mai
1874 ^ il y eut en tout 9 Chinois tués et quelques blessés ;
les troubles étaient terminés. L'incident était regrettable
assurément, mais les gens de Ning-Po ont de tout temps
1. Chine, 1898- 1899, p. 66.
3. 1, p. 5()3.
44o CONCESSIONS DIVERSES At\ ÉTRANGERS
été des voisins désagréables, et il est incontestable que nous
étions dans notre droit. Notre seul tort a été de laisser les
gens de Ning-Po conserver leur dépôt mortuaire lorsque
nous avons à Torigine pris possession de notre concession ;
cette tolérance de notre part a été la cause de nos ennuis
subséquents.
Tout d'abord les autorités Chinoises se montrèrent conci-
liantes et nous oflfrirent (24 juillet 1898) de réaliser l'exten-
sion depuis longtemps projetée de la concession franç<iise de
Chang-Haï, si nous renoncions à prendre possession des
terrains de la pagode de Ning-Po*. Le Gouvernement accepta
(26 juillet) à condition toutefois que: i°* cette extension fût
concédée gratuitement et 2*^ que les inhumations et les
dépôts de cadavres cessent d'être effectués sur le terrain de
la pagode ^ Les dispositions du gouvernement chinois ayant
changé, le 2 septembre, notre ministre à Pé-King, M. Pi-
chon, proposait de conclure, à titre de transaction, l'arran-
gement suivant accepté par M. Delcassé, successeur de
M. Hanotaux :
1° Extension de la Concession ; 3° Maintien des gens de Ning-
Po en possession de leurs terrains ; 3° Maintien de Tinterdiction
d'y faire des inhumations ou dépôts de cercueils et enlèvement
graduel des anciennes tombes ; 4** Percement à travers les ter-
rains de la Pagode des rues nécessaires ^.
Au sujet de la seconde clause do cet arrangement,
M. Delcassé déclarait à Tching ïchang*, ministre de Chine
à Paris, que :
I. Chine, 1898- 1899, p. 68-69.
a. Ihid., p. 69.
3. /hid.f P- 7'-
^. Nom vulgaire de K'ing Tch'ang, ancien secrétaire de la légation en
Chine; ministre à Paris depuis octobre 1896, lorsque son gouvernement,
après l'emprunt, se décida à nommer des représentants distincts en An-
gleterre et en France.
EXTENSION m: LV CONCESSION DE CIIVNG-HAÏ f\f\l
Les terrains que délient actuellement sur la Concession fran-
çaise l'association dite « de la Pagode de Ning-Po », lui seront
maintenus, et, par mesure exceptionnelle, puisqu'il s'agit d'une
dérogation à la proclamation du tao-taï de Chang-IIaï, du 6
avril 18^19, et à l'article 10 du traité du 27 juin i858, des
titres réguliers de propriété seront délivrés par le Consulat
général de France à cette association pour lesdits terrains '.
Mais l'intervention inattendue de TAngleterre dans la
question la transformait complètement. En effet « sur les
réclamations de TAssociation commerciale anglaise de
Chine, Lord Salisbury (décembre 1898) donnait inopiné-
ment pour instructions au Ministre d'Angleterre à Pé-King
de protester contre toute extension de notre Concession à
Chang-Ilaï qui comprendrait des propriétés anglaises*.»
Le 18 janvier 1899, M. Chamberlain dans un discours
qu'il prononça à Wolverhampton prétendait que l'opposition
du gouvernement britannique à l'agrandissement de la
concession française avait pour base Taccord intervenu les
9 et 2/j février 1898 entre le Gouvernement chinois et le
Ministre d'Angleterre à Pé-King, par lequel le premier
déclarait qu'il ne céderait à aucune puissance étrangère, sous
quelque forme cpie ce soit, une parcelle quelconque de la
vallée du Yang-tseu ^
Le raisonnement de l'Angleterre était illogique puisque
le 4 et 10 avril 1898, nous avions obtenu pour le Yun-Nan
et les Deux Rouang le même engagement donné par la
Chine pour la région du Yang-tseu, et que le Ministre
d'Angleterre avait néanmoins demandé et obtenu lextension
de son territoire de Kao-loung, partie intégrale de la province
du Kouang-Toung. Mais où l'illogisme de l'Angleterre fut
poussé encore plus loin, ce fut lorsque les consuls anglais
1. Chine, pp. 72-73.
2. Ibid.y p. 74.
3. Ihid., 1898-99, pp. 84 85.
443 CONCESSIONS DIVERSES AUX ÉTRANGERS
et américain demandèrent à leur tour l'extension de la con-
cession internationale I El chose remarquable, les autorités
chinoises saisies par les consuls de cette demande offrirent
pour l'extension projetée des terrains à l'arrière de notre
propre concession de telle sorte que celle-ci ne pourrait plus
s'étendre M Et cependant le 25 mars 1896, le colonel
Denby, ministre des Etats-Unis d'Amérique, avait transmis
au Tsoung-li Yamen, les propositions relatives à l'agrandis-
sement des concessions de Chang-Haï ; la démarche du
colonel Denby avait été renouvelée au mois de novembre
1896 et les propositions qu'il adressait au Yamen arrêtées
par tous les ministres étrangers comportaient :
Pour Textension de la Concession française, le faubourg de
Tong-ka-dou, sur la rive gauche du Ilouang-Pou ; les terrains
dénommés Passienjo dans Tespace sis entre le Champ de courses,
la frontière présente de la Concession française et le nouveau
cimetière (New Ccmcterv). 11 était, en outre, convenu : 1° que
la roule de Zikawci serait reconnue propriété de la Concession
française ; 2^ que la nouvelle route projetée par le Foreign
Seulement entre le Champ de courses et la Zikawei-road serait,
au point où elle aboutit à la Concession française, sur le par-
cours entre le Champ de courses et ladite Concession, et sauf
entente avec la Municipalité du Foreign Settlemcnt, considérée
comme propriété de la Concession française ^.
Enfm en décembre 1899, l'Angleterre ayant retiré son
opposition, les gouvernements anglais et français arrêtèrent
les termes de Taccord suivant, au sujet des concessions de
Chang-Haï et de Han-K'eou :
11 est enlcndii par le Gouvernement de sa Majesté que dans
l'éventualité d'une extension quelconque de la Concession fran-
çaise de Han-k'eou obtenue posiérieuremcnl à ce jour, les condi-
tions suivantes seront strictement observées en ce qui concerne
les propriétés anglaises comprises dans cette extension :
I. Ciii.NL, 1 898-99, p. 80.
a. Chi>'e, 1898-1899, p. 89.
EXTENSION DE L\ CONCESSION DE CH\NG-IIU l^t^S
1° Tous les actes concernant des propriétés anglaises devront
être enregistrés au Consulat anglais ;
2° Tous les règlements municipaux devront être soumis au
Ministre de Sa Majesté à Pé-King avant d'être appliqués à des
sujets anglais ;
3° Tous les titres de propriétés anglaises reconnus valables par
le Consul général anglais devront être reconnus comme tels par
les Autorités françaises.
Quant aux réclamations anglaises relatives à des terrains
situés dans la présente Concession française, qui sont, croit-on,
au nombre de quatre et qui sont toutes présentées par M. Grea-
ves, de Ilan-k'eou, attendu que la validité des titres est mise en
question par les Autorités françaises, le Gouvernement de Sa
Majesté consent à ce que l'afTaire soit portée devant les Consuls
généraux d'Angleterre et de France à Cliang-Haï et s'il n*y a pas
d*accord entre eux, devant un arbitre qui statuera conformé-
ment aux précédents et usages locaux * .
22 Décembre 1899.
A la suite de la rennise du mémorandum du 22 décembre
1899, M. Paul Cambon, ambassadeur de la République,
adressa la lettre suivante au marquis de Salisbury :
Londres, le i5 Janvier 1900.
J'ai l'honneur d'accuser réception à Votre Seigneurie du
mémorandum qu'Elle a bien voulu me faire parvenir, le 22
décembre deriiier, au sujet du règlement à appliquer dans la
Concession française de lian-k*eou dans le cas où elle viendrait à
subir des modiGcations.
Mon Gouvernement, à qui je n'avais pas manqué de l'adres-
ser, me charge de vous faire savoir qu'il donne son adhésion aux
quatre points résumés dans ce document. 11 demeure, du reste,
bien entendu entre les deux Gouvernements que, dans le cas où
la Concession britannique recevrait un agrandissement par la
suite, les conditions ci-aprcs énoncées seraient appliquées en ce
qui concerne les terrains appartenant à des Français et se trou-
vant situés dans la zone qui serait englobée dans la Concession
Anglaise :
I. Chine, 1898-1899, p. ii^.
4ii4 CONCESSIONS DIVERSES \UX l^TR ANGERS
lo Tous actes s'appliquant à des propriétés françaises seraient
enregistrés au Consulat de France ;
3° Tous les règlements municipaux seraient soumis au Ministre
de France à Pé-King avant de pouvoir être appliques à des
citoyens français ;
3° Tous les titres de propriétés appartenant à des Français,
reconnus valables par le Consul de France, seraient acceptés
comme tels par les autorités britanniques *.
Enfin, au mois de janvier 1900, le Corps diplomatique de
Pé-King donnait son approbation à l'extension des deux
concessions internationale et française de Chang-Haï. Les
limites de la concession internationale étaient conformes à
l'entente intervenue au mois de mai 1899 ^^^^^ 'es délégués
du vice-roi de A'an-King et le conseil municipal du Foreign
Settlemcnt. C'étaient celles qui avaient été proposées en
1896 par le doyen du Corps consulaire, mais en mai 1899,
dans la proclamation du vice-roi, les limites s'étendaient au
Sud jusqu'au pont de Pasienjo, et empiétaient considérable-
ment sur l'arrière de la concession française. Notre consul
général, M. de Bezaure, réclama et fit apporter quelques
modifications aux limites proposées par le tao-taï. Les limites
de la concession française étaient celles qui avaient été
arrêtées en juin 1899 entre les délégués du vice-roi et le
consul général de France, ainsi que le marquait M. de
Bezaure dans sa lettre à M. Delcassé, du 25 juin 1899 :
J'ai d'abord demandé une portion de Tongkadou et une bor-
dure de quelques centaines de mètres sur la route de Zikawei,
en plus de ce qui nous avait été oficrt, à l'ouest, par le Tsoung-
li Yamcn. Mais à la suite de plusieurs longues conversations, je
me suis rendu compte que j'aurais à vaincre de grandes résis-
tances sur ces deux points.
Pour la partie du quartier de Si-menn (porte de l'Ouest) ayant
comme linnlc le pont oblique vers l'arsenal, j'ai reconnu, après
inspection des lieux, que nous n'avions pas grand intérêt à éten-
I. CuiNE, pp. 116-1 17.
440 CONCESSIONS DIVERSES Al X ÉTRANGERS
drc jusque-là noire administration. J'ai donc consenti, en prin-
cipe, à laisser aux Autorités chinoises le libre accès de la porte de
l'ouest.
Ce bon vouloir de ma part a singulièrement facilite l'entente
sur les limites à donner au-delà de Pasienjo. Il a été admis, en
outre, que la route de Zikawei dont nous réclamons depuis
trente ans le libre contrôle, nous serait cédée définitivement et
que nous aurions le droit d'y établir des postes de police et de
taxer les véhicules qui la fréquentent *.
LA. « PORTE OUVERTE ))
Le 6 septembre 1899, M. John Hay, secrétaire d'État à
Washington, envoyait aux ambassadeurs des États-Unis à
Londres, Berlin et Saint-Pétersbourg, les instructions sui-
vantes pour que les Gouvernements de Grande-Bretagne,
d'Allemagne et de Russie fassent une déclaration formelle de
politique de la « porte ouverte » dans les territoires occupés
par eux en Chine :
Washington, 6 septembre 1899.
Monsieur,
Lorsque le Gouvernement des Étals-Unis fut informé par celui
d'AUemagne que ce dernier avait loué à bail de Sa Majesté
rEm|>creur de Chine le port de Kiao-tchéou et le territoire qui
l'entoure dans la province de Chan-Toung, des assurances furent
données à l'aiiibassadeur d(^s États-Unis à Berlin par le ministre
iniptTial allemand des alfaires étrangères, que les droits et pri-
vilèges assurés aux citoyens des États-Unis par des traités avec
la Chine n'en soulîriraient ni en seraient diminués en aucune
manière dans la zone sur laquelle l'Allemagne avait ainsi
obtenu le contrôle.
Plus récemment, cependant, le Gouvernement britannique
reconnut \mr une entente formelle avec l'AHcmagne le droit
exclusif de ce dernier |)ays de jouir dans la dite zone cédée et la
<i sphère d'inlluence ou d'intérêt contiguë, de certains privi-
lèges plus spécialement ceux relatifs aux chemins de fer et aux
I. Chink, 1898-1899, p. 94.
LA a PORTE OUVERTE » 4^7
entreprises minières ; mais comme la nature exacte et Tex tension
de ces droits ainsi reconnus n'ont pas ét<; clairement définies, il est
possible que des conflits sérieux d'intérêt _s'élèvent à un moment
donné non-seulement entre sujets britanniques et allemands
dans cette dite zone, mais que les intérêts de nos citoyens puis-
sent aussi en être mis en danger.
Désireux sérieusement d'enlever toute, cause d'irritation et
d'assurer en même temps au commerce de toutes les nations en
Chine les bénéfices incontestables qui s'accroîtraient par une
reconnaissance formelle des diverses puissances réclamant des
a sphères d'intérêts » qu'elles jouiraient d'une parfaite égalité de
traitement pour leur commerce et leur navigation dans ces dites
« sphères », le Gouvernement des États-Unis sera heureux de voir
le Gouvernement Allemand donner des assurances formelles et
de prêter son concours en afTirmant, de même que les autres
pui.iances intéressées, que chacune, dans sa sphère respective
d'influence quelconque :
I** N'interviendra d'aucune manière avec aucun port à traité
ou aucun intérêt investi dans aucune « sphère d'intérêt » ainsi
nommée ou territoire cédé à bail qu'elle peut avoir en Chine.
2" Que le tarif actuel du traité chinois sera appliqué à toute
marchandise débarquée ou embarquée à tous les |)orts qui sont
dans la dite « sphère d'intérêt » (à moins qu'ils ne soient
a ports libres »), sans se préoccuper à quelle nationalité elle
appartient, et que les droits ainsi perçus soient réunis par le Gou-
vernement Chinois.
3" Qu'il ne soit pas [ycn^ii de droits plus élevés de port sur les
navires d'une autre nationalité mouillant dans aucun port de
telle a sphère » qu'il n'en sera perçu sur les navires de sa propre
nationalité, et de droits plus élevés de chemins de fer sur les
lignes constriiites contrôlées, ou mises en activité dans celte
« sphère », sur les marchandises appartenant aux citoyens ou
sujets d'autres nationalités transportées h travers telle « sphère »
qu'il n'en sera perçu sur toule marchandise semblable appartenant
à ses propres nationaux, transportées sur des distances égales.
La politique libérale poursuivie par Sa Majesté Impériale
d'Allemagne en déclarant Riao-Tcheou port libre et en aidant le
Gouvernement chinois à y établir une douane, s'accorde si clai-
rement à la proposition que ce Gou\ernement est anxieux de voir
reconnue qu'il entretient le plus ferme espoir que l'Allemagne
donnera son acceptation et son aide la plus sérieuse.
448 CONCESSIOiNS DIVERSES AIX ÉTRANGERS
Le rocenl ukase de Sa Majesté l*Empereur de Russie déclarant
le port de Ta-lien wan ouvert pendant toute la durée de la ces-
sion à bail obtenue à la Chine aux navires marchands de toutes
nations, joint aux assurances catégoriques faites à ce Gouverne-
ment par le représentant de cette capitale de Sa Majesté Impé-
riale et souvent répétées à moi par le présent ambassadeur de
Russie, semblent m'assurer le concours de l'Empereur h cette
mesure proposée. Notre ambassadeur à la Cour de Saint-Péters-
bourg a en conséquence reçu les instructions de la soumettre au
Gouvernement Russe et qu'il la prenne en rapide considération.
Une copie de mes instructions à ce sujet à M. Tower est incluse
ici pour votre information confidentielle.
Les intérêts commerciaux de la Grande BreUgne et du Japon
seront si clairement servis par cette déclaration d'intentions si
désirables et les vues des Gouvernements de ces pays quant à la
désirabilité de l'adoption de ces mesures assurant les bénéfices
d'égalité de traitement de tout le commerce étranger à travers la
Chine si semblables à celles entretenues par les États-Unis, que leur
acceptation des propositions ici désignées et leur concours pour
engager les autres puissances à les adopter peuvent être espérées
avec confiance. J'inclus ici copie de l'instruction que j'ai envoyée
à M. Choate à ce sujet.
En vue de ces conditions actuelles favorables, vous êtes chargé
de soumettre les considérations ci-dessus au Ministre des Affaires
Etrangères de Sa Majesté Impériale d'Allemagne, et de le prier
de prendre en rapide considération ce sujet.
Copie de celte instruction est envoyée à nos ambassadeurs à
Londres et à Saint-Pétersbourg pour leur information.
M. Delcassé pressenti d'une manière non olTîciclle répon-
dit que ses déclarations faites à la Chambre le 24 novembre
montraient clairement les sentiments du Gouvernement de
la République qui désirait, sous réserve d'être imité par les
autres puissances, appliquer dans les territoires qu'il avait
loués un traitement égal aux citoyens et sujets de toutes les
nations, surtout en ce qui concernait les droits de douanes
et de navigation, ainsi que les tarifs du transport par che-
mins de fer. Les Gouvernements dAUemagne, d'Angleterre,
L*ITALIE ET LA B\1E DE SAX-MEN 4^9
d'Italie, du Japon et de Russie, adhérèrent aux propositions
des États- LnisV
l'iTALïE et la baie DE SAN-MEN
L'Italie n'avait encore adressé aucune demande au Gou-
vernement Chinois, et il faut bien l'avouer, ses intérêts dans
le pays étaient de médiocre importance. Dans les statistiques
des Douanes de 1901, ri(<ilie est représentée par trois bâti-
ments d'un tonnage total de 107 tonnes, et dans une valeur
totale d'importation de 277 189735 taëls, elle n'est comptée
que pour 35 taëls. Elle ne figure pour aucun chiffre à l'ex-
portation. Dans le commerce de cabotage, l'Italie est repré-
sentée par cinq bâtiments, d'un tonnage total de 167 tonnes,
et une valeur de 87 106 taëls sur un ensemble de 186407 34o.
Le commerce d'exportation de soie de Chine pour l'Italie,
en particulier pour Milan, se fait par des bateaux étrangers.
Si nous relevons le nombre des sociétés de missionnaires
italiens en Chine, nous trouvons pour le Séminaire des Mis-
sions Etrangères de Milan, 36; pour les Frères Mineurs,
116; le Séminaire de Saint-Pierre et Saint-Paul, i5; soit
167 missionnaires sur un total de 902 ; encore ne sont-ils
pas tous Italiens, et un grand nombre refuserait le protecto-
rat italien.
Le 28 février 1899, ^- ^^ Martino, ministre d'Italie à
Pé-King, présentait verbalement au Tsoung-li Yamen une
demande pour la cession à bail de la baie de San-men, dans
leTche-Kiang, jadis théâtre d'un combat fumeux de Tamiral
Courbet ^.
La demande du ministre italien comprenait également
Tautorisalion de construire un chemin de fer de la baie de
1. Foreign Relations of tke United States, Dec. 5, 1899, pp.
ia8-iA3.
2. Voir II, p. 5i5, carte.
GoRDi£u 111. — 39
i
450 CONCESSIONS DIVERSES AUX ÉTRANGERS
San-men au lac Po-Yang, dans» le Kiang-si. Le 2 mars,
M. de Martine renouvelait par écrit sa demande qui fut
refusée, malgré une démarche de l'Angleterre. Je ne crois
pas utile d'entrer dans le détail de négociations qui n'ont
pas abouti et qui se terminèrent par le rappel de M. de
Martino* et son remplacement par le marquis Salvago-
Raggi ^
Il est hors de doute que la démarche malheureuse des
Italiens mit fin aux résolutions de Tlmpératrice-douairière,
et que désormais son appui était acquis au mouvement des
Boxeurs.
I. // Ce-Kiang... del Doit. Mario Carli, Roma, 1899, in- 8. —
L* Italie au Tché-Kiang..., par A.-A. Fauvel, Paris, 1899, ^^' "^-S. —
Guido Cora, L'Ilalia in China, Roma, 1899, br. in-8.
a. Salvago-Raggi, marquis Giuseppe, né en 1866, d'une famille
génoise; sorti en 1889 de l*Institul des sciences sociales et politiques de
Florence; attaché à Madrid et à Berlin; secrétaire d'ambassade au Caire
et à Pé-King; en congé lors de l'incident de San-men ; a épousé en 1891,
la marquise CamiUa Pallavicini.
riih^-
CHAPITRE XXIV
LES BOXEURS
J'ai eu l'occasion de parler des nombreuses sociétés secrètes
chinoises* ; je me bornerai donc à répéter que la principale
des sociétés politiques est celle des Triades, San-ho-houei, ou
du Ciel et de la Terre, T*ien-Ti-houei, qui a pour objet le
renversement de la dynastie actuelle ; nous avons vu qu'elle
a failli réussir avec les rebelles T'aï-P*-ing. A cette société des
Triades se rattachent presque toutes les sociétés secrètes dont
on a parlé depuis cent ans ; celle du Nénuphar Blanc, Pei-
lien kiao, le Ko Lao Houei, le Ta Tao Ilouei (Grand Cou-
teau), etc. L'association maintenant célèbre des Boxeurs est
l'appellation locale, dans le Chan-Toung, du Ta Tao Houei,
La mauvaise administration, le commerce illégal de l'opium,
la contrebande du sel, la destruction entière ou partielle
d'un millier de villages par le fleuve Jaune, au Sud-Ouest du
Chan-Toung, ont été l'origine de l'association du Grand
Couteau ; l'occupation de Kiao-tcheou par les Allemands a
été le prétexte du soulèvement des Boxeurs qui, du Chan-
Toung et de l'Est du Tché-li, menaçaient la Chine entière.
M. E.-H. Parker, dans une lettre au Times, dit qu'un
auteur chinois les fait remonter jusqu'à la dynastie des
Soung, détruite au xm° siècle par les Mongols, et qu'anté-
1. I, p. 170 et sqq.
45a LES BOXEURS
rieurement les souverains turcs et toungouses de Chine
jouaient au polo et assistaient à des concours de boxeV
Depuis plusieurs années, il n'y a pas pour ainsi dire de
province de Chine qui n'ait été troublée par des émeutes,
causées soit par la haine de l'étranger, soit par la famine ou
tout autre motif. L'une des plus tenaces a été celle de la pré-
fecture de Kouo-Yang dans le Nord du Ngan-Houeï ; elle a
été terminée en 1899 par la prise de son grand chef Lieou
« Ka-ta ». Ka-ta est un surnom marquant que le cou et la
figure de cette homme étaient couverts de boutons ; le soi-
disant roi de cette confédération rebelle, Niu Chi-h'iu et ses
fonctionnaires lui obéissaient. Niu a été décapité immédia-
tement. Le vieux Lieou Kouen-I *, vice-roi des deux Kiang,
avait eu toutes les peines du monde à réprimer cette révolte.
Au mois d'octobre 1899, à dix milles au Nord-Est de Si-
Ngan fou, capitale du Chen-Si, on tentait un nouveau soulè-
vement du Ko Lao-HoueL
Enfin, dans une lettre d'un correspondant du Nord du
Chan-Toung, \e North-China Herald du [\ décembre 1899
marque qu'au commencement de la huitième lune on an-
nonce un soulèvement de la société du Grand Couteau,
appelée dans la région / Ho kiuên ^r ^ff\ j^ « Poing
de riiarmonie publique », ou « Lutteurs pour la Justice et
la Concorde » qui a pour devise sur son pavillon : « Proléger
I. « The namc is quite historical. A Chincse editor traces ce boxing »
back to tlie Sung Dynasty... The MoiigoU ralled it « butling » aod I
inay add on my own accouiit that, prcvious to the Sung Dynasty. the
Turkish and Tungusic Einpcrors of (^hina used often to play polo and
attend boxing or « butting » matchcii. »
a. Lieou konen-I est né le ai janvier i83o, à Héng-yang, dans le
Hou-Nan ; il entra dans Tarmée en i855, puis passa au civil, devint juge
au Kouang-Si puis gouverneur (juin i8G5) de cette province, gouverneur
g(*ncral des deux Kouang (septembre 1876), des deux Kiang (dé-
cembre 1879) ; disgracie en 1881, il fut réinstallé dans son poste le
a a novembre 1890.
LES BOXEURS 453
la dynastie, exterminer les étrangers » lidu Tsing, mié
Yang. Le 1 5 de la huitième lune était fixé pour Tattaque et
sur la demande du consul de Tien-Tsin, des troupes avaient
été envoyées par le gouverneur du Chan-Toung et le gou-
verneur général du Tché-Li ; néanmoins des familles chré-
tiennes, surtout protestantes, avaient été pillées à Ping-
Youen. Le correspondant ajoutait à la fin de sa lettre fort
longue :
<c Rien ne semble maintenant plus certain que les autorités
chinoises ne peuvent ou ne veulent pas gouverner cette province,
pour ne pas parler de celles qui sont voisines : s'il y a quelques
gouvernements étrangers, allemand ou autres, en position
d'étendre leurs « sphères d'influence » au Chan-Toung. le chan-
gement sera accueilli avec joie par une grande partie de la popu-
lation indigène et en masse par les étrangers aujourd hui nom-
breux. »
Quelle est Torigine de ces Boxeurs :
Le Père Ignace Mangin, S. J., qui a été depuis leur vic-
time dans le Tché-li Sud-Est, écrit * :
« Le docteur Lao Ngai-Siuen, sous préfet de Wou-Kiao, a
écrit une brochure sur les Boxeurs. Il y dit ceci :
a La secte des 1-ho-kinen n'est qu'une branche de la société
dos Pai-lien-kino ÇlSénuphnr blanc) ; les noms dont ils se servent,
les incantations qu'ils récitent, les rangent parmi les Sié-kiao
(sectes hétérodoxes). Quoique dès le règne de Kia-R'ing ils aient
été poursuivis et punis, ils se sont perpétués dans plusieurs
districts du Chan-Toung et du Tché-Li ; peu à peu leur audace
s'est accrue. L'année dernière (1898), ils se sont déclarés les
adversaires du christianisme. Les populations se sont laissé
séduire, oubliant que la descente des esprits et la récitation de
charmes magiques sont des preuves de la perversité de la secte.
Elle a été proscrite sous Kia-R'ing. A cette époque, les reli-
gions du Maître du ciel (catholique) et de Jésus (protestante)
I. Etudes publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus,
5 août 1900, p. 360.
454 LES BOXEURS
étaient peu répandues : la secte n*a donc pas pour origine la
haine du christianisme. Son vrai hut est la rébellion ; les multi-
tudes ignorantes s'y sont trompées. »
Il est très probable que sans Tappui du gouvernement
impérial, ces « fioxeurs » auraient été facilement réduits
comme les autres membres des sociétés secrètes dont ils se
distinguaient par leurs pratiques magiques, qui les ren-
daient, disaient-ils, invulnérables :
a Le 3 octobre, jour de marché à Song-Mcnn, bourg à trente
lis Ouest de King-Tcheou, les sectaires procédèrent à l'installa-
tion solennelle d'un tchang-tzeu (arène-cenlre) et annoncèrent
pour le marché suivant (aô), des exercices d'invulnérabilité.
Ce jour-là. des milliers de curieux se trouvèrent réunis à Song-
Menn, désireux de jouir du spectacle promis: ils furent déçus,
les exercices furent remis au 3o ; la foule n'y fut que plus nom-
breuse et plus avide. Le chef désigné d'avance et ses deux disci-
ples se mirent à genoux devant les tablettes où sont inscrits les
noms des esprits protecteurs de la secte ; ils firent maintes
prostrations, brûlèrent maints bâtons d'encens, récitèrent force
prières et incantations, l'esprit ne descendait pas. Enfin, vers
quatre heures après-midi, le chef se releva soudain : ses traits
étaient changés, il était semblable à un homme possédé par une
puissance irrésistible. Les deux disciples se levèrent aussi, char-
gèrent le fusil ; le maître, dépouillé d'une partie de ses vête-
ments, mit sa poitrine à nu ; un coup de feu retentit, et l'on
vit le malheureux tomber à genoux, puis s'étendre de tout son
long. Le coup tiré à bout portant lui avait fait une large et pro-
fonde plaie. Vite ses compagnons l'enveloppent dans une cou-
verture et l'emportent tout sanglant : il ne tarde pas à expirer*. »
Les Boxeurs, ayant ainsi raté leur tour d'escamoteurs, ac-
cusèrent les chrétiens d'avoir méchamment assassiné un de
leurs chefs. Et il en résulta un peu plus de pillages, d'in-
cendies et de massacres.
« L'accusation généralement lancée par les Boxeurs contre les
I. /iiudeSf j). 375.
LES BOXEURS 4^5
chrétiens est d' « empoisonner les puits ». (D'où Ton peut con-
clure que rhumanitc manque décidément d'imagination, puisque
tel est — partout et en tout temps — le prétexte de persécutions
religieuses.) Un pharmacien chinois de Wou-k'iao profita de ces
bruits d'empoisonnement pour inventer et vendre un contre-
poison. Sa boutique ne désemplissait pas^ »
Un correspondant du LoAïrfoAï and China Teleyraph, Aug.
29, 1900, écrit à ce sujet :
« Premièrement, ils [les Boxeurs] sont supposés ou être tombés
descieux, ou être devenus « Boxeurs ». Après un stage d'épreuve
durant, je crois, trois mois ou quelque quatre-vingt dix jours,
ils sont supposés être invulnérables aux balles, quoique quelques
centaines ont déjà succombé parmi ceux sur lesquels ont tiré les
troupes étrangères et autres. Cependant ils ont sous la main une
explication toute prête : Si un honune est tué pendant la période
de noviciat, c'est-à-dire, avant qu'il n'ait accompli les quatre-
vingt dix jours, on dit qu'il n'est qu'à moitié un a Boxeur ».
A proprement parler, il n'est pas qualiiié et n'a pas atteint le
degré d'invulnérabihté. D'un autre côté, s'il était devenu com-
plètement emplumé et que néanmoins il avait été tué, on affirme
sérieusement qu'il n'est pas mort réellement, et que dans peu
de jours, il revivra encore une fois et sera prêt à se battre de
nouveau.
« Un incident arriva tout à fait récemment à bord d'un vais-
sc^iu qui a des officiers européens et est attaché au service des
Douanes : deux marins que nous observions avec intention étu-
diaient deux étoiles. Quand nous les interrogeâmes sur ce qu'ils
faisaient, ils ré[X)ndirent sérieusement que : « That largee star
hnve gol six piecee « Boxer » man allô same inslde, and smallo
star hâve got two piecee man. Just now corne doxunside-. »
« Telle était leur idée qu'ils tombaient des cieux !
a II est difficile de dire dans quelle proportion les troupes du
Nord de la Chine étaient pénétrées de l'idée des Boxeurs avant
la révolte, mais il est couramment rapporté que le pourcentage
était de 26 à 5o pour cent. 11 paraîtrait que certainement, elles
I. Le Temps, 16 août 1900.
a. Je n'ai pas cru devoir détruire par une traduction la saveur de cette
phrase en pidgin en^lish.
456 LES BOXEURS
devaient être de leur côte. Il a été curieux aussi de noter combien
les serviteurs des Européens étaient convaincus des Boxeurs
envoyés du Ciel. Pendant qu'ils servaient encore, et dans quel-
ques cas s'étaient attaches à leurs maîtres, pendant les troubles
quand ils devinrent actifs, ils vous disaient ouvertement qu'ils
croyaient aux « Boxeurs ». L'extension qu'a prise cette croyance
est vraiment extraordinaire.
« Ce que j'ai mentionné n'explique pas toute leur étrange
croyance, mais est sulFisant pour montrer de quelles vues ils
sont imbus. »
Le gouverneur du Chân-Toung, Li Ping-hêng, avait
donné aux Boxeurs Tappui officiel sans lequel ils auraient
promptemcnt disparu. Li, originaire de la province de Fèng-
tien (Mandchou rie), eut comme premier poste important ce-
lui de commissaire financier du Kouang-Si en juillet i885 ;
il combattait contre nous à Lang-S'on ; mais sa notoriété
date de son gouvernement du Chan-Toung, époque à laquelle
les missionnaires allemands Nies et Ilcnle furent assassinés
(i*"" novembre 1897); l'Allemagne demanda sa déposition et
il fut remplacé par Yii-H'ien, qui ne valait pas mieux que
lui. Li passait pour être honnête, mais poussait au dernier
degré l'esprit réactionnaire et la haine de l'étranger ; un rhu-
matisme chronique dans les jambes pouvait lui servir du
prétexte dont a souvent besoin un fonctionnaire chinois pour
ne pas se rendre aux appels qui lui sont adressés de la capi-
tale. Ses principaux amis, qu'il recommandait chaudement
à l'impératrice à la fin de 1899, étaient Yii - H 'i en, Mandchou,
son propre successeur au Chan-Toung, Si-Liang, également
Mandchou, trésorier delà province de IIou-Nan, Liang T'ing-
fén. Chinois de Canton, membre de l'Académie des Han
Lin, Wan T'in-siang, des Bannières chinoises (//a/i kiun)^
censeur. Li avait attiré l'attention de l'impératrice-douairicre
comme haut commissaire de la Mandchourie méridionale ;
il allait être nommé gouverneur du (ihan-Si à la place de
Hou P'in-tchi, révoque à cause de ses dépenses exagérées,
LES BOXEURS 457
lorsque le chargé d'affaires d'Angleterre, Mr. Bax Ironsîde,
opposa son veto. On le désigna pour le Se-Tch'ouen à la
place de Lieou Ping-tchang, mais l'opposition des Allemands
le fit encore écarter de ce poste qui fut donné à Yii-Lou.
Que faire du personnage? Un conseiller à la cour? Mais
c'était susciter une influence déplaisante pour le prince
K'ing et Jong-Lou d'une part, pour Kang Yi d'une autre.
Il fallait l'éloigner à tout prix. N'était-il pas utile à ce mo-
ment même de vérifier si les vice-rois Tchang Tchi-toung
et Lieou Kouen-I avaient solidement assuré la défense du
Kiang contre l'étranger? Il irait porter sur le Yang-Tseu
comme Yu-H'ien dans le Chan-Si, le message de guerre
contre le Barbare d'Occident. L'impératrice s'empare avec
empressement de cette idée et, en novembre 1899, elle bom-
barde Li, Haut Commissaire du Yang-Tseu. Ce titre lui don-
nait le rang des vice-rois des provinces dont il était complè-
tement indépendant et sa juridiction s'étendait sur les cours
d'eau des cinq provinces de Kiang-Sou, Kiang-Si, Ngan-
Houei, IIou-Nan et Hou-Pé ; il avait môme le droit de con-
damner à mort dans l'armée sans en référer aux vice-rois ;
il était responsable de ses actes à l'empereur seul. Il parait
que tel pouvoir n'avait été accordé qu'une fois depuis l'avè-
nement des Mandchous : P'éng Yij-lin, né en 1824 à Hêng-
Yang, dans le IIou-Nan, avait été le secrétaire de son com-
patriote, le grand Tseng Kouo-fan, et se distingua pendant
la guerre des T'aï P'ing ; aussi fut-il chargé de la défense du
grand fleuve ; il était connu sous le sobriquet populaire de
l'Amiral à la Tête de fer. Peng était en outre, ce que n'était
pas Li, commandant en chef des forces navales des cinq
provinces ; ce poste était occupé par Houang Tchan-k'ioun.
Arrivé par terre le 27 mars 1900 à Wou-Tch'ang, capitale
du Ilou-Pé, au grand ennui du vice-roi Tchang Tchi-toung,
Li met en émoi la vallée du Yang-Tseu, dont il voudrait
drainer les troupes et les entraîner à sa suite vers le Nord le
458 LES BOXEURS
long du canal impérial. Véritable accusateur public, il dé-
nonce au trône le maréchal Sou Youen-lch'ouen pour nous
avoir donné Kouang-Tchéou \\an, le Mandchou Yii Tch'ang,
gouverneur du Ho-Nan, frère de Yii Lou, vice-roi du Tché-
Li, et Tch'ang Tch'oun, Mongol, inspecteur général de Tar-
méc du Nord. Il est à son tour dénoncé par Li Houng-lchang,
qui s'en mordit les doigts. Resté sourd à deux appels, Li
Ping-héng se décide h retourner à Pé-King, où l'impératrice
le nomme général en second sous Jong-Lou ; il épurera la
Tsoung-li Yamen et fera massacrer Siu King-tch'eng et Yuen-
Tch'ang, tous les deux membres du ministère et se prépare
à arrêter la marche des armées alliées. Il paraîtrait s'être
suicidé après la bataille de Peï Tsang.
Le gouverneur du Chan-Toung, Yii-irien, se montre un
digne successeur de Li Ping-hêng et il continue la politique
de son devancier dans sa haine contre Tétranger; ancien juge
au Chan-Toung (mai 1896), trésorier au Hou-Nan (octo-
bre 1898), général tartarcy). /. àNan-King, il avait remplacé
Li on mars 1899 ; l'assassinat d'un missionnaire protestant
allait attirer l'attention de la Légation d'Angleterre : le Rév.
S. M. W. Brooks, allant de T'aian à Ping-Yin, fut assassiné
le 3o décembre 1899, àTchang-Kia tien, village à 3o lis à
l'ouest de Fei-tch'êng. Les assassins furent jugés le 28 février
et les jours suivants à Tsi-nan fou, devant le juge provincial
du Chan-Toung et Mr. C. W. Campbell, du service consu-
laire anglais, envoyé exprès de Chang-IIaï. Mr. Campbell
avait comme secrétaires le collègue de Brooks, Mr. Henry
Malhcws et Mr. CouHng, de TEnglish Baptist Mission, du
Chan Toung. Sept individus étaient plus ou moins impli-
qués dans l'affaire ; Mêng Kouang-wên était le principal ac-
cusé. Trois furent condamnés à être décapités (l'un fut
exécuté le 16 mars 1900 en présence de Mr. Campbell), un
est étranglé, un est emprisonné pour la vie, un est condamné
à di>L ans d'emprisonnement, un à deux ans de bannisse-
LES BOXEURS 4^9
ment, une indemnité de 9000 taëls devait être payée et une
chapelle être érigée à la mémoire de Brooks, à Pin Yin, lieu
de sa résidence.
D'autre part, des missionnaires américains de Pang-
tchouang adressaient une plainte contre les fonctionnaires
suivants à cause de la protection qu'ils accordaient aux
Boxeurs : Yu-II'ien, l'ancien gouverneur du Chan-Toung,
Tchi, lao-t^i dans le Chan-Toung occidental, Tchêng-se,
fonctionnaire de Ping youen.
Les représentations des étrangers ne pouvaient rester indé-
finiment sans être écoutées; en octobre 1899, les Boxeurs
avaient été battus par les troupes impériales ; l'arrivée de
Youen Che-k'ai au Chan-Toung comme gouverneur p. i\
(6 décembre 1899) à la place de Yu-II'ien, détermina leur
exode. En 1898, ils avaient ravagé la sous-préfecture de Wei
bien et fait leur première apparition dans la préfecture de
Ho Kien fou au printemps de 1899. Au commencement de
cette année, ils remontent dans le Tché li Sud Est, où ils se
livrent aux massacres et aux pillages qui nous sont connus.
Suivant l'usage, des pamphlets sont lancés dans la cir-
culation :
« Les quatre faces et les huit horizons deviennent des théâtres
(\c guerre. Vous qui avez de bons destins, montez rapidement
vers le rivage ; d'un coup de main vous arriverez dans la patrie.
Immortel venant de l'Occident, de la montagne du Chaos, delà
caverne de l'Arc-en-Ciel doré, mon nom est Tao, mon prénom
est Ts'ing-isin (Tranquillité) ; je viens de la part de T'ai-kong-
lao-tsou (fondateur de la dynastie des Tchen, laoo avant Jésus-
(]hrist), pour avertir les hommes de bien de cette pagode, afin
qu'ils propagent partout cet écrit, qui exhorte les peuples à
suivre les 1-ho-k'iucn. Formez vite des soldats, car treize
rovaumes étrangers vont venir pour attaquer le Céleste-Empire :
la Chine sera profondément troublée; il y aura des soldats
massés comme une montagne, des généraux immenses comme
l'Océan ; il y aura des montagnes d'ossements, \c sang coidera
coninie des llcuvcs ; c'est pourquoi que tous, sans distinction de
46o
LES BOXEURS
se]^e et d'âge, s'adonnent aux exercices divins pour apprendre
l'art des génies immortels, pour échapper au péril de la guerre
et éviter cette grande catastrophe. Ce trouble durera pendant
trente ans, puis régnera la paix. Bientôt plus de soixante-dix
royaumes nous envahiront comme un flot. Bon peuple, prenez
une prompte résolution alin que nous leur opposions des armées.
u Les Européens sèment des poisons dans les puits, dans les
fleuves, dans les mers, dans les céréales, sur les marchés ; seuls,
les gens bien exercés à l'art divin peuvent en éviter le venin. Ce
sont les indigènes gagnés par les diables d'Occident qui répan-
dent ces poisons ; ce qu'ils n'achètent pas sur les marchés est
empoisonné. Prenez-y garde!
<ic Tous ces détails nous les avons appris du génie immortel.
Ceux qui sont inities comprendront mes paroles. »
« Pamphlet affiché dans le Ho-kien hien. — Les chrétiens trou-
blent l'univers, s'appuyant sur les Européens ; ils se montrent
arrogants, insultent les gens simples, oppriment la dynastie des
T'sing, méprisent les relations sacrées en supprimant la doctrine
des saints. Leurs chefs construisent leurs hautes églises sur les
ruines de nos saintes pagodes ; ils trompent les ignorants, nui-
sent à la jeunesse, arrachent le cœur et les yeux pour en com-
poser des philtres ; ils empoisonnent les puits. Un lettré, ne
pouvant tolérer ces erreurs, alla en ville pour les dénoncer ; mais,
hélas ! le mandarin, vénal, corrompu par l'argent, le traita
cruellement, de sorte que le bon peuple, ne sachant que devenir,
d'un commun accord voulut apprendre la boxe. L'esprit Tchang-
tien-chen a informé Yu-houang de cet état de choses. Yu-
houang, dans sa colère, envoie une troupe de dieux qui, descen-
dant du ciel, vient aider le peuple à détruire les chrétiens. Il en
est temps : que les diables d'Occident meurent. Les I-ho-k'iuen
sont dans une cloche d*or, de sorte qu'ils ne craignent ni le
glaive, ni la hache ; ils peuvent se garantir des fusils et des canons.
a Peuples, levez-vous ; n'ayez qu'un cœur et qu'une âme
pour tuer les diables d'Occident et détruire la religion chrétienne !
a Depuis l'antiquité, on distingue les Chinois de l'Empire du
Milieu et les barbares étrangers; actuellement les peuples sont
péle-mî^le ; à qui appartient l'empire ? Confucius et Meng tseu
ne cessent de pleurer, et leurs larmes inondent leurs poitrines ' î »
I. Etudes, p. 390-1.
LES BOJLEtHS 4^1
Quelques fonctionnaires prolestent timidement :
Le sous-préfet de Wou-K'iao, homme prudent et sage, fit
répandre cette réponse anonyme :
« l-ho-k*iuen, qui êtes cachés dans une cloche d*or, vous violez
la loi, vous vous écartez du droit sentier. Je vous exhorte à ne
pas ressembler à des insensés, car Tinvincible armée est proche
en avant ; ce sont des fusils perfectionnés. En arrière, il y a des
canons aux projectiles puissants. Quand vous serez attaqués, vos
ancêtres et vos maîtres seront impuissants à vous secourir ; alors
les incantations seront sans eiTet. Quand ces malheurs fondront
sur vous, il sera trop tard pour vous repentir. Repentez-vous au
plus tôt, ne vous entêtez pas ».
Le sous-préfet de Hien-hien alla jusqu'à la proclamation
publique. Il s'exprimait ainsi ;
« Les I-ho-k*iuen, par les doctrines perverses, trompent les
foules ; ils disent: « Ceux qui s'exercent dans notre art, le fusil,
le glaive, le couteau, ne sauraient leur nuire. » Ainsi, le peuple
ignorant est trompé par eux. On réunit des bandes nombreuses,
on occasionne des troubles, on blesse beaucoup de monde. Peu-
ples et notables, exhortez-vous mutuellement à ne pas vous affi-
lier à celle secte, ainsi vous pourrez conserver votre vie et celle
de votre fumille : la \ie est le bien le plus précieux. S'il y a des
sectaires qui cherchent à vous séduire, il faut prendre ces per-
vers, les lier et me les amener.
a Décembre 1899. »
Le vice- roi du Tché-li, Yii-Lou, cherche dans un décret à
calmer les esprits :
« Chrétiens et non-chrétiens sont tous des sujets chinois, et
la cour les traiie avec une égale bienveillance. C'est pourquoi
les non-chréliens ne doivent pas pour vexer les chrétiens, susciter
des alTaircs. Les chrétiens ne doivent pas non plus chercher des
prétextes pour insulter les non-chrétiens; beaucoup moins
doivent-ils par des rapports mensongers exciter les missionnaires
à prendre leur défense, afin d'obtenir gain de cause sous leur
protection. »
46o
LES BOXEURS
se^e et d'âge, s'adonnent aux exercices divins pour apprendre
l'art des génies immortels, pour échapper au péril de la guerre
et éviter cette grande catastrophe. Ce trouble durera pendant
trente ans, puis régnera la paix. Bientôt plus de soixante-dix
royaumes nous envahiront comme un flot. Bon peuple, prenez
une prompte résolution afin que nous leur opposions des armées.
« Les Européens sèment des poisons dans les puits, dans les
fleuves, dans les mers, dans les céréales, sur les marchés ; seuls,
les gens bien exercés à l'art divin peuvent en éviter le venin. Ce
sont les indigènes gagnés par les diables d'Occident qui répan-
dent ces poisons ; ce qu'ils n'achètent pas sur les marchés est
empoisonné. Prenez-y garde!
ce Tous ces détails nous les avons appris du génie immortel.
Ceux qui sont inities comprendront mes paroles. »
« Pamphlet affiché dans le Ho-kien hien. — Les chrétiens trou-
blent l'univers, s'appuyant sur les Européens ; ils se montrent
arrogants, insultent les gens simples, oppriment la dynastie des
T'sing, méprisent les relations sacrées en supprimant la doctrine
des saints. Leurs chefs construisent leurs hautes églises sur les
ruines de nos saintes pagodes ; ils trompent les ignorants, nui-
sent à la jeunesse, arrachent le cœur et les yeux pour en com-
poser des philtres ; ils empoisonnent les puits. Un lettré, ne
|X)uvant tolérer ces erreurs, alla en ville pour les dénoncer ; mais,
hélas ! le mandarin, vénal, corrompu par l'argent, le traita
cruellement, de sorte que le bon peuple, ne sachant que devenir,
d'un commun accord voulut apprendre la boxe. L'esprit Tchang-
tien-clien a informé Vu-houang de cet état de choses. Yu-
houang, dans sa colère, envoie une troupe de dieux qui. descen-
dant du ciel, vient aider le peuple à détruire les chrétiens. Il en
est temps : que les diables d'Occident meurent. Les I-ho-k'iuen
sont dans une cloche d*or, de sorte qu'ils ne craignent ni le
glaive, ni la hache ; ils peuvent se garantir des fusils et des canons.
« Peuples, levez-vous ; n'ayez qu'un cœur et qu'une âme
pour tuer les diables d'Occident et détruire la religion chrétienne !
a Depuis l'antiquité, on distingue les Chinois de l'Empire du
Milieu et les barbares étrangers; actuellement les peuples sont
péle-méle ; à qui appartient l'empire? Confucius et Meng Iseu
ne cessent de pleurer, et leurs larmes inondent leurs poitrines * î »
I. Etudes t p. 390-1.
LES BO\£URS 4^1
Quelques fonctionnaires protestent timidement :
Le sous-préfet de Wou-K'iao, homme prudent et sage, fit
répandre cette réponse anonyme :
« l-ho-k'iuen, qui êtes cachés dans une cloche d*or, vous violez
la loi, vous vous écartez du droit sentier. Je vous exhorte à ne
pas ressembler à des insensés, car Tinvinciblc armée est proche
en avant ; ce sont des fusils perfectionnés. En arrière, il y a des
canons aux projectiles puissants. Quand vous serez attaqués, vos
ancêtres et \os maîtres seront impuissants à vous secourir ; alors
les incantations seront sans ciTet. Quand ces malheurs fondront
sur vous, il sera trop tard pour vous repentir. Repentez-vous au
plus tôt, ne vous entêtez pas ».
Le sous-préfet de Hien-hien alla jusqu'à la proclamation
publique. Il s'exprimait ainsi ;
« Les 1-ho-k'iuen, par les doctrines perverses, trompent les
foules ; ils disent : « Ceux qui s'exercent dans notre art, le fusil,
le glaive, le couteau, ne sauraient leur nuire. » Ainsi, le peuple
ignorant est trompé par eux. On réunit des bandes nombreuses,
on occasionne des troubles, on blesse beaucoup de monde. Peu-
ples et notables, exhortez- vous mutuellement à ne pas vous affi-
lier à celle secte, ainsi vous pourrez conserver votre vie et celle
de votre famille: la vie est le bien le plus précieux. S'il y a des
sectaires qui cherchent à vous séduire, il faut prendre ces per-
vers, les lier et me les amener.
a Décembre 1899. »
Le vice roi du Tché-li , Yti-Lou , cherche dans un décret à
calmer les esprits :
« Chrétiens et non-chrétiens sont tous des sujets chinois, et
la cour les traite avec une égale bienveillance. C'est pourquoi
les non-chréliens ne doivent pas pour vexer les chrétiens, susciter
des alTaires. Los chrétiens ne doivent pas non plus chercher des
prétextes pour insulter les non-chrétiens; beaucoup moins
doivent-ils par des rapports mensongers exciter les missionnaires
à prendre leur défense, atin d'obtenir gain de cause sous leur
protection. »
46a LES BOXEURS
Le mouvement des Boxeurs qui s'étendait du Chan Toung
au Tché li, et à la Mandchou rie ne dépassait pas ces pro-
vinces tout d'abord, et malgré les émissaires envoyés dans
la vallée du Kiang, la fermeté des vice-rois de Wou-tch'ang
et de Nan-King empêcha la révolte d'éclater dans les pro-
vinces du Grand Fleuve, ou tout ou moins Tempecha, sauf
dans le Hou-Nan, de prendre l'extension qu'elle a eue dans
le Nord et l'Ouest jusqu'au Kan-Sou. Les autres mouvements
dans le Ngan-Houei, le Hou-Nan, le Yun-Nan, étaient indé-
pendants, mais il est certain que sans l'énergie des étrangers
et des gouverneurs de provinces, toutes ces rébellions par-
tielles se seraient terminées par une rébellion générale dont
l'Empire entier aurait été le théâtre.
CHAPITRE XXV
LES MISSIONS CATHOLIQUES
Au milieu des tentatives de réformes de TEmpereur, des
réclamations incessantes des étrangers insatiables, de la con-
tre-révolution de llmpératrice-douairière, du mouvement de
révolte des Boxeurs, les missions catholiques voyaient
rhoslilité augmenter contre elles dans certaines parties de
TEmpire.
MEURTRE DES PP. CHANÈS ET DELBROUCK
Au mois de juillet 1898, deux missionnaires français
furent arrêtés à Yong-tchang, dans le Se-tch'ouen, par le
chef de brigands Yu-Man-tseu déjà condamné à mort en jan-
vier 1892 sur la demande de la légation de France; l'un
d'eux, blessé, s'échappa ; mais le second, le P. Fleury, ne
fut relâché qu'au mois de janvier 1899, à la suite de notre
pression sur le gouvernement chinois pour qu'il agisse contre
les bandes armées qui désolaient la grande province de
l'Ouest de l'Empire ^
Le i4 octobre 1898, le P. Chanès était assassiné à Pak-
toung (Kouang-Toung) avec quelques chrétiens indigènes.
M. Flayello, gérant du Consulat de Canton, envoya une pro-
testation énergique au vice-roi, et exigea la punition exem-
I. Livre jaune, Chine, 1898- 1899, P* ^^-
464 LES MISSIONS CATHOLIQUES
plaire de tous les coupables. Cette affaire, réglée en môme
temps que celle de Kouang-tcheouwan, se termina par le
versement de 80 000 dollars '.
Fait prisonnier le 6 décembre delà même année, le mission-
naire belge Victorin Delbrouck fut tué dans le Hou-Pé occiden-
tal, le 1 1 ; sa tête fut coupée, son corps ouvert, et ses membres
suspendus à un arbre. Par un arrangement signé le 11
juillet 1899 par M. Dautremer, consul à Ilan-k'eou, 10000
taëls furent versés comme prix du sang de ce missionnaire et
44 5oo taëls pour la destruction d'églises, d'orphelinats, etc.,
dans les préfectures d'I-tch'ang et de Che-nan. Les meur-
triers furent exécutés ^.
Et cependant le malheureux Kouang-Siu, au milieu de
ses nombreuses réformes, n'avait pas oublié la religion
chrétienne, témoin le décret suivant :
DÉCRET IMPÉRIAL DL 12 JUILLET 1 898
Le a4 de la 5^ lune de la 34'^ année Kouang-Siu ( == i a juillet
1898), a été reçu le Décret Impérial dont la teneur suit :
u La propagation des religions par des personnes appartenant
à toutes les nations est mentionnée dans les traités. A plusieurs
reprises, Nous avons déjà, par Décrets, ordonné aux Vice-rois et
Gouverneurs des Provinces d'assurer au mieux la protection (des
missions), dans Tespoir de voir maintenir la paix entre le peuple
et les chrétiens.
Cependant, cette année, les affaires religieuses de la préfecture
secondaire de Kiang-pei et autres lieux du Sso-tch'ouan ne sont
pas encore terminées ; à Yong-ngan-lcheou, du Kouang-si, il y
a eu de nouveaux meurtres de chrétiens : au Hou-pei, à Gha-
che, ceux-ci se sont trouvés entraînés dans d'autres affaires.
Toujours, la cause en a été que les autorités locales n'ont pas
su se pénétrer respectueusement de la pensée de la Cour Impé-
riale, lorsqu'elle leur a donné de formels avertissements ;
1. lOid.t p. 44.
2. /bid., p. 5i.
DKCllKT IMPÉRIAL DU 12 JUILLET 1898 465
lorsqu'il s'est trouvé des procès à régler entre le peuple et les
chrétiens, si les autorités locales n'ont pas été coupables de négli-
gence, elles ont conservé un sentiment de partialité. Ces démar-
cations établies entre les uns et les autres n'étant pas disparues,
de semblables animositésont pu naître facilement. Il n'y a donc
pas lieu de s'étonner de la fréquente répétition des aijfaires de
missions.
C'est {X)urquoi Nous donnons expressément ce complément
d'instructions aux hautes autorités provinciales, afm que, dans
toutes les préfectures et sous-préfectures où il existe des éta-
bHssements religieux, elles ne manquent pas de donner des ordres
formels aux autorités locales en vue d'assurer la protection avec
une réelle énergie.
En tout temps, lorsqu'il se présentera des missionnaires de-
mandant audience aux autorités, celles-ci devront s'abstenir de
les rebuter de parti pris, de façon que, de part et d'autre, il
règne une mutuelle conhance, une mutuelle sincérité. Dès lors,
les chrétiens n'en arriveront pas à invoquer des prétextes pour
créer des diilicultés.
D'autre part, il faut exhorter le peuple à s'abstenir de se
saisir de petites questions et de futiles prétextes pour provoquer,
à la légère, des conflits. Que si des dilïicultés s'élevaient d'une
façon imprévue, puisque les autorités responsables peuvent, d'une
part, les régler équitablement. on ne conçoit pas bien comment
il leur serait dilFicile d'empêcher le mal avant qu'il ne se fût
développé.
Donc, c'est aux Maréchaux tartares. Vice-rois et Gouverneurs
qu'il appartient d'ordonner sévèrement aux autorités placées sous
leur direction, d'aviser aux moyens de régler les aflaires, en toutes
circonstances, comme il convient et avec soin.
Quant aux anciennes affaires qui ne sont pas encore terminées.
Nous ordonnons dès maintenant qu'elles soient rapidement
réglées et d'une façon définitive. A dater de ce jour, il ne sera
plus admis qu'il se présente des aflaires de missions. Si l'on
continuait à faire preuve de négligence dans les précautions à
prendre, non seulement les autorités locales encourraient des
punitions sévères conformément au nouveau règlement établi à
la suite d'un rapjK)rt au Trône présenté par leTsoung-li Ya'men,
mais encore les Maréchaux tartares. Vice-rois et Gouverneurs
concernés ne pourraient rejeter la responsabilité sur autrui. Nous
leur ferions application certaine de la loi. Qu'ils ne prétendent
GoRDiER. III. — 3o
466 LES MISSIO^S CATHOLIQUES
point n'avoir pas été avertis ! Que ces ordres soient portés à la
connaissance de tous ! »
Respect à ceci * !
A son tour rinipératrice-douairière avait promulgué un
décret qui, nous l'avons vu, n'avait pas empêche les attentats
conlre les Pères Chanès et Delbrouck :
DÉCRET DU 6 OCTOBRE 1898
Le 2 1* jour de la S*" lune de la ai*" année Kouang-Siu (G octobre
1898), ont été reçus de Sa Majesté l'Impérathice-Douairière
TsE-IIl TOAN-YEOU K*ANG-YI TcilAO-YU TcHOANG-TCu'eNG ChEOL-
RoNG TsiN-iuEN Tcno.NG-Hi les Bicuvcillants Commandements
dont la teneur suit :
« Depuis l'ouverture au commerce des ports (de TEmpire)
Chinois et Étrangers forment une seule famille. Il convient rai-
sonnablement de ne pas établir de distinctions entre eux. De
même, pour les missionnaires de toutes nations qui se trouvent
dans l'intérieur, il a été bien souvent, par Décrets, ordonné au\
autorités locales de tout l'Empire de s'cftorccr de leur assurer une
protection cllicace ; on ne s'est pas borné à quelques ordres, à
quelques avertissements, il importe absolument que les fonc-
tionnaires, les notables, les lettrés et les gens du peuple des
provinces s'inspirent respectueusement des vues de la Cour Impé-
riale, dont la pensée embrasse tous les hommes dans la même
alTection. Il faut faire preuve de sincérité et d'€»quité. Il ne faut
ni haine ni défiance. Et l'on pourra espérer arriver ainsi à une
concorde de jour en jour plus profonde.
Cependant, ces temps derniers, des affaires se sont élevées
entre le peuple et les chrétiens sans qu'on ait encore pu arriver
à les éviter. Aucune des différentes alTaires religieuses du Sse-
tch'oan n'a, actuellement, encore pu être réglée. Parmi les popu-
lations bornées et ignorantes, des rumeurs se propagent, des
troubles se produisent, et de futiles prétextes deviennent la
source de conflits. Et cependant, les grands et petits fonction-
1. Pour trad. conforme, L'Interprète Chancelier^, i. de la Légation
de France: Fd. Bbktealx.
DKCnET DU 6 OCTOBRE 1898 ^67
nairos h qui incombait Tadministration (de ces populations)
n'ont pas su les exhorter au devoir en toutes circonstances, ni
provenir les didicultés: il leur est donc bien diflicile, à la vérité,
d'en rejeter la responsabilité.
Par ce nouveau Décret, que Nous rendons dans un but spécial
et d'une façon très explicite, Nous ordonnons aux hautes auto-
rités provinciales de se pénétrer de l'absolue nécessité, partout
où il existe des établissements religieux, de donner aux autorités
locales les ordres les .plus sévères pour que, apportant un soin
attentii à l'exécution des Décrets si souvent répétés, elles assurent
la protection d'une manière cllicace. Dans leurs relations avec
les missionnaires des diverses nations, les autorités devront,
toutes, les traiter avec égards. S'il s'élève (|uelque affaire entre
le peuple et les chrétiens, elles devront l'examiner selon l'équité
et la régler avec promptitude. De plus, elles doivent exhorter
les notables et le peuple à se confiner chacun dans son rôle ou
ses attributions et leur défendre de se laisser aller, dans un mou-
vement de colère, à créer des troubles. Quant aux voyageurs
étrangers, on devra également, dans tous les endroits où ils
arriveront, les protéger avec le même soin, afin de « combler
la mesure des sentiments d'alTection et des égards » (envers les
gens venus de loin).
Si, à dater de la promulgation du présent Décret, il se produit
de nouvelles négligences dans les précautions à prendre et qu'il
en résulte des troubles, on ne manquera pas de dénoncer les
autorités locales responsables, afin qu'elles soient punies avec la
plus grande sévérité. De môme, les Vice-rois et Gouverneurs
placés à leur tète seront tous traités avec une égale rigueur.
Qu'ils ne prétendent pas n'avoir pas été prévenus ! »
Respect à ceci * !
I. Pour Irad. conforme. Tint. Chancelier p. 1. de la Légatiou de
France: (sig.) Fd. Beiiti:aux.
Berteaux, Fernand-Jules-Francois-Joseph^ né le i*»" mars 1878;
licencie on droit; élève diplômé de TËcole des langues orientales vivantes
et de TKcolc des sciences politiques; clève-interprèlo à Pé-King, aS déc.
1896; chargé des fonctions d'inlcrpiète-chancelier à PcKing, 11 mars
1899; interprète de 2^ classe, interprète à Chang liai (non installé),
i^^ nov. 1899 * oflicier d'Académie, 3i mars 1900 ; chevalier de la Légion
d'honneur, i4 déc. 1900; interprète -chancelier à Séoul, 3i août 1901.
/
468 LES MISSIONS CATHOLIQUES
Enfin M'^'* Favier * qui avait remplacé, après une longue
attente M*"" J.-B. Sarthou,sur le siège épiscopal de Pé-King,
obtenait du gouvernement chinois le décret suivant qui fixait
la hiérarchie des prélats cathoHques en Chine. Le décret pré-
senté en projet par M*' Favier à M. Gérard avait été écarté par
celui-ci qui le jugeait dangereux. M. Pichon*, plus faible ou
moins expérimenté, l'accepta, circonvenu par Tambitieux
vicaire apostolique de Pé-King. Jamais la France n'eût dû
laisser commettre cette faute. Une assimilation quelconque
des missionnaires catholiques ne leur donnait qu'une appa-
rence d'honneurs et leur enlevait en réalité la plus grande
partie de leur influence, celle qui dérivait de leur haute
situation morale et de l'appui de la France ; ce décret s'il
avait été appliqué à la lettre aurait mis nos consuls dans
l'impossibilité de venir en aide aux évêques ; on le vit j>eu
de temps après au Se-Tch'ouen, quand l'évêque s'adressa
1. Favier, Alphonse-Pierre, né le 22 sept. 1887, daus le diocèse de
Dijon ; coadjuleur de Mk** Sarthou, le la nov. 1897 et évéquo de Pen-
tacooiia.
2. Pichon, Siéphaii' Jean- Marie ^ né le 10 août 1857; membre du
Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine, 5 août i883
et !\ mai i884; député de la Seine, 18 oct. i885 ; réélu en 1889; secré-
taire do la (Chambre des députés, 1889-1890; membre du Conseil sup<*-
rieur de l'Assistance publique, de la commission supérieure des bâtiments
civils et des palais nationaux et de la commission des voyages et missions
littéraires et scientifiques; ministre plénipotentiaire de deuxième classe;
envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Port-au-Prince, 2a mai
189/1 ; envoyé en mission spéciale à Saulo- Domingo où il a procédé au
rétablissement des relations diplomatiques entre la France et la Répu-
blique Dominicaine; env. ext. et min. plén. à Rio de -Janeiro, a3 déc.
1896; chev. de la Légion d'bouncur, 3i déc. 1890; a négocié et signé le
traité d'arbitrage du 17 avril 1897 |)Our la délimitation de la Guyane
française; env. ext. et min. plén. & Pé-King, 29 déc. 1897; officier de
la Légion d'honneur, 8 avril 1898; min. plén. de i*** classe, a4 juin
1898; commandeur de la Légion d'honneur, i^ août 1900; plénipoten-
tiaire de la République dans les négociations collectives des puissances
avec la Chine & la suite de Tentréedes troupes alliées & Pé-King, i4 août
1900-18 mars 1901 ; résident général de France à Tunis, 19 mars 1901.
HIÉRARCHIE CATHOLIQUE. — DÉCRET IMPÉRIAL 4^9
directement et en vain au vice-roi de la province. La situa-
tion était ridicule. Que pouvait faire un simple consul,
assimilé à un tao-taï, pour un évêque, gros personnage
assimilé à un tsoung-tou? Un peu de vague servait bien plus
utilement les intérêts des missionnaires traités en hommes
distingués qu'un vide apparat. Le décret avait en même
temps un caractère froissant pour les fonctionnaires chinois
et il n'a certainement pas été un facteur insignifiant dans
les causes multiples qui ont amené le mouvement de révolte
contre l'étranger de 1900. Ce décret intempestif et impoli-
tique doit être rapporté le plus tôt possible. Chose significa-
tive et grave, dans ce document rédigé sous l'influence d'un
prélat français, le nom de la France n'est pas prononcé !
HIÉRARCHIE CATHOLIQUE. DÉCRET IMPÉRIAL, l5 MARS 1899.
Rapport fixant les relations entre les autorités locales et
le clergé catholique, présenté au Trône par S.A. l. le Prince
et LL. EK. les Ministres du Conseil des Afl*aires Etrangères,
le 4* jour de la 2^ lune de la 20* année Kouang-Siu (10 mars
1899)-
« Que l'on se conforme à ce qui a été décidé. »
Respect à ceci !
Des églises de la religion catholique dont la propagation a été
autorisée depuis loiigtenips par le (îoiivcrneinenl Impérial, étant
construites maintenant dans toutes les provinces de la Chine,
nous sommes désireux de voir le peuple et les chrétiens >ivre en
paix et afin de rendre la protection plus facile, il a été convenu
que les Autorités locales échangeront des visites avec les Mission-
naires dans les conditions indiquées aux articles ci-dessous :
1° Dans les différents degrés de la hiérarchie ecclésiastique,
les Évéques étant en rang et en dignité les égaux des Vice-rois
et des gouverneurs, il conviendra de les autoriser à demander à
voir les Vice-Rois et Gouverneurs.
Dans le cas où un Évêque serait appelé pour affaires de son
470 Ï'KS MISSIONS CATHOLIQIES
pays, ou s'il venait à mourir, le Prêtre chargé de le remplacer
sera autorisé à demander à voir le Vice-roi et le Gouverneur.
Les Vicaires généraux et les Archiprêtres seront autorisés à
demander à voir les Trésoriers et Juges provinciaux, et les
Intendants.
Les autres Prêtres seront autorisés à demander à voir les
Préfets de i""" et de 3'" classe, les Préfets indépendants, les Sous-
préfets et les autres fonctionnaires.
Les Vice-rois, Gouverneurs, Trésoriers, et Juges provinciaux,
les Intendants, les Préfets de i'" et de 3" classe, les Préfets indé-
pendants, les iSous-préfets et les autres fonctionnaires répondront
naturellement, selon leur rang, par les mômes politesses.
2" Les Évèques dresseront une liste des Prêtres qu'ils char-
geront spécialement de traiter les affaires et d'avoir des relations
avec les Autorités, en indiquant leur nom et le lieu où se trouve
la mission. Ils adresseront cette liste au Vice-roi ou au Gouver-
neur, qui ordonnera à ses subordonnés de les recevoir confor-
mément à ce règlement.
(Les Prêtres qui demanderont à voir les Autorités locales ou
qui seront spécialement désignés pour traiter les affaires, devront
être Européens. Cependant lorsqu'un Prêtre européen ne con-
naîtra pas suffisamment la langue chinoise, il pourra momen-
tanément inviter un Prêtre chinois à l'accompagner et à lui
prêter son concours comme interprète.)
3° Il sera inutile que les Évêques qui résident en dehors des
villes, se rendent de loin à la capitale provinciale pour demander
à être reçus par le Vice-roi ou le Gouverneur, lorsqu'ils n'auront
pas d'affaires.
Quand un nouveau Vice-roi ou un Gouverneur arrivera à son
poste, ou quand un Lvêque sera changé et arrivera pour la
!''•■ fois ou bien encore à l'occasion des félicitations pour la nou-
velle année et les fêtes principales, les Lvêques seront autorisés
à écrire des lettres privées aux Vice-rois et aux Gouverneurs et
à leur envoyer leur carte. Les Vice-rois et Gouverneurs leur
répondront par la même politesse.
Les autres Prêtres qui seront déplacés ou qui arriveront pour
la première fois, pourront, selon leur dignité, demander à voir
les Trésoriers et Juges provinciaux, les Intendants, Préfets de
i*^" et de a'' classe. Préfets indépendants. Sous-préfets et les
autres fonctionnaires lorsqu'ils seront pourvus d'une lettre de
leur Évê(iue.
niÉRARCHIE CATHOLIQUE. DÏCCRET IMPÉRIAL ^7!
4" Lorsqu'une alîairc de mission, grave ou importante, sur-
viendra dans une des provinces quelle qu'elle soit, l'Évoque et
les Missionnaires du lieu devront demander l'intervention du
Ministre ou des Consuls de la Puissance à laquelle le Pape a
confié le protectorat religieux. Ces derniers régleront et termi-
neront l'alFaire. soit avec le Tsoung-li Yamen. soit avec les auto-
rités locales. Afin d'éviter de nombreuses démarches, TP^véque et
les Missionnaires pourront également s'adresser d'abord aux
Autorités locales avec qui ils négocieront TalTaire et la termi-
neront.
Lorsqu'un Évéque ou un Missionnaire viendra voir un Mandarin
pour affaire, celui-ci devra la négocier d'une façon conciliante et
rechercher une solution.
5° Les Autorités locales devront avertir en temps opportun
les habitants du lieu et les exhorter vivement à l'union avec les
chrétiens ; ils ne doivent pas nourrir de haine et causer de
trouble.
Les Kvè<|ues et les Prêtres exhorteront également les chrétiens
à s'appliquer à faire le bien aiin de maintenir la bonne renommée
de la religion catholique, et faire en sorte que le peuple soit
content et reconnaissant.
lorsqu'un procès aura lieu entre le peuple et les chrétiens,
les Autorités locales devront le juger et le régler avec équité :
les Missionnaires ne pourront pas s'y immiscer et donner leur
protection avec partialité, afin que le [)cuple et les chrétiens
vivent en paix '.
I. Pour tradiiclioii conforme: le i"" InterprMe de la Légation de
France, IL Lkdu<:. \
Leduc. Marie-Henri^ né le i3 juillet l863; rlève diplômé de
l'Ecole des langues orionlalcs vivantes; élève-interprète à Pé-King, 3o
juillet 188'); gérant du vice-consulat de Fou-tchcou, 2^ juillet- 19 ocl.
1888; InterprMe de S'' classe, 10 août 1888; inlcrprMe • chancelier k
Mong-Tscu, 0 nov. 1888; gérant du consulat, ai avril i8(jo-i«'' nov.
1891; officier d'Académie, ui juillet 1891 ; interprète de a'' classe. 3i
janvier 189:1; u« interprèle à Pé-King, 29 mars 1899; i'''* interprète
à Pé-King. i'*'" oct. i892-:i3 avril 189'!; interprète de i'*'* classe, i''"* mars
1896; délégué auprès de la Mission lyonnaise d'exploration en Chine,
nov. i89t)-fév. 1897; i'"* interprète à Pé-King, 10 fcv. 1899; consul de
a*^ classe, 8 juillet 1900; gérant du consulat de Ïien-Tsin, 5 avril 1901.
/|y2 LES MISSIOXS CATHOLIQUES
Le moment est venu d'examiner Fétat des missions catho
Hques en Chine; comme elles ont été le pivot de notr
politique dans rExtrôme-Orient jusqu'à notre conquête di
Tong-King qui nous a créé des intérêts d'un autre ordre, i
est nécessaire d'en bien connaître l'organisation.
TABLEAU DES MISSIONS CATHOLIQUES EN CHINE
Le Pape approuva le 27 avril 1879 une résolution de I
S. Congrégation de la Propagande, partageant en cin
régions toutes les missions de la Chine.
Première Région.
1° Vicariat apostoHquc du Tché-Useptent,, Congrégation de 1
Mission (Lazaristes) ; vicaire apostolique, M^*" Alphonse Pierr
Favicr, évéque de Pcntacomia ; coadjutcur. M**" Jarlin, à Pc
Ring; 4oooo Chrétiens, 24 missionnaires européens. 4o mis
sionnaires indigènes ;
2*» Vie. ap. du Tché-li orient., Cong. de la Mission: vie. a|
M*^' Gcurls. à Yong-ping fou; 3 000 Chrétiens, 3 miss. eur.
2 indigènes ;
3" Vie. ap. du Tché-li S.-E., Compagnie de Jésus; vie. ap
M*^'' Henri Maquel. à Tchang-Kia-tchonang ; 5oooo Chrétien!
/|2 miss, eur., 16 ind.;
4° Vie. ap. du Tché'li S.-O., Cong. de la Mission; vie. ap.. M*
Jules Bruguière, évoque de Cina, à Tch en g- tin g- fou ; 32 270 Chri
tiens; i3 miss, eur., 19 ind.;
5° Vie. ap. du Ho-nan seplent.. Missions étrangères de Milan
vie. ap. M**"* Etienne Scarella. év. de Carpasia, à Wei-houei-fou
3 000 Chrétiens; 9 miss, eur., 3 ind.;
6° Vie. ap. de la Mandchourie mèridion. (Liao-toung), Missior
étrangères de Paris ; vie. ap. M'^'' Choulet, à Moukden. 1760
Chrétiens; 23 miss, eur., 8 ind.;
7" Vie. ap. de ]a Mandchourie septeni.; Missions étrangères d
Paris; vie. ap. M ^'' Pierre-Marie Lalouyer. év. de Raphaneae.
Kirin ; 8983 Chrétiens; 10 miss, eur., 3 ind.
1
TABLEAU DKS MISSIONS CVTIIOLIQLES EN CHINE ^73
8** Vie. ap. de la Mongolie Orient.; Congrégation du Cœur de
M a rie- Immaculée, Scheul (Belgique); vie. ap. M'^'' Conrad Abcls,
év. de Lagania, à Song-hiu-Usouei-lseu ; 9060 Chrétiens ; 37 miss,
cur., 7 ind.
9° Vie. ap. de la }fongoUe centrale; Cong. du Cœur de Marie
Immaeulée, Seheut; vie. ap. M*^'' Jérôme Van Aertselaer, cv. de
Zarai; à Si-wan-lseu; 17840 Chrétiens; 29 miss, cur., i4 indi-
gènes ;
lo** Vie. ap.de la Mongolie S.-O.; Cong. du Cœur de Marie
Immaculée, Seheut ; vie. ap. M^^"* Bcrmyn, à San-tao-ho; 568a
Chrétiens; 37 miss, cur., 1 ind.
Deuxième Région.
11° I. Mission d7/t ou Kouldja; Cong. du Cœur de Marie
Immaeulée. Seheut; supérieur, R. P. Jean-Baptiste Steeneman,
à Sin-Riang; 1 1 3 Chrétiens ; 3miss. cur.;
13° 3. Vie. ap. du Kan sou; Cong. du Cœur de Marie Imma-
culée, Seheut; vie. ap. M**'' Hubert Otto, év. de Assuras, à
Liang-lcheou fou; 3oio Chrétiens; 17 miss. cur.
i3** 3. Vie. ap. de Chen-si septent.; Frères Mineurs; vie. ap.
M*^'"Amalo Pagnueei.év. d'Agathonique, eoadjuteur, M'^'' Col tell i,
à Kao-lin-hien ; 30/400 Chrétiens; 16 miss, cur., 33 ind.;
14** 4. Vie. ap. du Chen-si méridional; Séminaire de Saint-
Pierre et de Saint-Paul (Uome); vie. ap. M*^' Pie-Joseph Passe-
rini, év. d'Achantus, à Rou lou pa ; 10 300 Chrétiens; i5 miss,
eur., 4 ind.;
lo"' 5. Vie. ap. du Chansi septent. ; Frères Mineurs ; vie. ap. "{■
M**" Grégoire Grassi, év. d'Orthosia ; coadjutcur, -J- M*''" François
Fogolla, év. de Bagis; i3 i5o (Chrétiens; 9 miss, cur., i5 ind.;
ifi** 6. Vie. a p. du Clian-si mériil.; Frères Mineurs, vie. ap.
M^*^ Jean Hofman, év. de Tclmissus, à Ma-hiang ; 9680 Chré-
tiens; 3 1 mis. cur., 3 ind.;
17" 7. Vie. ap. du Chan-toung septent.; Frères Mineurs; vie.
ap. y \{^^ Pierre-Paul De Marchi, év. de Sura ; à Tsi-nan-fou.
18 300 Cihrétiens ; i3 miss, eur., i5 ind.;
18" 8. Vie. ap. du Chan-toung oriental; Frères Mineurs; vie.
ap. M ^''' César Schang, év. de Vaga ; à Tehe-l'ou ; 11980 Chré-
tiens; 13 miss, eur., 3 ind.;
\{f 9. Vie. ap. du Chan-toung méridional; Missions étran-
i
47^ LES MISSIONS CATHOLIQUES
gères de Slcyl (Hollande) ; vie. ap. M»^ Jean-Baplisle Anzer, év.
de ïélepte; à Yen-lcheou-fou, 1 6 190 Chrétiens; 3i miss, eur.,
II ind.;
Troisième Région.
ao** I . Vie. ap. du Tche-Kiang : Congrégation de la Mission ;
vie. ap. M^*" Paul-Marie Roynaud, év. de Fussolan: à Ning-po;
io5oo Chrétiens; i3 miss. eur.. i3 ind.;
31^ 2. Vie. ap. du Ilo-nan méridional; Séminaire de^ Missions
étrangères de Milan ; vie- ap. M*^*" Siméon Volonteri, év. de Pa-
laepolis, à Nan-yang-fou ; io5oo Chrétiens; i4 miss, eur.,
8 ind.;
33** 3. Vie. ap. du Ilou-nan septeni.; Augustiniens; vie. ap.
M^*" Louis Perez y Perez, év. de Corycus, à Se-men-hien ; 3i5
Chrétiens; 6 miss, eur., 3 ind.;
33" 4. Vie. ap. du llou-nan mérid.i Frères Mineurs; vie. ap.
Y M'^''" Antonin Fantosati, év. d'Adraha ; h Heng tcheou-fou ;
5 736 Chrétiens ; 8 miss, eur., 7 ind.;
34" 5. Vie. ap. du If ou'pé oriental; Frères Mineurs; vie. ap.
M'-''* p]piphanio Carlassare, év. de Madaura; à Wou-teirang-fou ;
18016 Chrétiens ; i4 miss, eur., 33 ind.;
30° (). Vie. ap. du Hou Pé Occidental. Septent. A". 0.; Frères
Mineurs; vie. ap. M*^' Ézéchias Banci, év. d'Halicarnasse; à Kia-
yuen-Kou ; 11 668 Chrétiens; 10 miss. eur.. 11 ind.
36" 7. Vie. ap. du IfoU'pé Occidental Méridional S. (K; Frères
Mineurs ; vie. ap. M*^*" Verhaeghen ; l-tch*ang ; 5 390 Chrétiens ;
i3 miss, eur., 9 ind.
370 8. Vie. ap. du Kiang-nan; Compagnie de Jésus; vie. ap.
M**** Paris; h Chang-Ilaï ; 134 i4o (Chrétiens; 1 15 miss, eur.,
45 ind.
•«8" 9. Vie. ap. du Kiang-si septent. ; Congrégation de la
Mission; vie. ap. M^'^ Gérai d Bray, év. de Legio ; coadjuteur.
Nh*" Louis Ferrant, év. de Barhalissus ; à Kieou-Kiang; 6070
j (^lirétiens ; 9 miss, eur., 3 ind.
39° 10. Vie. ap. du Kiang-si Méridional ; Congrégation de la
Mission ; >ic. ap. M*'"' \ugustin Coqset, év. de Cardica, à Ki-
ngan-fou ; 5 5oo (Chrétiens ; 1 1 miss, eur., 6 ind.
3o" II. Vie. ap. (hi Kiang-si Oriental; Cong. de la Mission;
vie. ap. M*^*" Casimir \ ic. év. de Metellopolis ; à Fou-tcheou-fou ;
10860 Chrétiens; 10 miss, eur., 10 ind.
tt I
ri
TABLEAU DES MISSIONS CATHOLIQIES EN CHINE ^76
Quatrième Région.
Si" I. Vie. ap. du Kouei-icheou ; Sém. des Missions Étran-
gères de Paris ; vie. ap. M*^*" François-Mathurin Guieiiard, cv. de
Torone ; à Rouci-yang-fou ; 19318 Chrétiens; 38 miss, eur.,
8 ind.
3a" 2. Vie. ap. du Se'ich'ouen A'. 0.; Miss. Kir. de Paris; vie.
ap. W^'' Julien-Marie Dunand, év. de Caloc ; à Tcheng-lou-fou ;
io 000 Chrétiens ; 35 miss, eur., /Ja ind.
33'' 3. Vie. ap. du Se-ich'oaen Oriental; Miss. Élr. de Paris;
vie. ap. M^*" (]élestin-FéIix Chouvellon, év. de Dansara ; à
Tehoung-King; 3^ i33 Chrétiens; /i 3 miss, eur., 33 ind.
34" 4. Vie. ap. du Se-lcliouen Méridional ; Miss. Etr. de
Paris; vie. ap. M^*" Marc Chatagnon, évcVpie de Chersoncse, à
Sou i (bu ; 19000 Chrétiens ; 35 miss, eur., 10 ind.
35" 5. Vie. ap. du ïibet; Miss. Étr. de l^aris; vie. ap. -j-
M*^^ Félix Biet, év. de Diana ; eoadjuteur, M«' Pierre-Philippe
Giraudeau, év. de Tvnias ; à Ta-tsien-lou ; i 565 Chrétiens ;
18 miss, eur., i ind.
36" 6. Vie. ap. du Yun-nan: Miss. Étr. de Paris; vie. ap.
M'*'' Jean-Joseph Fenouil, év. deTencdos ; eoadjuteur, M*^ Joseph-
Claude Exeolïier, év. de Metropolis ; à Yun-nan-fou ; 10 3^0
Chrétiens; 39 miss, eur., 8 ind.
Cinqn ième Région .
37" I . Vie. ap. de Emoni-Formose ; Dominicains ; vie. ap.
M^"^ Clémente ; Emoui ; 4780 Chrétiens; 23 miss, eur., 3 ind.
38" 3. Vie. ap. à\\Fon-Kien\ Dominicains; vie. ap. M*^'** Sau-
veur Masot, év. d'Avara ; à Fou teheou ; 4i 320 Chrétiens;
36 miss, eur., 30 ind.
39" 3. Vie. ap. de Ïlong-Kong ; Miss. Étr. de Milan ; vie. ap.
M*^''' Louis Piazzoli, év. de Clazomène; à Hong-Kong; 9000
Chrétiens; i3 miss, eur., 7 ind.
4o" 4. Préfecture apostolique du Kouang-si; Miss. Étr. de
Paris ;M^'' La vest ; à Nan-ning-fou ; i 53o Chrétiens; 17 miss,
eur.
4i° 5. Préf. apost. du Kouang-toung ; Miss. Étr. de Paris;
préf. ap. M*^"* Mérel, à Canton ; 4a 5oo Chrétiens; 58 miss, eur.,
13 ind.
47^ l-ES MISSIONS CATHOLIQUES
En tout 720866 chrétiens répartis par régions: i*"*",
186 833; 2®, 102822; 3", 207185; /|*, 124796; 5*^,
99 i3o ; auxquels on peut ajouter les 21 000 chrétiens du
diocèse de Macao. En tout 4 6 cvéques, plus M*** de Car-
valho, évoque de Macao, et 902 nnissionnaires, plus 4o de
Macao; répartis par régions: i", 207; 2*, 137; 3% 228 ;
4*, 198; b^, 187; et par congrégations: Lazaristes, 83;
Jésuites, 157; Séminaire de Milan, 36; Missions étrangè-
res de Paris, 3o6 ; Missions belges, io3 ; Frères mineurs,
1 16 ; Séminaire de Saint-Pierre et Saint-Paul, i5 ; Congré-
gation de Steyl, 3i ; Augustinicns, 6 ; Dominicains, 49-
Voici les maisons mères de ces congrégations : Laza-
ristes, Paris, 95 rue de Sèvres ; Jésuites du Tché-li, pro-
vince de Champagne, Ueims, 6, rue des Chapelains; Jésuites
du Kiang-\an, province de France, 35, rue de Sèvres;
Missions Etrangères de Milan, Via San Calocero; Missions
Étrangères de Paris, 1 28, rue du Bac ; Missions Belges,
Scheutveld (lez Bruxelles) ; Frères mineurs, Bome, Collegio
Francescano prcsso il I^alerano ; Séminaire de Saint-Pierre
et de Saint-Paul, fondé en 187^4, Place Mastaï, au Transté-
vère, par Pie I\, procure à Borne, 74, Via S. Nicola di
Tolentino ; Congrégation de Steyl (Steyl, Hollande), pro-
cure à Bome, ^j, Via Tormillina ; Vugustiniens, province
des lies Philippines, procure à Borne, 20, Via Sistina ;
Dominicains espagnols, procure générale à Bome, 10, Via
di S. Sebastianello.
ZI-KA-VVEI
Les Jésuites possèdent au village do Siu ' Kia woi, Zi-Ka-
woi, dans lo dialecte local, à 8 kilomètres au S.-O. de
Chang-Flaï, un grand établissement qui sert de résidence
I. D*après le célèbre ministre Siu Kouang-ki, ami de Matteo Ricci.
ZI-KA-WEI ^77
centrale pour toute la Mission et comprend: i** le scolas-
ticat de la Compagnie; 2® le grand séminaire; 3* un
collège (études chinoises pour tous, françaises pour 67
et latines pour quelques-uns), i5i élèves; 3® un observa-
toire magnétique et météorologique qui est la gloire des
étrangers dans l'Extrême-Orient, où nous trouvons les PP.
bien connus des spécialistes, Marc Dechevrens, Stan. Cheva-
lier, Froc; un observatoire dans les collines de Zo-sè; un
musée d'histoire naturelle, fondé et dirigé par le P. Pierre
Ileude, mort cette année ; à Zi-Ka-wei on publie deux fois
par semaine un journal chinois, Ifouei Pao, qui a 2 000
abonnés, et tous les mois un Messager du Sacré-Cœur en
chinois, Cheng Sin Pao, qui a 3 021 abonnés.
A l'établissement de Zi-Ka-wei est joint l'orphelinat de
Tou-sè-wé à un demi-kilomètre, destiné à former de pau-
vres enfants en bons ouvriers capables de gagner leur
vie. Voici quel était le personnel de cet établissement au
28 avril 1901 * :
École : 3 maîtres, 62 écoliers ; Imprimerie, l\3 ouvriers,
17 apprentis; l'imprimerie publie des livres chinois de religion
et des livres européens de science et de sinologie ; c'est d'elle que
sont sortis le grand Cursus lilteralurœ sinicœ, du P. A. Zottoli,
la collection des Variétés sinolog'ujues, etc. ; beaucoup de livres
sont donnés ; on en vend et le catalogue des prix est donné à
quiconque le désire. A IIong-Kong, les Missions Etrangères de
Paris, et à l¥-King, les Lazaristes, ont des établissements simi-
laires qui rendent de grands services. Les graveurs et les dessi-
nateurs dépendent de rhiiprinierie ; sculpteurs, i3 ouvriers et
II apprentis; \ernissage, i5 ouvriers et i4 apprentis; scieurs,
3 ouvriers et a apprentis; tourneurs, 3 ouvriers et i apprenti;
plomberie, 3 ouvriers et 3 apprentis ; peinture, 20 ouvriers et
i5 apprentis; celle peinture religieuse se vend aux Chrétiens et
aux MissioiHiaires ; elle a aussi son catalogue imprimé ; menui-
serie, 35 ouvriers et 59 apprentis ; la menuiserie (et ses dépen-
I . Renseigneiuenls particuliers.
4^8 LES MISSIONS CATHOLIQUES
dances : sculpture, vernissage, scieurs, tourneurs) : faille mobilier
(autels, chandeliers, etc.. etc.) des églises, et vend très rarement
aux étrangers ; maçonnerie, i ouvrier, 5 apprentis ; les plom-
biers et les maçons travaillent pour les établissements des mis-
sionnaires ; cordonnerie, 7 ouvriers : elle vend ses souliers h j>eu
près exclusivement aux missionnaires ; tailleurs, 2 ouvriers,
10 apprentis; ils ne travaillent que pour la maison; gravure,
'^ ouvriers. 4 apprentis ; dessin, 2 ouvriers. 1 1 apprentis ; domes-
tiques, l\i. Total du personnel, 407.
Ajoutons qu'il n'y a jamais eu de magasins d'étoffes ou autres
objets ; les ouvriers sont sans doute satisfaits de leur paie, car ils
sont libres de quitter l'établissement et de s'établir pour leur
compte ailleurs, à Chang-llaï par exemple, et ils ne le font pas.
QIESTION DES RITES
,
ti!.
Il faut bien reconnaître (|ue le rbiffrc de 720 86G Chré-
tiens pour toute la Chine est médiocre ; il fut plus élevé au
xMi" siècle; si l'on recherche les causes de cet insucws des
missionnain^s catholiques dans TMinpire du Milieu, on trou
vera (|ue la (Jueslion des liilcs a été la pierre d'achoppenioiil
sur la(|uelle est verme se heurter TKglise romaine, grAce an\
intrigues cpii se sont nouées autour des Souverains Pontifes
ignorants des choses de (ihine et ne les entrevoyant que juir
les veux de ctmseillers souvent de mauvaise foi.
I.e P. Matteo Ilicci, fondateur de la Mission de Pé-king,
avec Ihahileté essentiellement pratique de la Compagnie de
Jésus à laquelle il appartenait, iivail immédiatement C(mipris
que, dans un [)ays où la religion ofticielle n'est qu'un code
moral, hase même du gouvernement et de la société, il fallait
sa>oir concilier les exigences du christianisme avec le culte
rendu à Confucius et aux ancêtres. Aussi vovons nous ses
successeurs, qui ne parUigeaient pas tons en théorie sa
manière de voir, témoin le père Nicolas I^ongobardi, suivre
néanmoins sa tradition, arriver à gagner la bonne grAce des
empereurs cl, comme les pères \dani Schall von Bell et
QUESTION DES RITES 4 79
Ferdinaïul Verbiest, à occuper les hautes fondions de Pré-
sident du Tribunal des Mathématiques. Pendant longtemps
la France fait maifj^re figure dans les missions de Pé-King;
nous y voyons force Italiens et Portugais, des Suisses, beau-
coup de Belges ; un Français cependant, le P. Jacques Le
Favrc, occupe de i654 à 1057 le poste très considérable de
Vice-Provincial. Si la France ne jouait qu'un rôle secon-
daire a cette époque dans Thistoire des missions, le mouve-
ment inauguré par les jésuites ne tardait pas à être suivi par
les autres congrégations.
En i63i, deux dominicains, Angelo Coqui et Thomas
Serra, arrivèrent dans la province du Fou-Kien ; deux ans
plus lard, ils furent suivis par deux Espagnols : l'un domi-
nicain, Jean-Baptiste de Moralez ; Tautre franciscain, Antoine
de Sainte-Marie. Une propagande trop active et sans doute
un grand manque de tact amenèrent l'expulsion des domi-
nicains et des franciscains en 1G37. On sait la jalousie, pour
ne pas dire la haine, qui existe entre les différents ordres
religieux ; les succès des jésuites n'étaient pas faits pour
satisfaire leurs concurrents, qui, avec l'étroitesse d'esprit
caractéristique du clergé espagnol, les accusèrent immédiate-
ment d'idolAtrie, prétendant que la tolérance avec laquelle
ils regardaient le culte rendu à Confucius et aux ancêtres
était en désaccord avec les doctrines chrétiennes ; Moralez,
s\)ccupanl de choses qui certainement ne le regardaient pas,
adressa (i()3()) à ce sujet au Père Emmanuel Diaz (senior),
Visiteur des jésuites, un mémoire en douze articles auquel ce
dernier, avec juste raison, ne se donna pas hi peine de répondre.
Moralez, furieux, partit pour Rome, où il arriva en i643, et
après des pourparlers, il obtint, le 12 septembre i6/j5, un
décret d'Innocent \ condamnant les jésuites.
Moralez, triomphant, s'empresse de retourner en Chine et
notifie ce décret à ses adversaires ( i G.^p); ceux-ci naturellement
ne se tiennent pas pour battus : ce qu'un pape a fait, un autre
!'•;
; .1
■ I
480 LFS MISSIONS CATHOLIQUES
le pont défaire. Ils font choix pour les représenter à la cour
de Rome d'un Italien du Trcntin, d'un esprit extrômement
délié, Martin Martini, qui, après un voyage dilTicile, la tem-
pête Tayanl poussé jusque sur les côtes de Norvège, dut
traverser la Hollande et l'Allemagne pour arriver en It^ilie.
Martini réussit d'ailleurs pleinement dans sa mission, car il
■"i obtint, le 23 mars i656, un décret contradictoire dWlexan-
V^ dre VII. Nouveau mémoire de Morale/ à la Sacrée Congre-
gation (1661); nouveau décret, obtenu par le P. Jean de
Palanco contre les jésuites par Clément IX, 20 novem-
Uf^ bre 1669.
Quelques années auparavant, en iC65, une persécution
générale avait éclaté cxjntre les missionnaires, qui avaient ét<^
',ij obligés de se réfugier dans la province de Canton chez les
.{1 jésuites; malgré la mort de Moralez (i()64), la lutte conti-
; :;! nua et les écrits (1676) de son successeur Navarrete, préfet
fV de l'ordre de Saint-Dominique en Cliine, n'entament
' 'f- cependant pas la position des jésuites, qui sont fortifiés le
18 août 168G par le Traité d'un dominicain. Chinois de
jf ' naissance, par conséquent très au courant de la question, le
y- p. Grégoire Lopez, évéquc de Hasilée, qui adresse son mé-
*»;. moire en faveur des jésuites à la Sacrée Congrégation.
|: Tel était l'état des missions en Chine lorsque Louis XIV
'f prit la décision, à l'instigation du père de la Chaise, dési-
l\ reu\ de contre balancer Tinnuenco du nouveau séminaire
{■i des missions étrangères, d'envoyer six jésuites français k
'^ Pé-King.
En 1G60, un carme du couvent de la rue de Vaugirard, h
Paris, Jean Duval, de (]lamecy, en religion Doni liernard
de Sainte Thérèse, nommé évèque à la suite de la création
du siège de « Babylone ou Bagdad » par la bulle SujMrr
Unirersfis LVlvhix'xn VIII (/j juin iG3S), avait fondé dans les
terrains lui a[)partenant rue du Bac un séminaire — où il
mourut le 1 1 juillet 16O9 — destiné à former les jeunes prê-
QUESTION DES RITES 48 ï
1res qui devaient aller prêcher la parole du Christ dans les
pays lointains. Presque à la même époque, sous la vive
impulsion de Louis XIV et de son ministre Colbert, la
Compagnie des Indes orientales était constituée en i664 et,
ainsi qu^il est dit dans les documents préparatoires au décret
royal arrêtant les bases de cette société, les intérêts religieux
devront marcher parallèlement aux intérêts commerciaux,
et les uns et les autres seront l'objet de la sollicitude du gou-
vernement.
On fit donc choix de trois prêtres pour aller fonder en
Chine, en Cochinchine, au Tong-King et à Siam des mis-
sions françaises : ce furent François Fallu, chanoine de
Saint-Martin de Tours, évêque d'Héliopolis; de la Motte-
Lambert, ancien conseiller à la cour des aides en Normandie,
puis directeur du Grand-Hôpital à Rouen, évêque de Beryte,
et Ignace Cotolendy, curé à Aix en Provence, évêque de
Metellopolis ; ce dernier, qui était vicaire apostolique de la
Chine occidentale, n'arriva pas au champ de ses travaux, car
il mourut le i6 août 1662, près de Masulipatam.
Les lettres écrites des missions et les relations de cette
époque nous racontent d'année en année les voyages des
évêques français, et nous laissent déjà entrevoir la concur-
rence et même l'opposition qu'ils éprouvent de la part des
autres ordres rehgieux déjà établis dans les pays qu'ils visi-
tent ; la lutte, d'ailleurs, allait devenir extrêmement vive :
en ï685, Louis XIV, comme nous l'avons dit, fit choix de
six jésuites français distingués par leur science, et particuliè-
ment par leur connaissance des mathématiques, qui devaient
partir avec l'ambassade envoyée à Siam, sous la conduite
du Chevalier de Chaumont, et de là continuer leur route en
Chine.
Ces six missionnaires, qui furent nommés avant leur départ
correspondants de TAcadémie des sciences, étaient les pères
Joachim Bouvet, Louis Le Comte, Jean de Fontaney, Jean-
CORDIER. III. — 3i
I
^82 LES MISSIONS CATHOLIQUES
François Gerbillon, Claude de Visdelou et Guy Tachai
ce dernier resta à Siam et prit une part extrêmement act
dans les négocialions avec le célèbre ministre Constai
Phaulkon ; les cinq autres missionnaires arrivèrent à Pé-Ki
en 1687 et furent donc les fondateurs de cette célèbre m
sion française dont le premier supérieur fut le P. de Fon
ney et le dernier le P. François Bourgeois.
Hj Les jésuites français et les prêtres des Missions étrange
allaient bientôt se jeter avec ardeur dans les controver
commencées par Moralez, relatives au culte rendu à Con
M cius et aux ancêtres, qui forment ce chapitre si intéressé
rJi et si important dans Thistoire ecclésiastique sous le nom
gl Question des rites. En 1682, l'ouvrage public h Paris sous
!'[ même titre que Fouvrage bien connu de M. Paul Bert :
1/ Morale pratique des Jésuites , mit le feu aux poudres;
.:î P. Le Tellicr répondit, et son ouvrage fut censuré à llorr
=■; Les Missions étrangères prennent position dans la questit
^\ de la manière la plus hostile contre les jésuit^^s, par
[■'! mandement dénonçant les rites chinois, lancé le 26 mars iG
il\ par Charles Maigrot, évêque de Conon, leur vicaire apos
|i; lique au Fou-Kien ; puis, suivant Texemple jadis donné j
*jj les dominicains, elles envoient un de leurs prêtres, Louis
\\ Quemener, à Rome, qui obtient un bref d'Innocent XII
] i5 janvier 1697. Quemener est bientôt remplacé à Uoi
^ par Nicolas Charmot. Deux ouvrages du P. Le Comte, re
tré en France et devenu le confesseur de la duchesse
jî Bourgogne : Nouveawv mémoires sur la Chine et Lettre
AP'' le duc du Maine sur les cérémonies de la Chine, amènt:
une conflagration générale ; là dessus, réunion de doctei
en Sorbonne à Paris (il faut lire cela dans Saint-Simon)
réunion à Kome de cardinaux.
Les presses de Cologne, de i\iris, de Rome, de Louvai
ie ^ enisc ne suflisent pas à imprimer les traités, pamphle
décrets, censures, arrêtés, éclaircissements, histoires, réponsi
QUESTION DKS RITES ^483
lettres, mémoires qui débordent des encriers des jésuites,
des membres des missions étrangères, des dominicains et
des prêtres du clergé séculier ; c^est par centaines qu'il faut
compter ces productions, dont le ton de quelques-unes atteint
à une violence connue seulement dans les controverses ecclé-
siastiques ; cependant les jésuites sont battus, ils sont censu-
rés par la Sorbonne, et le Saint-OfTice publie, le 20 novembre
1704, un décret prohibant les cérémonies. Ce décret est
approuvé par Clément XI, qui charge un légat a latere de
le promulguer en Chine. Les jésuites luttent néanmoins ; ils
ont en leur faveur une carte qu'ils se gardent de négliger ; à
des théologiens savants, mais peu pratiques, ils opposent
des arguments de lettrés confucianistes ; aux discours latins
ils opposent des textes chinois, et à l'opinion du pape ils
répondent par l'avis de l'empereur de la Chine, et l'empereur
de la Chine est le premier lettré de son royaume, auteur du
fameux dictionnaire K'ang-Hi Tseu-tien, dont on se sert
encore aujourd'hui dans son pays, qu'on peut comparer à
Louis XIV, tant par la durée de son règne que par l'éclat de
ses conquêtes et la protection qu'il sut accorder à la science
et à l'intelligence: le célèbre K'ang-Ili. Le légat de Clément X
était Charles-Thomas Maillard de Tournon, patriarche d'An-
tioche, homme profondément vertueux, mais profondément
inintelligent; savant théologien, sans doute, mais politique
plus que médiocre ; il fut reçu en audience particulière par
Tempereur, puis en audience solennelle le 29 juin 1705.
L'évêque de Conon, Maigrot, l'avait suivi dans la capi-
tale : il faut lire avec quelle ironie l'empereur parle à ce
dernier, qui avait vécu dans le Fou-Kien et n'avait qu'une
fort médiocre connaissance de la langue parlée à Pé-King ;
il faut lire dans les documents tant imprimés que manus-
crits avec quelle verve ses adversaires, habitués au dialecte
de la cour, le tournèrent en ridicule dans les discussions qui
eurent lieu ; le légat, qui n'avait jamais pris contact avec les
,1
I
iSi LES MISSIONS CATHOLIQUES
Asiatiques de rexlrême Orient, se distingua par son peu
subtilité et par son ardeur évangélique ; il courut gn
risque d'être traité comme le dernier des coolies, mai
eut la chance d'avoir affaire à un prince éclairé. Ce
néanmoins un désastre ; par un décret du 1 7 décembre 1 7*
K'ang-Hi bannissait l'évêque de Gonon ; quant au légat
quittait Pé-King et se réfugiait à Canton, où, jeté en |
son, il mourait le 8 juin 17 10.
La pourpre cardinalice, qui venait de lui être confé
par le pape, arrivait un peu tard pour panser les blessu
d'un amour-propre froissé et adoucir l'amertume d'une dij
matie mal habile. Ce voyage du cardinal de Tournon pcj
un coup terrible aux missions de Chine, qui ne s'en n
virent jamais ; l'empereur avait senti combien peu sûr él
le terrain de conciliation que lui avaient préparé les prôt
étrangers : désormais la doctrine chrétienne n'exista p
pour lui, le missionnaire fut expulsé, et la science seule
son représentant, soit comme mathématicien, soit com
mécanicien, soit comme astronome, eut de l'influence à
cour impériale. C'est en vain que Rome chercha à répa
les fautes commises ; cinq ans plus tard, un nouveau lé|
fut envoyé à Pé-King; ce fut encore un patriarche, ce
d'Alexandrie, il s'appelait Mezzabarba ; plus intelligent c
son prédécesseur, il aurait pu réussir, mais l'empereur él
vieux et il avait assez de discussions théologiques.
Cette fameuse question des rites fut enfin réglée d't
façon définitive le 1 1 juillet 17^2, par la bulle de Benoit X
Ex quo siiKjulari providenlia factiim est ; en pratique, il
résultait ceci : que tous les missionnaires qui allaient
Chine, à quelque congrégation qu'ils appartinssent, devais
prêter le serment de regarder comme idolâtrique tout hoi
mage rendu a Confucius et aux ancêtres, et de n'emploj
qu'un seul terme, celui de T'ien-TchoUy pour désigner Vh
suprême. Les jésuites étaient défaits ; mais le triomphe
QUESTION DES RITES ^85
leurs adversaires était sinon la ruine, du moins l'arrêt
complet des progrès du christianisme en Chine. Benoît XIV,
pontife d'une intelligence remarquable, théologien éminent,
avait peut-être raison au point de vue du dogme; mais,
comme il n'avait qu'une connaissance théorique du Céleste-
Empire, il avait commis, et l'événement l'a prouvé depuis,
il avait commis une faute qui ne saurait être réparée qu'en
annulant sa bulle, ce qui est facile pour l'un de ses succes-
seurs, témoin les décrets contradictoires d'Innocent X,
d'Alexandre VII, de Clément IX, d'Innocent XII, de Clé-
ment XI, de Clément XII et de Benoît XIV.
En réalité, le culte rendu à Confucius et aux Ancêtres n'est
pas plus idolâtrique que celui que nous rendons aux Saints et
aux Morts auxquels nous consacrons même un jour spécial de
Tannée. Au fond, je ne crois pas le Saint-Siège aussi hostile
à la suppression de la bulle de Benoît XIV, qu'il le fut jadis,
lorsque les passions étaient déchaînées. Vers la fin de 1894,
au moment de la guerre sino-japonaise, le nonce apostolique
à Vienne entretint notre ambassadeur, M. Lozé, sur la pos-
sibilité d'obtenir, de la cour de Pé-King, à la faveur des
circonstances présentes, la proclamation du principe de la
liberté de conscience et la reconnaissance du droit des chré-
tiens indigènes d'exercer toutes les fonctions publiques sans
exception. Notre ambassadeur aurait pu répondre que le
Saint-Siège avec sa bulle impolitique avait lui-même barré la
route des hauts emplois aux chrétiens indigènes, auxquels il
était interdit de rendre les honneurs officiels à Confucius, et
qui, par suite, ne pouvaient aspirer à des places où ces der-
niers sont obligatoires.
Cependant une grande modification avait lieu dans Torga-
nisation des missions ; la France s'était trouvée dans une
position assez fausse dans le règlement de la question des
rites ; le séminaire des Missions étrangères était une création
essentiellement française, quelques-uns des prélats qui lui
^80 I.KS MISSIONS CATHOLIQUES
a\ aient appartenu étaient remarquables non sculennent
■^^|( leur intelligence et leur science, je ne parle pas de Maigi
Y mais encore par leur situation sociale, par exemple Artus
-I Lyonne, évèque de Rosalie, vicaire apostolique du !
Tchouan et fds de Hugues de l^yonnc, Tilluslrc secrol«
d'Etat au déparlejnent des alTaires étrangères. Les jésu
envoyés par Louis \IV, qui a>aienl établi la mission fr
çaise, se rattacliaient également à nous |)ar des liens r
moins forts ; aussi, lorsque le règlement fut définiliveni
établi par Benoît \1V, le gouvernement du roi Louis '
ne donna peut-être pas une importance assez grande .'
conséquences d'une bulle qui de\ait arrêter pour un ton
indéterminé les progrès du cbristianisme et par conséqu
le développement de rinfluence européenne en Cbine, ni
qui n'avait pas lésé directement les intérêts fran(;ais. Le
, de Portugal, qui, à la fin du \vu* siècle et au commen
mont du .wiii*^, avait doimé son avis ou essayé d'agir dans
î
-■H
"^'^ (pieslion des rites, en >ertu du proleclorat ibéorique qi
exerçait par suite de la fameuse répartition faite par le Sai
•1
^" j Père au wi" siècle, entre l'Kspagne et le Portugal, i
i^'l terres découvertes ou à découvrir, s'était éclipsé devant
'^A soleil du roi de France. Les conseillers de lAniis \VI, <
^ avaient un sens 1res grand de la politique étrangère, n'eun
7H
Pi
garde de perdre de vue les intérêts que les ministres
i ; Louis W avaient négligé de défendre.
i fi Les j)rêtres des Missions élrangères, occupés exclusi
,^i ment de leurs travaux apostoliques, correspondaient direc
) I ment avec leurs cbefs h Paris, qu'ils n'entretenaient que
leurs j)rogrès et de leurs besoins ; tout autre était le r
' des jésuites à Pé-King. Sans oublier leurs devoirs de missic
naires, ils savaient que leurs succès ne dépendaient ]
absolument de Téloquence de leurs j)rédicateurs ou du z
de leurs ])rêtres, mais qu'a\ec un peu d'entregent et bei
coup i\v science, ils arriveraient plus vite au but dés
QLESTION DES RITES ^8"
qu'avec une foi maladroite ou un zèle intempestif. Aussi
avaient-ils soin de laisser dans les provinces les agents
d'ordre inférieur et de garder dans la capitale les sujets qui,
par leur intelligence ou par leurs aptitudes spéciales, pou-
vaient les servir utilement auprès de la cour impériale. Ils
conservaient en même temps des relations très suivies avec
Paris, et Bertin, ministre, secrétaire d'Elat sous Louis XVI,
fui cerlaincment leur principal correspondant. 11 ne faut pas
se figurer que ces rapports avec la mère-patrie n'avaient
pour objet que la poursuite platonique de la science ; il y est
constamment question de la France et de son roi. La sup-
pression de la Compagnie de Jésus porta un coup mortel à
la mission de Pé-King et aussi, il faut le reconnaître, à Tin-
fluence française dans la capitale de la Chine.
H faut parcourir la correspondance inédite du père Amiot,
pour se rendre compte de ce désastre. Lisez plutôt ce pas-
sage d'une lettre du père Amiot, écrivant de Pé-King au
ministre résidant h l\iris, et Ton verra facilement que ce
n'était pas au profit de la France que le changement s'opé-
rait, au i5 septembre 1776 :
« L'année dernière, un carme allemand, nommé le P. Jo-
sepli de Sainte-Thérèse, missionnaire de la Propagande depuis
environ une trentaine d'années et faisant actuellement sa
résidence à Pé-King, se transportai dans notre maison pour
nous intimer, par ordre de M*^"" Tévequc de Nan-King, le bref
de destruction de notre Saint-Père le Pape... »
Les derniers jésuites de Pé-King moururent au commen-
cement de ce siècle, leurs églises furent fermées et leur
bibliothèque fut dispersée, (cependant les prêtres des Mis-
sions étrangères de la rue du Bac et les Lazaristes de la rue
de Sèvres continuèrent les travaux de leur apostolat, et le
commencement du siècle fut marqué par de sanglantes héca-
tombes. Les jésuites ne rentrèrent en Chine qu'en iSfii
avec le P. Claude Gottcland. On leur rendit une portion de
■!'■ I!
I !
Il
.1 1
488 I-KS MISSIONS CATHOLIQUES
leurs anciennes missions, mais Pé-King resla aux Lazarist*
Et ceci est fort regrettable, car il serait nécessaire d'av(
dans la capitale de l'Empire des missionnaires savants. C'<
grâce à rinsuflisance scientifique du clergé lazariste que ne
avons dû, il y a quelques années, renoncer à la crcali
d'une université à Pé-King.
Jadis, différentes congrégations exploitaient en comm
les mêmes provinces ou les mêmes villes, et Ton voyait au
I bien, à Fou-Tchéou par exemple, des églises de dominicair
de jésuites ou de prêtres des Missions étrangères. La rival
des différents ordres, la concurrence qu^ils se faisaient enl
eux au détriment de rinlérét général de la propagande
changé cet état de choses et a fait diviser la Chine en vi(
riats apostoliques, administrés chacun exclusivement par u
congrégation, comme nous l'avons marqué plus haut.
On serait tenté de croire, avec une répartition si bi
faite du terrain évangélique, une division si complète 1
travail apostolique, une variété aussi grande dans le clu
des ouvriers, que les progrès du christianisme devraient él
extrêmement rapides et le nombre de ses adhérents immens
nous le constatons avec tristesse, il n'en est rien c^pendar
c<îux qui parlent des millions de chrétiens de la Chine
savent ce qu'ils disent ; dans un empire dont la populati
est évaluée quelquefois jusqu'à quatre cent millions d'hal
tants et jamais au-dessous de trois cents millions, nous avo
vu que le nombre de chrétiens ne s'élève pas à huit c^
mille (800 000). Nous avons indiqué plus haut ime c
causes de cet insuccès : la bulle impolitique de Benoît \I
en ne faisant aucune concession à la coutume chinoise
rendre des hommages au célèbre philosophe Confiicius
aux mânes des ancêtres défunts, empêche le recrulemf
parmi les lettrés, qui sont obligés, à certaines époques
Tannée, d'accomplir les rites d'usage envers leurs paren
envers leur grand moraliste et envers leur empereur. Fils <
• QUESTION DES RITES ^Sq
Ciel. Il est donc urgent d'annuler la bulle de Benoît XIV ;
c'est ce que comprendra sans peine un diplomate aussi fin
que l'est Léon XIII. Une question très importante pour la
réussite de la propagande chrétienne en Chine est le recru-
tement des jeunes missionnaires, et nous devons avouer que
le mode actuellement employé pour former le personnel des
missions est insuffisant, mauvais même. Nous parlons ici
moins des jésuites, qui font subira leurs novices et à leurs
scolastiques de longues années de stage, que pour les Mis-
sions étrangères et pour les Lazaristes, qui envoient dans
leurs vicariats des jeunes gens qui sortent directement de
leur séminaire, que souvent ils ont traversé en quittant
la charrue ; ces nouveaux apôtres n'ont donc aucune expé-
rience du monde, ils n'en connaissent pas les dangers et
souvent eux-mêmes, lorsqu'ils se trouvent libres, n'y savent
pas échapper ; et ce sont ces pasteurs inexpérimentés que
l'on envoie dans les provinces lointaines prendre la direction
de troupeaux de fidèles, quand eux-mêmes auraient parfois
besoin d'un guide sage. Le plus grand nombre, nous sommes
trop heureux de le reconnaître, échappent aux tentations ou
à un enthousiasme qui leur fait rechercher dans des mesures
inconsidérées la palme du martyre, plus difficile qu'on ne le
croit à obtenir en Chine. Les mêmes hommes ne peuvent
être envoyés indificremment chez les Noirs d'Afrique ou chez
les Chinois civilisés. Une préparation spéciale devrait être
donnée à chaque missionnaire en vue de son futur champ
d'action.
Un autre danger de l'éducation actuelle des apprentis mis-
sionnaires, c'est de leur donner en général une instruction
par trop exclusivement religieuse et de ne pas leur faire
assez comprendre que la science peut être parfois du secours
le plus grand à la prédication de la parole de l'Evangile ; en
un mot, il nous faudrait beaucoup plus de savants comme il y
en avait au siècle dernier à la cour dePé-King, qu'une foule
i
■I
■r
VjO LES MISSIONS CVTIIOLIQIES •
de jeunes curés de campagne mal dégrossis, qui font trop sou-
vent mauvaise figure h coté des lettrés gouverneurs de pro-
vinces ou de villes, avec lesquels ils se trouvent en conl<ict.
Nous savons qu'en ce moment une légère réaction se pn»-
duit dans ce sens, mais elle est tout à fait insulTisanlc et il
est très urgent qu'en dehors de leurs éludes religieuses pro-
prement dites une partie tout au moins du jeune personnel
des missions suive les cours de la Faculté de médecine, de la
Faculté des sciences et du Muséum d'histoire naturelle, et,
chose qui paraîtra curieuse, qu'ils étudient Thistoire ecclé-
siastique en ce qui concerne hnit au moins la partie qui
traite des missions, dont ils sont en général |)rofondément
ignorants. La vertu est une bonne chose, mais l'éducalioii
Test également, surtout lorsqu'elle est aidée par un peu iFin-
telligence naturelle. Ine autre raison de Tinsuccès des mis-
sions est la remarquable indifférence des Chinois en matière
religieuse ; ils admettent facilement (pie le christianisme a
du bon, beaucoup de bon même, mais Confucius leiu* suffit
'"f amplement; quant à leur besoin de superstitions, qui existe
chez eux comme chez toutes les nations du globe, même les
plus civilisées, les superstitions du taoïsme et du fouriff'
choui } répondent complètement. La persécution contre les
j chrétiens et contre les missionnaires en (ihine ne revêt pour
jr' ainsi dire jamais un caractère religieux, elle est politique ou
sociale; et là où il n'y a |)as de conflit de doctrine, ]>ar
ct)nséquent pas de discussion, il n'y a pas de |>rosélytisme.
Aussi les missionnaires ne font-ils (pie peu de recrues sé-
rieuses chez les adidles ; parmi ces derniers, ceux (pii ein-
iij| brassent le christianisme sont en général des coquins qui
I E| espèrent écha|)|)er aux l(»is de leur |)ays en se mettant sou>
la i)rot(»clion des missionnaires étrangers ; le noyau même
(\v^ chrétiens se compose de vieilles familles converties dans
les premières années des missions, mais le recrutement
sérieux ne s\.>père plus guère que par r('ducalion des enfants.
ri
I
^ . r. . /
QUESTION DKS RITES ^9 ï
SAOTE-ENFANCE
Ceci m'amène h parler de rinfanticide en Chine et de la
Sainte-Enfance.
Des esprits prévenus par des rapports inexacts ou qui
n'avaient pas compris la question, voire de mauvaise foi, ont
vivement et à tort critiqué cette institution, qui rend les plus
«^^rands services à la cause de Thunianitc et de la civilisation.
L'infanticide existe en Chine, et les décrets nombreux des
^gouverneurs de provinces afin de le réprimer en sont la meil-
leure preuve ; mais, avec juste raison, on n'accorde plus la
moindre créance à la légende des enfants exposés aux pour-
ceaux. Que, |)ar suite de circonstances exceptionnelles, pen-
dant une famine ou durant une guerre, des enfants aient été
dévorés par des pourceaux ou par les chiens qui errent
malheiu-eusement très fréquemment dans les rues, c'est
chose possible et même très vraisemblable, mais d'un fait ou
même de faits isolés on ne peut tirer de conclusion géné-
rale. Il est, au contraire, connu que peu de peuples poussent
aussi loin Tamour de leurs enfants que les Chinois, et chez
eux le respect filial est déveloi)pé à un tel point qu'il conduit
au culte rendu aux ancêtres. Il y a une coutume qui peut
a\oir donné une apparence de vérité à l'histoire des enfants
exposés aux animaux : on trouve aux environs d'un grand
nombre de villes, par exemple sur le chemin qui conduit de
la route française de Siu Kia-vveïa la porte Sud de Chang-Haï,
(les tours soit circulaires, soit octogonales, hautes d'environ
trois mètres, construites de pierres ou de briques, dans les-
(|uelles on jette les cadavres des enfants mort-nés. Il existiiit
jadis dans les cagnards de l'Hotel-Dieu, à Paris, un puits dit
de Saint-Landry, qui servait au même usage. Qu'il se gHsse
parfois au milieu de ces cadavres un pau\re petit malheureux
encore vivant, c'est probable ; mais, si Finfanticide est ré-
i
!..■■■
1 ■
1
492 LES MISSIONS CATHOLIQUE»
pancUi en Chine comme chez les nations les phis civilisées,
nous ne croyons pas être loin de la vérité en disant qu'il
n'est pas plus fréquent qu'en France. Mais ce sou que l'on
souscrit pour le rachat des petits Chinois? Il n'est pas perdu
et remplit son office. Allez chez les Lazaristes à Ting-haï,
dans les îles Chousan, qui est le chef-lieu de la Sainte-
Enfance, chez les Dames auxiliatrices des âmes du purgatoire
à Siu Kia-weï, ou hien encore chez les sœurs italiennes à Han-
K'eou, et vous y trouverez la réponse; vous y verrez une
multitude d'enfants rachitiques, estropiés, difformes; nous
avons vu une salle entière de petits aveugles — dont les pa-
rents étaient trop heureux de se déharrasser. Les familles
pauvres cèdent quelquefois aussi les enfants, généralement
les filles, que leurs minimes ressources ne leur permettent
pas d'élever. Le missionnaire suit la trace de saint Vincent
de Paul, et il sauve le corps en attendant qu'il puisse sauver
ri\me. C'est donc à l'éducation des enfants et à remplir les
devoirs de son ministère auprès des vieilles familles chré-
tiennes, et fort peu à la tâche stérile de prêcher à des indiflfé-
renls, que se passe la vie du prêtre en Chine.
PROTECTORAT DE LA FRANCE
►'
Kl
J'ai parlé assez sou>ent, au cours de cet ouvrage, du pro-
tectorat des Missions. L'exemple de TAllemagne à Kiao-
tcheou est là [K)ur répondre à ceux qui le prétendent inutile
et môme nuisible; si en protégeant les missions, l'Empereur
allemand a moins en vue la religion, que des intérêts autre-
ment vulgaires, il y a longtemps que la France, fille aînée
de l'Eglise, voit dans la charge glorieuse qu'elle assume à
l'égard des successeurs des Apôtres, moins un honneur qui
lui est échu par un héritage séculaire, qu'un élément fécond
d'une |)olitique de résultats pratiques. Le gouvernement
français ne poursuit pas un but de propagande religieuse ; il
<■!
QCESTION DES RITES ^93
se propose d'utiliser à son profil les relations créées et les
progrès accomplis par les missionnaires. La possession de
pays nouveaux peut dépendre à un moment donné de la
nationalité des missionnaires qui les explorent. C'est parce
qu'elles s'aperçoivent des avantages de ce moyen d'action
que les puissances étrangères disputent à la France le protec-
torat dont celle-ci était fière à juste titre. La Rassegna du
20 nov. i885 disait que les missionnaires devaient être
exempts du service militaire, car les missions d'Orient étaient
obligées de se recruter dans les établissements d'Allemagne
et d'Autriche et, dans vingt ans, les missions ne seraient plus
italiennes. Tous nos ministres des Affaires étrangères ont
suivi la même politique. M. Flourens télégraphiait le
i4 mars 1887 à M. Constans :
« Les ministres d'autres nations ont essayé de délivrer des
passeports à leurs nationaux ; ces passeports n'ont donné
aucune garantie à ceux qui les portaient et qui ont été obligés
de recourir finalement à nous. Ce monopole d'un genre
particulier est un élément de notre influence en Chine, et
un moyen d'informations précieux. Je n'ai pas l'intention de
le sacrifier. »
Les Chinois envisageaient notre protectorat sur les mis-
sions avec moins de défiance avant notre occupation de l'An-
nam, et si, en i885, la cause accidentelle de la mise en ques-
tion de notre privilège fut la lettre écrite par le Saint-Père
à FEmpereur de Chine, cei>endant la cause réelle était le désir
de la Chine de se débarrasser de l'influence française en exci-
tant la jalousie des autres puissances.
Le coup le plus sérieux, qui ait été porté à notre protectorat
des missions depuis les revendications de l'Allemagne, 1890-
1891, a été la loi sur les associations. Il ne faut pas oublier
en effet que, parmi les missionuaires essentiellement fran-
çais que nous avons en Chine, à côté des Missions étrangères
de Paris et des Lazaristes, congrégations autorisées, se trou-
1
.'194 l'ES MISSIONS C\T1Ï()I.IQI ES
vftiîl au nombre de lôy, les Jésuites non aulorisés dos pro-
vinces de France et de (ihani pagne : personne ne niera que
la mission de Chang-llaï est le plus beau joyau des catho-
liques en (Uiine : elle appartient à ces jésuites. I^e jour où le
recrutement leur sera fermé en France, ils seront forcés de
S'adresser h leur Ciénéral : si celui-ci remet les intérêts des
missions de sa Compagnie à une province se trou\ant dans
un pays revendiquant le droit de protéger ses nationaux, ce
jour-là, notre protectorat aura cessé de s'exercer dans la
plus belle partie de THinpire (Ihinois. Si les jésuites doivent
beaucoup à nos légations et à nos consuls, ils ne doivent pas
l à la France leur établissement de Zi-Ka-weï qui leur appar-
J tenait dés la première moilié du wii'' siècle, avant que le
, j roi Louis \IV if ait étendu sa protection sur les missions
*' catholiques. II y a là, pour notre influence dans rKxtrème
Orient, un danger futur et réel, que je me permets de signa-
i [1 1er à ceux qui n'ont pas calculé les résidtats à l'élranger de
la loi sur les associations.
7| On a cru qu'un moyen facile d'enlever ce protectorat des
^^■ïj missions à la France serait de faire d<>iuander par les mis-
Ij'i: sionnaires des passeports à leurs consuls respectifs, au lieu
3^|; de s'adresser directement aux agents français: c'était une
idé^ émise par le correspondant parisien du Times, qui nous
lirait n'avoir que des idées fort vagues sur Tétat des mis-
j' sions en Chine: les Missions ctran^féres de l^aris et les Laza-
■ "j: . . .
ristes, ordres essentiellement français, ont à eux seuls la
moilié des chrétiens de la Chine entière ; ce ne sont pas eux,
n'est ce pas, qui auraient recours à des agents étrangers pour
obtenir leurs passeports? Les jésuites, dont tous les chefs en
Chine sont Français et don! le recrutement se fait en majeure
|)arlie chez nous, qui ont le procureur de leurs missions à
l*aris, dirigent un autre quart des chrétiens ; le dernier (piart
revient aux Missions étrangères de Milan et de Belgique, peu
nombreuses d'ailleurs, aux domiiiicains espagnols, ^exclusi-
^.4
n
(
QUESTION DES RITES ^9^)
vcmcnt cantonnés dans le Fou-kien, et aux franciscains ita-
liens, qui sont ceux qui adressent le plus de réclamations à
notre légation à PéKing. Ainsi donc, un quart au plus de la
population chrétienne en Chine pourrait s'adresser à des
puissances étrangères à la France pour une protection qui,
lorsqu'elle a été réclamée, ne leur a jamais fait défaut ; il
est d'ailleurs peu probable que, malgré leur dévouement au
Saint-Siège, les étrangers préR»rent à la protection effec-
tive d'une puissance temporelle les réclamations platoniques
d'un légat du pape. Il y aurait, pour changer les passeports,
h lutter aussi contre une coutume depuis longtemps établie
dans les ])rovinces de Cihine, et Von sait combien il est diffi-
cile de changer les usages de ce pays : les passeports français
seuls sont connus, et nous pouvons parler d'autant plus
savamment de leur utilité qu'im essai malheureux pour les
changer a été fait il y a quelques années par des augustins
qui voulaient s'établir dans le Ilou-Nan. Ils s'étaient pourvus
de passeports italiens ou espagnols, que les autorités de la
province déclarèrent ne pas connaître, et ils furent obligés
de revenir à Han-K'eou demander au consulat de France les
papiers dont ils avaient cm pou>oir se passer si facilement*.
I. Voir 11, p. 139.
f, :
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3;'
M
il
CHAPITRE XXVI
PRODROMES. - LA RÉVOLUTION
11
I
i
m?
COMPLICITE DE LA COUR
On ne saurait douter de la connivence de la Cour avec les
Boxeurs, en lisant ces lignes du correspondant indigène de
Pé-King du North-China Herald, insc^rées dans le numéro du
i6 mai 1900 de ce journal :
« Laissant de côté ce sujet quelque peu déplaisant, j'en viens
à un autre qui devrait ôtre sérieusement pris en considération
par les lecteurs étrangers de votre journal, car c'est une question
qui les concerne tous et peut arriver à chaque instant. C'est une
inimitié avouée des conservateurs contre tous les étrangers,
excepté, peut-être, les Russes. J'écris en toute sincérité et sérieu-
scMnent pour vous informer qu'il y a un grand plan secret, ayant
pour but d'écraser tous les étrangers en Chine et leur arracher
de force tous les territoires qui leur ont été loués à bail. Les
chefs principaux de ce mouvement sont l'impératrice-douairière,
le prince K'ing, le prince Touan (le père de l'héritier présomp-
tif). Rang Yi, Tchao Chou-k'iao et Li Ping-hèng. Les forces qui
seront employées pour arriver à cette lin sont toutes mandchoues,
par exemple : la Force de la Plaine de Pé-King (5o 000 hom-
mes) sous le prince K'ing ; le corps Hou-Gheng ou les « Tigres
glorifiés » (10000 hommes) sous le prince Touan : et les divers
corps des Bannières des gardes impériales (13 000 hommes) sous
Kang-Yi et autres. Ces 7a 000 hommes doivent former le nœud
de r « Armée des Vengeurs », tandis que les Boxeurs sont
comptés conmie auxiliaires dans cettc^ grande lutte qui est plus
imminente que les étrangers à Pé-King ou ailleurs ne peuvent se
l'imaginer. Tous les Chinois des classes élevées savent cela, et
COMPLICITÉ DE LA COUR ' ^97
ceux qui comptent des ctran||^rs parmi leurs amis les ont préve-
nus, mais, à ma connaissance, on s'est moqué d'eux plutôt
que de les remercier de leur anxiété au sujet de leurs amis
d'Occident. »
Ce mémo correspondant ajoute :
« Je donnerai maintenant seulement deux exemples pour
montrer la grande faveur dont jouissent les Boxeurs aux yeux
des pouvoirs qui sont à i'é-King. En premier un censeur nommé
\Vang, natif du Tclié-Li, fut reçu dernièrement en audience
par l'impéralrice-douairière; arrivée au sujet des Boxeurs, celle-ci
dit au censeur : « Vous êtes originaire de cette province et
« devez ainsi savoir. Que pensez-vous des Boxeurs du Tché-Li ?
« Croyez-vous réellement que, lorsc|ue le moment d'action sera
« arrivé, ils se joindront réellement aux troupes pour combattre
« les diables étrangers? » — Je suis certain de cela, Votre Ma-
jesté. De plus, les principes appris aux membres de cette
société sont « proléger jusqu'à la mort la Dynastie céleste (Tien
Tcliao) et mort aux Diables (^Kouei-heu). » Pour la part de
votre serviteur, je crois si profondément à la destinée de cette
société d'écraser les « diables » que jeunes et vieux de la famille
de voire serviteur pratiquent maintenant les incantations des
Boxeurs, chacun de nous s'étant joint à celle société pour « pro-
téger la dynastie céleste et jeter « les diables » à la mer. Si j'avais
le pouvoir qu'on m'a donné, je conduirais volontiers les Boxeurs
dans l'avant-garde de l'armée vengeresse quand le temps serait
Aenu et avant ce temps, je ferais tout ce que je pourrais pour
les aider à s'organiser et à s'armer. »
<c L'inq>ératrice-douairiere approuva de la tète et, après avoir
ruminé dans son esprit, s'écria : a Oui ! c'est une grande société.
Mais je suis effrayée que, n'ayant justement pas maintenant
d'hommes expérimentés à leur tôle, ces Boxeurs agiront préci-
pitamment et mettront le gouvernement dans l'embarras avec
ces Yang kouei-tseu avant que tout soit prêt. » Alors, après une
courte pause : « C'est cela. Ces Boxeurs doivent avoir quelques
hommes responsables au Ïché-Li et au Chan-Toung pour guider
leur conduite. » Et l'audience prit fin. Le matin suivant un
décret parut', nommant ce censeur, Wang, gouverneur de
I . Wang Pei-yeou a été en effet promu au poste de gouverneur de
CoRDiER. III. — 3a
1,
'~1
'p
II
>
1 1
Cil
^98 PRODHOMES. LA RÉVOLUTION
P6-King. G'cst-à-dirc un fonctionnaire de sixième grade fut, ]
un Irait de plume, 6\e\é h un poste métropolitain de quatriè
grade, — un sous-préfet à la charge d'un juge provincial ! Wé
aura par là l'occasion qu'il souhaite, principalement d'or
niscr, d'aviser et d'armer ses amis les Boxeurs.
« Le second exemple que je donne est pour montrer s<
quel jour sont considérés les étrangers en ce moment ; depuis
massacre de Tien-tsin en 1870, tous les fonctionnaires — exce
les plus fervents parmi les conservateurs — avaient prose
le terme « Yang kouei-tseu » (diable étranger) ; des hommes mèi
reçurent des coups de bambou lorsque les fonctionnaires
entendaient. Eh bien, non seulement nous voyons que ce ten
est le cri de guerre des Boxeurs, mais qu'il a même reçu u
sanction olïicielle des lèvres de l'impératrice-douairière el
môme.
« Quant à Jong-Lou, il est resté tranquille très longtemps
l'on croit qu'il a décidé de rester près de l'empereur si qnelq
chose arrivait par suite des machinations des princes K'ing
Touan. Kang Yi et Tchao Chou k'iao à Pé-King et Li Ping-hé
dans les provinces. De plus, il est du fond du cœur un ami c
Anglais. Gela je le sais. Il n'y a pas longtemps, à une session (
grand conseil, lors^jue la question des demandes de l'Italie et
la France de territoires dans le Sud fut discutée, Jong-Lou se
donna le conseil au gouvernement de se mettre sous la proU
tion de la Grande-Bretagne, démontrant que les Ëlats-Unis
le Jajx)n aideraient la Grande-Bretagne si la Russie el la Fraii
menaçaient de représailles. Mais il fut dominé par le priri
K'ing, le prince ïouan, Kang Yi et Tchao Chou-k'iao. « d
dit Kang Yi, nous avons des comptes à régler avec la Granc
Bretagne pour le pillage du palais de Youen-ming-Youen, a\
le Japon pour la prise de Formose, et avec les États-Unis q
traitent les Chinois qui y vont et aux Philippines, pas mieux q
des chiens. Contre la Russie, nous n'avons rien. D'autant qu
si la France aide la Russie, quoique nous ayons de profond
haines contre la France, nous ne serions que par cela met
plus forts. Je décide de rester dans la plus intime amitié avec
Russie, car avec elle pour nous, nous pouvons défier le niond
Pé-King à la place do Ho iNai-ying (Gazette de Pé-King, i3 mi
1900).
COMPLICITÉ DE LA COUR 499
Sciilemenl, avec la Russie pour nous, la Grande-Bretagne se
tiendra courbée à l'écart ». Ces sentiments ayant été unanime-
ment approuvés par le reste du conseil, y compris Timpératrice-
douairière qui approuvait de la tète vigoureusement, Jong-Lou
devint silencieux et ne dit plus rien. »
D'ailleurs les houei, sociétés, étant illégale, la / Ho k'iuen
houeiy sur le conseil de Timpéra triée, pour ne pas être con-
fondue avec la Ta Tao lloueij la société du Grand Couteau,
se transforme en / Ho K^iuen Touan (volontaires ou mi-
lice).
On aura une idée de la haine inspirée par les étrangers
par ce fait rapporté par un correspondant du Norlh-China
Herald (20 juin 1900) qu'un décret promulgué à Pé-King
annonçait qu'aux prochains examens littéraires, les auteurs
des essais devaient s'abstenir de se servir de certains carac-
tères. Parmi les caractères proscrits se trouvaient ceux qui
étaient employés comme équivalents chinois de l'Angleterre,
la Russie, la France, l'Italie, l'Amérique et le Japon. Au-
cun essai renfermant l'un de ces caractères ne serait reçu.
H est certain que l'impératrice eut un moment d'hésita-
tion avant de pousser plus loin sa vengeance. Les nouvelles
de la province et de l'étranger étaient mauvaises ; les pro-
testations contre les mauvais traitements dont l'empereur
était l'objet affluaient à la cour. Le préfet King Lien-chan,
directeur des Télégraphes impériaux chinois, envoyait le 26
janvier 1900 le télégramme suivant signé de lui et de 1281
résidents indigènes de Chang-Haï :
a Quand nous avons reçu Tédit du 24 Courant, dans lequel
l'Empereur propose d'abdiquer à cause de maladie, nous fûmes
stupéfaits, et les mandarins, la noblesse et les négociants de
toutes provinces résidant à Chang-Haï devinrent pleins d*aniiété
et discutèrent la chose partout dans les rues. Cependant, nous
vous télégraphions pour vous prier d'être loyaux et fidèles
et en faveur de la nation d'implorer l'Empereur de ne pas
songer à abdiquer, quoi qu'il puisse être malade, de façon que
5oO PRODROMES. LA RÉVOLUTION
rimpéralrice Douairière dans son àgc avancé, n'ait pas le fardeau
supplémentaire de gouverner un Empire désolé, et qu'ainsi les
esprits de nos ancêtres puissent être en repos et le peuple vivre
en paix. »
12" Lune 26*^ jour.
King Lien-chan fut obligé de fuir à Macao pour échapper
aux conséquences de son acte de courage. Li Houng-tchang,
alors gouverneur général de Canton, réclama des autorités
portugaises de Macao son extradition sous prétexte de dé-
tournement au préjudice de Tadministration des télégraphes
chinois de Chang-IIaï. King fut arrêté le 25 février 1900.
Le l\ mars 1900, 80000 Chinois de Bangkok adressaient
à leur tour une protestation au trône.
Dans la visite du vieux Lieou Kouen-I, gouverneur géné-
ral des deux kiang à Pé-King, celui-ci, à l'audience (avril
1900) de rimpératrice-douairière, lui fit entrevoir la possi-
bilité d'un soulèvement du Sud.
Cependant, les étrangers sont avertis du danger qui les
menace ; ils se contentent de hausser les épaules. Les mis-
sionnaires plus expérimentés voyaient venir le danger ; un
père jésuite du Tché-li me faisait part de ses craintes dès
le mois de décembre. Au mois de mai 1899, le voyageur
français Bonin écrivait du pays des Ordos, dans la boucle
du Fleuve Jaune, à la légation de Pé-King, que le roi de
Djoungar, allié à la famille mandchoue, l'avait prévenu de
la destruction pour Tannée prochaine des missions catho-
liques.
Nouvelle Cassandrc, le correspondant de Tien-Tsin du
Ilony-Kong Tclegraph écrivait le i5 mai :
« L'impéralricc-douairière cl tous ses favoris (les Boxeurs) les
appuient ouvertement, car ils croient que leur aide leur sera d'un
grand secours quand le mouvement commencera. Ils attendent
I. Livre jaune, p. 4-
DÉMARCHES DU CORPS DIPLOMATIQUE 5oi
seulement que le plan soit mûr, ou quelque « jour heureux »
pour commencer les opérations. Aucune note n*a été prise de
tout ceci par les Légations» et le prophète de malheur est
tourné en ridicule, mais la force de la Grande-Bretagne est
entièrement dédaignée à Pé-King, et Ton suppose les Anglais
trop lourdement occupés dans le sud de l'Afrique pour compter
d'une façon sérieuse. »
Les mauvais présages ne manqueront pas non plus. Au
mois de mars, deux parhélies avaient paru dans le Ilou-Pé
et les sages n'avaient eu garde de dire, faisant allusion à Pé-
Kmg, que le « Ciel n'a pas deux soleils ».
DEMARCHES DU CORPS DIPLOMATIQUE
Le 27 janvier 1900, le développement pris par les sociétés
secrètes paraissant menacer sérieusement les missions reli-
gieuses et aussi tous les étrangers, les ministres de France,
d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie et des États-Unis, adres-
sèrent au Tsoung-li Yamen une note identique, demandant
qu'un décret impérial fût publié, prononçant la suppression
des deux sociétés secrètes anti étrangères, I-flo k'iuên et Ta-
Tao houci, qui causaient des troubles dans le Chan-toung
et dans le Tché-li. Cette note étant restée sans réponse, les
ministres étrangers adressèrent une nouvelle note aux mem-
bres du Yamen, auxquels ils firent une visite personnelle le
2 mars. Le 9, le Yamen refusait d'admettre les demandes
des étrangers et nolamment l'insertion de la prohibition des
sociétés dans la Gazette de Pé-Kin(j. A la suite de télégram-
mes identiques adressés par les ministres étrangers à leurs
gouvernements, le 9 mars, pour leur demander de faire une
démonstration navale sur la côte Nord de Chine, dans le cas
où satisfaction ne serait pas accordée, l'Angleterre considéra
le projet de démonstrations prématuré, quoique la situation
parût pleine de périls. Néanmoins, les missions américaines
5o2 PRODROMES. L\ RÉVOLUTION
protestantes de Chine manifestaient des craintes pour leur
sécurité ; le 25 mars, des ordres étaient donnés par Tami-
rauté anglaise, pour que les navires de guerre Hermione et
Brisk se rendissent à Takou. Le gouvernement américain
donnait à Tamiral Watson, commandant la station navale
d'Extrême-Orient, également Tordre d'envoyer un navire à
Ta-Kou.
Mais le 20 avril, M. Piclion écrivait à M. Delcassé :
« Le Tsoung-H Yamen finit par s'émouvoir. II fit insérer dans
la Gazelle de Pé-King un rapport du Vice-Roi de Tien-tsin, conte-
nant le texte du décret dont nous avions réclamé la publicité, et lit
procéder à des arrestations. M. Du Chaylard m*avisa de Tien-
tsin que, sur ses instances réitérées, des troupes étaient envoyées
contre les fauteurs de désordres. Un nouveau décret fut rendu
contre eux. En somme l'état général semble s'être amélioré,
mais on ne peut le considérer comme rassurant. L'aveugle hosti-
lité du Gouvernement de l'Impératrice contre tous les étrangers
est manifeste. La souveraine est entourée de mandarins qui sont
en général choisis parmi les plus ignorants des choses du dehors
et les plus passionnés contre tout ce qui sort des traditions chi-
noises. Sa faveur est acquise à ceux qui poussent à tout refuser
aux Représentants des Puissances. Elle vient encore d'accorder
une haute dignité à Kang-Yi, son conseiller principal, qui est un
des plus acharnés contre les Européens, et qu'elle a mis à la
tôte du plus important des six Ministères de l'Empire. Les socié-
tés secrètes n'ignorent pas ces dispositions, et celles d'entre elles
qui ne rêvent que bouleversements sont toutes prêtes à en pro-
fiter. Elles peuvent, à un moment donné, provoquer des émeutes
sanglantes. »
Cependant les troubles continuaient et notre ministre écri-
vait le 24 avril à M. Delcassé:
a Des troubles graves se sont produits au Tché-Kiang. Un mis-
sionnaire autrichien a été grièvement blessé et plusieurs rési-
dences sont menacées. Je prie l'amiral d'envoyer un bateau sur
les points de la côte que notre Consul Général à Chang-Haï,
M. de Bezaure, lui désignera. Au Tché-li un village a été incendie
DÉMARCHES DU CORPS DIPLOMATIQUE 5o3
et une résidence attaquée dans le voisinage de Pao-ting fou. Les
désordres pouvant s'étendre rapidement, je continue de deman-
der au Tsoung-li Yamen des mesures énergiques.
Le 26 avril, sur la demande du ministre des affaires étran-
gères, M. de Lanessan, ministre de la marine, adressait à
M. le contre-amiral Courrejolles*, commandant l'escadre
d'Extrême-Orient, des instructions pour qu'il se tienne en
communication constante avec notre représentant à Pé-King.
En raison des alarmes et des instances pressantes des mis-
sionnaires, M. Pichon demande (16 mai) à l'amiral « d'en-
voyer à Pc-laï ho un bateau susceptible de mettre, s'il le
faut, une compagnie de débarquement à terre- ».
Le 20 mai, des placards sont affichés sur les murs de la
capitale, annonçant le massacre des étrangers pour le pre-
mier jour de la cinquième lune ; le même jour, le corps di-
plomatique se réunissait au grand complet^ sur la demande
du ministre de France, appuyé par le ministre de Russie,
M. Michel de Giers, et faisait adresser le lendemain par son
doyen, M. de Coîogan, la dépêche suivante au Tsoung-li
Yamen pour réclamer, en s'appuyant sur les décrets impé-
riaux déjà rendus qui avaient édicté la dissolution des
« Boxeurs » :
ï® L'arrestation de tout individu se livrant aux exercices de
cette association provoquant des troubles sur la voie publique,
affichant, imprimant ou distribuant des placards qui contien-
draient des menaces contre les étrangers ;
2^ L'arrestation des propriétaires ou gardiens des temples ou
I. Çourrejolles, Charles- Louis-Théobaldy né le 5 février iS^a;
entré au service, 1861; aspirant, i*»" ocl. i863; enseigne de vaisseau,
i"»" ocl. i865; lieutenant de vaisseau, 7 mars 1868; capitaine de frégate,
18 sept. 1880; capitaine de vaisseau, a6 mars 1887; contre-amiral,
n4 sept. i8g5.
a. Livre jaune y p. 20.
3. Onze représentants étrangers.
5o4 PRODROMES. — LA RÉVOLUTIOX
autres endroits où les « Boxeurs » se réuniraient, et l'assimila-
tion aux a Boxeurs » eux-mêmes de ces complices de provocations
criminelles ;
3^ Le châtiment des agents de la force publique qui se ren-
draient coupables de négligence dans la répression dont ils seront
chargés ou qui seraient de connivence avec les émeutiers ;
4** L'exécution des auteurs d'attentats (meurtres, incen-
dies, etc..) contre les personnes et les propriétés ;
5^* L'exécution des individus qui subventionnent et dirigent
les ec Boxeurs » dans les troubles actuels ;
6° La publication dans Pé-King, dans le Pé Tché-li et les
autres provinces du Nord, de proclamations portant ces mesures
à la connaissance de la population.
Je suis en outre chargé par le Corps diplomatique d'infornner
Votre Altesse et Vos Excellences qu'il attend dans le plus bref
délai une réponse satisfaisante à cette demande *.
En outre, les représentants étrangers décidèrent que si
les troubles continuaient, et si une réponse favorable n'était
pas faite à leur dépêche, ils prendraient les mesures sui-
vantes : à Texception de la Hollande qui n'avait pas de
navire dans les eaux chinoises, toutes les puissances repré-
sentées devraient faire une démonstration navale, soit à
Chan-Haï-Kouan, soit à Ts'in Wang-tao, en même temps
que des gardes se tiendraient prêtes à bord des navires en
cas de besoin. Contrairement à Tavis de notre ministre, qui
avait raison, la plus grande partie des représentants étran-
gers étaient hostiles à la venue de gardes à Pé-King ; à ce
sujet, il est curieux de noter que, dans une entrcxTie privée
qu'avait eue M. Michel de Giers avec Sir Claude Mac Donald,
le premier aNait déclaré au second que seules, la Russie et
rAnglelerre, avaient des intérêts sérieux en Chine et qu'il
pensait que le débarquement de gardes, ainsi que des dé-
monstrations navales, devaient être découragés, comme
pouvant être la cause d'événements imprévus. L'optimiste
I. Livre jaune, p. a4.
DÉMARCnES DU CORPS DIPLOMATIQUE 5o5
ministre de Russie dont la clairvoyance ne parait pas avoir
été la qualité dominante fut toutefois ébranlé vers le i8 mai, et
-M. de Giers fut obligé de reconnaître que les circonstances
étaient graves'. Le télégramme qu'il envoyait au comte
Mouraviev à Saint-Pétersbourg était de nature à tromper
celui-ci sur la situation exacte en Chine, car le ministre des
affaires étrangères russe déclarait le 23 mai qu'une nou-
velle pression n'était plus nécessaire, le gouvernement chi-
nois prenant enfin des mesures suffisamment énergiques
{ibid.y p. 28).
Cependant, le 28 mai, le Tsoung-li Yamen répondait au
corps diplomatique qui s'était réuni la veille, en lui donnant
toutes sortes d'assurances et en promettant la publication
d'édits et de proclamations, et en demandant dans ces con-
ditions que les ministres renoncent à provoquer le débarque-
ment d'une escorte.
Le 26 mai, l'amiral Courrejolles, qui venait de passer
cinq jours à Pé-King, et qui n'était pas rassuré sur les évé-
nements possibles, quittait la capitale pour continuer sa
tournée par une visite à Wei-haï-wei. Le soir du même
jour, on apprenait à Tien-tsin la nouvelle de l'attaque du
chemin de fer de Pao-ting fou.
M. Pichon télégraphiait à M. Delcassé, le 29 mai:
« Les rebelles ont incendié la gare et détruit le chemin de fer
dans le voisinage de Pé-King. Ils sont aux portes de la ville, où
beaucoup de leurs complices les attendent, prêts à s'unir à eux.
Le personnel franco-belge a dû battre en retraite. Un Français
du chemin de fer a été blessé, les autres sont en danger. Le
Corps diplomatique a décidé de faire venir aACC la plus grande
rapidité des détachements de troupes. J'ai télégraphie h l'ami-
ral à Tché-fou d'envoyer inunédiatement le bateau nécessaire
pour débarquer cent hommes. Les Ministres d'Allemagne. d'An-
gleterre, d'Amérique, d'Autriche, d'Italie, du Japon, de Russie
ont fait de même. 11 est à craindre que le télégraphe soit coupé. »
I. China t n" 3 (1900), p. 29.
5o6 PRODROMES. LA RÉVOLUTION
Il fallait que la situation fût grave, car dans une
réunion du corps diplomatique, le 26 mai au soir, les mi-
nistres de France et d'Italie déclarèrent que leurs rensei-
gnements laissaient entrevoir un mouvement sérieux qui
mettrait en danger la vie de tous les résidents étrangers de
Pé-King*.
L'amiral Courrejollcs, qui avait quitté TaKou le 28 mai,
se rendant à Tché-fou pour y faire du charbon, y trouva,
en arrivant le 29, à bord du Descaries ^ le télégramme de
M. Pichon qui, par suite de TafTaire de Pao-ting, demandait
l'envoi d'un détachement. L'amiral fit partir immédiatement
5o hommes du d'Entrecasteaax commandés par le lieutenant
de vaisseau Darcy et Tenseigne Ilcnry et 5o hommes du
Descartes, commandés par l'enseigne Douguet et l'aspirant
Herber. Le gouvernement chinois s'étant opposé à ce que
les détachements étrangers dépassassent 76 hommes, on
n'expédia à Pé-King le i""" juin que les 5o hommes du
iV Enirecasteaux avec MM. Darcy et Henry et 25 hom-
mes du Descaries avec M. Herber. Les autres 26 restèrent
à Tien-tsin. Le détachement anglais comprenait trois offi-
ciers avec 76 hommes et un canon. Le 3i mai, les gardes
anglaise, américaine, italienne, russe, française et japonaise
arrivaient à Pé-King.
Le i***" juin, M. Pichon, rassuré par l'arrivée du détache-
ment, télégraphiait à l'amiral qu'il lui rendait la liberté de
ses mouvements. Notre ministre ne voyait donc pas la gra-
vité de la situation et, quoiqu'on en ait dit, ne fut pas plus
clairvoyant que ses collègues.
Si le mouvement des Boxeurs avait paru inquiétant, on
avait pensé que la présence de détachements étrangers suffi-
rait à faire respecter les légations de Pé-King. Nous connais-
sons la quiétude des ministres de France et d'Angleterre à
I. China, n° 3 (igoo), p. 38.
DÉMARGBES DU CORPS DIPLOMATIQUE DO7
la date du 3 juin ; je n'aurai pas la cruauté de rappeler les
paroles inconsidérées, prononcées à Paris dans des moments
d'abandon par M*' Favier, mais au mois de mai ce prélat
déclarait à l'amiral CourrejoUes que « 25 hommes à la léga-
tion suflîront à assurer le calme » ; il est vrai que quelques-
uns de ses confrères dont j\ii les lettres, ne partageaient
nullement son optimisme. Le D** Morrison, le célèbre cor-
respondant du TimeSj lui-même, le jour même où les com-
munications de Pé-King avec le dehors allaient être cou-
pées, envoyait un télégramme rassurant à son journal. Les
moins surpris de la tournure qu'avaient pris les événements
ne furent certainement pas les Russes qu'on accusait pour-
tant de connivence avec l'impératrice-douairière ! Le comte
Cassini avait eu, comme successeurs, MM. Speier et Michel
de Giers qui, soyons indulgents, se montrèrent ordinaires.
Le ministère des affaires étrangères, à Saint-Pétersbourg,
n'avait été guère plus heureux que la légation de Russie, à
Pé-King : l'intérimaire M. Chichkine et le comte Mouraviev
occupèrent la place du comte Lobanov sans le remplacer. On
peut dire que l'insurrection des Boxeurs a tué ce dernier. A
son maître qui lui demandait quelle était l'importance du
mouvement de la rébellion, il répondait que ce n'était que
l'affaire de quelques jours.
Diplomates, missionnaires, négociants, journalistes, per-
sonne ne soupçonnait que la Cour était d'accord avec les
Boxeurs, et l'on remarquera l'habileté des Chinois qui, pour
se donner une apparence de légitimes représailles, ne lais-
sèrent leurs troupes régulières tirer sur les étrangers qu'après
la prise des forts de Ta-Kou.
Mais le 3 juin tout se gâte : le ministre télégraphie à
Tamiral de revenir; celui-ci qui a fait son charbon, part im-
médiatement et arrive à Ta-Kou le 4 juin. La situation
s'aggrave, et le 5 juin, l'amiral envoie 4o hommes de plus
à Tien-tsin, ce qui porte à 65 hommes le chiffre du déta-
5o8 PRODROMES. LA RÉVOLUTION
chement dans celte ville. Le 8 juin, il envoie encore 90 honn-
mes et un canon.
Jusqu'au dernier moment, les ministres étrangers ne pa-
raissent pas s'être rendu compte du danger, car le 3 juin,
sir Claude Mac Donald envoyait ses enfants et sa belle- sœur
aux Collines, près de Pé-King, avec une escorte de 10 hom-
mes d'infanterie de marine ; il est vrai qu'on les fit rentrer
rapidement le lendemain dans la capitale.
Le 5 juin, la station de Ilouang-tsoun fut brûlée; le 6,
des, courriers circulaient encore entre Pé-King et Tien-tsin,
mais le 7, la station de Lang-fang ayant été briîlée, les com-
munications avec le dehors étaient par suite interrompues.
Enfin, le 10 juin, le prince Touan était nommé membre du
ïsoung-li Yamen : c'était la reconnaissance officielle du
mouvement boxeur*.
EXPÉDITION DE l'amiral SIR E. SEYMOUR
La situation empirait; sur l'appel de son ministre, l'amiral
anglais sir Edward Seymour quitta son bord le dimanche
10 juin pour T'ang-Kou, et croyant que les renforts dispo-
nibles suffiraient pour agir ou impressionner, il marcha sur
Pé-King avec une colonne internationale. Elle comprenait
5oo hommes de l'amiral Seymour^ et 4oo du commandant
Granville, 200 Allemands, 200 Russes, 100 Français avec
le lieutenant de vaisseau Petit, 120 Américains commandés
par le capitaine Me Calla, du Newark, 200 Japonais, 100
Italiens et 25 Autrichiens. Le 11 juin, le commandant de
I. Voir plus loin, Chap. XWVII.
3. Scymour, Sir Kdtvard Hohart, K. C. B., né en i84o; vice-
tmiral en 1895.
PRISE DES FORTS DE TA-KOU SOQ
Marolles, du d^Entrecasteaux, avec 5o hommes et un canon,
remonte à Tien-tsin, trouve l'amiral Seymour parti, et le
rattrappe avec 65 hommes par chemin de fer. Il y avait à ce
moment 2o5 hommes à Tien-tsin et 76 à Pé-King, en tout
280 hommes de la flotte française. La colonne remonta au
delà de Yang-tsoun sur le Pei-ho, jusqu'aux stations du che-
min de fer de Lo-fa, Lan-fang et An-ping. La colonne était
en nombre insuflisant pour pénétrer jusqu'à Pé-Ring ; il
lui fallut revenir sur ses pas et elle était de retour à Tien-
tsin le 26 juin. Pendant cette expédition, qui avait duré 16
jours, les forces alliées avaient eu 280 hommes tués ou
blessés, dont 27 Anglais tués et 90 blessés et 4 Américains
tués et 25 blessés.
PRISE DES FORTS DE TA-KOU
Le i3 juin, Tamiral CourrejoUes envoie à Tien-tsin un
canon 65 (i i hommes), des torpilleurs et des mécaniciens.
Le i5 juin, il envoie \!\ hommes du Pascal qui venait d'ar-
river; à cette date, il y avait 4o3 hommes dehors, y com-
pris le détachement de Pé-King. Tous les bâtiments de
l'escadre, sauf le Lion, mouillé dans le Pei-Ho, entre autres
la Surprise (i5 hommes), avaient contribué à former ce
contingent. Le 16 juin, les amiraux donnent l'ordre d'oc-
cuper la gare da Ta-kou ; la remise des forts aux alliés est
réclamée par un Ultimatum le 16 juin ; il fallait conserver libre
la route de Tien-Tsin et on ne pouvait permettre que la colonne
Seymour et les légations fussent privées de communications
avec le reste du monde. D'ailleurs n'agissait-on pas contre les
Boxeurs que la cour semblait ne pas reconnaître. Les forts
n'attendirent pas l'attaque des navires européens ; un peu
après minuit, le commandant chinois ouvrait le feu et son pre-
mier boulet traversait la mâture de VAlgerine, La Chine
oflicielle entrait en lutte.
5io
PRODROMES.
LA RÉVOLUTION
A cinq heures et demie du matin, les drapeaux étrangers
flottaient sur les forts tombés entre les mains des Alliés,
et rhorrible tragédie de Pé-King qui pendant près de deux
mois tint l'Europe angoissée commençait.
CHAPITRE XXVII
ÉPILOGUE
J^ai maintenant atteint le but auquel je me proposais
d'arriver ; les événements qui se sont passés en Chine depuis
1900 constituent bien les éléments d'un drame, ainsi qu'a
appelé Marcel Monnierla révolution qui a commencé en 1898,
drame qui a eu son prologue : usurpation du pouvoir par
rimpératrice-douairière et soulèvement des Boxeurs ; son
crime : meurtre de missionnaires, et siège des légations de
1Y»-King, qui eût été un crime plus « beau » encore si le
massacre des ministres étrangers avait eu lieu au Tsoung-li
Yamen. Le drame avait suivi son développement et s'était
longuement déroulé, nous en attendons le dénouement, c»'est-
à-dire le châtiment auquel ont échappé les principaux cou-
pables *. Le protocole final n'est qu'une duperie, triomphe
de la politique astucieuse du Céleste Empire et faillite de
rétranger en Chine.
COMMENCEMENT DES HOSTILITÉS A PÉ-KING
Le 28 mai, dans l'après-midi, la gare de Feng-taï, tête
de ligne du chemin de fer de Pao-ting, était pillée et brû-
lée. Ironie des choses ! parmi les débris, on trouva le wagon
1 . Tuan et Toung Fousiang ; Yu-h'ien a été exécuté le 22 février 1901 ,
à Lan-icheou, dans le Kan-Sou.
5 I 2 ÉPILOGUE
calciné de rimpéralrice, qui n'avait jamais servi à sa proprié-
taire, mais qui avait une fois transporté le prince Henri de
l^russe. Les employés du chemin de fer quittent Pao-ting
fou le 29 mai ; attaqués le 3i par les Boxeurs, ils n'arrivent
à Tien-tsin que le 2 et le 3 juin, après avoir perdu quelques-
uns des leurs. Le 29, trois étrangers sont accueillis à coups
de pierre dans Pé-King même, et les légations préviennent
le Tsoung-li Yamen qu'elles vont faire venir des gardes
pour leur sécurité : il était un peu tard pour prendre celle
décision, réclamée naguère par M. Piclion et combattue par
le baron Von Ketteler. Le lendemain, pas de réponse des
Chinois ; qualre ministres dont celui d'Angleterre, déclarent
au Tsoung-li Yamen qu'ils se passeront de son consentement.
Les fonctionnaires chinois donnent avec répugnance l''aulo-
risalion de faire monter les troupes étrangères, le 3i, à
2 heures du matin. Le jour même, malgré le mauvais
vouloir des autorités, un train spécial quitte Tien-tsin avec
22 oITiciors et 334 hommes * ; ils arrivent à la nuit ; quoique
le i"^"* juin soit le 5* jour de la 5° lune, c'est-à-dire la ft^le
du Dragon, le défilé des soldats étrangers est accueilli avec
curiosité, sans hostilité, par la population de la capitale. Les
Allemands au nombre de 5o, et 3o Autrichiens arrivent un
peu plus tard, et les Hollandais ne parviennent à Pé-King
que le 3 juin.
Le 29 et le 3o mai, Timpéralrice lance deux édits dont le
caractère évasif sera marqué plus encore dans le décret du
G juin, qui nVst qu'une défense cachée des Boxeurs, patriotes,
victimes des machinations des gens sans aveu qui se sont
glissés parmi eux î Et cependant les bruits les plus étranges
commençaient h courir; on rapportait que TEmpereur et
I. Anglais, 3 officiers, 7a hommes; Américains, 7 ofliciers, 56
hommes; Italiens, 3 officiers, 39 hommes; Japonais, a officiers, a4 h.;
Français, 3 officiers, 7a h.; Russes, 4 officiers, 71 h.
COMMENCEMENT DES HOSTILITÉS A PÉ-KING 5l3
rimpératrice-douairièrc étaient partis pour Si-ngan fou,
laissant Pc-King entre les mains du parti militaire. Il n'en
est rien toutefois: rimpératrice est au Palais d'Été; elle
n'abandonnera pas les rênes du gouvernement sur l'avis des
vice- rois du Sud.
D'ailleurs, le gouvernement est affolé ; entre la douzaine
des fonctionnaires qui se partagent la direction des affaires,
et dont les idées et les intérêts sont dissemblables, l'anarchie
règne ; et le gouvernement reste impuissant contre les re-
belles : maîtres des environs, ils vont Tôtre bientôt de la
ville.
Le 9 juin, dans une séance du grand Conseil, au milieu
du désarroi de ses collègues, Jong-lou propose de faire appel
à Li Iloung-tchang et de le nommer vice-roi du Tché-li ; il
est le seul homme capable de faire télé à l'orage, puisque
Yu-Lou, titulaire du poste, a donné sa démission le 3,
n'ayant pas l'énergie nécessaire pour la lutte ; celui-ci pré-
tend d'ailleurs que ses efforts sont restés stériles parce qu'ils
sont contrecarrés par les amis des Boxeurs et en particulier
par le gouverneur de Chouen-tien (Pé-King), Wang P'ei-
yeou*, qui est notoirement connu comme un chef des
rebelles et, de censeur, a été promu quelques jours aupara-
ravant à son poste actuel par l' impératrice-douairière. Natu-
rellement les adversaires de Jong-lou lui répondent : Kang
Yi '^ a son propre candidat qui n'est autre que le Haut
1. Voir p. /i97.
a. Kang Yi est Mandchou; il a débuté dans la carrière administrative
comme tao-taî de Swatow (Chan-T'éou); il a été juge provincial au
kiang-Si (oclobro i88i) et auTché-Li (avril i88a); trésorier du Kouang-
Toung (janvier i883) et du Vun-Nan (marsi884); gouverneur du Chan-
Si (avril i885), du KiangSou (novembre i888), et du Kouang-Toung
(mai 189a), puis président du ministère de la justice. 11 était assistant
grand secrétaire et président du ministère de la guerre lorsque, le ai mai
i89(), il fut envoyé comme Haut Commissaire en mission spéciale dans le
Kiang-Sou pour trouver des fonds; sa mission, comme plus tard celle de
CORDIER. III. 33
5l4 ÉPILOGUE
Commissaire de la vallée du Yang-tseu, Li Ping-heng, qui
joue dans toute celte histoire le rôle d'accusateur public.
Dans l'impossibilité de mettre d'accord les deux parties,
Yu-Lou est obligé de garder son poste. Le lendemain,
rimpératrice arrive frémissante du Palais d'Été : il faudra
que les étrangers soient massacrés le soir même ! Le danger
paraît tellement grand que sir Robert Harl, lui-même,
donne Tordre aux femmes de ses fonctionnaires de se réfu-
gier à la Légation britannique. De gros canons sont montés
sur Tsien-men, la porte centrale faisant communiquer les
villes tartare et chinoise et dominant les légations. La poli-
tique vacillante du dernier mois est abandonnée et l'impé-
ratrice, enlevant enfin le masque, se jette dans les bras de
ceux qui dirigent le mouvement réactionnaire et révolution-
naire. Le télégraphe est coupé entre Pé-King et Tien-lsin.
Le II juin, Akira-Sougiyama, chancelier de la légation
du Japon, est assassiné par les soldats de Toung Fou-siang,
alors qu'il se rendait à la gare de Ma-kia-pou. A la nit^mc
date, la Gazette de Pé-King renfermait un décret désignant
les hauts fonctionnaires, tous mandchous, chargés de la garde
des neuf portes de la capitale.
C'est dans la nuit du i3 juin que les Boxeurs commen-
cent c\ Pé-King le massacre des chrétiens indigènes et des
domestiques au service des étrangers. Tour à tour les bâti-
ments delà London Mission, de l'American Board Mission
et les vieux bureaux des Douanes qui servent aujourd'hui de
«junior mess » sont incendiés: Téglise catholique de PEst,
le Toung ïang, est brûlée, à lo heures, et son curé, Pabbé
Li IMng-heiig, avait pour but non avoué dVxcitor IrA |>opulalions du
centre contre les étrangers. Ce fut en vue d'accomplir une mission sem-
blable dans le sud, Onancière et politique, que Li lloung-tchang fut
nommé Haut Commissaire pour les alTaires commerciales, avec l'ordre
de visiter les ports ouverts; nous en avons fuit un ministre du commerce
dans les dépâches.
COMMENCEMENT DES HOSTILITÉS A PÉ-KING 5l5
Garrigues, est martyrisé avant de mourir. Dans la nuit
du i4, des volontaires français vont au Nan-tang, église du
Sud, chercher le curé, Tabhé d'Addosio, les missionnaires et
les sœurs de la Charité ; après leur départ, Téglise et les
bâtiments qui en dépendent sont incendiés ; le matin, le
Si-tang, église de TOuest, subit le même sort, et son curé,
l'abbé Doré, est massacré.
Le i6 juin, jour de l'incendie de Tsien-Men, la grande
porte centrale entre les villes tarlare et chinoise, h une réu-
nion pléniére du Grand Conseil, Rang Yi fait un discours
violent contre les étrangers et demande qu'on leur fasse une
guerre sans merci. Siu King-tch'ong et Vouen-Tch'ang qui
paieront de leur vie leur opposition aux projets des forcenés,
le mongol Na Tong et Tseng Kouang-louan, fils de l'ancien
ministre chinois à Londres et à Paris, essaient vainement de
faire entendre autour d'eux le langage de la raison. Est-ce
l'espérance de sauver sa dynastie menacée qui pousse l'Im-
pératrice à prendre les pires résolutions; elle adopte les idées
de Kang-Yi. Désormais ïouan sera le maître de la situation ; il
divise (i8 juin) les Boxeurs en huit corps semblables aux
huit bannières mandchoues et les portes du Palais sont gar-
dées par ses propres troupes, les Hou-Cheng. A partir du
i8 juin, tous les édits impériaux émanent de lui ; et le 21,
Jong-lou, toujours prudent et avisé, croit devoir prévenir
Li Houng-tchang qu'il doit tenir comme non avenus les dé-
crets qu'il recevra désormais de Pé-King.
Pendant toute cette période, les Boxeurs sont en apparence
seuls dans ce grand mouvement; la Cour se dissimule der-
rière eux. Mais la nouvelle de la prise des forts de Ta-kou
par les alliés, le 17 juin, arrive à Pé-King, et la lutte prend
dorénavant le caractère officiel qu'elle n'a pas eu jusqu'à
présent.
Le 19 juin, à 5 heures du soir, les Légations reçoivent du
Tsoung-li Yamen une lettre annonçant les demandes des ami-
5l() ÉPILOGUE
rauxà Ta-kou, que par suite Pétai de guerre existait, et que
clans les 2 4 heures, les étrangers devaient quitter Pé-King.
Sauf M. vonKetteler, les ministres étrangers consentaient à
quitter Pé-King : c'eût été une faute grave, car Touan cher-
chait évidemment à attirer les étrangers en pleine campagne
afin de les massacrer plus facilement. Il eût été d^ailleurs
aussi impolitique que peu hrave, d'abandonner les malheu-
reux chrétiens indigènes qui comptaient sur la protection
des Légations.
SIÈGE DES LÉGATIONS
Le lendemain, 20 juin, les ministres étrangers devaient se
rendre au Tsoung-li Yamen, mais, prévenus à temps par un
Chinois, ils s'abstinrent de faire cette démarche, que M. v.
Ketteler persista seul à vouloir accomplir. A g h. 1 5 du ma-
tin, le ministre d'Allemagne quittait sa légation avec son in-
terprète, iM. Cordes, et une petite escorte qu'il renvoyait
imprudemment en arrivant dans la grande rue de Ila-la-
meii ; quelques instants après, une balle tirée par un soldat
de Toung Fou siang traversait la tète de M. von Ketteler,
assis dans son palanquin; une autre balle blessait griève-
ment M. Cordes à la cuisse, mais celui-ci réussissait h
s'échapper miraculeusement et trouvait un refuge dans une
mission protestante. A 4 heures du soir, le délai de
2/i heures fixé la veille étant expiré, les Chinois ouvrent le
feu sur les Légations. A 9 heures, M. et M""* Pichon se
retiraient avec le ministre d'Lspagne à la Légation d'Angle-
terre \
I. Apre* la mort «lu baron v. Kelleler, (nii laissait une veuve, la léjça-
tion dWlIeinagno fui dirigée par M. Claus v. Below-Saleske, premier
secrétaire, avec le Dr. v. Bergen, comme deuxième secrétaire. — Les
autres cliefs de légation étaient : Francf, M. Pichon. — Amcleterke,
Sir Claude Mac Donald. — Russif, M. Michel de Giers.
Italie, le marquis SalvagoHaggi. — Bklgique, M. Joostcns, Mau-
SIÈGE DES LÉGATIONS 5l7
Le 21 juin, le Chargé d'Affaires d'Autriche, M. A. von
Rosthorn, est obligé de quitter sa légation incendiée et se
réfugie avec sa femme à la Légation de France : ce même
jour, c'est-à-dire 2 jours après la déclaration de guerre,
rimpératrice lance un manifeste au nom de l'Empereur pour
expliquer sa conduite à ses sujets.
Le 24, la Cour ne cache plus ses desseins, et le ministre
des finances reçoit l'ordre de remettre k Kang-Yi 200 sacs
de riz pour distribuer aux Boxeurs.
Un édit impérial du 26 juin est une véritable déclaration
de guerre : ordre est donné aux gouverneurs de provinces
d'enrôler les Boxeurs, pour aider à l'expulsion des étrangers.
Wou T'ing-fang, ministre de Chine à Washington, reçoit
un édit du 29 juin dont la teneur est à peine croyable : les
Boxeurs n'ont pris les armes dans le Chan-Toung et le
Tché-li que pour combattre les chrétiens qui sont des sujets
rebelles ; les gardes que les Européens ont fait monter à Pé-
King ne se sont pas contentées de garder les légations, mais
elles ont eu le tort de faire des patrouilles dans les rues;
rice, né à Ajivors le 22 sept. 1862; secrétaire à Madrid, au Caire et à
Londres; conseiller k Washington (1896), à la Haye (1898); ministre
plénipotentiaire à Pc-King où il arrive en mai 1900; il défendit sa léga-
tion du ^ au 16 juin avec 8 Autrichiens. — Espagne, Don Hernardo
Jacinto Côlogan, d'origine irlandaise; né aux Canaries en 18^8; occupa
différents postes à Athènes, en Chine, en Turquie, au Venezuela; pre-
mier secrétaire à Mexico; ministre en Colombie, puis à Pé-King. —
Autriche-Hongrie. En l'absence du ministre, M. de Wahlborn, le
Dr. Arthur v. Rosthorn est chargé d'affaires; né à Vienne, 1862; élève
du Dr. James Legge; quitte les Douanes chinoises en 1896, pour entrer
dans le service diplomatique de son pays. — États-Unis, M. Edwln
Conger, ancien représentant de l'IUinois, ancien ministre au Brésil. —
Japon, baron Nishi. — Pays-Bas, M. F. -M. Knobel, ne le 3i mai 1857
à Amsterdam; élève consul, 26 fév. 1870; vice-consul à Saint-Péters-
bourg, !«'• nov. 1882; ancien consul général et chargé d'affaires (5 nov.
1889) à Téhéran où il a épousé la fille de M. Nicolas, premier drogman
de la légation de France ; consul général, ministre-résident en Chine,
22 janvier 1896; ininislro- résident en titre, 18 juillet 1896.
5l8 ÉPILOGUE
n'a-t-on pas eu Taudace de demander la reddition des forts
de Ta-kou le i6 juin; rofficier qui les commandait a fait
son devoir en les défendant (or on sait que c'est lui qui a
ouvert le feu) ; bref, la crise actuelle est entièrement due aux
étrangers! Nous avons entendu des histoires analogues en
i858et en 1860. Le 2 juillet, nouvel édit ordonnant aux
Boxeurs de continuer leur œuvre d'extermination contre les
chrétiens; les vice-rois et les gouverneurs de province de-
vront expulser les missionnaires, arrêter les chrétiens et les
forcer d'apostasier. Les autorités provinciales s'empressèrent
de ne pas déférer à cette invitation; elles avaient déjà pris
leurs mesures.
LES VlCE-ROlS ni' YA>T.-TSEU
Si, en effet, le mouvement des Boxeurs ne s'étendit pas
dans la Chine entière, malgré les efforts de Li Ping-heng et
de ceux qui le remplacèrent, ce résultat est dû à l'attitude
énergique des deux vice-rois, Tchang Tchi-toung, à Wou-
tch'ang, et Lieou Kouen-i, à Nan-King. Le 26 juin 1900, le
Tao-t'ai de Chang-IIaï, et Cheng, représentant les vice-rois,
assistèrent à la réunion du corps consulaire provoquée |>ar
M. de Bezaurc. Les vice-rois, par délégués spéciaux, s*étant
engagés à garantir la sécurité des étrangers dans les provinces
du Sud et du Centre, les consuls promirent que leurs gou-
vernements respectifs s'abstiendraient d'intervenir tant que
l'ordre serait maintenu.
Voici les arrangements pris par les vice-rois :
1. En se concertant ensemble sur les moyens à mettre en
œuvre pour assurer la protection, les deux parties ne se porte-
ront mutuellement aucune atteinte et auront pour principe
dominant d'assurer la sauvegarde de la vie et des biens des com-
merçants chinois et étrangers.
2. Les concessions de Chang-Haï seront placées sous la pro-
tection collective des nations étrangères.
LES VICE-ROIS DU YANG-TSEU 01 9
3. Les gouvernements provinciaux des deux Kiang et des
deux Hou acceptent d'assumer la protection eflicace des commer-
çants étrangers, des missionnaires et de leurs biens sur le Yang-
tseu et dans la région de Sou-tcheou et de Hang-tcheou. Ils inter-
disent actuellement les mauvaises rumeurs, poursuivent les
rebelles et recommandent aux divers gouvernements pro-
vinciaux d'ordonner aux autorités locales d'agir de même uni-
formément.
[\. Dans les ports où se trouvent déjà des navires de guerre
étrangers, ceux-ci continueront d'y rester au mouillage. Les
matelots ne pourront descendre à terre.
5. Si les Puissances étrangères, sans attendre que les Vice-Rois
et Gouverneurs de province eussent été consultés et eussent
donné leur consentement, envoyaient néanmoins de nombreux
navires dans le Yang-tseu ou autres localités du môme ordre et
s'il en résultait que la population, prise de soupçons, se livrât à
des actes d'hostilité et détruisit ou brûlât les vies et les pro-
priétés des couunerç^inls ou des missionnaires, la Chine,
après ces faits, n'en reconnaîtrait pas la responsabilité pécuniaire.
6. Les na\ires de guerre étrangers ne pourront mouiller ni
faire des exercices près ou en face des forts de Wou-soung ou
du Yang-tseu, afin d'éviter quelque attaque résultant d'une
méprise.
7. F^es Puissances étrangères consentent à ce que leurs navires
de guerre ne se rendent pas dans la région de l'arsenal de Chang-
IFaï, soit en visite, soit pour y séjourner et y mouiller, et à n'y
pas envoyer des soldats ou des agents de police. Les munitions
de l'arsenal étant destinées uniquement à servir à se défendre
contre et à réprimer les rebelles locaux et à protéger les
commerçants chinois et étrangers, si un Vice-Roi ou Gouverneur
de province les en fait sortir, il n'y aura pas lieu de s'en alarmer
ni d'en concevoir des soupçons.
8. Les missionnaires et les étrangers s'abstiendront d'aller
voyager et affronter le danger dans les localités isolées de l'inté-
rieur où la défense n'a pas été organisée.
9. 11 sera nécessaire de procéder tranquillement et avec calme
à la défense et à la protection des concessions de Chang-Haï. Les
esprits, dans l'intérieur, étant en effet, faciles à agiter, dès que
des alarmes ou des désordres se produisent, les malfaiteurs jus-
qu'alors cachés se lèvent en foule et il s'ensuit d'incalculables
malheurs.
530 ÉPILOGUE
Sans CCS mesures, il ne serait pas possible de garantir la sauve-
garde de la vie et des biens de la population chinoise et étran-
gère. Les Consuls, après avoir télégraphié, auront à attendre les
instructions de leurs Gouvernements. Nous vous prions instam-
ment d'en entretenir promptement le Ministère des Affaires étran-
gères pour qu'il y soit donne une suite conforme, pour le plus grand
bien du Sud-Kst.
Nous venons de recevoir par le télégraphe un décret impérial
portant que les légations continuent d'être protégées avec le plus
grand soin.
K'otEN-i.
Tchi-t'olng * .
Cet arrangement ne fut d'ailleurs pas ratifié parla France ni
par les États-Unis, Tarticle stipulant que les autorités chi-
noises ne seraient pas tenues pour responsables des désordres
qui viendraient à éclater dans les ports ouverts ayant été
jugé inacceptable, mais on promit aux vice-rois de s'abste-
nir de tout acte d'hostilité dans leurs provinces tant qu'ils
réussiraient à y protéger la vie et les biens des étrangers.
LE SIÈGE
Le 29 juin un décret impérial prescrit aux ministres de
Chine à l'étranger de rester à leurs postes et de continuer
les relations. C'est la plus rude journée et la plus rude nuit
du siège : l'enseigne de vaisseau Herbcr est tué sur le haut
d'un toit à la légation.
Le lendemain de l'édit fou du 2 juillet, volte-fac« com-
plète : dépêche adressée au Tsoung-li Yamen par le Grand
Conseil attribuant les crimes commis à des bandits et deman-
dant l'assistance des étrangers pour les châtier. Le 6 juillet,
les gardes des légations font une sortie vigoureuse.
Les bruits les plus sinistres circulent en Europe au sujet
1. Livre jaune. Cui?iE, 1899-1900, pp. ôS-g.
LE SIÈGE 5a I
du sort des étrangers dans cette action : le prince Touan
aurait eu à lutter contre les troupes du prince K'ing et de
Wang Wen-chao qui auraient été battues et le lendemain
les légations auraient été détruites et leurs défenseurs mas-
sacrés jusqu'au dernier. Le Daily Mail se faisait le 1 5 juillet
le porteur de ces épouvantables nouvelles; un télégramme
reçu le même jour à Chang-Ilaï du gouverneur du Chan-
Toung, Youen, confirmait, disait-on, le récit du correspon-
dant du Daily Mail. Quelle était l'origine de ces terribles
renseignements que Ton était presque obligé de croire,
puisque depuis le 24 juin, on était sans nouvelles authenti-
ques des ministres étrangers et de sir Robert Hart qui repré-
sentaient alors la situation comme désespérée. Nous ignorons
le nom du sinistre farceur qui, on peut le dire, plongea
l'Europe et les Etats-Unis dans la désolation par le luxe
des détails cruels qu'il ajouta à son récit imaginaire.
Enfin, le i\ juillet, Tien-tsin est pris ; le 17 Jong-lou
fait proposer aux légations un armistice qui est accepté ; le
bombardement qui dure depuis le 16 juin s'arrête ; il a fait
chez les Européens un grand nombre de victimes, 58 tués
et environ i^o blessés ; 2000 Chinois au moins ont perdu la
vie. Pour la première fois, depuis le commencement des
hostilités, un décret impérial, le 17 juillet, mentionne la
nouvelle de la mort du baron de Kettelcr, assassiné, dit le
décret, par des bandits — quand nous savons qu'il a été
assassiné par un soldat appartenant aux troupes régulières.
NÉGOCIATIONS
Il est évident que la prise de Tien-tsin et la marche des
alliés sur Pé-King commençaient à inquiéter sérieusement les
fonctionnaires de la capitale qui avaient conservé leur
raison. Le 20 juillet, le ministre de Chine, Yu-Keng,
remettait la lettre suivante à M. Dclcassé:
À
: adrc
, la Frr
ICC et Irnnsmisi- tcli'gr
-toiing lo 33 (in la lui
pliiqiieiiicnt par le gouverneur de Char
ebiiioisr (if) jiiUlcl lyoo).
.S. .V. fKmftereur de Chine A S. F.. M. le Président de la Rép
bliqae fran^ake. Salut.
La Chine csl, dt^iiis plusieurs nnnées, liée d'amitié avec Vul
honorable |)ayA, Toutes les alTaircs concernani nos rapports si
les fmiili<Tes du Koiiang-Si ol du Yun-iian ont clé disculée^i
rt'-plces |Kir la voie de la concilialion. 11 n'existe pas de grie
entre nous, hrà-mmeni, la population et les chrétiens s'étai
trouvés en hostilité, des gens rebelles du peuple ont profilô t
l'occasion |)our se livrer à des déprédations: d'où il est n'-.sul
que les nations étrangères ont soupçonné la Cour de fairtf prcu'
de partialité envers le peuple et de jalou.'tîe contre les chrélirn
Depuis eurent lieu l'attaque et la prisn des forts de Ta-Koii
après quoi l'action militaire et les malheurs se sont succiMé, rei
dant In situation d'anlnnt plus compliquée el diuigereusc. Comit
-Nous pensons <]iie. dans les relalioiis in 1er national es de la Cliii;
avec l'élranger. Votre honorable nation a les rap[>orts les pk
rordtaut avec la Cliine et que la Chine est aujourd'hui prcss<
par les ci reon stances jusipi'au point de s'être attiré la colère un
versellc, |>our arranger ces dillicultés cl pour résoudre ces con
plicalioMs, il n'est pas |)ossiblc que ce ne soit pas uniquement si
Votre honorable |>aYS ifuc Nous comptions. C'est pourtpioi. Noi
ouvrant a Vous en toute sincérité, .Nous vous exposons nos sent
ments intimes et, avec une enticra franchise. Nous Vous adrei
sons cette lettn- dans l'unique espoir i[uc vous Iroutcrex, Mor
sieur le l'résidi^nl de ta Itépubllque, le niojen d'arranger Ii
clio
S.-S. el qu
I acluelb
vous prendrez l'initiative
pri.
juillet i.joo).
pectu<
phiqu<
• transformer la situi
iiiu temps, d'avoir 1
adresser une hienveillantc réponse que Nous n
i défendre d'attendre avec une anxiété extrême,
lie la fi' lune do la 36* année Kouang-Siu (i
e de transmettre ce qui précî-dc, en obéissant rei
Décret lin(H.-rial, et de me répondre télégro
■ •) juillet it^oo'.
NÉGOCIATIO>S ÔaS
Une lettre semblable élail remise aux cbefs d'État dans
les autres pays ; toutefois, dans la lettre remise à Guillaume II,
l'Empereur Kouang-Siu exprimait ses regrets du malheur qui
avait coûte la vie au ministre d'Allemagne.
Le Président de la République fît (20 juillet) la réponse
suivante au message de Yu-keng :
J'ai reçu le télégramme de Votre Majesté en date du 19 juil-
let. Elle ne s'est pas trompée en appréciant comme Elle l'a fait
les sentiments que la France a toujours nourris à l'égard de la
Chine. Mais Elle ne saurait se dissimuler que les événements
dont Pé-King et la province du Tche-li principalement ont été
le ihéûtre ainsi que l'appel à la direction des affaires du prince
Touan et d'autres hauts fonctionnaires trop connus pour leur
haine violente envers les étrangers ont provoqué en France,
comme du reste dans toutes les nations, une indignation unanime.
\ussi comprendra- t-Elle qu'avant d'examiner dans quelle
mesure je pourrai répondre à Son désir, je dois avoir la certi-
tude (juc les causes qui ont soulevé la réprobation universelle
n'existent plus, et notamment :
1** Qu'une protection efficace et l'entière liberté de leurs com-
munications avec leurs Gouvernements sont assurées au repré-
sentant de la République et à ses collègues du corps diploma-
tique :
2** Que le prince Touan et les hauts fonctionnaires responsa-
bles des événements actuels ont été éloignés du Gouvernement,
en attendant le châtiment inévitable ;
3" Que les autorités et les corps de troupes, dans toute reten-
due de l'Empire, ont reçu Tordre de cesser les hostilités contre
les étrangers ;
4° Que des mesures ont été prises pour la répression rigou-
reuse du mouvement insurrectionnel des Boxeurs.
11 n'échappera pas à Votre Majesté que, tant que ces garanties
indispensables n'auront pas été fournies, il ne saurait y avoir
place que pour l'action militaire ' .
Voici la réponse du Président des États-Unis à la dépêche
de l'Empereur de Chine :
I. Livre jaune, p. cp.
oa4
ÉPILOGUE
1" De donner l'assurannc que les Minières étrangers sont vi
vants et de faire connaître dans quel état ils sont ;
a" De mettre les Ministres à même de communiquer !mnu'
diatemenl et en toute liberté avec leurs gouvernements respectif
et de protéger leur vie et leur liberté contre tout danger :
3° De mettre les autorités impériales en communication ave
le corps expéditionnaire et de les faire coopérer ainsi au salu
des Légations, à la protection des étranger» et au rétabli ssemen
de l'ordre.
A ces conditions le Gouvernement américain, avec le consen
tentent des autres Puissances, prêtera volontiers le concours di
ses bons ofîiccs à l'Empereur de Chine.
Les conditions dont le (.louvernement fédéral exige l'cxécutir»
préalable sont en délinitivc à peu près analogues à celles qui
"•"'aviez jtosées vous-même '.
Le iS juillet, les Légations reçoivent les pi-emicreB nou
velles du dehors ; maïs, dès le i(), le Yamcn rompait à nou
veau les relations.
Le ay jiiillel, i5 voilures de melons, de blé, de glace, etc.,
sont envoyées par les Chinois aux Légations, ainsi qu'ji
sir Robert Hart ; il est certain que les nouvelles de Tien-tsin
effraient la Cour. On peut se demander comment il a étc
possible aux Légations de résister si longtemps aux attaque;
furieuses des Boxeurs, tl est liors de doute que les Chinois
élaient divisés en deux camps ; d'un côté, Touan, Toung
Fou-siang, Kang-Vi et les exaltés ; d'un autre, K'ing, Jong-
Lou et les modérés, dont quelques-uns furent d'ailleurs
exécutés : Siu King-tch'eng, Siu Yong-yi, pour avoir acheté
un cercueil pour le ministre d'Allemagne; Youen-Tch'ang,
Licn-Youen ' et Li-Chan ' pour leur tiédeur dans les tcnta-
I. Uy
io3.
3. ManJchou ; juge au Ngan-houei (aoâl i8g8) : ministre du TKHing.li
Y»mcn. nov. 1898-
.1. Mungol; commisfaire <lcs Parcs et des Chasses; gén^l de 1( Ban-
niiTc blanche; i' vicejirésidenl (avril i8g8), puis premier vice-prpsîtlenl
du Millilitre d» Ënancc!. (mar> i%J).
NÉGociATio>s 5a5
tives de massacre dont les étrangers étaient l'objet ; Tchang
Yin-hoiian fut mis à mort à Ouroumtsi, lieu de son exil.
Le prince K'ing était beaucoup trop faible pour avoir la
moindre influence, et il est à peu près certain que le salut
des Légations fut dû aux obstacles que créa aux Boxeurs
l'homme avisé qu'était Jong-Lou.
Dès le début de la crise chinoise, l'accord s'était fait entre
les puissances sur trois points :
i** Le salut de leurs représentants et de leurs nationaux à Pé-
Ring et dans tout le reste de l'Empire.
2" Le maintien du statu qno territorial.
3" L'exigence de garanties sérieuses contre le retour des mal-
heurs qu'on a à déplorer et qu'on j)eut redouter encore ^ .
Le 27 juillet 1900, M. Delcassé remettait à l'ambassadeur
d'Angleterre une note dans laquelle il disait qu'il pensait que
les principes fondamentaux sur lesquels devrait tout d'abord
reposer l'action collective des puissances se dégageaient
assez naturellement des circonstances qui déterminaient cette
action.
Il sudira de mentionner :
I** La nécessité d'un accord aussi complet que possible en vue
notanunent d'opérations concertées pour sauvegarder les exis-
tences qui peuvent être encore préservées dans toute l'étendue
de l'Empire chinois ;
2° Intégrité de la Chine ; écarter tout ce qui pouiTail amener
au partage de ce pays ;
3" EnHn, le rétablissement, rétablissement ou la reconnais-
sance d'un Gouvernement central chinois pouvant garantir l'or-
dre et la tranquillité dans le pays-.
Le 12 août, on recevait à Paris le télégramme suivant de
M. Piclion, expédié de Pé-King, le 3 août :
Nous avons été assiégés, fusillés et bombardés par des troupes
1. Livre jaune, pp. 6i-a.
2. Livre jaune, p. 107.
52() KPILOGI E
chinoises du 20 juin jusqu'au 17 juille(. Quatre It^gations ont
été brûlées ainsi que les trois quarts de la légation de France,
où nous tenons encore, grâce à l'héroïque défense du détache-
ment français et du contingent autrichien. >ious avons perdu
onze hommes, dont l'aspirant Ilerber et les volontaires Wagner
et Gruintgens ; les pertes générales sont de soixante morts et de
cent dix blessés. Toutes les missions religieuses de Pé-King ont
été brûlées, sauf celles du Pei-t'ang, encore debout, mais dont le
sort reste incertain. Tout le personnel de la Légation et le capi-
taine Darcv sont en bonne santé, malgré les angoisses et les pri-
vations.
Le bombardement a cessé le 17 juillet ; les coups de fusil inter-
mittents, les travaux oiFensifs des Chinois, les barricades et les
mines ont cejwndant continué, mais sans faire de victimes. I-,e
Gouvernement chinois tente de négocier indirectement avec nous
notre départ que nous ne pouvons accepter sans une protection
autre que la sienne. Nos forces, nos munitions et nos vivrez
sont tout près d'être épuisés. Les attaques interrompues peuvent
recommencer et nous livreraient h la merci du Gouvernement
chinois.
Nous sommes reconnaissants au Gouvernement et au Parle-
ment de ce qu'ils ont bien voulu faire pour nous^
Le ministre de Chine à Paris, Yu-Keng, communiquait à
M. Delcassé un télégramme du Tsoung li Yamen du 6 août,
dans lequel ce dernier se plaignait que le départ sous escorte
des ministres étrangers pour Ticn-lsin se trouvait retardé
par la demande d'instructions que ceux-ci avaient adressée
à leurs gouvernements respectifs. Cherchant à dégager sa
responsabilité pour les accidents qui pourraient survenir du
fait de ces délais, le Tsoung -H \amen insistait jx>ur que les
gouvernements étrangers enjoignissent h leurs représentants
de se hiiter de rejoindre la ville en question'.
M. Delcassé répondit le 10 août h Yu-keng :
« Le Ueprésentant de la Chine à Paris nous a conununiquc
I. Livre jaune t p. ii3.
a. Livre jaune, p. i'jVisô.
NÉGOCIATIONS 5^7
un télégramme du Tsoung-li Yamen. en date du 6 août, dans
lequel le Gouvernement Impérial voulant obtenir que nous
donnions ordre aux Ministres étrangers de quitter la capitale,
ce qui ne saurait se faire tant que la route ne sera pas sûre,
s'exprime comme il suit : «c En attendant ainsi, s'il arrive quelque
accident, qui en portera la responsabilité?» Ce sera sans aucun
doute le Gouvernement chinois. Son devoir strict est de proté-
ger les Ministres étrangers autant et plus que lui-même. Et s'il
est vrai qu'il a les plus grandes peines à les défendre et à se dé-
fendre contre les rebelles, qu'il ordonne à ses troupes de s'elTa-
cer devant les troupes internationales. Celles-ci doivent et sau-
ront rendre libre la route de Tien-tsin à la Capitale et accomplir
l'œuvre de protection qui leur incombe. Le Gouvernement chi-
nois comprendra, nous voulons encore l'espérer, que le seul
moyen pour lui de prouver la sincérité des dispositions qu'il
proclame et de limiter ses responsabilités, c'est de cesser d'y
mettre obstacle ^ »
Le 9 août, M. Pichon télégraphiait qu'il venait d'être
avisé par le Tsoung-li Yamen que Li Houng-lchang
venait d'être désigné* pour négocier télégraphiquement avec
les puissances.
DÉLIVRANCE DES LÉGATIOXS, I^ AOUT I9OO.
Le i3 août, à 2 heures du matin, on entend des coups de
canon lointains : la délivrance est proche. Cette même nuit,
les Russes, après un combat sanglant, ont pénétré par la
Toung pien men ; le i4, les Japonais entrent par la Si Houa
men ; le contingent indien, sous les ordres du général
Gaselee a pénétré par le canal qui passe sous le mur Sud de
la ville tartare et arrive le premier (3 heures de l'après-
midi) au secours des légations^.
1. Li\'re jaunCy p. iai-ia2.
2. Par décret du 7 août.
3. Les légations durent en grande partie leur salut au dévouement de
rhôtclier suisse Chamot qui, en prévision des événements, s'était muni
M. Pichon pouvait télégraphier, le iç) aoAt, au mini:
des afTairoa étrangères :
« Les troupes internationales sont entrées dans la jour
du i4; elles ont continué leurs O|)ération« le lendemain et
hombordé la ville impériale et quelques paillions du Palais à
les soldats chinois tiraient sur elles. Les trou|>es Trançaises
délivré le Pei-t'ang le i6, après un brillant combat auquel
détacliements anglais, japonais et russe ont participé. ■
Il était temps que les secours arrivent : la légation d'.'
glctcrrc ', boulevard de la résistance et principal refuge
résidents étrangers, et le Pe-t'ang étaient minés et pouvai
sauter d'un moment à l'autre.
L'Empereur et l'Impératrice-douairiére fuyaient sur
route du Chan-si; ils ne devaient s'arrêter qu'A Si-ngan f
capitale du CItcn-si'.
Jetons maintenant un coup d'œil en arrière.
l*endant l'absence de la colonne Seymour, partie, coni
nous l'avons dit, pour sa tentative généreuse, mais infr
tueuse, aljn de délivrer les légations — le 17 juin, après la pi
des forts de Ta-Kou, les Chinois ouvraient le feu à 3 heu
de l'apn'^s-midi et commençaient leur première attaque con
les concessions étrangères de Tien-tsin défendues par quelqi
centaines de marins et deux bataillons (1 700 tioninies)
tirailleurs de Sibérie, commandés par ie colonel Anesimi
do proviAiniis qu'il buI întcllrgomnirnl rciiouTeler priidanl le si^gu ; r
lui. la famine aurait eu raison de< iiraves qu'épargnait le canon.
1 . La Ic'gallon <lr France, ou [iluliM ce qui en reliait, fut licraïtj
Dicnl Uptuncluc par le lleutenanl do laisBcau Darc). sot inarint et le»
lonlairp», par le cliargô J'alluirei d'Aulriclie cl loi marins autricliient
3. Lci Douvcraini Krenl leur rentrée lolcnnclle k PéKing, Ib 7 j«n
l<f03. un pvu après midi.
MARCHE SI n PÉ-RING 5a()
arrivé le i3, avec en plus une batterie de campagne, et un
peloton de cosaques, qui s'étaient installés dans la concession
française autour du consulat.
Les Chinois furent repoussés. On peut dire que les hosti-
lités avaient commencé le i6, car, à i heure du matin, la
cathédrale était incendiée.
Le bombardement des concessions continua les jours sui-
vants. Je n'entrerai pas dans le détail du siège ; il était
urgent de s'emparer de la ville indigène, aussitôt que toutes
les troupes européennes seraient assemblées ; Tien-tsin avait
élé un instant débloqué le 23 par l'arrivée des troupes de
Ta-Kou. Enfin, le i3 juillet, l'attaque de la ville était dé-
cidée. L'action s'engagea à 3 heures du matin ; après une
bataille sanglante, le lendemain (i^) à la même heure, les
Japonais ayant fait sauter les deux portes du Sud, le général
Foukoushima et le colonel de Pélacot pénétrèrent dans la
ville.
MARCHE SUR PÉ-KING
Le 3 août, un conseil de guerre, tenu par les chefs des
armées alliées, décida la marche en avant sur Pei yang et
et Yang Isoun. Le 5 août, la première de ces villes fut prise
et le 6 août, Yang tsoun était enlevé après deux heures de com-
bat. Là, le général japonais Yamaguchi déclare que les Chinois
sont démoralisés et qu'il continuera la marche, même seul. Il
entraîne les alliés dans son élan, on connaît le reste.
LE PE-TANG
Le premier soin des troupes, après la délivrance des Léga-
tions, fut de se porter au secours du Pe-tang. La défense de
la cathédrale, organisée par les petits contingents français
et italien, admirablement secondés par le coadjuteur, M*^"" Jar-
CoRDIER. III. — 34
lin, fut luTdïque, et rév<k|iip, M"" Kpvier, nous en a i
1c i^cil, donl j'extrais la fin :
i(i août. — Je venais de télî-brer la messe de six heure!
que j'enleiidis des fenii du salves violents d'une li'ouije
■ bi-oiise arrivant \«\r le sud.
\'<-i's 7 heures i/'J, les l'eiii s'étaient rap|iroclir>s sei
uient et iivanl H h<;uri'N, ils se liiisaient entendre ,
inMres de n«us. dirrière la pute Jaune ap]>eléc Si
flelte ]>orle avait étô Cermi'-*' : de nombreux soldais n.'^
r<H.-('U|Miient et dans la nie ({ni |Kirt de cette piirte pour al
l'alais iinpiTÎal plusieurs solides barricades liiilits de sucs ■
l'tnient iléfendues [wr i Ûoo boiuines armés de fusils
De ce côté de la j)orto, nous vovons encore des lioxers i
réfTuliers rlitnois jinsl/'S dans les uiaisiiiis crénelées ou p
d'embrasures — de l'autre eùté des soldats dont la uatio
était iliDicile a reconnatti-e.
nneli|ues-uns il'enlrc nous cniviiienl voir des soldiits
jHvns. d'antii-s des soldats chinois et nous ne savions j
c'était une suprême attaijne ou la déli^rancl> (luî
A lunl hasard, je sonnai par trois fois sur un clairon « h
<|nettedn jH-re liu^eaud a. Aucune sonnerie, aucun hourra
ri''|>iindi( du dehors, mais on ré|)ondil au di-dans... |kii
fli-èle de pniji'ctiles tîn'-s sur nous.
Lni' bombe ivliila à mes pi<-ds : j'eus le temps de me
derrii'-re une colonne en briipies, ainsi «pi'un niissioiinuit
était près de moi.
;\n bout d'une demi-heure, un cnurau'eux chrétien moni
I.' mur jaune en reile.scend bii'ii >ite jjour venir me dire : Ci
certainement des KuivimVus. j'ai vu un olhcier habillé eu
et [liU'é de jalons.
Déjà nous avions arl>o]-é an sommet de ré<{lise un grnni]
|>eau français avec le si--nal o Demandons secours iniiu<'-d
l^'s dir(>cteMni du sc'niinaire |)orti'rrnt aloi's un nouveau pa
à iiM> mètres plus au nord et renouvelèrent ti-s sonner
l'
ehii
L'onici
vint i
dn
idjuteur qui s'était ]X)rté i
\l\RTYnOLO(;E HE PK-KING 53 1
coté. C'était un caplLainc japonais qui dit : Pouvez-vous nous
ouvrir la porte de la ville Jaune ? — On lui répondit que c'était
impossible, vu notre petit nombre, et il reprit en hâte : Eh bien!
je vais essayer de la faire sauter.
Là-dessus, il repassa de l'autre côté du mur et à ce moment
on vit une nouvelle troupe habillée de bleu s'avancer rapide-
ment avec de l'artillerie.
— (iCtte fois, me cria-t-on, plusde doute, ce sont les Français.
Ils allèrent droit au drapeau, placèrent quelques échelles de
leur côté. Nous fîmes de même du nôtre et en quelques minutes
cinquante hommes de la compagnie Marty étaient chez nous
avec leur capitaine.
Pendant ce temps, les Japonais, escaladant le mur plus au
sud avaient ouvert un battant de la porte. L'artillerie française
placée vis-a-vis acheva l'œuvre et malgré une fusillade de plu-
sieurs milliers de coups de feu à la minute on se précipita sur les
barricades.
Les soldats d'infanterie de marine entrés au Peï-Tang avaient
eu le temps de traverser notre établissement et d'aller prendre
la grande barricade à revers, après avoir escaladé, brùlé les mai-
sons crénelées et passé leurs défenseurs à l'arme blanche.
La bataille était finie, plus de 800 cadavres de Boxers ou de
réguliers chinois gisaient à terre : nous n'avions à déplorer
que deux hommes tués et trois blessés dont le capitaine Marty.
11 était environ dix heures du matin. Depuis un quart d'heure,
le ministre de France et le général Frey étaient au Peï-Tang.
Inutile de dire qu'on s'est embrassé de bon cœur et mutuelle-
ment félicité.
Nous étions délivrés et délivrés par des soldats français.
MARTYROLOGE DE PÉ-KING
A.U commencement du siège (20 juin 1900) les escortes
des légations comprenaient, suivant le correspondant du
Times :
Américains. — Trois officiers, le capitaine Myers, com-
mandant, le cap. Hall, le chirurgien Lippett, et 53 hommes
d'infanterie de marine du Newark.
Autrichiens. — Cinq officiers, le capitaine Thomann,
532 ÉPILOGUE
commandant delà Zenta, le lieutenant de pavillon von Win-
lerhalder, le lieutenant Kollar, deux aspirants, et 3o soldats
d'infanterie de marine de la Zenta.
Anglais. — Trois officiers, le capitaine B. M. Strouls,
commandant, le cap. Halliday, le cap. \Vray,et 79 hommes
d'infanterie légère de marine royale, 3o hommes du navire
de guerre Orlando et ^9 de Wei-haï-wei.
Français. — Deux officiers, le capitaine Darcy et renseigne
Herber, et /|5 hommes d'infanterie de marine du d^Entre-
casteaux et du Descartes.
Allemands. — Le Heutenant comte Soden et 5i hommes
d'infanterie de marine du 3" bataillon de Kiao-tcheou.
Italiens. — Le lieutenant Paolini et 28 marins de VElba.
Japonais. — Le lieutenant llara et 2^ hommes d'infante-
rie de marine du Atago.
Hwises. — Deux officiers, le lieutenant baron von Rah-
den, le lieutenant von Dehn, et 79 hommes. — 72 hom-
mes d'infanterie du Sissoi Veliki et du ISavarin et 7 cosa-
ques de la légation.
Total, 18 officiers et 889 hommes.
En outre, il y avait à la cathédrale, le Pe Tang :
Français. — Le lieutenant Henry et 3o hommes.
Italiens. — Le lieutenant Cavalieri et 1 1 hommes.
Sur.iYAMA, Akira (Ts'ing San-chan), chancelier de la Lé-
galion japonaise, assassiné le 1 1 juin par les soldats de
Toung Fou-siang hors de Yong Ting mon, alors qu'il se
rendait au chemin de fer au-devant de l'escorte japonaise.
La Gazette de Pékinij du i3 juin 1900 exprime les regrets
de la Cour.
GAniiKiLEs, de la Congrégation de la Mission, brûlé dans
le Toung Tang, i3 ou i4 juin 1900.
DoHK, de la Congrégation de la Mission, brûlé dans le Si
Tang. Deux frères maristes dont le Visiteur de la Province
tués à Cha-la-eul.
M\RTYROLOGUE DE PK-KING 33v^
Ketteler, Clément- Auguste, Baron von, né à Postdam,
2 2 novembre i853 : neveu de Tévêque de Mayence, Wilhelm
Ketteler ; embrassa d'abord la carrière militaire et fut nommé
second lieutenant, puis entra dans l'interprétariat et fut en-
voyé à Péking, consul -interprèle à Canton en i883, il fut
nommé secrétaire de l'ambassade de Mexico ; le i5 juillet
1899, il fut choisi comme ministre plénipotentiaire pour
remplacer à Péking le baron von lleyking. Il a été assassiné
d'un coup de fusil par un soldat, le 20 juin dans la rue de
lia ta mcn, alors qu'il se rendait au Tsoung-li Yamen; son
interprète, M. Cordes, fut blessé en même temps.
IIiiHERTY, James, Professeur à l'Université, tué le 20 juin.
Phillips, soldat d'infanterie de marine anglaise, tué le
29 juin alors qu'il se promenait dans le jardin de la léga-
tion d'Angleterre.
IIerrer, Marie-Eufjbne, né le 28 octobre 1878 ; aspirant
de i""'' classe, 5 octobre 1899; il était entré au service en
1896, cl appartenait au Descartes ; tué par une balle sur le
haut d'un toit delà Légation le 29 juin 1900.
En outre ont été tués parmi les Français pendant le siège
des Légations :
Le second-maître canonnier Le Gloanec; les fusiliers Cor-
selin, Julard et Lenne, du à'' Entrecastcaux.
Le quartier -maître canonnier Pesqueur; les canonniers
Pouzien, Quéméner; les fusiliers Philippe, Collas, elle ma-
telot Bougeard, du Descartes.
Blessés pendant le siège des légations :
Le Heutenant de vaisseau Darcy, commandant la compa-
gnie de garde de la légation d« France; le second maître ca-
nonnier Le Coquen ; le quartier-maître fourrier Lohézic ; les
quartiers-maîtres de mousquelerie Hérisson, L'Anthoen; le
quartier-maître charpentier Butor ; les fusiliers Saliou, Les-
neven, Bargain; les gabiers Domaillain, Auffret, Geffroy ; le
timonier Dupret ; les canonniers Lamache, Le Gat, Minon,
Paul ; le torpilleur Le Berre ; le matelot charpentier Pripe
le matelot Pochcnnec. Tous faisant partie de la compa^
de garde de la légfation.
CloELiT/,, lioberl, caporal allemand, tué le 3o juin d'i
balle à la tétc.
Wagseh, secrétaire des postes chinoises, fds de Tanr
consul général de France à Chang-Haï; tué le i" juillet d
éclat d'obus à la t<Ue dans une des cours de la Légation
France ; le premier civil tué pendant le siège des Légatio
KdJiMA, attaché à la légation japonaise, tue le 2 juillet
TLn:«F.R, soldat américain, tué le 3 juillet.
Thomas, soldat américain, tué le 3 juillet.
Oliphant, Daftd, fils de T. T. Oliphant, de Si Andrc
né en 1876, assistant interprète de seconde classe à la Lé
tion d'Angleterre; admis au concours du i^dércmbre 181
élève interprète, i" février i8<(7; il coupait un arbre p
du puits des Han-lin ie 5 juillet lorsqu'il re^ut une balle d
soldat caché dans le parc impérial des voitures; il ai
2a ans.
TuoMA»> DR MoNT.tLMAR, capitaine de vaisseau autric h ii
commandant la Zcnla; tué d'un éclat d'obus en pleine p
trinc le 8 juillet, alors qu'il causait avec les capitaines 1
brousse et Darcv.
^nl'l^T(JF.^s, André-Loitix. né à iinnfleur (Calvados),
i3 septembre 187a ; diplômé de l'Kcole des I^ngue« Orii
. taies vivantes pour la langue annamite (3^ janvier 1896'
pour la langue chinoise (i5 décembre iSfli)): licencié
dmit; interprète du chemin de fer Lou-llan (Peking-II
k'cou); blessé mortellement à la gorge le 1 1 juillet, en cb
chant h s'emparer d'un drapeau chinois, et mort le 1 5.
Naraharv, secrétaire de la légation japonaise; morl
24 juillet d'une blessure causée par l'éclat d'un obus le i iji
let ; ancien secrétaire du marquis Ito.
\\abren, Ilcnry, légation d'Angleterre; admis au c
M\UTYROLOGE DE PÉ-KING 535
cours 9 juin; élève interprète, 19 juillet 1899 ; blessé mor-
tellement par un éclat d'obus à la mâchoire supérieure le
1 5 juillet 1900, étant de garde aux avant-postes japonais;
mort le 16.
Strouts, Bernard Marton, capitaine de Tinfanterie légère
de la marine royale ; né le 27 mai 1870; second lieutenant
d'infanterie de marine (i*"' septembre 1888) puis lieutenant
(21 septembre 1889); capitaine (i5 septembre 1897);
avait élé débarqué du Centurion pour servir à Wei-Haï wei;
tué le 16 juillet d'une balle explosible reçue dans Taine gau-
che, pendant que le D*" Morrison, correspondant du Times,
était blessé à la cuisse, au Sou-Wang Fou.
Labrousse, Alexis-Jacques, né le 26 mai 1860; entré au
service, 28 octobre 1881; capitaine d'infanterie de marine,
26 février 189/» ; tué d'une balle au front dans la nuit
du II au 12 août, deux jours avant l'entrée des alliés à
Péking ; il venait du Tong-king et rentrait en France par la
Sibérie.
«
Cmavakne, lazariste, blessé d'une balle qui provoque la pe-
tite vérole noire; meurt au Pe-Tang, le 26 juillet.
I1e>r\, Paul-Charles-Joseph- Martin, né le 11 novembre
1876 ; entré au service en 1898, enseigne de vaisseau, 5 oc-
tobre 1898 ; appartenait à l'état-major du D' Entrecasteaux ;
tué au Pe ïang le 29 juillet.
En outre ont été tués parmi les Français pendant la dé-
fense du Pe Tang :
Le second maître de mousqueterie Jouannic ; le fusilier
Rebocr, les chauffeurs David et Franck, du D'Entrecasteaux.
Blessés pendant la défense du Pe-ïang :
Le timonier Delmas, le fusilier Le Goff, les canonniers
Callac, Le Sech ; les matelots Constanza, Fay et Lalès, déta-
chés de la compagnie de garde de la légation.
Addosio, Nicolas, (V, de Naples, de la Congrégation de la
Mission, arrivé en Chine en i863, curé du Nan Tang; tué
53fi ÊPILOGtE
le lendemain de l'arrivée des alliés à Péking, en se rend
de la Légation au Pc Tang.
J*tRUs, sœur, morte de vieillesse et des fatigues du siè
Towas^yn, Alfrert Ewen. fil» de Alfred M, Townse
agent de la Hongkong and Sliaiighai Banking CuriK>ra(îo
New- York, né on 1879, élevé» Marlborough Collège, pa
les examens le 6 juin i8()o et fut nommé élève- interprète
Chine, iQJuilIcl i8i)() ; blesse à Péking;morI de la fiè
typhoïde à l'iiâpilal naval de Yokohama, a3 septembre iç)(
Les perles totales des détachements ont été ainsi répartit
Anglais. 3 tn&-, 11) blessés; Rnsi^es, i tués, i<) blessa
Américains, 7 tués, lo blessés; Allemands, 12 tués, i5 bl
ses; Français, ii tués, 22 blessés: Autrichiens, ^ l"
II blessés; Italiens, 7 tués, 1:1 blesses; Japonais, 5 tu
^o blessés.
AftMEMPNTS ES ELiHOPE
Le 1 1 juillet, le virc-amîral Pottier était nommé par 1
cisîon présidentielle commandant en chef de l'escadre d'I
Iréme-Oricut. Le général Vojron futnommécommandant
corps eïpé(lilit>nnaîre français avec les généraux de brigj
Itailloud et rrey'. sous ses ordres.
Au commencement d'aoïlt, l'Kmpercnr d'Allemagne pr
sentait les gouvernements au sujet de la nomination
fcid-maréchal comte Waldersee comme commandant en c
des troupes internationales en Chine, L'Empereur Nico
rc|Nindit qu'étant données la si grave olFense faite à l'Allen
magne par l'assassinat de son ministre en Chine et la ha
situation militaire du comte de Waldersee, il ne voyait p
en ce qui le concernait, d'inconvénient à cette désignatioi
I . Il avait prii le commande me ni de* Irouj-es eicrcô jusqu'alon [ia
colonel de Pélacol, apr^ la prîie de Ticii-liiii (i'^'' juillol).
PROTOCOLE FliNAL, 7 SEPTEMBRE I9OI 537
L'Italie le 9 et TAngleterre le 10 août acceptèrent la création
d'un généralissime et le choix proposé du maréchal de
Waldersee.
D'ailleurs le rôle des troupes consistait à assurer la tran-
quillité à Pé-King et à Tien-tsin, à nettoyer le ïché-li des
Boxeurs, et à appuyer Faction diplomatique.
ISÉG0C1AT10?ÎS
D'autre part, le 21 août, Li Houng-tchang qui avait été
nommé vice-roi du Tche-li le 10 juillet, muni de pleins
pouvoirs qu'il tenait de l'Impératrice, annonçait aux puissan-
ces l'arrivée des alliés à Pé-King et demandait la nomination
de représentants pour négocier la paix avec lui. Il n'entre pas
dans le cadre de ce volume d'écrire le récit des négocia-
tions, qui commencèrent en réalité le 26 octobre et je me
borne à enregistrer les principaux instnmienls diplomatiques
des dernières années, dont je donne le texte. Je reprendrai
cette histoire quelque jour.
PROTOCOLE FINAL, 7 SEPTEMBRE I9OI *.
Les Plénipotentiaires
d'Allemagne :
Son Excellence M. A. Mumm Von Schwarzenstein*;
Etc.
• •••••••••••♦•••
Et de Chine :
Son Altesse Yi-Koua>g, Prince du Premier rang;
R'iNG, Président du Ministère des AITaircs étrangères;
Etc.
I . Le manque de place ne nous permet pas de reproduire ici les an-
nexes mentionnées au Protocole final.
a. Ministre d'Allemagne à la place du baron von Ketteler.
b',0 (viiM.vt:
Cliinc cl de soii Gouvernement nii sujet lic l'assassinat dp f
M. Soii(;iy3ii)a.
Art. IV. — Le Goiivernemcnl Cliinois s'est engagé à êrip
nn monument expiatoire dans cliaenn des cimetières étrange
on internationaux qui ont élu profanés el dont les tombes o
été détruites.
D'nccord avec les Représentants des Puissances, il a été eo
venu que iesLégationsîntéressces iJormeronl les indications poi
l'érection de ces monuments, à rliarj;c par la Chine d'en couvi
tous les frais, évalués à dix mille liiëls pour les cimetières i
Pé-King et des environs, ii cinq mille Ini^ls pour les cimetières d
pj-ovinces. ("es sommes ont été versées, et la liste de ces cim
tières esl ci-jointe (annexe n' lo).
.\ht. V. — La Chine n ncre[ité de prohiber sur son terriloi
l'importation des armes e( des munitions, ainsi que du matéri
destiné exclusivement n la fabricjitinn des armes et des niun
Un Edit Impérial H été rendu le a j août (annea-e n" 1 1), poi
interdire celte imporlalion itcudant une dun-c de deux annc'-e
De nouveaux Edils pourront Mrv rendus par la suite |x>i
prorop^r ce terme de deut ans en deux ans, dans le cas de n
cessilé reconnue |>ar les Puissances.
Aht. VI. — Par un CA'il Impérial eu date du 39 mai 19c
(annexe n" la). Sa Majesté l'Empereur de Chine s'est engagé
payer aux Puissances une indeuinité de qnati'e cent cinquan
millions de haikouan taëls. Cette somme n'pnwnle le total d<
indemnités pour les l'étais, les sociétés, les pai'lieuliers cl l
Chinois visés h l'article VI de la note du 33 décembre if|oi .
1) Ces quatre cent einqunnie [iiillions constituent une det
en or. calculée aux cours du haïkouau lai'l par rnpi>ort à la moj
naic d'or de chaque pays, tels qu'ils sont indiqués ri-après :
Un haikouan laêl = marks .l,o.î5
^- =T^ couronnes ,iuslro-hon(:r"ises. .'{.5(|5
— ^dollar or 0.743
— :=-- francs 3.730
— =1 livre sterling o.S'o''
" - Yen 1407
— ^ Horin hollandais ^-79^
~- = rouble or 1,^13
puotocom: final, 7 septembrf 1901 fi/ji
Cette somme en or sera productive d'intérêts à quatre pour
cent l*an,. et le capital en sera remboursé par la Chine en trente-
neuf années, dans les conditions indiquées au plan d*amortisse-
menl ci-joint (annexe a" i3).
Le capital et les intérêts seront payables en or aux taux de
change correspondant, aux dates des diverses échéances. Le
fonctionnement de Tamortissement commencera le T'" janvier 1903
pour fmir fi l'expiration de Tannée 19^0. Les amortissements
seront payables armuellement, la première échéance étant fixée
au i*^^'* janvier 190»^.
Les intérêts seront comptés à partir du i*'"" juillet 1901, mais
le gouvernement chinois aura la faculté de se libérer, dans un
délai de trois ans commençant le i"" janvier 1903, des arrérages
du premier semestre Unissant le 3i décembre 1901, à la condi-
tion toutefois de payer des intérêts composés à quatre pour cent
l'an sur les sommes dont le versement aura ainsi été dilTéré.
Les intérêts seront payables semestriellement, la première
échéance étant fixée au r'"" juillet 190a.
/>) Le service de la dette sera elTectué à Chang-Ilaï et de la ma-
nière suivante :
Chaque puissance se fera représenter par un délégué dans une
commission de banquiers qui sera chargée d'encaisser le montant
des intérêts et des amortissements qui lui sera versé par des aut(^
rites chinoises désignées à cet effet, de le répartir entre les inté-
ressés et d'en donner quittance.
c) Le Gouvernement chinois remettra au doyen du corps
diplomatique à Pé-king un bon global qui sera transformé ulté-
rieurement en coupures revêtues de la signature, des délégués
du gouvernement chinois désignés à cet effet. Cette opération et
toutes celles se rapportant à l'établissement des titres seront effec-
tuées par la Commission précitée, conformément aux instructions
que les Puissances enverront à leurs délégués.
</) Le produit des ressources affectées au payement des bons
sera versé mensuellement entre les mains de la Commission.
e) Les ressources affectées à la garantie des bons sont énumé-
rées ci-après :
I" Le reliquat des revenus de la Douane maritime impériale
après payement de l'intérêt et de l'amortissement des emprunts
antérieurs gagés sur ces revenus, augmentés du produit de l'élé-
vation à 5 pour 0/0 effectifs du tarif actuel sur les importations
maritimes, y compris les articles qui jusqu'à présent entraient
5^3 ^iLOGUi;
en franchise, ii l'exceplion du rh, des céréales et des Tarine!
provenance [^l^a^g^^e, ainsi que de l'or et de l'argent monn
3" Les revenus des Douanes indigJ-ncs, administrées dans
{Mirls ou\crU, par la Douane maritime impériale ;
3» L'ensemble des revenus de la gabelle, sous réserve d.
fraction alTectée précédemment à d'autres emprunts étran^i
l/élévation du tarif actuel sur les importations à 5 pour
eir<*ctifs est consentie aux conditions ci-après :
La mise en vigueur de cette élévation commencera deux n
après In date de la signature du présent protocole, et il ne sera
d'exception que pour les marchandises en cours de route, au ]
lard dix jours apivs la date.
i" Tous les droits sur tes irn|)ortation3 perçus aii valnrem sei
convertis en droils spéctiiqucs, autant qu'il sera possible d
laire, et dans le pins Lref délai.
Cette conversion sera établie comme suit :
On pi-endra comme base d'évaluation la valeur movenne
marchandises an moment de leur débarquement, pendant
trois années 181)7. i8i)S et iS<j(). c'esl-à-<liro la taleur du ni
ctié, déduction faite du moulant des droils d'entrée et dem (i
Kn attendant le résultat de cette conversion, les droits ser
perçus wi valurem :
3° Le cours du IVï-ho et celui du IIouan|ï-pou seront amé
rés avec la participation financière de ia Chine.
Akt. \1I. ^ Le Gouvernement Chinois a accepté que le qii
tier occu]ié \\&v les Lé{j;ations fClt considéré conijuc un quart
s|>écinleinciit ri'-servé ii leur usage et placé sous leur |>oltcc est
sive, où les Chinois n'auraient pas le droit de résider, el
|N)urrait être mis en état de défense.
Los limites de ce <|uartier ont été ainsi lixées sur le plan
joint (aitnfxe W li) :
A l'Uuest. la ligne 1. -j, '6. !^,'o■.
Au ^ord. ia ligne 5. C. 7, 8, 9, 10 ;
A rKst. larueKelteler: 10. 11. la;
Au Sud. ta ligne 13 — t tirée le long du pied extérieur d<
muraille lartare en suivant les bastions.
Par le protocole annexé a la letti'edu lU janvier [(|Oi- la Cli
areconnuàcliaque Puissance le droit d'entretenir une garde p
luanenle dans ledit quartier pour la défense de sa Légation.
PROTOCOLE FINAL, " SEPTEMBRE IQOI 5^3
Art. Vill. — Le Gouverncinenl Chinois a consenti à faire
raser les forts de Takou et ceux qui pourraient empêcher les
libres communications entre P6-King et la mer.
Des dispositions ont été prises h cet effet.
Art. IX. — Le Gouvernement Chinois a reconnu aux Puissan-
ces, par le protocole annexé à la lettre du iG janvier 1901, le
droit d'occuper certains points, à déterminer par un accord entre
elles, {X)ur maintenir les communications libres entre la capitale
et la mer.
Les points occupés par les Puissances sont: Houang-lVoun,
Lang-Cang, Yang-ts*oun, Tien-lsin, Kiun-léang-tchang, Tang-
k*ou, Lou-tai, Tang-chan, Louan-lchéou, Tchang-li, Ts'in-wang-
tao, Chnn-Hai-kouan.
Art.X. — Le Gouvernement Chinois s'est engagé à aiïicher et
à publier pendant deux ans dans toutes les villes de district des
Ëdits impériaux suivants :
a) Ëdit du i*"" février 1901 (^annexe n» i5), portant défense
perpétuelle, sous peine de mort, de faire partie d'une société
anti-étrangère :
6) Édit du i3et 21 février, 39 avril et 19 août 1901, conte-
nant rénumération des peines qui ont été infligées aux cou-
pables ;
c) Ëdit du 19 août 1901, supprimant les examens dans toutes
les villes où des étrangers ont été massacrés ou ont subi des
traitements cruels ; '
(/) Édit du 1*"* février 1901 Connexe n"* 16), déclarant que tous
les gouverneurs généraux, gouverneurs et fonctionnaires provin-
ciaux ou locaux sont responsables de Tordre dans leurs circon-
scriptions et (ju'en cas de nouveaux troubles anti-étrangers ou
encore d'autres infractions aux traités qui n'auraient pas été
immédiatement réprimées, et dont les coupables n'auraient pas
été punis, ces fonctionnaires seront immédiatement révoqués
sans pouvoir être appelés à de nouvelles fonctions ni recevoir de
nouveaux honneurs.
L'aiFichage de ces Édits se poursuit progressivement dans tout
l'Empire.
Art. XI. — Le Gouvernement Chinois s'est engagé à négocier
les amendements jugés utiles par les Gouvernements étrangers,
aux traités de commerce et de navigation, et les autres sujets
touchant aux relations commerciales dans le but de les faciliter.
Dès maintenant et par suite des stipulations inscrites à Parti-
rie VI a
ÉPILOGUE
l (le l'indt'TiiniU-. In gouverneinonl chinois s'ong
I l'amùltoraliuii (iii cours des ^ivi^^cs iVi-llo
lloumig'pou, coninii' il est dit ci-drs.ious :
u) Les lrn\au\ il'anu'lioralioii do la lia viyat loti du Peî-I
commences en i8tj8 avec In coo()ération du gouverneinenl c
nois. ont l'ié repris sous la Direction d'une commission iiil
nationale.
Aussilùl après ^uc l'AdminTsIration de Tien-lsin aura
rcmisi'tiu (ioiivernemeiil chinois, celui-ci jtourra se faire rep
sciilcr dans celle (Jonimissiim. cl versera chaque année i;
somme de soixante mille haïkouaii taèls pour l'cntrclien i
h) il est créé un Conseil lluvial iliaifçé de la direction et
contnMc des travaux de rectilicalioii du noiiaiig-|iou et d'an
iioralioii du cours de cette rivière.
O cimscil est composé de menihres représeï liant les inlér
dn (iouvernenienl chinois et ceux desélran^rs dansleeninniej
niarilinie de CliaiiK-Haï.
IjCs frais nécessités par les travaux el r.\dminiKtration génér
de l'enlccprise sont évalués à la somme annuelle de ijua
cent soixante mille haïkouan taëls pendant les vingt preniièi
Cette sonnne ser» fournie par moitié par le Gouvemenie
chinois el par les intéressés étrangers.
Le délai! de-> stipulations se rap|>orlant à la composition, a
altrihutions el au\ revenus du Conseil lluvial fait lohjct
r.mnfjce »■• 17.
\ht. \II. - Ln édit im[HTial du a ^4 juillet 1901 (amie
I," iH). a réformé llJlIiei- des Alfaires élranfiéres (Tst.umj
1 iimfn'). dans le sens indiqué par les i'iiissanees. c'est-à-dire i[ii
la transformé en un Miiiislère lies Alfain-s étrangères ( H ai-wi
jiuii) qui iireiid rang avant les six autres ^linistères d'Klat.
Le méuie hdit a nommé les |irincT|)aux incmhres de
Un accoi'd s'esl élahli également au sujet de la mo«lilicalii
du cérémonial de Cour relatif à la nVcptron des Représentai
étranfpTS et a fait l'ohjet de plusieurs Voles des l>léni|K>tentiaii
rhinott résumées dans un uiénioraiiduui ci-jninl (nniiere n* ii|
Kntin il est expressément entendu que. pour les d>'>claralio
^U^r.éllUllcées et les documents annexés émanant dcA l'Iénip
te ntia ires étrangers, le texte franv^is fait seul foi.
MORT DE Lï HOL^G-TCHANG, 7 TtOVEMBRE I9OI 545
Le Gouvernement chinois s'étanl ainsi conformé, à la satisfac-
tion' des puissances» aux conditions énumérées dans la Note
précit(!^e du 22 décembre 1900, les Puissances ont accédé au
désir de la Chine de voir cesser la situation créée par les désor-
dres de Tété 1900.
En conséquence les Plénipotentiaires étrangers sont autorisés
à déclarer au nom de leurs Gouvernements que, à Texception
des gardes des Légations mentionnées à Tarlicle Vil, les troupes
internationales évacueront complètement la ville de Pé-King
le 17 septembre 1 901, et, à l'exception des endroits mentionnés
à l'article IX, se retireront de la province du Tché-li,le 23 sep-
tembre 1901.
Le présent Protocole final a été établi en douze exemplaires
identiques et signés par tous les Plénipotentiaires des Pays con-
tractants. Un exemplaire sera remis à chacun des Plénipoten-
tiaires étrangers et un exemplaire sera remis aux plénipotentiaires
chinois.
Pé-King, le 7 septembre F901 ^
MORT DE LI HOUNG-TCHANG, 7 NOVEMBRE I9OI.
Li Houng-tchang survécut peu h la signature du Protocole.
Les négociations l'avaient fatigué et le départ de Pé-King du
prince K'ing à la fin d'octobre avait fait retoniber tout le poids
des affaires sur le vice-roi du Tché-li ; Li était d'une faiblesse
extrême, mais en réalité, il vivait dans son atmosphère habi-
tuelle d'intrigues et de luttes, et sans aucun doute, il se
serait rétabli malgré son grand âge, trompant une fois de
plus ceux qui, si souvent, avaient escompté sa mort ; mais
se sentant mieux, Li voulut manger de ces pâtisseries lour-
des fabriquées dans le Nord de la Chine dont il était très
friand, et ce fut une prosaïque indigestion qui, le 7 novem-
bre 1901, enleva à 11 heures du soir à Pé-King, le dernier
et, sans doute, le plus grand représentant de la politique
inaugurée en Chine en 1860.
I. Chiiie. Juin-octobre 1901, pp. i4-2o.
GOBDISR. III. — 35
ACCORD ErtTItE LA GRANDE BRETAGNE ET LE JAPON
3o JANVIER igoa
Les gouvernements de la Grandi'-Brela^ne et du Jagran,
par le seul désir de maintenir le sliilii i]uo et la paix gi'néfa
Extrême-Orient et, en outre, HiH'cialpuirnt intéressés à main
l'indépendance de l'empire de la Cliine et de l'empire de la <
et h assurer des facilités égales dans ces deux pays au cornu
et à l'industrie de toutes les nations, conviennent par les
sentes ce qui suit :
Article premieh. — Les liaulos parties contractantes, t
mutuellement reconnu l'indépendance de la Chine et t
Corée, se déclarent entièrement dégagées de toute leni.
agressive contœ l'un on l'autre de ces dcu\ pavs.
Ayant en vue toutefois leurs intén'U spi^iaux dont ceu\
Grande Bretagne se réf^ivnt principalemeni à la Cliine, t
que le Jajion, en outre des inléréls qu'il [kiss^c en Cliini
intéresst'- k un degré giarliculier au point de vue politique
liien que commercial cl induslriel en Corée, les hautes |n
contractantes reconnaissent qu'il sera |)erniis à toutes dci
prendre telles mesures qui pourront élre indispensables en
de sauvegarder ces intérêts, s'ils sont menacés, soit par l'a'
agressive de toute autre puïssanct*. soit par des troubles en (
ou en Corée nécessitant l'intervention d'une des deux II.
parties contractantes pour la protection de la \ie et des biei
ses sujets.
Art. -j. — ' Si la Crandc' Bretagne ou le Japon pour la dé
di's inléiéts respectifs ci-dessus décrits, étaieiil inq>liqués
une guerre avec une autre puissance, l'autre haute partie
tractante gardera une stricte neutralité et fera ses elTorts
einpéclier d'autres puissances de prendre part aui liost
contre son allié.
.\ht. 3. — Si. dans le cas piV-cité. toute autre puissanc
toutes antres puissanix-s prenaient |iart mix linstililés contre I
alliée, l'autre [uirtie coiilraclanle viendra à son aide et (t
^crre en coinnuin avec elle et cunchiera la [laix d'un coin
accord.
Art. /(- — Les hautes parties contractantes convicnncnl
ni l'une ui l'autre ne conclura, sans consulter l'autre . d'ai
ACCORD ENTRE LA GRANDE-BRETAGNE ET LE JAPON 547
séparé avec une autre puissance au préjudice des inlérols ci-dessus
décrits.
Art. 5. — Toutes les fois que de l*avis, soit de la Grande-
Bretagne, soit du Japon, les intérêts ci-dessus mentionnés seront
en péril, les deux gouvernements communiqueront l'un avec
l'autre pleinement et franchement.
Art. g. — Le présent traité devra entrer en vigueur aussitôt
après la date de sa signature et rester elTectif pendant cinq ans à
partir de cette date.
Dans le cas où ni Tune ni l'autre des parties contractantes
n'aurait notifié douze mois avant l'expiration de ces cinq années
l'intention d'y mettre fin, le présent traité devra les lier jusqu'à
ce que l'une ou l'autre des deux hautes parties contractantes
l'aura dénoncé. Mais si, quand arrivera la date fixi^c pour son
expiration, l'une ou l'autre alliée est engagée dans une guerre,
l'alliance devra ipso facto continuer jusc|u'à ce que la paix soit
conclue.
En foi de quoi, les soussignés, dûment autorisés par leurs
gouvernements respectifs, ont signé ce traité et y ont apposé
leurs sceaux.
Fait en double, à Londres, le 3o janvier 1902.
Signé : Lansdowne,
Principal secrétaire d'Etat de Sa Majesté Britannique
aux Affaires étrangères.
Hayashi,
Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire
de Sa Majesté l'Empt^reur du Japon,
près la Cour de Saint-James.
Le texte de ce traité a été adressé par le marquis de Lans-
downe à sir Claude Mac Donald, ministre d'Angleterre à Tokio,
dans ime lettre datée du Foreign Office, 3o janvier 1902.
Le secrétaire d'Etat y déclare que ce traité peut être regardé
comme le résultat des événements qui ont eu lieu pendant les
deux dernières années en Extrême-Orient, et de la part que la
Grande-Bretagne et le Japon y ont prise. Les deux puissances
ont agi dans des vues similaires. Lord Lansdowne attire spécia-
lement l'attention du ministre sur les articles 2 et 3. Il ajoute
que le gouvernement anglais s'est décidé à conclure ce traité
avec la conviction qu'il ne contient aucune clause qui puisse être
regardée comme une indication de tendance agressive ou égoïste
dans In ré^^iunï auxquelles il s'applique. C'esl une mc!
précaution pour la défense d'importants interdis anglais
e aucunement la position actuelle ou les intér^i
times d'autres puissances.
Il conclut :
Le gouvernement de Sa Majesté espère i]UO le traité ;
tourner au mutuel avantage des deux pays, qu'il contr
Inticn de la paii et. dans le cas ou cellc^i serait tn
rcusement rompue, qu'il aura pour eiïet de restreindre le i
des hostilités.
ACCORtk FRANCO-RUSSE, IQ MARS ig03.
Les journaux de Paris du 20 mars suivant renfern
le communiqué suivant :
Les représentants diplomatiques de la France cl
Russie imt donné aujourd'hui communication de la dé
lion suivante aux ministres des alîaires étrangères des
snnces signataires du protocole de Pé-king du 7 septc
u l^s gouvernements alliés de la France et de lu Itu.'uie
reçu communient ion de la convention anglo-japonaise du Hi
iclue danft le hut d'assurer le statu «yiiu et Iî
I E.\tn* nie-Orient et de iitaintenir rind<^en<)ar
la (îhine et de la Girée. qui doivent rester ouvert<-s an
9 l'industrie de toutes les nations, ont été plein*
switi-ffuîts d'y tromer l'alTinuation des principes ess<>nliels
«mt eui-mi^mes. ù plusieurs reprises, déclan' constituer e
■lit la base de leur |)oIitique.
B Les deux gouvernements estiment que le res|>ecl il
priiu'i]»» e«l en même tenqts une Liurantie |X)ur leurs in
K|)i'-ciaiii en blxtréme-Orient. 'l'oiiteriiis. ohli^i'-s d'envisngfT
où. soit l'action a^'r<-s.<iive de tierces pnissunci^
\ troubles en diine. nieltaiit l'ii qncsiinn l'inti
et le libre dévelop|)enient de celle piiissaiici-, deviendraient
menace [wnr leurs propn-s iiilén'-ls. les deux gouverner
alliés se réservent d'aviser évcntuellomenl aux moyens
■regarde, n
TRAITÉ RUSSO-CHINOIS, 8 AVRIL I9O2 5^9
TRAITÉ RUSSO-CHINOIS, 8 AVRIL IQOa
Los Empereurs de Russie et de Chine, dans le but de restau-
rer et de ralTermir les relations de bon voisinage interrompues
par la crise de 1900, ont nommé comme plénipotentiaires
M. Lkssar, le Prince K'ing et Wang Wen-chao, pour régler cer-
taines questions concernant la Mandcliourie, lequel règlement a
abouti aux stipulations suivantes :
Article premier. — L'Empereur de Russie, désireux de don-
ner une nouvelle preuve de son amour de la paix et de ses
sentiments d'amitié pour l'Empereur de Cbine, bien que, sur
dillérents points de la Mandchourie, touchant la frontière, les
premières attaques aient été faites contre la population pacifîque
russe, consent au rétablissement de l'autorité cliinoise en Mand-
chourie, qui demeure portion intégrale de l'Empire Chinois, et
rend à la Chine le droit d'y exercer les pouvoirs administratifs et
souverains comme avant l'occupation du paysparles troupes russes.
Art. 3. — En reprenant possession des j>ouvoirs administra-
tifs et souverains en Mandchourie, le gouvernement chinois
conlirme, h la fois au point de vue de la durée et sur tous les
autres points, et s'engage à observer strictement les stipulations
du traité conclu le 8 septembre 1896 avec la Banque Russo-
Chinoise. Le gouvernement chinois s'engage en outre, confor-
mément à l'article 5 dudit contrat, h protéger de toutes façons
le chemin de fer et son personnel, et à veiller aussi à la protec-
tion de tous les sujets russes vivant en Mandchourie et des
entreprises créées par eux. Le gouvernement russe, de son côté,
en raison de cette obligation assumée par la Chine, consent,
tant qu'il n'y aura pas de trouble quelconque, et si la conduite
des autres puissances n'y vient opposer aucun obstacle, à retirer
graduellement toutes les troupes russes de la Mandchourie de la
façon suivante :
à) Dans le courant des six mois suivant la signature de la
convention, la partie Sud-Ouest de la province de Moukden,
jusqu'à la rivière Liao, sera évacuée par les troupes russes et le
chemin de fer remis à la Chine.
6) Dans le courant des six mois suivants, le reste de la pro-
vince de Moukden et la province de Kirin seront également
évacués par les troupes russes.
55o iPiLDoiis
I?) Diirnnt la six autre* mois suivants, la Russie retire
rpsic dr a's troupes de la province de Ile Lounjt-Kian^.
AiiT. III. — l'our prévenir toute future répétition des
hles de ii)oo. auxquels les troupes chinoises stulionnées da
provinrcs frontières de la Kussic ont pris part, les (Icu\ pn
iieinenis s'engagent, aussi Ion-;tem[)s <|uc les trou)>cs msf
seront ]kis retirées, li donner connue instrurtion à leurs au(
militaires respectives de so mettre d'accord afin de fixer le
l>re et de déterminer remplacement dos stations militaire
troupes chinoises en Mandeliourie. La Chine s'en^-agc à n
augmenter le nombre de ses troupes au-delà de ce qui est I
ijui doit être sulTisnnt pour exterminer les brif;ands et pacil
pavs. Après la complète évacualiou |>ar les troupes niss
gouvernement cliïuois aura le droit de fixer luî-mèmp l'e
de SCS troupes dans ce pays, et de les augmenter ou de les i
nuer, mais le gouvorneineiit russe devra Mre immédiate
informé de chaque augnientalion ou diminution do l'cnoct
troupes chinoises, attetidu qu'il est évident que le maintien
nombre excessif de troupes chinoises en Mandchourie nécessi
uneauj^menlatlon de troupes russes dans les districts adjacer
causerait par suite un accroissement dos dô[>enscs militaires,
le pUtsgranddésnvantagedesdeuxpays.Pourlescrviccdcla ]
et le maintien de l'ordre dans l'intérieur eu dehors du tcrriloiri
à la H ChinescEastem Itailway (iompany » les gouverneur)
vinciaux militaires [wurrout lever une gendarmerie chii
montée et à pied, recrutée exclusivement parmi les •
chinois.
Art. IV. — La Uussic s'engage à restituer la ligne du ch
de ferChan-lIaï-Koiian Nieou-lchouang Sin-min-ting, qiiid
la lin de septembre i()00, a été occupée et gardée par les tn
russes, sous ces conditions :
1.— Le gouvernement chinois assumera la seule resjwnsa
de protéger lui-même celte ligne de chemin de fer, et ne lai
aucune des* autres puissances entreprendre ou partirifter
défense des constructions ou ^ l'e^iploitntion du chemin d(
ni ne permettra .'i aucune puissance étrangère d'occuper le
ritoire restitué par la Dussie.
11. — La ligue du chemin de fer ci-dessus indiquée sera
plétée et exploitée conformément à la convention anglo-ru&
ifi avril if^Ofi. et au traité conclu le aS septembre 18(18
ime compagnie privée, la (Jhinc devant observer stricte:
CONCLUSION 55 1
robligation prise par la compagnie de ne pas prendre posses-
sion de ce cliemin de fer et de ne pas s'en dessaisir de quelque
façon que ce soit.
m. — Au cas où le gouvernement chinois songerait soit à étendre
la voie ferrée dans le sud de la Mandcliourie ou à construire des
lignes d'embranchement, soit à établir un pont sur le Liao, soit
enfin à transférer à un autre endroit la station actuelle du chemin
de fer de Chan-IIaï Rouan, cela ne devra être fait qu'après
accord préalable entre les deux gouvernements.
IV. — Attendu que les dépenses supportées par la Russie pour la
restauration et l'exploitation du chemin de fer ne sont pas com-
prises dans l'indemnité que la Chine doit rembourser à la Russie,
le montant du remboursement de ces dépenses sera fixé d'accord
entre les deux gouvernements.
Les stipvdations des traités antérieurs, non modifiées par la
présente convention, relent en pleine vigueur. La présente con-
vention aura force légale du jour de la signature, et les ratifica-
tions seront échangées à Saint-Pétersbourg dans le délai de
trois mois.
La convention a été rédigée en russe, chinois et français, le
texte français devant faire autorité. Elle est signée par M. Lessar,
le prince K'ing et Wang Wen-chao.
CONCLUSION
Nous avons assisté à la lutte du dernier grand peuple se
raccrochant désespérément à une tradition séculaire, repous-
sant tout ce qui peut entamer sa croyance en une civilisa-
tion qui, dans sa période d'isolement, fit jadis sa force, —
et ne prenant à Tenvahisscur q»ie ce qui pourrait plus sûre-
ment servir à le chasser. Transformation et non agonie d'un
peuple.
Dans une visite à M. Wade, Tchoung-Heou, dès 1861,
disait au diplomate anglais, faisant une allusion aux Classi-
ques : « Quand un système a duré trop longtemps, il s'use,
et pour durer doit subir des modifications ; maintenant,
I . liennie, II, p. 78.
553 ÉPtLOCCE
notre système est de cette nature et pour lui permetti
continuer il doit être modifié et transformé '. »
Si cette tran!« format ion était possible, je serais assuréi
de Topinitm de sir Robert Hart :
Ne taiidrait-il pas miem aller doucement et laisser une s
évolution suivre son cours naturel ? C'est la nécessité - — la
cessilé seule — qui montrera ce qu'il Faut ajouter, modifie
rciranclier, et ce sont les Chinois eux-mi^mes qui doivent si
cette n^cssité, non pas l'étranger; autrement, tout? (cnli
d'amélioration, au lieu d'être accueillie, sera rejetée ; au liei
succès, on remportera l'éclicc '.
Mais je ne crois guère à la transformation de la Cl
par ceux qui la gouvernent actuellement. La première
sure qu'auraient dû prendre les allies était de substituer
descendant des dynasties chinoises à l'héritier dégénéré
K'ang-luet des K'ien-loung; autant que la chose se peut, n
nous serions ainsi concilié les bonnes grâces des nnmbrei
sociétés secrètes qui ont pour but principal, souvent unîç
l'expulsion des envahisseurs lartares. Mais la Russi*
malheureusement lié pirtie avec la dynastie mandchoue.
Il ne reste plus que deux survivants parmi les fnncti
naires qui ont joue les premiers rôles dans les trente c
nièrcs années : les deux \ice-rois du Yang-tseu, Li
Kouen-i et Tchang Tchi-loung ; le premier est trop âgé t
second trop hostile pour se mettre résolument k la tète
réformes. Deux hommes mènent en ce moment les aOa
de Pé-King : Jong-lou et Youen Che-k'aï; ils connais!
les dangers de la situation ; mais sauront-ils y parer,
doute. La politique chinoise est aujourd'hui orientée ver:
Japon, ce qui est un double danger pour elle et p
l'Europe.
Les mdie faits qui ont amené la crise actuelle se ramèn
CONCLUSION 553
k ridée simple de lutte contre un ennemi redoutable qui
n'est pas le missionnaire, Tingénieur, le chemin de fer et le
télégraphe, qui est simplement Vetranger avec ses inventions
diabohques. Hâtons-nous d'ajouter que cette Chine n'est pas
la Chine entière : c'est la Chine des fonctionnaires sentant
le danger qui menace l'édifice vermouhi de leur antique
culture, qui opposent des textes de Confucius à Tclectricité,
et cachent par des sophismes le vide des raisonnements. Le
peuple hii-méme est bon, et, débarrassé de cette tourbe de
mandarins qui le pressurent, le grugent et en vivent comme
les moustiques du sang de leurs victimes, il pourrait mon-
trer sa vraie valeur, et, par ses qualités de travail et de sobriété,
servir d'exemple à plus d'une nation occidentale.
Les leçons du passé ne servent en Chine en rien à l'avenir.
La guerre de 1860 est restée ignorée dans la plus grande
partie de TEmpire ; j'ose ajouter à Pé-King même.
M. A. G. Angier, rédacteur en chef du London and China
Express, rapporte la conversation suivante qu'il eut avec un
indigène : Le 3 juin, après que j'eus quitté Pé-King, je
rencontrai un Chinois âgé et je causai avec lui. Je lui deman-
dai s'il se rappelait le jour 011 les troupes anglaises et fran-
çaises occupèrent Pé-King en 1860. Il me répondit qu'il
vivait à Pé-King à cette époque, mais que personne n'avait
occupé Pé-King. Il était vrai que des troupes étrangères vin-
rent près de Pé-King et que le gouvernement leur demanda
quelles affaires les avaient amenées jusque-là. Les étrangers
répondirent qu'ils avaient besoin d'argent. La somme d'ar-
gent demandée par eux étant trop grande, le gouvernement
toutefois refusa de la leur donner. Ils se pressèrent alors en
avant contre les portes. Le gouvernement, ne désirant pas
les combattre, ordonna au prince Koung de leur donner
l'argent qu'ils désiraient et de les éloigner. Le Chinois ne
connaissait pas le fait de l'occupation de Pé-King par les
étrangers, les Chinois ayant été battus dans la guerre. Ceci,
554 ÉPILOGUE
dit M. Angîer, est extraordinaire, mais n'en est pas moins ma
véritable expérience*. »
Les Chinois, Tlmpératrice en tète, nous leurrent en ce
moment ; ils oublieront vite l'occupation de Pé-King de 1900
comme celle de 1860. La Chine ayant mesuré Teffort qu'elle
vient de faire sans réussir, le trouvant insuffisant, dans
quelques années recommencera, après des préparatifs plus
formidables dictés par l'expérience actuelle.
I. The London and China Télégraphe nov. 26, 1900, p. io3i.
ERRATA ET ADDENDA
VOLUME I
P. 86. Vladislnvitch ne put aller à Pé-King. — La relation originale
de l'ambassade de Sava Viadislavitch à Pc-King est un manuscrit de
deux gros vol. infolio, qui se trouve aux Archives de Moscou. Lire:
a Sava Viadislavitch après avoir passé six mois à Pé-King (depuis le
71 octobre 1726 jusqu'au a3 avril 1737) dans de vaines négociations
avec les ministres chinois, est parvenu ensuite à conclure à Kiachta un
nouveau traité (ai octobre 1727). »
P. ^^. Ni Kropotov, ni Timkovski n'étaient des ambassadeurs. Lire :
« Les négociations de Kropotov à Pé-King en 1 768 n'eurent point de
résultats. Plus tard, et notamment le 18 octobre 1768, Kropotov est
parvenu à signer à Kiachta avec des commissaires chinois un protocole
sanctionnant une nouvelle rédaction de l'art. 10 du traité de l'année
1737. Cet article concerne les transfuges, déserteurs, brigandages, etc.
Cf. Klaproth, Mém. relatifs à VAsie, ï, p. l^h et seq. L'amljassade
du comte Golovkine (i8o5) a manqiic complètement à la suite de diffi-
cultés concernant le cérémonial survenues à Ourga. Depuis ce temps la
Russie a renoncé à l'envoi d'ambassades spéciales en Chine. Le renou-
vellement périodique de la mission ecclésiastique ofTrail l'occasion de
traiter certaines affaires de frontière et de commerce limitrophes.
C'était aux employés civils (^Pristav) chargés de conduire la mission
qu'incombait la tâche de négocier, pour ainsi dire sous main, avec les
fonctionnaires chinois. (Timkovski, 1830-31, Ladyjcnski, 1839-1830,
Liubimov, 1889-/10, Kovalevski, i849-5o.) Ce dernier a réussi, pendant
son séjour à Pé-King, à préparer le terrain pour la conclusion du traité
de Kouldja en 18.) i. »
Je dois ces excellents renseignements à S. E. M. le baron F. d'Osten-
Sacken.
i
556 ERR4TA ET ADDENDA
P. 99. Au lieu de « le 4 octobre », lire le « 4 aoAt ».
P. laS, 134. 138. Au lieu de Chan Che Fou. lire Tchan Che Fou.
P. ia6, note. Miao-hao, au lieu de Nien-hao.
P. 128. Au lieu a Princes de Tbung et Tch'ouen », lire « Princes de
Abung et Tch'ouen ».
P. i3i. Au lieu de Sien-houa fou, lire Sinon houa fou.
P. i45. Ligne i3, au lieu de « portugais pour les Portugais », lire
« portugais fera foi pour les Portugais ».
Ligne i4, au lieu de prépara^ lire préparait.
P. 159. Au lieu de laëls 118 126 84 1, lire ii8i25 lacis 84 1.
P. 178. Lire les quatre diagrammes dans l'ordre suivant: Tai-Yang,
ChaoYangy ChaoYin, Tai-Yin.
P. 189. Le guerrier sombre = la tortue.
P. 192. Au lieu de Lin Tsi-sé»w, lire Lin Tsi-siu.
P. 35o, note. W.-H. Lay 6tait le troisième fils de Tradescant Lay, consul
à Amoy ; il est ne en Angleterre le 29 mai i836.
P. 371. Le R. P. Gaillard {Nankin port ouvert^ p. 249) dit que Ma
Sing'i (au lieu de Ma Sin-yi) a été assassiné le 26 août 1870, cl qu'il
expira le i*^*" septembre.
1^- 399. Les extraits de ce traité sont donnés d'après le recueil de W. F.
Majers qui ne parait pas ici fort exact. M. Maurice (Courant a eu
l'obligeance de retraduire ce traité pour moi, et j'espère pouvoir quel-
que jour publier son travail.
P. 472. Lire 5 mars 1873 au lieu de 5 mars i863.
VOLUME 11
P. a8, note. Le général Le Flo est mort en 18^7 et non pas en 1877,
INDEX ALPHABÉTIQUE
A. V., voir Vissièrc, Arnold.
Aalst, J.-A. van, lll, 439.
Abels. Mg*- C, m. 473.
Abonda Ablaï Taichi, H, i64.
Adam, Marie-Joseph, 357-
Addosio d*, III, 5i5, 535.
Ader, 4i-
Adkins, 3o6.
Adran, évêque d\ II, a46, a^Q»
a5o, a5i.
Aertselaer, Mff, III, 473.
Agar. II, 3 19.
Agliardi, II, 6o3.
A-gong, II, 7a.
Agustinha, 5i3.
Ahmed Kouli, II, 187.
AïGOUN, traité, 89-90.
Aiguebelle, Paul d', 317, a35, a5o,
254, a5a, a54, ^55, a56 ; III,
334. 335.
Akagi Kan, III, a49.
Akitsushinift, III, a5o.
Alabastcr, C , II, i4o.64a.
Alarme, III, 108.
Alaska, 39a.
Alba-Salcedo, II, i4o.
Albenga, d', II, 44o.
Albrechl, lll, a48, a49.
Aibuqucrqiie, A. d', i4i.
A /ces te, i/|.
Alcock, sir Rulherford, i36, i5q,
161, a47, 357, 258, 359, a7§,
390, 3o5, 3o6, 307, 3ia, 3i3,
3i5, 3i6, 3i8, 33i. 394. 395,
396, 493, 494» 509, 559-560 ;
II, 149.
Alcock, Convention, 306.
Aleni, Jules, 337.
Alexandre VII, III, 485.
Alexandre II, II. 17a.
Alexandre III, III, 339.
Alexiewicz, J., 8a.
Alexiewicz, P., 8a.
Alger, III, 334, 335.
Algerine, a8o; III, 5 10.
Allen, CF. R., 558, 56i.
Allen, H. J.. Il, 58i.
Allen, Richard, la.
Allonge, III, 119.
Alompra, 536, 537, 538, 547.
Alo-to, voir Ila-Io-to.
Alouette, III, i3o.
Alphonse V, II, 6a 5.
Alphonse XII, H, 3oo.
A lia California, 3a i.
Alves, Cap., 537.
Amaral. J. M. F. do, i43, i45.
Amfrican Boapd, Com. Foreign
Missions, 98, a76.
Amherst, Lord, i4, 539, 54o.
Amiot, III, 487.
A-mou-eul-ling-kouei, III, 67.
Amoursana, II, i65.
Anadyr, II, i33, i4i.
Anderson, D«' John, 55 1, 56o, 56 1,
562.
Anderson, Lient. R. B., 9a.
Anderson, Thomas, 56a.
Andreoni, Marie C, 356.
Andromaque, ao5.
Angell, James B., II, 161, 399.
Angier, A. -G., III, 553, 554.
558
INDEX ALPHABÉTIQUE
Annamile^ H, 386, 433.
Anouilh, Mgr J., 41, 4a. Co, 62;
II, 62G.
Anson, Gommodore, i3.
Antilope t iSg.
Anzer, J -B., II, 417, 4i8. 419.
421, 422; m.. 05. 74, 75, 76,
77, 81, 83, 84. 85, 86, 87, 47'i.
Appin, 36 1.
Archer. J.-W., III, i44. i45, i46.
Archibald. III, toi. io3.
Archimèdet 17.
Arcotiii, i34. i36, 137. i4i ; m.
35 1 .
Arendt. II, 56, 3o6, 307; III, 24.
Arène, J.. M, io5, ii5, 116, 117.
i54, 286.
Arieile, II, 252.
Arminjon, V., i5o, i5i.
Armstroiig, II. i45.
Arnal, J.-B., 60. 61.
Arnoux, Vicorale d', 325.
Arroiv, 19.
As/iuelot, 326, 5o3.
Aspic, 33o, 369 ; H, 5o6.
ASSADA MkRCIIANTS. 12.
Aston, W.-G , 11.587, 588.
Atago, III, 532.
Atalante, II, 383.
Auckland, Lord. 545. 557.
Audacious, II, 5o; III, 22.
Auffrel, III. 533.
Aumattrc. Pierre, 267.
Ax'tty II, 187. 324.
Avery. B.-P.. 484; II. 20. 62.
Aveyron, II, 3o2.
Avoti, 36 1.
Aymeri, M. -A., 369, 388.
Babcr, E.-C. 195, 487 ; 11, 43,
44. 65, m. 67.
Bacchante t 11, 252.
Bacourt, Kourier de, 325, 342.
Badcns. (^ol.. 11. 383, 48o.
Badoun Meng, 537, 538, 539, 544-
Baîan Adsliaii, II, i65.
Baikov. Fpodor. I, 80.
Bailloud. III, 530.
Baldus, Mgr H., Oo, 62, 43o
Balfour, (î , (iap., 492, 493, 494-
Balfour, III. 3O7, 37Ô.
Ballaarat, III, 4 12.
Ballance, T.-F.. 11 5.
Ballhausen. Baron L. de, i35.
Balliouzek, L. de. ii5, iSg
H.
Balliouzek, M'"c de. 1 39-140.
Banci. M^r. III. 4-74.
Banson. Col., 5^5.
Baptifaud, J.-J.-M.. 529.
Baraton, III, 1 12. ii3.
Bargain, 111, 533.
Baring & C", 11. 23i.
Bark, P., 111. 3ii.
Barncs. 277.
Barnes, T. W. IIÏ, 393.
Baron, J.-S., Il, 365.
Barradale. Hev. J.-S.. II. 3i.
Rarrosa, 326.
Barrow, John. II. 25o.
Barthélémy Saint-Hilaire. 11. 220.
243. 3i5. 3i6. 317, 319. 33i,
332.
Barton. D""., ii4-
Bassov. 355.
Bastard, résident, III, 109.
Bastard. (bonite L. de. 49-
Bastide, de la. II, 387.
Basuiau. H . 369.
Hata\'ia, II, 5o6.
Balhory, Etienne, 79.
Batiakov, 11, 1O6.
Baude de Maurcelcy, II, 3'45. 347-
liaxard, II, 382. 383. 474. 5i3,
5 18, 548.
Beasant, 111, 248.
Beauclerk, W.-N., 1 60 ; 111. 20 '4.
3 10.
Beau lieu. L.-B., 267.
Beaumont. .Vmiral de, 111, 289, 323.
334, 335, 375.
Beauteinfis- Beaupré. 111, 3-i3.
Béchct, Pore, 11. 383.
Befbe. C-Cî., 30 1.
Bell, \ mirai, 53o.
Bell, Marv, voir Kudiand, Mrs.,
^ I i-
Bcllonet, II. de, i.'j9, 2O2, 268, 269.
273, 509.
Below-Saleske. III, 5i6.
Benavidos, 626.
Benicia, 392.
INDEX ALPHABÉTIQUE
Benoîl XIV, 5a ; IIl, 484, 485, 486,
488, 489.
Beresford, Lord G., III, SgG.
Berg, A., i35.
Bergen, v., III, 5i6.
Bermyn, Mg"", III, 473.
Bernard, G., III, 18.
Bernard de Ste-Thérèse, III, 48o.
Befneux, Mgr, 2G6, 267, a68.
Berl, Paul, II, 567; 111,482.
Berteaux, F., III. 466, 467.
Berlhe de Villcrs, II, 347» 35 1, 379.
Berthelot, M., III, 33a.
Berlhemy, J.-F.-G., 69, 70,71.76,
i33, i44, i48, i49* a6a, a64.
267, 272, 279, 391, 429. 452 ; II,
6o5, 612, 627; III, 76, 337.
Berlhemy, Coxvfntion, 52, 68, 70,
72, 73', 75, 75-77, 78.
Bcrlhollct. m, 393.
Berlin, III, 487.
Berlrand, Julien, 60, 62.
Bc'îsi. Mgr L. de, 4q3 ; III, 73.
nesi, Mgr L. de, ^QJ ; ni, 70. , Dorgnis-uesDordes, 11, d:
Bezaure, Vicomlc G. de. 4i4f 529; Bônase, Cap ,117, ao6.
11,34,35.544; 111.8. 43i, 438,
439, 444, 5o2, 5 18.
Biassi, C., i5o.
BibUolheca Sinica^ voir Gordier,
Henri.
Bichol. Col.. II, 48o.
Biddle, Commodore, 98.
Biegelebcn, de, III, 107.
Biel, MKr, III, 324, 325, 476.
Billequin, Anatole, 325.
Billol, Albert, II, 363. 396, 4i2,
521, 024, 525, 526, 536.
Bismarck, Prince de, i35; II, 28,
220; m, 99.
Bismark, i35, 476, 477» 479» 48i,
482. 483.
Bissachère, P.-J.-L. de, II, 253.
Bizeul, II, iu3.
Blacquc Bey, 292.
Blaine, III, 259.
Blakislon, Cap., ii4-
Blancheton, Ë.-J., 464* 486, 529;
II, 139, i4o-
Blanquct, !xi.
Blalchley, Miss, 277, 278.
Blot, Commandant, 47-
Blundell, E.-A., 545.
559
Bobillot, sergent, II, 5iS.
Bock, G., III, loa, io3, io4, io5,
ao4.
Bodoahprâ, 537.
Boermans. Mgr., III, 74.
Bogolavsky, II, 173, 174.
Bohannon, Annie, 278.
Boisset, Th., II, 5 18.
Bonaparte, II, 25 1.
Bonard, Amiral, II, 257, 258. a6i.
Bonaventnre, III, 4 12.
Bonham, Sir George, 198.
Bonicho. 4i.
Bonin, G.-E.. 195 ; III, 5oo.
Bonnard, J.-L., II, 257.
Bonneau, Commandant, III, 176.
Bonnefoy, 217.
Bons d'Anty, III, 92.
Boone, W.-J.. 494.
Bore, Eugène, 33o.
Borel, 256.
Borel frères, 357.
Borgnis-Desbordes, II, 522.
Boronito, voir Bourhan ed-Din.
Bory, Commandant, III. 116, 117.
118, 119, 120, 122, ia3, ia4.
ia5.
Bouet. Gén.. Il, 38o. 383, 48o.
Bouët-Villaumez, H, 507.
Bougeard, fil, 533.
Bouinais, A., II, 383 ; III. 9. i3.
Boulger, D.-G., II. 179.
Bourayrte, II, a66.
Bourbon Ion, de, 40,48,69. 108, 109,
lia, ii3, i3i, 137, i38, i3q,
i4o, i4i» 147, 198, aoi, 49^,
5i5; II, 634, 635.
Bourboulon, M'"« de, i4o.
Bourcier Saint GhalFray, II, 566 ;
III, 9, ii-i3.
Bourée, F. -A., 71, 73 ; II, i4o,
146, 172, 208, 2i3, 2i4, 219.
307. 3o8, 309, 3i5, 3i8, 319,
320, 321, 322, 324, 328, 332,
3^1, 354, 355, 356, 36o, 36i,
362, 363, 364, 365, 366, 367.
368, 370, 372, 373,. 374, 375,
377, 378. 38o, 394, 397, 485.
576. 58i. 585, 586; III. 7. 335.
Bourgeois. F. , III, 48a,
56o
INDEX ALPHABÉTIQUE
Bourgogne, D«^*''*«', III, /JSa.
Bourgoinc. (^ap., ii8.
Bourhàn cd-Din, II. iG5, i60.
Boulet, HI, 335.
Bouvet, J., 5i ; II, 6ii ; HI, 48i.
Bouyanlai, II, 170.
Bouzourk Khan, II, 171.
Boweo, Sir G. -F., Il, 4o3, /io5,
5ii.
Bowers, (îap. A., 55 1.
Bowlb)-, T.-VV^, 9a.
Bowring, Sir John, i53, 395.
Bowycr, 27C.
Boyer, Mgr, II, 58i.
Brabazon, Cap., 4o, 9a, la^.
Brancati, K.,\/i9i.
Brandt, M. -A. -S. von, i34. i38,
392; II, ao, 27, a8, 3o, 62, 74,
9'^, o'j, 97. 119, i36, i'44. i5o,
i5i, i5a. i55. i50, 157, i58,
iGo. 193. 195, an, 34 1. 375,
Aa3, ii'i, 578,579, 036; III, ai,
a3, a4, 25, /ia, 43. AO, 54, 50,
05, 75, 7O, 83, 84, 98, 99, 208,
211, 35().
Brandy wi ne ^ 98.
Braun, III, 35o.
Bray. (i.. III. 474.
Bredon, Alexandre, i()0.
Bredon, Robert E., lOO.
Brenan, Byron, 487.
Brenicr de Montmorand. Général,
II, lui.
Brenicr de Montinoran<l, Vicomte,
71, 252. 495, 499; II» 74. SS,
89, 90. 9a, 9'i, 101, 102, io3,
iu4. ioO, m, ii5. 119. 129,
i3i, i32, 139. i4o, i4i< i44.
i54, i55. 157, 159, i8'4, 285,
28O. 3o0, 304, 305, 038.
Brennan, Major, 2a 1.
Bresson, Vicomte de, II, 3ui, 319.
Breteiiièrcs, S.-M.-A.-J. Uanferde,
2O7.
Brcwer, III, 100.
Brice, Keiu', III, 3o0.
Bridgman. K.-C, 98, 27G, 291.
Brière, H, 434-
Brièrede l'isie, (ién.. Il, 483, 484.
5i0, 517, 523. 548.
Bkitish and Foreign Bible Society,
27O.
Broglie, Duc de. II. 244. 275.
Bromfield, Thomas. 12.
Brooks, S. M. W m. 458. 459.
Brown, Major-Général, aaS, 225.
Brown, J. Mac Lcavy, a84, 289,
294, 3oa ; III, a34.
Brown, Rév. M., i36.
Brown, T. -M., II, 29.
Browne, J. Ross. a8a, 3o4, 320,
3ai, 322.
Browne, Col. Horace A., 56o. 56 1,
5O2, 563. 504. 565. 567; il. 4i.
44, 45, 03, 71. 85.
Bruce, Sir Frederick W.-A., 40,
43, 44, 45, 112. ii3, ii4, i48.
i56. 201, 211, 221, 222. 2a6.
257, 283, 284, 291. 395.
Brueyre, Benjamin, 493.
Bruguière, B., 2OO.
Bruguiore. J., III, 472.
Bruwacrl, F.-E.. H, 552, 565.
Buchanan, D**., 538.
Buissonnct, Eugène, 495.
Bulow, von, HI, 355.
Bunsen, Von. i34.
Burgevine, H. -A., aoi, 219, aao.
222, 225.
Burlinganie. Anson, 99. 102, 166.
232, 24'4, '2i\o. 282, a83. 284.
285, 28O, 287, 288, 289. 291.
292, 39^1, 295, 29O, 298, 3oo,
3oi, 3o2, 3o3, 3oi, 320, Sai.
321. 323, 33 1, 4o6, 4ii. 453;
H, 53, m.
Burn, F-N., 55 1.
Burnetl, III, 38o. 38 1.
Buniey, Major H., 544» 545.
Bushcll, D-- S.VV., H, 3i.
fi as tard, 280.
Butor, III, 533.
Butterficld, HI. 428.
Butzov, Eugène, ii5. 322, 363,
378. 483, 487, 488; H, 55. 56,
O2. 7'i, 92, 93. 97, 119, i56.
ai4.
ai;i.
175, 182, i85, 188,
218, 224, 23i, 238, a4o, a86 ;
III, 29.
Caillât, HI, i43.
Calais, A.-N , 267.
INDEX ALPHABÉTIQUE
56
Calder, ^^'i.
Calice, Chev. H. de, Sig.
Callac. III, 535.
Callado, Ed., Il, 3a.^, 3a5, 327,
33().
Callery, J.-M., 16, 17, 1G8.
Cambon, Paul, III, i^'|3.
Campbell, Sir Archibald, 54o, 5\2.
Campbell, C. W., III, '11/4, /n5.
458.
Campbell, James Duiican, i04; 11>
519, 520, 521, 022, 52^1, 525,
52(), 527, 536 ; 111, 3o.
Campenon, Commandant puis géné-
ral. /'l'A.
Canb, Prince, II, 24O.
Canning, 539.
Carabine y 11, 35 1.
Carcer, de, II, 21.
Cariati, Prince de, III, 82, 83.
Carlassare, E., Il, 643; III, 47'j.
Caries, W.-K., II, 587.
Garli, M., III, 45o.
Carnot, Prés., II, 575; 111, 34, 112.
(^art. Cap., 159.
Carleron, H., II, 522, 523.
Cartwrigbt, W.. III, 2.
Carvalho, MKr de, III, 476.
(^asimir-Pcricr, III, 197.
Cassandre, III, 5oo.
Cassiiii, Comte, 110; III, 48, 66,
67, 92, 98, 99. 194. 197' ^OU'
2o4« 208, 3oo, 809, 339-341,
343-8, 507.
Cassiniy 198.
Castelin, 111, 1 18.
Cathcart, Col , i4.
Catlierine, 86.
Catinatf II, 257.
Catlelin, (]ap.. Il, 5 18.
CauHîed, Cap., III, i43, 161.
Cavalieri, III, 532.
Cecilia^ 5i3.
Cécille, Amiral, II, 256.
Cenlurion, III. 535.
Cetto, Baron de, III, 86-
Chabricres. xV., 111, 3ii.
Cbads, 11. -D., 542
Cbaillet, III. 177.
Chaillet. M"'", III. 177.
Cbaigneau, Eugène-Louis, II, 256.
GORDIER.
Cbaigneau, J.B., II, 202, 253,
255, 256.
Cbaigneau, Michel Duc, II, 252.
Cballaye, C.-A., 16.
Cliallemaison, 355, 359, 383, 386.
Cballemaison, M"™", 359. 386.
Cballemel-Lacour. II, 362, 363,
366, 368, 370, 373, 38o, 393,
399, 4oo. 407, 4 10, 576.
(Jiamberlain, III, 44 1.
C^bamot, III, 527-8.
(^bampeaux, P. de. II, 387, 392,
48i. 482.
Cbampenois, III, 112, ii3.
Champion, II, 5o6.
Champlain, II, i46.
Cban-K'ing, III, 16, 21.
Cban Tcb'ouen-t'ang, III, 75, 76.
Cbanès, III, 463, 466.
(jbang-tcu, 385.
(îbang Ti, 208, 337.
(îbanu. Commandant, 11. 347.
(îbanzy, (îén., II, 317.
Cbaotsiuan, 70.
Cbao Yu-lien, III, 258.
Cbao-yung, III, 248, 249.
Cbapdelaino, Aug., 19, 37. 38
Cbarles 111, d'Espagne, III. i63,
166.
Cbarlus, de, 17.
Cbarmot, 111, ?482.
Cbarner. Amiral, 4o, 93 ; II, 257.
Cbarpenlier, III, 176.
Gbarrier, 5o3.
Cbasseloup-Laubat, II, 262.
Cbastan, J.H., 266.
Gbatagnon. i^^^f^ III, 323, 475.
Château- Renaud, II, 383, 5o6.
Chateaubriand, Vicomte de. II, 252.
Cbaudordy, de, 4o^, 529; II, 367.
Cbaumont, de, III, 48i.
Chausse, Mrf^ III, 327.
Chauveau, M»?'' J.. 60, 61; II. ^4-
Chavanne, III, 535.
Chavannos. Ed., II, 9.
Cben, 256, 436.
Cben Kouci-len, II, 56, 157, 160,
2i4< 219.
Cben Houng-ping, 229.
Cben Ping-lch'ang, III. 9. 24-
Cben Paotcheng, 533; H, 103,
III. — 36
563
INDEX ALPHABÉTIQUE
io4, io6, 107, i5A.
Chen Son-fa, 11, 34-
Chen Wou-tse, III, aiS.
Chen-yuen, 111, 2^8, 249.
Cheng, II, laa.
Gheng Hiuan-houei, III, 896, 4o5.
Ciheng Pao, i34» 127, ia8.
Cheng Shuen-houi, 111, 91, 9G.
Chcng Tao-taï, 106; III, 38o, 386,
387, 394, 5i8.
Cheng Vou A"/, voir Wei-Youen.
Chercng Donduk, II, i65.
Cheshire, III, a4» ao4.
Chesler, Lieutenant, 543.
Chc-lo, voir Li, prince.
Cheun Kouei feun, 4 16.
Chevalier, S., III, 477-
Chevrier, CM.. 353, 355, 356,
358, 359, 383.
Chevrillon, 317.
Chi Chen, III, a4.
(îhi Tao-taï. 33a.
Chi Ta-k'aï, 195.
Chi-Tsoung, voir Yong-Tcheng.
Chichkine, III, 507.
Chih-yuen, III, a48, 249.
Chin, II, 555.
Chin-Noiig, 179.
Chin Tchan-lin, ia4, ia8.
Chintsoung, ia6.
Chin-tung, III, a48.
China, 374.
Ch'ing, Prince, voir K'ing, Prince.
Chiug ruerit III, 248, a54-
ChipofT, J.. III, 3i2.
Chttose Afaru, II, 589.
Choale, III, 448.
Choshii, 399.
Chou In-choun« II, 37.
Chou*ki, 11, 9G.
Chou Yong-laï, 334.
Chouen-Tché, i83, i85; II, 18.
Choulet, III. 473-
Chouvellon, III, 475.
Choun, 248.
Christmas, Cap., III, 121, laa.
Christmas, M""*, III, 124.
Chu Sien-foh, III, io4.
Chung, tao-taï. Il, 108, no.
Chung Ring, III, 4ii-
CuuRcn OF Englaivd Miss. Soc.,|
276.
Churchill, Randolph, III, 18.
Clarendon, Lord, 2g5, aQÔ, 3oo,
3oG, 3i3, 3i4< 33i.
Clarke, F. S., III, i44.
Claudel, III, 335.
Clavelin, Slan., 198, 200, 35C.
Clavelin, Sœur, 356.
Clément VIII, II, 6a5.
Clément IX, III, 48o, 485.
Clément X, II, 6a5.
Clément XI, III, 483, 485.
Clément XIÏ, III, 485.
Clément XIV, 5i.
Clémente, Mg"", 111, 475.
Clercq, de, II, 375.
Cloué, Amiral, 11, 3i6, 817.
Cockburn, 111, 2o4.
Cockchafery 281.
Cockerill, John, III, 38o.
Coellio Amaral, de, i43.
Coëttogon, 326, 342, 344.
Cogordan, G., II, 527, 548, 552,
553, 554. 555, 565, 566, 567.
636 ; III, 8, II, 22, 35.
Colbert, 111, 48i.
Colfax, 292.
Colibri, III, 109.
Collas, III, 533.
Collin de Plancy, V., II, 446, 453,
555, 507, 637, 639; m. 24.
Collineau, Gén.. 2. 4()-
Cologén, B. de, m, 4i<>. 5o3. 517.
Colorado, 392.
Coltelli, 111. 473.
Colunihia, 5i3.
Comète, III, m, 116, 117, 118,
119, 120. 121, 122, 123, 124,
125, 323, 327.
Coney. Cap., 243.
Confucius, 169, 340, 34i). 420, 438;
II, 201, 202, 334, 6^2 ; 111. 73.
77, 85, 4i3, 400.479-4^2,484.
485. 488, 490, 553.
Confucius, 21 3, 2i4. 21 5, 217.
Conger, III, 893, 517.
Conger, Mrs., 111, 4^3.
Conraux, L.-D., Il, 58i, 582.
Constans, Ernest. II, 566, 567, 568,
569, 572, 574. 575, Go4, 6i4.
616, 617, 618. 620, G21, 62a;
INDEX ALPHABÉTIQUE
563
in, 8. i4, 32, 26, 27, 28. 3o,
lOa, 493.
Constanza, 111, 535.
Contcnson, Guy de, /414.
Conway, Comte de, II, a5o.
Cooke, Cap. C.-B., 56o, 56a, 564-
Coolc, Général, II, i46.
Coqsel, 111, ^']^.
Coqui, A., III, 479.
Cora, G., III, 45o.
Corbeit, Cap., 187, ai4.
Cordes, III, 5iG, 533.
Cordier, Henri, 5a, 107, m, i4o,
164. i65, 167, 170, 287, a5G,
394, 5i5. 554; H. 19* aô. i05,
liiG, a55, 263, 367, 34i ; HIi
108. — Américains à Canton^
98. — Bib. Sinicn, i4i, iGG,
1G8, 175, 192, 376, a83, 348,
495. — France en Cliine^ i43.
— Birmanie^ 53G ; III, 19. —
Deux élah. français^ 491.
Cormoran^ III, 35 1, 35a.
Cornabé, Rev., 11, lao.
Cornewall, W.-N., ai 5.
Cornilski, S., 8a.
Cornulier-Lucinière, Amiral de,
342, 3G9.
CornwaUis, i5.
Coronalion, III, 119, laa, ia4-
Corrèzey II, 862.
Corâeliu, III, 583.
Corslen, F., III, 428.
Cosi, Mgr, II, 119; III, 74.
Cossigny, II, 25 1.
Cololendi. Ig.. II, G25 ; lïï, 48i.
Coltoii. Major, 547-
Couleuvre, 5o3.
Couling, III, 458.
Coumanj, III, 22, 42, 67.
Coupât, Mgr, III, 25.
Couplet, P., 49 i-
Coupvenl des Bois, G3, G^i, GG, 117.
Courant, Maurice. II, 4. 5, i5; III.
6G, 222, 242, 55G.
Courbet, Amiral, 257 ; II, 382,
888, 88G, 4o6, 45i. 452, 4Go,
4GG, 47G. 48o, 481, 488. 484,
5o4, 5oG, 507, 5io, 5ii, 5i2,
5i8.5i4. 518,547. 548; III. 334,
882, 449.
Courcel, A. de, III, 83 1.
Courcy, M'* de, 198.
Courcy, Gén. Roussel de, II, 549;
III, II.
Courrejolles, Amiral, 111,878, 503,
5o5-5o7, 509.
Courrier de la Paix, II, 25G.
Courten's Association, 12.
Courtin, II, 842, 845.
Coutris, A., 852, 353, 857.
Couvreur, Rév. S., II, 8.
Cowley, Lord, 117.
Cox, Cap. Hiram, 538, 543.
Craigie, Commandant, 2i4.
Crawford, Gén., 117.
Crawfurd, John, 543, 544-
Cristoforo Colombo, II, 643.
Cromwell, Oliver, 12.
Culbertson, M. -S., 291.
Cunningliam, Edward, 821.
Curzon, Lord, ÏIÎ, 894.
Cushing, Caleb, 98, 99.
Czcrnigovski, Nie, 80.
Dabry de Thiersant, 268, a64. 278,
511.
Daidjo Daidjen, 583.
Dalhousic, Lord, 547* 548.
Dallet, Ch., aG5, 2G9, 271.
Danicourt, Mgr, 218.
Danielsen, J.-VV., II, 27.
Uarcy, III, 5oG, 5aG, 5a8, 582, 538,
534.
Dardsha, II, iG5.
Darlige du Fournet, III, iiG, laa.
Daubensky, 17.
Dautremer, lll, 387, 392, 8a6, 837,
464.
Daveluy, Mgr, 367.
Davcnport, A., II, 65, 66.
David, III, 535.
David Reid & C>, II, 599.
Davidson, Cap., 226.
Davis. Sir John F., i5; Il,5ii.
Davydoff, L., III, 812.
Dawson, L.-S , 3 18.
Dayan Khan, II, i64-
Debrix, III, 55.
Decazes, Duc. II, 38, 57, 62, ii5,
107, 288, Goi.
De Champs, Emile, 289, 290.
564 INDEX 1
Dcclievren*. Mire, IK. 477.
Userais, Albert, It, 6jS.
Dehn, III. 533.
Defoy. Licul.-col., Il, 5i6.
Deguettc, 11, 583; III. ïio.
Uekau. J.-K.-y.. 3î9-
Uelaliaule. F., 17.
DeUmarre, L.-C. 60. 61.
DelapUcc. Mgr. 213, 388:11. i:
ji8, 447, as. bHo. 601. Gi
iio6. rKi7, (io8. Cii, (il 5.
DeJavav. J.-M.. Siu.
Detbrouck. V.. Il), m. <166.
\tekt>U. III. log. 37J, 387. i;
au. ii'i. ii8. 5uj. 5u5. 5:
Delemature, J.-B,, 11. Ui3. 6:
Dolma». m. 535.
Deloucle. F., m. i33. iM.
Deluc. Uom.,40, 41, ii4.
Domachj. lil, i6.
Deiibj, Col.. 11. 3y9: III, ri. :
56. 57. 100, u<3. iu3. lui. Il
Dennj, III.'i.
Deun)». N.K,. 1.J1.
Dco-vaii-ln, III. 163.
Depaue, D', III. iu3. loj,
Ueratipe. I.ieul.. II. 5i8,
Derbj.Comle de. II. it. 43. I
Déroulède, 31", ï6g.
Descaries. III. 3:3. 5o0. .«iSî. S;
Deschanel. Paul. II. ^88.
De»n;ch«. M^T. 60. 61, 331, 3;
333. 334. i-jq. 480. 530:11.3
m. 35.
Upsgrai. 177. 378.
Uesinouliiis. III, 107.
Des Varamios. 3o5.
I>elrlng. II. 43i. 43ï. Suo. 5(
M-J, "iio. 55o. Gio. 613, Ë:
6ii:in. 1. ji.li.;. C5,357.3j
Deutschlfiiid. III. 353.
Uevawoii^pH'. Prince. III, 116. if
i3i. i3ï. i33.
l>ev«lle. Jules. III. 108. 113, 11
11.5. nf,. ,37. 138, 139. li
nADÉTIQUE
Devéria. Eugine. 48a.
Devéria. Gabriel. Ssû. 34
458. i-,6. S77. 482, 4«
11. iS. 119. lao. 118. i3
i43. i43, i58. i8i. iK
197. ao3. ao4. ao5, 307
3i5. 317. 318. aiq. aSi
307. 3ji, 608; lll.iao,
Dew. Itmlerick, 3t4. 3i5, 3
Diaz. Em.. III. 479.
Diai. José-Maria, II. 357-
Dicdencbi. y.. III. 35i. 353
i)i«rcl.&Co. II. 577,
UiK'"''. Corn mandant. II. 5^
UiFlon.Ch.,34a,34S.389: I
58i. 5Sa;lll. 12, i4.
uiiib. II. 334.
I)jag«l»ï, II. iG3.
njfianiih, 354.
DJlliatigliir. 11. iGG. 171
Dudd, iKo. iSi. 559.
Dolorts Ufinrte. 5ii.
UomailUIn. 111,333.
Domina. Cnmmaiidanl. II. 5
Ihirig-Klianh. II. 549.
Doiinler. Col,. II. âlti. 517.
Uurt. III. 5i5. 53i.
P.-II..3G7-
|36.
Dougui'l, 111, 5iiG.
Uouiens. Caji.. II. 5117.
DoYÈre. Ch.. ^57; III. 335.
Drar. II, 383.
Dranoii. 3a4. 335. 350.
Drew. E, B.. III. 3(1.
vu de Lbms. l'i't. i4(
Driiry. Amiral. l4. i4'J.
Dubail. Mgr. II. 58i. 583-
Uubail. 111. 3a8. 338, 3G8
3(|3. 419. 43i.
Duboc. II. 5iG.
Duhrcuil. réiidenl. III. III.
Dubul, 4i.
INDEX ALPHABÉTIQUE
565
Duc Duc. II, 38G.
Duchafl'aut, II, 5i8.
Du Charlat 93, 100, 101.
Du Chajiard, Cle, IIÏ, 336.
Duchesno de Bellecourl, i36; IIÏ,
108.
Duclerc, II, 356, 369, 36o, 363,
373.
Dudgeon, Dr., III, 3;48.
Dudiey, Sir Robert, I3.
Dué-Tong, II, 3^6.
Dufferiii & Ava, Lord,5^o; III, 18,
19, i35, 139, i4o.
Dugal. Dr G.,'i63.
Dugcnne, Licul.-Col., Il, 4^9» A^o,
451, 493 ; III, i3.
Ditguay-Trouin, II, 5o6.
Dujardin-Bcaumelz, III, 334-
Dumas 61s, Alexandre, II, 345.
Dunand, Mgr, III, 3a3, 325, 475.
Duncan, George, 376, 378.
Dunn. J.-(i., Il, 599, 600, 6o3,
619, 630.
Dunoyer de Segonzac, 300, 355. 357,
533.
Duperré, Amiral Cli., Il, i46, 3o5.
Duperré, Amiral Victor, II, 378,
385, 390, 391.
Dupleixy 343.
Dupleix, II, 345.
Dupommicr, Cap., II, 347-
Duprc, Amiral, 335, 369, 373,
373, 394 ; II, 365, 266, 368, 275,
338.
Dupré, ÏII, 533.
Dupuis, Jean, II, 363, 364, 266,
367, 365.
Durand Saint-Arnaud, 137.
Duval, Jean, IIÏ, 48o.
Jhvarfy 335, 36 1.
Dycr, 537.
Easi-India C", i3.
Edan, B., 159, 495, 5oi.
Edan, Victor, 5o3, 5o3.
Eden, Ashley, 557.
Edwards, 557.
Edwardes, H. -G., II, 63.
Ehlers & G", 5 13.
Eitel, E.-J., 177.
Ëko-t*ang-a, lïl, 35o, 25i.
Elba. m, 532.
Eibe, i34.
Elduayen, II, 3oi.
Elgin. Lord, 3, 7, 10, 11, 19, 4o.
4i. 43, 44. 45, 46, 47. 48. 91,
100. loi. 1x4, 137. i56, 395;
III 273.
Elias,' Ney,* 56o, 561, 563.
Ellis & G", 279. 280.
Elisabeth, Reine, 12.
Elmore, J.-F., 526; II, 97, i4i,
144.
Emin-Pacha, i36.
H m près s of China, 97; IIÏ, 258.
En Sing. W\ II, 96.
En-yeou, II, 620.
fCncounter, 2i4, 21 5, 217.
Enderby, Miss E., 221.
Endymion, II, 252.
EiNGLiSH GOMPANY, l3.
Engman, Major, II, 171.
Enomoto Takeaki, II, 26; lïl, 3i3.
Enterprise, II, 5o6.
Entrecasteaux, II, 38o; IIÏ, 5o6,
509, 532, 533, 535.
Ermak Timofeevitch. 79, 80.
Ernest Simons, 111, 34 1.
Esk, III, 4 12.
Esmcz, II, 267.
Esparta, De, II, 74, 119, 121, 122,
137, 128, 129, i3o, i3i, i32.
320.
Esquilat. III, 1 13, Ii3.
Eslaing, d\ II, 5o6.
Estcve, F., 493.
Estournelles, d*, III, i38.
Etienne, Sup. gcn., 54 • 21 3, 388.
Etoile, 31 5.
Eulenbourg, Gomte d', i34, 135,
137, i38, 139, i4o, i4i ; II» 139,
i48.
Eur Tong, II, 86.
Evans, 137.
Evcrard, G.-W., Il, 426.
Evcrelt, Edward, 98, 99.
EscolTier, Mgr, III, 475.
Eyraud, Jean, 60, 33 1.
Fage, J.-G., 60, 63.
Falhun, III, 118.
Falliëres, II, 36a.
506
INDEX ALPH\RKTIQtK
Falls, F.-J.. 348.
Fan, 2i4, »3{3.
Fan Pao-tchon, IH, 75, 7G.
Fan Yoiing-teu, 384-
Fane, i38.
Fang Tong-lin, II, 10a.
Fanlosati, 106; III, fi']\.
Faraido, T., Il, 20, 21. 330.
Farquhar, Sir Eric R.-T., 278.
Fasana, 3 19.
Fatchoy, 5i2,
Faulding, Misses, 27.4.
Faurie, Mgr, Oo, 61, i3i, 336,
426, 439-
Fauvcl, A. A., III, 45o.
Favier, Mgr, 62, 55, 475 ; 11, 609.
610, 611, 612, 6i3, 6i4* t3i5,
616, 619, G20, 621. 622, 623,
624 ; m. 48. 04. 65, 84. 87.
198, 468, 472. 507, 53o.
Favin-Lévéquc, II, 266.
Favre, Jules, 894.
Fawcctt, II, 3i.
Fay, Lydia M., 446, 453, 454.
Fay, III, 535.
Fe d'Ostiani, Comte, 323; II, 118.
Fcbigor, Commandant, 891, 398.
Fei-chinf{, III, 236.
Fei-hoo, 11, 519.
Fei-ying, III, 4ii.
Fei-yiine, II, 5oG.
Feindcl, II, 877.
Feliciani, 263.
Fénelon, 137.
Feng, MI, 201 .
Fenouil, Mgr, III, 475.
Fcnton, 292.
Ferguson, J.ll., 174, 479. ^^^ î
II, i44; in. 42. 56.
Féron, Stanislas, 267, 27^1, 275.
Ferrant, Mgr.. III, 474-
Ferrata, Mgr, III. 87.
Ferreira, Emmanuel, 49^.
Fcrréol, Mgr, 266.
Ferricre-le-Vayer, de, 17.
Ferry, Jules, II, 2^2, 302. 363,
4o8, 4 10, 4i5. 433, 436, 44 i,
45 1, /i52, 456, 460, 467, 471.
473, i8i, 485, 496, 5()o, 5o3,
5o4* 5io, 5i2, 5i3, 519, 52o,
521, 524, 549, 642.
Feung, 38i, 383.
Feung-nhnn, 111, 216.
Feung ïseu-ls'ai, II, 289.
Fiat, II, 6i4, 619; III, 48.
Ficld, III, 100.
Filippi, F. de, i5o.
Fitz Roy, i52, i65.
Fi a me r, 217.
Flamme, La, 325, 36i, 869, 388.
Flavie, II, 253.
Flayelle. 111, 463.
Flesch, II, 366.
Fleurac, De, lïl, 2o3, 2o4-
FIcury, III, 463.
Flint, i3.
Flourens, III, 498.
Fogolla, Mgr, HI, 473.
Fong. voir Fontanier, i33.
Fong, Cap., III, 249.
Fong Young-san, 194. igô. voir
Foung Youn-san.
Fontana, Mgr, 17'».
FoDtaney, Jean de, 5i ; 111, 481.
482.
Fontanier, H., i32, i33, 350, 35 1,
352, 353, 356. 359, 365, 383,
385, 386, 387.
Foote, II. 588.
Fou Sen-ha, H, 36.
Forrester, Col., 217, 219, 220.
F'orce, 2o5.
Forfait, III, I25, 127.
Forsyth, Sir Douglas T., 11, 172.
Forth -Rouen, 494-
Foster, J.-W., III, 259, 266. 293.
Fou, II, 477; 111. 9.
Fou, Prince, 11, i4.
Fou-Hi, 178.
Foukoushima, III, 529.
Fou K'ouon, 11, 453.
Fou-Lien. Il, 453.
FouPo, 11, 5o6.
Fou Shefig, 11, 5o6.
Fou-Sing, II, 5o6.
Fou Tchoung-t'ang, 111, 24.
Fou Wang, II, 18.
Fou wen, voir Vrooman.
Foucault, Auguste, II, 102. io3.
Foucault de Mondion, 111, 68.
Foulon-Grandchamps, 4 1 .
Foung, 248.
INDEX ALPHABÉTIQUE
567
Fou?«G Ciiouu ^27-
Foung Kiun Kouang, II, 107, 108,
110.
Foung- Yi, 11, III.
Foung Youn-san, 169, 19.^, 195.
Fourier de Bacourt, voir fiacourt.
Fournier, Commandant F.-E., Il,
iii5, 39/1, 396, 4o5, 4oO, iio8,
431, ci32, /i33, 434, /|35. ',36.
437. 438, 439, 44o, 44i» 442,
443, Wi. 445, 45o. 45i. 455,
457, 4Ô8, 459, ^60, 463, 463,
465, 466, 471, 486, 491, 495,
498, 499, Tioo, 5oi, 5o3, 5o4,
5o5, 5o8, 5io, 549. 55o, 555,
58o.
Fournier, Henri, M, 36.
Fox, n'sidcnl, 111, 234-
Franchi, Gard , III, 73.
Francis, G., voir Garnier. Francis.
Francis, llobert, 317.
Franck, 111, 535.
Francke, Dr., III, ao4-
François, III, 374
François-Ferdinand d'Autriche, 111,
I3().
Frandin, II., 11, 375, 4o5, 434,
446, 454. 465, 466 ; 111, 7, 8.
25, 48, 5o.
Fraser, 11, 5i.
Fraser, Hugh, 111, i.
Fraler, 3o6.
Frauenloh^ i34.
Frazer, D*", 35o, 36o.
Freeman-Milford, A.-B , 359, 361.
398.
Frcinademelz, 11, 638; III, 74.
Fresnil, Du, III, 11 1.
Freycinet, G. de. II, 319, t30,
343. 3oi, 3o8, 309, 3i5, 3i(>.
33i, 333, 347, 353, 35'i. 356,
367, 373, '490, 493, 5V), 5'43,
54'», 5'j8, 5Ô3, 553, 554, 593,
601 , 636, 6'i7 ; 111, 1 1 , 33.
Frev, III, 53i, 536.
Freyre, 526.
Friedel, G., i4i.
Froc, 111, 477-
Fryer, John, 349.
Fulford, 111, 3o'4.
Fuller, 111, 100.
Funk, 319.
Fushimi, 111, 34o.
Fuso, 111, a5o.
Fytchc, A., 55 1.
Gabiani, 491-
Gaillard, Père L , II, io3; 111,556.
Galdan Boushtou, i85; II, i64-
Galdan Ghereng, II, i65.
(ialsworthy, T.-U., III, 236, 237.
Gambetta, 11, 33i, 345, 373.
G a II ^e y i36.
Ganneron, E., 11, 387.
Garcez, A. Golrim, II, 637.
Garcia, 111, 327.
Garcia y Garcia, A., 526.
Gardcssal, 111, 47-
Gardner, G. -T., Il, 29; 111, 234»
235.
Garland, 526.
Garnault, Amiral, 4i4-
Garnier, Mgr, III, 61.
Garnier Benoit, 11, 366.
Garnier, Francis, 55 1 ; II, 261, 262,
263, 264, 265, 266, 267, 293,
337, 348, 370. 38o;lII, i48.
Garnot, Gap., Il, 474-
Garrigues, III, 5i5, 532.
Gaselee, 111, 527.
Gautier, Hippolyle, II, 267.
Gauvain, II, i45.
(itizcllPy 265.
(jc Ta tchin. H, 36.
Geary, III, 100.
GeiTroy, III, 533.
(lefion, 111, 352.
(îénes. Duc de, II, 147.
Gcnne\oi6e, Félix, 445.
General Sherman, 391, 393.
Geofroy, L. de, 404, 4o5, 4o6, 4o8,
409, 4i3, 414, 453, 453. 456.
457. 464. 47?' 476, 477' '»7y'
481, 483, 483, 5o4, 5o5, 5o6,
507, 528, 529 ; II, 101, 1^3,
281. 282; 111, 335.
G(^rard, A., 73, 74,75, 76,111, 98,
i36, 161, 162. i63, i65, 169,
175, 177, 193, 194. 197. 198,
199, 201, 2o3, 2o4, 205, 206,
207, 208, 3oo, 309. 333, 334,
328, 329, 33a-339, 387, 389,
568
INDEX ALPHABÉTIQUE
390, 468.
Gerbilloii, J.F., 5i, 67, 81 ; II,
(in; lU. 48a.
Gcressanda Jelair Kong Taï-chi, II,
i64.
Gervais, \., II, ^Si, 5o4.
(iéta, ni, riiO.
(ioiirls, Mgr. III, 473-
(^hislain, J.J., 5a.
(ïia Long, II, a/|0. a5i, a5a, a53,
a 55, :i5(). 33^, 337, 493.
Giaquinto, F., aoo.
Gibson, John, a8o.
(iiers, Michel de, III, 5o3, 5()5, ôo-,
5i().
Giers, Nie. de, II, 188, ao8, 309.
ai8, 3a3. a3i, a38, a^o; III.
34 a, 348.
Giglioli, F. -II., i5o, i5i.
Gigon, II, 445.
Giles, Herbert A., 173, 186, 19a;
II, 99; III, I, a39.
Gilles. P.-E.-A., 335.
(îingell, W.-Il., 114.
Giovanninelli, Gén., H, 517, 5i8.
Giquel, Prospcr M., 215, ai6, 317,
ai8, 3^9. a5o, a5i, a5a, 355,
356, 357, 4i6. 445,
Gordon, Miss. lîi, 336.
Gortchakov, Prince, 56 ; II, i85,
318.
Golteland, Cilatide, 198, 4q3 ; III.
487.
Goiigeard, II, 3'i4. 345.
Gouger. 543.
Gough, Sir II., 492.
Gould, K.-R., m. i4'4.
Gould, Lient.. 348.
(lourdaii. II, 5 16,
Gourlaouen, lll, 373.
(ïonry, 4i-
Gouvea, Mgr Alex, de.
J3
II,
537.
354.
35;),
533 ; 11, 33, 219, 499, 507; III,
68; m, 334, 335.
(ii(|uel. Cap., lll, lao, ia5.
(liraudeau, III, 475.
((iulanelli, Père, II, 591,593, 594,
095, 596, 597, 645, 648.
Gizolnie, Amiral, 39^1, l\\!\.
Gladstone, W.-K., 395.
(Ile II (i nia s ^ 11, 5o6.
(iiensannox, 5i3.
Goblct, René, 11, 575; 111,36.
Godeaiix. Ernest, 498, 5()5.
(îodwin, Lieul.-Col., 54 1-
Goelilz, lll, 534.
(logiiel, lll, 3ii.
Golovin, 83, 85.
Golovkine, 88; III, 555.
(loltz. Baron, v. d., lll, 54, 187,
20'*.
Gordon, C -G.. 330, 331, 33a, 333,
aa'i, 335. 23G, 347, 555: II, 3i5.
316, 317.
Gordon, (îén. II.-W31., a.
Gowan, Walter E., Il, 179.
Granadn, 101.
Grant, Commodore.
(iranl, (jcn. U.S., '^-\.
Grant, Sir Ilone, 4o, 4i, 48. 101,
i36.
Grant, Ladv, i36.
Grant-Duff, Mac, lll, 3o4.
Granville, Comte, 3i5, 37^, 370,
376, 444,4'i5; ll,5ii.
Granville, Commandant, III. 5o8.
Grassi, Mgr, III, 473.
Grca, lll, 339.
(ireaves, lll, 443.
Green, John, 97.
Grégoire W, 11, 635.
Grégoire Wl. lll. 73.
Grenol, A., lll, 365.
(iresham, Walter Q., II, 161.
Grévy, Jules, II, i43, 3o3, 3o3.
44o, 490, 49a. 534.
Grey & Ui[x>n, CiOmte. aaS.
Griflbn, lll, 46.
Cirimaiid. Il, 33o.
(iriswold, 493.
Grodekov, («en., III, 36'|.
Groot, de. II, 433.
Groot, J.-J.M. de. Il, 18.
(iros. Baron, 1, a, 3, 7, 8, 10, 11,
18, 19, 31, 37, 39. '|i. 43, 44.
.'i5, 48-5o, 55, 56, 58, 59, 61,
63, 91, 93, 93, 95. 99, 101. ôi5.
Grosgtirin, lll, no, lia, ii3.
Grosse, lll, 3o4.
(irosvenor, T. -G., Il, ^3, '16, 47.
48, 5i, 57, 58, 61. 6a. 63. 65.
INDEX ALPHABÉTIQUE
569
66,71, 85; Ur, I.
Griibe, i35.
(îruintgens, ÎII, 626, 534-
(iiiadilla, II, i4o.
Gueguen, III, 118.
Giiéneau, 34/|.
Guerrier, Col., II, ^i^g. ^94-
(iuerrière, 269, 270.
Guichard, Mgr, 111, 47^
(jiiiche. De la, 17.
duidinfi Star, II, 5o6.
(iuievsse, 111, 33l.
Guillaume II. II, 28; III, i34,
352, 354. 356, 523.
Guillaume IV, i5.
(îuillcmin, Z., Il, 602.
(luillou, Mgr, m, 328.
(îiiimaraès. l.-F., i43.
i4i
145,
1^7
166,
Guinness, Géraldine, 277.
Guldberg, 111, 121, 122.
Gumpach, Baron J. v., i63,
258, 261, 283, 294, 3o4.
(iurdon, T. -P., 280.
(lulzlair, K.-F., 276, 491.
(îutschmid, von, 111, 289.
Haas, Joseph, 320.
Haean, III, 21, 262.
Haeting, III, a48.
llaighl, 289.
Haitce, J.-S.. 11, 387. III, i3.
Ilakc, A. Egmonl, 223, 224« 347-
Hall, III. 53i.
Hall, G. K., 111. 367.
Hall, William N., 359-
Halliday, 111, 532.
Ila-lou-t'o, 454» 462.
Hamberg, Rc'v. T., 168, 19^.
Hameliriy II, 383.
Ilamcr, Ferd., H, 137, i38, 139.
Hamilton, Howland, ii5.
Ham-nghi, II, 494» 549-
Hamy, D^ E.-T.. 181.
Han, 338.
Han Hak-Sakree, 111, 120.
Hanabousa, H, 584» 586.
Han Lin-erh, 173.
Hang-ki, 112, 120, 129, i43, i47-
Hang Kiou-tjyk. Il, 588.
Hannckcn. v., Il, i44; 1H> ^36,
237, 248, 249, 382. 4o8.
Hannister, Marchands, i5.
Hanotaux, G., 111, 92, 162, 332,
333, 369, 389, 391, 392, ^29,
438, 44o.
Hanyang, 111, 23o.
llara, 111, 532.
Uara Kei, IH, 3i3.
Harcourt, Bernard d', 17.
Hardie, 279.
Hardy,
2i4,
2i5, 217,
ii4
Harmand, Jules, H, 38o, 383, 386,
387, 392, 409, 480. 486, 492 ;
IH, 235, 238, 289, 290, 293,
295.
Harmant, Jacques, H, 523.
Hart, Sir Roberl, i52, i56, 157,
i58, 161, i64, 165, 166, 167,
224. 260, 284, 29 ^t 3o3. 3o4.
3o6, 3i2;ll, 23, i44. i45, 284,
4i8, 46i, 46a, 464, 468, 474.
475, 519, 520, 521, 522, 524,
526, 527, 55o, 554, 595, 596;
111, 2, 4, 5, 22, 35, 4i, 3io,
428, 5i4, 521, 524. 552.
Hart, Hcster Jane, 166.
Hart, James H., III, 2, 5o, 34i.
Hartford^ 53o.
Harvcy, Commandant,
Ilarvey, Frederick, 21 4.
Hashidate, 111, 25o.
Hastings, M'^ de, 539.
Haussmann, j 17.
Haussmann, Aug., 17.
Havret, Henri, 111, 55.
Hay, Lord John, H, 65.
Hay, John, III, 446.
Hayashi Tadasu, III, 290, 297, 298,
299, 3oo, 3i3, 3i4, 3i5, 547.
Hayes, Président, 5i5.
Hazrat Afak, H, i64, i65.
Heard Jr., G.-W.. 99.
Heard, Miss A., III, 99.
Hébrard, Adrien, II, 536.
Heddc, Isidore, 17.
Heine, W., i35.
Ilekman, A., 111, 2^8, 249.
lien Tjong, 266.
Henderson, D.-M., H, 3i.
Ileng, H, 5.
Heng-ibu, 99.
J
670
INDEX ALPHVBÉTIQUE
Henle, lïl. 35 1. 456.
Hennessj, Sir J.-P., Il, 4o3.
Henri de Prusse, II, 1/17 ; Ilï, 352.
356, 378, 5ia.
Henri, H, 255.
Henry, HI, 5o6, 532.
Héral de Brisis, H, 38o.
Herbcr, III, 5o6, 520, 526, 532,
533, 535.
Herbinger, (^ol., II, 522, 523, 52^.
Hérisson, III, 533.
Hermès, 198.
Hernisz, S., 98.
Héroïne, II, 256.
Herlha, 392.
Hertslet, Edward, i5i, 259; II,
161 ; III, 49, 91. 92, 96.
Ilcudc, Pierre, 34 1 ; III, 477-
Ueung-syen, II, 586.
Hcyking, Baron, III, 354, 36i,
o33.
Hia Jong-to, II, 36.
Hia T'oung chan, II, 96.
Hia Kia-hao, II, 97.
liiao Ching, II, 19.
Hiao Chou, II, 19.
H'iao Fou-seu, 227, 228.
Hiao Ilouci, II, 18.
Hiao Houo, II, 19.
Hiao King, II, 19.
Hiao Tchc, II. 17, 19.
Hiao Tching, II, 19.
Hiao Té, II, 19.
Hiao Touan, II, 18.
Hiao Tsing, II, 19.
Hia yuin, 365.
Hidavat Allah, voir Ilazrat Afak.
Hidevoshi, III, 2i'|.
Hien-Foung, 37, 39, 43, 63, 66,
85, 96, io3, 109, 116, 119, 120,
122, ia3, 129, i3o, i3(), 147,
204, 328, 448. 45o, 455, 463.
469, 470, 517, 519, 521, 522;
II, 3, 4. 5, 6, 7, 12, 19. 100,
io4. 2o5, 607, 63i ; III. 363.
Hiep Hoa. II, 386, 482.
Hilarion, Archimandrite, 87.
Hillicr. W.-C, H, 112; III. 2i
Hinde, i3.
Hilrovo, 137; III, 289.
Hiu, 111, 9.
Hiyei Kan, III, 249.
Ho, II, 270.
Ho, 39, i33.
Ho Chang-jung, III, 5o.
Ho Jouichang, II, 507.
Ho Kouci- tsing, 201, 447-
Ho T'ing-kieu, H, 96.
Hoang Çan-ko, 333.
Hoang Nham. II, 257.
Hobson, Il.-E., 247.
HolTenfcls, Hofler de, II, i44-
IIofTinann, III, 248, 249.
Ilofman, Mgr. III. 473.
Ilohenlohc, Prince de, II, i48, i5i,
i52, 220.
Ilolck, Van, III, 120.
Holcombe, Rcv. C., II, ao, 97,
419, 420, 444. 493, 55o.
Holland, Cap., 220, 221.
Holleben, Von, H, 20, 3o.
Hollingworth, H, -G., 56 1.
Holmes, J.-L., 243.
Holt, Henry F.. 281.
Homère, III, 439.
Hong Jen-ta, 234.
Hong Merchants, i5.
Hong Tjyong-ou, IH, 229, 23o,
23l.
Hong Ycn-syolri, H, 588.
Hong Yong-sik, 111, 23o.
Hoo-ts.ic, 433.
Hope, Sir James, 4o. ii4, 2o4,
2o5, 206, 211. 2 14, 3 18; 11,65.
Hopkins, L. C. III, 367.
Ho-ssc, 385.
llottingucr, III, 3o5, 3o6, 307. 3o8,
3ii, 3i2.
Hou, Vincent, 353.
IIou P'inlchi. ÏH. 456.
Hou Yu-fon, III, 396.
Houa (]ha na, 20, 21, 39, 90, 99.
Houang, i49-
Houang, 21 4. 229, 23 1.
Houang Koui-lan, II, 428, 429.
Houang Sc-lin, III, 252.
Houang Tchau-k'ioun, III, 457.
Houang Tche-lchen, H, 102, io3.
IIouang-Tcho, H, m.
Houang-Tchoung, 238.
Houang Tsiuen- bien, III. 4o4-
Houang Tsoung-yn, 235, 336; II,
INDEX ALPHABETIQUE
28a, 4i3.
Houang Wan p'iing, II, 180, 181.
llouang Yii, II, 96.
Ilouard. III, i lO.
Ilouci, Prince de, 108, 138.
Iloiici-Sin, 11, 97.
Iloiinp. II, 588.
Ilouiig Fou- lien, 33^.
Iloiing-Jang, 168.
Houng-Jon, 169, 30 r.
lloung Jcn-kan, soi.
Iloiing Sicou-ls'iuen, 168, 169, 170,
175, 193, 19;, 195, 199, 3o3,
307, 309, 33o, 334.
lloung Tsiii-lin, /199.
Ilouo-tsi-tchan, v. K'oziclian.
IIouo Won-licou, 435.
House, Edward H., 533.
Howard, Gard., Il, 6'|8.
Howard, William A., 383, 33o.
Ms«ngh{)jushcng, 537.
llshia, 11, 133.
Hsin-yii, III, 248.
II lai tjo, 3()6.
Iluart, voir Imbaull-IIuarl.
llubcr, Alfred, 5 16, 017.
Iluberty. III, 353.
Hubner, Baron de, 319, 307.
Iluc, Jean, 539; II, 33, 33.
Iluin, M.-L., 367
lluin hun Thu'o'ng, II, 491. 493.
lluinh KicnThuo'ng, II, 387.
Uumann, Amiral, 111, 1 10, ii5,
1 17, 133. 127, i3o.
Ilurabcrl, Roi, II, 64'i ; IH, 83.
Ilumblot, 458.
Iluol. J.-A., 60, fil.
Hurodaïy II, 97.
Huroiiy 491-
Hyde de INeuville, i .
Hyson, 336.
I, Prince de. '|0. I3i.
I-cban. 89 : 11, 170.
I-ko-t'ang-a, voir E-ko-l*ang-a.
I liang, V17.
/-s in g, II. boC).
I-lchen, II, 96.
Ibaricz, 517.
tcarus^ 378
Ides, Evcrl Isbrand, 85, 87.
571
lelalomski, 83.
Ignalicv, général, 4i« 43, 56, 58,
91, 95, 96, II 5.
lli{)Ou, i5.
Iltis, III, 337, 35o.
Imbaull-IIuarl, (iamille, 159, 53o,
533. 533 ; II, 6i(),fii8,fi3i, ()33 ;
III, 34.
Imberl, Albcrl, 307, 383, 4o3, 4^8.
Imbcrl, L.-M.-J, 3fi6.
Imp éni l ri ce , 1 35 .
Impérieuse^ 3o5.
In Ja syng. II. 99.
/nconslanly III, m, 116, ii7,
118, 119, I30, 131, 132, 123,
I3'|, 125.
Indiann, 543.
Innocent \, III, 47')» 485.
Innoccnl Ml, 111,483, 485.
Inouvé-Kaoru, II, 99, 589 ; III,
3'|3.
/rêne, III, 336.
Ironsidc, Hax. III. 457.
Isinaêl Kban, II, i64-
Ismaîlov, 86.
Ismct-Oulla, II, 171.
Isobajrashi, II, 590.
hier, Jules, 17.
Ilo Ilirobumi, 399; III, 221, 233,
355, 357, 359, 363, 363, 36^,
365, 370, 375, 376. 377, 378,
379. 281, 290, 293. 339, 534.
Ilo, Amiral, III, 248.
Ilsukushimo, 111, 25o.
Ivan IV, 79, 85.
Iwata, S., m, 228.
lyeyas, 396, 397.
J.R. Say, III, 116, 117, 118, 120,
I!U. 13 V
Jackson. J.-A., 276.
Jacobini, Gard., Il, 591, 612, (i'i'j,
6^17
Jacqucmicr, H, Vl6.
Jacques l*^"", 13.
Jacquier, 5i.
Jacquin, Gap., H, 379.
Jakob. i35.
Jametel. Maurice, 483.
Jamin. Général, 2.
Jan Wcn-Uian, 11, 33.
573
Index alphabétique
Janssen, A, III, 72-73.
Janus, a8i.
Jaouen, lil, 119.
Jardine, Matheson & C», Sa/i, ^gS ;
II, 107; III, 3, a36, 379, 38o,
389, 3()4» 4^8.
Jarliii, IIl, 473. 629.
Jaùrias, III. 536.
Jauréguibcrry, capitaine puis amiral,
47 ; 11, 3o2, 3o8. 309, 347, 354,
359, 363, 536.
Jaurès, Amiral, 207, 265, 267,
368; m, 3oi, 536.
Jean-Jacques, III, 118.
Jebb, Major, 247» 248.
Jen-Cihan, 128.
Jenkins, Edward, 524.
Jenkins, F.-B., 274.
Jésus, 328, 337, 338, 340, 459.
Johansson, A.-D., III, loi, 102,
io4, io5.
John, Griftith, III, 65.
Johnson, Prés., 292.
Johnson, F -B., Il, 5ii.
Jomini, Baron de, II, 218, 221,
222.
Jonc LoRsc, 42'».
Joncs, II. -M., III, i43.
Joncs, Lewis, i36.
Jones, Oliver J . 281.
Jong, Maréchal, II, 173, 174, 175.
Jong-Lou, 110; IIl,4oi,4o2, 4o4.
407-409, 4ii. 4i2, 417» 424.
457, 4^)8, 498, 499» 5i3, 5i5,
521, 524, 525, 552.
Jonquicrcs, de, 11. 382.
Joostens. Maurice, lll, 516-17.
Joss, 338.
Jouan-chou. Il, 3i3, 3i4« 3i5.
Jouan-Fou-cheou, v. Tu Duc, II,
3i3.
Jouan-tchouan, II, 3i4> 3i5.
Joui, Prince de, 128.
Joui-Lin, 2 44; II. 101.
Jourdan, de la Coulange & C'*', 16.
Journal Soc. Américanistes^ 98.
Journiac, Alexandre, 60, 62.
Jouvel, 256.
Judson. Adoniram, 542.
Julard. m, 533.
Jusscrand, IIl, 139.
Kahn, G., IIl, 378.
K'ai, II, 5.
Kaiser, III, 352.
Kai-tsi, II, 5 14.
KalaUin, II, 5.
Ran Wang, 210, an.
Kane, D-^E.-K., 98.
K'ang lli, 55, 85,86.87, io3, ii3.
120, i85. 186, 454, 48i, 566;
II, 18, io4, 164, 336, 606, 607,
611, 612, 619, 632, 636; III,
190, 4o5, 483, 484, 55a.
K'eng Kouang-jen, III, 4 10, 4ii.
K'ang Yoou-wci, III, 399-401 , 4o3,
4o4, 4o6, 4io-4i3. 417. 4i8.
424.
Kang Yi, 111, 422, 4.^7, 496, 498,
5o2, 513, 5i5, 517, 524. 539.
Kao Eur-long, II, 36.
Kao-ou, 384.
Kao Tscu-kouei, II, 36, 87.
Karim Kaclika, II, 171.
Katli Torah, II, 171.
Kauffmann, II, :7a, 178, 188.
Kaulbars, Baron, II, 172.
Kellctt, Sir 11 , 872.
Kennedy, Thomas, 19.
Kenney, 2i4> 2i5.
Keppel, Sir Henry, 817.
Keppcl, Lciccsler, 281.
Ker, 111, 2o4.
Kergara<lcc, de, 235; II, 285, a86,
287, 288, 35 1.
Kergariou, de, 4i4-
Kersaint, II, 383.
Kestrelf 21 4. 21 5.
Kctlcler, Baron von, iio ; lil. a4.
5i2, 5i6. 521, 533. 538.
Kettcler, W., III, 533, 587.
Kcun de Hoogcwocrd, 111, 127.
Khabarov, 80.
Kho, 55.
K'i, II, 5.
Ki'-Siéou, IIl, 589.
Ki-Tsiang, 120, 121, 128. 129.
Ki Wang-shiao, 499-
Ki-Ying, i5, 17, 149; II, 2o5.
Kia-chc, IIl, 25.
Kia-Chouen, II, 16.
Kia K'ing, i4, 52, 85, 178, 196.
202 ; II, 5, 19, 336, 498 ; 111,
INDEX ALPHABÉTIQUE
573
^31, /|53.
KiaTching, 134, 138.
Kiang Koue-t'i, III, sSs, 354-
Kiang-ou, 383.
Kiang Si-chun, II, 73.
Kichik Khan, II, 171.
KienchaHy 369.
K'ien-Loung, 55, I30, 300,474*,
II, 5, 18, 19, 1G3, i6(>, 191,
336, 55 1 ; III, 55, 190, 553.
K'ien-pliiro'c, II, 483.
Kit'ri-sfien^, II, 5o6.
Kiin, André, 366.
Kim-ok-Kyoum, II, 588, 589; III.
338, 339, 33o, 33l .
Kim Yun-sik, III, 34 1.
Kiinberley, Comte de, 374 ; III»
391.
Kin, tsiang-kun, II, 178.
Kin, Dynastie, 360; II, 17.
Kin cliouen. II, 177, 178, 180.
Kin Pe-lien, voir Fereira, Em. de.
Kinder, C, III, 38o-383.
K'ing, Prince, iio; II, 333, 4ï»3,
43."), 446, 447. 453, 454, 455,
456, 555, 567, 568, 569, 573,
574, 575, 6'U ; III. 9, 16, 19,
24, ^8, 3o. 4'>», 43. 49, 54, 69,
79, 87, i63, i65, 169, 194. 300.
30I, 3U3, 3o3, 311, 313, 333,
378, 390. 393, 4^5, 457, 496,
498, 53 1, 53 'j, 537, 545, 549,
55 1.
King-cheng, II, 96.
King-cheou, i3i, I33;II, i4.
K'ing Kioun-VVang, voir K'ing
V
rince.
King-Lien, II, 97, 4i2, 4^0, 433.
King Lien-chan, III, 499* 5oo.
King Siang-in, II, 181.
Kingsin, III, 3o3, 4o6.
K'ing-Tirhang, voir Tching-Tchang.
King-VVang, II, 17, 18.
Kiiig-yiien, III, 348, 349-
t'Kint, Auguste, 149, 333, 363.
Kin T^i-ho, III, loi.
Kla|irolb, III, 555.
Kleczkowski, Comte, ii3, 11 3,
116, 118, 119, 131, i33, i33,
i38, i46, 147, i48, i58, 483.
Kleimenov, III, 56, 67.
Knobel, 48i ; III, 617.
Knoop, T., III, 3i3.
Ko, voir Gorlfhakov.
Ko, voir Kaiiffmann.
Kojima, III. 534.
Kopsch, II., III, 438.
Kozidchan, II, i65.
Ko-san, 384.
Ko-\vang, le, III, 54.
Koan-san, 385.
Kobajama, Amiral, III, 349, 356.
Koenig, (Consul, i35.
Koidé, II, 36.
Koizounii, III, 34.
Kojiyama, III, 34.
Kollar, III. 533.
Kolessov. III, 3o4.
Komci Tenno, 396.
Kong, II, 633.
Kong Taï-chi, II, i64.
Kong-ten, II, 36.
Koriim, Mk«', III, 74.
Kou Tcliang-ho, 385.
Kouan-Tchc^oii, 467.
Koiiang-cheou, II, 96.
Kouang-Siu, 77, io3, 565, 667 ;
II, I, 4. 6, 9, II, 13, i5, 19, 34,
^9» 76» 11' ^5, 86, 96, 109, 113,
116, 117, i53, i54, 160, 163,
164, 3i3, 3io, 3i3, 333. 337,
33Q, 4o3, 4i3, 4i6, 4^5, 43o,
433, 436, 45o, 453, 463, 469.
471, 474, 476, 477, 498, 5io,
55o, 554, 565, 568, ,597, 600,
619. 621, 638 ; III, 9, i4, 19,
31, 38, 35, 36, 4i, 43, 5o, 5i,
56, 64, 66, 70, 91, 93, 96, 100,
i58, 169, 190, 191, 193, 1Q9,
300, 333, 339, 357, 365, 385,
399, 3oo, 3io, 331, 333, 36i-3,
3()8, 377, 393, 395, 4o3, 4o3,
4o6, 4o8, 409, 4i3, 420, 421,
433, 434, 427, 433, 464, 466,
469, 533, 533.
Kouang-tcho, II, 96.
Kouang-Yen, 131 .
Kouang-Youcn, i33.
Kouei-fèn, II, 97.
Kouci-Liang, 10, 30, 31, 39, 90,
99, 108, 109, ii3, 134, i56.
Kouci Ping* chou. 337.
574
INDEX ALPHABÉTIQUE
Kouei-siang, III, Sg, 4o.
Kouei-Tch'oun, iio.
Kouei-Tsing, /167; lî, 96.
Kouen-kang, II, 453, 477-
Koui. Ku-h'en, II, 33, 34-
Koui-Piii, II, 435.
Koumani, voir Coumany.
Koun, III, 373.
Koung, Prince, 1,3,7,8, 9, 10, 11
43, 44, 45, 40, 48, 55, 56, 57
58, 59, Oo, 62, 03. 74. 94, 96
108, 109, lia, ii3, ii4> 118
119, lau, 12a, 123, ia4> 129
i3o, i38, i44. 147. i48, i5i
i52. i53, i55, i56, 2o4, 207
224, a34, 259, 261, 2O5, 268
283, 284, 285, 286. 3oi, 3o2
3o3, 307. 33i, 336, 344» 362
363, 364, 367, 373, 374, 377
378, 385. 388. 4o4, 417. 435
443. 446, 447, 448, 452. 455
456, 457, 458, 462, 463, 464
470, 471, 472, 475, 476, 477
478, 479. 4oo, 482, 485, 507
509, 527, 528, 533, 566; II, 2
3, 6, 8, 10, i4, 16, 26, 35. 4i
42. 45, 46, 5o, 52, 59, 62, 78
88, 89, 90. 96. 97,98*, 99, loi
ii4, 116, 119, 120, 127. 128
i34, i35. i36. i42. i43. i46
i53, i56, 157, 174, 182, i83
i85, 192-194, 211. 220, 279
280, 282, 286, 3o6, 322, 323
332, 4oi. 4o2, 4o6, 4 12, 4i3
4i5, 4i8, 420, 421, ^23, 425
426, 455, 477. 58 1, 582, 6o5
606, 609, 612, 63 1 ; m, 49, 189
191, 193, «9^, 19,"), 196. 197
198, 200, 30I, 202, 2o3, 205
210, 212, 257, 259, 309, 3i4
323, 335. 378, 4o8, 419, 553
556.
Koung, tao-t'aï, 492.
Koung Miao-lsi. III, 102.
Kouo-Kouei, 348.
Koiio Lc-miii, II, 23.
Kouo-San, 385.
Kouo Suiirig-tao, m; II. .5(), 53,
97, 111, 112, 133, i34, i35, i36.
Kouropatkiiie, A.-IS., II. 179.
Kovalevsky, Col., II, 166. 170; III,
555.
Kowshing^ III, 235, 236.
Koyama, III, 264-
Koyander, A., II, i44, 211. 2i5.
Kraetzer, E.-I)., III. 22, 23, 24.
Krantz, Amiral, II, 268, 375, 276,
277, 278.
Krementz, Mgr, III, 74.
Kremer, de, 137.
Kreylier, J., i4i-
Krancl, 27.
Kropotov, 88 ; III, 555.
Krupp, III, 8.
Krusenstern. A.. 88.
Kuan^i-chifiy III. 248.
Kuang-piiig, III, 248.
Kungyiy III, 262.
Kuroda-Kiyotaka, II, 99; III. 253.
Kym Iloing Jip, II, 589.
L.-M.-F., voir Fay, Lydia Maria.
La Bédollièro, III. 370.
Labroussc, III, 534, 535.
La Chaise, Père de, III, 48o.
Lachaud, II, i45.
Ladygensky, III, 24; III* 555.
Lafont. Amiral. Il, 291, 397.
Iai (ialissonnicn\ II, 474, 507.
LaGrandière, Amiral. 394 ; II. a6i.
262 ; III. 107.
Lai-yuen, III. 248, 254.
La Jaille, de, 344-
Lalouyer, Mgr, lll, 472.
La Mazolière, M''' tle, 399, 534-
Lainb(Tt, Aiiiiral. H, 74.
Lamiiigton. Lord, UI, i42.
Lansdowne, III, 547-
Lunessan, De, III. 109. iio. 162,
5o3.
Lano, De. II. 22.
La Pérouse, II. 253.
La Valette, M'** de, 3oo. 374, 370.
Ijuiy Hufihes^ i3.
Lad y Monta ^iu\ 5i2.
Lagacé, 495.
Lagrené, T. de. 16, 17. 02. 492,
493-, II, 626.
Lagrené. M'"** de, 17.
Lagrené, Gabrielle de. 17.
Lagrené, Olga de, 17.
Lalès, III, 535.
ITSDEX ALPnAUETIQL'E
575
Lallemand, Comte de, 373, 378, 275,
329, 330, 33i, 348, 4o4, 4o5 ,
II, 689, 64o.
Lamache, III, 533.
Lam Gien Tiep, II, a58.
Lammermuiry 276.
La Mothe- Lambert, II, 626.
Lan Tekin, II, 181.
Lang, II, 44o; III, 5o.
Lange, L., 86.
LanoY, i49-
L'Anthoen, III, 533.
Lao Ngai-siuen, III, 453.
Lao Tchoung-kouang, 63, 65, 66,
118, lOo.
Lao Nicntze, 245.
Lao-ou, 334.
Lao-tseu, H, 632.
Lapierre, II, 256, 257.
LaplacCy 269.
l.arose, II, 255.
Lasccllcs, F.-C, III, 3io, 867.
Laugliton, II. -F., 279.
Lavaissièrc, Mgr, 21 3.
Lavaur (Je Saintc-FortunacJe, II,
118.
Lavest, Mgr, III, 473.
Lavigerie, Card., 111, 86.
Lavisse, E , 52; II, 26, i65, 263;
III, 108.
La>oll(;e, Ch., 17.
Lay, G. -T., 276 ; III, 556.
Lay, II. -N.. 137, i52, i53,
i55, i56, 157, i58, 161, i65 ;
II, 69.
Lay, VV -IL, 350, 353, 36o, 36i,
367. 369; III. 556.
Lé, II, 334.
Lé Thanh-long, II, 336.
Leao Clicn-heng, III, 9, 24-
La Berrc, III, 534.
Le Brethoii de Caligny, 21 5, 217.
Lf Hretlioiiy Le, 269, 273.
Le Chappelicr, II, 244-
Lerointe, (Jénéral, II, 536.
Le Comte, Louis, 5i ; IlL 48i,
482.
Leconite, Commandant, II, 517,
5:i3.
Le Favre, Jacques, 491-
Leboucq, P., 192, 245, 345.
i54.
Lebrun, Jean, 335.
Le Coquen, III, 533.
Lees, Jonathan, 359; II, 120.
Ledochowski, Card., II, 591.
Leduc, Henri, III, 191, 192, 198,
2o3, 2o4. 24o, 471.
Lee, H. Austin, III, 189.
Leeyuen, 111, 248.
Le Favre, J., III, 479.
Lefebvre, 357.
Lefebvre de Béhaine, Ed., Il, 591,
645. 648; 111,89.
LeFIÔ, Gén., II, 28; III, 556.
Lefèvre, D^ III, i43.
Lefèvre-Pontalis, P., III, i43, 147.
159.
Le Gall, III, 118.
Legendre, C.-W., 473.
Legénissel, 217.
Le Gai, III, 533.
Legge, J., III, 517.
Le (iloanec, III, 533.
Le GolT, III, 535.
Legras, Am(Uie C, 356.
Lelieur de VilIc-sur-Arce, II, 257.
Leniaire, Gabriel, i4i, 4o3, 407;
H. 473, 491* 493» 628; III, 26,
27, 28, 29, 3o, 34, 35, 36, 4o-
44. 48, 5o, 60, 66, 69, 76, 77,
79, 80, 83, 84, 99, 161.
Lemaître, Mathurin, 493.
Lemière, J.-E., III, 4o3.
Lemonnier, L'abbé E., 355, 369.
Le Myre de Vilers, II, 290, 291,
292, 297, 298, 299, 3o2, 3o5,
309, 3ii, 317, 319, 344. 345,
347, 35o, 353, 354, 355, 357,
36i, 384; III* 112, 129, i3o,
i3i, i32, i33, i35.
Lena, III, 326.
Lenne, III, 533.
Lensey, II, 3i.
Lenu, Adélaïde M. -A., 356.
Lenzy, II, 173.
Léon XIII, 11,648; 111,87,489.
Leontiev, M. ou D., 87.
Léopold II, 323.
Leou Cheou-heng, II, 453.
Leou-eul, 38i, 383, 384.
Leou Han-tsing, II, i35.
Leou Kai-wen, 435.
576
Leou Shien-lin, ^99.
Leou Tou-kouei, 385.
Lépissicr, S'^i.
Le Scch« 111. 535.
Lesiieven, 111, 533.
Lespès, Amiral, 11, 43'i, 433, 43/|.
INDEX ALPHABÉTIQUE
535,
437, 438, 445,
5oi
446,
5o3,
448,
bo4. 5ii
4'i7
4(50, 47'i.
54y
I^ssar, 111, ;>49, 55 1.
Ldsseps, Ferd. de, i3G.
LeTellier, 111, 48a.
Le Tuan, II, 268, 275.
Leven, 326.
Le Vigoureux, Cap., 5ii.
Li, 169.
Li, 11. 4^2.
Li, 56c .
Li, H, 45o.
Li, 11, 265.
Li, 111, loi.
Li, Prince, 11, 207. 4^4 ; Hl. ^6.
Li Chou-lcliao, 11, 1 1 1.
Li-Chan, 111, 524» 539.
Li-cliang, 11, 73.
Li Foh ya, 111, io4.
Fi Fou-lai, voir Li-Houng-Iclioiig.
Li F^ouiig-pao, 248, 256 ; 11, 136,
137, 43o, 438. 499, 5i4. 5^9 ;
111. 68.
Li Han-lchang, 11, 43, 4^« 48, l\i.},
59, 67, iS?>, 69, 71. 72. 73. 85,
86, 263, 283; 111, 38i, 385.
LiHi, IIL 223.
Li Hing joueï, 111, 10.
Li Uoung-tchang. 78, io4. i55.
157, 206, 207, 219, 223, 2!<6.
244, 348, 371, 382, 389, 399.
423, 447. 486, 526. 555 ; 11, -j'i,
43, 45, 5o, 74. 75, 76. 82, 84.
87. 88, 89. 92
107. 108, i3(),
i54, 211, 2i5,
325, 327, 329,
369, 37»), 372.
9^'
137,
216,
3
II
io3,
a '40,
3<>3, 368,
lOI
219
374, 376, 377,
394, 395, 396, 398, 399, 4()5,
409,
434,
462,
490,
5l2,
417.
435,
^63,
496,
5i3,
43o, 43 1, 432, 433,
436, -^40 445. 458.
365. 366. i'171, 473.
498. 499-5o5, 5 10,
520, 521, 527, 528,
532,
545,
565.
^99'
549,
583.
6()3,
54o,
55o.
585,
60',.
54i.
55i.
589.
543.
553.
597.
544.
556.
59<^.
610. 6i5i-lii7.
619-621; 111, a, 5, i5, 16, 17.
21, 22, 23, 25, 3o, 46, 5o, 5i.
64. 69, 75, 84, ^^. 87, 9a, 96,
99, 178, i83. 189, 2o5. ai3, ai4.
220. 221, 222, 223. 335. 226,
239, 24o, 245, 252, 257.
260, 261-266. 375, 376,
279. 280. 281, 293, 297,
3dq.
270.
398.
299. 3(x>. 3i4* 339*343. 3!i8.
35o, 361.362,374.378, 38o-2,
385, 390, 4o6, 4ia, 4 18, 4^9.
458, 5oo, 5i3, 5i4» 5i5. 637,
537, 545.
Li Iloung-tsao, 467; II. 96, ii3,
161, 4i3. 4i3, 430. 4a3 : III.
258, 309.
Li Ilouo-nien. 244-
Li Kan-ying, II, 586.
Li Kau|>an, 111. io4-
Li Kia-tchang, III. 101. 102.
Li kien-yin, 4^7-
Li King-fang, III, 5o. 23o, aSi.
Li Kouei-lcirao, 11, i35.
Li Lion-} in, 111, .^112.
Li Ma tcou, voir Ricci, Malteo.
Li Pa Lao-}'e. 11, 33.
Li Pin-lin, II. i35.
Li Ping-heng, 111, 10. 35i. 456-8
496, 498-
Li Siao-yun, 111. 407
Li Sieh-taï. voir Li Tclien-kouo.
Li Sl-youen, 193.
Li Sieou-tchang, 200.
Li So, 349.
Li-sse, 385.
Li-ta, 384
Li ïa-yang. 3'|8.
Li Tchcn-kouo, 56o. 56 1 , 062, 563 ;
II, 66, 71,72,73. 85. KG.
Li Tchen-lien, 227, 228. 239.
Li Trhen-lclieou, 229.
Li Tchiangho. 226, 228.
Li Tching-fong, III, 265.
Li Tcliing-inen, III, m.
Li Tchonug-lang, voir Li lloung-
tchang.
Li Tsi-ichc, III. 33i.
5i4. 5 18, 539.
227.
INDEX ALPHABÉTIQUE
577
Li Wan-tcheng, 384.
Li Wan-yeou, 384.
Li-Wou, IT. 3i.
Li Yangts*ai, II, a88, 289, ago,
335, 4i3.
Li Yong-lsing, II, 4a8.
Li Youen-chou, II, 33.
Li Youcn-kin, II, 33.
Li Yû, m, 257, 26a.
Lia Tchang-chin, 4a5.
Liang, Dyo., 338.
Liang, Duc, 11 3.
Liang tao-taî, 279, a8o.
Liang Afah, 169.
Liang Ki-tcliao, III. 4o4» 4i3-
Liang T*ing-fen, III, 4^6.
Liao Cheou-hcng, iio.
Libella, Pasquale, i5o.
Lien Chouen, III, a5i.
Lien Fang, III, 2ç^Z.
Lien-liing, II, i35.
Lien Lin-houa, 499-
Lien-youcn, iio; III, 524* 539-
Lieou, Général, III, a45, a5a, a55.
Lieou, Cap., III, 248.
Lieou, François, 55.
Lieou (Ka-la), III, 452.
Lieou Kin-Tang, II, 177, 180, 181,
207.
Lieou Kouang-li, III, 4io, 4ii-
Lieou K'ouen-i, 161, 487; II, 20,
23. 24. 25, io3, 289, 329; m,
293, 452, 457, 5oo, 5 18. 520,
554.
Lieou Licn-tchc, 228, 229.
Licou Ming-lcliouan, II, 329, 475,
5i2 ; TU, 245, 252.
Lieou Ping-lchang, 195 ; II, 24 ;
III, 322 5, 457.
Lieou Pou-tchin, III, 23^.
Lieou Si-houng, m; II, 111,112,
i33, 135, i30; III, 34/45.
Lieou Tch'ang-yeou, 5 16.
Lieou-lié, 36o, 365, 371, 38o.
Lieou Tien, II, 180.
Licou Ti-ngo, voir Le Favre.
Lieou Yong-fou, a35, a36; II, aC^,
342, 343, 345, 4i4. 4î5. 481,
547; m. 25(3.
Lieou Yo-lchao, II, 4i» 70.
Lieu, 409.
GORDIBR.
Liffr* 540.
Liknatchov, 137.
Limburg-Slinim, II, aao, aai.
Lin, III, a48.
Lin, H, 4aa.
Lin tao-laî, 494.
Lin-Ghou, II, 4i3, 4a5, 426, 453.
Lin Uui, III, 4io, 4ii.
Lin Tsi-seu, 193 ; III, 556.
Lin Young-cheng, III, 249.
Lindstrom, K.-F., III, loi, io5.
Lineas Evangelisla, III, a37.
Ling Kien-lin, 467.
Lindsaj, H.-H., 491-
Ling-kouei, II, 96, 323.
fÀnnet^ III, 120.
lÀnoisy 369, 4i4.
Lion, III, a37, 370, 509.
Liong-fou, 4a3.
Lippett, III, 53 1.
Lister, 537.
Liu, III, a48.
Liubinov, III, 555.
Liu Si-kouang, III, 75.
Liu Yu-cheng, III, io4.
Llorente, Gomte de, III, 47.
Lo, tao-taï, 529.
Lobanov de Rostov, III, a4.
Lobanov, Prince, III, 3o5, 34i-343,
348, 507.
Lobo d'Avila, II. 98.
Lo Feng-youen, aag.
Lo Foung-lou, a56 ; II, 474» 495,
496, 498; III, 21.
Lo Hiaou-ts'iucn, 169.
Lo Ping-lcb'ang, voir Lieou Ping-
tcirang.
Lo Tcheng Kouo-lan Isc, 383.
Locli, H.-B., 4o, 46, 47.
Lof tus. Lord, 28.
Lohézic, III, 533.
Loire, 118.
Lok-tow, a 80.
LoNDON Miss. Soc , 376.
Longobardi, N., i5o; III, 478.
Lopez, G., III, 480.
Lord Amherst, 491-
Lou, voir Rochechouart.
Lou Tch*ouan-lin, III, 325.
Lou Tche-p'ing, II, 4i3.
Louis XIV, 5i ; II, 245, 611, 626;
III. — 37
i
578
INDEX ALPIIAUETIQIE
III, 48o, ^8u 483, 486, 494-
Louis XV, III, 486.
Louis Wl, 5i; II, 244. a46, aSi,
357, 626; III, 486, 487.
Louis XVIII, II, a44, 256, 337.
Louis-Pliilippe, II, 266, 337, 356,
357.
Louise, Sœur, voir O'SulUvau, Alice.
Loumyer, III, 99, 189, 2o4.
Louo Ghe-couii, II, m.
Loureiro, i36.
Low, Frederick F., 282, 322, 363,
378, 392, 393, 394, 43i, 456,
463, 473. 479, 48*1, 484.
Lowndes, Cap., 556.
Lozé, III, 485.
Lu Li-ko, II, 34.
Luca, FenL do. II, i44. 4^3, 44o,
584, 64 1, 642,644; NL 4^. 78.
82.
Luco, Ilï, 109.
Lucius, D*", i35.
Lugan, III, i43.
Luisa Canevaio^ 5i3.
Lund. F.-E., III, loi, io3, io5.
Lung Siou-yuan, 334.
I.utin, 11, 474; III, ii4, 116,117,
I 19, 122, 123.
Luii Vinb-phuoc. voir Lieou Vong-
fou .
Luzalti, III. 388.
Ly, II. 334.
Lylràn, II. 343.
Ly Yuiig-tchoi, voir Li Yang-ls'ai.
Lynx, II, i45. i46, 208, 383, 387,
5o6.
Lyoune, A. de. III, 486.
Lyonne, Hugues de, III, 486.
Lyoris, Lord, 3oo.
Ma llounglcang, 383.
Ma Kien Ichong, II. 372,376,377,
431,498.499. 586.
Ma Kouo-lin, II, 36.
Ma Jou-loung, 2 4o, 24 1 ; II, 264 ;
m, (S^.
Ma Min-kouiig, 242, 243.
Ma P'ei-yao, II, 43.
Ma-Sion, 239.
Ma Sin-\i, 147. 342, 36o, 371 ; III,
556. '
Ma Tchang-lcliouon, 385.
Ma Tê-sing, 238, 239. 24o.
Ma Tengticn, II, i35.
Ma Young fou, II, 117.
Ma Yu-k'oun, III, 246. 247. 25i,
253, 254.
Ma- Yuan. 11, 181.
Mabileau, Fr.. 33 1, 334. 4^2.
Mac Calla, III, 5o8.
M'- Caslin, 391.
M*' Inlosh, Robert, 98.
M*^ Kee, lieul., 393.
Mac Lane, 159. 199.
M'' Lcan. J., 277.
Mac Leau, Miss, 5o3.
Mac-Leod, Cap. W.-C., 545. 546.
549.
Mac Leod, Cap., III, iiG.
Macarlncy, Lord G., i4, 19.
Macarlney. D*" Halliday. 322, 446;
II, 112, 219. 549; 111. I.
Macaulay, III. i36.
Macdonald de Tarente, 17.
Macdoiiald, Sir Claude, III. 178,
i83, 364, 366-368, 37G. 396.
423, 41*7, 433, 5o4. 5o8, 5 16,
547.
Mac Donald, Lady, III, 4a3.
Mac:k, 7.
Machtiuit, II, 245.
Me Gillin, Ph., III. 248. 249.
Macgowan, D*" D.-J.. 335.
Mac-Mahon, II, i43, 3o3.
Macphcrson, A., 5 16. 517.
Magenta, i5o.
Magel, D^ II, 347-
Magon de la Villaumont, II, 253.
Malia Handoula, 54 1.
Maha Chakkri^ III, 121, I25.
Maha Oudnah. 54 1.
Mahmoud, II, i63.
Mahomet, 24o.
Maigret, II, 382.
Maigroi, III, 482, 483, 486.
Maine. Duc du. III. 482.
Makhdoum, voir Mahmoud.
Makhdoum Azam, 11, 164.
Makut Hajakumorj lIl, 120, 121,
122, 124.
Malet, SirE.-B.,lII. 3io, 3ii.
MaUva, III, 3o.
I>DEX ALPHABETIQUE
'^19
Mancini, II, 644-
Mandrot, II, a55.
Mangin, III. 453.
Mangum, W.-P., ai 4-
Manning, Card., 11.646, 647.
Manson, D»" P., i63.
Mao-san, 384.
Mao Tch'ang-hi, II, 97. 123.
Maon, 34o.
Maqact, Mgr, III, 472.
Marcel frères, Ilï, 46.
Marcère, de, II, 536.
Marchi, de, III, 473.
Maresca, Mgr, 493.
Marey-Mongc, 17.
Margary, A.-R., 536, 558-565; II,
33, 4i-46, 57, 59, 63, 66-73,
84-87, i48, 162, 283-285, 290.
Margary, Major gén., 559; II, 4i.
Maria Luz. 5i2, 53o.
Mariette. i36.
Marollcs, Commandant de. II, 38o;
III, 509.
Maron, D"" IL, i35, i4i.
Marques del Duero^ EU II, i3o,
299.
Marquet, Marie-Thérèse, 356.
Marshall, Miss E., III, 326.
Martens, D*" v., i35.
Martin, D^ Ernest, 244, 3 19, 325,
33o, 332, 348, 36o, 372, 373.
Martin, D»" W. A. P., 199, 284; II,
307 ; lïl, 2. 5, 4o5.
Martincau des Che8nez,'2i6.
Martinez Campos. II, 3oo.
Martini, M., III, 48o.
Martino, de, III, 449» 45o.
Marty, 111. 53i.
Mas, Sinibaldo de, i48. 322 ; II,
639, 64o.
Masceu, 11, 177.
Mason, C.-H.-A.-W , III, 63, 64-
Masot, III, 475.
Massa. A. -M. de, 202.
Massa, Aug. de, 202.
Massa, G. de, 202.
Massa, Louis de, 202.
Massa, Nicolas de, 202.
Massa, René de, 202.
Masse, 11, 387.
Massie, III, 109.
Massue, II, 35 1.
Matheson, Ilugh M., 3i3, 3i5.
Mathews, IL, 111, 458.
Matsushuna Kan, III, 248-9.
Maubant, P. -P., 266.
Mauboussin, 5o3.
Maudct, Gom», 342.
Maung Maung, 537.
May, Lient., 325.
Mayors, W.-F., i5i, 324, 464,
487; 11, 5. i4, 3i, 74, 108, iio,
120 ; III, 556.
Meadows, Mrs, 277.
Meadows, T. -T., Il, 65.
Meadows, James, 276.
Meadows, John -A. -T , 026.
Meadows, T. T., 168, 192.
Medhurst, Rev. Dr W.-H., 198,
491, 492.
Medhurst, VV.-H., 278, 279, 325,
559 ; IL 63, 64.
Médina, M'» de. II, 44o.
MédusCr II, 25o.
Mei-dji, 396. 397, 399, 532, 534.
535; II, 589; 111, 222, 244,365,
285, 286, 299. 3oo, 321.
Méjan, Ci«, 325, 342.
Mékong^ 4i3.
Melbourne^ III, 23o.
M el ville. Lord, i4.
Mencius, III, 73, 46o.
Mengdoun-Meng, 537, 545, 547-
548; IL 71.
Meng ICouang-wen, 111, 458.
Mengyec-Maha-Men-hlah-Kyan-ten
Wongyee, 542.
Mengyee - thu - hah - thoo-Atwen-
woon, 542.
Meniolle, II, 255.
Méquet, Gom*, 36 1, 369.
Mercier. R.-P., 198.
Mérel, 111, 475.
Méritens, B"" de, 112, 139, 46i.
Meyor, Amiral, 11, 354, 356, 382.
Mezzabarba, Gard.. II, 626 ; 111,
484.
Mi-ljyo-yeng-i, 11. 588.
MicheL Sir John, 2o4.
MicheLGh. d'aL,IlL 99.
Michel borne. Sir Ed., 12.
Michie, Alex., ii5, 317, II, 620 ;
58o
INDEX ALPHABÉTIQUE
I^.
y»
111, 357.
Mien, 11, 5.
Mien Ilien, II, 5; 111, ^lai, ^2a.
Mien I, II, 9G.
Mien K'ai, 11. 5; 111, ^ai.
Mignard, Paul, 11, i.^|5.
Mif,'uel, Dom, i .
Mihières, S. J. A., f\22^ 4^3.
Miles, lieut-col., 5^1.
Milescu, Nicolas Spatar, 80.
Millac, Arthur, voir Imbault-lluarl,
G., 169.
Millot, Ernest, II, ^65, aGG, 3G4»
365, 360.
Millot, général, II, ^2. /|43, 449-
459. 483, 484, 493, 494. 497,
5o3, 5 16.
Milne, D"" William. 169, 291.
Min, 39.
Min Kijcn-ho, 11, 585.
Min Tai-ho, 11, 588.
Min-yang-i-ki, II, 588.
Min-jeng-mouk, II, 588.
Ming, 2^|5. 336 ; II, i3,
18, i63. 333. 335 ; III. 4i.
Ming-ngan. H, 207.
Minti-mang, II, a56, 334.
Minon, 111, 533.
Minlo. Comte de, 539
Mirabel. D^ E., III, 48.
Mitkiewicz, (]omte. III, ^|6.
Miura (joro, III, 34a.
Mijosak)', III, 24-
Mi}oshi, 111, 367.
Mo ko to ko. II, 36, 37.
Mnllcndorll, P. G. v., II, 3o, 3i.
578, 57(), 588 ; III, 222.
Monlxîl, de. III, 8i}.
Mong, 55.
A/ on fie, i83, 2o5.
Monnier, Marcel, III, 5ii.
Monncacy, 392, 393.
Montagneux, llégis Protais, 21 3.
Montanhan, général, 2, 4<>. 47»
48. 49, 93. 137, 2i3; m, 73.
Montehello. Duc de, 97.
Montigny, de, 17. 492, 493, 494.
498; II, 257 ; m. 106. ii5.
Montigny. Kenii de. II, 365.
Montmorand. Vicomte de, voir
Brcnier de M.
Montmorency, Mathieu de, 17.
Montmorency, Lient, de. 543.
Montmorin, Comte de. il, 247,
249-
Montpezat, Comte de, 182.
Moralez, J. B. de, 111, 479. 48o,
482.
Morata, 111, 120, 121.
Moreau, III. 109
Morgan, Pritchard, III, 407.
Mornington, Comte de, 538.
Mori Arinori, II, 97, 99.
Morrison, ingénieur, II, 109, 1 10.
Morrison, J., 137.
Morrison, D"* Robert. 169, 276,
291.
Morrison, D', 111, 507, 534.
Mortimore, 111, 4i3.
Mota, da, II, 324.
Motte-Lambert, de la, III. 48i.
Mou Tchao-ou, 384.
Mou-Yin, 121. 123
Mouhot, Henri, II, 262.
Mouillesaux de Bernières, III, 34 1.
Moulun, II, 38o.
Mouly, Mgr, 41, 4a* 52,54.56. 57,
58,59, ^"' ^^ • ''♦ ^"» ^*'-
Mouraviev, Nie, 88, 8q, 137.
Mouraviev, Comte, 111, 36 1, 897,
398, 5o5, 507.
Moustiers, Marquis de, II, 275,
639 ; 111, 107.
Mu, 55.
Millier, Cap. II., 274.
Mumm, V. Scliwarzenstcin, III, 537.
Murant, Col., 226.
Murphy, U.-C, 159, 495.
Mutsu Hito, voir Mei-dji.
.Mulsu, Vicomte, III. 259. 262. 264.
281, 290, 294.
Myers, 111, 53 1.
Nai-Dzong, 11, 358.
.Nakasliima, III, 24.
NanChoui, II, 5i4.
Nan-tch'en, II, 5i4.
.Vaniiva Kan^ III, 236, 25o.
Napicr, Lord, i5.
iNapoléon I*»", II, 244, a5i, 252,
646.
Napoléon III, 3oo, 874 ; H. 244
INDEX ALPHABÉTIQUE
58 1
207 ; m, 107.
Narahara, II [, 53/t-
Na-tong, III, 5i5, ôSg.
Naungdoagyî, 537.
Navarin, III, 532.
Navarrele, III, /j8o.
Neale, Col., 1 12, ii3.
JVccler, II, 252.
Nkdkui.andsche Zcndcl - genoot.,
27O.
N(^cl, Jean-Pierre, i3i, 262, ^3o.
Négrier, Grncral de, II, '|8^j, 5 16,
517, 522, 033.
Neïs, Paul, III, 9.
IS'elusko. 5i3.
Nemésis, i3t>.
Nciillizc, III, 3i I.
Nevelsky. (ia|)., SS, 89.
Nevius, Hov. J.-L., Il, 120.
Newark, III, 53 1.
Newbold. liciil. , i83.
^îcwcombe, Miss. IL, III, 326.
Newton, lient,, 537.
Ngchoy, II, 600.
ISgai. 338.
Ngai Jou-lio, voir Alcni, Jules.
Ngaisin (iioro, II, 17.
Ngen-tcliang. Il, 323.
Ngo-Io-ho-|)ou. Il, \i\.
Nguyon, II. 3o2, 33/|.
Nguyen-Anli, voir Gia-Long.
Ngu)cn lang Doan, 11, 275.
Nguyen trong Iliep, II, 2()7, 387.
Nguyen van Nhac, II, 2^5.
Nguven van Tu'o'ng, II, 268, 275,
277, 380, '482, ^87. /i 90.
Nguven liong (liai, II, 38/4, 385.
Nguyen hong-V. Il, 384. 385.
Nguyonpliuoc-thi, voir Tu Duc.
Nguyen ung Ai, 11, 385.
Nguven ung Dieu, II, 38 '4, 386.
Nguyen ung Lich, II, 384. 385
iNgujen nngTIii, II, 384. 385,386.
.Ni VVen-}ii, III, 10.
.Nicholls, T., III, 248, 249.
Nicol, 276.
Nicol. Mrs, 276.
Nicolas, m, 517, 53().
Nicolas II, 85 ; III, 3ii, 339, 342.
Nicolas V, II. 625.
Nié, Gén., 111, 237, 245, 247,
25i, 433.
Nie Tchong-san, 384.
Nicou Kou-lou, i3o
Nies, F.-X., III, 35i, 456.
A'itHvp, 137.
Nirhin, III, 1 19, 120.
Nishi, baron, III. 517.
Niu Chi-H'iu, III. 452.
Niu Tchen, dyn., 366 ; II. 17.
Nodzu, Gén , III, 246, 247, 255.
Noetzlin, III, 3o(), 3ii.
Noidans, Comte de, II, 422.
Norman, VV. de, 92.
Norodom, 11, 3oi ; 111, 107, 109.
i\()u\'etlc Pénélope y ô\i.
IS'os'nrn^ 3 19
Nouon, Alfred, 383. 4o3. 4o8.
O'Conor, Sir N.-H., III, i, 19, 96,
98, 99. i36, 188, 193, 2o4.
208, 309, 3 10, 325, 364.
O'Donnell, John-H., 98.
O'MalIcy, gén., 112, 118.
O'SuUivan, Alice. 356*7.
Odoric de Pordenone, i5o.
Obier, amiral, 33 1.
Ojeda, II, 21.
Okolnilz, 82.
Okonbo, 533. 535.
Olipbanl, D., 111, 534
Olipbant, T. T., III, 534-
Ollivier, Cap., 271.
Olry, Léon, Commandant, 21 3.
2i4.
Onis, L.-(î. de, 111, 47-
Opossum, 317, 3 18. 325, 36 1.
Oppermann, 11, 255.
Op(»ert. Krnest, 274.
Ordofiez, Col., II. 299, 3oo, 3oi.
Or la n dit, III, 532.
O.sborn, Slierard, i52, 153, i5^,
i55.
Osborne, III, 255.
Osery, (]omlo d*. 270
Osbima, Gén., III, 237, 246, 247.
Osman. Caïd, 137.
Ossa, R.-G. y. Il, i4o, i44.^
Osten-Sacken. F. d', III, 555.
Olal, IL 74.
Otori, III, 56, 23 1, 235, 243,
244. 3i3.
583
INDEX ALPHABETIQUE
Otto, Mgr, m. 473.
Ou K o tou, II, 7, 8 ; III. 423-
Ou-U, 383.
Oua La-t'ou, II, 86.
Ou Ta-tch'en, II, 43o.
Ouëe, 55.
Oukhtomsky, Prince, III, 3 11, 3^1.
Oivari marUy III, 259.
Overweg, 137.
Oyama, Comte, III, 35i, a52.
Ozouf, 4'.
PachKov, Athanasc, 80.
Paderin, III, a4-
Page, Amiral, i3() ; II, 307.
Pagnucci, Mgr, III, 473.
Pak Tyeng-yang. voir Pou Ting-
yang.
Palanca-Guttières, Carlos, II, 358,
361.
Palanco, J. de, III. 480.
Palias, III, 116, 133, 123.
Palk-keum-moun-youi, II, 588.
Pallavicini, M*»* C, III, 45o.
Pallu, II, 635; III, 48i.
Pallu de la Barrière, 348 ; lïl, 9.
Palmer, II, 39.
Palmer, F. I., 3i8.
Paimerslon, Vicomte, 548.
Palosy 393, 393.
Pan, II, 34.
Pan. III, 373.
Pan-eul, 384.
Pan Fan-taï, II, 66.
Pan In-tsing, II, 36.
Pan Kouo kouang, voir Brancali.
Pan Ping-nieu, II, 507.
Pan Ting-sin, 11, 376, 429, 452.
Pan-wei, 533.
Pang Tsi-yun, II, 429.
Pansa, III, 56.
Pao, 11, 4aa.
Pao-fa, III, 354.
Pao Ilêng, II, 4^5.
Paolini, 111, 533.
Pao- lai. II, 36, ^7.
PaoKiun. '|58.
Pao-Tch'ao, II. 5()5.
Pao-Tchoiin. 109, 307.
Pao-Tslun. Il, 161, voir Pao Yfin,
Pao-wang, voir Po-wang.
Pao-Yûn, II, 5o, 97, ioi,i6i,3a3,
430, 4^3 ; III, 67.
Papin, Pierre-Antoine, 60, 61.
Papin, 111, 135, i3o.
Paris, Charles. 53.
Paris, Mgr. III, 474-
Parker, Daniel, Q7.
Parker, E. II., 111, 187,451.
Parker, 11. -M.. 343.
Parker, Peler, 98. 99.
Parker, Amiral William, 492.
Parkes, Ilarry S., 4o, 45. 46, 47.
ii4, 117, 3^8, 357, 208, 3i8,
396; II, 403, 4o^i, 4o5, 4 18.
420, 423, 5io, 58'i ; 111, I, 3,
98.
Parran, 111, 46.
Parrayon, II, 383.
Parscval, H, 383.
Pascal, 111, 370, 509.
Passcrini, 111, 473.
Patenôlre, Jules, 73; 11, 139, i4o.
141, i43, i43, 144. i46. 193,
196, 393, 3o5, 3o8. 365, 4o<),
44o, 442, 45i, 453, 455, 458.
459, 460, '163. 464. 465, 466,
467, 468, 470* 471» 472, 473.
474, 475, 477. 482. 485. 486.
487, 490, 493. 49''>. 496. 498,
5oo. 5 10, 5i3, 5i4, 5a I, 527,
538, 53 1, 535, 5'|<), 542. 5i'i,
5'i7, 5^8. 54q, 55i, 553. 553.
583, 583, 59^, 60 1, 64» ; 111, 6,
7, 8, 9, II, i4. 333.
Palxol. 333, 333. 363; II, 64i.
Paul, A.W , 111, 5o.
Paul, III, 534.
Paul V. 11, 635.
Paulus, A., 11, 383.
Pavie, m, ii4, ii5, 116. 117.
133, 130, i3o, i'i3. i'j7, 1.59,
163.
Pavlov, 111. 3()4. 343, 362.
Pavillon, Marie- Anne, 356.
Pazzo de la Merced, II, 3oi .
Pé Houei-lsing, II, io3.
Poi Wcn i, II, 287.
P<*lacol, Col. de, IIÎ, 539, 536.
Pcng Kouei-vii, II. 96.
Pcng You-tchou. 237, 228. 329,
23l.
I.NDKX ALPIlABÉTIQl K
583
P'eng Yû-lin, 2o3 ; II, a5, ao6 ;
m, 457.
Pcnncquin, Col., III, 175.
Perccbois, 5o3.
Pereyra, Thomas, 81.
Perez y Pcrez, Mgr., 111, /i^f\.
Périn, Georges, 11, 32 1.
Perny, Paul, 60, 61.
Pcrochcau, J.-L., 60.
Perovsky, II, 166.
Pcrrin, II, 44().
Pcrrin, Cap., III, 177.
i'ervilicv, 80.
Pesqucur, III, 533.
Poters, John R., Jr., 98.
Pethick, III, 3oo, 3i4, 383.
Petit, m, 5o8.
Petit AnnibaL II, 302.
Petit Sé^'ère^ II, 262.
Petiteville, Vicomte de. II, i/|i,
]42.
Pctrtnicolas. M. A., 267.
Pctrovskv, III, 382.
Pelz. Amiral von, 3 18, 319.
Peyron, Amiral, II, 394,
Vi'"), 536.
Phagyîdoa, 537, 544-
Phani. famille, II, 269, 270.
Pham Than-duat, II, 487, 490,
491, 492.
Phan Tanh-gian, II, 258.
Phaulkon, Constance, II, 245 ; III.
482.
Phayrc, Sir Arthur. 547. 548.
Philastrc. Il, 267. 3o3, 3o4.
Philippe, III, 533.
Phillips, m, 533.
Phipps, 92 ; III, 139.
Phra Kaxa Sena, III, 107.
Phya Sura VV^ongs VV'ay Wat, III,
396,
107.
Phya Sura VVongs Way Waddhn,
III, 107.
Piazzoli, Mgr, III, 475.
Pi-Tsing, li, lOG.
Pichon, Alphonse, i3i.
Pichon, JuHcii, Oo, Gi.
Pichon, S., m, 370, 387, 396,
44o, 468, 5o2, 5o3, 5o5, 5o6,
5i2, 5i6, 520, 527, 528.
Pichon, Mn»'', III, 5 16.
Pickering, W. A., 187, 19a, 279.
Pie IX, III, 476.
Pien, II, 642.
Pierre, Amiral, II, 345.
Pierre-Ie-(jrand, 85, 86.
Pigneau de Behaine, voir Adran.
Pignoux, Charles, 60, 62.
Pigou, Frederick, 489.
Pin Ta-jen, 247» 260, 261.
Pinchon, Mgr, 60, 61, 426, 429,
43o.
Ping-yuen, III, 248.
Pires, Mgr Gaétan, 52, 55.
Piry, A. T., III, 429.
Plas, Commandant de, 198.
Po Jen-long, II, 181.
Po Tcheng-sieou, 111, 23 1.
Po-ti-sou, III, 68.
Po-Wang, 244 ; II, i4 ; III, 26.
49, 54. 67.
Po Yen-hou. II, 182, i85, 186,
192.
Po-yen-na-mo-hou, III, 67.
Pochcnncc, lïl, 534-
Poelsbrok, i36.
Poitou. II, 483.
Poivre, Pierre, II. 245.
Pokotilov, D., 111, 3i2.
Polo, Marco, i5o, 278.
Pompe de Meerderwerl, 137.
Ponsot, Joseph, 60, 61 ; H, 602.
PopoA, S., II, 420, 5io, 596,641;
III, 22, 54, 67, 222.
Porge, 137.
Porter, Com»"*-' Douanes, 3o3.
Porter, Rev. D. H., i83.
Potlicr, III, 536.
Potlinger, Sir Henry, i5, 492.
Pou, II, 5.
Pou ^gan-tchcnn, voir Burlin-
gamc.
Pou Ting-yang, 111, 324, 225,
228.
P'ou-Tsiun, II, 5. ; III, 420, 421.
Pou-Wei, III, 419.
Pouchkine, 137.
Pourthié, Ch. Ant., 267.
Poutiatine, Comte Euthymc, 90.
Pouzien, III, 533.
Poyarkov, Vasili, 80.
Prat, Pedro de, II, 20.
584
IISDEX ALPHABÉTIQUE
Prendergast, sir H., 111, i8.
Prigent. III, 534.
Primaugueij aôg, 378 ; III, ai.
Prinz Adalberty II, i/i?.
Prinzess Wilhelm, III, 352.
Probsl, T., 137, i4i.
Protêt, Aqniral, 187, 2o4. 2o5,
206, 207.
Protopopov, 355, 356.
Protopopov, M'"«, 355, 356.
PugànMeng, 537, ^^7-
Purvis, A., m, 249.
Qucmcncr, L. de. IIÏ, 482.
Quemcner, III, 533.
Qucvedo, Garcia de, 822; II, 638,
689. 64o, 64 1.
RaaslolT, V.-R., de, i'47, i48; II,
21, 22.
Rabeau, Père, 198.
Raden, III, 532.
Radounovsky, III, 34 1.
Radowitz, Baron, i4i.
Raguil, II; 58 1.
Raimondi, Mgr, III, 78, 83.
Raindre, G., 11, 291, 292, 296.
Itajah-Kuhmaiu lll» 119.
Rambaud, Alfred, 52; II, 26, i65,
263; m, 108.
Rampolla, Gard., III, 81, 84> 86,
87.
Rat h, i35.
Ratti Menton, Gomte de, 16.
Railler^ 198.
Raux, N.-J., 5i, 52.
Ravel, II, 382.
Rebocr, III, 535.
Reed, William B., 99.
Regnault de Prëmesnil, 34^.
Rehfues, Baron v., i4i, i48, 264.
265, 295, 363, 378, 471, 478;
II, 119.
Reid. Henry, 278.
R6rausat, de, 4o4. 4o8.
Réniusat, Paul de, II, 536.
Renard. 17.
Hennrdy 211.
Renault, Léon, II, 536.
Rcnnie, D»". 9, 43, 92, 112, ii3,
ii5, 118, 122, 123, 124» 127,
128, 129, i38, 46a.
Renommée, 2o5.
Renou, G.-R.-A., 60.
Renouard de Sainte-Croix, 191.
Révoil, Paul, m, 139.
Res'ur, des Deux- Mondes, 200,
2i5, 216, 218.
Revue d'Ethnographie, 170.
Revue de V Extrême-Orient, 159,
245, 319, 33o, 332, 348, 36o,
372, 373.
Reymond, Xavier, 17.
Reynaud, Mgr, III, 474-
Rhein, 111.24.
Rheinart, Pierre-Panl, II, 267, 292,
3o3, 3o4. 3ii, 342, 343. 358,
384, 486, 494.
Ribot, 111,71.
Ricci, Matteo, 5i, 57, i5o, 291,
337, 490 ; m. 47fi^ 478.
Rice, i36.
Richardson, D"", 546^.
Richelieu, Gard., 11, 646.
Richelieu, Duc de, II, 253.
Richelieu, Gommodorc, III, 120,
121.
Richthofen, Baron de, i35, 3ao.
321 ; m, 35o.
Ridel, F'élix, 260, 267, 269, 272;
II, 583.
Ricunier, Amiral, III, ai.
Rigaud, Jean-François, 33 1, 333.
423. 486.
Rigault de Gcnouillj, Amiral. II,
257.
Rinaldo, 278, 281.
Ring, Baron de, II, 867.
Ringdose, 21 4, 21 5, 487.
Ri|>on. M'« de, III, 18.
Ristelhueber, Paul, 325 ; II. 3i).
324, 479, 495, 5i3, 520. 521,
543, 544» 545, 612, 6i3, 617,
620; III, 21, 5o, 56. 60, 87, 91.
Rivière. H -L., II, 344, 345, 347.
348, 35o, 35i, 352, 358, 36a,
374, 379.
Rivière, Gap., III, i43.
R ivoire, .\imé, 16.
Robcrts, Rév. l.-J., 169, 309.
Roberlson. D.-B , Sir, 117. 01 a; II,
29-
INDEX ALPHABÉTIQUE
585
Robcrtson. T.-C. 54a-
Robion, Ghev. de, 1.^2.
Rochechouart, Comte de, 3oi, 3a i,
3a5, 33o, 336, 3/io, 341, 3/i2,
344» 35o, 36o, 363, 364, 369,
373, 373, 375, 376, 377. 378,
385, 386. 3g4. 4o5, 4o6, 409,
4i4. 4i5, 43o, 435, 445, 45o,
464, 5a8. 529; IK a, 3, 6, 8, 10,
22, 23, 32, 35, 38, 55, 56, 57,
61, 62, 97, 98, loi, i43, i5o,
i5i, i52, 278, 279, 280, 282,
283, 3o5, 332. 4o2, 601, 609,
64i.
Rocher, Emile, 166, 239, 242, 2^3,
554. 556; II, 4oi.
Rodgers, John, 392, 393.
Rodgers, Cap., III, 5o.
liodney, 278, 279.
Rodriguez, Don T., Il, 3 18, 319,
320, 321.
Rodriguez y Muftoz, III, 4a, 47
Rojdeslvensky. III, 2o4-
lioland, III, ai.
RoUinat, 202.
fioman^ 98.
Romanel du Caillaud, II, 267.
Rondot, Natalis, 17.
Roquetle. Guillaume de, 4i4> 529;
II. 32, 33, 34. 35, 56, loi, 118.
Rose, Miss, voir, Meadows, Mrs.
Roseberry, Lord, III, i34, i35,
i36, i38, 149, i58.
Rosières, de, II, 252.
Ross Browne, voir Brownc.
liossia, III, 34 1.
Roslhorn, A. v., III, 017, 528.
Rothschild, III. 3o5.
Rothstein, 111, 3o5, 3ii.
Rougelot. Léon, 3^4.
Hovery 53o.
Rowan, Amiral, 391, 392.
Rozc. Amiral, 265, 268, 269, 270,
271, 33 1, 392, 393. 394.
Rudiand, W.-D., 276, 278.
Rudiand. Mrs, 277, 278.
Rufz de Lavison, È. de, 21 5.
Russell & C", 325, 36i ; II, 474 ;
III, 428.
Russell, Lord John, 46, 117.
Russell, Cap., 36 1.
Ryder, Vice-amiral, II, 5o, 74.
Ryder, Col., III, i43.
Saadol Ali Sarimsak, II, 166.
Saburo Shioda, voir Shioda.
Sagaing Meng, 537. 544-
Sage, F., 60.
Sagittaire, III, 21.
Said Pacha, i35.
Saigo Yorimili, 532, 533.
Saikio Mnru, III, 228, 249.
Saïncz, Fernando, II, 639.
Saint-ChanVay, voir Bourcier.
Saint-Clair, 112.
Saint'Germaitu II, 483.
Saint^Phallo, Ch.-T. de, II, 245.
Saint-Simon, III, 482.
Saint- Vallier, Comte de. II, 220.
Sainte Marie, Ant. de, III, 479-
Sainte-Thérèse, Joseph de, III,
487.
Sakouma, III, 253.
Salamanca, de, II, 21.
Salamis, 317.
Saliou, III, 533.
Salisbury, Lord, II, i3i ; 111,8,64.
71, i36, i38, 33i, 364. 366,
433, 44i, ^«43.
Salvago-Raggi, G., III, 45o, 5i6.
Sa Mou Ko, II, 166.
San Fou-youen, II, 36.
San-ho-houeiy 175.
San Januario, 5i3; II, 98.
Sandjo Saneyochi, 533.
Sandri, 357.
Saône y II, 5o6.
Sapphircy II, 5o6.
Sarel, Major. 1 14.
Sarthcy II, 483.
Sarthou, Mgr, III, 48, 468.
Sato, Col., III, 246, 247. a5o.
Satovv, Sir E.-M., lll, i44-
Satsumi, III, 247.
Saunders, Miss N., III, 3a6.
Saundcrs, Miss T., III, 3a6.
Savage, ao2.
Sayc koum-pou, II. 588.
Scarclla, Mgr, III, 472.
Schaefer, de. H, 21, 62, 74, 97.
Schall, A., 57: II. 58o;TII,478.
Schang, Mgr, III, 473.
à
58(i
Schenck lu Sclincinsbcrg, Ht. i)[).
i88. 3ol.aii.35i.
SchcrcBchcwsky. J,. iiV
Srhericr. Pernaixl, 354, 566: II. l.
.'i. 7. 9. 11, 35, 37, îo, 55, 55,
68. 70. 73. 7S. 88, 8y. flo, 91.
lio. a8a. ï83. 609; 111, f.. 6. 7.
9-
Schoricr, l^liDV. Karl v.. Sitj.
- f%chcurer-Ki>stni!r. il. 53().
Schicgcl. G., i83, 11)1.
Schlick. 3ao.
ScK.idl.'ir.'377.
Sch^Hor, \uf!. dp, 11. ï57.
Schcitlmuller. i3F>.
Schuylcr. Eug . II. i8ç).
Schwcraann. J.-W., i^i.
Scurpion, 34a, 3il. 36<| ; II. 63ç)
Scolt. i3.
Scott. Gap., 11. 18. au.
Scntt. J.-G . III. il3.
Scll, SirCh. S., m. 397,
■ IH/. i3-
I S-^rmjs, Ed.. i83. .',88 . 111. a
'Scrru;». Ilub.. 11. lU.
Scrvîèru. Cammandant. II. 5»:
s™. i9l.
S-wanl. Geo -[■"..39a. '|8J: Il
7i.<|3. ill. 193. 19',. 3,19.
So»art). William H.. i»a. a83.
393. 3o3, 391.
"■ "■ ni,
. 538.
S<:>uv«, III.
SccLriiHorir. Baron Ho. III. S».
Seckingcr. Joseph, .t^i : 11. loa.
SeBoniar. voir I)unoïc-r de.
Spillièro. III. .'16,
Snll, J.-H.. 376,
Semaine puliliiiw fl tilléraire,
11,7. Ml. 1(11; II. 9.
Scmallc, De. II. 38i.. lc.7. li)8.
410, in. lii. Ii3. ',i,i. 1.8-
',33. .133. 111. IIG. II7. ',.-.1
.',53. 1.51, 1.-.:.. i5n, ',58. 16,.,
.l(îi. Ifia. 461-168. 473, I75.
1-B. ^l-• S"9- ^8.-.. .-ii.i, r.o5.
51i). 58o: III. 7'i.
Seinprini. Mgr. 11. ,39.
Srii Wang, toir Sei>).-ko-lin-siii.
Senci. Coinnian'bnI. II. 166.
Scn^he. II. ifK>.
SpiiK-kr.liii.Mii. II.. -<13. a'il. 3lio,
3Ut). II7; II. I,', ; tu. 30. I9.
Maor
508, :
538.
. II, 577. .578. 5711.
.\l,amrnct. 11. 483.
Shaiif;liao AtiHiinac, ,83.
Shaunlmi Eveiiiii" Couri.:r.
358.
Shanti.ng. 333, 330. 3fii.
Sliaiv, Samuel. 97.
Slien. II. lia.
Skriuindniili, 391.
.^hiao-li-l^anf;. I99-
Sliio<la Sahoiiro. III, il. la.
Shoro. Sir John. 538.
Shoi.k goon, 563.
ShiiMdt, CommaridBDl. 3ni
581.
Si, III. 9.
Si-lianp.' III. 156,
Si Tae-hcoii. voir 'IVeii-Hi.
Si-Trlici.. II. 153. .=.37. 53i.
Si Vnllin. III, 109.
Siao-piil. 381.
Sico Trliao-koucï. igl, 195.
SiaoV-n..iai,fi. ail".
Siao Vuaii-liL'i>t'. 11. 181.
SLca, A.. ICI.
Si,' Kmi-lclictiti. 116; IM. il.
Hi. 69. ii9, i.-iS. I18,
Sir ll.mai,. tl. 68. 69. 73. 85.
Si/' KLa-fiin. 33. 31.'
Sic Naii Liiif.'. III. 45.
m Sien-jon. 11. ,35
Sioiikicnict. Il, ',08
Sie..u Jen-kie, II. i35-
SilNotro. II. I80.
Simon. 3,'i'J, 3.>3. .155. 356.
386.
Simvoni. Canl.. II. 591.601.1
III. 81. 83, 81.
Sin-Choii, 96.
Sin Ilnn. Il, 99.
Siii IcIiBii-piau. II. 177.
I.NDKX ALPHABKTIQIE
087
SiuToiig, ^07.
Sinclair, Charles-A., 281 ; II, aS.
Singgu Mcng. 587.
Sinkolga. II, ooO.
Sissoi VeiiAij iii, 53ii.
Siu, III. 9.
Siu, Consul, III, a3o.
Siu. (i('n., III, 355
Siu K'ien-chôu. II. 5o, 53, 7.^1.
Siu King-tch'cng, 1 10 ; II, ^3o.
'473. /i7'|, 548, 5o8; III, 2^. 5o.
79, 3o5. 363, 363, 36^|, 417»
458, 5i5, 53 V 539.
Siu Kung-chen, II, 437. 43o.
Siu Kouang-ki, 49»; III. 476.
Siu Tch'arig, III, 34-
Siu Tche-tsing, III, 4o3, 4io, 4ii.
Siu Tch'eng-yu, III, 539.
Siu Toung, II, 96 ; III, 53q.
Siu Vong-yi, 1 10 ; II, 4-^5 ; III,
2^1, i63, i65, 166. 169, 3o3,
3o8, 309, 4o6, 534. 539.
Siu Ycn-sin, II. 4i5, 428,
48^
439,
Siu Ying-k'ouei, IH, 378. 4o4» 4o6.
Siu Yu-wen. III, 393.
Sladen. K.-B., 55i, 56o, 563; 11,
362.
Slaney, 378.
Smart, III, 13t.
Smith, Arthur, 159.
Smorembiirg, Abbé, 55, ()0, 63,
'161.
Sun ko, 114.
Soden, III, 533.
Soni Go Tu, 8ï.
Soné, III, 391.
Sou-Chan. III, 21V
Sou-clicn, II, 17.
Sou-(!lioucn, 121, 133, 134. 138,
129; II, 99.
Sou Kouo-han, II. 4i3.
Soucn-cul, 384, 385.
Soiien Kia-kou, 288, 389, 292,
3oo, 3o2 ; II, 53.
Sou Youen-lch'oucn, III, 175,373,
39(i, '|58.
Soucn Yn-wcn, II, 43'|, 569, 572 ;
III. 9, 19. 24. 3(). 2o3.
Sougiyama, Akira, III, 5i4. 533,
539.
Souhart, F., III, 27.
Soui, 338; II, i63.
Soun, 377.
Soun K'ai-hoa, II, 5ii.
Soun Y'at-sen, 111, 399, 4oo.
Soung, Dyn., Il, 11 ; lïl, 453.
Soung-K'ing, III, 245, 407.
Soung Pé-lou, III, 4o4, 4o6, 409.
Soung Trh<?-fou, II, 66.
Soung-Teigne. II. 177.
Soung Wa-soui, III. 35o, 35 1, 35a,
353. 254. 355
Soiuig Y'u-chan, 425.
Souza Roza, T. de, III, 3o, 33.
Soyesima, 473, 479, 48o, 53i,
5:^3.
Speicr, III, 348, 507.
Spiess, G., i35, i4i.
Splingaert, 434-
Sprye, Richard, 548, 55o.
Squire. E.-B., 276.
Stanley, Lord, 295.
Stanley, C.-A., 359.
Startzov, 355.
Statmton, Sir G. -T., 191.
Sta\cley, (îôn. C.VV., 3o4, 330,
233.
Sloelo, Gap., 36 1.
Steeneman, III, 473.
Stepanov, 80.
Stephenson, Sir M, 111, 379.
Slcvens. Edwin, 491.
Steward, D"*, 543.
Stewart. Rev. R. W., III, 336.
Stewart, M'"« R. W., III, 336.
Stewart, Lucy, III, 336.
Slowiirt, T.. 55 1.
Slirling. III, i43.
Stokes, J.-E., 317.
Strihhling. Commandant, ()9.
Stringcr, C.-E. \V., IIÏ,
i'i5.
Slrogonov, G., 79.
Slronge, III, 34.
Stroutts, B. M., m, 532, 535.
Strover, G. -A., Cap., 564.
Suarez. Elias, II, 189, i4o.
Suhtile, 11. 352.
Suen Kia-nai, III, 4o5, 4o6.
Sucn Té, 337.
Sugimura, III, a43.
i44
588 TABLK Dl
Sullivin, ^93.
Sur/irixe, ami'rii'ïîn, 3gl.
Surprise. III, S-jo. 5i>9,
Swift. John F., Il, ilii,
Swinlioc, na\)CTl. il-,
Swinlon. (iearuc. 545-
Swire. III, jï8.
SïCCK. ,i.
Sjmc's, Michael, 538. iy^.
Siochen;i, Comte Ri^Ia. II. i-R.
Tachard. lil.'fSs.
Tadiimi. III. i^fî.
Ta-Chou. ii-j.
Tacitui. III. i3i
Taplialmc. Mpr. II, VIt, ■'>93'5yH,
6io. lin; III. iS. Si.
Ta Ki. SOI, ÎO3.220.
T'a-Ta la. III. 3(t.
T« Taing, il, iS; III, 4i8. voii
Tai. Gé'n.. III. lô^.
T'ai-konft-lau-tsou. III. ^5<|-
Tai-nlm, II. iS-i
Hour
ii-plm, II. i&i.
li Min kiii, II. 33.
T"ai- l''inf[ Wanp.
TsITmiu Kao. II, i8.
Tai T>ounp Wcn. II. i8.
T«il&C" a7c(.
Tatatchiki,. Itl. i5o.
Talenouclii. Il, ï6.
TakcuTf. Il, ri88.
rai», II, :u,r.,
rn/i«i,i««. II, :r.3,
Talmicr, \ .-M . (»., 6^.
TampTin.I,.-lI,. III, a3fi. 137.
Tan Chciiii-kiiiian);. 110,
r.n Fou-lchmicn. ',<3.
r»n So-fong. m. Wx. Si", i'i.
.'4i3.
Tan Tchming-liii. II. 33.. ; 111. î.j3.
Ta» Tiiip-lsianj;. iny. i5i. 31)7,
Tang. Il, 3i'|.
T-ang. II. HÎ3.
Tang Clieuahirii, il.i.
TangChi-lchang. III. lig.
Targ-Kao, III. 75, -fi
Tang-king-»onfi. III. 10.
TangKiong. H, 437, ^aS, S8i.
Tang-lao. 3Sl.
Targ Min-hiuen. II. ijy. iSJ.
T»ng Ycn-ehoui, .4a5.
T«ng Ycnclièn. II. 07.
Tann. 333, 333. 33i.
Tanonani, do. «3. 64. Ofi, 117.
■U». II. 3.
Tar,.Ko.,ai,g. h. -. 17. 13. .S3. 5;
85, 434, M. â3l. 5ii; II. :
II. i<|, i(><i;IIl. 419, $31. 43
Tapifl, Fahion. ft..
'larHiJ' lie Moidroj, 317.
Tarluton. ,'')47.
T„rn, II. 494.
Tall<>nl«cli. de. M, 37.'>. 431.. 43
Tay Lou-lclic, i3i.
Tailor, V. E., i«3.
Tavlor. Krcl-, 37S.
Tajior. Ilcrberl. 378.
Tajior, Itov. J. Hudion, 376.
377. 378. 37.J
Tflïlor. MrsJ. Ilodson. 176. 378
Ta'ylor, Maria. 378.
Tavlor. S-miicl. -i-S.
Tcliam Lao-iu, ï',.V
Tcliam I..aO'Uiii. ï4â.
Tch'an Kouang. :34, nS.
Telian Ijî-Soiiii. II. 74.
Tcl.a.1 Ti-fou, II. 3fi-
Trlian T>nii-t>ci. ii4, 138,
Tchang, II. 51)7,
Tchang. i33.
Trliang. 'lOfl'
Tcliang. III. 3[i3.
Tcliaiip. crn.. III, 3^5.
Tchanf- chati. II. 33.
Tcliaiig-i:lii-nii-sii[ig. 3G3.
Tt'liaiig Clicii-lsao, Sar.
Tcliang Ciiou^lipng. Il, $38. 439.
TcIiang (Jiinu cheun. Il, 389, 3lo.
Tchang'Ciil, 384.
Tchang k'ai-Ming, II. 4i8 : HI,
58o
D, 30o,365, 371
Tcliaiig Rié-wen,
Tcliang knusnS't»
38<i.
Tchaiig Kouii-liaiig, luo.
Tcliang Koiiolclioucn. 384-
Tcliang-li. 383.
Tclian);-Liii|;. 11. iTili.
Tciiang Pao-kaij. III. 75, 76
Tcliaii^' Pei loun. Il, ^(17. 4i9.
/ii<>. 4ii, ^«13. .^^li- i3u, 5i)i.
507. riMt) ; III. 7:1.
Tcbang Po-icho, 33^. 331.
TdiiiiiK Slomiiig. il,").
Tcliang siu. III. 3q.
TchBngTBMii, lll, 354.
Tcliang Trho-lsan. fil)!}.
Tcliang' Tell i-lou DIT, 106; II, i,
197, ïoi. ïM, 4j5, 5oo; lll.
lia. .0, S.j.liG. ur^-,oi. ï.j3.
3^8, 385. 4i8, ir.7, 5i8, Tijo.
TciiaiigTclii-Hati, II. 197. M.
TnlmiigTchmien. 3',8.
Tclian^ç Tcirmni. III, 158.
Tchaiig Tipii-clitTi. Ia3; lll, Hio.
TctiHiig Tiiig-houpi. ï3i.
TcliBiig Tse-mnii. 11. 111.
Tchaiig Tnotiiifi-jrik. ^W.
Tcliai
; \\u.
II.
Tcliang Waii-I(>aiig. :ili3.
Tcliang Va», lll. 8.').
Tcliang Yin-lioiian. 11. lf)3. .ir>4,
yio; lll. ;.r.8, 3il. 3ij, 3ii5,
Tcliar
: ïn.
I. lll
iui-
TfllBIlg 1 l
Tcliaii, i^'t,
Trliaii <;iinii-]i.'ia[), iiii; III. WO,
.ly8. .')38. 53<|
TpIi»! Ilbiig t,"ai. II. i:3.
Tdiao lloiu'i. II. tti-,.
TcliBO Pinf>-wnii. lll, ïïti.
Tt-tiao Tcli-cii-tH, lll. >ij, »i8.
TcliBo Tcliou-Ung, Wf.
TcliaoTs..!!. Il, 17
Tcliao Wi'ii-nffnn, li.'i.
Tclia<>-»'<>, II. un. Vii|.
Tcliari Vi>iif.'.|iii, .V<3, '
Tel"'. Kiiiig. aBf*. j8;|. hjî. 3ih).
3.>j : II. 53.
Tche-tcho, 11. 36.
I. ilynaslie, 338; lll, iàq.
. III. 101.
Tch'én. I
Tchcn-fa. Il, 36.
Tclicn.haiig. Il, 5oR.
""cheii Ki-tong, a5H ; H.
lll. 18, 68, 69. 70.
cli'en kin-ining. lll. 45.
Tchun Rouan, ctiou. 3u3.
Tchcn Kouo-joiici, 3lki, 371,
387. 388.
Tchi'ii
Lan-
pn.
>ï3; II, ii3.
Tell.
i-Iin, 456, 457. 4Ca,
i-mian, 447.
Pao-lclicn, II, 43o. 473.
474.
Td,r.i THiing-lien, II. 3i4, 3l
Tcboti T<:-kouci, II. 48',.
Tclien-li, 1x9.
Tclion To-koui, II. 4ïi).
ToWn Twiian Uiucn, 11. 34
Ichen-ll^fi. II. 5(iU.
Tchon Wci-ï<.ucn. II. 6G.
Tchcn Yuan-kl. II. iltl.
Trlicng. |jrini-e, 4o, voir Toua
TcliVng. II. 6^3.
Tck-rnu-Kh,^. Il, 5i6.
Tclicng-Lin 305. iti', ; II, 07.
Tclioiig Ma Ij. 384.
Tclioiig-.e. III. 459.
Tclipiig Tche-ing. II. i35.
Tclie-ig Wflng.cl,cn, ■,>■;.
Tclicng Yûn-ho. lll, ï5ï.
Tchcoiig l.i. 1 m.
Tclieoii, dynaslie, 338.
Tclirt
.41.^
Il,
4i3.
Mcon-ki. ir.7.
Tdieou San. 383.
Trlicou Tien-tio. rç)3,
Tchoou To-ioiin. 11. 4a5. 453 ;
111,9. ">-
Irhernaii'ï. Col., II. 173.
Tclii. Uo lai. III. 4.'.9.
Tchi-Kang, voir Tctié-Kaag.
590
Tchi-ngan, II, 35.
Tching, Balthasar, 55.
Tching, Tao-laï, II, OG.
Tcliiiig-llaï, II, 35.
Tell ing- Lien, 11, i()0.
Tching-lchang, 3G7 ; ïll, l^f^o.
Tchinguis Khan. 530 ; 11, i()3.
Tchi}'oda, 111, 25o.
Tcho Po-ngan. voir Brown, J.
Mac Leavy.
Tchong Tao-laï, i3ii.
Tchong Tyangtuni. /|33.
Tchou, lao-taï. II. 108, iio.
Tcliou-hi, 17 "y, i83.
Tchou Koung-tchang. 239.
Tchou Lankouei, 328.
Ichouan Licn-jen. 499.
Tchouan Ta -pin, ^99.
Tchouang, 111, 538, 539.
Tch'oucn, Prince, I33, 138. 1^9,
566; 11, ;'i, 6, i3, ifu i5, 4a5.
617; 111, 16, 21, 33-36, 48, /|2I.
Tch'ouen, J^rinco, 111, 538, 556.
Tch'oung-Che. Il, 35.
Tcli'oung Ta-jen, 43o.
Tch'oung-Hcou. 116, i3a, i4i.
i43. 147, iV). i5o, i5i, 157,
319, 345, 3'|(»» 35o, 35i, 352,
353, 356, 363, 36'i, 365, 366,
367, 369, 370. 371, 373, 379,
382, 383, 386, 388, 4i>3, 4o4.
4o5, 407, 4o8, 409, 4ii-4i4,
43 1, 455, 456, 457, 462, 477.
479, 483 ; II. 38, 5i, 97, ii3,
173. 173, i83, 184. i85, 186,
187, 188, 191. 192, 193, 194,
196, 197, 198, 303-308, 3 13-
3i5, 317, 318, 330, 417; 111.
INDEX ALPH.UiÉTIQLE
55i
Tcirou4ig-ki, '454. 463.
Tch'oung-Li, 111, 4o4-
Tchoung-Liun, 307.
Tchoung-Loucn, 109, ii3, i38,
139, i'|i.
Tchycl Ijong, 266.
Te^'-Ming, 11, m.
Té-Sing, 111. 393.
Té-Tchoung, II. 96.
Tei, III, 34.
Teillot, 11. 366.
Teng-lao, 384-
Teng Tcheng-sieou, II, 527, 532,
535 ; m, 9. 10, 13.
Terrasse, II, 376.
Teung-yong, 385.
Texier, Ifl, 439-
Tha«Jo-menge-b>a, 544-
Thanh Thai, \\\ 334, 386.
Tharàwadi Mang, 537, 54 'i.
Thesmar, II, 347-
Thélis, i34.
Thévenel, lîl, 46.
Thi, 11, 384, 385.
Tliibau, 537 ; II, 71. 336 ; III, 18,
19-
Thiôbaul, N.-E.. III, 33.
Thierry, Abbé, 55, 60, 62. 373.
Thiers, 409, 4ii, 4ia, 453; II.
i43.
Thicu-Tri, 11, 356, 357. 334-
Thomann, 111, 53 1. 534
Thomas, Lieul.-Col., 248.
Thomas. Cap., 538.
Thomas, II, 507.
Thomas, III, 534-
Thomassin, Ed., 354, 355, 356.
359, 38(i.
Thomassin, M""*, 354, 355, 356,
359, 386.
Thomson. II, 383.
Thomson, II. C, III, 356.
Thoon khranon, 111. 119.
Thoreux, III, 109, ii3, ii3.
Thouvenel, 93. 117, 160.
Thu'o'ug, H, 486, 493, 549.
Thu'o'ng Tho. Il, 385.
Tliuyel, 11, 549.
T'ien-Miiig, II, 18.
T'ien Wang, 194.
T'ien-yeh, 3o8.
Tien Youen souen, 42 5.
Tillet, Marie A.-N., 357.
Timkovski, 88; 111. 555.
Ting-An, III, 3 '45, 2 46.
Ting In-tch'ang, Amiral. II, 5i6 ;
III, 5o, 248, 249, 354.
Ting Cheping, 11, 73.
Ting Houojong, II, i35.
Ting Pao-lchen, II, 5o5 ; 111, 822.
Ting Tao-laï. 2 '4 8 ; 11, 66.
Ting-lcho, II, 333.
Ting Wei-liang, voir Marlin, W.
.-i
I.NDKX ALPHABETIQUE
A. -P.
Ting-yueny III, 2'j8, 2.'i9, ao^.
Tio, voir Tso, iî55.
Tisseyre, Comniandanl, 111, 9.
Tissot. Il, 373.
Tippoo Saïb, i36.
Tjjciig Tjong, !<66.
Tjyo-vcng, II, 588.
To, if, 3^.
To-chan, voir De Champs, Emile.
Toannta, 38.'|.
Tobar. Jt^rArae, II, aoi ; ÎII, 4<>3,
426.
Tolcdo, Alvarez de, 1/19.
Ton Thal-Phaii, II. 487, /190.
Toiig Kiiig-sing, H, u'». 7^. 7^.
'long-ssc, 385.
Toondiiy III, 2^8.
Torgui, II, 1O5.
Torrc, M. de. Sa.
Torro, Pcrc F. -S. de la, II, l'io-
Tou-llan, 121, laa, I23.
Ton Lichen, 85.
Ton Tsong-ing. II, 288.
Ton VVen-sicou, 238, 2/1 1, 553,
55 '4 ; 11, aCn.
Tmian, 39.
Touan, Prince, II, 5; III, 4ao-/j22,
^96, .'198, 5o8, 5ii, 5i5, 5i0,
5m I, 523, 524, 538.
Touan lloua, 121, i23, 12'», 129,
455.
Toun, Prince, 128, /|()3, 4G0,
5G5 ; II, 5. 120. 202, 2o3. 2<i4.
323 ; III, 39, 380, 419. 422.
Toun K'io, Prince, II. 5; III, /|2i.
Toung, Prince, 128, voir Toun,
Prince.
Toung, 207, 208.
Toung Fou-siang, II, 181 ; III,
/ii4. 4»5. .'117, /ia2, '|23. .^25,
/|20, 5ii, 5i4» 5 2 4, 532, 539.
Toniig-Iloua, II, 97.
Toun^i-PaOy 99, i/jo, 192, 3G7 ;
II, 5, 18. 3c), 05.
Toung Sioun, 1/19,307, 319; II,
1 oung-Tclic', 70, 75. io3, 118,
119, 120, 121, 129, i3o, r32,
i33, 1^3, i03, 220, 255, 2O3,
591
28e, 288. 289. 327. 34/1. 304.
399, /124-/127. 453, 454. 4O1,
405, 4O7. 470, 47^. ''i7'">. A76,
5oi, 5o2, 5i0, 520-523, 534,
535, 505-507 ; II, i, 3, 5, 0, 8,
II, 12, i5, lO, 17, 19, 4i» 53,
84, iiO, 117, 173, 200, 281,
282, 4i3, O07, G08, G09, 03 1 ;
m, 29, 5i-53, 325, 330, 345,
409, 4î*o, 431.
Toung Vouen-lching, i25. 127.
Touo-wen, 4^0.
Tour d'Auvergne, Prince de la,
375.
Tournon, Gard, de, II, O2C ; III,
483, 484.
Tower, III, 448.
Townsend, A. E., IIÏ, 530.
Townsend, A. M., III, 530.
Trace V. U.-E., 250.
TrAn,"!!. 334-
Tran dinh-tuc. H, 2O7, 387.
Tras'ahrore, II, 112.
Travers, II, 578.
Trégaro, F. -M., 4a
Trcuijualye, baron de, 117, 118.
Trenlinian, général de, II. 319.
Trescot, W. II., 11. lOi.
Trêve, 116.
Tricou, II, 38o, 393, 394399, 4oi-
4 10, 481, 482, 5oo, 57O, 582.
Triomphante, II, 507. 5i0, 5i8,
5i9 ; III, III.
Tsa Tsa, III, 4i7-
Tsai, 5,
Tsai-chang-a, 455.
Tsai Fang, III, 538.
Tsai Lan, III, 4 191 538.
Tsai-Lien, 403; III, 4i9-
Tsai-Ling, II, 9O.
Tsai-Tcheng, 527, 528.
Tsai-Tchoun, voir T'oung-Tché.
Tsai -Tien, voir Kouang-Siu.
Tsai Tson-chi, II. 34-
Tsai-Yi, II, 5. Voir Touan, Prince.
Tsai Ving, III, 4i9-
Tsai-}'oueii, 121, i23, 124. laS,
129.
Tsang, (ïén., III, 255.
Ts'ang, nié-laï, II, 00.
Tsang Tsoung-han, 11, 80.
â
593
INDEX ALPHABETIQUE
Tsao Ghou-jao, IIT, 407.
Tsao Kin-yoDg, 11, i35.
Tsao-Pao. Il, 96.
Tsao-la, 38.'j.
Tsallee, naf).
Tse Wang. II, 17, 18.
Tseii Yii-ying, II, i. m. '|i, 58,
<)8, 69. 70. 73, 74, 'joi ; III, 9.
Tseng Clioiian-lao. 333.
Tseng, II, 5.
Ts'èng Ki-lson. Marquis, 11, \-H),
133, i3'i, i'|3, 187, 2o3, MoÂ,
309, ui3-ai9, 2ai-a^/|. 'j3i,'j38,
a'io. 'j42. 31.'), 317, 3ui. 33i,
3'»i, 3 '4:1, 353, 355. 357, 37a,
373, 395, 39O, 398, .'UMJ, 'lO'l,
/|o0-/|O9, /jia, /|i3, 'ii5-4i8.
/»3o-^3a. 437, '»73, ',80. 5i',,
5/19, OiM), (iu'j, 0i5. (»'»(»; m,
a, 3. 8. 16. a3. 35. \H, 49. 79.
i3().
Ts«*ng Kouang-louan, III, 49; III,
5i5.
Tseng Kouang-lsiucîn, III, 49-
Tst^ngKoii<>-fan. i()4, i53, i55, 198,
aoa, aai), •<:<(>, a34. 34 'it ^47,
a'i8, 378, 3:^r.. 'W^, 3'|8. 349.
304. 305, 3<»7. 370, 371, 374,
378.379,380, 38i, 38a, 388.
409, 446, V17 ; II» i»i» 112,
i33. 17O. !\()o\ III, 49. 457.
Tseng Koiio-lcliouan. voir Tseng
Kouo-ts'iiien.
Tseng Kouo-ts'iuen, laO, 'à\\ ; II,
I i:t, 3a(). 33o. 4<><>' '|i8. .'i:»5,
43«), 47-^ 'i7'^. 47'»; III. 23.
49-
Tseng Liang-tso, a3i.
Tseng iSien-tsou, II, i35.
Tseng Soung-vcn, III, 4o4.
Tseng Ya-!clie. II. '»i3.
Ts'eu-lli. i()3. i3o, 45'i, 4<*>7 ; II.
(). 8. 9, 10. <>o9, (il 9 ; III, 30-
39, 4i. 43, 189 19a, aoa, 4 08,
4^ a. 4(iO.
Ts'eu-Ngan, io3. i3o, V>'|. 4O7 ;
II, (), 8, 9. 10, 3:ri.
Tsewang Ar!il>lan, 11, i(i5.
Ts'i. 338.
Tsi-iti^nii. II. 5()(i.
Tsi-yuen, 111. a'j8, a 49.
Tsian Yeou-ying, lai, 132. ia3.
Tsiang Tsoung-han, If, (38, 70. 7a.
Tsing, II, 17, 195, 3a1 ; Ilf, 4<3*).
Voir Ta-Tsing.
Tsing Tsin-tao, 111, 459.
Tsieou. .lacqiies, a()(i.
Ts'inen K'ing. Il, 97.
Tso Pao-kouei, III, a 45-3^7.
Tso Ping-long, II. i35.
Tso Tsoung-tang, a '19. a5o, a5a.
a5^ : II, 101, i38, 175, 176,
177. 178, 179, 18Ô, 181, 187.
188. 307, an, a 12. a4o. 3ai».
33o, 'lOa./ïja. 473; lil, 335/
Tsonei llonci-jen. 111, 57.
Tsouei Kouo-yin, III, 45.
Tsouei Tou-lsc, 384.
Tsouei-tcliao, 385.
Tsoui Young, II, 11.
Tsoung, Maréchal. 33a.
Tsoung Loun. 109.
Tsouo Ying-lio, '|35.
Tu-Duc, 11, a57, a58, aGi, a(M,
aOO, 367. 375, 377, 279, 291.
294, 21)7, ^Q^' ^^>«« 3ôi-3«»0.
3(kS-3i5, 3i8, 3ao, 33',. 335,
337. 338, 35a, 353. 357. 358.
359, 371, 384. 385. 08G, 483
Tung, 11, laa.
Turcnnr, III. ai, aa.
Turner, 111, 53^.
Turnock, Hev. & Mrs, 3ôo.
Tyler, III, 248, 3'i9.
Tyo (]hin-hi, III, 225, \oir Tchau
Tch'en-lii.
Tvrlov, .\ mirai, 111, 284), 35 '|.
Ulloa, II, 320.
IJng licli, 11. 484.
Urbain Mil, 11, 0a5 ; lli. 48o.
Urihari, II. \\o; III. 50.
Vacle, 111, 159.
\aclliana. Prince. 111, 1*17. ia(>.
Van (len Iloeven, J. des Aniorie,
Vanier, Ph., II, 35a.
\ajK*reau, (Charles. 458.
Va^soigne, Cn\. de. '17.
Vatlel. 11, 335, 3',o.
Nauilagna, Angcio, 11, ^'i, iSg.
\ega de Armijo, De, II, 319, 320.
INDEX ALPHABÉTIQUE
Vénus, 3/^2.
Verbiest, Ferd., 67, 291 ; III, 479-
Verchère, P.-J.-M., 839.
Verhaeghe de Naeyer, III, a/i, 42.
Verhaeghen, Mgr, Ilï, 474.
Vernes, III, 3ii.
Vernouillel, De, 49> i3i ; II, 320.
Verret, II, 245.
Verrolles, Em. J.-F., 60.
Verslraele, IH, 3ia.
Vestale f i\.
Vettor Pisani, II, 147.
Vézin, III, 177.
Vie, Mgr, m, 47'i.
Victor-Emmanuel, i5i.
Victoria, III, i34, 34a.
Vienne, M'"« de, II, a5o.
Vigilant, II, 4o4, 5oG.
Vignale, L., II., 21.
Viguier, S. -A., Il, 28.
Villaoueva, A., Il, 139.
Villars, II, 47^» 5o().
Villemereuil, II, 268.
Villcroi, II, 342,345.
Vincent, H., G2.
Vincent de Paul, St., III, 492.
Vinçot, J., Oo.
Viollet, Marie-Pauline, 356,
Vipère, II, 383. 887, 5o6; III, 21.
Visdclou, Claude de, 5i ; III, 4^3-
Vismaro, Paola, II, 048.
Vissière, A., Il, 5, 324, 4o3, 4o5,
4i2, 4i4» 4i7, 419, 422-425,
429, 45o, 458, 4G0, 464, 470,
471, 478, 477» 478, 495. 496,
498, 521, 545, 547, 55o, 55 I,
555, 628, G24;III>ii» i5> 17,
21, 28, 29, 35, 38, 89, 4i» 43.
44. 52, 59, 71, 201, 2o3-2o5,
207, 225, 228.
Vital d'Oliveira, II, 824.
Vixen, 5 12.
Vladislavilcli, Sava, 86, 87 ; III,
^ ^ m»
ùùô.
Vlangaly, Général, ii5, 295, 822,
478, 479, 48i, 487 ; II, 173,
174, 175, 2i4.
Vogel, m, 882.
Volonieri, Mgr, III, 474-
Vol ta. H, 4^>5, 4o8, 43 1, 482,
434. 485, 437, 438, 445, 474.
CORDIIIR.
593
5oo, 5o2, 5o6, 507.
Vou Samqua, 159, 201, 220; voir
Wou Tao-taï.
Voyron, Hl, 536.
Vrooman, Daniel, 524.
Vûillaume, Victor, ao6.
Vyse, i36.
Wachussett, 891.
Waddington, W.-H., II, 129, i4a,
i84, 198, 297, 8o5, 3o8; III,
187, i38.
Wade, Sir T. -F., 9, 112, 121, i44,
159, 161, 35o, 368, 872, 378,
874. 876. 878, 891, 394. 395.
896, 486, 443, 444. 445. 456.
478. 479» 480, 48i, 533, 535.
558, 559, 56o, 56i ; II, 4i-45,
47. 48. 5o, 5i, 52, 55, 56, 57,
60-67, 71, 72, 74-81, 88-94, 97,
107, 108, lia, ii3, i4i, i44.
i53, 17a, 191, 198, 2i4. 288,
2^0, 4o8; III. a. 97. 378. 428.
5oi.
Wade. Col. T.. 894.
Waeber, Charles. 11,584.
Wagner. 111, 61.
Wagner. 111, 5a6, 534.
Walderaee, 111, 586. 587.
Walhborn. de, III. 517.
Wali Khan, II, 171.
Walkcr, Charles J., 3a5.
Walker, G en. William, aoa.
Wallich, Dr. 543.
Walrond, Th., 46, 91.
Walsh, 137.
Walsham, Sir John, II, 160; III.
4, aa, 24. 25, 42, 56, 95, 97,
98.
Wan, 228.
Wan-Li, 126.
Wan Tch*ong-hiuan., II, 45a.
Wan Tin-siang, III, 456.
Wang, II, 45o.
Wang, 564.
Wang, II, ai 4.
VVang, 111, a56.
Wang Chao-ji. 337.
Wang Che-cheou, 11, i35.
Wang Chi-tchen, II, i35.
Wang Choue-ting, 4a3.
III. — 38
i
594
INDEX ArJ>HABÉTIQUE
Wang
Wang
Wang
W^ang
Wang
W^ang
Wang
Wang
Wang
Wang
5i3
Wang
Wang
Wang
Wang
Wang
Wang
Wang
Wang
Wang
Wang
Wang
Wang
Wang
ho.
Wang-
Wang
Wang
193,
/107,
W^ang
Wang
Ward.
aoG,
Ward,
Choii-lang, II, m.
Fou-nien, 11, 37.
Foung-lsao, 111, 5o.
Kouo-tchc, II, i35.
•leou, 384-
Min-Iouan, 111, 3o3.
Nan-kaï. II, i35.
Ngan-chi, 111, 399.
ou, 38i, 384.
P'ei-yeou, 111, ^97, ^{)^f
San, 3^9* 352.
Sieou chang, 563.
Tai-cheng, 345.
Tang-pao, 4 35.
Tchao, 111, 4ia*
Tchc-tch'ouen, 111, 10.
Tchcn-tchaiig, 499-
Tclii tch'ouen, 111, 339.
Ting-y, 384.
To-pang, II, 439.
Toung-tsioou, II, 44-
Tuei-cul, 345.
Toung-ho, voir WengToun^; -
vou, 385.
Wain-cheng, 345.
Wen-chao, 1 10; II, 417; TU»
359, 395, 4o3» 4o4f 4o.'>,
5a I, 549» 55 1.
Vang-Iin, II, 180.
Youen-ho, 328.
Fred., Gén., aoi, 303, 30 'i,
3i5, 31O, 317, 319, 335.
Gén., John. E., 93,99, 100.
lOI, I03.
W'ard, W. Wallace, 99.
Warren, H., III, 534-
Warry, William, 111, i43.
Warscliauer, Robert, III, 3o3.
Washbourn, 111, 393.
W^ashington, (ién., 98,
Watson, Amiral, 111, 5o3.
Websler, Flelcher, 98.
Weddell, Cap., i3.
Wci, 338.
Wei, H, 45o.
Wei-Ching, III, 33o.
Wci Jou-houci, 111, 345-347.
Wei Jou-tch'cng, 111, 363.
Wei-lao, 383.
Wei Pao. II, i.
Wci Tchang-king, 346.
Wei-lching, 194. iqS.
Wei To-ma, voir Wade, T. -F.
Wei Wei-choun, 337.
W'ei-Youen, 173-, III, 254-
Wei Young-kouang, 11, 425.
\yellesley. Mi' de, 538, 539.
Wen, voir Boouc.
Wen, 10.
Wen-hai, 111, 339.
Wen Siang, 9, 108, 109, 11a, 118.
I30, 124. i55, i56, i58, a83.
385, 3o3. 3o4, 307, 416, 436.
444. 457, 472, 479» ^83, 484,
537; H, 97, 99, 100, loi. 175.
Wen Tingchi, 111, 358.
Weng T'oungho, II, 9O, 333. 434.
358, 393. 309, 3io ; 111, 36i.
378, 4o4, 4i8.
Weng TouRou, 111, 67.
Wen Tsoung Hien, voir Hien-
Foung.
Wen-Yu, II, 304.
Werner, Reinhold, i4i.
Wesl, T.-R., 98.
Whilficld, 374.
Wichura, i34.
Wikholm, O.-F . 111, loi, 103.
io4. io5.
Willes, Amiral G.-O., II. 584.
Williams, Cap. J.-M., 548, 549»
55o, 55 1.
William», Dr S.-W., a84, 285;
II, 30, ii3; III, 339.
Williamson, J., 376.
Wilson, Andrew, 168. 202, aaa,
324.
\> ilson. Major gén , i83.
Wiustanley, Cap. W.. 2 48.
Wiuterhalder, III, 53a.
Witl, de, i36.
Witle, m, 3o5.
Witlgcnsteiu, Prince, i4i.
Wlasoph, l.-E., 8a.
nW/; 111. 120.
Wolfe, John Richard, a8i.
Wong, m, 348.
Wong, 323.
IVoochangy II, 433.
Wood, 538.
INDEX ALPHABÉTIQUE
595
Wood, Benjamin, ta.
Woositng, 11, 5o6.
Woothorpe, Col., Ill, i43.
Wou Ki-liang, 11, 08, 70, 72, 78,
86.
Wou Po-jin, III, 229.
Wou Ta-tch'eng, III, 255.
Wou T*ang, II, O9.
Wou Tao-taï, lôg, 201, 220; voir
Vou Samqua.
Wou Lan-lchen, 3/19, 35o.
Wou Ming-liang, 228.
Wou Taï-chan, 257.
Wou Ta-lcli'eng, II, 207.
Wou T'ing-fang, III, 298, 3i4,
393,
31'
171
173.
Wou T'ing-fen. II, 4i3, ;^i5, '420,
.'|22. 43G. 453. 5io.
Wou-tsoung, 235.
Wou-Tsoun, 349.
Wou W^ci-cheou, 23o, 23 1.
Wou Ya-tchoiig, II, 4' 3.
WVay. m, 532.
Wrighl, 11, 29.
Wylie, Alex , 178, i83, i8'|.
Wyndham, 112; II, 228.
Wyoming, 53o.
X.'. . Général, II, 549.
Yakoubbey, 2^0 ; II,
179, 187, 188.
Yamagata, III, 2^6, 84o, 34^.
Yamaguchi, III, 529.
Yanagiwara, 58/|, 535.
Yang, 281.
Yang. 3o3, Zo\.
Yang Che-fou, II, 102.
Yang Chen-sieou, 111, /|o'|, 4 10,
Yang Clii-pouo, 4-i5.
Yang-oul, 884.
Yang lloung-tien, 111, 383.
Yang Jouoi. Ill, 4io. 4ii.
Yang Laowong, 422.
Yang Pao-pin, II. 2o(î.
^ang Sieou-tchin. 194» 195.
Yang Ta-jen, 508.
Yang Ta-ki, voirTa-ki.
Yang-tclieou, II, i85.
Yang Tchong ya, II, 289.
Yang-Wei, 55 '|.
Tang'Wei. III, 248, 249.
Yang W^en-houei, II, i35.
YanglVou, II, 5o6, 507,
Yang Yû, II, ï6i.
Yang Yû-ho, 554.
Yao, tao-taï. II, 84.
Yayema Kart, III, 249, 298.
Yé, 06.
Yé, Cîén.. III. 287, 245-247.
Ye-ho-no-la, 180 ; III, 89, 4o.
Yc-Io-ko la, II. 86.
Yé T'ing-kiuan, III, 10.
Yen. III, 9.
Yen, Col., III, 258.
Yen King-ming, II, 424, 427, 458,
477-
Yen-\u-ching, 4^5.
Yi, II. 5.
Yillouan, voirTch'ouen, Prince.
Yi-Kouang, voir K'ing, Prince.
Yi-Sin, voir Koung, Prince.
Yi-Tsoung, voir Toun, Prince.
Yin Tchao-yong, II, m.
Ying-Han. Il, 24.
Ying-Kouei, II, 96, loi.
Ying Nien, III, 588, 589.
Yokohama, 270.
Yokohama Maru, III, 298.
Yong, II, 5.
Yong-lo, 490.
Yong pao. II, 5o6
Yong r
Tcheng, II, 18. 19.
Yoshino Kan, 111, 249.
You Iji-ta, II, 588.
Youen Che-k'ai. 106; II, 588; III,
22O, 228, 228, 407, 4o8. 4"9,
428, 459. 521, 552.
Youcn-Clieou, 838.
Youen Pao-hêng, II, 9G.
Youen Ta-cliang, 280.
Youon-Tcli'ang, 110; 111, 417, 458,
5i5, 524. 539.
Youn-t'ai-ou-an-i, II, 588.
Young, J.-B., Il, 899, 420, 422,
472, 55o.
Young-ngan, II, lO.
Young-Tclieng, 186.
Young- Wing, 11, 118.
Ysabet, 5i3.
Yu, 55.
Y.i, II, 5.
Yu le Grand, 4S9<
I
596
INDEX ALPHABÉTIQUE
Yu Hen-lin, 533..
Yu-H*ien, III, 45G-4Co, 5ii, 539.
Yu Hou-ngen, H, 180.
Yu-Keng, iio; II, a4 ; HI, 5a i,
533, 5a6.
Yu-Ki, 384.
Yu-Kouan, II, 3ii.
Yu-Iou, III, 335, 4o6, 417, 457,
458, 461, 5i3, 5i4-
Yu Man-Ueu, III, 463.
Yu Siao-hou, II, 180, 181.
Yu-yuen, II, 5i4. 5 16.
Yuen Tch'ang, voir Youen Tch'ang.
Yu Tcirang. III. 458.
Yule, Sir Henry, 548.
Yvan, Melchior, 17, 168.
Zamboaga, II, i3o.
Zanoli, Mgr, 334.
Zappe, Ed., II, 584.
Zébra, 3a6.
Zédé, a56.
Zembsch, II, 433.
Zi, El., III, 4o5.
Zottoli, A., III, 477.
Zuber, II, 5aa.
TABLE DES MATIÈRES
Chapitre l. —
Chapitre IL —
Chapitre IH. —
Chapitre ïV. —
Chapitre V. —
Chapitre VL —
Chapitre VII. —
Chapitre VIII. —
Chapitre IX. —
Chapitre X. —
Chapitre XI. —
Chapitre XII. —
Chapitre XIII. —
Chapitre XIV. —
Chapitre XV. —
P«get.
Mort de Sir Ilarry Parkes. — Occupation
de Port Harailton. — Sir Robert Hart,
ministre d'Angleterre. — Consuls de
France à Canton. — Opium. — Coqi-
mission de délimitation du Tong-King.
— Édit en faveur des chrétiens. — Mi-
nistère chinois de la marine i
Annexion de la Birmanie. — Convention
anglo-chinoise. — Voyage du septième
prince. — Banquet diplomatique. —
Troubles à Tchoung-King. — Majorité
de l'empereur. — M. Lemaire. — Traité
portugais i8
Audience de M. Lemaire. — Mariage de
l'empereur. — Chemin de fer central.
— Sié Fou-Tch*eng. — Syndicat français. 34
Mort de Mk' Tagliabue. du marquis
Tseng, etc. — Convention du Sikkim.
— Corps diplomatique. — Audience
impériale. — Émeutes. — Le comte
Cassini. — Tch'en Ki-T'ong 48
Le protectorat allemand des missions. . . 7a
Les télégraphes 90
Corps diplomatique (1893 -iSqS). — Le
« GearyAcl». — Missionnaires suédois.. 97
Affaires de Siam (1898) 106
Délimitation de la frontière Sud de la Chine.
— M. A. Gérard i36
L'audience impériale 187
La guerre sino-japonaise ai3
La guerre sino-japonaise (suite) a38
Négociations. — Traité de Shimonoseki. . 367
Négociations. — Rétrocession du Liao-
Toung a88
Les emprunts chinois. — L'enij)runt russe
(1895). — La banque russo-chinoise. . . 3oi
i
598 TABLE DES MATIÈRES
Chapitre XVI. — Traité de commerce entre la Chine et le
Japon 3i3
Chapitre XVII. — MissîooA du Se-Tcb*ouen (iSgô), etc. . . 3a3
Chapitre XVIII. — Avantages français. — Départ de M. Gé-
rard 33o
Chapitre XIX. — Voyage de Li Houng-Tchang. — Conven-
tion Cassini (1896) 339
Chapitre XX. — La curée : Kiao-Tchcou. — Port Arthur
et Ta-Lien Wan. — Wei-Haï Wei. —
Non-aliénation du Yang-Tseu, etc. —
Kouang-Tcheou-Wan. — Kao-Loung. . 3^9
Chapitre XXI. — Les chemins de fer 379
Chapitrb XXIÏ. — Projet de réformes de Tempereur. — Coup
d'État de l'impératrice (1898). 399
Chapitre XXIII. — Concessions diverses aux étrangers.. ^a^
Chapitre XXIV. — Les Boxeurs 45i
Chapitre XXV. — Les missions catholiques 463
Chapitre XXVI. — Prodromes. — La révolution ^96
Chapitre XXVII. — Épilogue 5ii
Errata et Addenda 555
Index alphab^itique 55*
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FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
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«lo Tautour osi (jn«" oo •Imildo m'Hiveinciit n'<*si point soni il une idi'-e pliil<.>s<»pliiipi(; proronçuo,
mais des n«"'i^es^il«''S de la dôl'enso nationale. (.' osi surtout parce ijuo le iliTjrê taisait <-aiiHO
i-ontniuiK' .ivoi* l'ètranpror nue 1rs jiatriotes *W. l'an II euniutonMil l'autid. (.'i-itc tlioso,
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eliiliv. ti.» l'Assi-mMée aux spe«'taoU,s, «les « nri«'^-i«s «le fête ei «les manifosiatii^ns de la ruo au
tion dans co lalde.ni entiorcmeni composé d'après les témoignages contemporains, rassemblés
par une éruilition pali«'uto et sa^'a«e: il ne si-n «léga^io pas moins uuo impres-siou de vie
iiifenso. La \ariét«î «les tons s'accunle av«' ■ cell«* des sujets. C'est un livre d'une lecture tou-
inj<
jour? attachante et. ou plus d'un pussapre, rrancliemont récréative.
ENVOI FRANCO CONTHE MANDAT-POSTE
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
PUBLICATIONS PÉRIODIQUES
UEVl i: PHILOSOPHIQUE
I)K I.A FHAMIK KT DK L'KTHANOKB
Dirigée par Th. RIBOT, membre du l'Inslitut.
f27* ann«'e, 11H»'2
IN'iniît tons les mois, par livraisons de 7 foiiilit»?. ^rand in-8, el furmt*
chaqiii' aiiiu'e deux volum<>s île GHO pa^es chacun.
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iiieiils el lï'lranger, 33 fr. — l.a livraison, 3 fr.
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REVIK HlsfoRlïjLnr
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MiMiiliio <!«' i'lii>liliil, Malti«' il*' «inifi-rPiirO" à l'Hi-nlo nnriiiDir.
Prt'-idi-iii ili- la M'ciinn lii>|iirii|iic i-l |i|iil«il<i;;ii|u<.> ù rtlttilo ilr*( liatilo* l'ItiJi'-
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Paraît toti^ \v> ilcuv ninlk, ii,ir li\ i-.-ii*iiii« ciaii-.l-iii-S ilo ij fi'ulll(*« i*t fnriuo {lar an
ti-oi» \oliiiiii"> lie .'iim |iaf;i*> rliariiii.
Prix d'abonnement: Iri an. ]KHir l'aris. 30 fr. — P«iur N-s dipar-
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TVllI.I'* (.IMMM.K** r.l > .M\IILIiK>
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Il iS«»i il i'^'*.'!. .{ fr. : I fr. .'.11.
MI. iSîiG à iS,,.i. :• fr ; — j ir. fi,!.
I\. iNji ù i*^«|.'i. <• fr. ; I fr Cm.).
Annales des Sciences Politiques
liKCIKII, IMMKSTIUKL
Piihlli' ;iviM' l.'i ('(illalHiratliMi lii's profi'o.MMirs «'1 <l«*«< >iiii*lt'i»e» i>lo\e!»
l|i> l'i'i'oh* lilMM* llc<i Scil'lIl'O» pdlItiipil'S.
[Itt.r sffitièmt' ii/iMiv, ttji^y)
COMllIi I>K I5l.l»\(:i H)N : M Kii.il.' Il.t ivi. «lo i'Inolitul. illn'clour iIp rr..i.li
M \Lr. i»r l't»M« 1 1 , ili' riii-litul. rmisi'illiM tuait i c :i la ( ion r di'- ciiiii|ili-i> ; .M U. >i>>- ii«.
niM-iiMi iii-|>iTli'iir (li-«- liMiiiii-<'« t-t niliniiii-datiMir drs (liiiitriliutînii» iiidirit t»*- :
M. Mfianiji ■■ Uiiioi. ili'-|iiili-. :iiii ii-ii iniiii-ln- : \|. I. Ul^«lll, )>rfit°i>''i-iir îi la K^ruit'*
ili> ilixil : M Mlxrt ^-mii. il<- I' \i :i>li-iiiii' I ratii,ai»i' ; M \. \ (^i>«l, fit' 1' Vc^d'-Hti'-
liMiH afi- : ^1 \ii-' .\ll^vlM. |)iii-t-l.-iii ili- la Miiiiii.iii- : M. 1Iiiiili> liui Hi.i.i>ih. niiillri* J.-
fitih'ri-iit •■' •! ri'.i'nli- inii iii.ili- Mi|i«'ririiri-, I>ii ivlciir^ dr» ^'ri.>u]H*« dc travail, |>ri>-
i"i'*MMir«- .1 rr.i •'!<•.
H'-'Iui liiir m rhi-f. M V. \itii..(ri:
4'.<iiuliii«)iis (r.'dMMini'liliMit. --• 1 II an (du i.'i i.iii\ii'r): Pari-*, IH fr :
ili'|Mrti'iiii-iil- i( i'tr.i[i.riM-, lîl fi — La li\ iai»iiii, SI fr. ôO.
I '■', /fv.i., /,r, m.i/i-.ï iinn.i'', (i>-'i-i "»><-. i^isS) sr 'n.ltnt ch-irnuf lit /runr s. Ui liirai-
uin<t i:h'i'Uiir Ti J'rattrs, In '/iKitru-mi' <i'i/iii' (i'^>'.i ' Us saii''mlfs w t-cmfi n/ fhucunf
18 /runo, i/ lf.< liviiusnns. ilon'uu' l\fr. ôO.
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
108, non.EVARI) SAINT-GERMAIN, PARIS, (î"
JANVIER 1902
BIBLIOTHÈQUE
D'HISTOIRE CONTEMPORAINE
I. — FRANGE ET COLONIES
ÉTLDUS KT LEÇONS SIR LV RÉVOLUTION FRA.\(;VISE
Par A. AULARD
ProfcMour îi l4 FuriilU- •li-<> lfilic« de I L'iiiver^ilô de Pnn*.
Trois voliiinos in-12, cliacun :j fr. î)0
l" sKuiK. .<- r'iiti"». — I.t' |irii(:raiiiini' nnal on nsï». - L«* si^rnuMil ihi Jeu *\o Paume. —
I^tK.I:ii-'iKiiis. - Aii'!r<'> du'nii>T. — I.a ]iroi-]:iiiiatioii lio la K«'>)>uhli(iiio. -DaiKuii. --Cariiot. —
I^ ||^o^^o S"Mi«i la Tfrrrur. - Lart et la pnliiiijui' imi lan II. — Aux a])i»ji)^'isfi.*.s «le H<ihes-
pierri'. — U"l'i"«|iiL'rre ci l«f p'iidannt' .Mcla.
•J" sKHiK. .'' l'tfitv.it. — Auirustf Coinii' rj l;i Ki'Viiliiiion î'raiivaisi». ■■ Duiiinn ot li"» nia*«sa-
rrcH «l»" scpîi'iii'iro. — La siMiaralinii ili- IKcIim- «m ili^ l'É'at. — Les l'ausi's ri lo l<>n<lt'niaiu
iiii W iM'iiMiain-. \.i* <:<MiMilat à vu-. — L'aiitli<'inii-ifi'' «li's iiii'-m"ii-cs ilc Tall«*_vraii«i.
.'{' sKiiiK. L lii^tiiirt' proviiir-ialc «lo la FratiiT <.'<>iitiMii|ioraino. — le fiit(»ienii'nl pcmlant
la U<-vi>liiti<iii. - I.a ('iiuviMiniiii iKiiiniialc «li' M<)iia*<>. — I.a •liiiliiiiiatic ilii iircmicr i-ninitr' de
salul piiMii-. - La «{iHTrlIi' <t(> la ■> .MaroiMllaiN*- .- (M liu <■ Hi'Vfil ilii l'i>u|i[i' ... • - Honaparie
el U's iMiiLMiar-N -h's C'iii'|-('''iiiN, — ha lil.rrt»* in<livi<]ticllc' sons Nait<>ir>i>ii I'.
Le Culte de la Raison et le Culte de l'Être suprftme
KTl-hK IIISTOUlOUi: (1703-1794]
Par le môme
Un vnliimc in-12 :i fr. JiO
On -«ail i|u"t'n WS.\ vx, on 1*01, la Kram*'! n-vrilutioniiairc ossava, haiis v rriissir, d'abolir la
rHiulMii rhrrnoiinn au nmvtMj •In cullo "U- la Kais-iu, }miis do la' n-niplaf't'r i»ar li' fulto do
l'Étn" '^iii-rfuii'. (««vi ii'tti- iiMitaTivi" \\o tUrhri^f,ni,isittH'ii miu' rnpjM'rii* M. .\ulard. i^athrso
lie l'antrMii' l'si •jur l'i' it'HiliIi' nii>!iviMiii-ii( ii'i'«>i l'i'ini sorii ■! niii> i>li'-o |>liiliiv>i|i|iii|iii> itri'i'iinf.'Ut.*,
mais lies iii'i-i'KxMi's ilf la di^l'onsc nalioiiali'. i' «-si surtout |iar<i» uni* U- i-Iit:^!' lai^ait c-anso
CDiiiniuiip avi'i- l'i'MranL'i^r k\\w I(*s |iatrioii-s Ao l'an U cnllmli-n'ni l'auirl. <*i'tii« tliôso,
M. Aiilar-l I a ai>]'U\r<> >ur uu n-rii iiii|iariial. ■) apivs Ir-^ •{•••■uincniN onuinanx. On y voit
rovivn». -lanN l.i rue. ilans 1«' rluli v\ 'lans l'i'':.'liNi'. la Kranro r>-v<duli<ninairi> an m<*moiit lo
plus «rui'iui' «'t II' |ilMs )iiti'ri-Hviiit lii' la linr«' il- 1 i".^i>nt n<>uvoau i*>iiiiri* l'anficn n'j^inji*.
LA VIE A PARIS
PRND.V.NT UNE A.NNKK ï)!-] L.\ HKVOLUTION [1791-17921
Par 6. ISAMBERT. ilrpillc.
l'ii vohiiiir in-I2 U Tr. oO
l.aiiijif I Ipiisir'. i-i'si rrlli' ipii >Vsi rronlro du -.'1 juin 1"'.M. jour ou los Parisii'Us so r<*vcil-
liTi'iii saiiN r<>i. au ".*«»juin 1"j*.»-', ilaïc lU' la )»ri'niirre Invaston des Tnilorios par h» poupin dn«
raiilMiui-i^-^. (onliiH- ilaus l'tMto prrii>di*, laud'ur saisit les niiuvcau.v arrivants au saui dt» la
dilij.'<"u< I'. IcMir nioMtro le»» nionumcnls nmls mi on «M»nNtruetii»n. U"< l'ait |)asvr îles salons aux
«•luli«.. «Il- {'.X^si'inlili'-i* aux' sporta«-U.s, des rorl.^-j.'-tïs do fi-ii» rt dos ma ni restât ions ilc la ruo au
pciTou «lu l'alais-Koyal nù ?><* Iiousculfiit li's a^'iotours. pa>so eu r«»vue I«'S iiiudcs. les jour-
naux. Il'-, •*liansi>ns. 1rs raritatuffs. l\>ns(Mmni>niL'nt. 1rs expositions d'art. 1rs rafês, los re&-
tauraur*.. jnsijiraux niais'Jtis d(« jon.-;! umuthi' avcr la pulirc. toutes li's nianifostatioiis de
ra«-iiviic- parisiiMiui' dans un iciiips " ' Iilu>rto dcbonianto. Atn.-uno part u"rst laite a l'iuven-
tion dans !•«• taldi'au (MitiiTomenl compose d"apri;s le» témoigna^'os l'ontrmporains, rassomblés
par uui" «'-ruilMi-Mi patii'iiio ot .satrui-o ; il ue s"««n «k^ua^'c pas moinM unu impression de vio
intcnsr. La ^a^i•'■ll■' dos Ions s'arrordo avo ■ ■■cllo dos sujols. i.'Vst un livre d'uuo lecture tou-
j'jurs attachanu' ot, l'u plus d'un p:is<>a<>o. iranohrment n*cn^ativo.
ENVOI FRANCO CONTRE MANDAT-POSTE
2 FÉi.lX AIXAN, ÉDITEim, i08, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS, G**
HOMMKS ET CHOSES DE LA RÉVOLUTION
Par Eugène SPULLER
l'n vuiiiMH.' in-12 3 fr. '.H
( 'ci ouvra;,'"' îi |»"ur ohjpi non souI'miumii hi ■IriVns^, mais la j;Ii)ritii:ati<>ii tlo la Hi}\i>liitn)u
lV.'in<;.'iis«". I/autriir v traito noinhn; <lo quiv'>tion> «■•^ntrovorscos ; les chajiiircs qiii lo .■ornii'»-
MMit sont «l'nsaori'N a la RcxoliiTinn i-t â i|iirl<|iuvs-nns tics honinios le< iilu'» ilhiNi.-fs .fji î'iit
ai«li'"i.' il SI' poMlnirt* : Sii«y»»s. La KavfMe. Mirahoau.
M. Sjiiilh-r n'a pas o.il la itr«'*t»Miiion -Tr'-Tir,. uni-» uMivro ii'«'TU>litii.iii uriirinalo. m.is> ne
siiii|)ICN «'«^^aiN «l'Iiisfoiro. fi'injinst's av«'«- lo iloNM'in «li* fairr o«»niiaîtr«» il^^s hoiiiiin-v .î.jhi la
|KTsoiiMalin", Ir roi»*, \r ("ara<'liT«ï ot U'n scrvii^'s nuTitout ilrin? mis •*n liimicri^. L'"«>t -ioat
«II* riii-^t'Mif' (Mi-njcniairi- an proniirr flu'f. ilo llii>ii)ir<" vulj,'ari'*o«'.
VARIÉTÉS RÉVOLUTIONNAIRES
Par MarcelUn PEIXET
Préface (ie A. liASC.
Trois voluines in-12, c-hanm 3 fr. r»«
1" SKHii . L«*s Alniana<hs suns la Ki-xulntinn. ■ J^cs rovinv-s -If tin «l'aniii-o an iluM'r^
«;ou»i 11' iMriMioii'i' et li* ConNnlat. - 'IlH'viMH'aii ilr Mi)ranili.>. — Paris «m Ils'. Kivar-.ï. —
La vrai»* Ihi Harrv. - L»'< nratonr^ «ii- la «'imsutuaui»'. — l'n liistoricii allriiian'l ilc !i
K«'V«ilMtii>n Irain-aiso. Insignes l^l'^ ili-jniti-v ]i«^n<Iant la Ki'Viiliilion. — Instriiiii»n <1j
ciMiutô lii.' Salni pnhhi*. - I'ih' Umipi' iiii'<litc <ji> M"'» Tallirn. — Le ramp *ir Jalfs — Ki-i-ri-
nnnaiii)n> 'le MiMi«iifMir «Ir l'ai'i<. -- La .s.nnf-MiilMTt.v ri lo roiAtp «rAntrai^ïiieN. - <'• iiiri-ur^
artistiiiur.N >W lan IL J'onruur.s •!«' l'an II ]H)nr lo livre» i"la»iijurs. — M*** -U' 'li>v.nvl ci
^^•.^ niiMn«»nvs. - Le • Livir* «lu Sul.iat iVnui.-ais •- >\o (. hani}iiimnol. — «^in'hjiios sirii)'in'^ in*
ronnuos «te la MiirscUfuisf. — lui j«-uni"^<'^ -In ('nnvriiTionnirl Kumnx*. — Le ^»'"ni*ral linrii-
iiarte. - I.uciiMi Hnnaparti'. -- L«* «.apiiainc Valli*. — La prupaj:au'»o piiili.>hr>plii<iiii> ■» 'Ms b
Ki*>iaurauini.
-."■ sriuK. I>ulM"i>-(.."rani'«". — La Kc\<ihiTJ>iii cl M. Taint». — I^s •l»'l»nls «h» la KcvoluiHtn
'lans Ii"i l*vr<MU'n>-()ririi!ali'S. - La Iîiltlii»tlii"i|n-* «li* l'nrthiez -dt» l'Oisi» . — Lr ^i inTal
Kiu'an. I.'s nuMiuniiMirs df Dr.'.aix. - M. Aiilar<l (!t la Kûvoluliori on N^iriioiuit*. — La pfiv»
ilr la ha«^iill«' lapn's d«Mi\ lavons «If la n'ino. — La pla«'.e ilfi la Ha'itilio n l'an luîorte
Cnrlu'i. - Miralii-au l't Siipliie. -- Miralican i:raniniairicri. — Mircilti'au au tauti-iiil. — L^
•I Siiurf-r?» Miipun-s .. i|i»?, lùfiis «lu iNt^'Ô. - Marn* Anti.iinctte rn N «miu". — Triannn vt h*-*
• li■>l^ XMîis .lo la KiMiic. - (îra«rlins l'.ali.rul" iM Maric-Aiiloinotto. — Ma>iumt' Éti'^al'i'th.
— Sii/anni* Lalir<»ns^e. — F/aiTunanti.' (iarnorin ot los pu<lfMirs ilu Oiiiiitc di» Salut ptiMic.
— Cliansoii^ ]ii>|iulnn'i's sur los a(''r<isiai«i. — tl.unlt; Fauncl cl Oadnudal. — La pn.'ii-nduî" «lie
• II* Souliiaiiv. - L liisiniro de Kranoi- >h' l'alil'i' Li* Ilai.'«ii*i. -■ ImI «apitulalh'n «le lîa\li'ri. —
t'Iiansiiis m- «.,11. r-sf i(. ,.i do rorjts de i:ardc. Lt* dur «lo IJorry fran:*-iriai;on. — La tit-ron-
TO'Tatio.
.;■ ^'l'mi . — Lo Misijij'il/o d Ahi«Ti. - La l<«''\iduri«'n ot j'irlaudo. — Iji «.a^'sottiî "rr* fîM-;-
• Iiu.'» Ijalid'ui'. - 'iliiM-MiL'no di' Miri«^i»uri. — Los ili'>sins du f;ônoral (?liaiupiMnm*i. - Laai-
Ita^N.'i'li: .|i> lîaiMJii'IiMny rn Suis-^o. La ••inspirai ion Malet, -M"' de (îonlis et tlulc> ^ or;ie.
l'n pou <l«" iiiiin.'-iiiari.pio. !.■•> IIisioruMis iialion< do la Révolution t"rîini;ai'«o. - Lo
f'n iiii de «ii.isui- Carduci i. — .Napolëon I •" auront niatrinionial. — M<»nti et la r>a.sao\il:ana.
VANDALISME RÉVOLUTIONNAIRE
Fniabilhns litlrniitfs, S'irnti/iifucs et uftistiqucs de lu i\mvvntiun
Par Eugène DESPOIS
l'ii voliiirio i 11-12, i" oïlilinn 3 fr. .'iO
|)<s|io:n a. dans li- livro pi. -in '!i' \i_ru«'ur «t .li; l'aiis. intitult' lo Van'inlinHU' rt*»'>f'//»iiMir«'"".
ti un a \t'iii.«-r ki-ttr r.'-vdutinn do.ii il • iiiaaiss.ii'. si hten rhis'oiro. di* ra<"<.-us.ati»n stupi'lo
da\(iii" il'iiuii .i plai>.r los ni<«Muni«'nis .|i« ja vioilK* Fraino oi ji»iioh« lo vd do ruiii';*'». Il a
ni>iiitr'"' toiif f •' iMP' !a <^MlVl•|ltio^. au niiln'U ili- >os l>iurruonU'S. on pl«MJio Ti-rrcur. avi-r
ijual T/t' arruii > «mi «'anip:ii:iio oi <ii luiiani i ontro l'Kuropo roalisôo. a\aii >u fairo puur le»
l«'ttri's. p iM" i*'^ îiri^. pour los siiimi<»'.>. jm-ut I instruriiou a tous «iCî» do;;rô>.
Cl!. Kiooi ./t'-rtif jtolitifjn- t't I*tt''rairf .
LES CAMPAGNES DES ARMÉES FRANÇAISES
• 1792-1815)
Par Camille VALLAUX
|>r->f(>->-iir n.'ii.?.' ii"iii«ti>lrr «ii Ijrrre do Bresl.
Vn viiliimo iii-12, ;ivoo 11 lartos clans lo k'xk» 3 fr. ort
M. <\-iMiil]i- \'all.'iu\ a viiulu résiinuT *-\\ autant 'to paires iju'il y a tle jours dans raiinoe les
N
tNViU Hl\Nt:n C»»NTUE MA NI) AT- POSTE
FÉLIX ALCAN, ÉDrTEUn, 108, BolLEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS, 6*^ 3
gucrreft t\ç> la RévolatioD ot de rKinpirc. II sVst acquitté do sa iSkfhc avec rnnso.icncc et talent,
exposant a ver Hariù les onu^os ot les préliiniiiniros lies campofznes, ilécrivniit avec })ri><>isJon
les mouvcnifnts des années el les pliusos des eoiubats.
LOH luttes hf^mïques de la Vendée, IoM*aiMiiairr)<»s df 170-?, les jrrandes batailles de l'Empire
et notamment relies d'Austcriitz. d'FIsslinir, uo Wati-rliH». soiil fnvi cxartenioiit ooudcusc^cs. et
lex ertiqni» (|iii les arcompai^nent en faeiliiLMit la i-oni|irrliension.
NAPOLÉON ET LA SOCIHÏÉ DE SON TEMPS
Par P. BONDOIS
Prorr«*nur d'Iii^toiro .m lyci'c liulToii.
Un %'oluine in-S ' " fr.
Ce travail n'a aiimne tendanro i>o]itii|nc : t- 'c^t une étude d'iiistoiro uiuralr. I/aulrur a
chcrclié à r-xpliquiT l'inllueuro il«.« .Naïuiléiin *;iir 1rs l"'ran';ais dr la drrnirnî |iéri«jdi* révolu-
tionnaire, el itdli; dr> oontrniiM)raiii?> ili- rnnjM'rrur sur sun rarartere ft sa l'orsuiinaliié.
M. lUiudois a éviié. autant ipie pM^isiMc. lus a<-< usations «Ir parli l't 1rs atrirniatiitns con-
testées. Il a voulu l'under sdu livre sur drs pandr^ ot d«vs t'iiils. admis aussi bien {«ar les
admiratrurs qui> par Ion déirai-teurs •Ir Naindcon l'■^
HISTOIKE DU PARTI RÉPUBLICAIN EN -FRANCE
DE 1814 A 1870
Par Oeorges "WEULL
Diictour ôm Lettrf»». i»i-i.li>!»M'ur <i'lii'>lf(ii-« au lyrée Camul.
Cn volume in-îS 10 fr.
Ce livri- diMuir {unir la ])romirrr l'uis unr étuile irriisrmblo sur Tbistiiire du parti ri«|tubli-
eain. Les -Irl'Uls Mî.-rris liii parti si»ns la Kr'^tanr.-niiin : sun avrnrnuMit a l:i vir publii|ur eu
1830 et ^^^^ pro;rres jusqu'aux rnieut''> dr Isili: ^on l'crasement sui\i d'um; l«>ii;.'-uc' pi"'rio<lo
do torprur apparrnte, niais d'ai'tiviir rrrllr; la \iiti»irr éplii-im-r*" ilc l'si^: la rttai'tmn «lo
18-1'J, ronlrarn;«î parla uriipa^L'andr liabilr ili-s •l(■lll■lr^atr^ jUNiprau -i di'r«'uilirr ; la prusi-rlp-
tion. avri- un tal)li>uu do. la vir drs riq^ildi'-ain^ «h-ti-iiUN, traiiNpi»rt«'s mu i:\ilr>; la viialilo
du parti prn<iant les années *U' roni)iri*-NM<>n : iiilln s'Ui rrv«>il di'pnis 1m.'>0 rt S4>s rapides
gucers : mus rrs laits st)nt «'tu<llr> dans Irui- nplrr «-lironijli>i:i<p>^'- An rr«'it d«'s l'^vrnrments
sont joint^ 1rs portraits de tous rriiv qui oui intlné sur la vie du parti. <'arrrl. (.^avaii^nac,
Lc'iru-Kollin. lîarbi'-s, (iaiiil>rlt.i. .Iiilrs l-'avr*-. Knfin nn»'> i^rando plaro l'st d-miifr à l'iiisloiro
des idéi's, dr«» tlM'ones artistiqiir«<, i)liili*so|diiipii>, rrlit,'irnsfs. rt siirt-nit <I«î rrs >Iortrines
ftocialrs qui ont toujours prrfjrrnp.' d-^ n■p!Illlll•.■llll^. l'c n'rst pas un livn- dr poléniiquo, mais
de s«7ieuir. riin«;u d'une ta'^)M l'mir idiji'iiivf.
-ir-
HISTOIRE DE LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Par Ed. ZEVORT
llerlvur d-î I Acuil^iinu ili- C-i<^u.
I. La frt'sltft'nce dt* M. Thiers. I vol. in-s 7 fr.
II. La prrsUif'nct.' t/u Maréchal. I vol. iii-8 7 fr.
III. La ptYsitle/ice '/e (inf'vf/. I vol. in-s 7 fr.
IV. Isa fn'vsiiJi'ut.'fi de Carnoi. 1 vol. in -s 7 fr.
L'auti'ur a pris à tâidn» de ra''iMitrr. -lapri-s K-s do>-uinenis oMi«'irls l't 1rs nombreux rrrils
COnsarr«'s à «fiii.' périoilr lir lliistoirr r.iiiti'iii]i<>rainr. I«"s évrnrni«-nt.> au.vqurls il a assisli» et
dont los r'iiisrqnrnrrs ne sont pas i-nrorr •'•loiist-r-, >\f. lrsju;>'rr iiiij-aniairmrnt «'t de i»arler
sans liaiiio ri sans «-raintr «les lioinnirs i-i <h'^ ilinx's iraniiiurd'liui.
Si riiiNî'Mrr du sci-«iiid Ilmpirr ni'iiiirr i-oiniucni un ^M'ànd pruplr a pu saband«Mini'r rt a
été sur 1<* poini dr sur**iinilirr. rrllc dr la TruisuMU''- lti'-publiipii> niontn: «-nnnurnt il a su se
ressaisir, ft si* rrlrvrr. La prrniirrr piTiiflo. ipii nmi'. rondiiii ilu J srptcinbrf 1>7U au
*21 mai ls7:i. d^ la {irorlamalion d«' la Kr['nbliipii' a la clnn» ib' s'Mj jin-iuier l'rrsilrnt. n<"»us
mol rn jin'srine dr j;ravi's et ilramatiqur»» rvc-iH-nictifs. de ^'randrs ri inti-n'ssanlrs inilivi-
dualiiés. parmi Irsipifllrs sr drta«lirnt snri'int b»> ii«_'iiit's Ac Tliirrs. «b; Trocbn rt dr (iambrtta.
Sous la pri'sidi'iicr «lu Man'-rbal dr Ma«"-Malion, ilans i-rttr prnnilr i|r t'itndation, dans ce
pénililr rnfantrmrnt ■!«• la Uriiiilili>|u<-. 1 iiH«Ti"t Ar riiisi«)ire iiilj-rirnrr primo i-rlui dr lliis-
toire rxt«Tiruri*. ]a' traité ilr J-rarnfort a burin' notn» intiurm'o au drliors. mais li-s Cimslitu-
tions prt»visoii"r'« di' 1^71 rt di* ls7.*! iiiMit \>.i^ ii\r n<»trr situ.'itiun politiqiu' ; mrmr à la suite
du '£> IV'MH.T lN7.'i. il laui tpn- la Ki'q>nldiipir ruiipiirre Ir S(«nat. ajirrs la fliambrr et la
Présiilrncr .'q»ri'*i Ir St-nai. i.'t-sc srulrnu'nl au UtinlcMuain de l;i nMraUr du Marérlial que la
Déniori'utir \lrtorirusr dt'\irnr vrainii'nl n-spi-nsable drs dos'iniM'S -li- la Kranrr. J^ rrsis-
tan(*e des anrirMis piirtis. appuyés >ur Ir irb-ricalisnif, rt 1rs pni^rrrs *\o la l)émocratic résu-
ment lijuti? l'hisioirr «b; rott(; .soi.'ondt' |»r«-sidrni-i>. Avi»»* la présidnnr île Julos Grévy, ci>m-
mem-r }i'iur la l<épnbli([ur, rniiii s-irtir dr la jtrnodo des butes pour sa propre existènro. do
la •• période hi'roïqiio ■». Irre de 1 or^^aniHaimn ••! du projjrrs. l'm» série de lois fondcamrntalcs
sur la pr«;'S:\ sur ririiseiirnrnirnt primairr. sur ridectiou des inairi'S. sur le divorrr, sur les
ENVOI kr\m;o contre mandat-poste
4 Ki:i.i\ \LCVN, ÉniTKni. 108, houlevard saint-germaix, paris, i/
svnJiCiiis sont voî^'m's. l»*nii autre rôtiS i^ir le» conquiHw; do la Tunisie, «u r.«:iiiiii.oç
AÏavl;i«:asrar, par la loa.latiun ilu Con^o français cl l'cxtensiou vers le Sou'laa. l.i K»i.u»ili^s«
rcconsTitiK! \o iloinuino mlnuial ilc la Traiice.
Ces «'•vénoiuiMiis s"a«'rouiiiliî>sont «Mître les aum'es 1879 cl 1885. sou* lo iiiî!ii*iTi-.-i^ \\;i..'l!:-
gton. le>s lieux |»reini«Ts ministi-res Kri'voiiici, les ileux niinistôn»!» Ferr.x , I»"n mu. i '*:■•:»
(iainl'«^na et l)url<M--. Mais relie ju^ri"Ml« si tV'i'on«lo en rêsnliats est suivie •i'iiiii' auin* iju; u
•le iimrf» l>*!Sr» a la lin <lo iJ**»"!. e« «lui e>i moins lieureuM» et plus truiililt'-c : ••'«■ni ••".'.r- ../ji \-..n
riiiiptiUsaii»'!' lU" la «'hainljre i;luc en 1^*^'». renvrrsanl lour à tour, le iir^'iuier eal»ini» IJr:'<*'«.
le troi^ifiii'.^ oal»iiier Kreyi'in«'i. les cahinets (îi»lih»i oi RnuviiT. o"«"St eile «ju: ;i*.-i^ti- -j ia
naissani'i- ilu bitnlaTjp-istue et m» termine par la «-liutc si triste «lu pn'"<:deiit <»ri'\ \ .
Fii.'Ui'«" «u'i.triiiale. «l'une «xravit^ un i»«'u triste, qnc tein]iéi*ait la «loiii-eur .iu ^•^ar!.
M. Carn"! iMiuiK' \\u>' |ila«'«» rMiiincnte «lans la ;ralerie «les pn-splenis -le la rr":<ii-!r:i ii»-|C-
îili«ine. Il fsi riiist'iirc a'Miii'Ui' •!•• la Troisième K«''puliliqnc qui l'oninieneo \ •.•rii.ii.,t-ii..'.-,: a^
niiMueiit où il «'>.i porU' par un vot«« inattendu a la premuTC Tuaj^iHi rature. On v^u i,-^ jin:.'':-
iianx faits <l«' 1 liiNiniri* inii-rieure ili- la Frain-e penilant sa piv.si<l«'net' : la rr'i'^*' tf ir.-ilt' :b
Iniulanffisnn*. qui m» tiM-mine par le proers. devant la llauto-Conr. lexil vt N- sii.- i-f»' ■ 'j irin-
eipal li«?^nis -te cette t^iiuipé»' : la loi militaire île IsS'l, ipii oMi^rf l'^iis les Fraii«;aiv ,. paot-r
un an au moins *;iui»- l«"» «Irapeanv; dans l'oplre ('eonoini(pie et siK'ial. •livr.'. pr«<;''M> l:rî;r«*
«lan** un sons ■l''-mo.Tati«iue sont épalement a-liqiti's.
La p«ilitii|ue exiérienre se rê>iiiin' par la truerre «lu I)ahom<.*y. lieureu>i'Mieni i»";:nin»-<' r*
surtont par l'alliaiM'e ru>^«^. (llia-pie jour emon*. i^râee il Carn>)t. «.e re«.x»«r«';>l les Iu-.in ; îr.e
amiiii' qui senil»l«' pernuMin' a notre pays 'les e«»péranres «l'avenir.
HISTOIRE DE DIX ANS
(lS30-lSiO)
Par Louis BLANC
(linq vnlumos iii-><, 2*1 fr. - C.li.iqne vol. sép.irô. .'» fr.
'2'.') planilu;< en laille-doiiee. llluslratimis pour l'Histoire dti dh- hha, '. fr.
Ce qui l'ait lintérêl priii'^ipal -le l'ouvratri* "le Luni^ Hlanc, e'esi son earaot'T»^ l'rn iiciKui-'M
soeial. FCerit à un«' ëpoque où les iilées iliun'H'ratiqncrs, que tout le monde a-l!.><'t a.i,iiur t 'lUi.
n'avaient pas en- Die lii«re eonr.>, "-e livre fut une véritalile révélation; •.-V-tait um re:;i.'.*'.*.oirtf
en foi'nie eoinre la li(>iirj.'t»iii«cio intransii:eaiite «pli. >ans vouloir compmilri' la \iil'»n'" lu
peuple, avaii fa:t Loni-^-IMiilif.'p»" roi an ien<!emain «le 1S30. et prétciMlair pri'^i-i-'." uov ■ie>-.i-
née'» 'le la l-'an e avi'e ee pnnee qui était son i>Mii.'é. Toni rintérèl de ■.■ett»- lii~io.r<' s.xl"'.>lf'
eni"ore à l'Ienre aemelle: ee livre lie I.iuii.n Ulaio- est indisponsalde à 4pxi-',«nqu«- veiit Su*::
eonnaiire \r< événeiiient'i 'oneernant la l'ranee al intérieur eommcft.rexrêriour. «u- l"*'.>»a l**-*-.*.
IIISTOIHK l'AULEMEM'AlUK DE L\ SECONDE RÉPIHLIUIE
Suivi»' d'une Vetiie Uisluirc du Second Empire
Par Eug. SPULLER
Un vuluine in-is :i fr. .10
HISTOIRE DU SECOND EMPIRE
Par Taxile DELORD
Six volumes iii-S. \2 fr. — Chaque v«»l. së[»aré T fr.
Le inènie illustré jku* F. Ueuauiey. Siwol.iîi'.in-s/iH fr. — Chaque vol. se paré, h fr.
Ou peut -.e rappeli-r eoiii''ion rui-lépendaiiee et le eoiirap* «le Taxile Dolord furent n-aiar-
qiiés quand. >mus 1 Kmpirc mènn'. il entreprit eoite puldieation, daus laquelle il a raeiMiKi av?-
une si ii:raii'!e >riret«' de jupeineui l'hisiidiv de notiv malhoareux pays pendant le rogne 'ie
ceini ipii fut N;ip«d«M»ri 11 1.
Hieii nc-^t jdus ai-»!' à trouver «lans Tliistoire ipxe «les rt^primos moraux plu'Ç rlairvtiyiiiis.
nioins fiiue-^ie», .pli- échu «lu v* l)e«"(îinl"r(.'. 1 e Seii.»iid l'.'mpi Te. après avoir étuntii' ses cuntom-
poranis |iar 1 imprévu «li» sa m'irale à ses -leliutN. a « -ontinué à. le* surprendri* p.ir <-•> prati-
que», qu: en éiai.Mif la «:i.nséquente toreée. Toutefois, ca sentiment de siupétru-iion a etë
snrtoiit pr..|on! «lu*/ « i*ii\ 'p.ii avaient vu «rantre*. r«'{.Mmes. Taxile l>eIor'l a i't rii une iiisto'.re
véridi'pie i«t srii' i-re Pa Seinnd l-ânpire. Il ra«"onte les événements du rî'gne avee ÏTiiparcalii'*.
mais il li's iuj'* av«'ir la sévérité uni li'ur esi neeessaire.
FIGURES DISPARUES
Par Eugène SPULLER
l'n M»lume iu-lL> IMr. 50
l'anni 1er» /.'.■/"/■e.< retra"«-i'N par l'antiMir. nous «"iierons notamment : Clian£;arnii*r. Mae-
MahiMi. Kii-iiiie AfaL'o. Ivliiiond Vli-nit, C.astajfnary. Lavip:eric. Froppid. \Va«liiin^toii.
lieaoît^ .Malon. .luleN Kerry. Tons ce^ licMiimes ont exereé» & divers titres, leur intfuiMn'e sur
l»'s i'lé<'s on s'ir |.-v tlesuni-es «le notr«" pavs. .Vmis ou advcrsairc<(. tous sont traites par
M. Spiiller avee la ménio hauteur de vues. la sin.éritô et la loyauté qui le earai'ièriis^nt.
ENVOI KUAN'Jn CuNlHE MV.ND.\T-POSTE
FÉLIX ALCVX, KlMTErn, i08. BOrLKVAKD S.MNT-OEKMAIN, PARIS, 0" 5
PAGES RÉPUBLICAINES
Par Joseph REINACH
Un volume in-12 3 fr. 50
Parmi les lîi;iirt:s riMnii'tk"» i>iir M. H«'itia''li. iioun oiiortMis ii<>t:im:iionT : Thiors. l*aul Hert,
JotTriii. \c |irin(-t> >ia|Kil('Oii. 1 Ktii|iLTiMir (iuillnuiiic. \o Marri-hal <lo M<>I1kt*. Punioll. Jules
Ferry, lo tréniTal ili» MirilM-l. I/autcur ra«"oiuc la «loruièrv soinV «In M. ThicrN. nn'il eut
rhoniKMir ilo |»ass.«M' :ivoo l'ani-ii.*ii l'ri'siiloiir >lo la Kt'jmlili'iue: «"o rcM-it ««nI un 'lo«.'iiiii<;nt his-
toriqui? diiii \if mtiTrt.
Lo fhaiiitro iniiiiili' rj\dît rff Xanfr^ t/fs l'm'tin. o^\ ronsaon'' à la |toliti(]iio ilo nW-oncilia-
tion iiatioualc* cl P-puliliraiiio duiit (îaii)>)i>tia avait ilunni* autrctuis lu lorniiilo eu ces
tcriiu's.
Les i|iieN<i')iis <lo poliiinui.'S élrariirrn's iii.«tin«»nt »'j;aloiiiciit '.lau*J rc volimu* nno jilaoo
imi)«)rtaMtt>.
LES COLONIES FRANÇAISES
Par Paul GAFFABEL
l*nifes<>our à lu Fucallé ii>-s lollius de riJaivci-iii: d'Aix.
SIXIEMK ÉDITION. HKVl'K ET AI'(i.MENTÉE
Tii VMJimii' iri-x "> fr.
Les nJitii'iis Mii.*ii">sivos ilo col ouvratfc ont t'jujuurs étii LonTU*s au «^ourazit -le^ proffTrs do
notni il«*vi'lo|"iii"nn'ni «'nlonial. M. Gathirr."! a »oiii«»iirs acromiih sa ffn'lio o\cc la ronsiMcnro
qui fut Inni- ilos '•ause^ *\\\ suii-A^ ili» rctto imMiratiun. Ou y trouvr rhi>l»»ro «lo nos colo-
nies, li'iir d» «»«ri[iiioii j'i!t«in*<'«MU', l i''tu<ly -le Umiis jiroilniis, iî'lle <l«'s re^sour«M's (iirellos peu-
vent DlVrir a i in>liistrie Iran «/ai. -se. Tes dévelo|»|)onjents ^e prj'senient dans une sueei-ssion do
cllal^itl■e^ d une ie««iui«' aurayani»-. «o «[ui n«" nuit en rn-n a leur vali-ur sejcuitidiiuif.
Iiailleur» la •'<jnipëteu<'e •liS M. Paul lîaHarel sur li-^ i|Ucstions i-'douiales est liien connue.
el s«iM livre jh-uî. éire e«»nsidi'ri' eoiniue indisiteiisaidi» à tiiu>» eoux qui s iin<Sres>»eiit au «léve-
Iop|>eni«:ni -le noire [uiissanoo (vxlérieure.
L'ALGÉRIK
Par Maurice WAHL
Iii^|ii>rU>ur ;.'iuéral ii<>ii'iriiirc U'^ l'uiytrncticn [niijliquo auf c^l'ioics.
TltOIblÈME ÉDITION
IJi volume. in-S o fr.
fhiirtn/v ronronné fuir l'Inslifut..
(Vl ouvrai.''". lu'*n eoiuni du nuldi'' di* [dus en jdus in>nil«reuK ipii s'uitt-resse aux questions
alricaiiK-s et eid-iniales. a i-re. Inps di' l:i •?" «'• liiinn. eoiirnunt' prir r.VeM>l«Mme de> vi>ieiieus
ruorales «•! politiques. i>ivJM* c-n «i parties : /.i- Snl. l'Ah/i rir ihmx h- /t'iM.sr, In ('mh/ur/t; fran-
riiisf, l'<{ fjii/'it'iiitn, fiï l'uiit'qiif. Il s /''fircx proi/nct'ri:s, \[ lon^lituo une ni-iuotTraj liu; i'<iin-
pléto di- nufr" uraude pij>se.>>^ioii uiêditerraiii.H>nne. I/aTitour in* s*e-«t jia^ l"irn«' a lueUre à
jour les siali-t:'jue^. il a sotnais tout le livre à une revi.siiui attentive «-i retondu eiitl«Teniout
toute 1,-1 partie poliiinui.» et i'M;i»n«>mi<|ue. On lira snrinui ave-- iiMr'r«*t les cllapitre^ relaiil's au
niuuvenient d<- la p>)pulaliun, auv i>r:i<dites naiurali>(5s. aux •'Mraii;.''(rrs, au ;:uuvornenient de
l'Aljfêrie, au i»uilL:et.â la «pn-sîi.in 'li-s indi::!'!»!-^, a la i'<ilonisati<>n. a l'ai^rieulture. à Tt-lc-
va^e. au coninieri.'e, aux ohennn-s '.l«' i"«t. au eré-lii.
Au nionieiii ••Il [«• proldenie alj.'i'rh'-n so pose .|i« nouveau devant lo-i pouvoirs publies ec
devant 1 opinion. 1 iMivratre de M. Wahl, dt'«j,i i.on««airi' par le sullVai/e «les ju^rc:* «.:»Mnpétenis,
pri.^seiiii- un I ara'ti-re '1 aitualiii* qui en assure le suii'èN. I^e li'rteiir y trouvera, a eùté
d'ajq'iV'ciatuMiN persiuim lli> résultant d'observations direoies v\ de l«iniriie^ nnnée'ii dT'ttnle,
une ahuiidaïK-e 'ie î'ait.s et de reiiseit:neni"iits pré:i.s qui lui perniettr-uii •[>' jti;:er eu ei-nnais-
saneo de i-au>e.
L'INDO-GHINE FRANÇAISE
hiriu: É<.:oN»)Mioî. K, i»oi,rnoi:K, AnMisisTiivrivi:,
Srn I.\ CnillIINClIlNi:. I.E CAMMODOK, l'aNNAM et le TONKIN
Par J.-L. DE LANESSAN ilépiilê.
Otirrii;n- ciuronni' par ht Sotùétr ti»: i'n'oijrmth'n'. ruinmèrrîali' if*; Paris.)
Un volume in-S, ave«' 5 r.arles en conlcurs hor-i ttixtc 15 fr,
ENVOI FRANCO O^NTHE MANDAT-POSTE
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0 FKU\ AI.CAN, ÊDITEIR, 1U8, BOlXEVARn SAINT-CERMAIX, PARIîs, »V
LES CIVILISATIONS TUNISIENNES
Musulmans, Israélites, Européens
KTtUF. llE PSYCHOLOGIE SOCIALE
Par Paul LAPIE
Aii*";r!i nri'fo>*our nu Ijfi-i» ili- Tiiiii-, maître de i-niifvriMicur k ! Taircr^.té At Rirui'..*
Un volniiie in 11' :t fr. 50
{t)iivi'a(/i' couronné jitii' t'Aratlrinir frtinrni-w.}
I/aiiieur a (-lu-lir les rivilisatioiis tunisuMîn»'»>. lfur> contrastes et lourï» nijif-n» lainriiis:
il f\i'lii|n(î ]iuiir(|iioi li»s trois suriôti-s oui pu vivn* côti* a côte •iari'* 1»* irax-*»- i«i f\a:iiui*
daiiN «juoll(*«4 cniiilitions «-Ih-s puiiriMiit rniitinutT à vivre v'ôte à côte «lan?» 1 a\fiiii'.
Il riioiitro c<iiiniiiMi( tws trois s<uM«'i«'s m' «•«mipliMt'nt iininioiii'iiiont : l'uiit* «•■•u^t'. ai.' îe
«hjpôt des ri«lii*sNcs naturelles, la scctunlo proiiuisain Ii'j» ri«"ho».s*.»s urtifii'iolirs "f l;i tr-'i-nîurt
les taisant iirruler. Peu «.•lunniereuntN. les Arabe?» axaient Itesoiu du ruinnitTi'e i>vra«-.i'?: i.nî-
Iciiicut airriiulieiirs. les IsraiWitt-s avaient lie^^oiii du hie inusulnian. L'arrivée di"» Fnrn- •■f»^
a su^':;<^ri' aux uns et aux autres le «lésir tle *i'asMniiler notre eivilisation Ij'n I>r.-ti'| •«•x i»;i!
i'uiuin<Mieé el les Arabes suivent le i-iuiram. t|uoi«jue leur aNsiniilaiion soit i:iM-iN r.-.iid.« o:
moins universelle ijue ecll»' des Israélite^. Mais m les cuuTunies tondent à i-Tro .ib.jnd-j.Kn.'O»-.
les erovanres réNistent virM«u'ieusenient.
M. F^Mpie lire de «elfe i-tnd»* la erundusinn suivante : les trois peuples Tiiiij'>.:e;.s j.i uvr-i.t
reinpla«*t?r leiir< eoi,j|.r<imiN ^»;ir une allian'-e durable et, sans per«lre leur» ij:i;tlit«'s i;i«'..u:-
tives. ils pourront, en élaririssant leur esprit, sassoiier pour la prospèrit»' dii pav'*.
LA FRANCE HORS DE FRANCE
DE NOTRE ÉMI<;RATI()N, .SA NÉCESSITÉ, SES CONDITIONS
Par J.-B. PIOLET
Un volunit^ in-s lu fr.
Ou s'aocnrde «.'«mh" raie nie ut à ihre que le temps «U"» i-onquêK's eoloniales e«.T |>,'iN>i'. r.i-»T
peut-être lin peu trop i"ncînre. <'i*riaini*s cpie^tions ont été sonle\ecs *\\ii\ laudrii t<ici.
résouilre un j«»ur ou l'autre. Mais le temps i|r moitre eu «nivre notre eujpipf «'-d •niai eni
eeriaini'ment \eiiu. »;i. pour erla. il faut de toute necessii<^ v ciivi»\or des colons v\ \ rnetlfi
notre arireni.
Or, si»iiiiiie>..|niiis capables de ••oloniser' Si jusipi i«i le Français a très peu ènuvTi- \'.*>t> île
Kraini' v«*rs H'i> rolonu's, K-s l'ireonslanees econnniniues aoiuellos sont ndles «jie i eti<- iMi:i-
^ration est devenue une véritable nëeessiii* : nous de\<*iis envoyer an Ittiu un «.'rand ii-.'inbre
lie nos <>nt*aiits.
Cm si, II! ee^ idée>, que l'auteur exporte. L'ouvraire est •livisê en ciin| partio>. dan* b.-. pu lies
il iiiiiri're sn-'iiv-^vivi-jnerit : 1' /'•>iii-i/m>i nfij/v rmiffitinx *i peu : '}"* »/«#' nout tirri,,,^ • ffi-v-vj-.-
Ii" qUf nnn.s /nmruns t'uiii/rcr ; t" i/nt'h ao/i.' n uj y"' 'In'i'ritt rmhj/'Hr : 7}** tfH*'lH \u!,t f'^ /■■»»/' '■»••
iltt liuivciif finiffi'f,'. 11 •li'-niiiiiln* i lairemeni la /l'iixiftHUi^ et la Ht'Ctxstti; d'un fort ninux'-iut-iit
d'émitTraiion 'les Fr;inrais vers leurs enlonies.
Le liM"i- •..• loiiiiiiii* par '.ev >.Miisti(jm-.s ■lu .omno-re»" dans nos diverses «-oIoiim-». jii ^i|iani
la pruj;ression t:en«''rale du train- tlurant ees «Icrnien-s années.
II. — PAYS ÉTRANGERS
HISTOIRE DIPLOMATIQUE DE L'EUROPE
Dcfiuis l'ourfrlure du t'.oni/rva de Vienne
/iim/uà l'i l'iôliire du Cttn/frèa dr Iterlin [1fH4'fS7S)
Par A. DEBIDOUR
.V:i. t'u li y. :. lU .1 r.»i-ijii.' il.-, n-ii'-.-- •;»• N.it»-v, 1ji-;.hi i-;ii t:rn<'t'al «lo l'In^truci •>& p'-il-ii ji. •.
2 forts volumes iii-s lî* fr.
f tu •■ •'<!•/>' rimi-iniHr- Jift,' r/nStilut.'
L'anteiir ne si-^t ji.'i<» limun' p"ur bui. de retra-er la vie di]douiaii'|iie de I l"'.un»pi- duii* la
varpii* jT'-^qiie iiiiiiiie de s,.^ maiii:estai.iMi^. Il a re-lit-ndié sinipIiMUent. dans les ndati^n:»
•liv lal'ineis. t.iiii 11- ijui. •ii>pnis le i-nn^^ii-^ .\o X'ieiiiii' ,]U>i|u'au contirès de Derliii. a pu a\oir
p..jir i'il<T i .•t.iM.'-'»'ii iiii. la '••iisulidaiH'ii >>\i r<iiraiilement de réquilibrc jioliiiqiie -fans ei«:te
panie -lu m'U'Ie. T-'-it ■ «• ijui ne lui a pa-s p.iru ^e rapporter • - do près <m ue bun — a celle
L'rai,-:.' qn.'-i "n. :1 I ;i la;-»^».- de .•.lU'-. ( riii- bivfi.iii- a di'ne été LMitreprise p.inr n'iracer,
dans ii'i iii.|iaiiii-iiieiit raixiiiiie. iinn ton; ( <> qm* la diplomatio a lait «le lisl 1 à 1>^~!<'. nia;v
•■'■ en 'iiMi idli- a • •Miiniiiie. durant celle pi'-ri«» le. a n-staurcr. à alferniir »u â « iMiiproaiettrc
la j'.iix :.'«''ii'r.ile -le rKur-qM*.
Lau'eiir a r«'i!nT<lp' tiiU» b-s tém-MunaLtes, "lo-i qu'ils vinssent, pourvu qu'ils tussent
st-rieiix. 'Ii'iii ee qu'il a pu trnuver de pn''i-es <»lii«ie||es. de eorrespondanees. iU« niennure^
ENVOI KI{ANr;«) CONTRE MANDAT-POSTE
KKU\ .\L(:\N, l'DITEIU, lOS. nurLKVARD SAINT-r-ERMAIN» P\!îl<. fi'- 7
concernant vn stijft. il l'a rriiiii. rtihli<-. so uarlnnt hiou *U* c-niin* <|ue )a vtM'itt^ lïit toiii
i»iilu'»rc «iatiN 1rs (liM'iiiiii'iif> irniH-ais «rt ivi*"«>irai»l |i' plut jmssilili» jmx smirros «•iraiitr«'Ti*s.
Ed un nii>t il il lait lii* sim uuimi.v )Miiir t'-irc Im/n i-ciisi>ii^iiû ct ikhu* jiii^'cr li>s lii>iiiinr> i-iiniuio
los l'IiiisoN. aviM- la ino^iire «t 1 iMiuiit' ipti l'nnviruiH.'iit â l'iii^tniro.
HISTOIRE DE L'EUROPE
PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
Par H. DE SYBEX
Direriciir iJ»-» \rriii\t"« r-unlp», iii^:ii!ir>' ilo rAc!i<l<.-::ii»- «l«'« -rn-uff. ilo ^^^î|l!.
Traduit de l'allemand par Mlle Marie DOSQUET.
KilUi'fii rfVii'' fnir i'tnitinr r' jirrri'il'-e t/'nni' ju'i'jn'-r irritr iHn'r Ifihtimi frunruisf.
L'«iu\ rau-i' ••«iiii|ili«i. «'i voliiinos iii-î* T.' l'r.
(')ia<|iio vulniiii* rsfparriiic'iit "i rr.
IKmjiii». l'ouvrai.''' «I'- M. «le SvIm'1. ikhis •ivniis imj. m Frarni», •livcT'.i's |iutilii-aiii)n^ «loiit
le iiHTiN* l'Ni iii''iiiii'vti*i|i«. il Ni'si lait (li«> tra\aii\ tri*«« nimii-hv sur la |iiilin<{U<' «'Mc'ri'Min»
«tu L'ouviTH'MH'iit r>-|>ii)ilii aiii. < r i|iii ro^i»' •••.muiiii' lait a''<{ni>. i-rvi ijur M. ili* >!vtji-l a. le
proiiiiiT »Mi l'iurnj'.-. «"viif»!* la vifn itnii i-xa-'lo •*,>'> n-l.-iii'Mis r\f«-ru'uri'N «l»' la Kraii«'«' l'i ih*
la i»"ljtii[U<' ■lf«« ■_'raIl-ll•^ |lll:■»^all«■•■s ilaiis «mmi»- iHTiii'lp (|ui \a •!<• l"**'.* a IV.rt. 'rmni's li««i
hi'>'t'*ir('<' •! ■ la ll«-viilutiiin i>ulilii"f> m Frani'o. im'1ii*«» Af Mii.'iii>t. «U» TIihts. ili- Mii-lii>lft. «lo
Luuis Ulaii''. l'ii-.. '..•lit iiiauv.iiocH i-ti n* ipii i"'iii'«*nu' la }»)litiqu(> »*\irrn'iii"i*. I.i-s riMisi-iirn»'-
luenis nul ii,aii<|iii'' a •'•■s i"i'ri\;iiUH. IK vi» -«iiiil rr<iuvi'"N r»*iliii«s a •l«'*vi'liiiiiii'r !<••• l«'';.'oti'li*s qui
ont iMi l'iiiirs )i«>iiilaT>i la Ki*v<>liiiii>ii.
M. ilf S\lMi. vi.ii.jiii ili*«» Itaiiaiiii-o 'iplmairi*'-. a ■•oii«»iilii'. en l^r»,"!. a lîrrliii. I^•^ .Vri'hivc^
M'i-r»'tfs. Il a |iii. jiar r«'iiiri«ini>'' ih» "•ni atm. .\l. AllVi.''! ■r.XniiMli. un ilc'> iiliit rniinciits
liistoricns >!>■ Vic:iii<>. a\<Hr l'nniniuiiu-aiinii Wi-n Ar^ hivi-s île i Knipirc irAutrii'lic. A Pans.
.Na)iiili'<Mi 111 lui a la- ilitt" 1 a« ««•»« .lu MmistiTir iW'^ aflain-s «■iraiiL'«'ri'>. uù il a pu lir«* l«»iit<'s
U**« puM'c* ri'l-iti\ l'v ;i la U''Vi)tuiii>ii, i|iii ju^-jua ■■•■iti* cpnnuf n'avanMii •■i»^ cniMMiuniipii'i'.s â
pi»rs<"mn'. l'jiiiii. li'> Ari'lii\«-> il»' la rui* 'lo"» i*raTn>-lîi>Mri:i'«»i< nul l'-'ô uiiocs a sa «li^^ifusniou.
AiuNi ••■f\j.|ii|m' riiiipitriaii''i' ilu ira\ail 'ii* M. ■h* SvIh'I.
Si Itiji aj«iuti* «ju il psi iiii iirs i'-iTi\ai!is li-s plu-, ciu'liis i|i* rAlli>niaL'iii\ en ii- «pii «••lurrrno
les i|U«'sti<»iis lijsiorii|ii«'s. •in m» n'ii'lra fai.'iliiutMit «'oinpic ili« riiupuriaiiri* i|i- sun livri*.
LA QUESTION D'ORIENT
llKPl'I.S SES OHKilNK!! J!Syl*A NO'î J«»rHS
Par Ed. DRIAULT
l'i ''••..fiir .ii'iéij.-. .J||-''.) !■ ail I.'iw— ■! Oiîi'.in-
l',;'fiii'r tl. I,. MO.yOff. un. ,•''!'■ ilr f I ..^t itiil .
l'n vnliiiiH' iii-N. 1' iMliildii 7 fr.
i^Int nii/f r»iM/*i.ii//' ■ fiiii' I Iii'iitiit.
en r-.'vpio.
I.a ■•«•nilusimi !■• laMliMir i-st ijni- rKuipiri- ntti'inaii «'st latali'in<>iil ilcstiiii' u ôtro •l«''nioinl»r<'
or 'Uiiruii. Il l'iTiiM- son livrr snr ri'sppranci* ipii' lalliaiHO francn-nisKc «lunneraâ la <»Mn«stion
«l'Orieii! uni* si.lunui, «iintiimir aii\ intrr«'!"» 'l-- riiuniainu- cl a rriix il« la l*'ran«e.
KNVOI FHANtlo DONTHE MANI»AT-IM»STE
8 FÉLIX ALCAN, ÉDlTEm, 108, B(H:LEVARI> SAINT-GEUMAIN, lV\ni<, iY
LE SOCIALISME EN ANGLETERRE
Par A. BIÉTIN, a^rrè^'r de rUnivcrsité.
Vn voliiiiH' in- II* IS Tr. Tiii
OtiiiuuMit lAiiL-l'-ti-rri'. iiui t'taii oiu'on' il v a vintrt ;»»s la torro ilaNvn|u,. .;,. > niji-
vi'liialiMiu' liliiM'al et <|iu l'o^t ri>s(<>i> pitur l:i «'aiuliili* i;.'iii>ninr<: ilo ni."i. plus i1is|iiimi:«>>
€*Cf)noiiiiM«'s. l'si •Icvi'iiHi' !;i j»atri«* tra'lfii»ti')n <lu sofialisiiio vl la tt-rro •l*t-«l<»<ii.ii ij.-s
<l«»ririm's inirrvrntiniiiiisti'S 1rs j»lus lar;:*'''. J«'S l'I'»^ NOii|ilrs, It's iilu'* <tii\w'rl«'s ot l''s |.1h«.
harilit's, r i"-i co «pu- M. Merlin r\pl)i|iir anjniini'liui lar^onii'iit. iirnloiHlt'iiir-iit, i* •uipli-UMiic-nt
dans un liviv qui rst a lu t'nis utHï i"\r«»il«M»to l'Tinli» d'histdiro ot une |>n"*i*ii'UM' (>]i.|urU'
ariiicllc. Jl rosMirî l'IairiMui'iil île «■»• h\r«', iioiir i[uii-oni|iio ^ail lire, 'pif, "i l:i i«»-.!nL«'
MM ialisti* ^'^l il«'>iiiiri« a Ni'laivir. a se riirni»l«''ti.T. a s'adapicr j»lu»« è1n'iti*iin*in auM n'.i' ii*>
sutialo rt aii\ r<'aliî«'*» |)i)liiiiMnvH. l'ilo le ■i(•^ra. plus {'iirurti qu'au ilni'innansnio a:".>-ii;a:i'i.
ù. 1 riicrjri«iu«.' iiou»«»««'i' cl a lu lw»ro fvi»a!isi<ui <los tli*''urii*i(Mis «li» J AriL'lt'irrn».
Li:S OUKil.NKS
DU SOCIALISME D'ÉTAT EIN ALLEMAGNE
Par Ch. ANDLER
Un voluiiio in- s T fr.
M. Cil. Amllcr <li'<rit Irs rausi>s iiui nux aiUiMic en Allfnia;;n(> ce fait tn*** iiu^-iriant ••*■
riiistuin* oonir-inpiiraini' : ri'ttilili/^.ttui- ut ilf /»# tnumirrhie xttciuliste. l'ariiii t«tur«*«» It'^ iran^f'.T-
mations réiN-ntcN iji» rAlleiiiaL'ne. il n eu ••>! j'a^ 'l«* jilus eHrieu*o. lap elle iii'iit a '!••?«
«•auM'N imi'lliTiui'lli-'». a ntn* iiMiver>i«>n «les «"^.itritN profon'lëiiu'ui truuMi's par niieli/.ie>
livre»» énii/uv.iiiis,
I^e piiuvoir 'Ii'n idéi'N sur les laits eNi «l'aiiliMirs iii('iiiito*otalilc,ei.iTni]te 1«« |'i"«Miv>-!it par
exemple les «ii'liais -h-s parlenuMiis et i<«s ilrii«.i«>ns i|«*s )i<immcs «IKtat. se tr.i>iuisatir par '.e>
l«»is 'pli n«»us i<iui-liiMii t«"»t iiu tard dans ni's iii«ér<*-ts.
I.'auieur trnuf rnriL'iiie «li' la r"nn«'«'pii"ii smialiste du droit «laiis Ilo^rid. Sav_:a%.
Ferdinaml l.asalli' i-i Uiidlierius. Il étn«lie la pi*«'prn''ti'. la proilucli«»n vt la rt'pai".iii>>n dis
ri«lM"ss«'s. riiri::in's.ifi..ii ilu travail S"« lal. les n-venus et Ifs «alain^s, et dan* tiii:ti-> ce*
question*^, il ui"iiir«" riiilliu-niT des penseurs du <'iiinniiMieemeiil de n' siitle. Il eiin^tatt' q; ••
res pliil<iv<ip||i-v iiiit ifiis l'ti' plus atteniifV .-nix ndaiions de l'individu avc'* l'I-ltat qu'anx
ndaTioiis d<'s individus entre l'iix. pHii le niMUMMUi'nt iridées qui >i condnit l'All^'Uia'jne au
Soeialisuiii dîltat. »• i-si a-din- a ri'«luit i-.xcr'.-ant son coiiirole et son aeliuu sur !%>us !••> laits
il»* la vjo siiriale.
L'ALLEMAGNE NOUVELLE ET SES HISTORIENS
Niebuhr, Hanke, Mommsen, Sybel, Treitschke
Pot Antoine GUILLAND
l*r>itvr>i>ui <l'lii!>t«.rti -V l'K<--<:i- i-<!,i>rfhiii']ii« fuis»e.
l'n vohiiiH' iii-N "i fr.
M. Ant<.*ini' (•uilluid ra< •■nri- riii>tiiir<> dii ^rand iiniiivcnient national qui a alii>tit â la
l'orniatinii du ihmim! fn.pirf. Il luniifir qi.t^ lis l.iNtmiiMis t\o tmidaure prusn.enne — Nudiuj.r,
Kaiike, M.ininis.-n. >>''(l rt 'rri-itsi-lik»^ - ont i-u uim' jiari tnS lïraude dans «e uiouvt-Mcnl .
qn'ds nul ''II' l'-s \r:ii-^ pr<iiii>iii-urs lio la ]i<i|iiiqiii> naiinniile lilu-rale qui a tr:<impK>' apr>-s
les vicriijrfs di- l>^iri et dr 1^7n. Maiin-s îles LTaiiiii> l'inversitt's all«*mandes. ee-* prMf«»sx.»iîrs.
tpii <''tai«nl «il s p:irte>:iiis il»- la ■ pctili- All«'iiia^iie ■ snus riiêj^èmonie prussiciitn'. ••lit ,T"-
jia;^!' ••«.'S <|iii tniii'v. •\\[ haut «li* loiirs i liair<'N iM 'JaMs ji-urs Iivn*s qui M»tïl les ela'fs-d ■« uv/e
df 1 li!s!.ir!..:.i;ip!n.- .lili-iu.iiiilf ;iu M\ s » «•li». I.diéraux d'almrd. puis n'MCtinrinaireN à hi
suiti' 'li's v:. i-'ir'--». .N «."iii ili-Muiis li'v plus ai'i!i*nis .!i ii'nsfurs «le la politique liismar- kirniu*.
l'eiii* t«Mi l:iii. 1". M 'iîiillaiid r.iudii* «lu'/ s. s plus illiisiros représentanls ; <l.- / «,->
pr<'<ursi ur-N ■lat-ri. N'Inil.r «'t lî;ink<'. qui •[••ntiiTi-iit les preiiiiores len-n'* l't pri-pai-i-f. m
la v«iie .à'iv aiiir-»: i.« / \f^ li-ux ijiMinis iiiNit.rii-iis ||)ii'Tau\ «!«• la v'"''"''^*ti'-ii . •■ l"*!"
en'«uite. III. M'.uini-i ii it H^'ini di- >\l'td. iviî.a. «lu'/: lli-nri <li' Treitsilik»*. le i'tir_> |.lifc le
l iinp<-ri.ili~ni'-.
Oiiti"!' jiv M r, :,i;tp: • iis;i. r-'i «, .i • •••. I.i-tuni'iis. l'auteur •UniiiO <Ks taldi*au\ li lu \ ;e
pol.liqiii' ;dl'':r..'i.. !<• :• jin> l-'ia lî'-rlin vii * |sl'). I Alli-iua^'iM- -le lS>». lu l'>>:iîaitiiii m*
I I'',ui]<ii'i' .lili.ii.i'. t. • '• . a. ■■• i's p..rir.'!i- -n- «inillaiiiin- 1 '.•If l'ismarik. de Fii-it lo- llî %\
de tiudlauair 11 i.iHn .• |.,i! \\ mk.imIi'i- !•' xiai ri-|MV><'n(ant île rAlIeiuavTue iH>tivi'llr
LES TCIlKlilKS ET LA KOIII'ME COKTEMFOKAINE
Par J. BOURLIER
l'n voluiiie in- 11» :t fr. T.O
^
KNVDI lH\M:t» f.oNTKE M XNDATl'OSTE
FKMX ALCAX, ÉDITEI'R, 108, IJurLEV.VRI) S.MNT-GERMAIN, PARIS. C'" 0
Les Races et les Nationalités en Autriche-Hongrie
Par B. AUERBACH
Un volume in-8 avoc une rarte elhiio^iMpliique el de noinbreii.v tableaux
graplii((tifîs ." fr.
I^a «|(i<\<tion «los raf'«^s f»t «los ii:aioiialilr>s l'ii Antrirho-II-niirrio fst «l'ordre ouropiVri. Mais
rintt'liiyt''iii*o ilrs i»v»iuom»Mits qui s«' 'li'r'iulfiif <•! s'eiiitirouilioni smis ud», \«mix risque
d'(^'liH|ip('r a l'oiix mu non possr'Iont |i:»s W>> raisiui», iiriMniôro**. Nin^'ulicroimMU foiiiploxcs.
Pourquiii ofttc iin''lei» furiiMiso «Ir |M.'tiiiK*s? l*oiiri[iioi rot otlort lll•^ prou^fs ciluruinos qui
eoniposi-nt on «Ij-ivum posent riOnipiro (ifs IIal>>K«)iirL' pour cunstitin^r d'-s >i<>ci«"'ti's iM^liiiquos,
sintui niTMiif 'If** états il'un lyp<' rionviMU.' Par «pii'N |iru''''-li"< s««lalior»«nt »m «m» «h'volnppent
cos jnnno'* n;»tionaln»'S'* <"i'«»t ro j>poM«'"nj<' -iumii a voulu f'i'l.'iir«.ir <lans <■<' v<iluni«' on uilor-
rogoant los l'i\'H< [irjiiiilit's oi ONsrntiols : :i savoir Irs « ara«-ii'ros îMi'liropMlu^^'iquo^. l'iiliomo.
I(* iM'ulo <[(* < -olmiisation, l'intluiMMto <lu niiiiou p'-'i^rapliiquc?. puis li>s plnMionionos il'uu
dogrê plus élovr* : la rostaui'afion il«r la laiii;uc' oi ilo l;i îitloraturo. h' ri'Vi-il «los tra<litiou».
les iH'rip*'tif'.N ilo la luito «los raci'<. Iiaiis la ivvu»» ot lo •lënoinliromout «li" toutos rps i-onunu-
oautt^s. il ni« sul'rit pas «lo niotli n v<'l<'ttr Ic^ irrsiU'K promiors r<ti«'«<. AlliMuaii'K. Trlioqucs,
polonais, Ma<.'\ars. ii)ai< aus'^i los rîiruranis iiui sai^itiMit l'inurt.* 'laiis la p«"'tioinliro ; SIuvimios,
KutJKMios. "^l«»\aqut*s, linuniains. SitIm?»*. (Vnati's. nii'-riti-ui aus-ii ra»»«Miiion. CV^r ipit- los
monvi'nioiit^ J«» oos nationaltti's ontraîruMit li's eisi-illati-Ms '!•• l ("'quilihri" «'uropoon : lissuo
«los coniliiN ««utn* !«■> Allcmauils. lo*« Ma^ryars ot li'> Slavi-s aura si.iu i-i»iiUv-i-oup sur los
«Icstinôi's *U' Utïtro pays.
HISTOIRE DE L'IMTÉ ITALIENNE
(1814-1871)
Par BOLTON KIN6
Ti'u'hiit »/'■ Vohijhvs [iivr K. MXI'jf \1{T, /i/vr- •/»■ il'uif infro'.tin'fi'jn par VV/CS CÏ'YOT.
Doux vjiluiiiJ's in-N. avoc- rarirs In fr.
Cet ini]ii)riaMt. ouvrai;!' o^t une lii^iuirt» ilo«"uinoni«>i> <»f sin<*T«r «l»»" l'vôniMn'Mjts flranialiqucs
nui M* siint «iiToul»". i-n Italii* «ii* l^i I a 1*^71 ; il fsi iii<lis|uMis:iM(.' a qui«'f)nqui* vont foimaîtrc
l hlstiiin* riintiMii}ioraiiic «!«■ <M' pays. l/autiMir a ini>i <li\ ans a l«' «'mip'iM'r. <fï\ sonlourani
do t«.»us li»s 'liiouinonts qui lui |ii»ninMiau*rir -l aiqirmln'r autant <iuc possilil«« «io la vérité
oljjcTtivo. Ou voii a i l:aqu«" pai.'»' la i r'"<|U«' i|uil a aiiport"'-!" «iau" U; «linix «los iliHunieutti.
et la l'OTisriîMh.o qu'il a niiso dans la rr-lifr'-ln' «l»' li v«'"rit<''.
IMoin «to s\ Mip «'Lh' pour ri''iii:iiii'i|iatiori italieimo. il lunsialo avo>* uni' i:ranl'' iVaiK'liiso
lo** qu.iliti'^ i-t li's iliM'auis <li'«. Iialii'.'i.-. <li*s ■litl^nMit'"- pi'i»viin«'s i-t îles .iiviTso-» (-(MU'Iioh
sorialfs. l-u fo i|ui c«>iii«mu«' li' ■ athuli-isnu". ;l !■■ ciinvitU-r** n'sp«'Oiu»Mist>nuM»l «-ii tant r|Uo
reli^i'ni. mai^ il s..uum-i la papaui<- à la t-rm-pu-» en tant ipi institution politijpic, et il
<liininiii> |ilut >• «piil n'aïuplifii- la n-aliii'. Il n(î jirosonto pas l«*s ^.Taiids acteurs «lo rintlé-
pcn«lan«'<>. >>uus un soûl Jour. Il sait que les hiunmos sont ooinpioxos. qu'ils «ml tous «lo^
qualin's oi lU'f df'-fauts, et il trafi* leur |H)rtraif e\afl. cpi'il s'airissi» i!i« ('liurl«»s-AM<ri-i ou «le
VifttU'-l^iuiiiaiiMol. «le t.'avour ou «le Crarilial'li. «le l<iras«>li -mi «ii- Ma//iiii, 'li* Nap'iléou 1'^
oti «le Nai'i.'l'-oii III.
Un«' limli«'L.'ra|i!ii<' italî«'HiH'. an^/Iaisi- it tr.imais--. un imlex «les noms pdq'res et «les
cartes ilit-'n al«'-<'s «lan» li: \>'\\.i' t'.o ii:'«Mit h >. n-' lier-hf» fi. juTMi'-Mfiit au l«''-teur 'U«
ro<"«)urir. au 'lesoni. aux sour«'«-s ni«iiies auxquelles M. li«li<»u KinL' a jiui^»'* sis ri-usci-
fiiienuMiis. La tra-luction in's Ji-lele «le M. K. Mai'quart «■>! pré«t'.i(«e d'une intrinlu«tiou «l«'
M. Yves (hi\'i1 «pli «.'ontionl «*<)UiUiO <'uni|>l«''nii'iit un iuléres^aui laMeau «It* l'Italie 'li* 1^71
BONAPARTE ET LES RÉPUBLIQUES ITALIENNES
1796-1799)
Par Paul GAFFAREL
r'--jfL-ï^i'i;r a i.i b'nrui't- de- il■Un,■^ JAix.
l'ii \i»liiiij«: iii-s ."• fr.
I.'It.'ilie. 'U'pr.iN un sii'iir, u snl>i «les iraU''l''inuations. lM"iu«iiiaui(''s. r^qniMiques. royauinos
s'y S'Hii siii-ri'-iiii d«Tris uiM* sorte ■!•• ui'-l''"'' ••«•nrns»'. i.'e ii'esr qu apri-s île n<'iul>r«*usi>s péripéties,
souvent ■iraina»iipi«'N. «jue s'«-^t enfin iie;^'a;."e Innilf' nati«>naU'. I.a [U'imuht'.". «'l non la iu«»ins
Ini])<>rtaii'<.\ ii* «•«•-. iraMs'oniiati"ii>. «'si ic!lc qui lunileversa la jit'niri^ule à la fin «lu dernier
siè«;le. N'i'is la |iuis^anie uimiu «I-- lîtiiiaj'arti'. i| \ eut al«>rs en Ital-r- i-oniin«" une é«-l'"sion «le
rénuldiques. I.cur e\isi«'ii' e l'wt «'-ph-'iin ro. ear le r'"I«tutal'l«' «•oiiqii«'*rani «pii l«'s avait créées
n'«'fail plus il piHM" les orL'anis.T, «.-i la |ilu|iari- «1 fulre i.'llfs ilis|inriirenr. I/liistoire «le ces
filli^s -le la lii'-puliiiqui^ Kraiii ai^«". <<inime «m l'-s n<iinuia. n'a pa^ «'nt«»re été «'■tii«lit''«- «laiis s«)n
ens«'niM«v Au l-ruit dis vi«t«iii*i's de l'i«'!iii«ni ««i «le L«)nibardie. au tumulte toujours trrau-
dissant '.W iis lui.t<*s ^i;;anie.sques. <.m n •'•;.' Ii;r«''a le r«'Mrii îles ri'vidutiuns inlériouros. (îra«o
aux iném<)ires i miiemjHirains «.t aux d"«umeiits ré'-.emun'Ui puMi'-s. M. (ialVarel a essayé do
eonjldor < etti» la»uiii'. Il a su«iessi\iMiuMii raiMintt' la t'«'ndation de la i^isiilpint', les tr«>nliles
iutérii'urs .lo la /.if/nri'.'nnf. la «'liute et 1«; di'ploraM»* partai*«.* de Venise, I'*.s improvisations
hâtives «le lu lt'''iii'hfi'/i(c /'•iiiainf.' «M la tra«riqu«j réxolution «le la I*tirth''Hapt'rniir.
ESVOl KR\Na) (MNTKK M VNDAT-1»0STE
10 FLUX AU:\N, ÉDITEITR, i08, BtiUKEVARD S. M NT- GERMA IX, PARIS, G*
HISTOIRE DE LA ROUMANIE COiNTEMPORAIiNE
Par Frédéric DAMÉ
Un volumo iii-S, avor j-arh' 7 fr.
BKRNADOTTK ROI
Par Christian SCHEFER
Un volume in-S" 5 fr.
Cli.'tt'iiii s.'iii qM«' U' ui;in''i?hal lionia-l«»tto ilrviiil, l'ii l^<10. priii<?o pn j1 <li' SuimU» pr la.ii.ia.
([Ucli|Mi>s :iiinr'i'>i |ilii«< lar-l. «-ur N-»* troncs <U' Sm-ilr ««i ili- >itrvfpo; mais, à rf\i'»-piii»ii .|i« yu
iriicrvt'iiiifin «laiis la t:iu'rr<" •!•• \s\'.i et lii' son ili'».S4'in *\r rpni)iluccr Na|»oN'*«jij. -.%»» T>*\f «'t *.i
«IrstiiH'O. a|»n'> «ju'il vui nuiiii"' la Vranro, ih'iiii'iinMii ri»m]»Ii'lein<Mtt iiru"ri» 'lu juiMir
frarjf'ais,
Ct'^i «•♦; rôlf «-n Si-an-liiiavu* que M. ("hri^tiaii S«iii'tVr a «•nrri'pris lU* «li'imOiM" ••( •! i*V}Vt-4».T.
•l'apn's U's. soiiri»*s sin-ilnisivs. 11 n'a p-inii \milu rriraci-r I liisioiri' pr"|»riMnr-nf iIjî»' -îu îna;:
n'i;nc -U' raïKKMi iiian''<lial. i-ar un ti'l travail aurait iuMi"»<«i»o IVxpoM* tk* iuaiitt> <i«M.iii> •i'»
Tr«'s iin.''«li«»iT«* iiitiM'-'M. >•• Ituniaiir doiir aux l'aiis fs><'iiri«»ls ot aux iiii-iiiiMtK li-x nlii-o i af a» -
liTi!>liipu*s. il N(Mi i'-»! «^i-rvi [mur ôviMjuiT lM'riia<l"»iti' roi. rruilicr smi «'ara» irrr. n«'^ priin ij^^'^
l't s«*s prix i"t<'"« ■!«' L-HiiviTUiMU'Mit. aliii il«' niMnrriM" rc «pif le Itènniais t'auiai^istf .|.int Ir»
c\uln"'r.uii"«*N (>ioiiiiai<-ii: à Paris, put ili-vonii*. l)niMpi«MHtMit ]»laf«» daiiM «1«*n «.■initiifiuic» luuî â
fan iiaprrNUfs. ipu'lU' iàoln» il a«'«-innplit dans \r Nor>l i-l ]»ar tpit'Is iiiii\ciis Nuri<iur il U
rôalisa.
La Turquie et rHellénisme contemporain
Par V. BÊRARD
■\iii--i'ii !iiiMnl>re «1* l'KVi'''"" il'Aihène*.
Un voimnc iii-12, V rdition :5 fr. r,0
rapport*' li<ii-lriiiiMii <'f 111111 a vu «'t i>iiii-ii<lti au milii'ii ilu uioii'U* ii;iii< liv'(iiol il a vi-i u. II
iinu». iMi'.ni;! ;iiii'>; nu iiiii r«'^'«aiit r(''«'it ili- v«i\aL'«' «m iioiis insiniil sur N's iiiij'iir>. U*»» lialii-
lU'liN l't 1<"' .i^pirati'-ii» -ii'^- pfMjpl««s ijuji a \i^ii«'> «mi nii'im* K'iiJps «]u il l'ilair»"* utit» -Ji"» r.ii'«*»«
•1«' la Ijin^l^'in ifUiU'iif. iliiiii 1«". i-vôiHMiuMits :iitui'|s j.r<»uvfnl louli» riiii|M»nain-r'. l'i* livr»* a
rti" «wuroiiTi'" par lAi a-l'-inii' lV.iii<-ai^«'. « »• ipii prf*iiv«* «pia It-xarnm'lr' ifi; i'itit''iriiiaii*i|i. «»iin
aiift'nr a su )iiiii.|r«- ii-^ liauic'-v ijualiti'*^ îîtliT.iiri"» «pii <»m ilonn*' A m livn» iiriU* m» a'.tr.tn
liiiit parti' iiluT.
BONAPARTE ET LES ILES I()ME>\ES
(1797-1816^
Par E. RODOCANACHI
Un vnhmi*'. iti-s 5 fr.
ir <|iri'i;m'nt les ilcx l<.|.irmir> a la tin ilu sii'Mli^ «l-Tnlrr >ous 1.1 «Uiniiiialion i*ij»i«irn»ir« «le
Viii:>M' •. I •iiiiuu'hî li'N liMiiUH >« ipii all;iii*ni iiiasipn'i'v i«t 1rs lK'iniiic< qui sVt|iorC"i*iHiS"<iJoiit -h'
{«•iir^ iiin^'iii's in"!i>.i.iili('s i-iauMii i-n pr'ii«« auv vrmU'tias l«'s ]ilns lonac»'?» et aux sujiorsTiti-ius
\t'^ pliiN vari'-j'-: ■■«.•aunfiir. imi <\is ■!,• ilcM»!. i! riaM *\v l'on ton ilc im* pas cliait(;er tir lintrc
ENVOI KRAM'.t» CoNTRK MANI>AT-PO.<îTE
FELIX ALCAN, ÉHITEI«, lOH, nori.EVAni) SAINT-fîiniMAIN, i>\ni<. 6'* 11
une aiiQcc durant; coniiiinit rtTt:iiiiO« (-licnii^Hos rcu'Iaioni iiiviiliirruliic^. û ciiiiiiitioii qu'ollos
euttfciit cU^ tailléiTS cl r.on^nr» par lio^ jt'iiiM"^ llll("^ <Jii nom <U' Mario tM i.mi ip>riilir(* impair,
dans la duîi tlujoudi un \i'ii«lr<*<li saiiii : romntcnT i-t* petit iiKintlc isi>I(> l'ut rr\t>tl](' cl m'cuuo
par la brusque irniptiuu lifs i<1i'm>s <*t des soldats dt* lu Uêvoluiion fraiii;ais<' : •-uiiimcnt,
disputé iMir les Frai»';ais. les Anyrlai*'. I»*** lîusvi.s. lo peiit an'hipcl r«Minnr alor»; iino vio
acridctitoe, oii lc»s cspriis iiircnt ii(M-iiir>iii('nf arrailiôs a l«"Ur soinnioil M'i-ulairi* : vojlà ce
quo racoutc avi*i- :i}i<(iidaii«-i' t\v diMMiinents iioiiveaiiv M. K<i<liii'aiiarlii. ipii. •'oiiiiiu* son nom
l'iadiquo. a des rai>ons in-r'-'iiiiiidU'N «li* .-«'iiii'Tf^st'r à ••«* irai/nimt •»•• la i«'iro uroriine.
HISTOIRE DES RELATIONS DE LA CHINE
AYKC LKS i'LlSSANŒS OCCIIIKMALES (S160-1UOI)
Par Henri CORDŒR
l*.- ■I«"»«.'ur » l Kc'i'i i1p< î-iu.'ui' or.i auli"* vivante.
Trois vuluiiiL's in-8, avcr «arli's :îO fr.
Oit vt'nd srjinrr//irHt :
T»»iiiu I, L'emprreur Tuunf/-Trhr. ISrtl-lS"".. I vol. iii-S 10 fr.
Tome \\, Lem/inr»'ui' Knutintf-Sin {V |».iiMi«\ !S7r.-|.sj<T). 1 Vij. in-s ... lo fr.
T»»me III. L'empvi'i'ur Kniinruf-Sin {-r parfir. IsTn-T'OI». I vol. iii-8 [snus jirt's.se).
I.i* sujet si int«"Ti"'««'aiii i|in' traite M. Ileiii-i iorlier n avait éi»' jiiv,|i]'|.| 1 idiji-i d aucune
t'iU'ii* "lo *'V IrellH'. Le-, n-lalioli- nfliilidles "te la ClllIH' et de l'I-inrupe lie vont irnenî antô-
rii'UlVS à ISlill; ee>J MMllenieiil Vers eet'f epui|Mi.> i^ue It-s ( >r(-|deniail\ nfil iiillimoneé &
rnniiaitn' ci"<pa\voii •.!• suni "jepuis ■li-ptiili-s tant d f'-\''-iieiiieiiiv> ipii }>a'><«ioniient etii'oro à
riieiire ait'udlo Il-àirope entière, han*» I lu^tinn' <i4' les i,iiaranfe derniiTe-s aiiiiëcs nous
retrouvons la ijr«'ijè''<» de pn'^ipu* tons li-». tait^. 14111 cHit anii'iu- les 1 nmplii ati<iii> aetiudlos.
L ouvrae** o^t eeril a iiii |i«<iiit -îe \ ne pwreii.em l:iNti.n.|iii-. rnii n\ pefii- des opimous
prrsoiinelle»* de M. l'oriinT. Tunt iinm pr>ipie 1 ité e-t ai i'><iiipai:iie 'iiine 1 leirie ihitire hio-
^ruplii<{ue. iiiut doi*nnii*iii p-irte riii>t'i aii<>!i di- la ^oiiiie a lai,nidli- il a eii- [•iii-«é. On v
tr«*uvi» «Ifs dclaiU inlére«»saiit'« ^.llr dev per>i'iii::i •_'!•> fu >le> laits jumi ■■oiuhi'. ■. le rôle dV
(tordon cil t"liiiie. li-s mm-h'-Ii-v M-'Teir»;. i-i p.irt H nlii-reiiieiii la r<'-\'"li«- de Tai l'inir. le
ntassacro do Ti«'n-T''in imi I>»"«i. l'atY'aire iln Tuiikin. la i^nerre sino-japonakse, la r"*vidte dos
Uoxers. oiilin le siè^'** des l<--jaih»h» et |e prot.H'oli» iii- I'.niI fuui luIijiM .!»■ i-iiriiMi\ rliapiiros.
KN CHINK
MCKL'RS ET I N ST 1 T T T I < • N ?^ . ll<»MMKS KT FAITS
Par Maurice COURANT
ADC-rn lutcrpr- u- ■!■■ Ii i'L'»i. m il«' Fnni'** « l'i:» n. ninîi.-* de c■■llfc■.■^^Ql■■^ à l'l"n.»>T»i'.'- lîi- I.y-.i,.
l'ii vohinif iii-12 :; fr. M)
Ij autour, a i|ni un loiiir s.-jitiir imi (liiiie a perniiN ire\aniiiier «lo jtrès 1rs Ihmiiiiios ol lo»
eho*ios do 00 pav", a peiiNi- ipie i-es r-twIeN ]ir«*'»eri'iTaieiii «jindipio wiliTôt pendant que 1«
jiriiblènio ehinois i-oii(inue a préMii uper la plus irran-ii' partn* dn L'Iidie: elle». p<inrroii( »»n
outre jeter «|Uo1i|ih' lumière ^nr ia i-iv ilisation >i mal • oiiniu* 'In ^.-rand empire a«>iatii|Uo ot
sur »»os rapports avoe h» reste -In moM>le.
Ci.'s études N4iiii i:r«iiipeeN Nmi>. 1rs litres sni\aiiis : frs nmmfnuints it Iv* rni-fi-n'iitioiis, Ifg
annnr'nitknis^ In /> tnittf ihni\ lu fifniH'' i' /</ ^<■• é'/i'. A' th,ntr»\ h' ron/i il'hlnt tlf IA9S, la
xitimfiun ilanK /»■ itnvd »'/« /••''"'. rtnini/' r-< :t f Inii'n... ili- l'iifiUti- tlf.s t'-tuilr'H l'/n/iol.tvs, A .« C'Htrs
de ftiinnix II l.ifoii, l'thfuftitii>u 'A hi l'ln$f rt !•• r^-h- »/»/«• Ai /•'ninrr y t/nît /tiinr.
M. Maiirne Courant a j-u mi'ilre ainsi mhis les \en\ du loi teiir le n-snliat de ses olisor-
vali<»n»» porsounelles : il exposo en onlro les elFitrls <lii milieu Ivonnai^ 'linii les relations si
importâmes a ver la {liiiie 'loiveni au:;iiii»iiior rmllnenee i|«.' la V'rani-e, 11.01 sfiiloinriit >]ans
ei« pavs, mais "(ans tnut I K\tr<'nn--t>riont.
LK DRAME CHINOIS
Jitillet-Ao'tf 1900}
Par Marcel MONNIER
Un voliiiuc in-12 J fr. ;iO
Sons ce tiiro. un do^ exploraieiirs ei ijes l'-rriNanis ijiu 1 itiniai^-seiit lo niuMiv la ('111110.
M. Marcel Mi^nnit^r. a rioini en un Vf>lnm<^ nio* si-rie •lariii'It*s pnhliés •tans le /V/h/av an fur
et à mesure rpio se ileroiilaient les l'-Néiionieiits d I'!\iremi- Orient. I.es litros des eliapitn's
cil UlUUtront linlôrèt : A'.s i'iiêtSfS 1 hiii/in'-tfi, > Ktili^uf-im i/f la i'hinv. 1rs Lt'ruitS lit' ('huKt'< of
A* Culte thi jitiititi\ In f'oHtfiii't'' intliistii''tlr, A .t f Iii'uiihh ilr frr rt l'u/niihin /luthifur. In t'oli'
fi'pif pdlit'iiti'. In t'hiiir rt Irs iiiiv^ituifi. In tinri/r rurnjt- ri,n>'. ("c sont dos étudos «loeumeiitoos,
ENVOI fham:» conthk mandat-poste
12 IKLIX A[.CAN, ÉDITEUR, 108, BOCLKVARD SAINT-GERJdAIN, PARIS, 6«
écrites ri'uii stylo alcrto, entraînant, dont la looTuro s'iuipnse à. qui veut roini>ronJr<» pt
suivre les jthascs de la lutte ouverte entre rKuro[>o et la (liine. EIIe><» évoquoni très
clairement et iri^s exactement h cette heure, cette Chine toujours énitnnati']ue f»t «Il'Ii*.
désttruiais il est devenu uêcebsairo pour rKurr>pc de trouver lo mot. Il la connaît, non {•»
)>our t^n avoir aperi,>u les cAtcs do la dunette d'un steamer, mais jionr Ta voir rravers<*r dans
tous les s<»ns et y av«)ir séjourné.
Histoire de TAngleterre, depuis la reine iVnne Jusnu'à nos jours, par H. Rev-
NAi.ii, «ioyoïi (li^ la Faonllù <l*Aix. I vol. in-12, 2* éaitiun . 3 Tr. "îO
Histoire gouvernementale de l'Angleterre, <le 177U à i83U, i»ar SiR Cuhxewal
Lewis, l vol. in-8 7 fr.
Lord Palmerston et Lord Ruasel, par A. Lal'oel. 1 vol. in-12 ?» fr. 50
Histoire de la Prusse, depuis la mort do FrtWléric II jusqu'à la liataillf de
SadoNva, par E. Vi'.hon. 1 vol. in-12, 6' édition, aii^meulcc d'un chapitre nou-
veau contenant le r»'*sunië des évcnenients jusqu'à nos jours, par F. Bor^nois,
professeur a{;çrég«> d'histoire au lycée Buiron 3 fr. 50
Histoire de l'Allemagne, depuis la bataille de Sadowa jusqu'à nuS jours, |<tr
K. Vkuon. 1 vol. in-i'2. 3* édition, mise au courant par P. Uondois. . 3 fr. r»0
Histoire de rAutriché-Hongrie, de la mort de Marie-Thérèse à nos jv>urs. par
L. A.ssELiNE. l vol. in-12. :r édition 3 fr. ,S0
Histoire de TEspagne, de la mort de Charles 111 à nos Jours, par H. Rev.nald,
doyen de la Faculté d'Aix. 1 vol. in-12 3 fr. oU
Histoire de l'Italie, de 1815 à la mort de Victor-Emmanuel, par Ë. Sorin. t \ul.
in-12 3 fr. .".0
Histoire contemporaine de la Russie, de la mort de Paul l"*' A ravènenient de
Nicolas II (lS01-18'.)i), par M. Crèiianoe. 1 vol. in-12, 2* étlition ... 3 fr. 50
Histoire du peuple suisse, par Dakmmjker. 1 vol. in-8. Iraduit de l'allemand. 5 fr.
Histoire de l'Amôrique du Sud. de la conquête à nos jours, par A. T)eb£ri.e.
1 \ol. in-12. 3^' édition 3 fr. ol»
III. — SOCIALISME ET HISTOIRE SOCIALE
LES PROBLÈMES POLITIQUES ET SOCIAUX
A LA FIN DU XIX- SIÈCLE
Par É. DRIAULT
Prurc'!ï.H'ur agivgi! it'Li^litirc au Ivrée il'Orléao*;
lii v«tlinn«.' in-S , . 7 fr.
Suus l'o liti'o. M K-louar-l hriauli ('-tiiblit. pour ainsi dire. le bilan des pravos «^uoïtiuiis
une le siô«-le ijui Muit lèj;uo, sans avoir pu les ri'soudre. au siècle qui va s'ouvrir : quebdou
d'ANa-f-Lornini»', ipioslion romaine, «incslion d'Auiriche-IIon^frio, ijuestion rhinoisc. quesiiwu
oitoiiiamv L«' l'ariaiio <lo r.\.rri<iui'. les .Viliani.es, les <irandes Pnissanceii et le Pariape >ia
nioiplf. li'S t.'-Milhts et la l*aiv, la Sofiélé. lÉyli^io et la Science, tels sont les sn.iets traites
et luniiiitMtM'nieut l'xitiiscs par le ilootc auteur, en cet ouvrage plein dp justes vues et île
péiii*reu>«'s «'«iiirrances. iJourttal d^* Lhiinitt.''
llisloilc des llapports
DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT EN FRANCE
DE 1789 A 1871
Par A. DERIDOUR
Iii.>[iectrui ]{'^»*-'*'t' il'* l'Iiis'ruolii'Q |iubli(|UO.
l'n volume in-S 12 fr.
[ftiivriUji' rtni/iimir jun' l'Insfitut.'*
M. l)ehi'|inir s'est propose!' «li« n'trîi«»'i' les rapi'Mrls île l'Ktat et de rftjrliso catholique on
Fraiiif, >l<"|'«ii^ la Këv'»îunon jumju a la • liuio «lu seiMn-l Kuipire. Iji (piestion est passi<in-
naiitc. mais lautcur a <Miti'n<iu oxrluri' ilo fc livre la }M)litiip]c contenipciraine ave«' ses d'-l-ais
irritants, si >« r\ai'<"TatiMUs. srs iin.'«*rlituiies. et r"e>t j-iiur ne pas être tenté d'v toucher «(U il
a arrrtf- v.,i, r("'cit a une c'|iMipie ili'ja èloi^'n«''e tic nous et apparieuant deriuitivonieni a
riilîilniri'.
Ce trav.iil ncsi .i<^iie ni une tlioe. ni un plai<l>»ver, ni un pamphlet ; c'est une narrali<tn
e\pli(ati\r ■; ■m sf (leiraj/eni, jiar la i'>n'C tles fli'isi^s. lies ju^emeuts basés sur deux prin-
ei|'«"> : la lilicrcé «Jes «.ultes et la MUJveiaineli" <le 1 État.
L'«iuvrai;i' •»«' termine jiar un «erlain ni>m1ire <le niites justiilcativos : concorxlat. circolairo^
ninii>i<*n«-iles. lui^ sur rorL:aiiisaiii>n nvile «lu clergé, bulles et instructions }>apale&. i-iuv
• l<^i-iiment^ île ]iretnier(; inipurtanee venant à i appui Jes faits historiques relatés an ctmrs
du riMit.
ENVOI KUANCl» CONTRE MANDAT-POSTE
FÉLIX ALCAX. ÉDITEUR, 108, BOULEVAHD SAIXT-GERMAIN, PARIS, C^ 13
SG
a-
L'ÉCOLE SAINT-SIMONIENNE
Son histoire , son influence jmqu'à nos jours
Par Georges "WEIIX ^
Prore«i<^ur au l>cec (^ruot. d»ct«ur r> lettre*.
Un volume in-l2 3 fp. 50
I/Èrnlo Saint-Sinioniennc ost. mi>rto : il y a em-ore «les Kuuri «tristes, des Comtistrs, il n'y a
plu» de Saiiit-Siinoniffrns ; mais son intluoncH duro en«'Mro. Son sysi^nu* est une vastn synthi*!
qni rnnfcrnio uno ni<*thi>«lo : le ijositivismo, nno m«.'t;ijjhysi«ju<' : le j>antht*i«;ine, otnnc orp'
nisatinn sorialo : lo collcctiviSHK'. Mais, dr plu«i. ojj»» à joint li-viMniil»' au pn'ccpto: si _
action nhilusophiqiio et moralts Itien que moins visiMr*. a Ho frrandc: snrtour son plus Ix^au
titre d'fionnour est d'avoir développe ''liez ses adiw'rrents l'a'"tivité personnelle oi le dévoue-
ment à un idéal.
Cp livre est une étude liislorique dont rin1<^r«''t frappera t<ius «-eux qui s'oecupent des
aucstions sociales si ardemment «iiseuti^es en eo nioment, et qui dédiront améliorer le sort
0 toutes les classes de la soriété.
L'ÉVOLUTION DU SOCIALISME
Par Jean BOURDEAU
ITii volume in-12 3 Tr. 50
Le socialiMue n'est pas une doctrine llxe et ininiuaMe, un mouvement unilornie en vue
d'étafdir au sein des soeiéfôs modernes un iMat social d«:liniiir d'où les maux qni résultent do
la Concurrence irt de l'inéf^ale distriliution des riiKessi's seraient hannis; ses tenilance^ et ses
aspirations ont lieaucoup vari«* en ce sj«"'cl«*, elles sioit très complexes. Le l»nt de ce livre est
de réflt^ter cette complexité «les priddèmos s'icianx tlans la nidiliquc et la lé^'ihlaiiiui. l'ailmi-
nistration <*ommunale, à l'usine et aux champs, ("cm une histoire à la fois du mouvement
et "les idée» st»cialistes qu'-in ne peut séparer de leur milieu, ni étudier isolément.
LE SOCIALISME ALLEMAND ET LE NIHILISME RUSSE
Par le môme.
Un volume in-12 3 fr. 50
LE SOCIALISME UTOPIQUE
ÉTUDES SUR QUELQUES PRÉCURSEURS 1)0 SOCIAUSME
Par André LICHTENBEROER
Uorii'ur tï leitr«>-.
Un volume in-12 , 3 fr. 30
LE SOCIALISMK ET LA RÉVOLUTION FRAiNÇAlSE
ÉTUDE SUR LES IDÉZ^ SOUIALISTKS EN FRANCE DE 1789 A 179G
Par le môme.
Un volume in-8 5 fr.
M. André Lichtcnherper détermine* ici l'oritrine et les caract^Tes généraux du socialisme
sous la Révolution. Y eut-il du socialisme daiis les cahiers ut brochures «le Hsy? Quoi fut
le dévclo|)pement des i<h''es socialisiez avant, puis pcrmlant la ilominatii>n jacobine, puis dans
le bahouvisme? V eut-il un pul)hc socialiste sous la Kévidution ? Quel est le bilan de ces
idées a cette époque? Ceruiins actes île la U<*vidution furent-ils inspirés par les idées
socialistes? Quelle fut, enfin, la politique sociale de la C'unvontioa? — Telles sont les
questions que, {zuidé par le seul souci do la vérité historique, l'auteur examine avec une
entière impartialité dans ce travail consciencieusement documenté et qui présente kouk leur
jour exact plusieurs faits importants. {Journal des /frh,its.)
ENVOI FR.VNCO CONTRE MANDAT-POSTE
14 FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR, 108, BOrLEVARI) SAINT-OERMAIN, PARIS, G'
Histoire de la Liberté de Conscience en France
Depuis l'Édit de Nantes Jusqïfen 1870
Par G. BONET-MAURT
Un volum<î in-8 S fr.
Dans <*i't ouvraj^'o, lautour narre les altemutivcs do défaites et ilo vicioiros d«» la lil»flrtc
de oouM'ioiiit'. (îii roiMU'illant doux scrios de tcuioiuriia^cs : les actes du jHmvoir t*ivil. ë-liH
dos rois, arn'tN «lc.> (iarloincnts. lois ou décréta -les asscmhléoK. d'une part. ei. do l'su&trVf
les ouvraj^'es ut-s ('crivaiiis, ariirles vte presse nu discours à la triliUDe. qui représ<*bteiic
l'opiuioii pulilitiu;-. J.es premiers soni tantôt en avance, tantôt en r«tard sur les se^'ou-Js;
cV«ît ainsi «lue lEdit de Nantis et les d<'tTots de la Convention sur la séparation de l'É^'lihC
et lie ll^^tai devancereni l'opinion puldique.. Par contre, ce fut l'opinion des libres {ïCDsëun
du wiii' sifi'lf rpii pri*«"éda et d«'>ti'rniina IK-iit de tidèrance do 178/.
Mais à Tout(î éiioqu»'. on voit ijuii y a eu cornMation étroite entre la lilierti» politifju*» et
I» lil»erié pliilusupliiquc ou relÎLrii'use. "df sorte qu'on peut poser en nriucipe que la l»bert<*
de consriciii (> n'a pas •Ir pire ennemi que le despotisme politique, ni de meilleur souti(*n que
la liberté de la par»)le «*r de la pn'sso.
L\ niSSOLlTIOX DES ASSEMBLÉES PARLEME\T\IRES
ÉTUnt: DE DUOIT PIBLrC ET 1)'H[ST01RE
Par P. MATTER
Sub.Ni:iut du Prucuroor (le U Répuhliiiu<9 à Veroaiil«s, durteor co droiu
Un voliiiiîc iii-8 5 fr.
I«a France politique et sociale, iiar A. Laloel. 1 vol. in-$ r» fr.
Le socialisme contemporain, p.ir A. de Lavei.kye. 1 vol. în-l2>. iP éilit. .3 fr. .10
Histoire des idées morales et politiques en France au XVia* sièole, par J. Barm.
2 vol. in-12, chacun 3 fr. 30
Les moralistes français au XVIir siècle, par le même. 1 vol. in-12. fnUant siiîie
aux prccoMcnts 3 fr. ."0
L'évolution politique et sociale de l'Eglise, par E. Splixcr. ancien ministre de
rinslrnctiun piihliqtie. 1 vol. iii-12 3 fr. oO
L'éducation de la démocratie, par /'.> mt^me. l vol. in-12 3 fr. 50
Souveraineté du peuple et gouvernement, par Cî. n'EiciiTHAL. 1 vol. in-12. 3 fr. rtO
Transformations sociales. [)ar 11. Ih pa<«se. 1 \ul. iii-12 3 fr. oO
Du travail et de ses conditions {Chn/rtbrcs et ijonseils de Irarnil)^ jKir le même.
1 vol. iii-lJ 3 fr. ."îO
La guerre étrangère et la guerre civile, par K. Ueausmue, tic l'Instilut. 1 %'ol.
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Le centenaire de 1789. Ecobilinii pnlifif/ue, lUférairej artistique et scientifique de
i'ICuni/t' fiondaut ce.nl ans, par (î. (jiKuorLT. 1 vol. in-12 3 fr. 50
MINISTRES ET HOMMES D'ÉTAT
HIOGItAl^IllES des h(nnmes dliinl : xmtvfjrnins et mhiistres^ qui ont
jour ui) l'oie prêdoïfi'manl dans la formation du mondp. politique
contempovaia.
Chaque volunn' de fonnal iu-lG couronne de 2llO pages environ. 2 fr. 50
\01AJMES PU HUÉS
Ai.i.EMAJiNK. — Bismarck, par Henri W'ehrhinfjer.
Esp\(i\K. — Prim, par //. l.conardon,
AN(.iLi;ri:Ri!E. — Disraeli, par Maurice Coure.elle.
pocn srivuE
FiiANcr. - Jules Ferry, par A. Raïuhfiud, de Tlnslitut.
ANiîi.LTi.iîHK. - Gladstone, par F. de Pressensc.
Annu'.iii;. -- Metternich, par Chrifitiaa Sche/'cr.
nr>.>ii;. — Alexandre II. par Paul liof/er.
Papmti';. -- Léon XIII. par Anntide Letoy'BcauUcu, de Tlnstitut.
ÉTvT-i Isr^. — Lincoln, par A. Viallatc.
JaI'hn. — Okoubo. par Mauriee Courant.
ENVOI THAMO CONTHE MA.NDAT-POSTE
FEUX ALCAN. ÉDITEIH, H)X, HOl'LKVARI) SAINT-OKRMAIN, l'AHIS, 6* 13
RECUEIL DES INSTRUCTIONS
DONNKES
AUX AMBASSADEURS ET MINISTRES DE FRANGE
DEPUIS LES THAirËS DE WLsri'lIAUE JI.S^l^^A LA Hl'.VOLUTIU^ F1(AN<;A1SE
Publir SOHS /('S aus/iicea il*' lu (^oinmission dus Archives diplomatiques
au Ministcrr dc^i Affaires (Hrawjt'rca.
Bmuz Toluffles in-8 raisin, Imprimés sur papier de Hollande, avec introduction et notes.
I. — Autriche, par M. Al ho ri Sou kl. <1o l'Aradémie frum.'.iist; [Epuise).
II. — Suède, par M. A. fiKKFnin, de ririslitiit ^20 fr.
111. — Portugal, par le vimmlc de C.vix dk SAiNr-AvMorii 20 fr.
IV et Y. — Pologne, par M. Louis Tmijiks. 2 vol 30 fr.
VI. — Rome, par M. <l. IUxitafx, do, T Académie rrarn;aiMî 20 fr.
VIL — Bavière, Palatinat et Deux-Ponts, par M. André Lehon. . 23 fr.
YIIl el IX. — Russie, par M. Alfred Uamhaid, de rinslitiit. 2 vol. I^e
premier vol. : 20 fr. Le see.mid vol • 25 fr.
X. — Naples et Parme, par M. Joseph Heinacii 20 fr.
XL —Espagne ii«i4'.»-l7.iOj, par MM. MhiielFatio et LKo>Aiii>ON (L \) . 20 fr.
XII et XIl /^/x. — Espagne (lT:iO-17sn} (l. Il et lil), par les mêmks . . 40 fr.
Xin. — Danemark, par M. A. (ii-KFitoY, de t'In>liLul i» fr.
XIV el XV. - Savoie-Mantoue. par M. Hokiuc i>e Ueaicaihe. 2 vol. 40 fr.
XVI. — Prusse, [)ar M. A. WAinii.vr.n». I vol 2X fr.
LWKN rAIKIi ANALYTIQ! E
ARCllIVES DU N1\ISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRAXGÈRES
ri iii.iK
Sous ies auspices de la Cnmmi'^siim de> Archives diplomatiqties.
]. —Correspondance politique de MM. de Castillon et de Marillac,
ambassadeurs de France en Angleterre r'»:{7-L"t»2i. par M. Jean
Kal'lek. avec la cullalKiratioii de M.M. Louis Fahges et Germain Lekcvhe-
Po.NTALis. l vul in-s raisin 15 fr.
IL — Papiers de Barthélémy, ambassadeur de France en Suisse,
de 1792 à 1797 '.ann('«> I':<.i2:. par .M. Jean Kaui.ek. 1 vn|. in-s raisin, l.'i fr.
III. — Papiers de Barthélémy Janvier-aonl 170:{), par M. Jean Kaclkk.
1 %'ol.in-S raisin 13 fr.
IV. — Correspondance politique de Odet de Selve, ambassadeur
de France en Angleterre il'iiiM'ii'i), par M. (i. Li;ikviik-1'untalis.
I vol. in-8 raisin L'i fr.
V. — Papiers de Barthélémy (s.'picml.re I7y:{ à mars I7*.ii). |>ar
.M. Jean KAfLEX. I vol. in-x raisin IN fr.
VI. — Papiers de Barthélémy (avril 17'.» i à février I7y-»', par M. Jean
Kaitlek. l vol. in-JS raisin 20 fr.
VIL — Papiers de Barthélémy (mars 17n."» à soplcmLre 17%). Séf/o-
cialions tie la pair ilc l\ah\ par M. Jean KArr.FK. I vol. in-s raisin. . . 20 fr.
VllI. — Correspondance politique de Guillaume Pellicier, ambas-
sadeur de France à Venise 1 1." iu-l'ii2 , par .M. Alexandre Tai sskhat-
lUriKL. l fort v(d. in-X raisin Vo fr.
BIBLIOTHÈQUE UTILE
f'h'UfUt: rolmm' hnu'h'' : 99 retilnni-t, etirlonm'' n l'iniifhtf^f : I /»'«/. f.
KXTHAIT nr CATAl.Odl'h
Ouvrages d'Histoire contemporaine
Bami. Napolét>n T'. V édiiion.
Bondois. .Mn-nrs ei inslilutions d(? la France. 2 vol. 2' é«lil.
Bondois. L'Knrope eonlemporaine (17S'.»-187'.»'. 2" »'»diL
ENVOI FliA.NCO <:()NTIIE MANI) \T-I»i)STE
lii iKi.ix ALCAN. KDiTrrR, lUH, Bori.Evvni» S vint-(;ermai\, pafîi^, «»••
Gamot. Ilrvolntion franraise. 2 vol. V é«lil.
Collas. Histoire <ic IVmpire oltniiian. 3" rilit.
Debidour. Ilininirc «lo« rappurls de l'É^'Iise el de TElal en France ..l"îSy-l^"l.',
ahrc^rê par I)i:bois cl Sautiioi:.
Despois. lU'volulion dAni-'IrliTri'. 4** ê«lit.
Doueaud. Ili-^lnin? «•«>rïteiniH»raine {.W \'d Prusse, û' édil.
Faque. l/lnd«»-(;!iinf franraise.
Gaifarel. !.<■- rn»nti«'res fran^'aiNrs. 2' édil.
Gatiarel. I-.i dt-fi-n^e nallonale on 1"'J2. i" êdii.
Joyeux. I/Afriijin- fr.mraisi'.
De Larivière. L»'< iiri::iijrs dr» la k'uerre de 1^70.
Lock. ilist<iin> de la il«->tauralioii. -V édit.
Pelletan. Dri-.idonrc «J»- l.i morianhii' fran<;ais«». îi" édil.
Quesnel. Ili-^loin; de la <-onqurle d'-AlKiTie.
Raymond. l/INi«a^Mu* v\ U' i'orUigal. :*• »"dit.
Regnard. IIi^l«>iiv «'«uitfmpnraine de l'AiiKlflerre.
Rolland. Ilistoiiv de lii inai^^oii d^Vlllri^ll>^ î" édil
Zevort. Ili-fi'iri' di- Lnui^-IMiilippi'. .T'êdit.
REVUE HISTORIQUE
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II. i>nI .1 l'-v.. ;. iv.: 1 îV. r.ii 5 IV. iv.] ;, iH«.i:,. 3i>... . i ,-,. :^i
ANNALES DES SCIENCES POLITIQUES
RECUEIL BIMESTRIEL
Publi6 avec la Collaboration des professeurs et des anciens élèves
de l'École libre des Sciences politiques.
roMll l", I»K i:r:hA(ri«i\ : \I. Ku-.'.U- 1!..î. r.n. .1.- 1 l:.sritut. .lirocleur *\o II^cmIo ; .M. Alî*. i-k
l''i'\;i.ir. Il* 1 Iiis!:iiii. . ..'iMilliT lu.iitri' à la ( -lur ■!l•^ (■•iiiprcs; M. K. Stoium. atuii*n
iiispi>,i<-iii li-N ii:i.i'i.'.". i-t a-liiuiii->irat<Mir «lest <i!i'iriiiii!ionN indirectes: M. .VU'xau-lr»» UinoT.
• s-;>ii(.-. .111 .1-11 niiii.^'.ri- : M. 1. Iîknm-it. l'r.iî'i-s^îMir a la Kai.uhc -li' Jrnit ;M. .VUhti Soh»*:,,
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